10/08/06 - George Galloway, le « Nasrallah
écossais », casse la baraque
Si vous comprenez l’anglais, il vous faut absolument aller sur
le site web de SKY NEWS, la télévision de Rupert Murdoch,
pour entendre l’interview du député indépendant
écossais, membre du parti Respect, qui démolit un à
un tous les stéréotypes de la propagande en cours sur
la guerre du Liban. L’intervieweuse, directement interpellée
par l’interviewé, en reste sans voix. Galloway, tu sauves
l’honneur des Britanniques et tu es un vrai combattant ! Où
sont donc les Galloways français, allemands, italiens, belges,
américains ?
http://news.sky.com/skynews/video/videoplayer/0,,31200-galloway_060806,00.html
13/08/06 - L’interview décoiffante
de Georges Galloway sur SKY NEWS le 6 août 2006
Retranscrit et traduit en français par Caliméro
; texte révisé par la rédaction de Quibla
La journaliste : L’homme qui me rejoint maintenant n’est
pas connu pour garder ses opinions pour lui. Il s’est opposé
avec passion à l’invasion de l’Irak et maintenant
il pense que l’attaque du Hezbollah sur Israël se justifie
; le député Respect (un parti politique) de Bethnal
Green (Londres) est avec nous dans notre studio de Londres Centre.
Bonsoir à vous... ou plutôt bonjour à vous M.
Galloway. Comment justifiez-vous votre soutien au Hezbollah et son
leader, Cheikh Hassan Nasrallah ?
Député Galloway : Grotesque ! Absurde ! Quelle manière
grotesque de présenter ce point et quelle fausse question grotesque
! Il y a 24 ans, le jour de la naissance de ma fille -je viens de
célébrer son 24ème anniversaire- j’ai dû
me précipiter à l’hôpital (pour voir sa
naissance) à travers une énorme manifestation à
Londres contre l’invasion et l’occupation israéliennes
du Liban. Israël a envahi et a occupé le Liban pendant
toute la vie de ma fille de 24 ans. Le Hezbollah fait partie de la
résistance nationale du Liban et essaie de repousser -ayant
repoussé avec succès la plupart des Israéliens
de leurs terres en 2000- Israël du reste de leurs terres et de
reconquérir ces milliers de prisonniers libanais qui ont été
kidnappés par Israël selon les termes de leur occupation
illégale du Liban. C’est Israël qui occupe le Liban,
c’est Israël qui attaque le Liban, ce n’est pas le
Liban qui attaque Israël. Vous venez de nous montrer un reportage
de 10 soldats israéliens qui s’apprêtent à
envahir le Liban et vous nous demandez de pleurer sur cette opération
comme si elle était un crime de guerre (NdT : les soldats israéliens
ont dû se faire tués). Israël est en train d’envahir
le Liban et a tué 30 fois plus de civils libanais...
La journaliste : (essayant de l’interrompre) Vous venez de mettre
le doigt dessus...
Député Galloway : (reprenant la parole avec force) ...que
n’ont été tués en Israël. Donc c’est
vous qui devriez justifier le préjugé évident
qui est écrit sur toutes les lignes de votre visage et inscrit
dans toutes les nuances de votre voix et qui encombre toutes les questions
que vous posez.
La journaliste : Bien... Vous avez mis le doigt sur le bouton, n’est-ce
pas, quand vous dites que le Hezbollah a été crée
dans les années 80 dans le but de se débarrasser de
tous les soldats israéliens présents sur le sol libanais,
comme vous avez dit (NdT : elle met l’accent), cela avait déjà
été fait en 2000...
Député Galloway : Non, cela n’avait pas été
fait...
La journaliste : (Interrompant) ... Donc, c’est un échec...
Député Galloway : Non, cela n’avait pas été
fait, et c’est là un point essentiel que vous cachez
à vos téléspectateurs. Israël a été
obligé de quitter une grande partie du Sud Liban en 2000, mais
elle occupe encore une partie du Liban depuis 2000...
La journaliste : (interrompant) ...Ce sont des terres arabes qui font
l’objet d’une récente résolution de l’ONU...
Député Galloway : (continuant) ... Des milliers de prisonniers
ont été kidnappés par Israël, et le Hezbollah
ainsi que le Gouvernement libanais veulent qu’ils soient libérés...
La journaliste : (interrompant) ... J’ai parlé il y a
quelques instants au porte-parole du Ministre Israélien des
Affaires Etrangères et il a dit que 3 Libanais ont été
« capturés », peut-être préférerez-vous
utiliser ce terme, et seront amenés devant un juge dans un
tribunal.
Député Galloway : Je vous en prie ! Faites remonter
votre mémoire au-delà de 4 semaines ! Je vous parle
de milliers de prisonniers pris pendant les 18 années d’occupation
illégale du Sub Liban par Israël. Ce sont ces prisonniers
qui doivent être libérés en échanges des
soldats israéliens qui ont été capturés
au début de cette nouvelle vague dans la crise.
La journaliste : Puis-je vous questionner sur un reportage paru aujourd’hui
dans le Sunday Telegraph qui stipule que l’Iran a donné
au Hezbollah des missiles de longue portée capable d’atteindre
n’importe quelle partie d’Israël. L’Iran, qui
selon ce député iranien, a aidé à fonder
le Hezbollah... ce député a également dit que
l’Iran a donné à l’organisation l’autorisation
de cibler Tel-Aviv... Pouvez-vous blâmer Israël de vouloir
détruire ces missiles ?
Député Galloway : Mais c’est grotesque !!! Les
Etats-Unis ont donné à Israël des missiles qui
peuvent cibler, non seulement n’importe quelle ville du Liban,
mais n’importe quelle ville de tout le monde arabe et musulman
y compris l’Iran. Pourquoi les Etats-Unis auraient-ils le droit
de donner à Israël des missiles de longue portée
y compris des centaines de têtes nucléaires, mais que
l’Iran ne serait pas autorisé à donner des missiles...
La journaliste : (interrompant) ... Parce qu’il les donne à
une organisation terroriste !
Député Galloway : Mais ce n’est pas une organisation
terroriste, sauf dans l’esprit de SKY de Rupert Murdoch (News),
de « The Times », de « The Sun » (il est interrompu)...
La journaliste : Oh, allons ... Je vous arrête là M.
Galloway...
Député Galloway : (il continue) ... de « The News
of the World » de Rupert Murdoch. Ce n’est pas une organisation
terroriste, c’est Israël qui est un Etat terroriste !
La journaliste : C’est une organisation terroriste, mais qui
est un terroriste pour certains est un combattant de la liberté
pour d’autres... On le sait très bien, ça ! Aux
yeux de la plupart des gens, ils sont considérés comme
des terroristes...
Député Galloway : Non, ils ne le sont pas !
La journaliste : Ils avaient le choix, n’est-ce pas ? Comprenons
bien cela, ils avaient le choix, comme l’IRA, de faire de la
politique...
Député Galloway : Non, non, non, cela n’a rien
à voir avec l’IRA !! Ecoutez Anna, vous avez raison,
vous avez raison...
La journaliste : (l’interrompant) Ce que je dis c’est
qu’ils avaient un choix : celui de faire de la politique, ils
ont déjà deux ministres au Gouvernement...
Député Galloway : Nous n’allons pas nous battre
à ce sujet ! Anna, vous avez raison, celui qui est un terroriste
pour l’un est un combattant de la liberté pour l’autre...
Par contre, vous avez tout à fait tort de dire qu’aux
yeux de la plupart des gens le Hezbollah sont des terroristes. Aux
yeux de la plupart des gens, Israël est un Etat terroriste, c’est
ce fait que vous ne pouvez pas comprendre... et qui est à l’origine
de votre préjugé tissé dans tous vos reportages
et dans toutes les questions que vous m’avez posé dans
cette interview.
La journaliste : Hum, hum... Puis-je vous poser une question... Je
faisais allusion à l’IRA et à Sinn Fein qui ont
décidé d’embrasser la politique ; le Hezbollah
avait l’opportunité d’embrasser la politique, ils
ont déjà deux ministres au sein du Gouvernement, très
bien vus dans le Sud...
Député Galloway : (il l’interrompt) Mais qu’est-ce
que vous racontez ?!!! Ils sont déjà en politique !
Ce sont des gens du Sud Liban...
La journaliste : C’est bien ce que je dis... Ecoutez-moi ! Je
dis qu’ils ont déjà deux ministres au gouvernement,
pourquoi ont-il eu besoin de capturer et de tuer des soldats israéliens
à la frontière, sûrement cela représente
un échec dans leur ambition à devenir une force politique
à l’intérieur d’un Liban démocratique...
Député Galloway : Parce que Israël occupe leur
pays et détient des milliers de leurs compatriotes, comme otages
kidnappés, dans leurs geôles. C’est pourtant très
simple à comprendre, sauf si vous pensez au travers d’une
horloge qui remonte à seulement quatre semaines... Si vous
savez, et vous êtes suffisamment grande pour être mieux
informée, que les origines de ce conflits ne remontent pas
à quatre semaines, ou à quatre ans, ou à quatorze
ans, mais à plusieurs décennies. Vous voulez que les
gens croient que la crise a commencé quand l’horloge
s’est mise à faire tic-tac sur SKY News...
La journaliste : Non, pas du tout...
Député Galloway : ...Mais heureusement, les Libanais
sont mieux avertis.
La journaliste : Je veux vous poser une dernière question.
Pensez-vous que les quatre semaines, comme vous l’avez mentionné,
les 26 jours du conflit, ont freiné les ambitions du Hezbollah...
Député Galloway : (M. Galloway ricane) Le Hezbollah
est en train de gagner la guerre !!
La journaliste : ...Laissez-moi finir, laissez-moi finir, vous me
laissez finir, oui ? Non seulement les soldats israéliens se
trouvent en grand nombre à la frontière, mais ils prétendent
(le Hezbollah) être une bonne organisation politique pour aider
un gouvernement libanais démocratique avec une Syrie qui a
également laissé un état indépendant,
ça aussi ça a provoqué les heurts...
Député Galloway : Quelle question stupide ! Comme vous
êtes stupide ! Le Hezbollah est en train de gagner la guerre
! Vous pouvez le voir sur la deuxième moitié de l’écran
!
La journaliste : Ce n’était pas ma question !
Député Galloway : Le Hezbollah est plus populaire aujourd’hui
au Liban parmi les Chrétiens, les Sunnites, les Chiites, parmi
tous les arabes, parmi tous les musulmans, qu’il ne l’a
jamais été ! C’est Israël qui a perdu la
guerre, et Bush et Blair également pour avoir organisé
cette guerre politiquement. Ils ont perdu politiquement. Ceci est
une défaite pour Bush, pour Blair et pour Israël, il n’y
a que vous qui ne puissiez pas le voir !
La journaliste : Laissez-moi étayer cette question, alors...
N’est-ce pas un échec, etant donné que le Hezbollah
a été crée pour se débarrasser des soldats
israéliens du territoire libanais, qu’il y ait maintenant
davantage de soldats israéliens sur le territoire libanais
qu’il y en avait il y a vingt-six jours ?
Député Galloway : En tout cas, il semblerait qu’ils
soient en train de recevoir une sacrée bonne raclée
sur l’autre moitié de l’écran que je suis
en train de regarder. Peut-être ne pouvez-vous pas le voir,
mais je suis en train de les voir se ramasser une sacrée bonne
raclée dans cette guerre... Alors si ça c’est
une victoire, je ne sais pas à quoi ressemblerait une défaite...
La vérité c’est que ce conflit va s’éterniser.
Les résolutions des Nations Unies ne règlent rien. Elles
ne donnent rien au Liban, rien aux prisonniers dans les geôles
israéliens, et comme l’a déjà fait remarqué
un des mes confrères, Israël vient de capturer encore
plus de personnalités politiques palestiniennes : ministres,
députés et des milliers d’autres sont retenues
dans les geôles israéliens, et cette guerre va continuer
jusqu’à ce qu’un accord global soit trouvé
et cet accord signifie le retrait d’Israël de tous les
territoires occupés qu’il occupe actuellement depuis
la guerre de 1967, la libération de tous les prisonniers politiques,
ainsi qu’un Etat palestinien ayant pour capitale Jérusalem-Est.
Pas de paix sans justice ! Vous n’allez pas vous retrouver de
sitôt sans travail en tant que journaliste à Jérusalem,
croyez-moi !
La journaliste : Comme d’habitude vous avez provoqué
une énorme réaction par emails aussi bien pour que contre
vous, Monsieur Galloway. Nous allons en finir là, mais je dois
dire que certaines personnes ont pu trouver choquants vos propos alors
qu’elles sont encore en train d’enterrer leurs morts,
de vous entendre dire que c’était une sacrée bonne
raclée...
Député Galloway : Vous vous en foutez ! Vous vous en
foutez ! Vous ne savez rien des familles palestiniennes. Vous ne savez
même pas qu’elles existent ! Donnez-moi le nom d’un
seul membre de cette famille de sept personnes qui ont été
massacrées sur une plage de Gaza par un navire de guerre israélien
! Vous ne connaissez même pas leurs noms, mais vous connaissez
les noms de chaque soldat israélien qui se fait prendre prisonnier
dans ce conflit, parce que vous croyez, que vous en soyez consciente
ou non, que le sang israélien est plus important que le sang
des Libanais ou des Palestiniens. Ça c’est la vérité,
mais le discernement de vos téléspectateurs le sait
déjà.]
10/08/06 - Lorsque le ciel sème la mort
Par Azmi Bishara, Al Ahram Weekly , 4 août 2006.
Original : http://weekly.ahram.org.eg/2006/806/op2.htm.
Traduit de l’anglais par Claude Zurbach pour http://www.protection-palestine.org/
Israël est un état terroriste. La logique diabolique
de cet état est activement supportée par un autre état
terroriste qui a à sa tête Georges Bush, un homme sadique
et violent, très dangereux, entouré d'une bande de Machiavels
froids et calculateurs adeptes du terrorisme d'état.
L'avion de combat est la quintessence de la civilisation moderne,
la déesse moderne. Il est le produit collectif de toutes les
sciences en même temps que la neutralisation de toutes les valeurs
et morales.
En lui converge le laser, la micro-optique, la microélectronique
et les hautes technologies en aérodynamique, tout ceci aboutissant
au vol de précision, au guidage à un cheveu près,
au ciblage mortel et à la destruction chirugicale.
Il est hygiénique et ultra-précis et ses usines, hangars
et lieux d'assemblage sont aussi vastes et spacieux que des cathédrales.
Ces avions ne sont fabriqué que dans les états les plus
développés sur le plan industriel, et assemblés
par de vastes corporations dont les employés vivent dans des
sociétés se voulant égalitaires et perçoivent
de hauts salaires. Ils ne peuvent être pilotés que par
des individus hautement qualifiés.
Ils sont à la fois le produit d'un individualisme absolu et
d'un travail collectif institutionnalisé. Les employés
qui contribuent à sa fabrication appartiennent à des
sociétés qui ont beaucoup de réalisations à
leur actif ; ils sont une élite, le haut du panier, les élus,
la nouvelle race aryenne.
Comme toute déesse d'une société consumériste,
l'avion de combat à peine né est déjà
obsolète ; un nouvel avion doit être produit toutes les
deux ou trois années de façon à répondre
à la
demande, intégrant les dernières avancées technologiques
et découvertes scientifiques de façon à
conserver sa supériorité sur les dieux des autres pays.
L'avion de combat fait que l'immoral devient moral. Il plane au-dessus
du bien et du mal, en
déesse assoiffée de sacrifices. Le pilote ne voit pas
le sang, il ne voit ni baïonnette ni balle
perçer le corps de la victime. Il ne se salit pas car il n'a
pas à ramper ni à voir les yeux de
ses victimes. Il ne transgresse pas non plus le commandement qui lui
dit de ne pas tuer. Tout ce
qu'il a à faire est de presser sur un bouton longtemps à
l'avance.
Toutes les victimes entendent le cri perçant du missile qui
arrive. Puis le monde est secoué de
toutes parts et tout bascule, sans même un balancement. Peut-être
éprouvent-ils la douleur d'une
crucifixion avant de sombrer dans le néant. Chacun est sans
recours devant les avions de combat
; ni père ni mère ne peuvent protéger leur enfant.
Les enfants sont réduits en pièces, ou
enterrés sous les décombres des immeubles qui s'effondrent
dans un gémissement fait de bruits de
branches brisées. Les pierres, les planches de bois, les lambeaux
d'acier s'écrasent sur des os
humains et pulvérisent les crânes - le tout en un clin
d'oil.
Cependant, tout ce qui peut être vu depuis le siège
du pilote, c'est une légère colonne de fumée
et un nuage de poussière. « Mission accomplie »,
dit le pilote à sa base, alors qu'il exécute un
virage soigné dans les cieux, au-delà de toutes les
morales. Puis il atterrit, saute en bas de
l'avion et se dirige vers les baraquements, son casque sous le bras
comme un motocycliste.
Il va prendre un café à la cafétéria,
échange des plaisanteries avec les autres pilotes, avec le
personnel féminin de la base et avec les mécaniciens
qui vont faire en sorte que son avion soit
prêt pour une nouvelle sortie mortelle. Puis il rentre chez
lui. Sur son chemin il écoute de la
musique, fait le pitre avec quelques enfants et, peut-être,
engage une discussion politique. Il
peut être sérieux, ou indifférent ou en colère.
Il peut être de gauche ou de droite, être en
faveur des droits du mouvement gay ou en opposition ; il se félicite
peut-être d'être une
colombe ou alors d'être un faucon enragé.
Mais ceci n'est pas le critère déterminant pour qu'il
puisse appuyer sur le bouton. Toutes ces
pensées et tous ces critères perdent tout leur sens
dans la religion du bombardier.
Les peuples du monde se divisent entre ceux qui disposent et ceux
qui ne disposent pas de F-15
et F-16. Ceux qui en disposent se divisent aussi entre ceux qui les
possèdent et ceux qui se
trouvent sous leur férule. Les Arabes ne se situent pas seulement
dans le camp de ceux qui n'en
disposent pas, mais également dans le camp de ceux qui à
l'occasion en tirent bénéfice.
Ces avions de combat sont omniprésents. Ils peuvent être
visibles ou invisibles. Mais il n'y a
aucun moyen d'échapper à leur venin ni aucun endroit
où l'on puisse se cacher de leurs missiles.
Les avions restent dans le ciel mais ses missiles vont descendre en
piqué sur les passagers
d'une voiture qui tente de fuir, ou d'un bus ou d'une ambulance, et
ils vont percer les plafonds
des bunkers et des abris jusqu'à ce qu'ils atteignent les corps
tendres qui s'y trouvent. La
chair humaine n'a aucune chance contre un missile envoyé par
un avion de combat. Le corps est nu
face à la déesse qui erre au paradis tandis que des
bâtiments faits de pierres et renforcés de
ciment s'écroulent devant elle.
Les avions provoquent des destructions massives, mais ils n'apportent
pas de solution dans la
bataille contre ceux qui ont le droit pour eux. Pour cela il faut
que les fidèles de la déesse
combattent au sol. Mais une fois que ceux qui appartiennent à
cette civilisation commencent à
combattre au sol, alors ils commencent à mourir et à
pleurer.
Ce phénomène a produit une curieuse croyance, selon
laquelle les soldats de cette civilisation
ont le droit de tuer mais par contre que les autres n'ont pas ce droit,
même dans une guerre.
C'est pourquoi lorsqu'un de leurs soldats est frappé ils se
retrouvent sonnés, et c'est pourquoi
lorsque leur armée subit une défaite contre ceux qui
sont du côté des faibles et des opprimés,
ils prennent cela pour un affront au prestige de leur armée
et de leur supériorité militaire.
Dans cette situation-là Israël retire discrètement
ses troupes au sol et envoie ses F-16 afin de
bombarder les emplacements « terroristes », qu'il s'agisse
de maisons ou de villages. Ce
comportement est lâche et vindicatif, bon pour ceux qui possèdent
une force aérienne qui leur
permette de se comporter en tyrans arrogants nés dans les cieux.
Au sol, ce sont des êtres
humains comme n'importe qui : exposés et fragiles. Mais dans
les airs, avec la protection de
leur déesse, ils peuvent tourner dans tous les sens, invisibles
à l'oil nu mais certains que
leur vacarme sera entendu lorsqu'ils passent au-dessus du sol, tirant
tout l'avantage possible
de la fragilité de ceux qui sont cloués au sol sans
avions et même de ceux qui se sont réfugiés
dans des trous dans la terre.
Ils se vengent non seulement parce qu'ils ont la volonté de
le faire -- ils n'ont pas le
monopole de la volonté -- mais parce que leur déesse
fait en sorte que ce soit possible pour
eux. [...]
Ce pouvoir destructeur les remplit de fierté... Le genre d'émotion
qui précède la chute. La mort
d'un enfant, de deux enfants, de trois ; la mort d'une femme ou de
deux ; la destruction d'une
ambulance -- Quand la force brutale contre des gens innocents devient-elle
inacceptable ?
Faut-il trente enfants ? Cinquante ? Devant les caméras ? Et
combien lorsqu'il n'y a pas de
caméra ? Où est le haut de l'échelle ? A ce propos,
les caméras ne transmettent pas les odeurs
de putréfaction venant des corps écrasés sous
les décombres.
Il est difficile de fixer précisément à quel
point exactement le verre tombe de la main d'un
responsable Arabe ou occidental lorsqu'il fixe son écran de
télévision. Quelle image d'enfants
mourant va jusqu'à lui ? Est-ce que sa bouche laisse échapper
son amuse-gueule en même temps que
son verre tombe à terre ? A-t-il un hoquet devant son assiette
? Pense-t-il alors qu'il aurait
dû écouter ses conseillers plus tôt et appeler
à un cessez-le-feu immédiat ? Pousse-t-il un
soupir devant l'horreur des crimes commis par Israël, ou bien
se sent-il désespéré devant la
folie israélienne qui lui fait perdre encore une autre occasion
?
Israël s'est construit en prenant des civils pour cible
En 1948, il les a pris pour cible en les déplaçant
de force et en volant leur terre. Il a frappé
des villages entiers supposés héberger des bases de
feddayins -- des combattants de la
résistance. La « stratégie » était
basée sur deux principes : le besoin de dissuader les civils
d'apporter leur appui à la résistance, ce qui signifie
réprimer toute _expression politique ou
sociale, et le besoin d'assouvir la soif israélienne de revanche.
L'unité 101 conduite par Ariel Sharon au début des
années 1950 était le fer de lance de ces deux
principes. Cette unité a attaqué des villages, fait
sauter les maisons et abattu ses habitants.
Parmi les fruits les plus connus de cette philosophie se trouvent
les massacres de Qubya,
Nahalin et Al-Bureij dans ces mêmes années, et les massacres
de Jabalya, Beit Hanoun,
Al-Shajaiya, Qasba à Naplouse, et Jénine ces dernières
années.
Pour atteindre ces objectifs, Israël avait besoin de bouchers,
même s'il les qualifiait de «
guerriers légendaires ». C'était une approche
manuelle. Cela n'impliquait pas des F-16. Pour
cette besogne il fallait juste des enfants gâtés appartenant
à la bonne religion et avec le
coeur penchant du côté du style de vie consumériste
américain.
Israël frappe délibérement les civils au liban.
Son objectif est de punir quiconque a pu
soutenir la résistance, de déplacer les civils vers
le nord de façon à aggraver les tensions
inter-communautaires dans le pays et à assouvir sa soif barbare
de revanche. L'attaque en cours,
dans toute sa férocité et avec toutes ses victimes innocentes,
a été planifiée longtemps à
l'avance, avec une perversité qui défit l'imagination.
Israël est un état terroriste
La logique diabolique de cet état est activement supportée
par un autre état terroriste qui a à
sa tête Georges Bush, un homme sadique et violent, très
dangereux, entouré d'une bande de
Machiavels froids et calculateurs adeptes du terrorisme d'état.
Ils sont absolument persuadés que les civils qui ne disposent
pas de leurs propres avions de
combat sont tellement bas dans l'échelle de l'aptitude à
survivre que s'ils meurent c'est de
leur propre faute, que c'est le résultat de leur propre manque
de réalisme.
Cette logique possède un défaut qui la rend impardonnable,
une malédiction qui va hanter cette
civilisation, une mise en accusation permanente de sa domination du
ciel : comment peut-on
s'attendre à ce que des enfants soient « réalistes
» ? Comment quiconque pourrait-il les blâmer
de leur propre mort ?
Ce n'est pas juste de réciter les prières des enfants
morts comme s'il s'agissait de héros, et
c'est honteux d'exposer leurs corps à la vue de tous. Ces enfants
n'étaient pas des guerriers.
Ils ne faisait pas partie de la résistance. Ils ne sont pas
morts pour apporter une victoire à
d'autres qui sont vivants et n'ont pas à exposer leur vie en
première ligne. Ces enfants sont
morts car ils n'ont pas pu s'échapper à temps ou parce
qu'ils n'ont pas réussi à se cacher des
avions. Ce sont les victimes de cette civilisation barbare et criminelle
des avions de combat.
Leurs meurtiers doivent rendre des comptes et la résistance
contre l'agression doit avoir notre
soutien.
10/08/06 - Le Moyen-Orient nouveau (cépage
israélien) est arrivé !
par Tanya Reinhart *, Current Concerns Express, n°
1, août 2006 (pp. 12 – 13). Source : Palestine Chronicle,
30 juillet 2006
Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier, membre
de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.
[L’universitaire israélienne Tanya
Reinhart démontre dans cet article que le véritable
objectif d’Israël au Liban consiste à faire de la
rivière Litani sa frontière naturelle. A cette fin,
Israël commence par détruire le Liban, après quoi
il installera un régime fantoche à Beyrouth, avant,
enfin, d’annexer le Sud Liban.]
Beyrouth est en ruines et en flammes, des centaines de Libanais sont
tués, des centaines de milliers de Libanais ont perdu tous
leurs biens et sont devenus des réfugiés. Et tout ce
que le monde se contente de faire, c’est se cantonner à
extraire les « résidents étrangers », titulaires
d’un passeport, de ce qui était considéré,
voici encore quinze jours, comme « le Paris du Moyen-Orient
». Le Liban doit mourir. Il doit mourir maintenant. Pourquoi
? Mais parce qu’Israël a « le droit de se défendre
», répète le mantra états-unien, coutumier
du blocage de toute tentative internationale d’imposition d’un
cessez-le-feu.
Israël, soutenu par les Etats-Unis, présente sa guerre
contre le Liban comme une guerre d’autodéfense. Très
facile, de vendre ce message aux médias consensuels, dès
lors que les habitants du Nord d’Israël sont eux aussi
dans les abris, bombardés et exposés au danger. L’affirmation
par Israël qu’aucun pays ne laisserait sans réponse
une telle attaque contre ses citoyens trouve beaucoup d’oreilles
complaisantes. Mais reconstituons, voulez-vous bien, la manière
dont tout ceci a commencé…
Le mercredi 12 juillet 2006, une unité du Hizbullah a attaqué
deux jeeps blindées de l’armée israélienne,
qui patrouillaient la frontière israélo-libanaise. Trois
soldats israéliens ont été tués dans cette
attaque, et deux autres ont été pris en otage. A une
conférence de presse tenue à Beyrouth quelques heures
après les faits, le chef du Hizbullah, Sheikh Hassan Nasrallah,
a expliqué que l’objectif de son mouvement était
de parvenir à un échange de prisonniers au cours duquel,
contre les deux soldats israéliens capturés, Israël
restituerait trois détenus libanais qu’il avait refusé
de libérer lors d’un précédent échange
de prisonniers. Nasrallah a alors déclaré qu’il
« ne désirait pas entraîner la région dans
un (quelconque) conflit », ajoutant : « notre retenue
actuelle ne doit pas être prise pour de la faiblesse…
Si Israël choisit la confrontation avec nous, il doit s’attendre
à des surprises… » [1]
Toutefois, le gouvernement israélien ne prit pas la moindre
initiative diplomatique, ni n’envisagea une quelconque négociation
ni même la moindre réflexion posée sur la situation.
Au cours d’un conseil des ministres, ce même jour, il
a donné son feu vert à une offensive massive contre…
le Liban. Comme l’a écrit le quotidien israélien
Ha’aretz, « rompant catégoriquement avec la réponse
apportée par Israël à de précédentes
attaques du Hizbullah, le conseil des ministres a décidé
à l’unanimité que le gouvernement libanais doit
être tenu pour responsable des incidents survenus hier. »
Olmert avait déclaré, pour sa part : « Les événements
de ce matin ne sont pas une (simple) attaque terroriste, mais bien
l’acte posé par un pays souverain [le Liban], qui a attaqué
Israël sans motif, et sans avoir été provoqué
». Il avait ajouté que « le gouvernement libanais,
auquel appartient le Hizbullah, cherche à saper la stabilité
dans la région. Le Liban est responsable : le Liban devra subir
les conséquences de ses agissements ». [2]
Au cours du conseil des ministres, « les responsables de l’armée
israélienne ont recommandé diverses opérations
visant le gouvernement libanais, divers objectifs stratégiques
dans l’ensemble du Liban, ainsi qu’une attaque généralisée
contre le Sud Liban (où sont concentrées les batteries
de roquettes du Hizbullah) » Le gouvernement israélien
a avalisé ces préconisations aussitôt. L’esprit
de la décision prise par le cabinet a été succinctement
résumée par le ministre de la Défense, Amir Péretz,
en ces termes : « Nous sautons l’étape des menaces,
et nous passons tout de suite à l’action… »
[3]
A 21 h 50, ce même jour, l’édition électronique
du Ha’aretz (sur Internet) rapportait qu’à cette
heure, déjà, Israël avait d’ores et déjà
bombardé des ponts dans le centre du Liban, et attaqué
des « positions du Hizbullah » au Sud Liban. [4]
Un communiqué de presse d’Amnisty International, le lendemain
(13 juillet) indiquait qu’au cours de ces attaques, quelque
quarante civils auraient été tués… Parmi
les victimes libanaises, les dix membres d’une même famille,
dont les huit enfants, tués dans le village de Dweïr,
près de la ville de Nabatiyéh, et une famille de sept
personnes, dont un bébé de sept mois, dans le village
de Baflaï, près de Tyr. Plus de soixante autres civils
ont été blessés.
C’est à ce moment-là – en début de
soirée du mercredi – et donc APRES [c’est moi qui
souligne, ndt] la première attaque israélienne, que
le Hizbullah a lancé son bombardement par roquettes du Nord
d’Israël. Plus tard, cette même nuit (un peu avant
l’aube de jeudi), Israël a lancé sa première
attaque sur Beyrouth ; c’est alors que les avions de guerre
israéliens ont bombardé l’aéroport international
de Beyrouth, tuant au minimum vingt-sept civils libanais, au cours
d’une série de raids.
En réponse, les attaques à la roquette du Hizbullah
se sont intensifiées durant la journée de jeudi , «
plus de cent Katyushas étant tirées contre Israël
à partir du Liban, au cours de ce qui représenta la
plus importante attaque de cette nature essuyée par Israël
depuis le début de la guerre du Liban, en 1982 ». Deux
civils israéliens ont été tués, et cent
trente-deux Israéliens, blessés, ont été
hospitalisés. [5] Israël ayant entrepris la destruction
systématique des quartiers chiites de Beyrouth, dès
le lendemain, avec notamment une tentative – ratée –
d’assassiner Nasrallah, le Hizbullah a décidé
d’étendre ses tirs de roquettes jusqu’à
atteindre la ville de Haïfa.
De la manière dont les choses ont commencé, rien, dans
l’action militaire du Hizbullah, de quelque manière qu’on
l’examine, ne pouvait justifier la réponse massivement
disproportionnée d’Israël. Le Liban avait depuis
bien longtemps un contentieux frontalier avec Israël : en 2000,
Israël, sous le gouvernement Barak, s’étant retiré
du Sud Liban, conserva un petit territoire, connu sous le nom des
fermes de Shebaa (près du Mont Dov), dont Israël prétend
qu’il appartient historiquement à la Syrie, et non au
Liban, ce que tant ce pays que la Syrie démentent ! Le gouvernement
libanais en a fréquemment appelé aux Etats-Unis, entre
autres pays, afin qu’Israël se retire aussi dudit territoire,
qui demeurait un foyer de friction au Sud Liban, afin d’apaiser
la tension dans cette région et de faciliter les négociations
intra-libanaises, en vue de la mise en application des résolutions
de l’ONU. L’appel le plus récent dans cet ordre
d’idées avait été lancé à
la mi-avril, durant une rencontre, à Washington, du Premier
ministre libanais Fouad Siniora avec George W. Bush. [6] Durant les
six années consécutives au retrait israélien
[du Sud Liban], il y a eu fréquemment des incidents frontaliers
entre le Hizbullah et l’armée israélienne, et
des violations du cessez-le-feu du type de celle commise récemment
par le Hizbullah s’étaient déjà produites,
les deux camps en étant à l’origine, avec une
certaine avance en ce qui concerne Israël… Aucun des incidents
précédents n’avait entraîné le bombardement
par roquettes Katyusha du Nord d’Israël, qui a toujours
joui du calme le plus absolu depuis le retrait israélien. Israël
aurait donc pu traiter cet incident à l’instar de tous
ses prédécesseurs, c’est-à-dire au pire
avec des représailles localisées, un échange
de prisonniers, voire – mieux – des efforts en vue de
résoudre ce contentieux frontalier une bonne fois pour toutes.
Mais non : Israël a opté pour une guerre totale. Comme
l’a dit Péretz : « Notre objectif, c’est
de faire en sorte que cet incident aboutisse à un Hizbullah
tellement salement étrillé que tout le monde, dans ses
rangs, regrettera de l’avoir provoqué [sic !] »
[7]
Le gouvernement israélien savait, d’entrée de
jeu, que le déclenchement de son offensive exposerait le Nord
d’Israël à d’importantes attaques de roquettes
Katyusha. Cela fut ouvertement envisagé durant ce fameux conseil
des ministres exceptionnel du mercredi 12 juillet : « Le Hizbullah
va vraisemblablement répliquer aux attaques israéliennes
en tirant des roquettes sur Israël de manière massive
et, si tel est le cas, « Tsahal » pourrait envoyer des
forces terrestres au Liban. » [8] On ne peut qu’en tirer
la conclusion que, du point de vue de l’armée et du gouvernement
d’Israël, cela valait le coup de mettre en danger la vie
des habitants du Nord d’Israël afin de justifier l’offensive
terrestre planifiée. Ils ont alors entrepris de préparer
les Israéliens, en ce même mercredi fatidique, à
ce qui risquait de les attendre : « Nous risquons d’être
confrontés à une réalité entièrement
différente, dans laquelle des centaines de milliers d’Israéliens
vont, pour une brève période, être exposé
du danger représenté par les roquettes du Hizbullah
», a ainsi déclaré un haut responsable de la Défense.
« Cette situation pourrait impliquer y compris des incidents
dans le centre du pays. » [9] Pour les responsables de l’armée
israélienne, non seulement les Libanais et les Palestiniens,
mais aussi les Israéliens, ne sont que des pions, dans leur
vision militaire globale qu’ils ont des choses.
La rapidité avec laquelle tout ceci s’est enchaîné
(il y aurait encore de nombreuses informations à citer) montre
qu’Israël a attendu fort longtemps que le « contexte
international mûrisse » afin de lancer la guerre massive
qu’il se préparait à lancer contre le Liban. En
réalité, nul n’a besoin de spéculer à
ce sujet, dès lors que, depuis le début, les sources
officielles tant israéliennes qu’américaines étaient
tout ce qu’il y a de plus transparent en la matière.
Comme l’a expliqué le 16 juillet au Washington Post un
responsable israélien aujourd’hui en retraite, «
le raid du Hizbullah, à travers la frontière, a impulsé
un « moment (énergétique) unique » à
des « intérêts convergents »/ [10] Le quotidien
explique ensuite ce qu’est ladite convergence d’intérêts
:
Pour les Etats-Unis, l’objectif ultime, c’est d’étrangler
l’axe Hizbullah – Hamâs – Syrie et Iran, cet
« axe » dont l’administration Bush est persuadée
qu’il s’agit d’une mise en commun de ressources
en vue de modifier le terrain de jeu stratégique au Moyen-Orient,
disent certains responsables américains. [11]
Aux yeux des Etats-Unis, le Moyen-Orient est un « terrain de
jeu stratégique » sur lequel la partie en jeu est en
train d’établir leur domination totale. Les Etats-Unis
contrôlent d’ores et déjà l’Irak et
l’Afghanistan, et ils considèrent que l’Egypte,
l’Arabie Saoudite, la Jordanie et quelques autres pays sont
pour eux des régimes amis et coopératifs. Mais, même
avec cette emprise territoriale massive, la domination états-unienne
est encore très loin d’être établie. L’Iran
n’a fait que gagner en importance du fait de la guerre en Irak,
et il refuse de se plier aux desiderata du maître américain.
Dans l’ensemble du monde arabe, y compris dans les pays au «
régime amical », la colère contre les Etats-Unis
bouillonne. Une colère au cœur de laquelle il y a non
seulement l’occupation de l’Europe, mais aussi la brutale
occupation imposée aux Palestiniens et le soutien des Etats-Unis
à la politique d’Israël. Le nouvel axe constitué
par les quatre ennemis de l’Administration Bush (Hamas, Hizbullah,
Syrie et Iran) est considéré par le monde arabe comme
un ensemble qui résiste au diktat américain et israélien,
et qui prône la libération arabe. Du point de vue de
Bush, il ne lui reste plus que deux ans pour consolider sa vision,
faite d’un contrôle complet des Américains sur
le Moyen-Orient et, pour ce faire, toutes les graines de résistances
doivent être écrasées au cours d’une opération
dévastatrice qui ferait comprendre à tout Arabe qu’obéir
au maître est la seule façon de rester en vie. Si Israël
veut faire le sale boulot, et écraser non seulement les Palestiniens,
mais aussi le Liban et le Hizbullah, alors les Etats-Unis, en proie
à des déchirements internes causés par le ressentiment
croissant à l’encontre des guerres voulues par Bush,
et peut-être incapables d’envoyer des troupes fraîches
aller se faire tuer pour cette cause, dans l’immédiat,
apporteront à Israël tout le soutien dont il aura besoin.
Comme l’a annoncé Rice au cours de sa visite à
Jérusalem, le 25 juillet, ce qui est en jeu, c’est «
un nouveau Moyen-Orient ». « Nous gagnerons ! »,
a-t-elle promis à Olmert.
Mais ce n’est pas seulement pour les beaux yeux de l’administration
Bush qu’Israël est en train de sacrifier ses soldats et
ses citoyens. Le « nouveau Moyen-Orient » fait partie
des rêves roses des milieux militaires au pouvoir depuis au
moins 1982, époque où Sharon entraîna le pays
dans la première guerre du Liban, très précisément
avec cet objectif déclaré. Les dirigeants du Hizbullah
affirment depuis des années que la mission de ce mouvement,
sur le long terme, consiste à protéger le Liban, dont
l’armée est trop faible pour ce faire. Ces dirigeants
ont dit qu’Israël n’a jamais renoncé à
ses convoitises territoriales au Liban et que la seule raison pour
laquelle il s’était retiré du Sud Liban, en 2000,
tenait au fait que la résistance du Hizbullah avait rendu trop
coûteux le maintien de l’occupation. Le peuple libanais
sait ce que tout Israélien suffisamment âgé sait
: à savoir que, dans la vision d’un Ben Gourion, le dirigeant
sioniste fondateur d’Israël, la frontière d’Israël
doit être une frontière « naturelle », c’est-à-dire
: le Jourdain à l’Est, et le Litani, cette rivière
libanaise, au Nord. En 1967, Israël a pris le contrôle
du Jourdain, en territoire palestinien occupé, mais toutes
ses tentatives pour établir la frontière du Litani ont
jusqu’ici échoué.
Comme je l’ai indiqué dans mon ouvrage « Israël
/ Palestine », dès le retrait de l’armée
israélienne du Sud Liban, en 2000, les plans de son retour
étaient prêts [12]. Mais, dans la vision des militaires
israéliens, durant la prochaine manche, le terrain devra, dans
un premier temps, être « débarrassé »
de ses habitants, comme le fit Israël en occupant les hauts plateaux
du Golan syrien, en 1967, et comme il est en train de le faire aujourd’hui
au Sud Liban. Pour qu’Israël puisse enfin faire de la vision
de Ben Gourion une réalité, il faut installer un «
régime ami » au Liban – un régime qui collaborera
avec Israël, afin d’écraser toute forme de résistance.
Pour ce faire, il faut commencer par détruire le pays, en s’inspirant
du modèle états-unien pour l’Irak. Tels étaient
très précisément les objectifs proclamés
par Sharon, lors de la première guerre du Liban. Israël
et les Etats-Unis sont persuadés qu’aujourd’hui
les conditions sont mûres pour que ces objectifs puissent en
définitive être remplis.
Notes :
[1] : Yoav Stern, « Nasrallah : Only deal will free kidnapped
soldiers » [Nasrallah : seul un marchandage peut aboutir à
la libération des soldats capturés], Ha’aretz,
13 juillet 2006.
[2] : Amos Har’el, Aluf Benn et Gidon Alon, « Gov’t
okays massive strikes on Lebanon » [Le gouvernement donne son
feu vert à des frappes massives au Liban], Ha’aretz,
13 juillet 2006.
[3] : Ibid.
[4] : Amos Har’el, « Israel prepares for widespread military
escalation » [Israël prépare une escalade militaire
de grande envergure], édition Internet de Ha’aretz, dernière
mise à jour à 21 h 50, 12 juillet 2006.
[5] : Amos Harel, Jack Khoury et Nir Hasson, « Over 100 Katyushas
hit north » [Plus de cent Katyushas s’abattent sur le
Nord (d’Israël)], Ha’aretz, 14 juillet 2006.
[6] : « Lebanese PM to lobby President George Bush on Israeli
withdrawal from Shaba » [Le Premier ministre libanais plaidera
sans doute auprès du Président George Bush le retrait
israélien (des fermes) de Shaba], par Reuters, in Ha’aretz,
16 avril 2006 : « Le Premier ministre du Liban demande au Président
des Etats-Unis, George Bush, d’exercer une pression sur Israël
afin qu’il se retire d’une bande frontalière, ce
qui permettrait à son gouvernement d’étendre son
autorité sur la totalité du territoire libanais…,
Israël doit se retirer des Fermes de Shaba, et il doit cesser
de violer nos espaces aérien et maritime », a déclaré
M. Siniora. C’est là un point fondamental si l’on
veut que le gouvernement libanais détienne le monopole de l’armement
dans le pays… » a-t-il ajouté. Très importante,
également, l’obtention du soutien du Président
Bush afin que le Liban ne devienne en aucune manière le ballon
dans la cour de récréation des autres… ni un terrain
pour la confrontation entre plusieurs autres pays de la région
», a dit M. Siniora. Les dirigeants rivaux entre eux du Liban
sont engagés dans un dialogue national, qui vise à résoudre
la crise politique du pays, la pire depuis la fin de la guerre civile
(1975 – 1990). Un problème clé est le désarmement
du Hizbullah… Cette formation musulmane chiite affirme qu’elle
a toujours besoin de ses armes pour libérer les Fermes de Shebaa
et pour défendre le Liban contre la menace israélienne.
»
[7] : Amos Harel, Aluf Benn et Gideon Alon : « Le gouvernement
israélien donne son feu vert à des frappes massives
au Liban », Ha’aretz, 13 juillet 2006.
[8] : Ibid.
[9] : Ibid.
[10] : Robin Wright, « Strikes are called part of broad strategy
» [Les frappes sont décrites comme s’inscrivant
dans une large stratégie globale], Washington Post, dimanche
16 juillet 2006, page A 15.
[11] : Ibid.
[12] : Tanya Reinhard : Israël – Palestine – Comment
finir la guerre de 1948 (pp. 83-87 de l’édition en anglais
: Israel-Palestine – How to End the War of 1948, Seven Stories
press, 2002].
[* Tanya Reinhart est professeur émérite de linguistique
et d’études sur les médias à l’Université
de Tel Aviv, et elle écrit fréquemment des éditoriaux
pour le quotidien israélien du matin Yediot Ahronot. La deuxième
édition de son livre, écrit en 2002, ‘Israël
/ Palestine : Comment mettre fin à la guerre de 1948 ?’,
a été publié en 2005 [éditions Seven Stories
pour l’édition anglaise). Son dernier ouvrage : La Feuille
de Route pour Nulle Part paraîtra en septembre prochain, aux
éditions Verso (pour l’édition anglaise) (à
paraître prochainement en France, en traduction française).]
11/08/06 - Le droit de défendre quoi
?
par Robert Thompson, 10 août 2006
Nous entendons chaque jour les dirigeants politiques - apparemment
terrifiés d'être accusés d'antisémitisme
- réciter la même phrase «Israël a le droit
de se défendre» sans imposer des limites sur, ni de définir,
ce que cet entité a le droit de défendre.
J'ai passé plus d'un demi-siècle à pratiquer
le droit non seulement sur le plan international au plus haut niveau
pendant des années, mais également, par la suite, le
droit pénal sous des juridictions avec des systèmes
judiciaires très différents.
Cette expérience m'amène à me poser la question
de ce qu'un état - en acceptant pour cet argument la thèse
que cette entité est bien un état - a le droit de défendre.
Dans le passé presque tous ceux qui éntonnent actuellement
ladite phrase se proclamaient - quand il fut à la mode de le
dire - horrifiés par le système social sud-africain
connu sous le nom d'apartheid, par lequel les autorités enforcaient
une séparation basée sur la couleur de la peau de chaque
citoyen et sur son ethnie.
Je confirme que je partageais cette attitude et que j'ai toujours
horreur de toute discrimination fondée sur la race, l'ethnie
ou la religion des gens, et je n'accorde aucun droit aux états
d'imposer des lois en faveur de cette pratique. Notre pays a connu
cette forme de persécution quand le gouvernement de Vichy faisait
l'application partout dans la partie qu'il contrôlait de la
France des dispositions nazies qui visaient ceux qui furent - selon
les critères de Théodor Herzl adoptés par Hitler,
et non pas sur les critères rabbiniques - des juifs . Avec
le retour à une législation plus saine en 1945, ceux
qui avaient participé à l'extermination de leurs concitoyens
à ce titre devenaient passable de sanctions, allant jusqu'à
la peine de mort.
Les preuves des crimes commis par les sionistes pour établir
leur forme même plus virulente que la sud-africaine de l'apartheid
ne manquent pas, et la nature répressive de leur état
est confirmée par la législation promulguée par
le Knesset, qui leur sert de parlement ainsi que par d'autres dispositions
de leur gouvernement.
Evènements historiques
En commençant par des faits historiques, nous pouvons prendre
comme exemple la purifcation ethnique qui annonçait le début
de la Naqba - surtout en 1947 - quand les milices sionistes, qui avaient
auparavant tâché de saboter l'effort de guerre des alliés,
ont réussi à vider une grande partie de la Palestine
de ses habitants indigènes. Parmi leurs moyens figuraient non
seulement des menaces de mort mais également de véritables
massacres des habitants de villages entiers, qui furent immédiatement
rasés pour les radier de la carte.
Dans ces tristes temps où nous vivons, nous voyons les ravages
qui se poursuivrent non seulement en Palestine, mais également
au Liban, pour lesquels l'excuse est la capture de trois de leurs
soldats d'occupation. Le bilan est clair, à savoir que pour
ces brigands, la capture de leurs militaires justifie l'emprisonnement
et le masacre de milliers civils palestiniens et libanais. Ces criminels
- et je ne peux hésiter à utiliser ce terme pour définir
ces dirigeants qui se disent israéliens - ne font aucune différence
entre de vrais résistants d'un côté et des femmes
et enfants, dont certains sont peut-être membres de leurs familles,
de l'autre. Cet état voyou refuse en outre d'obéir à
un grand nombre de résolutions du Conseil de Sécurité
des Nations Unies.
Ceci nous mène à réfléchir sur l'histoire
des relations entre les Nations Unies et cet «état»
d'Israël - une question qui mérite un petit détour,
car c'est là que se trouve la racine du mal.
En 1947, les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité,
qui à l'époque contrôlaient absolument l'Organisation,
ont accepté - en contradiction directe avec la Charte - de
discuter d'un plan de partage de la Palestine sans consultation préalable
effective avec les habitants indigènes. À l'époque
plus de 90% des terres appartenaient à des arabes, et quelques
7% à des intérêts sionistes - ce qui explique
le désir sioniste d'effectuer une purification ethnique. Ce
partage ne trouva aucun reflet dans le plan publié par l'O.N.U.
lequel plan a accordé une énorme part du pays aux sionistes,
a proposé un statut international pour Jérusalem et
a suggéré que les habitants indigènes devaient
se contenter de ce qui restait.
L'intérêt que les cinq membres permanents portaient à
la question dépendait de leur situation. La Chine avait ses
propres problèmes et se désintéressait d'un petit
pays si loin - il faut se situer à l'époque où
on n'avait pas les moyens de transport et de communication de nos
jours. Les Soviétiques voulaient se débarasser d'un
nombre d'opposants gênants et trouvaient que ce partage pouvait
les aider à le faire. Les dirigeants des deux grands partis
politiques aux Etats Unis voulaient s'assurer le vote du lobby juif,
favorable à l'implantation d'un état sioniste, et il
leur convenait de le situer loin de chez eux. Le gouvernement du Royaume
Uni croyait fermement - comme Monsieur Blair de nos jours - qu'il
existait une mythique Special Relationship, par laquelle il reconnaissait
qu'il n'avait plus sa puissance impériale, et, dans ces conditions,
il acceptait de servir sans faille les intérêts des Etats
Unis. La France voulait surtout que les problèmes soient limités
au sud des frontières du Liban et de la Syrie, dont elle avait
obtenu la gestion suite au Pacte Sykes-Picot et au partage selon cet
accord des terres arabes de l'Empire Ottoman. Elle a donc accepté
cette entorse aux dispositions de la Charte de l'O.N.U.
La suite fut la guerre, puisque cet «état» artificiel
voulait davantage, et les habitants originaux voulaient garder leurs
terres, et nous savons tous le triste déroulement des conquêtes
successives par les envahisseurs.
Actes discriminatoires
J'ai fait mention des dispositions discriminatoires sud-africaines,
mais celles appliquées par les sionistes furent beaucoup plus
complètes.
En premier lieu il y a les lois dites d'Aliya, par lesquelles la loi
sioniste distingue deux catégories de personnes qui bénéficient
de droits très différents dans le territoires contrôlés
par leurs forces armées. D'un côté, il y a les
juifs, suivant la définition proposée par Herzl et adoptée
par Hitler, et leurs familles - eux ont tous les droits. De l'autre,
il y a les goyim qui ne sont que tolérés, sous condition
qu'ils ne troublent pas les plaisirs des envahisseurs.
En renforcement des lois d' Aliya , le Knesset a promulgué
les lois dites de propriétaires absents, par lesquelles tout
propriétaire qui est obligé à quitter sa propriété
immobilière peut rentrer chez lui pour trouver que sa maison
a été confisquée et qu'elle est censée
appartenir désormais à une puissante organisation sioniste
pour servir de résidence à une famille juive. Les mêmes
dispositions s'appliquent aux terres agricoles.
En outre il y a le scandale des villages dans le Naqab. Si les sionistes
veulent prendre des maisons et des terres dans cette région,
occupées par des arabes - pourtant censés êtres
des "citoyens isaréliens", de deuxième classe
évidemment - ils les déclarent des "villages non
autorisés", même ceux qui existent depuis des siècles.
Ils procèdent alors à la destruction complète
des maisons et des cultures en faisant usage de bulldozers.
Quelle est la justification de ces actions des Israéliens ?
Je ne trouve aucune justification de la défense des ces pratiques
et je lance le défi aux hommes et femmes politiques de m'expliquer
pourquoi je dois choisir de condamner l'antisémitisme dirigé
contre les juifs, mais de ne pas condamner l'antisémitisme
dirigé contre les arabes. Ils doivent d'abord se rendre compte
que - dans leur l'énorme majorité - les sémites
parlent l'arabe, et que le nombre qui utilisent les autres langues
sémites, telles que l'hébreu, l'araméen et le
maltais sont bien moins nombreux. Je condamne toute forme de racisme
et de discrimination fondée sur les origines ethniques, et
je refuse de me taire au sujet des crimes sionistes qui sont fondés
sur des pratiques racistes - et en outre expliqués par les
intéressés en utilisant des arguments inacceptables
par lesquels ils seraient exemptés des contraintes du droit
international.
Soyons honnêtes et faisons face à l'hypocrisie des personnages
politiques qui refusent la justice, un préalable essentiel
à toute paix, non seulement au Proche Orient, mais également
dans le monde entier.
Conclusion
Ma conclusion est très simple, les Israéliens n'ont
aucun droit de défendre leur «état» discriminatoire,
mais ils ont le droit de survivre à condition d'agir avec justice
envers tous les habitants des territoires de manière égale,
ce qui mettrait fin à leur «état juif» pour
qu'il soit remplacé par un état démocratique.
Il reste la responsabilité des hommes et femmes politiques
de faire le nécessaire et, entre temps, je les supplie de cesser
de dire que les Israéliens ont le droit de tout faire pour
défendre leur état sous sa forme actuelle.
10/08/06 – Le perroquets du Nord d'Israël souffrent de
stress
De nombreux témoignages le prouvent : les perroquets du Nord
d’Israël sont aussi touchés par les tirs de roquettes.
Les chiens se cachent sous les tables et se grattent durant des heures.
Ils pleurent et sont triste. Leur regard est souvent perdu. Ils “sentent”
la mort autour d’eux.
Les perroquets quant à eux s’arrêtent de parler
des demi-journées entières après la chute des
roquettes dans les Kibboutz du Nord d’Israël. Ils se mettent
à trembler et s’arrêtent soudainement de parler.
“Des perturbations de l’environnement répétées
imposent à l’animal des mécanismes d’adaptation
excessifs qui finissent par être dommageables pour sa santé”,
souligne le Professeur René Dayan.
Source : un site sioniste
10/08/06 - "La guerre au Liban va être
longue" soupirent les soldats israéliens
"La guerre va être longue". Harassés, les soldats
israéliens qui effectuent des incursions nocturnes dans le
sud du Liban, sont convaincus qu'ils ne quitteront pas l'uniforme
de sitôt.
"Ca va durer encore longtemps", affirme un officier qui
vient de passer avec
ses hommes plusieurs heures dans le sud du Liban, à la recherche
de
combattants du Hezbollah, avant de revenir se reposer en territoire
israélien.
Et tout ce que veut ce militaire, c'est, dit-il, "en finir le
plus vite
possible avec le Hezbollah et rentrer à la maison".
Mais du rêve à la réalité, le fossé
semble se creuser chaque jour davantage
et le risque d'enlisement augmente.
"On dit que ce sont de bons combattants. C'est vrai, ils sont
bien meilleurs
que les Palestiniens. Mais nous sommes plus forts qu'eux", se
targue un
réserviste de 25 ans, aux traits tirés, mécanicien
dans le civil.
Son uniforme kaki est recouvert de la poussière rougeâtre
qui s'élève en
gros nuages à chaque passage de tank, au point qu'on n'y voit
plus à trois
mètres.
05h00 du matin à la frontière israélo-libanaise,
près de Metula, dans le
"doigt de la Galilée": un hélicoptère
tournoie dans le ciel faiblement
éclairé par l'aube qui pointe. Toute la nuit, le canon
israélien a tonné.
Peu à peu, les tanks en mission de l'autre côté
des barbelés, en territoire
libanais, affluent vers Israël. Un soldat de la FINUL (Force
intérimaire des
Nations Unies au Liban), juché sur un mirador, observe la scène.
Tombant de fatigue, les soldats s'endorment sur leur paquetage, à
même le
sol. D'autres s'enfoncent dans un profond sommeil au volant de leur
jeep. Un
peu plus loin, des caisses de munitions servent de lit à des
jeunes gens
également épuisés.
"Le Hezbollah s'est préparé à la guerre
pendant six ans, depuis que nous
sommes sortis du Liban, en 2000. Et personne ne les en a empêchés",
s'emporte Yossi, 33 ans, qui a dû quitter sa femme enceinte
et son petit
garçon de 4 ans pour rejoindre son unité.
"Il ne faut pas se faire d'illusion. Cette guerre risque de
durer
longtemps", ajoute-t-il.
Quelque part, dans un champ en contrebas de la frontière,
un soldat, debout
sur son tank, a revêtu son talith, le châle de prière
blanc rayé de bleu des
juifs religieux. Il prie en se balançant doucement d'avant
en arrière, son
livre de prières à la main.
"J'espère qu'à l'avenir, nous n'aurons plus à
revenir au Liban. On en a
marre! L'Iran se sert du Hezbollah contre nous, les Etats-Unis se
servent
d'Israël contre l'Iran. Que l'Amérique et l'Iran se battent
entre eux",
s'emporte Dominique, un réserviste de 33 ans.
Le jeune homme vit depuis un an et demi à Madrid, avec son
épouse, une
Espagnole qui n'est "jamais venue en Israël", et leur
petit garçon Samuel,
âgé de "cinq mois et deux semaines", dit-il
avec tendresse.
Mais il ne sait pas lorsqu'il les reverra car, comme c'est le cas,
pour les
autres soldats de son unité, sa feuille de route ne précise
pas la fin de sa
période de réserve.
A quelques kilomètres à vol d'oiseau de l'autre côté
de la frontière, le
village libanais de Mais al-Jabal est accroché à flanc
de collines. Des
volutes de fumée s'échappent de maisons du village que
Tsahal a pris pour
cible.
"J'étais en train de boire une bière dans un pub
à Jérusalem quand l'armée
m'a rappelé. Je veux juste une chose: rentrer et finir ma Guinness!",
dit
Ron, un barman de 31 ans qui porte un catogan dans ses longs cheveux
noirs
bouclés.
Mais comme ses compagnons d'armes, il est convaincu que ce n'est
pas pour
demain.
Source : AFP, 8 août 2006
10/08/06 - L'Iran pour un cessez-le-feu immédiat
et la "poursuite des criminels"
Le président Mahmoud Ahmadinejad s'est déclaré
lundi pour une résolution du Conseil de sécurité
de l'Onu sur le Liban qui appelle à un cessez-le-feu immédiat
et à des "poursuites contre les criminels", rapporte
le site internet de la présidence iranienne.
"On peut régler ce problème avec une solution
juste qui appelle à un
cessez-le-feu immédiat, à des poursuites contre les
criminels, et à des
compensations pour les dommages matériels", a déclaré
M. Ahmadinejad lors d'un entretien téléphonique avec
le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan, selon
le site de la présidence.
M. Ahmadinejad a déclaré que le projet de résolution
franco-américain,
rejeté par le Liban, "était en faveur du régime
sioniste".
"La résistance du peuple libanais devrait être
reconnue", a-t-il dit, en
référence aux combattants du Hezbollah libanais.
Le ministre des Affaires étrangères iranien Manouchehr
Mottaki avait plus
tôt qualifié lundi d'"opération politique
contre le Liban" le projet de
résolution de l'Onu visant à régler le conflit
entre Israël et le Hezbollah.
L'Iran est, avec la Syrie, le principal soutien du Hezbollah. Israël
et les
Occidentaux l'accusent de financer et d'armer le parti chiite, mais
Téhéran
a démenti en expliquant lui apporter un unique soutien moral.
Source : AFP, 7 août 2006
10/08/06 - Hassan Nasrallah, nouvelle icône du monde arabe
et musulman
Du Maroc à l'Indonésie, pour des chiites comme
pour des sunnites, Hassan Nasrallah, le chef du parti chiite libanais
Hezbollah, est devenu le symbole de la résistance contre l'Etat
hébreu.
"Allah, Allah, donne la victoire à Hassan Nasrallah",
"Nasrallah bien-aimé,
détruis Tel-Aviv"... Des slogans récurrents lors
des manifestations en
faveur du Hezbollah, au Maroc, au Koweït ou en Jordanie, seul
pays arabe,
avec l'Egypte, à avoir signé un traité de paix
avec Israël.
Au Liban, si de nombreuses personnes accusent Hassan Nasrallah d'avoir
entraîné le pays dans une guerre qu'il ne voulait pas,
beaucoup d'autres
continuent de le soutenir, même au milieu des décombres.
"Il n'y a que Nasrallah qui se soucie de nous", estime
Ali Rmeiti, dont
toute la famille a été tuée dans un bombardement
israélien dans la banlieue
chiite de Beyrouth.
Hassan Nasrallah s'était déjà assuré
une popularité certaine au Liban et
dans le monde arabe lors du retrait israélien du Liban sud
en mai 2000. Il
est en effet considéré comme l'artisan de ce retrait
effectué après 22 ans
d'occupation.
Mais les admirateurs du chef du Hezbollah ont trouvé d'autres
moyens pour
lui rendre hommage que de manifester dans les rues.
Une petite Libanaise, née il y a deux semaines à Damas
après la fuite de sa
mère du Liban sud, a été prénommée
"Promesse tenue", du nom donné par
Nasrallah aux opérations du Hezbollah après la capture,
le 12 juillet, de
deux soldats israéliens à la frontière. Capture
qui allait entraîner
l'offensive israélienne.
"J'ai voulu l'appeler Al-Waad al-Sadek (Promesse tenue, en arabe)
parce que
sayyed Hassan l'a réalisée. Il s'est engagé à
vaincre Israël et il est en
train de le faire", a déclaré la mère à
l'AFP.
Plusieurs enfants mauritaniens portent désormais le nom du
dirigeant chiite,
selon la presse mauritanienne. A Nouakchott, des photographies de
Nasrallah
se distribuent par centaines. Ses interventions à la télévision
sont
religieusement suivies, faisant même diminuer le trafic routier
dans la
capitale.
Au Pakistan, "sayyed Nasrallah" --titre donné aux
descendants directs du
prophète-- a beau ne pas être aussi populaire que le
chef du réseau
terroriste Al-Qaïda Oussama ben Laden, ses portraits, barbe fournie
et
turban noir, sont brandis lors des manifestations anti-israéliennes,
de plus
en plus fréquentes.
En Afghanistan, où la population est majoritairement sunnite,
le soutien à
Nasrallah ne cesse de croître, tandis qu'au Bangladesh, un nouveau
pont
traversant un fleuve au sud de Dacca a reçu le nom du parti
libanais.
"J'ai baptisé le pont Hezbollah en raison de notre amour
pour le groupe de
résistance libanais", a expliqué le ministre adjoint
bangladais des
Communications, Salahuddine Ahmed.
Les portraits de Nasrallah ont aussi fleuri dans les capitales européennes.
A Londres, de jeunes manifestants ont chanté "Nasrallah,
détruis Tel-Aviv",
tandis qu'à Vienne, des enfants se sont fait photographier
à côté de
portraits du leader chiite.
L'Espagne n'est pas en reste: le responsable de l'Union des communautés
islamiques d'Espagne, Riay Tatary, est loin de condamner les activités
de
Nasrallah, estimant qu'il un leader "qui lutte pour libérer
sa patrie".
En Allemagne, des portraits et des slogans comme "Nous te remercions"
ou
"Nous sommes fiers de toi" ont fait leur apparition lors
de manifestations.
Dans la vieille ville de Jérusalem aussi résonnent
des tubes à la gloire du
leader chiite.
"Les Israéliens parleront de tes roquettes, génération
après génération",
chante un groupe palestinien dont le tube s'est vendu sous le manteau
à des
centaines d'exemplaires sur cassette ou CD, selon le propriétaire
d'un
magasin de disques.
"Les gens admirent Nasrallah comme ils admiraient (le président
irakien
déchu) Saddam Hussein. C'est quelqu'un qui tient tête
à Israël, qui nous
occupe depuis près de 40 ans", explique Khaled Tamimi,
propriétaire d'une
boutique de prêt-à porter.
Et pour Majed Abou Sbeih, propriétaire d'un magasin de tissus,
"depuis
quarante ans, les Arabes n'ont pas été capables de battre
Israël. Nasrallah
l'a fait".
Source : AFP, 9 août 2006
10/08/06 - Le Hezbollah suscite un attachement
profond chez les chiites
Par Charles LEVINSON, AFP, 8 août 2006
Dans son appartement spacieux et ensoleillé
de Tyr, entouré d'une douzaine de ses petits enfants, Toufic
Bahr, comme
beaucoup de ses coreligionnaires chiites, est passé de la misère
à l'aisance
et en sait gré au Hezbollah, malgré la guerre.
"Nous, les chiites, étions des mendiants, raconte Bahr,
un patriarche de 62
ans, aujourd'hui nous commençons à vivre confortablement".
Et pour les chiites du Liban, le Hezbollah y est pour beaucoup, ce
qui
explique leur attachement profond au Parti de Dieu, qui a attiré
les foudres
d'Israël sur le pays.
A quatre ans, Bahr était orphelin. Il avait perdu sa mère
à deux ans, et son
père est mort noyé en évacuant des réfugiés
palestiniens de Haïfa à Tyr
pendant la guerre de 1948. A dix ans, il commençait comme apprenti
cordonnier pour une livre libanaise par jour.
"Je ne pouvais même pas m'acheter du pain", dit Bahr,
fier aujourd'hui de sa
progéniture de huit enfants et une douzaine de petits enfants.
"Je n'ai jamais été à l'école, raconte-t-il.
Il n'y avait personne pour
m'aider à me payer des études".
Aujourd'hui c'est vers le Hezbollah qu'il se tournerait. Quand Khadija
Farraj, une mère de trois enfants, s'est trouvée trop
démunie pour acheter
des livres de classe pour ses trois enfants l'année dernière,
elle s'est
adressée au Parti de Dieu.
"Nous sommes allés les voir, ils nous ont signé
un bon en disant: +allez
chez le libraire, il vous donnera ce dont vous avez besoin+".
La famille de Toufic Bahr a également bénéficié
de la générosité du
Hezbollah. Quand sa petite fille Amani, âgée de 21 ans,
a dû subir une
opération, sa famille n'avait pas les 1,8 million de livres
libanaises
(1.200 dollars) nécessaires.
Son père, Abbas Hassan, un chauffeur de taxi de 46 ans, frémit
de colère en
racontant comment il a été éconduit par le ministère
de la Santé et les
autres agences gouvernementales. Les chiites du sud se sentent négligés
par
le gouvernement de Beyrouth.
"Finalement, je me suis tourné vers une oeuvre de bienfaisance
du Hezbollah.
Ils ont dit oui et ont tout payé".
Le Hezbollah opère aujourd'hui un important réseau
d'aide.
"Ils ne laissent personne dans le besoin, dit Toufic Bahr. Comment
ne pas
les aimer? Ils font tant de bien".
Ses petits enfants acquiescent. Alors que l'aviation israélienne
bombarde
les villages du sud du Liban et que les unités israéliennes
opèrent dans le
pays, ils disent se sentir en sécurité.
"Je n'ai pas peur tant que la résistance est là",
dit une de ses petites
filles, Lara al-Ayan, 8 ans, la sucette à la bouche.
"Sans le Hezbollah, les Israéliens seraient ici à
Tyr et nous serions tous
morts", assure Aya Hassan, un petit fils de 18 ans.
Les chiites, la plus importante des 18 communautés religieuses
du Liban, ont
longtemps été les plus défavorisés au
pays du Cèdre.
Le Hezbollah, formé avec l'aide de l'Iran après l'invasion
israélienne de
1982, est un des mouvements qui cherche à affirmer leur poids
politique.
Cette renaissance chiite avait commencé avec l'imam Moussa
Sadr, un
religieux envoyé par l'Iran au Liban en 1957.
Fondateur du conseil supérieur chiite puis du mouvement Amal
avant de
disparaître en Libye en 1978, il est un des héros des
chiites avec l'actuel
chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.
"Sadr recueillait chez lui les mendiants et les veuves et leur
donnait une
pension mensuelle, raconte Toufic Bahr. Il prenait soin des pauvres.
Il nous
a appris à ne pas attendre l'aide de l'Occident et à
compter sur nous
mêmes".
Pour Toufic et beaucoup de chiites, Hassan Nasrallah suscite le même
attachement que Moussa Sadr. "Je mourrais aux pieds de sayyed
Hassan, dit
Toufic. Ils nous a rendu notre dignité".
10 /08/06 - Gaza : «Israël veut
nous chasser hors de toutes nos terres» - Un Palestinien témoigne
depuis Gaza
Propos recueillis par Silvia Cattori le 27 juillet 2006.
Khaled vit dans la précarité d’un camp de refugiés
à Gaza. Ses témoignages poignants ont été
traduits en plusieurs langues. Aujourd’hui, sa voix, habituellement
enjouée, était emplie de révolte et d’une
grande lassitude.
Silvia Cattori : Les bombardements de l’armée israélienne
ont déjà fait plus de cinq cent victimes et des milliers
de blessés en quelque semaine à Gaza et au Liban. Les
autorités d’Israël n’ont-ils aucune considération
humaine ?
Khaled : Maintenant les soldats sont en train de bombarder de tous
côtés, par le ciel, par les chars postés au bord
de la frontière nord de Gaza. C’est très angoissant.
Nous sommes chaque jour plongés dans l’infinie douleur
à cause de nos morts et de nos blessés. Hier les tirs
israéliens ont fait 25 nouvelles victimes et plus de 70 blessés
parmi les habitants du quartier Al Shijaeeya à Al Sha'af, à
l'est de la ville de Gaza et, dans le quartier de Jabalyia, ils ont
bombardé une maison située à une centaine de
mètres de ma maison.
S.C. - Allez-vous devoir partir ?
Khaled : L’armée israélienne a averti un de nos
voisins qu’il doit partir. Entre sa maison et la mienne, il
n’y a qu’une maison.
S.C. - Mais que veut obtenir Israël par ces carnages et destructions
répétés ? Quel est leur but final ? Vous terroriser
pour vous faire déguerpir définitivement, comme ils
l’ont déjà fait à Rafah ?
Khaled : Cela ne date pas d’aujourd’hui. Depuis 1948,
les Israéliens poursuivent toujours le même plan pour
se débarrasser de nous : ils appellent ce plan « transfert
». Une fois c’est à tel endroit qu’ils terrorisent
et massacrent, une fois à tel autre. C’est un crime qui
s’appelle « épuration ethnique ». Leur but
: nous faire partir pour s’emparer de notre terre sous prétexte
de créer des «zones de sécurité ».
Comme il n’y a pas de protestations dignes de ce nom, les soldats
d’Israël ont les mains libres pour continuer indéfiniment.
S.C. - Le but est-il donc de vous terroriser par des massacres de
plus en plus effroyables et, une fois la panique installée
dans les cœurs, vous voir, comme en 1948, fuir en masse ? Mais
où pouvez-vous fuir cette fois ? Vers l’Egypte ?
Khaled : L’important pour eux est d’arriver à
faire place nette dans la Bande de Gaza. Peu importe s’il faut
nous jeter à la mer. C’est leur plan. C’est comme
ça que les ¾ des Palestiniens ont fui en 1948. Mais
je crois que, jamais plus, les Israéliens ne réussiront
à nous faire quitter ce refuge.
S.C. - Vous devez être déçus du résultat
de la conférence de Rome où le cri du premier ministre
libanais, réclamant l’instauration d’un cessez
le feu immédiat, n’a pas été entendu. Cela
a-t-il été ressenti à Gaza comme un feu vert
donné à Israël pour continuer de vous massacrer
?
Khaled : L’Occident a toujours laissé les gouvernements
israéliens massacrer et détruire comme ils veulent.
Ce n’est que le degré de brutalité qui varie.
Les droits de l’homme sont violés par l’Etat d’Israël
au vu et au su du monde entier, avec l’appui des Etats-Unis,
et les organisations comme Amnesty international se taisent et les
Européens se taisent, et c’est à nous les victimes
que l’on demande de faire des efforts. Chaque fois que le Conseil
de sécurité met au vote une résolution qui critique
les agissements d’Israël, les Etats-Unis mettent immédiatement
leur veto et empêchent qu’Israël soit condamné.
Pour nous, c’est comme toujours. L’Occident condamne notre
résistance. Le Hamas et le Hezbollah, quoi que vous pensiez,
sont l’honneur des peuples arabes. Israël veut tuer la
seule force qui le défie et qui nous honore. Pour nous ce qui
se passe à Gaza et maintenant au Liban, est terrible. Mais,
même si ce que nous subissons est plus que jamais effroyable,
il faut que l’Europe sache que jamais nous n’abandonnerons
nos autorités du gouvernement Hamas.
S.C. - Vous n’imaginiez pas que les bataillons de chars oseraient
pénétrer à l’intérieur de la Bande
de Gaza ?
Khaled : Oui c’est fait ; ils sont entrés au nord de
Gaza, ils sont proches de Jabalyia. Il n’y a plus que deux kilomètres
qui nous séparent. Il se peut que, s’ils entrent à
Jabalyia, nous ayons à subir un massacre comme à Sabra
et Chatila.
S.C. - Ce qui veut dire que vous vous sentez complètement
démunis face à cette armée aguerrie ?
Khaled : Les militants essaient de nous protéger, de ne pas
laisser les soldats israéliens entrer dans les quartiers, mais
ils n’ont pas les moyens de les en empêcher. Au Liban,
les militants du Hezbollah peuvent se battre contre eux car il y a
des montagnes et des zones peu peuplées. Mais, ici, nous sommes
entassés les uns sur les autres et, si on veut s’échapper,
aller d’un endroit à l’autre, ce n’est pas
possible. Sous leurs obus il n’y a pas de lieu sûr. Nous
n’avons d’autre choix que de rester dans nos maisons et
d’espérer que Dieu nous protège.
S.C. - Le fait de ne pouvoir s’échapper doit créer
un sentiment d’enfermement encore plus oppressant ?
Khaled : Oui nous nous sentons emprisonnés. La Bande de Gaza
est la plus grande prison du monde.
S.C. - Vos autorités ont-elles fait appel aux organisations
humanitaires ?
Khaled : Tous ces représentants des ONG, de l’ONU, ou
des gouvernements, n’ont jamais rien fait de concret pour nous.
Nous souffrons toujours davantage et leurs projets de paix ou d’aide
ne servent qu’à renforcer la position d’Israël.
Le dernier exemple en date est la conférence de Rome. Vous
pouvez voir tous les jours le sang de nos enfants couler. Qui en a
cure ? Peut-être que, pour le peuple libanais, ils sont obligés
d’agir vu l’importance des destructions infligées
par Israël. Mais pour ce que nous subissons ici à Gaza
avez-vous entendu la Croix rouge ou d’autres organisations des
droits de l’homme protester ? Les avez-vous entendus accuser
Israël de crimes de guerre ? Amnesty avait qualifié les
attentas suicides de crime contre l’humanité en 2003.
Amnesty se tait quand il s’agit d’Israël.
S.C. - Vos militants sont donc totalement impuissants à stopper
les bataillons de chars israéliens ?
Khaled : Oui. Ils n’ont rien d’autre à faire que
de se tenir debout.
S.C. – Mais, quand les bombardements cessent, ce que l’on
voit ce sont surtout des femmes et des enfants massacrés. La
population doit se sentir dans un état d’abandon et de
panique indescriptible, les enfants surtout ?
Khaled : Cela exigerait que le monde entier dénonce ces crimes
odieux contre des innocents. Or les Etat arabes eux aussi se taisent
et, quand ils s’expriment, c’est pour appuyer la position
des Etats-Unis.
Les enfants sont déjà traumatisés depuis longtemps.
Ils ont des comportements inquiétants. L’armée
israélienne mène une guerre contre des militants qui
prennent leurs responsabilités pour tenter de nous protéger.
Les dirigeants du gouvernement sont très menacés et
vivent dans la clandestinité. Ils ne sont pas aptes, eux non
plus, à prendre un fusil contre un char.
S.C. - Avez-vous l’espoir que ce déluge d’obus
cesse bientôt ?
Khaled : Israël ne va pas s’arrêter. Il ne s’arrêtera
que si l’un de ces massacres soulève de grandes protestations.
Alors là, l’armée israélienne se retirera
un peu, en attendant que les protestations se calment, et puis ses
massacres vont recommencer.
Source en anglais:
http://signs-of-the-times.org/signs/editorials/signs20060728_Gaza22Israelwantstodriveusoutourlands22.php
08/08/06 - Nasrallah
et les trois Liban(s)
par Sami Moubayed, Asia Times, 3 août 2006
Original : http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/HH03Ak01.html
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft :
elle est libre de reproduction, à condition d’en respecter
l’intégrité et de mentionner ses sources et ses
auteurs.
L’auteur est un analyste politique syrien
Damas – Beaucoup de gens, dans le monde arabe, reprochent aux
Libanais leur désunion et leur non-mobilisation massive derrière
le Hizbullah et son secrétaire général, Hassan
Nasrallah. Ces divisions sont étranges, pour qui ne connaît
pas le Liban : de fait, il existe trois Liban(s), chacun ayant sa
propre histoire, ses propres objectifs, ses propres alliances et ses
propres dirigeants.
Une amie, appartenant au « Liban sunnite », a terriblement
vilipendé le Hizbullah, en disant que la milice chiite a ruiné
sa vie, alors qu’un autre ami, du « Liban chiite »,
lui (ce deuxième Liban représente 40% de la population)
a dit que le Hizbullah était la plus grande chose que le monde
ait produite depuis son émancipation des Ottomans, en 1918.
Un troisième ami, du « Liban chrétien »,
m’a dit que le Hizbullah n’était pas le «
parti de Dieu », contrairement à son acronyme en arabe,
mais bien plutôt le « parti du Diable »…
Reste qu’il y a beaucoup de recoupements, au Liban, comme l’indique
un sondage récent effectué par le Centre de Recherches
et d’Informations de Beyrouth, afin de prendre le pouls du pays
au sujet de la guerre en cours. C’était avant que les
avions de guerre israéliens ne bombardent le malheureux village
de Qana, tuant plus de cinquante et une personnes (dont vingt-deux
enfants). Cet événement à lui seul a considérablement
fait monter les sentiments anti-israéliens ainsi qu’un
authentique désir soit de revanche, soit d’instauration
d’un cessez-le-feu immédiat.
Le sondage a été effectué auprès des
Chiites, des Sunnites, des Druzes et des Chrétiens maronites.
Surprise : il a montré que 70,9% des Libanais, appartenant
à toutes les confessions, soutiennent la capture de deux soldats
israéliens par le Hizbullah, le 12 juillet – c’est-à-dire
l’opération qui a déclenché les représailles
israéliennes.
En raison des critiques très graves formulées par le
leader druze Walid Jumblatt à l’encontre du chef du Hizbullah
Hassan Nasrallah, seuls 40 % des Druzes ont soutenu des opérations
de ce type. Le soutien chrétien, en raison du soutien apporté
à Nasrallah par le général Michel Aoun, s’établissait
à 55%.
L’un dans l’autre, le sondage a montré que 87%
des Libanais étaient favorables aux représailles du
Hizbullah contre Israël. Ceci tient principalement aux performances
militaires du Hizbullah, aujourd’hui célébrées.
En revanche, 89,5% des Libanais ont dit qu’ils ne voyaient pas
dans les USA un honnête courtier dans le règlement du
conflit moyen-oriental. 64,3% étaient mécontents des
prestations du Premier ministre Fouad Siniora. Dans la communauté
sunnite, 64,8% des sondés ont dit qu’ils n’étaient
pas d’accord pour que Siniora soit Premier ministre.
Bien entendu, le sondage montre que beaucoup de Musulmans sunnites
( et aussi de Chrétiens maronites) soutiennent le Hizbullah.
Tout discours selon lequel il ne bénéficierait d’aucun
soutien dans les régions non-chiites est par conséquent
totalement absurde.
Nasrallah a transcendé son identité chiite et il est
devenu un leader panlibanais, panarabe et panislamique. Le fait qu’il
s’agisse d’un clerc, d’un musulman et d’un
chiite n’a vraiment que fort peu d’importance au stade
atteint actuellement par sa guerre face à Israël.
Le Liban chiite
Il est un des trois Liban(s), principalement dans le Sud, qui est
le Liban du Hizbullah, le Liban des Chiites et l’épicentre
de la rhétorique et de l’action anti-israéliennes.
Ce Liban est partagé par le Hizbullah avec le mouvement Amal,
dirigé par Nabih Berry.
Tous les habitants de ce Liban-là n’appartiennent certes
pas au Hizbullah, mais tous respectent Nasrallah, et ils l’aiment.
Dans les années 1960, ce Liban ne recevait pas plus de 0,7%
du budget de l’Etat pour les travaux publics et les hôpitaux,
tandis que les deux autres Liban(s) étaient qualifiés
de « Suisse du Moyen-Orient ».
C’est le Liban sans alcool des femmes voilées, des hommes
barbus, des faubourgs perclus de pauvreté et ornés des
posters omniprésents de l’ayatollah Ruhollah Khomeini,
le dirigeant disparu de la révolution islamique de 1979, en
Iran.
C’est ce Liban-là que l’on voit sur Al Manar,
la télé du Hizbullah. Ce Liban-là est anti-américain
et anti-israélien jusqu’à la moelle. Beaucoup
de gens, ici, y compris au Hizbullah, parlent couramment l’anglais,
mais ils préfèrent converser, penser et écrire
en arabe. Dans ce Liban-ci, la culture française se trouve
réduite à la portion congrue.
Un de mes amis habitait dans le quartier beyrouthain de Jnah. Comme
il avait l’intention de déménager tout en laissant
ses meubles, qu’il devait donc vendre, un membre de Hizbullah
viendrait le voir, lui achèterait tous ses meubles et tous
ses appareils ménagers, après quoi il en ferait don,
au nom du Hizbullah, à des familles nécessiteuses appartenant
à la communauté chiite. Et c’est ce que cet «
activiste » fit.
Une autre histoire au sujet du Liban de Nasrallah, c’est celle
de cette pauvre femme chiite. Elle avait bien du mal à joindre
les deux bouts, jusqu’au jour où un militant du Hizbu