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Monde arabe - Liban
 

10/08/06 - George Galloway, le « Nasrallah écossais », casse la baraque


Si vous comprenez l’anglais, il vous faut absolument aller sur le site web de SKY NEWS, la télévision de Rupert Murdoch, pour entendre l’interview du député indépendant écossais, membre du parti Respect, qui démolit un à un tous les stéréotypes de la propagande en cours sur la guerre du Liban. L’intervieweuse, directement interpellée par l’interviewé, en reste sans voix. Galloway, tu sauves l’honneur des Britanniques et tu es un vrai combattant ! Où sont donc les Galloways français, allemands, italiens, belges, américains ?
http://news.sky.com/skynews/video/videoplayer/0,,31200-galloway_060806,00.html

 

13/08/06 - L’interview décoiffante de Georges Galloway sur SKY NEWS le 6 août 2006


Retranscrit et traduit en français par Caliméro ; texte révisé par la rédaction de Quibla


La journaliste : L’homme qui me rejoint maintenant n’est pas connu pour garder ses opinions pour lui. Il s’est opposé avec passion à l’invasion de l’Irak et maintenant il pense que l’attaque du Hezbollah sur Israël se justifie ; le député Respect (un parti politique) de Bethnal Green (Londres) est avec nous dans notre studio de Londres Centre. Bonsoir à vous... ou plutôt bonjour à vous M. Galloway. Comment justifiez-vous votre soutien au Hezbollah et son leader, Cheikh Hassan Nasrallah ?


Député Galloway : Grotesque ! Absurde ! Quelle manière grotesque de présenter ce point et quelle fausse question grotesque ! Il y a 24 ans, le jour de la naissance de ma fille -je viens de célébrer son 24ème anniversaire- j’ai dû me précipiter à l’hôpital (pour voir sa naissance) à travers une énorme manifestation à Londres contre l’invasion et l’occupation israéliennes du Liban. Israël a envahi et a occupé le Liban pendant toute la vie de ma fille de 24 ans. Le Hezbollah fait partie de la résistance nationale du Liban et essaie de repousser -ayant repoussé avec succès la plupart des Israéliens de leurs terres en 2000- Israël du reste de leurs terres et de reconquérir ces milliers de prisonniers libanais qui ont été kidnappés par Israël selon les termes de leur occupation illégale du Liban. C’est Israël qui occupe le Liban, c’est Israël qui attaque le Liban, ce n’est pas le Liban qui attaque Israël. Vous venez de nous montrer un reportage de 10 soldats israéliens qui s’apprêtent à envahir le Liban et vous nous demandez de pleurer sur cette opération comme si elle était un crime de guerre (NdT : les soldats israéliens ont dû se faire tués). Israël est en train d’envahir le Liban et a tué 30 fois plus de civils libanais...


La journaliste : (essayant de l’interrompre) Vous venez de mettre le doigt dessus...


Député Galloway : (reprenant la parole avec force) ...que n’ont été tués en Israël. Donc c’est vous qui devriez justifier le préjugé évident qui est écrit sur toutes les lignes de votre visage et inscrit dans toutes les nuances de votre voix et qui encombre toutes les questions que vous posez.


La journaliste : Bien... Vous avez mis le doigt sur le bouton, n’est-ce pas, quand vous dites que le Hezbollah a été crée dans les années 80 dans le but de se débarrasser de tous les soldats israéliens présents sur le sol libanais, comme vous avez dit (NdT : elle met l’accent), cela avait déjà été fait en 2000...


Député Galloway : Non, cela n’avait pas été fait...


La journaliste : (Interrompant) ... Donc, c’est un échec...


Député Galloway : Non, cela n’avait pas été fait, et c’est là un point essentiel que vous cachez à vos téléspectateurs. Israël a été obligé de quitter une grande partie du Sud Liban en 2000, mais elle occupe encore une partie du Liban depuis 2000...


La journaliste : (interrompant) ...Ce sont des terres arabes qui font l’objet d’une récente résolution de l’ONU...


Député Galloway : (continuant) ... Des milliers de prisonniers ont été kidnappés par Israël, et le Hezbollah ainsi que le Gouvernement libanais veulent qu’ils soient libérés...


La journaliste : (interrompant) ... J’ai parlé il y a quelques instants au porte-parole du Ministre Israélien des Affaires Etrangères et il a dit que 3 Libanais ont été « capturés », peut-être préférerez-vous utiliser ce terme, et seront amenés devant un juge dans un tribunal.


Député Galloway : Je vous en prie ! Faites remonter votre mémoire au-delà de 4 semaines ! Je vous parle de milliers de prisonniers pris pendant les 18 années d’occupation illégale du Sub Liban par Israël. Ce sont ces prisonniers qui doivent être libérés en échanges des soldats israéliens qui ont été capturés au début de cette nouvelle vague dans la crise.


La journaliste : Puis-je vous questionner sur un reportage paru aujourd’hui dans le Sunday Telegraph qui stipule que l’Iran a donné au Hezbollah des missiles de longue portée capable d’atteindre n’importe quelle partie d’Israël. L’Iran, qui selon ce député iranien, a aidé à fonder le Hezbollah... ce député a également dit que l’Iran a donné à l’organisation l’autorisation de cibler Tel-Aviv... Pouvez-vous blâmer Israël de vouloir détruire ces missiles ?


Député Galloway : Mais c’est grotesque !!! Les Etats-Unis ont donné à Israël des missiles qui peuvent cibler, non seulement n’importe quelle ville du Liban, mais n’importe quelle ville de tout le monde arabe et musulman y compris l’Iran. Pourquoi les Etats-Unis auraient-ils le droit de donner à Israël des missiles de longue portée y compris des centaines de têtes nucléaires, mais que l’Iran ne serait pas autorisé à donner des missiles...


La journaliste : (interrompant) ... Parce qu’il les donne à une organisation terroriste !


Député Galloway : Mais ce n’est pas une organisation terroriste, sauf dans l’esprit de SKY de Rupert Murdoch (News), de « The Times », de « The Sun » (il est interrompu)...


La journaliste : Oh, allons ... Je vous arrête là M. Galloway...


Député Galloway : (il continue) ... de « The News of the World » de Rupert Murdoch. Ce n’est pas une organisation terroriste, c’est Israël qui est un Etat terroriste !


La journaliste : C’est une organisation terroriste, mais qui est un terroriste pour certains est un combattant de la liberté pour d’autres... On le sait très bien, ça ! Aux yeux de la plupart des gens, ils sont considérés comme des terroristes...


Député Galloway : Non, ils ne le sont pas !


La journaliste : Ils avaient le choix, n’est-ce pas ? Comprenons bien cela, ils avaient le choix, comme l’IRA, de faire de la politique...


Député Galloway : Non, non, non, cela n’a rien à voir avec l’IRA !! Ecoutez Anna, vous avez raison, vous avez raison...
La journaliste : (l’interrompant) Ce que je dis c’est qu’ils avaient un choix : celui de faire de la politique, ils ont déjà deux ministres au Gouvernement...


Député Galloway : Nous n’allons pas nous battre à ce sujet ! Anna, vous avez raison, celui qui est un terroriste pour l’un est un combattant de la liberté pour l’autre... Par contre, vous avez tout à fait tort de dire qu’aux yeux de la plupart des gens le Hezbollah sont des terroristes. Aux yeux de la plupart des gens, Israël est un Etat terroriste, c’est ce fait que vous ne pouvez pas comprendre... et qui est à l’origine de votre préjugé tissé dans tous vos reportages et dans toutes les questions que vous m’avez posé dans cette interview.


La journaliste : Hum, hum... Puis-je vous poser une question... Je faisais allusion à l’IRA et à Sinn Fein qui ont décidé d’embrasser la politique ; le Hezbollah avait l’opportunité d’embrasser la politique, ils ont déjà deux ministres au sein du Gouvernement, très bien vus dans le Sud...


Député Galloway : (il l’interrompt) Mais qu’est-ce que vous racontez ?!!! Ils sont déjà en politique ! Ce sont des gens du Sud Liban...


La journaliste : C’est bien ce que je dis... Ecoutez-moi ! Je dis qu’ils ont déjà deux ministres au gouvernement, pourquoi ont-il eu besoin de capturer et de tuer des soldats israéliens à la frontière, sûrement cela représente un échec dans leur ambition à devenir une force politique à l’intérieur d’un Liban démocratique...


Député Galloway : Parce que Israël occupe leur pays et détient des milliers de leurs compatriotes, comme otages kidnappés, dans leurs geôles. C’est pourtant très simple à comprendre, sauf si vous pensez au travers d’une horloge qui remonte à seulement quatre semaines... Si vous savez, et vous êtes suffisamment grande pour être mieux informée, que les origines de ce conflits ne remontent pas à quatre semaines, ou à quatre ans, ou à quatorze ans, mais à plusieurs décennies. Vous voulez que les gens croient que la crise a commencé quand l’horloge s’est mise à faire tic-tac sur SKY News...


La journaliste : Non, pas du tout...


Député Galloway : ...Mais heureusement, les Libanais sont mieux avertis.


La journaliste : Je veux vous poser une dernière question. Pensez-vous que les quatre semaines, comme vous l’avez mentionné, les 26 jours du conflit, ont freiné les ambitions du Hezbollah...


Député Galloway : (M. Galloway ricane) Le Hezbollah est en train de gagner la guerre !!


La journaliste : ...Laissez-moi finir, laissez-moi finir, vous me laissez finir, oui ? Non seulement les soldats israéliens se trouvent en grand nombre à la frontière, mais ils prétendent (le Hezbollah) être une bonne organisation politique pour aider un gouvernement libanais démocratique avec une Syrie qui a également laissé un état indépendant, ça aussi ça a provoqué les heurts...


Député Galloway : Quelle question stupide ! Comme vous êtes stupide ! Le Hezbollah est en train de gagner la guerre ! Vous pouvez le voir sur la deuxième moitié de l’écran !


La journaliste : Ce n’était pas ma question !


Député Galloway : Le Hezbollah est plus populaire aujourd’hui au Liban parmi les Chrétiens, les Sunnites, les Chiites, parmi tous les arabes, parmi tous les musulmans, qu’il ne l’a jamais été ! C’est Israël qui a perdu la guerre, et Bush et Blair également pour avoir organisé cette guerre politiquement. Ils ont perdu politiquement. Ceci est une défaite pour Bush, pour Blair et pour Israël, il n’y a que vous qui ne puissiez pas le voir !


La journaliste : Laissez-moi étayer cette question, alors... N’est-ce pas un échec, etant donné que le Hezbollah a été crée pour se débarrasser des soldats israéliens du territoire libanais, qu’il y ait maintenant davantage de soldats israéliens sur le territoire libanais qu’il y en avait il y a vingt-six jours ?


Député Galloway : En tout cas, il semblerait qu’ils soient en train de recevoir une sacrée bonne raclée sur l’autre moitié de l’écran que je suis en train de regarder. Peut-être ne pouvez-vous pas le voir, mais je suis en train de les voir se ramasser une sacrée bonne raclée dans cette guerre... Alors si ça c’est une victoire, je ne sais pas à quoi ressemblerait une défaite... La vérité c’est que ce conflit va s’éterniser. Les résolutions des Nations Unies ne règlent rien. Elles ne donnent rien au Liban, rien aux prisonniers dans les geôles israéliens, et comme l’a déjà fait remarqué un des mes confrères, Israël vient de capturer encore plus de personnalités politiques palestiniennes : ministres, députés et des milliers d’autres sont retenues dans les geôles israéliens, et cette guerre va continuer jusqu’à ce qu’un accord global soit trouvé et cet accord signifie le retrait d’Israël de tous les territoires occupés qu’il occupe actuellement depuis la guerre de 1967, la libération de tous les prisonniers politiques, ainsi qu’un Etat palestinien ayant pour capitale Jérusalem-Est. Pas de paix sans justice ! Vous n’allez pas vous retrouver de sitôt sans travail en tant que journaliste à Jérusalem, croyez-moi !


La journaliste : Comme d’habitude vous avez provoqué une énorme réaction par emails aussi bien pour que contre vous, Monsieur Galloway. Nous allons en finir là, mais je dois dire que certaines personnes ont pu trouver choquants vos propos alors qu’elles sont encore en train d’enterrer leurs morts, de vous entendre dire que c’était une sacrée bonne raclée...


Député Galloway : Vous vous en foutez ! Vous vous en foutez ! Vous ne savez rien des familles palestiniennes. Vous ne savez même pas qu’elles existent ! Donnez-moi le nom d’un seul membre de cette famille de sept personnes qui ont été massacrées sur une plage de Gaza par un navire de guerre israélien ! Vous ne connaissez même pas leurs noms, mais vous connaissez les noms de chaque soldat israélien qui se fait prendre prisonnier dans ce conflit, parce que vous croyez, que vous en soyez consciente ou non, que le sang israélien est plus important que le sang des Libanais ou des Palestiniens. Ça c’est la vérité, mais le discernement de vos téléspectateurs le sait déjà.]


10/08/06 - Lorsque le ciel sème la mort


Par Azmi Bishara, Al Ahram Weekly
, 4 août 2006.

 

Original : http://weekly.ahram.org.eg/2006/806/op2.htm.

Traduit de l’anglais par Claude Zurbach pour http://www.protection-palestine.org/

 

Israël est un état terroriste. La logique diabolique de cet état est activement supportée par un autre état terroriste qui a à sa tête Georges Bush, un homme sadique et violent, très dangereux, entouré d'une bande de Machiavels froids et calculateurs adeptes du terrorisme d'état.
L'avion de combat est la quintessence de la civilisation moderne, la déesse moderne. Il est le produit collectif de toutes les sciences en même temps que la neutralisation de toutes les valeurs et morales.

En lui converge le laser, la micro-optique, la microélectronique et les hautes technologies en aérodynamique, tout ceci aboutissant au vol de précision, au guidage à un cheveu près, au ciblage mortel et à la destruction chirugicale.

Il est hygiénique et ultra-précis et ses usines, hangars et lieux d'assemblage sont aussi vastes et spacieux que des cathédrales. Ces avions ne sont fabriqué que dans les états les plus développés sur le plan industriel, et assemblés par de vastes corporations dont les employés vivent dans des sociétés se voulant égalitaires et perçoivent de hauts salaires. Ils ne peuvent être pilotés que par des individus hautement qualifiés.

Ils sont à la fois le produit d'un individualisme absolu et d'un travail collectif institutionnalisé. Les employés qui contribuent à sa fabrication appartiennent à des sociétés qui ont beaucoup de réalisations à leur actif ; ils sont une élite, le haut du panier, les élus, la nouvelle race aryenne.

Comme toute déesse d'une société consumériste, l'avion de combat à peine né est déjà obsolète ; un nouvel avion doit être produit toutes les deux ou trois années de façon à répondre à la
demande, intégrant les dernières avancées technologiques et découvertes scientifiques de façon à
conserver sa supériorité sur les dieux des autres pays.

L'avion de combat fait que l'immoral devient moral. Il plane au-dessus du bien et du mal, en
déesse assoiffée de sacrifices. Le pilote ne voit pas le sang, il ne voit ni baïonnette ni balle
perçer le corps de la victime. Il ne se salit pas car il n'a pas à ramper ni à voir les yeux de
ses victimes. Il ne transgresse pas non plus le commandement qui lui dit de ne pas tuer. Tout ce
qu'il a à faire est de presser sur un bouton longtemps à l'avance.

Toutes les victimes entendent le cri perçant du missile qui arrive. Puis le monde est secoué de
toutes parts et tout bascule, sans même un balancement. Peut-être éprouvent-ils la douleur d'une
crucifixion avant de sombrer dans le néant. Chacun est sans recours devant les avions de combat
; ni père ni mère ne peuvent protéger leur enfant. Les enfants sont réduits en pièces, ou
enterrés sous les décombres des immeubles qui s'effondrent dans un gémissement fait de bruits de
branches brisées. Les pierres, les planches de bois, les lambeaux d'acier s'écrasent sur des os
humains et pulvérisent les crânes - le tout en un clin d'oil.

Cependant, tout ce qui peut être vu depuis le siège du pilote, c'est une légère colonne de fumée
et un nuage de poussière. « Mission accomplie », dit le pilote à sa base, alors qu'il exécute un
virage soigné dans les cieux, au-delà de toutes les morales. Puis il atterrit, saute en bas de
l'avion et se dirige vers les baraquements, son casque sous le bras comme un motocycliste.

Il va prendre un café à la cafétéria, échange des plaisanteries avec les autres pilotes, avec le
personnel féminin de la base et avec les mécaniciens qui vont faire en sorte que son avion soit
prêt pour une nouvelle sortie mortelle. Puis il rentre chez lui. Sur son chemin il écoute de la
musique, fait le pitre avec quelques enfants et, peut-être, engage une discussion politique. Il
peut être sérieux, ou indifférent ou en colère. Il peut être de gauche ou de droite, être en
faveur des droits du mouvement gay ou en opposition ; il se félicite peut-être d'être une
colombe ou alors d'être un faucon enragé.

Mais ceci n'est pas le critère déterminant pour qu'il puisse appuyer sur le bouton. Toutes ces
pensées et tous ces critères perdent tout leur sens dans la religion du bombardier.

Les peuples du monde se divisent entre ceux qui disposent et ceux qui ne disposent pas de F-15
et F-16. Ceux qui en disposent se divisent aussi entre ceux qui les possèdent et ceux qui se
trouvent sous leur férule. Les Arabes ne se situent pas seulement dans le camp de ceux qui n'en
disposent pas, mais également dans le camp de ceux qui à l'occasion en tirent bénéfice.

Ces avions de combat sont omniprésents. Ils peuvent être visibles ou invisibles. Mais il n'y a
aucun moyen d'échapper à leur venin ni aucun endroit où l'on puisse se cacher de leurs missiles.
Les avions restent dans le ciel mais ses missiles vont descendre en piqué sur les passagers
d'une voiture qui tente de fuir, ou d'un bus ou d'une ambulance, et ils vont percer les plafonds
des bunkers et des abris jusqu'à ce qu'ils atteignent les corps tendres qui s'y trouvent. La
chair humaine n'a aucune chance contre un missile envoyé par un avion de combat. Le corps est nu
face à la déesse qui erre au paradis tandis que des bâtiments faits de pierres et renforcés de
ciment s'écroulent devant elle.

Les avions provoquent des destructions massives, mais ils n'apportent pas de solution dans la
bataille contre ceux qui ont le droit pour eux. Pour cela il faut que les fidèles de la déesse
combattent au sol. Mais une fois que ceux qui appartiennent à cette civilisation commencent à
combattre au sol, alors ils commencent à mourir et à pleurer.

Ce phénomène a produit une curieuse croyance, selon laquelle les soldats de cette civilisation
ont le droit de tuer mais par contre que les autres n'ont pas ce droit, même dans une guerre.
C'est pourquoi lorsqu'un de leurs soldats est frappé ils se retrouvent sonnés, et c'est pourquoi
lorsque leur armée subit une défaite contre ceux qui sont du côté des faibles et des opprimés,
ils prennent cela pour un affront au prestige de leur armée et de leur supériorité militaire.

Dans cette situation-là Israël retire discrètement ses troupes au sol et envoie ses F-16 afin de
bombarder les emplacements « terroristes », qu'il s'agisse de maisons ou de villages. Ce
comportement est lâche et vindicatif, bon pour ceux qui possèdent une force aérienne qui leur
permette de se comporter en tyrans arrogants nés dans les cieux. Au sol, ce sont des êtres
humains comme n'importe qui : exposés et fragiles. Mais dans les airs, avec la protection de
leur déesse, ils peuvent tourner dans tous les sens, invisibles à l'oil nu mais certains que
leur vacarme sera entendu lorsqu'ils passent au-dessus du sol, tirant tout l'avantage possible
de la fragilité de ceux qui sont cloués au sol sans avions et même de ceux qui se sont réfugiés
dans des trous dans la terre.

Ils se vengent non seulement parce qu'ils ont la volonté de le faire -- ils n'ont pas le
monopole de la volonté -- mais parce que leur déesse fait en sorte que ce soit possible pour
eux. [...]

Ce pouvoir destructeur les remplit de fierté... Le genre d'émotion qui précède la chute. La mort
d'un enfant, de deux enfants, de trois ; la mort d'une femme ou de deux ; la destruction d'une
ambulance -- Quand la force brutale contre des gens innocents devient-elle inacceptable ?
Faut-il trente enfants ? Cinquante ? Devant les caméras ? Et combien lorsqu'il n'y a pas de
caméra ? Où est le haut de l'échelle ? A ce propos, les caméras ne transmettent pas les odeurs
de putréfaction venant des corps écrasés sous les décombres.

Il est difficile de fixer précisément à quel point exactement le verre tombe de la main d'un
responsable Arabe ou occidental lorsqu'il fixe son écran de télévision. Quelle image d'enfants
mourant va jusqu'à lui ? Est-ce que sa bouche laisse échapper son amuse-gueule en même temps que
son verre tombe à terre ? A-t-il un hoquet devant son assiette ? Pense-t-il alors qu'il aurait
dû écouter ses conseillers plus tôt et appeler à un cessez-le-feu immédiat ? Pousse-t-il un
soupir devant l'horreur des crimes commis par Israël, ou bien se sent-il désespéré devant la
folie israélienne qui lui fait perdre encore une autre occasion ?

Israël s'est construit en prenant des civils pour cible

En 1948, il les a pris pour cible en les déplaçant de force et en volant leur terre. Il a frappé
des villages entiers supposés héberger des bases de feddayins -- des combattants de la
résistance. La « stratégie » était basée sur deux principes : le besoin de dissuader les civils
d'apporter leur appui à la résistance, ce qui signifie réprimer toute _expression politique ou
sociale, et le besoin d'assouvir la soif israélienne de revanche.

L'unité 101 conduite par Ariel Sharon au début des années 1950 était le fer de lance de ces deux
principes. Cette unité a attaqué des villages, fait sauter les maisons et abattu ses habitants.
Parmi les fruits les plus connus de cette philosophie se trouvent les massacres de Qubya,
Nahalin et Al-Bureij dans ces mêmes années, et les massacres de Jabalya, Beit Hanoun,
Al-Shajaiya, Qasba à Naplouse, et Jénine ces dernières années.

Pour atteindre ces objectifs, Israël avait besoin de bouchers, même s'il les qualifiait de «
guerriers légendaires ». C'était une approche manuelle. Cela n'impliquait pas des F-16. Pour
cette besogne il fallait juste des enfants gâtés appartenant à la bonne religion et avec le
coeur penchant du côté du style de vie consumériste américain.

Israël frappe délibérement les civils au liban. Son objectif est de punir quiconque a pu
soutenir la résistance, de déplacer les civils vers le nord de façon à aggraver les tensions
inter-communautaires dans le pays et à assouvir sa soif barbare de revanche. L'attaque en cours,
dans toute sa férocité et avec toutes ses victimes innocentes, a été planifiée longtemps à
l'avance, avec une perversité qui défit l'imagination.

Israël est un état terroriste

La logique diabolique de cet état est activement supportée par un autre état terroriste qui a à
sa tête Georges Bush, un homme sadique et violent, très dangereux, entouré d'une bande de
Machiavels froids et calculateurs adeptes du terrorisme d'état.

Ils sont absolument persuadés que les civils qui ne disposent pas de leurs propres avions de
combat sont tellement bas dans l'échelle de l'aptitude à survivre que s'ils meurent c'est de
leur propre faute, que c'est le résultat de leur propre manque de réalisme.

Cette logique possède un défaut qui la rend impardonnable, une malédiction qui va hanter cette
civilisation, une mise en accusation permanente de sa domination du ciel : comment peut-on
s'attendre à ce que des enfants soient « réalistes » ? Comment quiconque pourrait-il les blâmer
de leur propre mort ?

Ce n'est pas juste de réciter les prières des enfants morts comme s'il s'agissait de héros, et
c'est honteux d'exposer leurs corps à la vue de tous. Ces enfants n'étaient pas des guerriers.
Ils ne faisait pas partie de la résistance. Ils ne sont pas morts pour apporter une victoire à
d'autres qui sont vivants et n'ont pas à exposer leur vie en première ligne. Ces enfants sont
morts car ils n'ont pas pu s'échapper à temps ou parce qu'ils n'ont pas réussi à se cacher des
avions. Ce sont les victimes de cette civilisation barbare et criminelle des avions de combat.

Leurs meurtiers doivent rendre des comptes et la résistance contre l'agression doit avoir notre
soutien.

 

10/08/06 - Le Moyen-Orient nouveau (cépage israélien) est arrivé !


par Tanya Reinhart *, Current Concerns Express, n° 1, août 2006 (pp. 12 – 13). Source : Palestine Chronicle, 30 juillet 2006
Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.


[L’universitaire israélienne Tanya Reinhart démontre dans cet article que le véritable objectif d’Israël au Liban consiste à faire de la rivière Litani sa frontière naturelle. A cette fin, Israël commence par détruire le Liban, après quoi il installera un régime fantoche à Beyrouth, avant, enfin, d’annexer le Sud Liban.]


Beyrouth est en ruines et en flammes, des centaines de Libanais sont tués, des centaines de milliers de Libanais ont perdu tous leurs biens et sont devenus des réfugiés. Et tout ce que le monde se contente de faire, c’est se cantonner à extraire les « résidents étrangers », titulaires d’un passeport, de ce qui était considéré, voici encore quinze jours, comme « le Paris du Moyen-Orient ». Le Liban doit mourir. Il doit mourir maintenant. Pourquoi ? Mais parce qu’Israël a « le droit de se défendre », répète le mantra états-unien, coutumier du blocage de toute tentative internationale d’imposition d’un cessez-le-feu.
Israël, soutenu par les Etats-Unis, présente sa guerre contre le Liban comme une guerre d’autodéfense. Très facile, de vendre ce message aux médias consensuels, dès lors que les habitants du Nord d’Israël sont eux aussi dans les abris, bombardés et exposés au danger. L’affirmation par Israël qu’aucun pays ne laisserait sans réponse une telle attaque contre ses citoyens trouve beaucoup d’oreilles complaisantes. Mais reconstituons, voulez-vous bien, la manière dont tout ceci a commencé…
Le mercredi 12 juillet 2006, une unité du Hizbullah a attaqué deux jeeps blindées de l’armée israélienne, qui patrouillaient la frontière israélo-libanaise. Trois soldats israéliens ont été tués dans cette attaque, et deux autres ont été pris en otage. A une conférence de presse tenue à Beyrouth quelques heures après les faits, le chef du Hizbullah, Sheikh Hassan Nasrallah, a expliqué que l’objectif de son mouvement était de parvenir à un échange de prisonniers au cours duquel, contre les deux soldats israéliens capturés, Israël restituerait trois détenus libanais qu’il avait refusé de libérer lors d’un précédent échange de prisonniers. Nasrallah a alors déclaré qu’il « ne désirait pas entraîner la région dans un (quelconque) conflit », ajoutant : « notre retenue actuelle ne doit pas être prise pour de la faiblesse… Si Israël choisit la confrontation avec nous, il doit s’attendre à des surprises… » [1]
Toutefois, le gouvernement israélien ne prit pas la moindre initiative diplomatique, ni n’envisagea une quelconque négociation ni même la moindre réflexion posée sur la situation. Au cours d’un conseil des ministres, ce même jour, il a donné son feu vert à une offensive massive contre… le Liban. Comme l’a écrit le quotidien israélien Ha’aretz, « rompant catégoriquement avec la réponse apportée par Israël à de précédentes attaques du Hizbullah, le conseil des ministres a décidé à l’unanimité que le gouvernement libanais doit être tenu pour responsable des incidents survenus hier. » Olmert avait déclaré, pour sa part : « Les événements de ce matin ne sont pas une (simple) attaque terroriste, mais bien l’acte posé par un pays souverain [le Liban], qui a attaqué Israël sans motif, et sans avoir été provoqué ». Il avait ajouté que « le gouvernement libanais, auquel appartient le Hizbullah, cherche à saper la stabilité dans la région. Le Liban est responsable : le Liban devra subir les conséquences de ses agissements ». [2]
Au cours du conseil des ministres, « les responsables de l’armée israélienne ont recommandé diverses opérations visant le gouvernement libanais, divers objectifs stratégiques dans l’ensemble du Liban, ainsi qu’une attaque généralisée contre le Sud Liban (où sont concentrées les batteries de roquettes du Hizbullah) » Le gouvernement israélien a avalisé ces préconisations aussitôt. L’esprit de la décision prise par le cabinet a été succinctement résumée par le ministre de la Défense, Amir Péretz, en ces termes : « Nous sautons l’étape des menaces, et nous passons tout de suite à l’action… » [3]
A 21 h 50, ce même jour, l’édition électronique du Ha’aretz (sur Internet) rapportait qu’à cette heure, déjà, Israël avait d’ores et déjà bombardé des ponts dans le centre du Liban, et attaqué des « positions du Hizbullah » au Sud Liban. [4]
Un communiqué de presse d’Amnisty International, le lendemain (13 juillet) indiquait qu’au cours de ces attaques, quelque quarante civils auraient été tués… Parmi les victimes libanaises, les dix membres d’une même famille, dont les huit enfants, tués dans le village de Dweïr, près de la ville de Nabatiyéh, et une famille de sept personnes, dont un bébé de sept mois, dans le village de Baflaï, près de Tyr. Plus de soixante autres civils ont été blessés.
C’est à ce moment-là – en début de soirée du mercredi – et donc APRES [c’est moi qui souligne, ndt] la première attaque israélienne, que le Hizbullah a lancé son bombardement par roquettes du Nord d’Israël. Plus tard, cette même nuit (un peu avant l’aube de jeudi), Israël a lancé sa première attaque sur Beyrouth ; c’est alors que les avions de guerre israéliens ont bombardé l’aéroport international de Beyrouth, tuant au minimum vingt-sept civils libanais, au cours d’une série de raids.
En réponse, les attaques à la roquette du Hizbullah se sont intensifiées durant la journée de jeudi , « plus de cent Katyushas étant tirées contre Israël à partir du Liban, au cours de ce qui représenta la plus importante attaque de cette nature essuyée par Israël depuis le début de la guerre du Liban, en 1982 ». Deux civils israéliens ont été tués, et cent trente-deux Israéliens, blessés, ont été hospitalisés. [5] Israël ayant entrepris la destruction systématique des quartiers chiites de Beyrouth, dès le lendemain, avec notamment une tentative – ratée – d’assassiner Nasrallah, le Hizbullah a décidé d’étendre ses tirs de roquettes jusqu’à atteindre la ville de Haïfa.
De la manière dont les choses ont commencé, rien, dans l’action militaire du Hizbullah, de quelque manière qu’on l’examine, ne pouvait justifier la réponse massivement disproportionnée d’Israël. Le Liban avait depuis bien longtemps un contentieux frontalier avec Israël : en 2000, Israël, sous le gouvernement Barak, s’étant retiré du Sud Liban, conserva un petit territoire, connu sous le nom des fermes de Shebaa (près du Mont Dov), dont Israël prétend qu’il appartient historiquement à la Syrie, et non au Liban, ce que tant ce pays que la Syrie démentent ! Le gouvernement libanais en a fréquemment appelé aux Etats-Unis, entre autres pays, afin qu’Israël se retire aussi dudit territoire, qui demeurait un foyer de friction au Sud Liban, afin d’apaiser la tension dans cette région et de faciliter les négociations intra-libanaises, en vue de la mise en application des résolutions de l’ONU. L’appel le plus récent dans cet ordre d’idées avait été lancé à la mi-avril, durant une rencontre, à Washington, du Premier ministre libanais Fouad Siniora avec George W. Bush. [6] Durant les six années consécutives au retrait israélien [du Sud Liban], il y a eu fréquemment des incidents frontaliers entre le Hizbullah et l’armée israélienne, et des violations du cessez-le-feu du type de celle commise récemment par le Hizbullah s’étaient déjà produites, les deux camps en étant à l’origine, avec une certaine avance en ce qui concerne Israël… Aucun des incidents précédents n’avait entraîné le bombardement par roquettes Katyusha du Nord d’Israël, qui a toujours joui du calme le plus absolu depuis le retrait israélien. Israël aurait donc pu traiter cet incident à l’instar de tous ses prédécesseurs, c’est-à-dire au pire avec des représailles localisées, un échange de prisonniers, voire – mieux – des efforts en vue de résoudre ce contentieux frontalier une bonne fois pour toutes. Mais non : Israël a opté pour une guerre totale. Comme l’a dit Péretz : « Notre objectif, c’est de faire en sorte que cet incident aboutisse à un Hizbullah tellement salement étrillé que tout le monde, dans ses rangs, regrettera de l’avoir provoqué [sic !] » [7]
Le gouvernement israélien savait, d’entrée de jeu, que le déclenchement de son offensive exposerait le Nord d’Israël à d’importantes attaques de roquettes Katyusha. Cela fut ouvertement envisagé durant ce fameux conseil des ministres exceptionnel du mercredi 12 juillet : « Le Hizbullah va vraisemblablement répliquer aux attaques israéliennes en tirant des roquettes sur Israël de manière massive et, si tel est le cas, « Tsahal » pourrait envoyer des forces terrestres au Liban. » [8] On ne peut qu’en tirer la conclusion que, du point de vue de l’armée et du gouvernement d’Israël, cela valait le coup de mettre en danger la vie des habitants du Nord d’Israël afin de justifier l’offensive terrestre planifiée. Ils ont alors entrepris de préparer les Israéliens, en ce même mercredi fatidique, à ce qui risquait de les attendre : « Nous risquons d’être confrontés à une réalité entièrement différente, dans laquelle des centaines de milliers d’Israéliens vont, pour une brève période, être exposé du danger représenté par les roquettes du Hizbullah », a ainsi déclaré un haut responsable de la Défense. « Cette situation pourrait impliquer y compris des incidents dans le centre du pays. » [9] Pour les responsables de l’armée israélienne, non seulement les Libanais et les Palestiniens, mais aussi les Israéliens, ne sont que des pions, dans leur vision militaire globale qu’ils ont des choses.
La rapidité avec laquelle tout ceci s’est enchaîné (il y aurait encore de nombreuses informations à citer) montre qu’Israël a attendu fort longtemps que le « contexte international mûrisse » afin de lancer la guerre massive qu’il se préparait à lancer contre le Liban. En réalité, nul n’a besoin de spéculer à ce sujet, dès lors que, depuis le début, les sources officielles tant israéliennes qu’américaines étaient tout ce qu’il y a de plus transparent en la matière. Comme l’a expliqué le 16 juillet au Washington Post un responsable israélien aujourd’hui en retraite, « le raid du Hizbullah, à travers la frontière, a impulsé un « moment (énergétique) unique » à des « intérêts convergents »/ [10] Le quotidien explique ensuite ce qu’est ladite convergence d’intérêts :
Pour les Etats-Unis, l’objectif ultime, c’est d’étrangler l’axe Hizbullah – Hamâs – Syrie et Iran, cet « axe » dont l’administration Bush est persuadée qu’il s’agit d’une mise en commun de ressources en vue de modifier le terrain de jeu stratégique au Moyen-Orient, disent certains responsables américains. [11]
Aux yeux des Etats-Unis, le Moyen-Orient est un « terrain de jeu stratégique » sur lequel la partie en jeu est en train d’établir leur domination totale. Les Etats-Unis contrôlent d’ores et déjà l’Irak et l’Afghanistan, et ils considèrent que l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et quelques autres pays sont pour eux des régimes amis et coopératifs. Mais, même avec cette emprise territoriale massive, la domination états-unienne est encore très loin d’être établie. L’Iran n’a fait que gagner en importance du fait de la guerre en Irak, et il refuse de se plier aux desiderata du maître américain. Dans l’ensemble du monde arabe, y compris dans les pays au « régime amical », la colère contre les Etats-Unis bouillonne. Une colère au cœur de laquelle il y a non seulement l’occupation de l’Europe, mais aussi la brutale occupation imposée aux Palestiniens et le soutien des Etats-Unis à la politique d’Israël. Le nouvel axe constitué par les quatre ennemis de l’Administration Bush (Hamas, Hizbullah, Syrie et Iran) est considéré par le monde arabe comme un ensemble qui résiste au diktat américain et israélien, et qui prône la libération arabe. Du point de vue de Bush, il ne lui reste plus que deux ans pour consolider sa vision, faite d’un contrôle complet des Américains sur le Moyen-Orient et, pour ce faire, toutes les graines de résistances doivent être écrasées au cours d’une opération dévastatrice qui ferait comprendre à tout Arabe qu’obéir au maître est la seule façon de rester en vie. Si Israël veut faire le sale boulot, et écraser non seulement les Palestiniens, mais aussi le Liban et le Hizbullah, alors les Etats-Unis, en proie à des déchirements internes causés par le ressentiment croissant à l’encontre des guerres voulues par Bush, et peut-être incapables d’envoyer des troupes fraîches aller se faire tuer pour cette cause, dans l’immédiat, apporteront à Israël tout le soutien dont il aura besoin. Comme l’a annoncé Rice au cours de sa visite à Jérusalem, le 25 juillet, ce qui est en jeu, c’est « un nouveau Moyen-Orient ». « Nous gagnerons ! », a-t-elle promis à Olmert.
Mais ce n’est pas seulement pour les beaux yeux de l’administration Bush qu’Israël est en train de sacrifier ses soldats et ses citoyens. Le « nouveau Moyen-Orient » fait partie des rêves roses des milieux militaires au pouvoir depuis au moins 1982, époque où Sharon entraîna le pays dans la première guerre du Liban, très précisément avec cet objectif déclaré. Les dirigeants du Hizbullah affirment depuis des années que la mission de ce mouvement, sur le long terme, consiste à protéger le Liban, dont l’armée est trop faible pour ce faire. Ces dirigeants ont dit qu’Israël n’a jamais renoncé à ses convoitises territoriales au Liban et que la seule raison pour laquelle il s’était retiré du Sud Liban, en 2000, tenait au fait que la résistance du Hizbullah avait rendu trop coûteux le maintien de l’occupation. Le peuple libanais sait ce que tout Israélien suffisamment âgé sait : à savoir que, dans la vision d’un Ben Gourion, le dirigeant sioniste fondateur d’Israël, la frontière d’Israël doit être une frontière « naturelle », c’est-à-dire : le Jourdain à l’Est, et le Litani, cette rivière libanaise, au Nord. En 1967, Israël a pris le contrôle du Jourdain, en territoire palestinien occupé, mais toutes ses tentatives pour établir la frontière du Litani ont jusqu’ici échoué.
Comme je l’ai indiqué dans mon ouvrage « Israël / Palestine », dès le retrait de l’armée israélienne du Sud Liban, en 2000, les plans de son retour étaient prêts [12]. Mais, dans la vision des militaires israéliens, durant la prochaine manche, le terrain devra, dans un premier temps, être « débarrassé » de ses habitants, comme le fit Israël en occupant les hauts plateaux du Golan syrien, en 1967, et comme il est en train de le faire aujourd’hui au Sud Liban. Pour qu’Israël puisse enfin faire de la vision de Ben Gourion une réalité, il faut installer un « régime ami » au Liban – un régime qui collaborera avec Israël, afin d’écraser toute forme de résistance. Pour ce faire, il faut commencer par détruire le pays, en s’inspirant du modèle états-unien pour l’Irak. Tels étaient très précisément les objectifs proclamés par Sharon, lors de la première guerre du Liban. Israël et les Etats-Unis sont persuadés qu’aujourd’hui les conditions sont mûres pour que ces objectifs puissent en définitive être remplis.

Notes :
[1] : Yoav Stern, « Nasrallah : Only deal will free kidnapped soldiers » [Nasrallah : seul un marchandage peut aboutir à la libération des soldats capturés], Ha’aretz, 13 juillet 2006.
[2] : Amos Har’el, Aluf Benn et Gidon Alon, « Gov’t okays massive strikes on Lebanon » [Le gouvernement donne son feu vert à des frappes massives au Liban], Ha’aretz, 13 juillet 2006.
[3] : Ibid.
[4] : Amos Har’el, « Israel prepares for widespread military escalation » [Israël prépare une escalade militaire de grande envergure], édition Internet de Ha’aretz, dernière mise à jour à 21 h 50, 12 juillet 2006.
[5] : Amos Harel, Jack Khoury et Nir Hasson, « Over 100 Katyushas hit north » [Plus de cent Katyushas s’abattent sur le Nord (d’Israël)], Ha’aretz, 14 juillet 2006.
[6] : « Lebanese PM to lobby President George Bush on Israeli withdrawal from Shaba » [Le Premier ministre libanais plaidera sans doute auprès du Président George Bush le retrait israélien (des fermes) de Shaba], par Reuters, in Ha’aretz, 16 avril 2006 : « Le Premier ministre du Liban demande au Président des Etats-Unis, George Bush, d’exercer une pression sur Israël afin qu’il se retire d’une bande frontalière, ce qui permettrait à son gouvernement d’étendre son autorité sur la totalité du territoire libanais…, Israël doit se retirer des Fermes de Shaba, et il doit cesser de violer nos espaces aérien et maritime », a déclaré M. Siniora. C’est là un point fondamental si l’on veut que le gouvernement libanais détienne le monopole de l’armement dans le pays… » a-t-il ajouté. Très importante, également, l’obtention du soutien du Président Bush afin que le Liban ne devienne en aucune manière le ballon dans la cour de récréation des autres… ni un terrain pour la confrontation entre plusieurs autres pays de la région », a dit M. Siniora. Les dirigeants rivaux entre eux du Liban sont engagés dans un dialogue national, qui vise à résoudre la crise politique du pays, la pire depuis la fin de la guerre civile (1975 – 1990). Un problème clé est le désarmement du Hizbullah… Cette formation musulmane chiite affirme qu’elle a toujours besoin de ses armes pour libérer les Fermes de Shebaa et pour défendre le Liban contre la menace israélienne. »
[7] : Amos Harel, Aluf Benn et Gideon Alon : « Le gouvernement israélien donne son feu vert à des frappes massives au Liban », Ha’aretz, 13 juillet 2006.
[8] : Ibid.
[9] : Ibid.
[10] : Robin Wright, « Strikes are called part of broad strategy » [Les frappes sont décrites comme s’inscrivant dans une large stratégie globale], Washington Post, dimanche 16 juillet 2006, page A 15.
[11] : Ibid.
[12] : Tanya Reinhard : Israël – Palestine – Comment finir la guerre de 1948 (pp. 83-87 de l’édition en anglais : Israel-Palestine – How to End the War of 1948, Seven Stories press, 2002].


[* Tanya Reinhart est professeur émérite de linguistique et d’études sur les médias à l’Université de Tel Aviv, et elle écrit fréquemment des éditoriaux pour le quotidien israélien du matin Yediot Ahronot. La deuxième édition de son livre, écrit en 2002, ‘Israël / Palestine : Comment mettre fin à la guerre de 1948 ?’, a été publié en 2005 [éditions Seven Stories pour l’édition anglaise). Son dernier ouvrage : La Feuille de Route pour Nulle Part paraîtra en septembre prochain, aux éditions Verso (pour l’édition anglaise) (à paraître prochainement en France, en traduction française).]


11/08/06 - Le droit de défendre quoi ?


par Robert Thompson, 10 août 2006
Nous entendons chaque jour les dirigeants politiques - apparemment terrifiés d'être accusés d'antisémitisme - réciter la même phrase «Israël a le droit de se défendre» sans imposer des limites sur, ni de définir, ce que cet entité a le droit de défendre.

J'ai passé plus d'un demi-siècle à pratiquer le droit non seulement sur le plan international au plus haut niveau pendant des années, mais également, par la suite, le droit pénal sous des juridictions avec des systèmes judiciaires très différents.

Cette expérience m'amène à me poser la question de ce qu'un état - en acceptant pour cet argument la thèse que cette entité est bien un état - a le droit de défendre.

Dans le passé presque tous ceux qui éntonnent actuellement ladite phrase se proclamaient - quand il fut à la mode de le dire - horrifiés par le système social sud-africain connu sous le nom d'apartheid, par lequel les autorités enforcaient une séparation basée sur la couleur de la peau de chaque citoyen et sur son ethnie.

Je confirme que je partageais cette attitude et que j'ai toujours horreur de toute discrimination fondée sur la race, l'ethnie ou la religion des gens, et je n'accorde aucun droit aux états d'imposer des lois en faveur de cette pratique. Notre pays a connu cette forme de persécution quand le gouvernement de Vichy faisait l'application partout dans la partie qu'il contrôlait de la France des dispositions nazies qui visaient ceux qui furent - selon les critères de Théodor Herzl adoptés par Hitler, et non pas sur les critères rabbiniques - des juifs . Avec le retour à une législation plus saine en 1945, ceux qui avaient participé à l'extermination de leurs concitoyens à ce titre devenaient passable de sanctions, allant jusqu'à la peine de mort.

Les preuves des crimes commis par les sionistes pour établir leur forme même plus virulente que la sud-africaine de l'apartheid
ne manquent pas, et la nature répressive de leur état est confirmée par la législation promulguée par le Knesset, qui leur sert de parlement ainsi que par d'autres dispositions de leur gouvernement.

Evènements historiques

En commençant par des faits historiques, nous pouvons prendre comme exemple la purifcation ethnique qui annonçait le début de la Naqba - surtout en 1947 - quand les milices sionistes, qui avaient auparavant tâché de saboter l'effort de guerre des alliés, ont réussi à vider une grande partie de la Palestine de ses habitants indigènes. Parmi leurs moyens figuraient non seulement des menaces de mort mais également de véritables massacres des habitants de villages entiers, qui furent immédiatement rasés pour les radier de la carte.

Dans ces tristes temps où nous vivons, nous voyons les ravages qui se poursuivrent non seulement en Palestine, mais également au Liban, pour lesquels l'excuse est la capture de trois de leurs soldats d'occupation. Le bilan est clair, à savoir que pour ces brigands, la capture de leurs militaires justifie l'emprisonnement et le masacre de milliers civils palestiniens et libanais. Ces criminels - et je ne peux hésiter à utiliser ce terme pour définir ces dirigeants qui se disent israéliens - ne font aucune différence entre de vrais résistants d'un côté et des femmes et enfants, dont certains sont peut-être membres de leurs familles, de l'autre. Cet état voyou refuse en outre d'obéir à un grand nombre de résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Ceci nous mène à réfléchir sur l'histoire des relations entre les Nations Unies et cet «état» d'Israël - une question qui mérite un petit détour, car c'est là que se trouve la racine du mal.

En 1947, les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, qui à l'époque contrôlaient absolument l'Organisation, ont accepté - en contradiction directe avec la Charte - de discuter d'un plan de partage de la Palestine sans consultation préalable effective avec les habitants indigènes. À l'époque plus de 90% des terres appartenaient à des arabes, et quelques 7% à des intérêts sionistes - ce qui explique le désir sioniste d'effectuer une purification ethnique. Ce partage ne trouva aucun reflet dans le plan publié par l'O.N.U. lequel plan a accordé une énorme part du pays aux sionistes, a proposé un statut international pour Jérusalem et a suggéré que les habitants indigènes devaient se contenter de ce qui restait.

L'intérêt que les cinq membres permanents portaient à la question dépendait de leur situation. La Chine avait ses propres problèmes et se désintéressait d'un petit pays si loin - il faut se situer à l'époque où on n'avait pas les moyens de transport et de communication de nos jours. Les Soviétiques voulaient se débarasser d'un nombre d'opposants gênants et trouvaient que ce partage pouvait les aider à le faire. Les dirigeants des deux grands partis politiques aux Etats Unis voulaient s'assurer le vote du lobby juif, favorable à l'implantation d'un état sioniste, et il leur convenait de le situer loin de chez eux. Le gouvernement du Royaume Uni croyait fermement - comme Monsieur Blair de nos jours - qu'il existait une mythique Special Relationship, par laquelle il reconnaissait qu'il n'avait plus sa puissance impériale, et, dans ces conditions, il acceptait de servir sans faille les intérêts des Etats Unis. La France voulait surtout que les problèmes soient limités au sud des frontières du Liban et de la Syrie, dont elle avait obtenu la gestion suite au Pacte Sykes-Picot et au partage selon cet accord des terres arabes de l'Empire Ottoman. Elle a donc accepté cette entorse aux dispositions de la Charte de l'O.N.U.

La suite fut la guerre, puisque cet «état» artificiel voulait davantage, et les habitants originaux voulaient garder leurs terres, et nous savons tous le triste déroulement des conquêtes successives par les envahisseurs.

Actes discriminatoires

J'ai fait mention des dispositions discriminatoires sud-africaines, mais celles appliquées par les sionistes furent beaucoup plus complètes.

En premier lieu il y a les lois dites d'Aliya, par lesquelles la loi sioniste distingue deux catégories de personnes qui bénéficient de droits très différents dans le territoires contrôlés par leurs forces armées. D'un côté, il y a les juifs, suivant la définition proposée par Herzl et adoptée par Hitler, et leurs familles - eux ont tous les droits. De l'autre, il y a les goyim qui ne sont que tolérés, sous condition qu'ils ne troublent pas les plaisirs des envahisseurs.

En renforcement des lois d' Aliya , le Knesset a promulgué les lois dites de propriétaires absents, par lesquelles tout propriétaire qui est obligé à quitter sa propriété immobilière peut rentrer chez lui pour trouver que sa maison a été confisquée et qu'elle est censée appartenir désormais à une puissante organisation sioniste pour servir de résidence à une famille juive. Les mêmes dispositions s'appliquent aux terres agricoles.

En outre il y a le scandale des villages dans le Naqab. Si les sionistes veulent prendre des maisons et des terres dans cette région, occupées par des arabes - pourtant censés êtres des "citoyens isaréliens", de deuxième classe évidemment - ils les déclarent des "villages non autorisés", même ceux qui existent depuis des siècles. Ils procèdent alors à la destruction complète des maisons et des cultures en faisant usage de bulldozers.

Quelle est la justification de ces actions des Israéliens ?

Je ne trouve aucune justification de la défense des ces pratiques et je lance le défi aux hommes et femmes politiques de m'expliquer pourquoi je dois choisir de condamner l'antisémitisme dirigé contre les juifs, mais de ne pas condamner l'antisémitisme dirigé contre les arabes. Ils doivent d'abord se rendre compte que - dans leur l'énorme majorité - les sémites parlent l'arabe, et que le nombre qui utilisent les autres langues sémites, telles que l'hébreu, l'araméen et le maltais sont bien moins nombreux. Je condamne toute forme de racisme et de discrimination fondée sur les origines ethniques, et je refuse de me taire au sujet des crimes sionistes qui sont fondés sur des pratiques racistes - et en outre expliqués par les intéressés en utilisant des arguments inacceptables par lesquels ils seraient exemptés des contraintes du droit international.

Soyons honnêtes et faisons face à l'hypocrisie des personnages politiques qui refusent la justice, un préalable essentiel à toute paix, non seulement au Proche Orient, mais également dans le monde entier.

Conclusion

Ma conclusion est très simple, les Israéliens n'ont aucun droit de défendre leur «état» discriminatoire, mais ils ont le droit de survivre à condition d'agir avec justice envers tous les habitants des territoires de manière égale, ce qui mettrait fin à leur «état juif» pour qu'il soit remplacé par un état démocratique.

Il reste la responsabilité des hommes et femmes politiques de faire le nécessaire et, entre temps, je les supplie de cesser de dire que les Israéliens ont le droit de tout faire pour défendre leur état sous sa forme actuelle.


10/08/06 – Le perroquets du Nord d'Israël souffrent de stress
De nombreux témoignages le prouvent : les perroquets du Nord d’Israël sont aussi touchés par les tirs de roquettes. Les chiens se cachent sous les tables et se grattent durant des heures. Ils pleurent et sont triste. Leur regard est souvent perdu. Ils “sentent” la mort autour d’eux.
Les perroquets quant à eux s’arrêtent de parler des demi-journées entières après la chute des roquettes dans les Kibboutz du Nord d’Israël. Ils se mettent à trembler et s’arrêtent soudainement de parler.
“Des perturbations de l’environnement répétées imposent à l’animal des mécanismes d’adaptation excessifs qui finissent par être dommageables pour sa santé”, souligne le Professeur René Dayan.
Source : un site sioniste


10/08/06 - "La guerre au Liban va être longue" soupirent les soldats israéliens


"La guerre va être longue". Harassés, les soldats israéliens qui effectuent des incursions nocturnes dans le sud du Liban, sont convaincus qu'ils ne quitteront pas l'uniforme de sitôt.

"Ca va durer encore longtemps", affirme un officier qui vient de passer avec
ses hommes plusieurs heures dans le sud du Liban, à la recherche de
combattants du Hezbollah, avant de revenir se reposer en territoire
israélien.

Et tout ce que veut ce militaire, c'est, dit-il, "en finir le plus vite
possible avec le Hezbollah et rentrer à la maison".

Mais du rêve à la réalité, le fossé semble se creuser chaque jour davantage
et le risque d'enlisement augmente.

"On dit que ce sont de bons combattants. C'est vrai, ils sont bien meilleurs
que les Palestiniens. Mais nous sommes plus forts qu'eux", se targue un
réserviste de 25 ans, aux traits tirés, mécanicien dans le civil.

Son uniforme kaki est recouvert de la poussière rougeâtre qui s'élève en
gros nuages à chaque passage de tank, au point qu'on n'y voit plus à trois
mètres.

05h00 du matin à la frontière israélo-libanaise, près de Metula, dans le
"doigt de la Galilée": un hélicoptère tournoie dans le ciel faiblement
éclairé par l'aube qui pointe. Toute la nuit, le canon israélien a tonné.

Peu à peu, les tanks en mission de l'autre côté des barbelés, en territoire
libanais, affluent vers Israël. Un soldat de la FINUL (Force intérimaire des
Nations Unies au Liban), juché sur un mirador, observe la scène.

Tombant de fatigue, les soldats s'endorment sur leur paquetage, à même le
sol. D'autres s'enfoncent dans un profond sommeil au volant de leur jeep. Un
peu plus loin, des caisses de munitions servent de lit à des jeunes gens
également épuisés.

"Le Hezbollah s'est préparé à la guerre pendant six ans, depuis que nous
sommes sortis du Liban, en 2000. Et personne ne les en a empêchés",
s'emporte Yossi, 33 ans, qui a dû quitter sa femme enceinte et son petit
garçon de 4 ans pour rejoindre son unité.

"Il ne faut pas se faire d'illusion. Cette guerre risque de durer
longtemps", ajoute-t-il.

Quelque part, dans un champ en contrebas de la frontière, un soldat, debout
sur son tank, a revêtu son talith, le châle de prière blanc rayé de bleu des
juifs religieux. Il prie en se balançant doucement d'avant en arrière, son
livre de prières à la main.

"J'espère qu'à l'avenir, nous n'aurons plus à revenir au Liban. On en a
marre! L'Iran se sert du Hezbollah contre nous, les Etats-Unis se servent
d'Israël contre l'Iran. Que l'Amérique et l'Iran se battent entre eux",
s'emporte Dominique, un réserviste de 33 ans.

Le jeune homme vit depuis un an et demi à Madrid, avec son épouse, une
Espagnole qui n'est "jamais venue en Israël", et leur petit garçon Samuel,
âgé de "cinq mois et deux semaines", dit-il avec tendresse.

Mais il ne sait pas lorsqu'il les reverra car, comme c'est le cas, pour les
autres soldats de son unité, sa feuille de route ne précise pas la fin de sa
période de réserve.

A quelques kilomètres à vol d'oiseau de l'autre côté de la frontière, le
village libanais de Mais al-Jabal est accroché à flanc de collines. Des
volutes de fumée s'échappent de maisons du village que Tsahal a pris pour
cible.

"J'étais en train de boire une bière dans un pub à Jérusalem quand l'armée
m'a rappelé. Je veux juste une chose: rentrer et finir ma Guinness!", dit
Ron, un barman de 31 ans qui porte un catogan dans ses longs cheveux noirs
bouclés.

Mais comme ses compagnons d'armes, il est convaincu que ce n'est pas pour
demain.
Source : AFP, 8 août 2006

 

10/08/06 - L'Iran pour un cessez-le-feu immédiat et la "poursuite des criminels"


Le président Mahmoud Ahmadinejad s'est déclaré lundi pour une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu sur le Liban qui appelle à un cessez-le-feu immédiat et à des "poursuites contre les criminels", rapporte le site internet de la présidence iranienne.

"On peut régler ce problème avec une solution juste qui appelle à un
cessez-le-feu immédiat, à des poursuites contre les criminels, et à des
compensations pour les dommages matériels", a déclaré M. Ahmadinejad lors d'un entretien téléphonique avec le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan, selon le site de la présidence.

M. Ahmadinejad a déclaré que le projet de résolution franco-américain,
rejeté par le Liban, "était en faveur du régime sioniste".

"La résistance du peuple libanais devrait être reconnue", a-t-il dit, en
référence aux combattants du Hezbollah libanais.

Le ministre des Affaires étrangères iranien Manouchehr Mottaki avait plus
tôt qualifié lundi d'"opération politique contre le Liban" le projet de
résolution de l'Onu visant à régler le conflit entre Israël et le Hezbollah.

L'Iran est, avec la Syrie, le principal soutien du Hezbollah. Israël et les
Occidentaux l'accusent de financer et d'armer le parti chiite, mais Téhéran
a démenti en expliquant lui apporter un unique soutien moral.
Source : AFP, 7 août 2006

10/08/06 - Hassan Nasrallah, nouvelle icône du monde arabe et musulman

Du Maroc à l'Indonésie, pour des chiites comme
pour des sunnites, Hassan Nasrallah, le chef du parti chiite libanais
Hezbollah, est devenu le symbole de la résistance contre l'Etat hébreu.

"Allah, Allah, donne la victoire à Hassan Nasrallah", "Nasrallah bien-aimé,
détruis Tel-Aviv"... Des slogans récurrents lors des manifestations en
faveur du Hezbollah, au Maroc, au Koweït ou en Jordanie, seul pays arabe,
avec l'Egypte, à avoir signé un traité de paix avec Israël.

Au Liban, si de nombreuses personnes accusent Hassan Nasrallah d'avoir
entraîné le pays dans une guerre qu'il ne voulait pas, beaucoup d'autres
continuent de le soutenir, même au milieu des décombres.

"Il n'y a que Nasrallah qui se soucie de nous", estime Ali Rmeiti, dont
toute la famille a été tuée dans un bombardement israélien dans la banlieue
chiite de Beyrouth.

Hassan Nasrallah s'était déjà assuré une popularité certaine au Liban et
dans le monde arabe lors du retrait israélien du Liban sud en mai 2000. Il
est en effet considéré comme l'artisan de ce retrait effectué après 22 ans
d'occupation.

Mais les admirateurs du chef du Hezbollah ont trouvé d'autres moyens pour
lui rendre hommage que de manifester dans les rues.

Une petite Libanaise, née il y a deux semaines à Damas après la fuite de sa
mère du Liban sud, a été prénommée "Promesse tenue", du nom donné par
Nasrallah aux opérations du Hezbollah après la capture, le 12 juillet, de
deux soldats israéliens à la frontière. Capture qui allait entraîner
l'offensive israélienne.

"J'ai voulu l'appeler Al-Waad al-Sadek (Promesse tenue, en arabe) parce que
sayyed Hassan l'a réalisée. Il s'est engagé à vaincre Israël et il est en
train de le faire", a déclaré la mère à l'AFP.

Plusieurs enfants mauritaniens portent désormais le nom du dirigeant chiite,
selon la presse mauritanienne. A Nouakchott, des photographies de Nasrallah
se distribuent par centaines. Ses interventions à la télévision sont
religieusement suivies, faisant même diminuer le trafic routier dans la
capitale.

Au Pakistan, "sayyed Nasrallah" --titre donné aux descendants directs du
prophète-- a beau ne pas être aussi populaire que le chef du réseau
terroriste Al-Qaïda Oussama ben Laden, ses portraits, barbe fournie et
turban noir, sont brandis lors des manifestations anti-israéliennes, de plus
en plus fréquentes.

En Afghanistan, où la population est majoritairement sunnite, le soutien à
Nasrallah ne cesse de croître, tandis qu'au Bangladesh, un nouveau pont
traversant un fleuve au sud de Dacca a reçu le nom du parti libanais.

"J'ai baptisé le pont Hezbollah en raison de notre amour pour le groupe de
résistance libanais", a expliqué le ministre adjoint bangladais des
Communications, Salahuddine Ahmed.

Les portraits de Nasrallah ont aussi fleuri dans les capitales européennes.

A Londres, de jeunes manifestants ont chanté "Nasrallah, détruis Tel-Aviv",
tandis qu'à Vienne, des enfants se sont fait photographier à côté de
portraits du leader chiite.

L'Espagne n'est pas en reste: le responsable de l'Union des communautés
islamiques d'Espagne, Riay Tatary, est loin de condamner les activités de
Nasrallah, estimant qu'il un leader "qui lutte pour libérer sa patrie".

En Allemagne, des portraits et des slogans comme "Nous te remercions" ou
"Nous sommes fiers de toi" ont fait leur apparition lors de manifestations.

Dans la vieille ville de Jérusalem aussi résonnent des tubes à la gloire du
leader chiite.

"Les Israéliens parleront de tes roquettes, génération après génération",
chante un groupe palestinien dont le tube s'est vendu sous le manteau à des
centaines d'exemplaires sur cassette ou CD, selon le propriétaire d'un
magasin de disques.

"Les gens admirent Nasrallah comme ils admiraient (le président irakien
déchu) Saddam Hussein. C'est quelqu'un qui tient tête à Israël, qui nous
occupe depuis près de 40 ans", explique Khaled Tamimi, propriétaire d'une
boutique de prêt-à porter.

Et pour Majed Abou Sbeih, propriétaire d'un magasin de tissus, "depuis
quarante ans, les Arabes n'ont pas été capables de battre Israël. Nasrallah
l'a fait".
Source : AFP, 9 août 2006

 

10/08/06 - Le Hezbollah suscite un attachement profond chez les chiites


Par Charles LEVINSON, AFP, 8 août 2006
Dans son appartement spacieux et ensoleillé
de Tyr, entouré d'une douzaine de ses petits enfants, Toufic Bahr, comme
beaucoup de ses coreligionnaires chiites, est passé de la misère à l'aisance
et en sait gré au Hezbollah, malgré la guerre.

"Nous, les chiites, étions des mendiants, raconte Bahr, un patriarche de 62
ans, aujourd'hui nous commençons à vivre confortablement".

Et pour les chiites du Liban, le Hezbollah y est pour beaucoup, ce qui
explique leur attachement profond au Parti de Dieu, qui a attiré les foudres
d'Israël sur le pays.

A quatre ans, Bahr était orphelin. Il avait perdu sa mère à deux ans, et son
père est mort noyé en évacuant des réfugiés palestiniens de Haïfa à Tyr
pendant la guerre de 1948. A dix ans, il commençait comme apprenti
cordonnier pour une livre libanaise par jour.

"Je ne pouvais même pas m'acheter du pain", dit Bahr, fier aujourd'hui de sa
progéniture de huit enfants et une douzaine de petits enfants.

"Je n'ai jamais été à l'école, raconte-t-il. Il n'y avait personne pour
m'aider à me payer des études".

Aujourd'hui c'est vers le Hezbollah qu'il se tournerait. Quand Khadija
Farraj, une mère de trois enfants, s'est trouvée trop démunie pour acheter
des livres de classe pour ses trois enfants l'année dernière, elle s'est
adressée au Parti de Dieu.

"Nous sommes allés les voir, ils nous ont signé un bon en disant: +allez
chez le libraire, il vous donnera ce dont vous avez besoin+".

La famille de Toufic Bahr a également bénéficié de la générosité du
Hezbollah. Quand sa petite fille Amani, âgée de 21 ans, a dû subir une
opération, sa famille n'avait pas les 1,8 million de livres libanaises
(1.200 dollars) nécessaires.

Son père, Abbas Hassan, un chauffeur de taxi de 46 ans, frémit de colère en
racontant comment il a été éconduit par le ministère de la Santé et les
autres agences gouvernementales. Les chiites du sud se sentent négligés par
le gouvernement de Beyrouth.

"Finalement, je me suis tourné vers une oeuvre de bienfaisance du Hezbollah.
Ils ont dit oui et ont tout payé".

Le Hezbollah opère aujourd'hui un important réseau d'aide.

"Ils ne laissent personne dans le besoin, dit Toufic Bahr. Comment ne pas
les aimer? Ils font tant de bien".

Ses petits enfants acquiescent. Alors que l'aviation israélienne bombarde
les villages du sud du Liban et que les unités israéliennes opèrent dans le
pays, ils disent se sentir en sécurité.

"Je n'ai pas peur tant que la résistance est là", dit une de ses petites
filles, Lara al-Ayan, 8 ans, la sucette à la bouche.

"Sans le Hezbollah, les Israéliens seraient ici à Tyr et nous serions tous
morts", assure Aya Hassan, un petit fils de 18 ans.

Les chiites, la plus importante des 18 communautés religieuses du Liban, ont
longtemps été les plus défavorisés au pays du Cèdre.

Le Hezbollah, formé avec l'aide de l'Iran après l'invasion israélienne de
1982, est un des mouvements qui cherche à affirmer leur poids politique.

Cette renaissance chiite avait commencé avec l'imam Moussa Sadr, un
religieux envoyé par l'Iran au Liban en 1957.

Fondateur du conseil supérieur chiite puis du mouvement Amal avant de
disparaître en Libye en 1978, il est un des héros des chiites avec l'actuel
chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

"Sadr recueillait chez lui les mendiants et les veuves et leur donnait une
pension mensuelle, raconte Toufic Bahr. Il prenait soin des pauvres. Il nous
a appris à ne pas attendre l'aide de l'Occident et à compter sur nous
mêmes".

Pour Toufic et beaucoup de chiites, Hassan Nasrallah suscite le même
attachement que Moussa Sadr. "Je mourrais aux pieds de sayyed Hassan, dit
Toufic. Ils nous a rendu notre dignité".

 

10 /08/06 - Gaza : «Israël veut nous chasser hors de toutes nos terres» - Un Palestinien témoigne depuis Gaza



Propos recueillis par Silvia Cattori le 27 juillet 2006.

Khaled vit dans la précarité d’un camp de refugiés à Gaza. Ses témoignages poignants ont été traduits en plusieurs langues. Aujourd’hui, sa voix, habituellement enjouée, était emplie de révolte et d’une grande lassitude.

Silvia Cattori : Les bombardements de l’armée israélienne ont déjà fait plus de cinq cent victimes et des milliers de blessés en quelque semaine à Gaza et au Liban. Les autorités d’Israël n’ont-ils aucune considération humaine ?

Khaled : Maintenant les soldats sont en train de bombarder de tous côtés, par le ciel, par les chars postés au bord de la frontière nord de Gaza. C’est très angoissant. Nous sommes chaque jour plongés dans l’infinie douleur à cause de nos morts et de nos blessés. Hier les tirs israéliens ont fait 25 nouvelles victimes et plus de 70 blessés parmi les habitants du quartier Al Shijaeeya à Al Sha'af, à l'est de la ville de Gaza et, dans le quartier de Jabalyia, ils ont bombardé une maison située à une centaine de mètres de ma maison.

S.C. - Allez-vous devoir partir ?

Khaled : L’armée israélienne a averti un de nos voisins qu’il doit partir. Entre sa maison et la mienne, il n’y a qu’une maison.

S.C. - Mais que veut obtenir Israël par ces carnages et destructions répétés ? Quel est leur but final ? Vous terroriser pour vous faire déguerpir définitivement, comme ils l’ont déjà fait à Rafah ?

Khaled : Cela ne date pas d’aujourd’hui. Depuis 1948, les Israéliens poursuivent toujours le même plan pour se débarrasser de nous : ils appellent ce plan « transfert ». Une fois c’est à tel endroit qu’ils terrorisent et massacrent, une fois à tel autre. C’est un crime qui s’appelle « épuration ethnique ». Leur but : nous faire partir pour s’emparer de notre terre sous prétexte de créer des «zones de sécurité ». Comme il n’y a pas de protestations dignes de ce nom, les soldats d’Israël ont les mains libres pour continuer indéfiniment.

S.C. - Le but est-il donc de vous terroriser par des massacres de plus en plus effroyables et, une fois la panique installée dans les cœurs, vous voir, comme en 1948, fuir en masse ? Mais où pouvez-vous fuir cette fois ? Vers l’Egypte ?

Khaled : L’important pour eux est d’arriver à faire place nette dans la Bande de Gaza. Peu importe s’il faut nous jeter à la mer. C’est leur plan. C’est comme ça que les ¾ des Palestiniens ont fui en 1948. Mais je crois que, jamais plus, les Israéliens ne réussiront à nous faire quitter ce refuge.

S.C. - Vous devez être déçus du résultat de la conférence de Rome où le cri du premier ministre libanais, réclamant l’instauration d’un cessez le feu immédiat, n’a pas été entendu. Cela a-t-il été ressenti à Gaza comme un feu vert donné à Israël pour continuer de vous massacrer ?

Khaled : L’Occident a toujours laissé les gouvernements israéliens massacrer et détruire comme ils veulent. Ce n’est que le degré de brutalité qui varie. Les droits de l’homme sont violés par l’Etat d’Israël au vu et au su du monde entier, avec l’appui des Etats-Unis, et les organisations comme Amnesty international se taisent et les Européens se taisent, et c’est à nous les victimes que l’on demande de faire des efforts. Chaque fois que le Conseil de sécurité met au vote une résolution qui critique les agissements d’Israël, les Etats-Unis mettent immédiatement leur veto et empêchent qu’Israël soit condamné. Pour nous, c’est comme toujours. L’Occident condamne notre résistance. Le Hamas et le Hezbollah, quoi que vous pensiez, sont l’honneur des peuples arabes. Israël veut tuer la seule force qui le défie et qui nous honore. Pour nous ce qui se passe à Gaza et maintenant au Liban, est terrible. Mais, même si ce que nous subissons est plus que jamais effroyable, il faut que l’Europe sache que jamais nous n’abandonnerons nos autorités du gouvernement Hamas.

S.C. - Vous n’imaginiez pas que les bataillons de chars oseraient pénétrer à l’intérieur de la Bande de Gaza ?

Khaled : Oui c’est fait ; ils sont entrés au nord de Gaza, ils sont proches de Jabalyia. Il n’y a plus que deux kilomètres qui nous séparent. Il se peut que, s’ils entrent à Jabalyia, nous ayons à subir un massacre comme à Sabra et Chatila.

S.C. - Ce qui veut dire que vous vous sentez complètement démunis face à cette armée aguerrie ?

Khaled : Les militants essaient de nous protéger, de ne pas laisser les soldats israéliens entrer dans les quartiers, mais ils n’ont pas les moyens de les en empêcher. Au Liban, les militants du Hezbollah peuvent se battre contre eux car il y a des montagnes et des zones peu peuplées. Mais, ici, nous sommes entassés les uns sur les autres et, si on veut s’échapper, aller d’un endroit à l’autre, ce n’est pas possible. Sous leurs obus il n’y a pas de lieu sûr. Nous n’avons d’autre choix que de rester dans nos maisons et d’espérer que Dieu nous protège.

S.C. - Le fait de ne pouvoir s’échapper doit créer un sentiment d’enfermement encore plus oppressant ?

Khaled : Oui nous nous sentons emprisonnés. La Bande de Gaza est la plus grande prison du monde.

S.C. - Vos autorités ont-elles fait appel aux organisations humanitaires ?

Khaled : Tous ces représentants des ONG, de l’ONU, ou des gouvernements, n’ont jamais rien fait de concret pour nous. Nous souffrons toujours davantage et leurs projets de paix ou d’aide ne servent qu’à renforcer la position d’Israël. Le dernier exemple en date est la conférence de Rome. Vous pouvez voir tous les jours le sang de nos enfants couler. Qui en a cure ? Peut-être que, pour le peuple libanais, ils sont obligés d’agir vu l’importance des destructions infligées par Israël. Mais pour ce que nous subissons ici à Gaza avez-vous entendu la Croix rouge ou d’autres organisations des droits de l’homme protester ? Les avez-vous entendus accuser Israël de crimes de guerre ? Amnesty avait qualifié les attentas suicides de crime contre l’humanité en 2003. Amnesty se tait quand il s’agit d’Israël.

S.C. - Vos militants sont donc totalement impuissants à stopper les bataillons de chars israéliens ?

Khaled : Oui. Ils n’ont rien d’autre à faire que de se tenir debout.

S.C. – Mais, quand les bombardements cessent, ce que l’on voit ce sont surtout des femmes et des enfants massacrés. La population doit se sentir dans un état d’abandon et de panique indescriptible, les enfants surtout ?

Khaled : Cela exigerait que le monde entier dénonce ces crimes odieux contre des innocents. Or les Etat arabes eux aussi se taisent et, quand ils s’expriment, c’est pour appuyer la position des Etats-Unis.
Les enfants sont déjà traumatisés depuis longtemps. Ils ont des comportements inquiétants. L’armée israélienne mène une guerre contre des militants qui prennent leurs responsabilités pour tenter de nous protéger. Les dirigeants du gouvernement sont très menacés et vivent dans la clandestinité. Ils ne sont pas aptes, eux non plus, à prendre un fusil contre un char.

S.C. - Avez-vous l’espoir que ce déluge d’obus cesse bientôt ?

Khaled : Israël ne va pas s’arrêter. Il ne s’arrêtera que si l’un de ces massacres soulève de grandes protestations. Alors là, l’armée israélienne se retirera un peu, en attendant que les protestations se calment, et puis ses massacres vont recommencer.

Source en anglais:
http://signs-of-the-times.org/signs/editorials/signs20060728_Gaza22Israelwantstodriveusoutourlands22.php

 

08/08/06 - Nasrallah et les trois Liban(s)


par Sami Moubayed, Asia Times, 3 août 2006


Original : http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/HH03Ak01.html


Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et de mentionner ses sources et ses auteurs.

 

L’auteur est un analyste politique syrien

 

Damas – Beaucoup de gens, dans le monde arabe, reprochent aux Libanais leur désunion et leur non-mobilisation massive derrière le Hizbullah et son secrétaire général, Hassan Nasrallah. Ces divisions sont étranges, pour qui ne connaît pas le Liban : de fait, il existe trois Liban(s), chacun ayant sa propre histoire, ses propres objectifs, ses propres alliances et ses propres dirigeants.

 

Une amie, appartenant au « Liban sunnite », a terriblement vilipendé le Hizbullah, en disant que la milice chiite a ruiné sa vie, alors qu’un autre ami, du « Liban chiite », lui (ce deuxième Liban représente 40% de la population) a dit que le Hizbullah était la plus grande chose que le monde ait produite depuis son émancipation des Ottomans, en 1918. Un troisième ami, du « Liban chrétien », m’a dit que le Hizbullah n’était pas le « parti de Dieu », contrairement à son acronyme en arabe, mais bien plutôt le « parti du Diable »…

 

Reste qu’il y a beaucoup de recoupements, au Liban, comme l’indique un sondage récent effectué par le Centre de Recherches et d’Informations de Beyrouth, afin de prendre le pouls du pays au sujet de la guerre en cours. C’était avant que les avions de guerre israéliens ne bombardent le malheureux village de Qana, tuant plus de cinquante et une personnes (dont vingt-deux enfants). Cet événement à lui seul a considérablement fait monter les sentiments anti-israéliens ainsi qu’un authentique désir soit de revanche, soit d’instauration d’un cessez-le-feu immédiat.

Le sondage a été effectué auprès des Chiites, des Sunnites, des Druzes et des Chrétiens maronites. Surprise : il a montré que 70,9% des Libanais, appartenant à toutes les confessions, soutiennent la capture de deux soldats israéliens par le Hizbullah, le 12 juillet – c’est-à-dire l’opération qui a déclenché les représailles israéliennes.

En raison des critiques très graves formulées par le leader druze Walid Jumblatt à l’encontre du chef du Hizbullah Hassan Nasrallah, seuls 40 % des Druzes ont soutenu des opérations de ce type. Le soutien chrétien, en raison du soutien apporté à Nasrallah par le général Michel Aoun, s’établissait à 55%.

L’un dans l’autre, le sondage a montré que 87% des Libanais étaient favorables aux représailles du Hizbullah contre Israël. Ceci tient principalement aux performances militaires du Hizbullah, aujourd’hui célébrées. En revanche, 89,5% des Libanais ont dit qu’ils ne voyaient pas dans les USA un honnête courtier dans le règlement du conflit moyen-oriental. 64,3% étaient mécontents des prestations du Premier ministre Fouad Siniora. Dans la communauté sunnite, 64,8% des sondés ont dit qu’ils n’étaient pas d’accord pour que Siniora soit Premier ministre.

Bien entendu, le sondage montre que beaucoup de Musulmans sunnites ( et aussi de Chrétiens maronites) soutiennent le Hizbullah. Tout discours selon lequel il ne bénéficierait d’aucun soutien dans les régions non-chiites est par conséquent totalement absurde.

Nasrallah a transcendé son identité chiite et il est devenu un leader panlibanais, panarabe et panislamique. Le fait qu’il s’agisse d’un clerc, d’un musulman et d’un chiite n’a vraiment que fort peu d’importance au stade atteint actuellement par sa guerre face à Israël.


Le Liban chiite

Il est un des trois Liban(s), principalement dans le Sud, qui est le Liban du Hizbullah, le Liban des Chiites et l’épicentre de la rhétorique et de l’action anti-israéliennes. Ce Liban est partagé par le Hizbullah avec le mouvement Amal, dirigé par Nabih Berry.

Tous les habitants de ce Liban-là n’appartiennent certes pas au Hizbullah, mais tous respectent Nasrallah, et ils l’aiment. Dans les années 1960, ce Liban ne recevait pas plus de 0,7% du budget de l’Etat pour les travaux publics et les hôpitaux, tandis que les deux autres Liban(s) étaient qualifiés de « Suisse du Moyen-Orient ».

C’est le Liban sans alcool des femmes voilées, des hommes barbus, des faubourgs perclus de pauvreté et ornés des posters omniprésents de l’ayatollah Ruhollah Khomeini, le dirigeant disparu de la révolution islamique de 1979, en Iran.

C’est ce Liban-là que l’on voit sur Al Manar, la télé du Hizbullah. Ce Liban-là est anti-américain et anti-israélien jusqu’à la moelle. Beaucoup de gens, ici, y compris au Hizbullah, parlent couramment l’anglais, mais ils préfèrent converser, penser et écrire en arabe. Dans ce Liban-ci, la culture française se trouve réduite à la portion congrue.

Un de mes amis habitait dans le quartier beyrouthain de Jnah. Comme il avait l’intention de déménager tout en laissant ses meubles, qu’il devait donc vendre, un membre de Hizbullah viendrait le voir, lui achèterait tous ses meubles et tous ses appareils ménagers, après quoi il en ferait don, au nom du Hizbullah, à des familles nécessiteuses appartenant à la communauté chiite. Et c’est ce que cet « activiste » fit.

Une autre histoire au sujet du Liban de Nasrallah, c’est celle de cette pauvre femme chiite. Elle avait bien du mal à joindre les deux bouts, jusqu’au jour où un militant du Hizbu