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Monde arabe - Liban

Siniora appelle les ministres chiites démissionnaires à réintégrer le cabinet


Le Conseil des ministres convoqué, samedi, pour approuver le projet de création du tribunal spécial
Hassan Sabeh revient officiellement sur sa démission et assume de nouveau le portefeuille de l’Intérieur


Surmontant la douleur ressentie à la perte d’une des figures politiques les plus remarquables de la génération montante, le Premier ministre Fouad Siniora a appelé hier les ministres démissionnaires à réintégrer le gouvernement, en prévision d’une réunion, samedi, du Conseil des ministres avec, pour ordre du jour, l’approbation du projet de création d’un tribunal spécial pour le Liban que vient d’approuver le Conseil de sécurité de l’ONU.
«J’appelle nos collègues démissionnaires à réintégrer les rangs du gouvernement afin que l’on s’entende sur tous les sujets qui nous importent », a-t-il déclaré dans une conférence de presse, à l’issue d’une réunion ministérielle de travail, en présence de MM. Charles Rizk, Ahmad Fatfat, Marwan Hamadé, Ghazi Aridi, Jihad Azour, Khaled Kabbani, Mohammad Safadi, Jean Oghassabian, Nayla Moawad, Sami Haddad, Nehmé Tohmé et Michel Pharaon.
Le Premier ministre, qui a rendu un vibrant hommage à son ministre de l’Industrie assassiné, a ajouté qu’il avait décidé de tenir « une réunion du Conseil des ministres samedi », chargée de discuter du projet de la constitution d’un tribunal international pour juger les meurtriers de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.
Estimant que le Liban « vit des moments historiques » et posant un cadre politique plus large à son appel, M. Siniora a lié le retour sur la démission des ministres à la possibilité d’une reprise du dialogue, ou des concertations politiques. Le dialogue, a-t-il jugé, est « la seule voie sûre qui débouche sur des résultats garantis ».
Ces concertations, a-t-il quand même mis en garde, doivent exclure la question du tribunal international qui, selon lui, doit être « un facteur d’unité » entre les différents courants libanais.
Rendant hommage au « grand rôle » joué par le président de la Chambre, Nabih Berry, M. Siniora a invité ce dernier à continuer à jouer « ce rôle pionnier ».

Arrivée de Serge Brammertz
L’appel de M. Siniora a coïncidé avec l’arrivée, hier, en provenance de New York, du chef de la commission d’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri, Serge Brammertz.
Sur le même avion également les deux magistrats Ralph Riachi et Chucri Sader, qui se trouvaient aux Nations unies pour l’adoption du projet du tribunal international. M. Brammertz et les deux magistrats se réuniront aujourd’hui avec M. Saïd Mirza, procureur général près la Cour de cassation, pour une dernière lecture du projet de création du tribunal.
Le ministre de la Justice, Charles Rizk, et le ministre de la Culture, Tarek Mitri, également attendu aujourd’hui à Beyrouth venant de New York, se joindraient au groupe.
Rappelons que l’adoption du projet de création du tribunal spécial par le gouvernement est un préalable à sa transmission au chef de l’État, qui dispose de quinze jours pour l’approuver ou le rejeter, puis au Parlement, où il doit être ratifié. Mais la convocation de la Chambre reste tributaire de la bonne volonté de son président, Nabih Berry.

Première réaction
Le premier à réagir à l’appel du Premier ministre a été M. Hassan Sabeh qui est revenu hier sur sa démission du ministère de l’Intérieur. M. Sabeh a annoncé dans un communiqué qu’il a pris sa décision « compte tenu des circonstances délicates que traverse le Liban (...) et de la nécessité de faire prévaloir l’intérêt général sur toutes les considérations politiques personnelles ».
« J’assume à nouveau mes fonctions comme ministre de l’Intérieur, et m’engage devant Dieu à rechercher inlassablement la vérité et la justice, mettant ma personne et mes capacités au service de ma patrie, le Liban, afin qu’il demeure souverain, libre et indépendant », a conclu le ministre de l’Intérieur.
Les autres ministres démissionnaires sont MM. Talal Sahili (Amal-Agriculture), Mohammad Khalifé (Amal-Santé), Faouzi Salloukh (apparenté au Hezbollah-Affaires étrangères), Mohammad Fneich (Hezbollah-Énergie), Trad Hamadé (Hezbollah-Travail) et Yaacoub Sarraf (proche du président Lahoud-Environnement).
Source : http://www.lorient-lejour.com.lb/page.aspx?page=article&id=327497

 

Le regard d’un journaliste algérien sur le Liban


Liban : une résistance plurielle – Compte-rendu de la Conférence de soutien à la Résistance libanaise

par O. S. K., Le Quotidien d'Oran, 23 novembre 2006

 

Que se passe-t-il au Liban, quels sont les enjeux des batailles politiques en cours ? L’assassinat d’un ministre chrétien tombe à point pour servir une propagande qui veut sommairement réduire la question à une opposition entre «anti-syriens» et «pro-syriens».

Pourtant, les choses sont beaucoup plus complexes et les enjeux politiques dépassent les clivages confessionnels. Nous livrons, ici, le témoignage d’un compatriote qui se trouvait, il y a peu, au Liban. Il est d’autant plus intéressant qu’il nous donne à voir une résistance plurielle. La semaine dernière du 16 au 19 novembre 2006, s’est tenue au Liban, à Beyrouth, au Palais de l’Unesco, une Rencontre internationale en solidarité avec la Résistance. Près de 300 personnes venant de tous les continents y ont participé, aux côtés de nombreux représentants du peuple libanais et de ses organisations politiques et de la société civile

«Ahlan oua marhaban» suivi d’un coup de tampon vigoureusement appliqué. A l’aéroport de Beyrouth, les contrôles de police sont stricts mais bon enfant et rapidement effectués. Au dehors une foule cosmopolite encombre les trottoirs, les uns négociant les tarifs des taxis, les autres chargeant des bagages dans les coffres des voitures qui encombrent, dans une pagaille bruyante, les voies de sortie vers la ville. Sifflets stridents des policiers et klaxons ininterrompus, la cacophonie couvre les voix et les effusions des retrouvailles. La foule aux tenues bigarrées semble cosmopolite mais l’écrasante majorité des gens qui se pressent aux portes de l’aérogare est libanaise, l’accent chantant de l’arabe local ne trompe pas.

Des femmes voilées de toutes les façons possibles, de la plus rigoureuse à la plus coquette, côtoient des tenues très parisiennes, des costumes de cadre et des dishdashas se croisent mais ce qui frappe d’emblée est le nombre de personnes en tenues militaires camouflées. Notre accompagnateur nous explique que les tenues à dominante grise sont celles des policiers, le vert étant l’apanage des militaires. De toutes les nuances de vert, car nous remarquons la présence de deux militaires italiens de la Finul.

Dans la douceur du climat et la décontraction de ses habitants, la ville fait mine d’ignorer que nous sommes en novembre et que la tension monte irrésistiblement. Novembre lumineux en effet, une vraie journée de printemps méditerranéen, la ville est en beauté pour accueillir les trois cents participants à la Conférence de soutien à la Résistance libanaise. Les travaux se tiennent au Palais de l’Unesco, un bâtiment sans grand caractère mais fonctionnel à proximité du quartier de Aïn El Tineh. Les congressistes de toutes origines et d’obédiences variées sont accueillis et pris en charge par des militants du Hizbollah et du Parti Communiste libanais, Nahla Chehal, une intellectuelle communiste basée à Paris, et le docteur Ali Fayyad, responsable des études stratégiques du parti de Hassen Nasrallah, codirigent l’organisation du meeting. L’ouverture des travaux est marquée par les allocutions de politique générale prononcée par les dirigeants de la résistance libanaise, le docteur Khaled Hadada, secrétaire général du PCL, Cheikh Naïm Kassem, numéro deux du Hizbollah, Selim Al Hoss, ancien Premier ministre et leader du Forum de l’Unité Nationale ainsi que d’autres responsables de formations politiques.

D’emblée, ce qui frappe dans les discours est la convergence d’analyse entre des mouvements politiques que l’histoire semble définitivement séparer. Des marxistes et des islamistes, des chrétiens et des nationalistes arabes, proclament leur attachement à la pluralité, aux libertés démocratiques, au respect des convictions de tous les acteurs de la vie politique. Surprenant et même déroutant au départ pour des participants convaincus de l’irréductible opposition des «intégristes» et des tenants de la laïcité radicale. Entendre des communistes non éradicateurs et des islamistes démocrates exprimer leur attachement à l’indépendance de leur pays et à sa diversité d’opinions, voilà qui va à l’encontre des schémas que nous connaissons trop bien, hélas, au Maghreb et en Europe. L’auditoire est particulièrement attentif aux propos du Cheikh Kassem qui rappelle que son parti est un parti politique et non une organisation religieuse. «Jugez-nous sur notre pratique et non pas à partir de la propagande ennemie».

Tous les intervenants centreront leurs analyses sur la stratégie régionale américano-israélienne et ses objectifs de domination et de morcellement des peuples arabes sur des critères culturels ou religieux. Le Moyen-Orient idéal des sionistes et des néo-conservateurs américains serait ainsi une mosaïque de pays minuscules, faibles et antagoniques. Ce nouveau Moyen-Orient émietté dont l’accouchement douloureux est célébré par le docteur Rice justifierait pour l’éternité l’existence de l’Etat théocratique israélien en tant que puissance régionale dominante et permettrait à l’empire américain d’exercer une hégémonie incontestée sur les ressources énergétiques moyen-orientales. Les manoeuvres entreprises ouvertement par l’ambassadeur américain à Beyrouth entrent dans cette perspective et visent à obtenir par la déstabilisation politique ce que la machine de guerre israélienne n’a pu réaliser: le démantèlement de la résistance populaire libanaise.

Tous les intervenants ont mis l’accent sur la défaite israélienne et la victoire d’une résistance ne disposant pas des moyens gigantesques de l’ennemi mais bénéficiant du soutien, du génie et de la vaillance de la population. De la même manière, la convergence et la solidarité avec les résistances palestiniennes et irakiennes a été fortement marquée sous les applaudissements nourris de la salle.

Les commissions chargées de préparer les résolutions ont été réparties en quatre axes: Axe pour un réseau arabe, Axe juridique, Axe média et Axe urbanisme et reconstruction. Les travaux ont commencé dès le lendemain dans un climat sympathique ou les controverses dues à des niveaux de lecture et de préparations hétérogènes ont pesé sur la rédaction des résolutions finales.

Les moments les plus forts, les plus émouvants, de cette rencontre ont incontestablement été les visites à la banlieue sud de Beyrouth et aux villages du Sud-Liban, théâtres de la confrontation terrestre avec l’armée israélienne. Tous avaient pu voir sur les télévisions les dégâts causés par les bombardements aériens mais la réalité dépasse de loin ce que les chaînes arabes ou occidentales ont voulu montrer. Dans la banlieue sud, où les quartiers touchés sont encore en cours de déblaiement, les effets des bombes «intelligentes» sont impressionnants: des dizaines d’immeubles d’habitation ont été rasés jusqu’aux fondations et une odeur d’incendie est perceptible, trois mois après la destruction d’infrastructures strictement civiles et la mort de dizaines d’innocents. Sous nos yeux, la guerre bushienne du bien contre le mal apparaît pour ce qu’elle est: un crime contre l’humanité.

Après Saïda et Tyr, nous nous dirigeons vers des villages aux noms désormais célèbres: Ayta Chaab, Bint Jbeil, Marroun Er Ras. Les bus qui nous transportent ralentissent souvent et entament des détours compliqués du fait de la destruction de tous les ponts sur la route du Sud. Si nous avons été frappés par l’ampleur des destructions subies par la banlieue sud, ce que nous voyons dans les villages frontaliers est encore plus saisissant: la dévastation est générale, il ne s’agit plus que de maisons dont il ne reste que quelques pans de murs, de champs retournés comme par un séisme et des pancartes qui invitent à la prudence, la peu glorieuse aviation israélienne ayant largué des centaines de bombes à sous-munitions, devant le danger représenté par les clusters bombs. Les gens de ces localités, pour l’essentiel des agriculteurs vivant de la plantation de tabac ne se plaignent pas, ils font preuve d’une grande dignité et évoquent avec fierté les exploits des «chabab» dans leur combat contre «l’invincible» armée israélo-américaine. Que d’héroïsme et de détermination de jeunes combattants armés de fusils-mitrailleurs et de lance-roquettes démodés face aux merkavas et aux hélicoptères de l’ennemi ! Les habitants nous décrivent les batailles et nous montrent les vestiges d’équipements militaires israéliens. A un moment, l’un de nos interlocuteurs, un homme âgé mais droit comme un i, se tournant vers l’ancien ministre Ghazi Hidouci qui lui posait une question en arabe, lui demande de quel pays il est originaire: «El-Djazaïr... El-Djazaïr...!», répète le vieux monsieur surpris en pressant fortement la main de l’Algérien. «Pourquoi ne nous a-t-on pas prévenus de la présence d’Algériens...? ...S’il vous plaît, restez quelques jours parmi nous, nous serons honorés de vous accueillir...». Nous quittons très tard les lieux, le coeur serré mais plein d’admiration pour ce peuple digne.

Retour à Beyrouth, les résultats des travaux ne sont pas tout à fait à la hauteur de ce que nous espérions, mais l’objectif principal est atteint: ce meeting a ouvert une brèche supplémentaire dans le mur de désinformation et d’isolement qui entoure le Hizbollah et la résistance libanaise. C’est en soi une première victoire sur la propagande éhontée des médias de la Civilisation. La mobilisation se poursuit et le combat pour la justice et la vérité de la Résistance de peuple libanais continue avec de nouvelles énergies et d’autres relais.