Le poker menteur qui se joue sur le dos du
Liban
Par Fausto Giudice, 29 août 2006
L’auteur est journaliste indépendant.
Courriel : karkashuna@yahoo.fr.
Remerciements à RN pour ses lumières sur son cher Liban.
Quatre dates résument l’histoire récente
du Liban :
2 septembre 2004 : le Conseil de sécurité de l’ONU
vote à la majorité minima requise (neuf voix sur quinze)
la résolution 1559 qui enjoint aux troupes syriennes de quitter
le Liban et appelle à un « désarmement des milices
» (sous-entendu le Hezbollah et les groupes armés palestiniens).
14 février 2005 : assassinat de l’ancien Premier ministre
Rafic Hariri.
14 mars 2005 : déclenchement du « Printemps de Beyrouth
» qui réclame le départ des troupes syriennes
et du Président Lahoud. La première revendication sera
satisfaite, la seconde non. Un nouveau gouvernement est formé.
12 juillet 2006 : déclenchement de la guerre d'Israël
contre le Liban.
Première idée reçue « communément
admise » par la propagande des médias occidentaux : Rafic
Hariri a été assassiné par les services syriens
de Bachir Al Assad.
Dans la mesure où la Syrie avait la haute main sur
la sécurité libanaise, on peut sans doute considérer
qu’elle est moralement responsable de l'assassinat de Hariri.
De la même façon qu’Israël a eu une responsabilité
directe,sanctionnée par le droit international, de statut de
puissante occupante des territoires palestiniens ou que la France
est moralement responsable de la disparition de Mehdi Ben Barka, enlevé
sur son sol. Or ni Israël, ni la France n'ont fait l'objet d'une
enqûete internationale, encore moins d'une sanction.
Il est pour le moins curieux que la France fasse du zèle sur
l'assassinat d'un dirigeant arabe sur un territoire arabe et qu'elle
s'exonère de sa responsabilité dans l'affaire Ben Barka
ou encore dans l'assassinat d'un magistrat français dans un
territoire étranger (le juge Borel à Djibouti ou d'un
journaliste français( Kieffer en Côte d'Ivoire).
il peut exister des indices mettant en cause la Syrie, mais la mise
en accusation de la Syrie, indépendamment de l'enquête,
répondait à un objectif stratégique: réduire
la pression sur l'armée usaméricaine en Iraq, en isolant
la Syrie , et, par le retrait de l'armée syrienne du Liban,
provoquer la chute du régime baasiste de DAMAS. On peut considérer
que ce plan a largement échoué.
Rien ne prouve à ce jour l’implication de la Syrie dans
l’assassinat dHariri. Rétrospectivement, si on pose la
question classique du « cui bono ? » (à qui profite
le crime), deux réponses sont possibles : le Hezbollah ou Israël.
Hariri voulait-il vraiment rompre avec Bachar Al Assad ? Ce n’est
plus si sûr que cela. Le Hezbollah avait-il besoin de la présence
des troupe syriennes au Liban ? La suite a prouvé que non.
Son implication est donc exclue, n’en déplaise à
Monsieur Georges Malbrunot (voir PS ci-dessous). Reste Israël.
Deuxième idée reçue : le mouvement du
14 mars était un « mouvement populaire spontané
».
Le mouvement du 14 mars était tout sauf spontané. Il
a été organisé selon les mêmes méthodes
que les « révolutions » serbe, géorgienne,
ukrainienne et kirghize. Révolution orange, révolution
des tulipes ou révolution du cèdre, le même modèle
est à l’oeuvre. Origine : la CIA. Financement : les millions
de dollars déversés par la Hariri Inc.
Troisième idée reçue : l’attaque
israélienne du 12 juillet était motivée par le
kidnapping de deux soldats israéliens en territoire israélien.
Une lecture au premier degré du déroulement des faits
imputerait à l'enlèvement des deux soldats le déclenchement
des hostilités libano-israéliennes..En fait depuis le
retrait israélien du Sud-Liban, en 2000, Israël n'a pas
remis les cartes de minage de la zone conformément aux usages
de la guerre. d'où le maintien de l'insécurité
dans la zone du fait des incidents sur mines. De même Israël
a continué à violer l'espace aérien libanais
au prétexte de déjouer les mouvements suspects, ce qu'il
continue de faire après le cessez-le-feu du 14 août.
De même qu'il a gardé le contrôle des Fermes de
Chebaa, sur les contrefort du Mont Hermon, où il aménagé
sous terre un système de pré-alerte avec un site de
repérage et d'observation de la navigation aérienne
et des communications;de plus il a continué de détenir
des prisonniers libanais, au mépris des conventions humanitaires
internationales.
Israël préparait, en coopération étroite
avec les USA et avec l’accord de Londres, - Paris, Berlin et
Rome étant parfaitement informés des préparatifs
-, une agression contre le Liban, prévue pour septembre-cotobre
2006. L’opération du Hezbollah en territoire libanais
n’a fait que précipiter les choses. Surpris par l’ampleur
de la riposte israélienne, le Hezbollah a parfaitement tenu
le coup. Entre Maroun Al Ras, Bint Jbeil, Marjayoun, Khiam et Tyr,
l’armée israélienne a connu son Stalingrad, laissant
430 hommes au tapis (rapporté à la France , cela équivaudrait
à 4 000 hommes).
Si on essaye de relier entre elles ces quatre dates, c’est
réellement le scénario d’un complot qui se dessine
:
1 - « On » (Chirac et Bush) fait voter la résolution
1559
2 - « On » (Israël) fait assassiner Hariri
3 - « On » (USA, France, Israël) soutient la troïka
coalisée des gentils (Hariri fils, Samir Geagea, Walid Joumblatt
plus, dans l’ombre, Amine Gemayel) contre le quatuor méchants
(Nasrallah, Berri, Aoun, Lahoud). « On » échoue
à virer Lahoud, « l’homme des Syriens ».
On se retrouve avec un premier ministre, Siniora, qui n’est
pas exactement un toutou docile aux ordres de Washington, Paris, Tel
Aviv et New York.
4 - « On » (USA, Europe) donne donc le feu vert aux Israéliens
pour leur agression.
Questions :

Chirac et Rafic Hariri,
le père

Chirac et Saad Hariri, le fils
|
1 - La France et Chirac sont-ils définitivement passés
avec armes et bagages dans l’Axe du Mal constitué par
le triangle démoniaque Washington-Tel Aviv-Londres ? Et pourquoi
?
Eh bien oui : Chirac ne veut pas se laisser déborder, électoralement,
par le lobby sioniste/atlantiste animé par Sarközy. et
veut venger la disparition de son trésorier chéri Rafic
Hariri.
Hariri père, puis Hariri fils, ont été et restent
les principaux financeurs de Jacques Chirac. Alors qu’ils finançaient
le RPR, ils ne financent pas l’UMP, puisque celle-ci est passée
sous la coupe de Sarközy, qui s’est mis entre les pattes
du lobby sioniste. Le même Sarközy qui a échoué
à ce jour à monter un réseau d’infulence
au Liban, où l’on voit d’un très mauvais
œil ses accointances avec la chefferie israélienne.
Chirac a épousé les querelles inter-arabes de Hariri.
Ce dernier, après l’occupation de l’Iraq par les
ANglo-Usaméricains, a voulu se démarquer non pas de
la Syrie mais de la clique alaouite au pouvoir - le clan Assad -au
profit du clan sunnite (sunnite comme lui et représenté
par Khaddam, le dissident de luxe qui s’est installé
en France, où il a racheté l’hôtel particulier
de Cristina Onassis, avenue Foch, pour la bagatelle de 36 millions
d’Euros, somme qu’il pouvait difficilement détenir
avec son revenu de vice-Président de 5 000 Euro par mois*).
Hariri a pris ses distances par rapport à Bachar sur injonction
saoudienne car il voulait compenser la perte de l'influence sunnite
en Iraq (un Kurde est le président de l'Irak) par un renforcement
concomitant des Sunnite au Liban et, au-delà, en Syrie; Chirac
a fait prévaloir ses relations personnelles avec Hariri (qui
a été assassiné alors qu'il était déjà
dans l'opposition) sur les rapports d'État millénaires
entre le Liban et la France. Pourquoi ? Par pur intérêt
personnel (les fameux « frais de bouche » : lorsque Bernadette
Chirac passe, l’été 2005, deux semaines de villégiature
dans la résidence Hariri de la région parisienne, cela
entraîne de gros frais)

Walid Joumblatt
et Abdelhalim Khaddam, l’ancien vice-Président
syrien devenu dissident de luxe

Samir Geagea, après sa libération et son amnistie,
en compagnie de son épouse Setrida
|
2 - Mesure-t-on, à Paris, Washington, Londres, Rome
et New York, l’ampleur de la rancoeur des chefs politiques libanais
censés être pro-occidentaux, à l’égard
des dirigeants occidentaux, qui les ont tout bonnement trahis ? Mesure-t-on
que ce n’est pas seulement le général Michel Aoun,
soutenu par 75% des Libanais chrétiens, qui a rompu avec Paris
et Washington, mais la plupart des chefs de clan politico-communautaires
chrétiens et sunnites ?
Paris et Washington n’ont plus que trois tristes sires sur
lesquels s’appuyer : le sinistre criminel Samir Geagea, le play-boy
milliardaire Saad Hariri et le féodal surréaliste Walid
Joumblatt.
Geagea, le maître d'oeuvre de l'assassinat de Tony Frangié
et sa famille (juin 1978) et de Sabra et Chatila (septembre 1982),
blanchi après les élections de juin 2005, soutient le
camp occidental. Hariri, planqué à l'étranger
durant la récente guerre, alors qu'il est député
de Beyrouth, est retourné à Beyrouth à la fin
des hostilités à bord d'un appareil militaire français.
Il est un jouet entre les mains de Chirac, qui le lui fait bien payer.
3 - Comment les événements vont-ils maintenant
s’enchaîner ?
Les Israéliens et leurs cousins de Washington préparent
leur « deuxième round ».
2 Scénarios possibles :
A - une attaque simultanée des USA contre l’Iran à
partir de la Turquie et d’Israël contre la Syrie , le Liban
étant exclu pour cause de FINUL.
B Un embargo « à l’iraquienne » contre l’Iran,
couplé avec un « mouvement populaire spontané
» contre le régime Assad en Syrie. Ça pourrait
s’appeler la « révolution des jasmins »,
avec Khaddam dans le rôle du leader charismatique et les millions
de Hariri pour financer l’opération. Sauf que les Syriens,
dans leur grande majorité, sont un peu les Cubains du Moyen-Orient
: ils semblent bien appliquer le dicton : « Un tiens vaut mieux
que deux tu l’auras ». Le régime Assad est plus
que pesant, mais au moins, avec lui, on sait à quoi s’en
tenir.
À ceux qui, à la lecture de ces lignes, auraient des
doutes, nous proposons de les formuler, ainsi qu’à ceux
qui voudraient apporter des éclairages complémentaires.
Faites carburer vos méninges !
Écrivez-moi à karkashuna@yahoo.fr.
Le Liban embroché
par le sabre saoudien, par l’artiste palestinien Amer
Shomali |
Note
Abdelhalim Khaddam : Des sites Internet proches du régime ont
diffusé une liste exhaustive de ses biens, enregistrés
pour la plupart aux noms de son épouse (Najet Marqabi), de
ses fils (Jamel, Jihad et Bassem), de sa fille (Rym), de ses gendres,
beaux-frères, cousins et cousines. On parle de plusieurs «
palais » en Syrie, au Liban et en France - dont un hôtel
particulier avenue Hoche, à Paris, que lui aurait offert Hariri
(il aurait naguère appartenu à la fille de l’armateur
grec Aristote Onassis) -, de deux yachts (Maya I et Maya II), de participations
dans d’innombrables entreprises, centres commerciaux et chaînes
de restaurants, ainsi que d’importantes sommes d’argent
déposées dans des banques libanaises, françaises
et suisses - leur montant total serait de l’ordre de 700 millions
de dollars.
Source : Ridha Kéfi, Jeune Afrique, 8 janvier 2006
PS : Mais quelle mouche a donc piqué Georges
Malbrunot ? Ce journaliste, devenu célèbre après
sa mésaventure iraquienne, aurait-il été recruté
par la DGSE après sa libération et son débriefing
? À moins qu’il n’ait été un envoyé
spécial des services du général Rondot avant
même d’être kidnappé par la Résistance
iraquienne ? On est en droit de se poser la question à la lecture
de son incroyable article intitulé « L'ombre du Hezbollah
sur l'assassinat de Hariri », paru dans Le Figaro du 19 août,
dans lequel il accuse carrément le Hezbollah –et avec
lui, bien sûr, la Syrie et l’Iran - d’avoir été
impliqué dans l’assassinat de Hariri, sur des bases pour
le moins vagues et inconsistantes (une obscure histoire de téléphones
portables) On lira avec intérêt l’analyse de cet
article par Byblos sur oulala.net.
Par ses insinuations qui reposent sur du vent [ses sources : «
un proche de Saad Hariri », « une source proche des FSI
à Beyrouth » et « un spécialiste des questions
de sécurité »], Malbrunot rejoint ainsi la cohorte
des « journalistes-policiers-marchands-de-calomnies »
que dénonçait Eugène Pottier dans sa célèbre
chanson sur la Commune de Paris (« Les journalistes policiers
marchands de calomnies Ont déversé sur nos charniers
leurs flots d’ignominies Les Maxime Ducamp, les Dumas Ont vomi
leur eau-forte Tout ça n’empêche pas, Nicolas,
que la Commune n’est pas morte ») et vient se ranger aux
côtés d’un Pierre Péan, lequel, lui, a choisi
d’attribuer – sans aucune preuve – le meurtre du
président rwandais Habyarimana, le 6 avril 1994, au Front patriotique
rwandais de Paul Kagamé, expliquant que ce mouvement de libération
tutsi aurait donc par là même déclenché
lui-même le génocide des Tutsis qui suivit le meurtre
du président.
Dans le cas de l’assassinat de Hariri, on pourrait aussi bien,
en suivant la logique des « sources » de Malbrunot, insinuer
que puisqu’une camionnette japonaise de marque Toyota a été
utilisée pour l’attentat contre Hariri, la Corée
du nord étant voisine du Japon, eh bien, la Corée du
Nord est peut-être impliquée dans l’assassinat.
Bref, le ridicule ne tue plus…