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Monde arabe - Liban

14/09/06 - Stratégie israélo-usaméricaine : Liban et Iran


Les débats autour d’une guerre contre l’Iran

Par James Petras, Dissidentvoice.org, 7 septembre 2006
Versión española http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1111&lg=es


Traduit par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice

 

Une recension des déclarations de l’État israélien, des documents et communiqués de presse repris par ses représentants locaux en la personne des Présidents des Principales Organisations juives des USA et de leurs partisans s’exprimant dans les principaux médias tant écrits qu’audiovisuels révèle un effort concerté visant à convaincre les USA d’attaquer militairement l’Iran. Dès le milieu des années 1990, les principaux idéologues israéliens aux USA ont promulgué des documents et des manifestes de propagande ayant la prétention d’être des feuilles de route stratégiques destinées à éclairer une agression conjointe usaméricano-israélienne contre l’Iraq, la Syrie et plus particulièrement l’Iran.

 

À lire sur http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1116&lg=fr

 

13/09/06 – « Nous avons tapissé certaines zones du Liban de bombes à fragmentation : Ce que nous avons fait est dingue et barbare »


Original : http://www.arabs48.com/display.x?cid=6&sid=6&id=39540/, 12 septembre 2006


Traduit de l'arabe par Ahmed Manaï, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs.

"Le commandant d’une unité de lances roquettes multiples (MLRS) de l’armée israélienne, déclare : "Ce que nous avons fait est dingue et barbare".
Des officiers et des soldats israéliens affirment de leur côté que l’armée israélienne a utilisé aussi des bombes au phosphore au cours de la guerre contre le Liban.
Dans un reportage du journaliste israélien Meron Rappaport publié par Haaretz, un officier de l’armée israélienne raconte que "nous avons tapissé certaines zones du Liban de bombes à fragmentation".
Selon les déclarations de cet officier, fondées elles-mêmes sur celles de son chef d’unité, "l’aviation israélienne a lancé 1800 bombes contenant 1,2 millions de bombes à fragmentation. L’artillerie a elle aussi lancé des bombes à fragmentation, ce qui augmente de beaucoup leur nombre."
Des soldats servant dans l’artillerie ont aussi déclaré que l’armée a utilisé de son côté des bombes au phosphore, interdites par les conventions internationales. Selon ces soldats, les bombes au phosphore ont été utilisées surtout au cours des 10 derniers jours de la guerre.
Selon les déclarations de l’officier israélien, les bombes à fragmentation ont été utilisées malgré le fait qu’on "les savait d’une très grande imprécision, qu’elles pouvaient s’écarter de leurs cibles jusqu’à une distance de 1,2 km et qu’un grand nombre d’entre elles n’exploseraient pas sur le champ et se transformeraient en mines".
La plupart des experts estiment que les bombes à fragmentation ne distinguent pas les cibles militaires des cibles civiles et rappellent qu’elles sont interdites dans les zones urbaines.
En Iraq, le taux de bombes à fragmentation lâchées par les Usaméricains et qui n’ont pas explosé est de l’ordre de 30%. Au Liban, selon les équipes onusiennes de déminage, ce taux est de 40% et il y aurait actuellement un demi-million de bombes à fragmentations non explosées. Depuis la fin de la guerre à ce jour, 12 personnes ont trouvé la mort au Liban à cause de ces bombes.
Toujours selon cet officier israélien "des ordres ont été donnés pour tapisser les zones de combat de bombes à fragmentation et ce pour pallier à leur manque de précision".
L’officier ajoute : "il n’existe aucun moyen d’atteindre une cible avec précision à l’aide de ces bombes et les officiers le savent très bien".
L’officier israélien rapporte qu’il leur a été demandé, au moins une fois "de bombarder de bombes à fragmentation les environs d’un village parce que les gens allaient sortir au petit matin pour la prière et que cela les en dissuaderait.
L’officier rappelle qu’ils n’utilisaient pas ces bombes au cours des manœuvres, de crainte que nombre d’entre elles n’explosent pas et se transforment en mines anti-personnelles.
Après sa libération du corps de réserve, cet officier a envoyé une lettre au Ministre de la Défense, Amir Peretz, pour l’alerter au sujet du nombre de bombes à fragmentation larguées sur le Liban, au cas où les généraux oublieraient de l’en informer. L’officier rappelle dans cette lettre que "ces bombes allaient exploser à la face des gens tôt ou tard". Mais il n’a eu aucune réponse.
Des soldats israéliens ont déclaré, pour leur part, que des bombes au phosphore ont été lâchées au cours de la guerre contre le Liban, pour provoquer des incendies. Un officier de l’artillerie a déclaré pour sa part "avoir vu des camions chargés de ces bombes, en route vers les bases des unités d’artillerie dans le nord".
Il est à noter que les bombes au phosphore provoquent des brûlures et la mort. Il y a un an, un scandale international a éclaté au vu des images de cadavres d’Irakiens carbonisés par ces bombes.
La Croix-Rouge internationale a rappelé que le droit international interdisait l’usage de ces bombes au phosphore contre des cibles civiles ou des zones militaires comportant des cibles civiles.
Le bureau du porte-parole de l’armée israélienne a déclaré pour sa part : "Le droit international n’interdit pas totalement l’usage des bombes à fragmentation et la convention sur les armes conventionnelles ne stipule pas d’interdiction à l’usage d’armes incendiaires mais définit les conditions de leur usage".
Voir les photos de sous-munitions de bombes à fragmentation M42 et M46 trouvées le 15 août 2006 dans les villages libanais de Kfar Roummane et Tabnine. Ces bombes sont très dangereuses et peuvent exploser si on les touche. La présence de l'une d'elles est la confirmation absolue de la présence de nombreuses autres à proximité. Source : Centre de coordination de l'action anti-mines des Nations Unies pour le Sud-Liban.
Vidéo sur la barbarie israélienne au Liban (durée : 5 mn 23s)

 

12/09/06 - Le projet stratégique des USA au Moyen-Orient


par Lucio Manisco, Il Manifesto (Rome), 2 septembre 2006. http://www.ilmanifesto.it

 

Traduit de l'italien par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs.


Redouter l’échec de la FINUL Version 2, cela ne veut en aucun cas dire qu’on le souhaiterait. Motiver une telle crainte par l’analyse des circonstances et des tractations politiques, diplomatiques et militaires qui ont précédé et accompagné la résolution 1701 du Conseil de Sécurité de l’Onu et l’envoi d’une force internationale aux frontières du Liban ne signifie en rien souhaiter la reprise des hostilités, une victoire définitive – très improbable – du Hezbollah sur l’armée israélienne, d’autres milliers de morts, la dévastation finale d’un État-nation, le renoncement à toute tentative de résoudre la question palestinienne, ni la conflagration d’une grande guerre moyen-orientale qui, outre l’Irak et l’Afghanistan, impliquerait la Syrie, l’Iran, l’Otan, l’Europe et la totalité du monde occidental…

Si tel était le cas, Rossana Rossanda aurait raison : toute opposition, toute critique opposée à l’intervention de l’Onu et à la participation italienne serait entachée non seulement de caractère spécieux, de préjugés idéologiques et de « thèses du complot », mais aussi de cécité et d’incohérence absolues.

C’est la raison pour laquelle il nous semble opportun de contribuer à un authentique débat – de dire la vérité, quasiment inexistante en Italie, vu l’unanimisme triomphant – en donnant quelques informations sur les prises de position de l’administration usaméricainne, facteur et moteur premiers des crises et des conflits au Moyen-Orient, sur l’illusoire résipiscence d’un président confronté aux échecs retentissants de ses directives en matière de politiques tant militaire qu’extérieure et intérieure (lequel président serait influencé par sa plus qu’improbable lecture estivale de Camus, nous fait savoir son porte-parole…) et sur l’importance, déterminante pour les développements prévisibles sur le plan international des deux mois à venir, de l’échéance électorale du mardi 7 novembre prochain dans la « République aux étoiles ».

Les révélations faites par Seymour Hersh sur la planification par les USA de la guerre au Liban, qui a précédé depuis de nombreux mois le « casus belli » que serait censé avoir constitué la capture de deux soldats israéliens, ont été reprises et confirmées par les documents et les thèses publiées durant la même période par ces centres de l’idéologie et de la stratégie « néocon » qui dictent leur loi à l’administration Rumsfeld-Cheney que sont l’American Enterprise Institute, la Foundation for Defense of Democracies, le Center for Security Policy et le Project for a New American Century (tout récemment dissout).

Il s’agit d’une idéologie et d’une stratégie poursuivies et mises application pratique, à tous les niveaux, par des personnages comme les Max Boot, Charles Krauthammer, Michael Ledeen et autre Eliot Abrams. Essentielle, fondamentale est l’influence de ce dernier dans l’assignation à Israël d’un rôle de pointe de diamant dans une vaste stratégie visant à tracer une nouvelle carte géopolitique du Moyen-Orient, en frappant tout d’abord le Hezbollah, puis la Syrie et l’Iran, et en portant jusqu’à leurs conséquences ultimes les guerres en Irak et en Afghanistan.

Sous sa nouvelle casquette de premier conseiller ès affaires moyen-orientales auprès de la Maison Blanche et du Département d’Etat, Eliot Abrams a accompagné les missions de la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, qui a réussi, avec une indéniable habileté diplomatique, à bloquer durant trente-quatre jours la diplomatie internationale et ses tentatives d’obtenir un cessez-le-feu au Liban. Eliot Abrams a passé plusieurs semaines à Tel Aviv – avant, pendant et après le conflit – et il a géré (quand bien même cela n’entrait pas dans son domaine de compétences) l’allocation (dès le 20 juin) de 262 millions de dollars en nature, sous la forme de carburant spécial pour les F-15 et les F-16 israéliens, d’un autre demi milliard de dollars de bombes à dispersion de sous-munitions et autres bombes dites « intelligentes » et d’une somme encore plus astronomique pour financer le pont aérien reliant les Etats-Unis [à Israël] via les bases aériennes situées dans l’East Anglia, au Royaume-Uni, permettant de fournir les forces armées de Tel Aviv en armements parmi les plus sophistiqués et les plus mortellement dévastateurs. Nul doute que la résistance inattendue du Hezbollah, organisée sur le terrain d’une manière évoquant plus la Suisse que le Moyen-Orient, ait altéré le grand projet stratégique des Cheney, Rumsfeld & Co…

Significatif, et préoccupant, le rôle assigné par Washington aux Nations unies, démenti et nié jusqu’au 14 août par ce grand bousilleur de l’organisation internationale devant l’Eternel qu’est l’ambassadeur usaméricain Bolton, puis inopinément réévalué et remis au premier plan par les exhortations martelées par le Président Bush en personne. Les témoignages documentés manquent ; on entre donc, là, dans le champ des interprétations et des supputations, alimentées en grande partie par les difficultés et les obstacles rencontrés par Kofi Annan lors de sa mission au Moyen-Orient.

Israël ne retirera ses troupes et ne lèvera son blocus [aérien, terrestre et] naval que lorsque la résolution 1701 aura trouvé une application complète et s’étendra à la totalité de la zone géographique s’étendant au Sud de la rivière Litani, et seul Israël décidera quand un tel résultat aura été obtenu, y compris en ce qui concerne des opérations absolument pas prévues par le mandat de l’Onu, telles le démantèlement des forces du Hezbollah et le déploiement d’une force internationale au long de la frontière libano-syrienne…

D’aucuns pensent, non seulement au sein du gouvernement Olmert, mais même dans le gouvernement usaméricain, que la première tâche impartie à la force internationale consisterait à parvenir aux arrangements arrêtés, mais momentanément dérangés par l’offensive israélienne, et que – comme en Afghanistan – une transmission des opérations de l’ONU à l’OTAN soit possible.

Toujours sur le plan des conjectures, on évoque l’éventualité du lancement d’un missile à moyenne portée de fabrication iranienne, depuis le territoire libanais, sur un jardin public de Tel Aviv. Il n’est pas du tout impossible, par ailleurs, que l’administration Cheney soit prête à prendre des mesures « extrêmes » d’ici le mois d’octobre, afin d’éviter une débâcle électorale annoncée, aux Etats-Unis, le 7 novembre.

Les rares personnes qui, en Italie, ont soulevé les arguments évoqués ci-dessus ont été taxées de « pacifisme suicidaire et unilatéraliste », au cours d’une campagne indubitablement efficace, mais totalement disproportionnée, en particulier face aux vagissements d’une opposition parlementaire « de gôche » qui semble avoir substitué au « non à la guerre, sans « si » et sans « mais » un « nais à la guerre sans mi » et puis, qui sait ? Tarata-ti… Tarata-ta !... »

 

12/09/06 - Des combattants du Hezbollah se « cachant au milieu des civils », c’est tout simplement un mythe !


par Mitch Prothero, Salon, 28 juillet 2006
Original : http://www.salon.com/news/feature/2006/07/28/hezbollah/index_np.html


Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs.


Les bombes ont commencé à pleuvoir juste à la tombée de la nuit, vers dix-neuf heures. Les gens du coin savaient que leur immeuble de dix étages avait abrité le bureau, et peut-être aussi l’appartement de Cheikh Tawouk, le commandant du Hezbollah pour le Sud, aussi avaient-ils déménagé leurs familles dès le début de la guerre. Le propriétaire de l’immeuble avait refusé de louer au Hezbollah, qui avait postulé aux étages supérieurs. Rien à faire, dirent les gens du coin, les mecs du Hezb sont de toute manière venus s’installer, au nom de la « résistance ».
Tout le monde savait donc que l’immeuble finirait par être frappé. Sa localisation, au centre de Tyr, qui n’avait pas encore été atteint par les frappes aériennes israéliennes, n’allait certainement pas le protéger indéfiniment. Et « tout le monde », cela incluait, apparemment, Cheikh Tawouk, qui était fort éloigné de l’immeuble quand celui-ci finit par être détruit.
Deux bombes téléguidées le frappèrent, produisant une énorme explosion de flammes et de poussière de béton, suivie par le fracas de dix étages tombant en mille-feuilles les uns sur les autres, ont raconté des témoins. Jihad Husseini, 46 ans, dirige une école à un pâté de maisons de là. Il était assis, dans son bureau, quand les bombes ont frappé. Il a dit avoir eu la vie sauve au fait d’avoir fermé des rideaux épais devant les fenêtres donnant sur la rue, ce qui lui a évité d’être atteint de plein fouet par une volée d’éclats de verre. Reste qu’un gros morceau d’acier brûlant traversa l’air, passa à travers la fenêtre et le rideau, lui effleura la tête, et transperça le mur avant de terminer sa course dans l’appartement du voisin…
Mais Jihad refuse toujours de partir.
« Tout est cassé, mais je peux réparer », dit-il, entouré de ses deux fils Raed (20 ans) et Mohamed (12 ans). « Je ne partirai pas. Ici, ce n’est pas un site militaire, ce n’est pas le Hezbollah ; c’était un appartement inoccupé. »
Depuis le début de cette guerre vieille de seize jours désormais, des avions israéliens, haut dans le ciel, au-dessus de quartiers exclusivement civils, prennent leurs décisions quant aux objectifs à bombarder. Ils balancent des bombes énormes capables de tuer et de détruire tout ce qui se trouve dans un rayon de plusieurs centaines de mètres autour de leur cible, après quoi, ils font retomber la responsabilité des inévitables morts de civils – le gouvernement libanais fait savoir que six cents civils ont été tués à cette date – sur des « terroristes » qui utiliseraient l’infrastructure civile pour se protéger, d’une manière odieuse.
Mais cette assertion est fausse, dans l’immense majorité des cas. Mes propres constats et ceux de nombreux autres journalistes révèlent qu’en réalité, les combattants du Hezbollah – par opposition aux membres du parti politique Hezbollah, plus nombreux, et aux sympathisants du Hezbollah, infiniment plus nombreux – se tiennent à l’écart des civils. Plus intelligents et mieux entraînés que les combattants de l’OLP et du Hamas, ils savent que, s’ils se mêlent aux civils, ils seront tôt ou tard trahis par des collaborateurs -comme l’ont été de très nombreux activistes palestiniens.
De leur côté, les Israéliens semblent penser que s’ils continuent à pilonner les civils, ils finiront par avoir aussi quelques combattants… Les bombardements quasi nocturnes des banlieues sud de Beyrouth pourraient sembler quelque peu logiques, dès lors que les Israéliens semblent convaincus qu’il se trouverait des bunkers de contrôle et de commandement sous les décombres encore fumants. Il y a eu des civils tués, les premières nuits, dans des quartiers tel Haret Hreik, mais les gens ont rapidement quitté les lieux, laissant le quartier aux combattants du Hezbollah, avec leurs talkie-walkies et leurs scooters.
Mais dans bien des cas, les attaques aériennes semblent gratuites, on dirait des parties de pêche, ou tout simplement des bombardements pour punir un peu tout le monde et se venger sur n’importe quoi ayant un lien, fût-il extrêmement ténu, avec le Hezbollah. Des phares, des silos à blé, des laiteries, des ponts, dans le nord, empruntés uniquement par des réfugiés, des immeubles d’habitation partiellement occupés par des membres de l’aile politique du Hezbollah : tout a été réduit en gravats.
Dans le Sud, où les chiites sont majoritaires, pratiquement tout le monde soutient le Hezbollah. Le simple fait que vous souteniez le Hezbollah, voire même que vous participiez à ses activités, signifie-t-il que votre maison et votre famille sont des gibiers autorisés ? Faut-il pour cela que vous tiriez des roquettes de votre cour ? Ou bien suffit-il que vous soyez un militant politique ?
Les Israéliens sont cohérents : ils bombardent quiconque soutient le Hezbollah et tout ce qui a un lien quelconque avec le Hezbollah, y compris les non-combattants. Dans les faits, cela revient à punir le Liban. Le pays est chiite à 40 %, et sur ces 40 % de Libanais chiites, des dizaines de milliers sont employés par les services sociaux, les services politiques, les écoles et d’autres fonctions non-militaires du Hezbollah. Le Hezbollah, organisation soi-disant « terroriste », est en effet le second employeur du Liban.
Les gens ont tendance à parler de « ville fantôme » à propos de tout et de rien. Mais Nabatiya, une ville rasée par les bombardements à une cinquantaine de kilomètres de la frontière israélo-libanaise, justifie cette expression. On s’attend à ce que les esprits des gens tués de cette ville, ou de ses réfugiés, viennent errer en silence dans ses rues abandonnées, émergeant des immeubles effondrés qui constituent désormais la plus grande partie de la ville.
Tous les immeubles ne portent pas des stigmates apparents du bombardement, mais ceux qui ont une façade à peu près intacte ont tous leurs volets métalliques soufflés, comme par un effroyable cyclone. Et il n’y a absolument personne, mis à part une estafette hezbollahie exceptionnelle, sur sa mobylette, armée uniquement d’un talkie-walkie, inspectant les lieux, tandis que les avions à réaction et les drones sans pilote israéliens décrivent des cercles dans le ciel.
Dominant les faubourgs de cette ville d’environ 100 000 habitants en temps de paix – pour la plupart des chiites partisans du Hezbollah ou de l’organisation rivale Amal, plus laïque – se trouve l’hôpital Ragheh Hareb, une institution publique qui explique clairement de quel côté se situent les habitants de Nabatiya dans ce conflit.
La pelouse soigneusement entretenue et tondue de frais devant cet hôpital est ornée d’un Croissant Rouge géant – la version musulmane de la Croix Rouge. Tandis que nous approchons, un missile israélien s’abat sur une école, sur la colline opposée, la détruisant totalement. Tandis que nous nous couchons par terre attendant d’aller nous réfugier au pas de course dans l’abri de l’hôpital, ce croissant géant me rassure. Mais cela ne dure que jusqu’au moment où je vois un mât avec des drapeaux. Le drapeau libanais y est arboré, avec son cèdre – mais juste à côté du drapeau de la République islamique d’Iran…
On peut avancer, sans risque de se tromper, que l’hôpital Ragheh Hareb a quelque chose à voir avec le Hezbollah. Et le personnel masculin arbore les barbes minutieusement taillées et les manières polies, même si elles sont un peu obséquieuses, propres à cette formation. Des jeunes hommes nous ayant demandé nos papiers d’identité et nous ayant posé quelques questions, ils nous autorisent à entrer.
Le Dr. Ahmad Tahir me reconnaît : il m’avait vu à un enterrement, dans le village voisin de Dweir. Une bombe israélienne était tombée sur la maison d’un clerc du Hezbollah, le tuant ainsi que onze membres de sa famille rapprochée, pour la plupart, des enfants. Les gens, au Liban, parlent à ce propos de crime de guerre. Tahir semble épuisé, et notre conversation est encore plus tendue que la dernière fois où nous nous étions rencontrés.
« Cela serait peut-être préférable que les Israéliens bombardent votre voiture, sur la route, ici », dit-il, avec une ironie cinglante. « Comme ça, si vous étiez tués, peut-être y aurait-il de tels hauts cris en Amérique que les juifs seraient contraints à arrêter ces bombardements ! »
Ayant suggéré que l’administration Bush n’avait peut-être pas grand-chose à cirer des journalistes, pour ne pas parler de ceux qui envoyaient leurs reportages depuis un territoire tenu par le Hezbollah, il haussa les épaules. « Oui… Mais peut-être, au cas où ç’aurait été une bombe américaine utilisée par les Israéliens aurait tué un journaliste américain, des fois, les Israéliens arrêteraient peut-être leurs horreurs… ? », dit-il, songeur.
Parmi les quelques personnes restées dans la ville, il y a quelques membres de l’aile politique du Hezbollah, ainsi que des volontaires qui surveillent un peu les biens en l’absence des habitants. Un peu à l’écart, tandis que nous observons les Israéliens en train de pilonner des fortifications autour de la ville, un de ces responsables politiques nous explique que les combattants ne s’approchent jamais de la ville, confirmant ce que d’autres personnes du Hezbollah m’avaient expliqué, depuis des années.
Bien qu’Israël prenne pour cible des appartements et des bureaux au motif qu’ils sont considérés être des installations du « Hezbollah », cette formation a une politique très claire consistant à éloigner ses combattants le plus possible des civils. Ceci, non pas pour des raisons humanitaires – n’avaient-ils pas, comme nous l’avons vu plus haut, réquisitionné un immeuble d’habitation en dépit des protestations de son propriétaire, et tout en sachant très bien qu’il serait bombardé ? – mais pour des raisons militaires.
« Vous pouvez avoir été un membre du Hezbollah toute votre vie et n’avoir jamais vu un membre de l’aile militaire armée », m’avait dit un jour un responsable du service du renseignement de l’armée libanaise, aujourd’hui à la retraite. « Ils ne se laissent jamais voir sans être masqués, et ils ne font jamais d’opération là où il y a des civils, dès lors qu’ils peuvent l’éviter. Ils sont totalement effrayés par la possibilité qu’il y ait des collaborateurs. Ils savent que c’est ce qui tue les Palestiniens : l’absence de discipline, et un roulage excessif de mécaniques. »
Au maximum une fois par an – et encore… – le Hezbollah vous fera une parade militaire dans le sud, seule région où ses combattants apparaissent avec des armes. L’accès des médias à ces défilés est strictement limité et contrôlé. A la différence des cinq ou six autres pays où j’ai assuré la couverture journalistique d’insurrections armées, les combattants du Hezbollah n’aiment pas poser devant l’objectif. En Iraq, en prenant certains risques, vous pouvez rencontrer des types de la résistance, et même les voir en action. (Tout au moins, vous pouviez, jusqu’à récemment…) En Afghanistan, vous pouvez déjeuner en compagnie de combattants talibans, si vous êtes prêt à faire un ou deux jours de trekking dans les montagnes. A Gaza et en Cisjordanie, le combattant du Fatah ou du Hamas est pratiquement omniprésent, avec son masque, son flingue et sa rhétorique ambitionnant de convaincre le journaliste occidental de la justesse de sa cause…
Par contre, les types du Hezbollah savent très bien qu’en laissant leurs combattants approcher des « outsiders » de tout poil – journalistes, ou Libanais, y compris partisans déclarés du Hezbollah – ils commettraient une stupidité potentiellement fatale. Au cours de trois voyages dans le Sud, la semaine passée, au cours desquels je me suis approché suffisamment des lieux de combats pour entendre l’artillerie israélienne, et pas seulement les frappes aériennes, je n’ai vu exactement AUCUN combattant. Des mecs ayant le look du Hezbollah, munis de radios, ont toujours fini par me débusquer. Mais pas de combattants cachés au coin des rues, pas d’invitation à les observer en train de tirer des roquettes sur l’ennemi sioniste : rien, strictement rien qui eût été susceptible de permettre de suivre leur trace.
Même avant la guerre, au cours de mes multiples randonnées vers le Sud, l’armée libanaise – ou le type à scooter avec radio omniprésent – m’arrêtait à chaque fois, interrompant mon voyage, et me renvoyait à Tyr, pour obtenir une autorisation d’un responsable du Hezbollah avant de pouvoir poursuivre mon expédition, généralement dans les étroites limites des lieux où j’étais autorisé à me rendre.
Un journaliste sur deux, parmi ceux que je connais et qui ont « couvert » le Hezbollah ont eu la même expérience que moi. Un collègue libanais, qui a assuré leur couverture pendant une vingtaine d’années, ne connaît qu’un seul militaire Hezbollah qui accepterait éventuellement de le reconnaître, et encore, celui-ci ne parle jamais : il n’accorde jamais aucune interview à quelque journaliste que ce soit. Tout ce qu’il dira, à la limite, c’est : « Je ne serai pas là, pendant quelques mois : j’ai une période d’entraînement. Quand je reviens, je te fais signe… » Il est vraisemblable que ses amis et ses voisins se doutent de quelque chose, mais personne ne dira jamais rien.
Les membres du Hezbollah politique disent qu’ils n’ont que peu accès à ce que font les combattants – voire pas du tout. Cela semble vrai, dans une très large mesure : même s’ils en entendent et en savent, à l’évidence, plus que le commun des mortels, la muraille protectrice est inexpugnable.
Israël, toutefois, a décidé de traiter les membres du Hezbollah politique comme s’il s’agissait de combattants. Et en prenant pour cible la branche civile de la formation, qui assure l’essentiel de l’aide humanitaire et de la protection sociale à la population la plus déshéritée du Sud-Liban, ce sont des civils libanais que les Israéliens prennent ainsi délibérément pour cibles.
Voici quelques jours de cela, j’étais près d’un gigantesque cratère interrompant l’autoroute entre Tyr et Saïda (Sidon) – la seule route permettant à la plupart des habitants de l’extrême sud du Liban de s’enfuir. Au-dessus de moi, des jets et des drones israéliens décrivaient des cercles, passant et repassant au-dessus de la ville et de ses faubourgs, tandis qu’on entendait les détonations régulières des bombes et des obus de la marine.
Ce cratère de bombe était un endroit idéal pour se faire une idée des réfugiés, qui étaient obligés par la pente de ralentir suffisamment pour que je puisse leur poser des questions. Ils ne s’arrêtaient pratiquement pas, leurs visages étaient contractés par un rictus de quasi panique. La principale vague de réfugiés en provenance du sud était arrivée au cours des deux précédentes journées, si bien qu’il s’agissait là des gens les moins bien lotis, des gens qui avaient été très très près des combats, et qui avaient eu besoin de deux journées seulement pour parvenir à s’extraire de l’enfer et à arriver jusqu’à Tyr, ou qui avaient dû prendre la décision extrêmement difficile de fuir, ou de rester là où ils se trouvaient, ni l’une ni l’autre de ces deux possibilités n’apparaissant vraiment rassurante.
Les routes, dans le sud, sont pleines des carcasses des voitures de ceux qui ont fait le mauvais choix : châssis tordus par les flammes, vitres brisées, certaines voitures s’étant encastrées tout droit sur des poteaux ou des murettes. D’autres semblent être tombées en panne, ou en panne sèche, sur d’interminables détours de terre battue remplaçant les autoroutes bombardées ou les ponts que l’aviation israélienne avait méthodiquement détruits, des journées durant, alors même qu’elle avait averti la population de la nécessité vitale de fuir le Sud.
Un homme, ralentissant pour contourner le cratère, hurle presque : « Il ne reste plus rien ! Ce pays n’est plus pour nous ! » Sa pause pourtant brève déclenche immédiatement des coups de klaxon rageurs et des cris d’impatience des gens des voitures qui suivent. Ils franchissent le cratère, mais au bout de deux minutes, une énorme explosion, derrière nous, vers le nord, dans la direction de Saida, nous fait chanceler.
Tandis que nous continuons à rouler vers le sud, en direction de Tyr, nous dépassons sans tarder une nouvelle série de cicatrices sur l’autoroute : des éclats de bombes, des douilles et du verre brisé. Une voiture, à seulement cinq minutes devant nous, avait été frappée par un obus israélien. Trois des passagers étaient blessés, et elle poursuivait vers le nord, vers l’hôpital Hammoud de Saïda. Nous avons fait demi-tour nous aussi, et nous avons suivi cette voiture jusqu’à Saïda. Ceux qui n’étaient pas blessés interdirent l’entrée du parking de l’hôpital, attendant au tournant les journalistes occidentaux dont ils étaient convaincus qu’ils avaient contribué à la frappe en les localisant. Par chance, mon guide iraquien a senti qu’il y avait un problème, et nous nous sommes tirés. Il ne se serait sans doute rien passé – sans doute s’agissait-il seulement de paysans terrorisés qui n’avaient pas aimé cette coïncidence entre une attaque israélienne et une bagnole pleine de journalistes occidentaux venant en face…
On voit donc clairement que les journalistes qui se répandent sur les chaînes câblées à répéter que le Hezbollah « se cache parmi les civils » n’ont passé que très peu de temps – à supposer qu’ils y aient mis les pieds – dans la zone des combats au Sud Liban, et qu’ils ne savent absolument pas de quoi ils parlent. Le Hezbollah n’a absolument pas confiance dans la population civile, et il a déployé des efforts incroyables pour évacuer un maximum de civils du champ de bataille. Et c’est la raison pour laquelle les combattants du Hezbollah se battent si bien – il n’y a personne pour les espionner, ils ont un maximum de chances de prendre par surprise les soldats de l’armée israélienne, et ils peuvent sans problème continuer à tirer des roquettes et à ne laisser aucune incursion terrestre israélienne impunie.
Et les civils, alors ? Les civils, ils se considèrent ciblés sans discrimination, sans aucun égard pour leur appartenance communautaire ou partisane. Ils sont déchaînés contre Israël et les USA, les deux seuls pays, sur terre, à ne pas en appeler à un cessez-le-feu immédiat. Les Libanais de toutes confessions et opinions pensent que les USA et Israël considèrent que la vie d’un Libanais vaut moins cher que celle d’un Israélien.
Et ils sont nombreux, désormais, à affirmer vouloir se battre.

 

12/09/06 - Opération « délocalisation » ? Comment les comptes-rendus concernant la capture des soldats de Tsahal, le 12 juillet 2006, ont déplacé le lieu de l’opération du Liban vers Israël


Par Trish SCHUH, Counterpunch, 15.8.2006
Traduction Indymédia Paris-IDF révisée par Xavier Rabilloud et Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, à partir de l’original en anglais.

 

Une équipe d'avocats israéliens poursuivra en justice le gouvernement libanais, responsable selon eux d'avoir commencé la guerre. L'affaire, qui sera présentée devant un tribunal civil usaméricain, réclamera des compensations pour les dommages subis par les résidents et les entreprises israéliennes, en conséquence de la guerre. Les avocats Yehudah Talmon, Yoram Dantziger et Nitzah Libai prétendent que le gouvernement libanais a violé le droit international pour ne pas avoir empêché le Hezbollah d’effectuer un raid sur le territoire israélien, ce qu’Israël désigne comme le « casus belli ».
La justification avancée par Israël pour son attaque « d’autodéfense » contre le Liban, et la localisation de la « provocation » initiale, acquerront une importance juridique nouvelle dans les prochains mois. Qui a pénétré sur le territoire de qui, sur quel territoire a eu lieu la première capture des soldats de Tsahal ? Les différents comptes-rendus de presse qui déclarent que la capture a eu lieu au Liban, et non pas en Israël, sont à présent largement connus : les sources les plus fréquemment citées sont l’AFP, le Hindustan Times, la Deutsche Presse Agentur, le Asia Times, la Bahrain News Agency et et le réseau Voltairenet. D'autres sources marquent des retournements dans la consignation écrite ou orale des données factuelles de base.
Le 12 juillet, Michael Hirsh de Newsweek/MSNBC.com, disait : « En conséquence, les choses évoluent tellement vite qu'il est difficile désormais de savoir où se focaliser. Après l'enlèvement des deux soldats israéliens au Liban mercredi par le Hezbollah – que le groupe radical relie à l'enlèvement par le Hamas d'un soldat israélien la semaine précédente - le Proche-Orient semble s'approcher d'une guerre totale. »
Le 13 juillet, l'histoire émanant du bureau de Jérusalem de MSNBC.com avait changé. Dans un article intitulé « La crise permet à Israël de poursuivre ses objectifs stratégiques - les enlèvements donnent à Israël un prétexte pour neutraliser le Hamas et le Hezbollah », le chef de bureau de Jérusalem Sten Gutkin avait écrit : « Les enlèvements de mercredi, quand les combattants du Hezbollah ont traversé la frontière, capturé Goldwasser et Regev, et tué huit autres soldats dans l'affrontement qui a suivi, ont changé toute la donne. ».
Associated Press a également diffusé des versions fluctuantes. Le 12 juillet, à 5h41, Joseph Panossian écrivait : « Le groupe militant Hezbollah a capturé deux soldats israéliens au cours de heurts mercredi, de l'autre côté de la frontière, au Sud-Liban, ce qui a provoqué une réaction rapide de la part d'Israël, qui a envoyé des forces terrestres chez son voisin pour les rechercher. »
À 7h09, Panossian avait changé son rapport : « Le groupe militant Hezbollah a capturé mercredi deux soldats israéliens au cours de heurts le long de la frontière libanaise. »
À 16h13, le même jour, Panossian de l'Associated Press avait complètement modifié la localisation : « Les militants du Hezbollah ont franchi mercredi la frontière avec Israël et capturé deux soldats israéliens. Israël a répliqué dans le Sud-Liban avec des avions de combat, des chars et des navires de guerre, et confirmé que huit de ses soldats avaient été tués dans l’affrontement. »
Des sources israéliennes sont passées inaperçues. Le 12 juillet, Cybercast News Service (CNSNew.com) rapportait : « L'enlèvement des deux soldats israéliens par des militants du Hezbollah au Sud-Liban n'était pas un acte terroriste mais un acte de guerre, a déclaré ce mercredi le Premier ministre, Ehud Olmert ».
Le 13 juillet, ABC News (Reuters) d'Australie citait Tsahal : « Des sources affirment que les soldats israéliens ont été pris autour de 9h00, heure locale, de l'autre côté de la frontière au niveau du village d’Aït al Shaab et à quelque 15 kilomètres de la côte méditerranéenne. L'Armée israélienne a confirmé que deux soldats israéliens avaient été capturés à la frontière libanaise. Les forces terrestres israéliennes ont franchi la frontière et pénétré au Liban à la recherche des soldats enlevés, informait la Radio de l'Armée israélienne. »
Le 12 juillet, la radio Voice of America, à Jérusalem, informait : « Parlant à des journalistes à la sortie du ministère des Affaires étrangères, le porte-parole du ministère Mark Regev déclare que le Hezbollah porte la responsabilité des violences. « Il semble, a-t-il dit, que nous sommes confrontés à une escalade au Nord. Il est bien clair, a-t-il ajouté, que cette escalade a commencé du côté libanais de la frontière, et Israël réagira en conséquence ».
Le 13 juillet, dans son article « Casus Belli » publié par le New Republic, le Général de brigade israélien Moshe Yaalon écrivait : « La présente crise a été initiée - à Gaza par le Hamas et au Sud-Liban par le Hezbollah - à partir de territoires qui ne sont pas sous occupation israélienne ».
Le 13 juillet, l'édition de Haaretz citait Mohammad Nazzal, membre du bureau politique du Hamas : « C’est une opération héroïque, qui a été menée contre des cibles militaires ; elle est donc légitime, d'autant plus qu'elle a eu lieu en territoire libanais occupé. »
Un officiel du gouvernement libanais a confirmé à l'auteur que la première information, concernant la capture des soldats israéliens au Sud-Liban, provenait de la police militaire libanaise, source qui est également citée par de nombreux médias. « Au départ, l'Armée libanaise a déclaré que c'était sur le territoire libanais » selon l'officiel. Le communiqué de l'Armée faisant part au gouvernement de l'enlèvement disait textuellement ceci : « à 9h03 ou à 9h05, à proximité ou devant le village de Aït Al Shaab, les membres de la résistance ont enlevé deux soldats. À 9h15, la résistance a bombardé la position ennemie en territoire occupé. À 10h10, la Résistance et les forces israéliennes se sont heurtées à proximité de Naqoura, du côté libanais de la frontière ».
Le 12 juillet 2006, l'ambassadeur libanais aux USA Farid Abboud discutait les événements publiquement. À cause de son attitude devant la CNN, Abboud a été réprimandé, et rappelé au Liban.
Michael Holmes, CNN International : « Vous dites que vous ne voulez pas d'escalade, mais…
Farid Abboud : Non, nous n'en voulons pas.
Holmes : …. mais en traversant la frontière en Israël, tuant et en enlevant des soldats, qu'attendiez vous qu'il arrive ?
Abboud : Je ne suis pas sûr du lieu où l'attaque s’est produite. D'après ce que j'ai appris, il y a eu aussi une autre bataille pendant laquelle les Israéliens ont traversé la frontière de notre côté, et les victimes sont tombées sur le territoire libanais.
… Nous ne voulons pas d'escalade, et je ne pense pas que nous ayons jamais attaqué Israël. Je veux dire que c’est Israël qui a toujours occupé notre territoire, et que nous nous sommes toujours bornés à le défendre. Notre position a toujours été très réactive, défensive.
L'auteur a alors parlé au chef du Cabinet de la Défense, le général Edmond Fadel, à Beyrouth, pour avoir des éclaircissements. Il a répondu qu'il n'était pas autorisé à s’exprimer sur la position du Hezbollah.
La position du Hezbollah a été citée par le Jerusalem Post du 12 juillet : « Le chef du Hezbollah, le Cheikh Hassan Nasrallah a dit que la capture des prisonniers israéliens au Sud-Liban mercredi, étant donné le moment opportunément choisi [le « timing »], renforcera la position des Palestiniens à Gaza. »
C'était le point de vue réitéré auprès de l’auteur par le porte-parole du Hezbollah le 16 juillet, au téléphone. Il a insisté sur le fait que le combat avait bien eu lieu du côté libanais de la frontière « devant le village de Aït Al Shaab », adjacent à un poste de contrôle militaire.
Le 2 août j'ai discuté de nouveau de l'enlèvement avec Moussaoui, du Hezbollah, à Beyrouth.
Q : Nous avons déjà parlé le 16 juillet 2006 de cette question et je voudrais l'officialiser. L'Armée libanaise a affirmé que les soldats israéliens capturés le 12 juillet 2006 l'avaient été au Liban et non pas en Israël, idée couramment répandue aux USA. Ont-ils été pris en Israël ou au Liban ?
Moussaoui : Comment pouvez-vous dire Israël ? C'est une terre occupée, c'est la Palestine occupée.
Q : D'accord. Etait-ce en Palestine occupée ou au Liban ?
Moussaoui : C'était au Liban, à la frontière.
Q : Sur la frontière – Dans, ou à proximité de, quelle ville ?
Moussaoui : Il n'y a pas de ville. C'était un poste militaire.
Q : Le Hezbollah a-t-il traversé la frontière et pénétré en Israël ?
Moussaoui : Cela n'a jamais été revendiqué par le Hezbollah - seulement sur la frontière. Et ne dites pas Israël - c'est la Palestine occupée.
Q : Et les soldats des Forces de défense israéliennes tués dans le char qui a sauté sur une mine ?
Moussaoui : Ces incidents ont eu lieu en terres libanaises quand ils ont voulu pénétrer - pour pourchasser la Résistance… Personne ne croit plus que ce qui se passe est à cause des deux soldats. Personne ne le croit plus avec la destruction des infrastructures libanaises. Par ailleurs, le Hezbollah a été informé qu'Israël avait planifié cette agression pour septembre ou octobre…[1]
Selon l’avocat Yehudah Talmon, les Israéliens vont aussi demander comme réparations de l'argent provenant des avoirs et des propriétés libanaises aux USA. « Aucun groupe associé de quelque façon que ce soit au Hezbollah n’est à l'abri de ces revendications ». Tant pis, si ces demandes sont basées sur des frontières à géométrie variable.

 

Note
1 - Ce qui a été révélé par le San Francisco Chronicle. Voir les citations qu’en fait le journaliste anglais George Montbiot dans son article du Guardian du 8 août 2006 : "more than a year ago, a senior Israeli army officer began giving PowerPoint presentations, on an off-the-record basis, to US and other diplomats, journalists and thinktanks, setting out the plan for the current operation in revealing detail". The attack, he said, would last for three weeks. It would begin with bombing and culminate in a ground invasion. Gerald Steinberg, professor of political science at Bar-Ilan University, told the paper that "of all of Israel's wars since 1948, this was the one for which Israel was most prepared ... By 2004, the military campaign scheduled to last about three weeks that we're seeing now had already been blocked out and, in the last year or two, it's been simulated and rehearsed across the board". A "senior Israeli official" told the Washington Post that the raid by Hezbollah provided Israel with a "unique moment" for wiping out the organisation. The New Statesman's editor, John Kampfner, says he was told by more than one official source that the US government knew in advance of Israel's intention to take military action in Lebanon. The Bush administration told the British government.




08/09/06 – La rage de l’éléphant : Israël au Liban


par Ronnie Kasrils, The Mail and Guardian, Johannesburg, 1er septembre 2006


Original : http://www.mg.co.za/articlePage.aspx?articleid=282802&area=/insight/insight__comment_and_analysis/

 

Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs.

 

L’auteur de ce texte est un personnage hors du commun. Ministre du Renseignement dans le gouvernement sud-africain depuis avril 2004, il a été auparavant ministre-adjoint de la Défense de 1994 à 1999 et ministre des Eaux et Forêts de 1999 à 2004. Ce communiste juif né en 1938 à Johannesbourg avait des grands-parents d’origine lituanienne et lettone. Il rejoint l’ANC en 1960 après le massacre de Sharpeville et entre rapidement dans sa branche militaire Umkhonto weSizwe (MK). Il recevra une formation militaire et dans le domaine du renseignement en Union soviétique. Il a passé 27 années en exil pendant le régime de l’apartheid. Estimant qu’il a une obligation morale, en tant que Sud-Africain juif, de dénoncer le sionisme à l’œuvre en Palestine, il a créé un groupe de solidarité appelé « Not in My Name » (Pas en mon nom).

 

« Israël est comme vos éléphants du Parc National Kruger », fit observer l’ancien porte-parole d’Ariel Sharon lors d’une récente visite en Afrique du Sud. Ra’anan Gissin (puisque c’est de lui dont il s’agissait) s’exprimait devant la Fédération sioniste sud-africaine, dont il était la guest star : « Tout ce que nous demandons, c’est qu’on nous fiche la paix… », plaida-t-il. « Nous semblons dociles, comme ça… Mais si on nous blesse, nous pouvons devenir fous, car nous sommes une espèce menacée de disparition… » [Croisons les doigts ! NDT]

Comme le monde a pu le constater, le Liban – deux fois plus petit qu’Israël – vient d’essuyer l’ire du mammouth : son peuple, sa capitale, ses villes, ses villages, ses autoroutes, ses ponts, ses infrastructures électriques et hydriques ont été réduits en poussière.

Le détonateur de cette crise de folie aurait (soi disant) été la capture par le Hezbollah de deux soldats israéliens, dont l’un était (je le signale au passage) originaire de… Durban. A la suite d’une opération analogue du Hamas, deux semaines avant, la population de Gaza avait dû payer un tribut de deux cents Palestiniens tués contre un seul Israélien, sans compter l’infrastructure palestinienne totalement détruite. Le tribut des victimes, au Liban, dépasse les 1 200 morts, à comparer à 150 Israéliens tués (dont… 120 militaires !) Un tiers des tués au Liban étaient des enfants. Plusieurs milliers ont été mutilés, ont vu leur maison rasée, un quart de la population libanaise a été déplacée. Pour finir le plat : le pays continu à subir le blocus israélien.

Le célèbre écrivain norvégien Jostein Gaarder [auteur du best-seller philosophique Le Monde de Sophie, NDT] a répondu à Gissin : « Nous ne reconnaissons plus Israël. Il nous était impossible de reconnaître le régime d’apartheid sud-africain… Nous appelons un chat ‘un chat’, et des assassins d’enfants ‘assassins d’enfants’… Nous ne reconnaissons pas le précepte : « Pour un œil israélien, mille yeux arabes. » »

Le monde se perd en conjectures quant aux causes du conflit. La thèse « juifs israéliens = espèce menacée » est la position sioniste standard : les juifs ont commencé à « retourner » en Palestine à la fin du dix-neuvième siècle, afin de « racheter » [au sens, y compris, de ‘rédimer’, NDT] leur « patrie biblique » [Les guillemets sont de moi, NDT]. Au fur et à mesure qu’ils acquéraient de nouvelles terres, ils étaient en butte une opposition de plus en plus violente de la population autochtone arabe. Les colons [juifs] furent contraints à se défendre, déjà à l’époque, comme aujourd’hui. [sic]

De fait, dès son origine, le sionisme a eu pour but la dépossession de la population indigène [palestinienne] afin qu’Israël soit en mesure de devenir un Etat entièrement juif. Les Palestiniens, prenant de plus en plus conscience des intentions des sionistes, entrèrent tout naturellement en résistance. Lors de l’indépendance d’Israël, en 1948, laquelle se fondait sur le plan de partage de la Palestine concocté par les Nations Unies – environ 56 % du territoire échouant aux juifs, et 44 % aux Palestiniens – Israël bénéficia du pouvoir, de la puissance militaire, des aides financières extérieures et d’autres ressources afin de porter son emprise territoriale jusqu’à 78 % de la Palestine historique, expulsant des centaines de milliers de Palestiniens et devenant une superpuissance régionale, grâce au soutien usaméricain.

Les Palestiniens restés sur place sont en cours de ghettoïsation par les colonies juives, le réseau des routes de sécurité réservées aux juifs et la construction d’une muraille monstrueuse tout autour de la Cisjordanie occupée militairement les confinant dans les 12 % restants de leur territoire originel. Cette dépossession rappelle l’apartheid sud-africain et ses homelands – les bantoustans [de sinistre mémoire] – établis sur 13 % du territoire sud-africain. Pour beaucoup d’observateurs, c’est cette situation qui est la cause fondamentale du conflit.

Le Liban fait lui aussi partie, depuis longtemps, des projets sionistes d’annexion territoriale. Israël a toujours considéré la rivière Litani, au Nord du Liban, comme sa frontière naturelle ; il a constamment cherché à faire du Liban un fortin chrétien face aux musulmans ; Israël a envahi le Liban en 1948, en 1978 et en 1982. A la suite de cette avant-dernière invasion, l’armée israélienne est demeurée au Liban jusqu’en 2000, année où le Hezbollah lui offrit une conduite de Nantes. Durant cette longue période, Israël a provoqué une guerre civile, suscité des massacres, créé une armée de supplétifs au Sud, et il continue à s’accrocher à des fermes stratégiques. Pas étonnant, à ce compte-là, qu’un militaire israélien partant à la retraite ait pu bougonner que le Liban était décidément une histoire (d’emmerdes) sans fin…

Qu’y a-t-il derrière la dernière agression israélienne en date contre le Liban ? Une réplique aussi disproportionnée a-t-elle pu réellement être motivée par l’enlèvement de DEUX soldats ? [À d’autres !] Il y a eu des escarmouches frontalières incessantes. Israël aurait pu répliquer [à l’enlèvement de ses deux blancs-becs] par une opération locale, ou par un échange de prisonniers, que recherchait le Hezbollah. Vous plaisantez ? Israël a préféré lancer ses molosses de guerre.

Le Premier ministre Ehud Olmert a dû, bien entendu, subir un test afin de vérifier son taux de testostérone. En effet, à la différence de la plupart de ses devanciers, ce n’est pas ancien général d’armée. En sa qualité d’éléphant de combat n’ayant pas encore fait ses preuves, il a dû faire la démonstration de sa fougue, déjouer des attaques venues de son flanc droit et administrer une leçon aux Arabes. Mais le déchaînement d’Israël tient à bien d’autres raisons encore.

Des militants israéliens de la « paix » avaient averti [avant les enlèvements] que l’armée attendait la prochaine provocation [comme prétexte] pour déclencher une « combinaison possible de terreur d’Etat intensifiée et d’assassinats de masse » à Gaza – afin de prolonger artificiellement la stratégie sharonienne de « désengagement unilatéral », à n’importe quel prix.

De manière significative, Israël s’est inséré dans la nouvelle stratégie du contre-terrorisme mise en œuvre par les néo-conservateurs de Washington dans le monde de l’après-Onze septembre. Beaucoup de commentateurs suggèrent l’idée qu’aux yeux des USA, l’objectif général est d’étrangler l’axe constitué par le Hezbollah, le Hamas, la Syrie et l’Iran, dont l’administration Bush est convaincue qu’il cherche à fédérer ses capacités afin de modifier le terrain de jeu stratégique au Moyen-Orient. Un haut responsable israélien a expliqué que le raid du Hezbollah avait fourni « une occasion unique, en raison d’une exceptionnelle convergence d’intérêts ». Pour Israël, ce nouveau paradigme est plus que bienvenu, car il détourne la focalisation de l’attention internationale du conflit arabo-israélien en tant que cause originelle du problème. D’aucuns avancent l’idée que ce serait précisément cette « convergence » qui aurait incité les faucons israéliens à lancer leur agression contre le Liban. Mais d’autres objectent les risques extrêmement graves que comportait la tentation de lier le destin du peuple d’Israël à un agenda de cette nature.

La résistance populaire, pour une cause juste, ne peut être écrasée si aisément. Une raison de la venue de Gissin en Afrique du Sud, c’était d’affirmer aux sionistes du cru qu’Israël n’a(urait) pas perdu sa guerre face au Hezbollah. Les Israéliens ont perdu la guerre des ondes, leur a-t-il raconté, mais pas sur le terrain. Mais il est clair qu’ils ont perdu ET sur les ondes, ET sur le terrain ! Le Hezbollah, dont ils s’étaient vanter qu’ils allaient l’éradiquer, leur a administré à nouveau une leçon magistrale, dans la vallée du Litani, et il a encore une fois démontré l’inanité du mythe d’on ne sait trop quelle invincibilité israélienne. La répression vous a cet effet (non désiré) de générer une résistance de plus en plus résolue. Cela se vérifie tant au Liban qu’en Palestine…

Israël a perdu la bataille de l’opinion publique ; le monde entier a vu ces corps d’enfants arabes tués que l’on extrayait des gravats d’immeubles pulvérisés.

Les gens ne disent-ils pas : « Désormais, les juifs, eux aussi, se sont comportés comme les nazis… » ?

Tels avait été, déjà, l’appréciation du premier ministre israélien de l’Agriculture, Aharon Cizlang, en mai 1948, après les massacres perpétrés à Deir Yassine. Il avait ajouté : « C’est tout mon être qui en est bouleversé. »

Combien de temps encore le monde va-t-il continuer à laisser Israël impuni, en dépit de ses vols de terres et de ses assassinats d’enfants ? Les sièges et les barrages militaires, les punitions collectives et les assassinats ciblés, les démolitions de maisons et le nettoyage ethnique, l’enlèvement de parlementaires légalement élus et de ministres d’un gouvernement légitime… Le nouveau chef d’état-major de l’armée israélienne, Dan Halutz, interrogé après qu’il eut largué une bombe d’une tonne sur un immeuble de Gaza [faisant dix-sept victimes, dont une majorité d’enfants, NDT] au motif d’assassiner un dirigeant du Hamas, interrogé sur ce qu’il ressentait, avait répondu : « Oh, vous savez, quand vous lâchez votre bombe, vous ressentez tout juste une petite oscillation, sous l’aile… » Aucun remords pour les enfants et les femmes déchiquetés par la bombe en même temps que sa cible. Cette nuit-là, déclara le général Halutz, il avait dormi du sommeil du « juste »…

A l’instar du ministre Aharon Cizlang, nous sommes tous bouleversés. Nous pleurons ceux qui sont morts sous les tirs de roquettes en Israël. Mais nous n’en blâmons pas plus le Hezbollah, ou la résistance palestinienne, que nous ne blâmions les forces de libération sud-africaines lorsque des civils étaient tués ou blessés. Nous blâmions la politique raciste d’un gouvernement corrompu, qui mettait cyniquement sa population dans la trajectoire des tirs.

En bombardant Beyrouth, les dirigeants israéliens savaient qu’il y aurait des représailles, exactement de la même manière qu’ils procèdent à des assassinats ciblés afin de provoquer des réactions et de saper des négociations dont ils ne veulent pas entendre parler. Pour eux, la terreur de leurs propres citoyens, fuyant vers le Sud d’Israël ou se terrant dans les abris, n’est qu’une variable parmi d’autres dans leurs calculs cyniques. Comme la militante pacifiste israélienne Tanya Reinhart l’a fait remarquer : « Pour les dirigeants militaires d’Israël, il n’y a pas que les Libanais et les Palestiniens qui ne soient que de simples pions dans une grande vision militaire d’ensemble ; il en va de même pour les Israéliens. »

Terriblement parlant est le fait que, parmi les victimes civiles de tirs de missiles sur Haïfa, il y a eu nombre d’Arabes israéliens, auxquels leur gouvernement n’a pas daigné fournir d’abris…

A l’instar d’un Jostein Gaarder, nous devons nous aussi appeler les assassins de bébés : « assassins de bébés » ! Et déclarer que ceux qui utilisent des méthodes de nazis doivent s’entendre dire qu’ils se comportent comme des nazis.

Puissent les Israéliens se réveiller et entendre raison, comme cela s’est produit en Afrique du Sud, et négocier en vue de la paix.

Enfin, tirons la leçon de ce qui a aidé à les Sud-Africains blancs à ouvrir les yeux : la combinaison d’une juste lutte, renforcée par une solidarité internationale utilisant comme armes principales le boycott et les sanctions.

[* Ronnie Kasrils, ministre du Renseignement du gouvernement sud-africain, s’exprime ici à titre privé.]

 

 

08/09/06 - Pour une nouvelle approche productive au Moyen-Orient

 

Par Rodrigue Tremblay, le 4 septembre 2006


Original : http://www.thenewamericanempire.com/tremblay=1035.htm


Traduit de l’anglais par Pétrus Lombard, membre associé et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.


La « démocratie doit être quelque chose de plus que deux loups et un mouton votant sur ce qu'il y aura au dîner. »
James Bovard, 1994

« Dans un pays bien gouverné la pauvreté est une chose honteuse.
Dans un pays mal gouverné la richesse est une chose honteuse. »
Confucius (551-479 Avant JC)

« La démocratie [c'est] lorsque les indigents, et non les hommes de biens, sont les souverains. »
Aristote (384-322 Avant JC)


Pouvez-vous avoir une « démocratie occupée » militairement ? Poser la question c'est y répondre. Quand une armée étrangère occupe un pays par la force, la population ne peut pas être aux commandes de son destin, quel que soit la langue parlée par le gouvernement marionnette local. -- C'est un oxymoron [alliance de deux mots incompatibles, NDT]. C'est la raison pour laquelle il ne pourra jamais y avoir de démocratie en Irak ou en Afghanistan occupé. C'est seulement, pour ne pas dire jamais, quand les troupes étrangères partiront ou seront mises à la porte que le gouvernement national de ces pays pourront regagner leur légitimité et leur autorité.

C'est une vérité première que le président US, George W. Bush, semble avoir des troubles de comportement. Afin de mobiliser l'opinion publique US derrière sa politique ratée, Bush II est forcé de recourir à un vocabulaire incendiaire pour présenter sa « guerre contre le terrorisme », une expression vide, comme la guerre contre les terroristes en Irak. Par exemple, il peut y avoir des soi-disant « terroristes » en Irak, mais il n'y en avait aucun avant que l'administration Bush-Cheney décide d'envahir ce pays le 20 mars 2003, et ce ne sont pas les terroristes du monde entier, à la Al Qaïda, qui veulent faire du tort aux USA. « Les terroristes d'Al Qaïda », qui ont des griefs contre les USA, ne sont pas en Irak ; ils sont au Pakistan, au Yémen, en Arabie Saoudite, au Royaume-Uni …etc. -- La plupart des insurgés en Irak ne sont pas des terroristes, mais des patriotes qui combattent un envahisseur étranger. Ce serait le cas si les USA étaient envahis par un ennemi étranger : Les usaméricains combattraient les envahisseurs. Combattre un envahisseur n'est pas un acte de terroriste mais un acte patriote. Pour Bush, « rester dans le coup » en Irak n'est pas une politique ; c'est de l'obstination et un manque de vision.

En attaquant, envahissant et occupant l'Irak sans raison et illégalement, le 20 mars 2003, pour des raisons dont Bush lui-même avoue qu'elles n'ont rien à voir avec le 9/11 et le terrorisme, comme il l'a concédé publiquement lors de sa conférence de presse du 21 août (2006), tout en continuant à bafouiller le mot « démocratie », non seulement le président américain donne à la grande institution de la démocratie une mauvaise réputation, mais il tourne des centaines de millions de musulmans modérés contre l'Occident et ses valeurs humanistes. Et, pour faire empirer les choses, en poussant Israël à l'attaque et à la destruction du Liban, tout en fermant les yeux sur les souffrances qu'Israël impose tous les jours aux Palestiniens, George W. Bush suscite contre lui le mépris et la colère de la majeure partie du monde. À la suite de ses actes politiques malencontreux et de ses déclarations niaises, Bush réussit seulement à présenter les interventions occidentales en Irak et en Afghanistan comme des aventures coloniales et impérialistes du 19èmes Siècle. En ce sens, George W. Bush et sa cohorte de conseillers néo-conservateurs sont vraiment des hommes du 19ème siècle, pas du 21ème siècle. De nos jours, une telle politique conduit dans une impasse. Elle ne peut que mener au désastre.

Ce dont on aurait besoin, dans les circonstances actuelles, c'est d’une conférence internationale, de préférence sous les auspices des Nations Unies, sur le futur de l'Irak et de la région du Moyen-Orient et de leurs habitants. Cela peut être la seule manière d'arrêter la guerre civile irakienne que Bush dénie mais que le Pentagone confirme qu’elle se poursuit en Irak. Un premier objectif évident serait de rediriger les dépenses militaires improductives courantes vers comme un plan Marshall pour élever le standard de vie de cette partie du monde. Un deuxième objectif impératif serait d'adopter un plan ambitieux pour arrêter, une fois pour toutes, l'anarchie qui règne dans les rapports arabo-israéliens. Je suspecte que la plupart des Israéliens et des Palestiniens sont fatigués de la guerre et qu'ils accepteraient un compromis vivable confectionné de bonne foi.

Si aucune dirigeant crédible ne pousse les événements dans cette direction raisonnable, les lois de l'inertie et les effets pervers feront évoluer les choses vers le chaos et toujours plus d'escalade des conflits.

Puisque les USA sont si profondément impliqués dans le désordre international actuel, un réexamen de la situation exigerait des changements de fond dans l'approche par l'administration de Bush des problèmes internationaux. Cela pourrait être difficile, mais sûrement pas impossible, pour le président usaméricain de
- d'abord, cesser d'être sous l'influence dominatrice de son vice-président, et réaffirmer son autorité pour élaborer la politique étrangère, et
- en second lieu, placer les intérêts du lobby pro-israélien à une place plus équilibrée dans la politique étrangère usaméricaine. Cela exigerait le remplacement du personnel, mais d'autres présidents, Ronald Reagan par exemple, l'ont fait avec succès.

La nouvelle politique étrangère usaméricaine envers le Moyen-Orient devrait prendre exemple sur les Accords de Helsinki en 1975 et la nouvelle approche productive vis-à-vis du du bloc soviétique. Le monde a besoin d'une politique de « détente » au Moyen-Orient. - Les dirigeants occidentaux devraient commencer à dire à tous les musulmans modérés, et ils sont la grande majorité, 1- que leur pays, leur culture et leur religion seront dorénavant respectés ; et 2- que les pays démocratiques les aideront dans leur développement, mais ne leur dicteront pas quels systèmes politiques et quelles institutions ils doivent adopter.

L'administration US actuelle doit rester en fonction jusqu'à janvier 2009. Les USA et le monde n'ont pas les moyens d'attendre encore deux longues années d'amateurisme, d'improvisation et d'échec.
Espérons que le monde d'aujourd'hui pourra engendrer des dirigeants d'une grande perspicacité du genre découvert dans le passé, comme Marshall, Acheson, Kissinger, Brzezinski, Baker,… etc.

Note de Tlaxcala : nous nous permettons de signaler que nous ne partageons pas les appréciations du Dr Tremblay sur les « grands hommes » évoqués en fin d’article, notamment Henry Kissinger, responsable notamment de crimes de guerre en Indochine et du coup d’État du 11 septembre 1973 au Chili.

FINUL: LA FRANCE PIÉGÉE AU LIBAN ?

 

par Gilles Munier, 8 septembre 2006. Source :

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=MUN20060906&articleId=3171

L'auteur est secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes. Couriel : gilmun@club-internet.fr

 

La FINUL (Force intérimaire des Nations Unies au Liban) a été créée par le Conseil de sécurité en 1978 « pour confirmer le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban, rétablir la paix et la sécurité internationales et aider le Gouvernement libanais à assurer le rétablissement de son autorité effective dans la région ». Elle na pu remplir sa mission pour la simple et bonne raison quIsraël ne respecte aucune résolution des Nations unies : elle a donc assisté, impuissante, à deux invasions du Liban en 1982 et 2006, à loccupation prolongée dune partie du pays, à la création de camps de concentration. La FINUL a signalé à lONU, scrupuleusement, les infractions commises par les Israéliens : opérations de commandos, violations de lespace aérien et bombardements meurtriers de civils, sans autre résultat quêtre accusée par Israël de « complicité avec le Hezbollah »?

« Erreurs de tirs » et objectifs visés « apparemment délibérément »

Entre 1978 et 2000, le Liban étant occupé, la FINUL sest retrouvée derrière les lignes israéliennes, transformée en une sorte dorganisation humanitaire ! Qui sait que lONU a perdu au Liban 258 soldats victimes pour la plupart d« erreurs de tirs » de « Tsahal » ou de snippers de lArmée du Liban-Sud, une milice contrôlée par les renseignements militaires israéliens ? Qui se souvient du bombardement par Israël du camp de la FINUL à Qana le 18 avril 1996, et de la mort de 102 civils qui sy étaient réfugiés ? Lordre de tirer avait été donné par Shimon Perez? prix Nobel de la Paix en 1994 !

Avant dengager de nouvelles troupes au Liban, Jacques Chirac se devait de réclamer les résultats de lenquête demandée par Michèle Alliot-Marie après la mort du Commandant Jean-Louis Valet, le 9 janvier 2005 près de la frontière libano-israélienne. La FINUL avait conclu à « un acte délibéré » de larmée israélienne? Une fin de non recevoir aurait été inacceptable, dautant que le 25 juillet dernier, « Tsahal » a encore tué quatre casques bleus (1). Selon Kofi Annan, larmée israélienne a visé leur position « apparemment délibérément ». Laffaire a évidement été classée, comme a été passé sous silence le contrôle humiliant par la marine de guerre israélienne des bâtiments français quittant Beyrouth avec des réfugiés, ou transportant vers le Liban les hommes et le matériel nécessaires à la FINUL. Cela ne présage rien de bon pour la suite des relations entre les casques bleus français et lEtat hébreu.

La France dans un « guêpier »

Que cachait linsistance de George W. Bush demandant à la France de participer à la FINUL renforcée? Le général Jean Salvan, ancien commandant de cette force, a raison davoir « des doutes extrêmement sérieux sur l'efficacité » du nouveau déploiement onusien. Il faudrait lécouter. Il craint que la France sengage dans un « guêpier » (2), quon laisse « passer les Israéliens » et demande de « taper sur les chiites du Hezbollah » (3). En dautres termes, la FINUL devrait plutôt protéger le Liban des Israéliens !

Après la chute de Bagdad, Jacques Chirac a compromis la France dans le plan américano-israélien de remodelage du Proche-Orient et tablé sur le succès de ce bouleversement. Avec lappui de son ami Rafic Hariri, ancien Premier ministre libanais, il pensait renverser facilement le régime à Damas et créer un Liban nouveau. Depuis lassassinat inexpliqué de ce dernier, les seules assurances qui lui restent davoir une certaine influence française sur ces pays sont celles des néo conservateurs américains et dEhud Olmert. Cest peu. Le Président français sait que ce genre de promesses nengage que ceux qui y croient ! Pour éviter la mort de soldats français et un désastre diplomatique, Jacques Chirac doit renouer avec la politique arabe de la France et pourquoi pas décréter un embargo sur les armes à destination dIsraël, comme la fait le Général de Gaulle en 1967.

Les troupes françaises seront bien accueillies au sud du Liban tant quelles respecteront la résistance. Dans le cas contraire, la France senfoncera dans un bourbier au regard duquel celui où pataugent les Américains en Irak semblera être une partie de plaisir.

(1) L'ONU étaye ses soupçons contre Israël après les tirs contre la FINUL (Le Monde, 28/8/06) - (2) Le général Salvan a «des doutes » sur l'efficacité de la FINUL au Liban (Associated Press, 25/8/06) - (3) Interview du général Salvan (RFI, 25/8/06).

 

06/09/06 – Pour déminer le Sud-Liban, une seule solution : utiliser des sionistes tenus en laisse !

 

Le déminage des bombes à sous-munitions lancées par centaines par Israël pendant son offensive au Liban prendra au moins un an, a averti vendredi à Genève le coordinateur humanitaire de l'ONU dans ce pays, David Shearer.

"Le nettoyage prendra 12 à 15 mois", a estimé M. Shearer devant la presse, précisant qu'une centaine de démineurs envoyés par plusieurs organisations étrangères devraient être à pied d'oeuvre d'ici à une semaine.

L'ONU estime que depuis la cessation des hostilités le 14 août, 13 personnes ont été tuées par des explosifs issus de bombes à sous-munitions, des engins de la taille d'un poing qui peuvent se répandre dans un rayon de 200 mètres autour du point d'atterrissage de la bombe. Une seule bombe peut en contenir entre 50 et 80.

Pour l'instant, la priorité est de signaler les zones touchées afin de dissuader la population d'en approcher, a souligné M. Shearer. Les Nations unies ont déjà répertorié 405 sites touchés et détruit 2.900 engins en l'espace de deux semaines.

M. Shearer a estimé que 40% de ces engins n'explosaient pas sur l'impact et appelé Israël à identifier les zones bombardées à l'aide de bombes à sous-munitions, afin d'aider le travail des démineurs.

Israël n'a pas révélé non plus combien de bombes de ce type avaient été larguées durant le conflit.

Simon Conway, de l'association Landmine Action qui milite pour l'interdiction de ces armes, a estimé que les fabricants de bombes à sous-munitions trompaient leurs clients et l'opinion publique en affirmant que seul 1% des explosifs n'explosaient pas une fois au sol.

M. Conway a rappelé qu'Israël avait déjà utilisé ces munitions au Liban entre 1978 et 1982 et que les Libanais continuaient à détruire ces engins avant le dernier conflit en date.

L'Unicef a souligné que sur les 13 victimes de bombes à sous-munitions, trois étaient des enfants. "Ils sont attirés par la couleur de ces engins" qu'ils prennent pour des jouets, a expliqué le porte-parole de l'Unicef Michael Bociurkiw.

Source : AFP, 3 septembre 2006

 

06/09/06 - L'enfant a voulu ramasser un objet qui ressemblait à une « bouteille de parfum »

 

Amnesty International a appelé Israël, le jeudi 31 août, à fournir sans délai les cartes des régions du Liban dans lesquelles des bombes à sous-munitions ont été utilisées au cours du récent conflit, afin de faciliter leur enlèvement et d'empêcher de nouvelles victimes civiles.

L'organisation a rendu publics les témoignages de victimes de bombes à sous-munitions qui n'avaient pas explosé au moment de leur impact et appelé Israël à coopérer à une enquête impartiale et approfondie sur l'utilisation de ce type de munitions au cours du récent conflit.

Ces appels interviennent après la publication d'un rapport des Nations unies qui a révélé que 90 p. cent des frappes israéliennes utilisant des bombes à sous-munitions se sont produites au cours des dernières soixante-douze heures du conflit, alors qu'un cessez-le-feu était en vue.

Le Centre de coordination de l'action contre les mines des Nations unies a identifié à ce jour plus de 400 points contaminés par plusieurs centaines de milliers de petites bombes contenues dans ce type de munitions.

Les délégués d'Amnesty International au Liban ont trouvé d'innombrables bombes à sous-munitions non encore explosées dans les villages et même parfois dans les maisons.

« L'utilisation de bombes à sous-munitions au coeur de zones habitées viole clairement l'interdiction de toute attaque menée sans discrimination et constitue donc une grave violation du droit international humanitaire, a déclaré Kate Gilmore, secrétaire générale adjointe exécutive d'Amnesty International. Il est scandaleux qu'en dépit des demandes officielles des Nations unies, Israël n'ait toujours pas fourni de cartes pour les régions visées par des bombes à sous-munitions. Cette situation met en danger la vie de civils libanais, d'enfants en particulier. »

Les bombes à sous-munitions libèrent en l'air plusieurs centaines de petites bombes sur une large zone. Ces bombes n'explosent pas nécessairement lors de leur impact, faisant ainsi planer une menace durable pour la population civile.

« Les bombes à sous-munitions sont de fait des mines antipersonnel. Leur utilisation par l'armée israélienne au Liban a déjà fait de nombreuses victimes parmi les centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui cherchaient à regagner leur domicile. Les États-Unis d'Amérique, principal fournisseur d'armes à Israël, ainsi que les autres pays ne devraient plus fournir ce type d'armes et devraient décréter un moratoire international sur leur utilisation », a déclaré Kate Gilmore.

Une mission d'Amnesty International actuellement au Liban a parlé avec certaines des victimes de bombes à sous-munitions parmi les centaines de milliers de civils qui tentent actuellement de regagner leur domicile dans le sud du Liban.

Abbas Yusef Shibli, six ans, a décrit aux délégués d'Amnesty International ce qui s'est passé quand il a tenté de ramasser une bombe à sous-munitions qui n'avait pas explosé dans le village de Blida, le 26 août. De son lit d'hôpital, Abbas a expliqué qu'il était en train de jouer avec trois camarades ; il avait voulu ramasser un objet qui ressemblait à une « bouteille de parfum » . Abbas a été victime d'une rupture du colon et de la vésicule biliaire, il a un poumon perforé, le nerf médian a été touché, il a déjà subi deuxtransfusions sanguines. Ses trois camarades ont aussi été blessés, mais ont quitté l'hôpital au bout de deux jours.

Dans la chambre voisine, Mahmoud Yaqoub, trente-huit ans, berger, est allongé, une jambe dans le plâtre après avoir marché sur une bombe à sous-munitions. Mahmoud dit avoir perdu quatre de ses 21 chèvres au cours des attaques israéliennes parce que les bêtes ne pouvaient accéder à l'eau. Il ne pouvait que rarement les faire sortir durant les combats ; maintenant que le cessez-le-feu est en vigueur, des bombes à sous-munitions se trouvent sur toutes les collines qui leur servent normalement de pâturage.

Dans un autre hôpital, les délégués d'Amnesty International se sont rendus au chevet de Hassan Hussein Hamadi, treize ans, dans le coma après avoir subi une intervention chirurgicale. Selon sa famille, Hassan Hussein et ses cinq frères et soeurs jouaient dans la cour de leur maison dans le village de Deir al Qanun, au sud de Tyr. Hassan Hussein aurait ramassé une petite bombe à sous-munitions qui aurait explosé. L'explosion lui a arraché quatre doigts de la main droite, sauf le petit doigt et il souffre de lésions importantes à l'épaule et à l'abdomen.

Hussein Qaduh, dix-neuf ans, étudiant en comptabilité à l'Institut technique islamique de Beyrouth a été gravement blessé par l'explosion d'une bombe à sous-munitions le 28 août, dans le village de Soultaniye, au sud du Liban, alors qu'il suivait une allée près du terrain de football, dans le village. Lorsque les délégués d'Amnesty International se sont rendus sur place le lendemain, ils ont constaté que l'endroit était parsemé de bombes à sous-munitions non explosées, certaines à quelques centimètres de l'allée sur laquelle on voyait encore des traces de sang. Hussein, victime d'une hémorragie au niveau des intestins et du foie, a subi une importante intervention chirurgicale. L'hémorragie a pu être stoppée mais des saignements persistent au niveau du cerveau. Son pronostic vital est extrêmement réservé.

Amnesty International a répété que l'utilisation par Israël de bombes à sous-munitions soulignait la nécessité, pour les Nations unies, de mener sans délai une enquête approfondie sur toutes les violations du droit international humanitaire, commises à la fois par Israël et par le Hezbollah au cours de ce conflit. Source : AFP, repris par aloufok.net, 1er septembre 2006

 

02/09/06 - Entretien avec le député Hussein Ali Al Hajj Hassan, leader du Hezbollah : « Ce n’est pas nous qui avons fait sauter l’ambassade » (israélienne à Buenos Aires)- « Nos armes ne sont pas iraniennes, mais nous avons des missiles nord-américains, les armes se vendant et s'achetant sur le marché international »


par Eduardo Febbro Pagina/12, Buenos Aires, 27 août 2006


Traduit de l'espagnol en français par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique ((www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de toute reproduction, à condition de respecter son intégrité et de mentionner son auteur et sa source.

Le leader de la guérilla chiite nie que son organisation ait participé à des attentats hors du liban. Il dit qu’israël doit rendre les territoires avant d’aspire rune véritable paix et que son organisation n’est une marionnette ni de la Syrie ni de l’Iran.


Entouré d'un nuage de poussière que les bulldozers soulèvent quand ils entraînent les décombres des édifices effondrés de la rue Ragheb Harb, à Haret Hrik, la banlieue chiite de Beyrouth, le député Hussein Ali Al Hajj Hassan répond au téléphone cellulaire, pose pour une photo, parle aux gens et remue sans arrêt. Cet homme politique libanais, né à Baalbek, est un des députés les plus connus parmi ceux élus sous la bannière du Hezbollah. Il a, de surcroît, un style percutant, sans détours ni phrases complaisantes. Ses déclarations sont comme des coups de poing directs à la figure de l'adversaire.
Dans cet entretien avec Pagina /12 Hussein Ali Al Hajj Hassan répond aux principales interrogations que se pose la communauté internationale à propos du mouvement chiite libanais : ce qu'il appelle, lui, les agressions israéliennes, la passivité du monde durant la guerre, les exigences du Hezbollah, son hypothétique désarmement, la reconstruction du Liban et l'attentat de 1992 contre l'ambassade israélienne de Buenos Aires.
-Les analystes occidentaux craignent que le Hezbollah transfère la guerre avec Israël hors des frontières du Liban. Cette crainte se fonde dans une grande mesure sur l'attentat de 1992 contre l'ambassade d'Israël à Buenos Aires, revendiqué par une branche du Hezbollah [1].
-Le Hezbollah n'a jamais commis ni revendiqué aucun attentat hors du pays, y inclus celui de Buenos Aires. Le premier attentat contre l'ambassade, le second, le troisième, le quatrième ou le cinquième, tous les attentats que vous voulez, le Hezbollah n'a rien à voir avec cela. Nous ne sommes nullement responsables d'aucun attentat commis en dehors du territoire libanais occupé. Nous n'en avons jamais revendiqué. Notre seul objectif consiste à libérer notre territoire occupé, libérer nos prisonniers et protéger notre souveraineté. Nous n'avons jamais appuyé ni n'avons été impliqués dans des opérations de ce type, jamais nous n'avons appuyé idéologiquement ou matériellement ce type d'opérations.
-Le Hezbollah serait-il d'accord pour participer à un dialogue de paix malgré ce qui s'est passé ?
-Le Liban se retrouve détruit. Les dommages frappent toutes les communautés, chiites ou sunnites. Les routes, les usines, les ponts, l'aéroport, les ports, les casernes de l'armée, cela ne fut pas une guerre contre une communauté mais une guerre contre le Liban et sa stabilité. Toute l'histoire d'Israël est une histoire de terrorisme et d'agressions. Néanmoins l'Occident ne veut pas accepter cette réalité. Israël est un pays qui a été créé en lieu et place d'un autre. Là est l'origine de tous les maux de cette région. L'exode de 48, le massacre des Palestiniens, les massacres commis par Beguin, ensuite la guerre de 56, celle de 67, l'occupation des territoires et de Jérusalem, les occupations du Liban, les massacres de Sabra et Chatila, c