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Monde arabe - Algérie

 

Le combat des familles de disparus de la sale guerre
 

21/08/06 - Vient de paraître : Journal de Marche des Familles de Disparus - N° 3 - juil.-sept. 2006


Sommaire

 

Editorial: Schizophrénie algérienne (à lire ci-dessous)

Actualités nationales

L'Etat algérien au banc des accusés!

Amnesty International accuse ouvertement le DRS d'actes de torture

Les élucubrations de Farouk Ksentini

Actualités internationales

Conseil des droits de l'Homme:
- Louise Arbour appelle à faire progresser l'application des normes existantes
- Adoption de la Convention Internationale sur les Disparitions forcées

Le Conseil de sécurité décide de mettre fin à l'impunité

Argentine : Les Mères de la place de Mai étendent leur mouvement

Tchad: Hissène Habré sera-t-il enfin jugé en Afrique?


Rubrique juridique

Les infâmes attestations de décès

Dans le collimateur

Liberia : Charles Taylor va être jugé pour crimes contre l'humanité

Argentine: Premier procès depuis l'abolition des lois d'amnistie

Guatemala: un général putschiste détenu en Espagne

Srebrenica: plainte collective contre les Pays-Bas et l'ONU

Tribune libre
L'inconnu(e) X !!
On n'est jamais bien que parmi les siens !


Éditorial


par Rabha Attaf
Schizophrénie algérienne

Un vent nouveau souffle sur l'Algérie. Non pas celui qui amène la pluie tant attendue par les fellahs ou l'air chaud tant redouté, encore moins celui qui transporte des nuées de criquets ravageurs, mais un vent plus rare qui, selon les légendes des anciens, répand une brise magique qui pénètre jusque dans les demeures des heureux élus. Car il faut être au rang des privilégiés pour goûter aux délices de ce vent miraculeux, dont le pouvoir euphorique vous fait oublier jusqu’au nom de votre mère et vous transporte en un clin d'oeil vers une planète au nom mystérieux seulement connu des initiés!
Ne faut-il pas, en effet, être projeté sur la planète Schyzophrénia pour oser déclarer, comme l'a fait Farouk Ksentini, le président de la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l'homme - ce nom laisse rêveur!- que 183 personnes disparues seraient réapparuescomme par enchantement ? Une vraie prouesse! Et que dire de ce discours prononcé devant le tout nouveau Conseil des droits de l'homme de l'ONU, en juin dernier, selon lequel l´l'Algérie est heureusement sortie de la décennie noire (années 90) et a emprunté la voie de la démocratie et de l'Etat de droit, et en toute sérénité, la voie de la réconciliation nationale, assurant l'exercice généralisé des droits humains. L'Algérie regarde désormais vers l'avenir en disant “plus jamaisça” et cela s'applique également à la disparition ? Quelle arrogance!
Peu importe que ces mots soient sortis ce jour là de la bouche d'Idriss Djazaïri - avec un nom pareil, Idriss l'algérien, on ne risque pas de se tromper sur le pays qu'il représente -, c'est la voix de l'Algérie officielle qui parle, celle qui promeut le grand patron du Département du renseignement et de la Sécurité (DRS, ex-Sécurité militaire), le Général Tewfik Médiène, au rang de Général-Major, comme s'il suffisait de changer de titre pour, tel un OGM*, modifier sa nature organique! Celle du Riad-el-Feth et du Raïs Ahmidou**, celle qui vit à l'heure de New-York, Paris étant depuis plusieurs mois passée de mode pour ces Chicago boys*** new wave, avides de commerces mafieux en tous genres! Bref, cette Algérie qui a droit de cité dans les salons très privés des technocrates de la globalisation ultra-libérale.
Sauf que ce pays des merveilles n'existe que dans les divagations de ces hallucinés qui prennent leurs désirs pour des réalités! Sinon, en effet, comment expliquer que le Comité des droits de l'homme de l'ONU ait dernièrement sommé l'Etat algérien de fournir des renseignements sur les disparitions de Salah Saker et Riad Boucherf, dont les familles avaient saisi la haute instance ? Comment interpréter le dernier rapport d'Amnesty International dans lequel l'organisation britannique accuse le DRS de se cacher derrière la politique antiterroriste du gouvernement pour “perpétrer les actes de torture et autres mauvais traitements” sur les personnes soupçonnées d'implication dans les activités terroristes? Que dire enfin de ces infâmes attestations de décès délivrées aux familles de disparus, convoquées par des institutions que l'impunité rend insolentes?
Cette Algérie, bien réelle, seraient-t-elle condamnée à rester dans l'ombre, au prétexte qu'elle gênerait les intérêts financiers de ceux qui la gouvernent et de leurs “amis” à l'étranger ? Assurément, non! Même si chaque folie se nourrit de sa propre logique, la réalité finit toujours par faire valoir ses droits! Surtout dans un pays dont le peuple a démontré à travers son histoire qu'il est particulièrement résistant et combatif. Un peuple dont la mémoire s'est transmise de génération en génération, et qui ne saurait être anesthésié par des délires schizophréniques. Alors certes “plus jamais ça”! C'est-à-dire plus jamais de lois factices et d'injustice, plus jamais de privilèges et de sacrilèges, plus jamais de richesse arrogante et de pauvreté criante, plus jamais de supplices et de suppliques, plus jamais avoir à prononcer “plus jamais ça!”

*Organisme génétiquement modifié
** Centre commercial et discothèque fréquentés par les enfants de la nomenklatura
***Emules de Milton Friedman, enseignant à l'université de Chicago et partisan de l'ultralibéralisme

Pour lire le Journal, cliquer ici JMFD N°3 – 2006.pdf (812 KB)

 

Réponse de Justitia Universalis à la lettre de la CNFD (Algérie) concernant la saisine du Conseil de Sécurité pour un Tribunal Pénal International pour l'Algérie


par Anouar Koutchoukali, secrétaire général de Justitia Universalis, 16 avril 2006. http://www.justitia-universalis.net

 

Cher Monsieur Benlatrèche,
Chèr(e)s Mesdames et Messieurs de la CNFD,
J'accuse bonne réception de votre lettre adressée à diverses ONG en vue d'une saisine du Conseil de Sécurité pour la mise en place d'un Tribunal Pénal International pour l'Algérie.
Il est clair, en effet, que les victimes en Algérie, dont les familles de disparus, n'ont plus la possibilité de recourir à la justice algérienne. La seule issue est donc la justice internationale. Les juristes de notre organisation sont d'ores et déjà mobilisés.
Par ailleurs, j'attends que vous m'informiez des réponses des autres ONG nationales et internationales sollicitées pour que Justitia Universalis puisse les approcher afin de définir une stratégie commune.
Justitia Universalis exprime son soutien total à votre démarche. C'est d'autant plus courageux que nous sommes conscients des menaces de représailles qui pèsent sur vous de la part aussi bien des autorités que de tous ceux qui se sont ralliés à ce déni de justice qu'est la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale ».
Sachez que les personnes qui vous soutiennent publiquement - notamment celles qui ont contribué à la réalisation de votre Journal de Marche - ne sont pas non plus à l'abri de représailles. Des mesures de précaution ont été prises auprès d'institutions et d'avocats. Je vous conseille d'en faire autant en contactant les deux ligues algériennes des droits de l'Homme (LADH et LADDH) ainsi que de l'Observatoire de Droits de l'Homme en Algérie.
N'hésitez surtout pas à nous signaler, ainsi qu'aux autres organisations nationales et internationales, toute tentative qui pourrait entraver votre liberté dans le combat que vous menez.
Nous tenant à votre entière disposition, veuillez croire, Mesdames, Messieurs, en nos sentiments les plus dévoués.

 

« Notre unique salut réside dans la mise en place d'un Tribunal Pénal International pour l'Algérie » : la Coordination Nationale des Familles de Disparus en Algérie écrit à Kofi Annan


A son Excellence Monsieur Koffi Annan
Secrétaire général de lOrganisation des Nations-Unies

NY 10017
Etats-Unis d'Amérique


Monsieur Le Secrétaire Général,

Permettez-moi, au nom de la Coordination Nationale des Familles de Disparus (Algérie), d'interpeller l'humaniste que vous êtes.

Nous sommes actuellement dans le désarroi le plus total car, le 27 février dernier, le Président algérien Abdelaziz Bouteflika a signé une ordonnance portant mise en oeuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Le lendemain, deux décrets d'application relatifs à l'indemnisation des victimes de "la tragédie nationale" furent promulgués (textes ci-joints).
Nous attirons particulièrement votre attention sur le contenu de larticle 45 suivant qui heurte profondément notre conscience :

« Aucune poursuite ne peut être engagée, à titre individuel ou collectif, à l'encontre des éléments des forces de défense et de sécurité de la République, toutes composantes confondues, pour des actions menées en vue de la protection des personnes et des biens, de la sauvegarde de la Nation et de la préservation des institutions de la République algérienne démocratique et populaire. Toute dénonciation ou plainte doit être déclarée irrecevable par l'autorité judiciaire compétente. »

Cette disposition rend inutilisables les conventions internationales portant sur les droits de l'homme ratifiées par l'Algérie. Ainsi, désormais, aucun justiciable ne peut, sans risque dêtre pénalement sanctionné, en faire usage.

Nous, familles de disparus et victimes d'une répression sanglante, sommes scandalisées par un tel déni de justice. Par cette ordonnance, l'État algérien veut tuer juridiquement (article 30 de l'ordonnance) les disparus forcés et criminaliser toute voix plaignante (article 45), rendant ainsi impossible que soient établies les circonstances de leur disparition, impossible que les auteurs des enlèvements et séquestrations soient identifiés et jugés. Qui plus est, en nous contraignant à monnayer notre silence en acceptant d'entrer dans un processus de corruption par le truchement des indemnisations prévues dans les décrets d'application (article 46).

Eu égard ce qui précède, et connaissant votre souci constant de protéger les droits humains, nous, familles de disparus, vous serions infiniment reconnaissantes dintervenir auprès du Conseil de sécurité de la haute instance que vous représentez afin quil se saisisse du dossier algérien. Notre unique salut réside en effet dans la mise en place d'un Tribunal Pénal International pour l'Algérie.
Sachez, Monsieur le Secrétaire Général, que nous avons saisi la Commission des droits de l'homme de lONU depuis plus de 10 ans. Jusquà présent, nous n'avons obtenu aucun résultat. Cette démarche est donc notre dernier espoir de connaître la vérité sur les disparitions forcées dans notre pays. Et d'obtenir que justice soit rendue, quels qu'en soient les auteurs - forces de lÉEtat ou groupes armés.

Monsieur le Secrétaire Général, nous sommes un peuple martyr qui subit une des dictatures militaires les plus sanguinaires de la planète. De surcroît, celle-ci nous plonge dans une paupérisation accélérée en dépit de la richesse de notre pays. Nous ne comprenons donc pas pourquoi, malgré les disparitions massives, la torture systématisée et les massacres qui ont été perpétrés durant ces dernières années, la Communauté internationale est restée sourde à nos appels au secours. Et ce, en dépit de votre appel du 30 aoót 1997 dans lequel vous précisiez quil fallait briser le silence et trouver une « une solution urgente» à ce «problème dont on ne peut pas se contenter de discuter à la télévision», ajoutant encore «alors que les massacres se poursuivent et que le nombre des victimes augmente, il est extrêmement difficile pour nous de prétendre que rien ne se passe, que nous ne sommes pas au courant, et abandonner ainsi le peuple algérien à son sort.»

Nous osons, cette fois, espérer que nous serons enfin entendues, et que nos générations futures pourront s'enorgueillir dappartenir à l'Humanité.

Nous tenant à votre disposition pour votre plus ample information, veuillez croire, Monsieur le Secrétaire Général, en l'_expression de notre haute considération.

Rabah Benlatrèche,
Porte-parole de la Coordination Nationale des Familles de Disparus
Constantine, Algérie, 10 avril 2006
<cnfd.jus@gmail.com>

 

 

« Our only hope lies in the setting up of an International Criminal Court for Algeria » : the National Coordination of the Families of the Disappeared in Algeria writes to Kofi Annan


His Excellency Kofi Annan
Secretary General The United Nations
United Nations, NY 10017
United States


Excellency,

Allow me, on behalf of the National Coordination of the Families of the Disappeared in Algeria, to raise some of our concerns to the humanist that you are.

We are at the moment utterly distraught and helpless because, on 27 February, President Abdelaziz Bouteflika signed an ordinance to implement a so-called Charter for Peace and National Reconciliation. The next day, two decrees about compensations to victims of the national tragedy were promulgated.

We would particularly like to draw your attention to Article 45 of this Charter, which we find deeply offensive:

« No legal proceedings may be initiated, either individually or collectively, against members of all kinds of defence and security forces of the Republic, for actions conducted for protecting persons and property, safeguarding the Nation and preserving the institutions of the Democratic and Popular Republic of Algeria. The competent judicial authorities are to dismiss any accusation or complaint. »

This clause negates all the international human rights conventions ratified by Algeria and threatens, with penal retribution, whoever demands justice by making use of these instruments.

We, the families of the disappeared and victims of a bloody repression, are outraged by such a denial of justice. Through article 30 of this charter, the Algerian State seeks to eliminate legally the disappeared, while it criminalizes, through article 45, any voice seeking justice, thus making it impossible to establish the circumstances of the disappearance of our loved ones, and to identify and try their kidnappers. The State is seeking to buy our silence by offering financial compensations on the one hand, and threatening to sue anyone who speaks out for truth and justice, on the other hand.

In view of this situation, and knowing your constant concern and commitment to protecting human rights, we, the families of the disappeared, are appealing to you to intervene before the Security Council of the United Nations so that it attends to the very serious human rights violations in Algeria. Our only hope lies in the setting up of an International Criminal Court for Algeria.

Excellency,

It has been more than ten years since we referred our cases to the United Nations Human Rights Commission, but nothing was done. Writing to you is our last hope to know the truth about the enforced disappearances in our country and to do the victims justice, whoever those responsible may be security forces or armed opposition groups.

Excellency,

We are a martyred people suffering from one of the most bloody military dictatorships on the planet, a dictatorship that increasingly impoverishes us despite the huge wealth of the country. We therefore do not understand why the international community has remained deaf to our calls for help, despite the massive enforced disappearances, systematic torture and massacres perpetrated in the last ten years, and notwithstanding your call, on 30 August 1997, to break the silence and find an urgent solution to this problem that cannot be simply discussed on TV. At that time you also said that the massacres continue and the number of victims is increasing, and it is extremely difficult to pretend that nothing is happening, and thus abandon the Algerian people to its fate.

We hope that, this time, our call for help will at last be heard, and that future generations of Algerians may be proud to feel part of a caring human community.

Respectfully yours,

Rabah Benlatrèche
Spokesman for the National Coordination of the Families of the Disappeared in Algeria
Constantine, Algeria, April 10, 2006
<cnfd.jus@gmail.com>
Translated from French by NY


« Nuestra única salvación se encuentra en la creación de un Tribunal Penal Internacional para Argelia » : la Coordinadora Nacional de las Familias de Desaparecidos en Argelia escribe a Kofi Annan

 

A Kofi Annan
Secretario General
Naciones Unidas
Nueva York

Señor Secretario General

Permítame, en nombre de la Coordinadora Nacional de las Familias de Desaparecidos (Argelia) apelar al humanista que usted es.

Actualmente nos encontramos en el más completo desamparo, ya que, el pasado 27 de febrero, el Presidente argelino Abdelaziz Bouteflika, firmó una orden que establece la puesta en marcha de la Carta por la Paz y la Reconciliación Nacional. Al día siguiente, se promulgaron dos decretos de aplicación referentes a la indemnización de las víctimas de la «tragedia nacional»(textos adjuntos).

Quisiéramos llamar especialmente su atención sobre el contenido del artículo 45 que golpea fuertemente nuestra conciencia:

« no se podrá emprender persecución alguna, a título individual o colectivo, contra miembros de las fuerzas de defensa y de seguridad de la República, de cualquier rango, por acciones emprendidas cuyo fin fuera la protección de personas y bienes, la salvaguarda de la Nación y la preservación de las instituciones de la República argelina democrática y popular. Toda denuncia o demanda contra ellos será declarada inadmisible por la autoridad judicial competente. »

Esta disposición pretiende dejar sin vigencia el conjunto de las convenciones internacionales sobre derechos humanos, ratificadas por Argelia, y nadie que reclame justicia podrá invocarlas, sin riesgo de ser penalmente sancionado.

Nosotros, familiares de desaparecidos y vÌctimas de la represión sangrienta, nos sentimos escandalizados ante tal negación de justicia. Con esta orden, el Estado argelino pretende matar (artÌculo 30 de la orden) a los desaparecidos y criminalizar cualquier voz que se querelle (artÌculo 45), impidiendo asÌ que se determinen las circunstancias de su desaparición y que los autores de los secuestros sean identificados y juzgados. Y lo que es más, obligándonos a vender nuestro silencio al aceptar entrar en un proceso de corrupción mediante las indemnizaciones previstas en los decretos de aplicación (artículo 46).

Teniendo en cuenta todo lo que precede y conociendo su constante preocupación por la protección de los derechos humanos, le quedaríamos sumamente agradecidos si interviniera ante el Consejo de Seguridad de la alta instancia a la que usted representa con el fin de que se haga cargo del caso argelino. En efecto, nuestra única salvación se encuentra en la creación de un Tribunal Penal Internacional para Argelia. Debe saber, Señor Secretario General, que acudimos ante la Comisión de Derechos Humanos de la ONU hace más de diez años. Hasta ahora, no hemos obtenido ningún resultado. Esta es, por lo tanto, nuestra ultima esperanza de conocer la verdad sobre las desapariciones forzadas en nuestro país. Y de que se haga justicia, sean quienes sean los autores fuerzas del Estado o grupos armados.

Señor Secretario General, somos un pueblo mártir, víctima de una de las dictaduras militares más sanguinarias del planeta, que nos lleva además a un empobrecimiento acelerado pese a la riqueza de nuestro país. Por eso, no entendemos por qué, a pesar de las desapariciones masivas, la tortura sistematizada y las masacres que se han perpetrado durante estos últimos años, la Comunidad internacional ha permanecido sorda a nuestras peticiones de auxilio. Y ello, a pesar de su llamamiento de 30 de agosto de 1997 en el que señalaba que había que romper el silencio y encontrar íuna solución urgenteî a este íproblema que no puede ser solo objeto de debates en la televisiónî,añadiendo que ímientras que sigan las masacres y el número de victimas aumente, nos resulta muy difícil pretender que no pasa nada y que no estamos al corriente y abandonar así al pueblo argelino a su suerteî

Esta vez, nos atrevemos a esperar que por fin se nos escuche, y que nuestras generaciones futuras puedan sentirse orgullosas de pertenecer a la Humanidad.

Quedando enteramente a su disposición para cualquier información suplementaria, le saluda atentamente,

Rabah Benlatrèche, Portavoz de la Coordinadora Nacional de las Familias de Desaparecidos
Constantina, Argelia, 10 abril 2006
<cnfd.jus@gmail.com>

 

Traducido del francés por Rocio Anguíano, miembro de Tlaxcala, la red de traductores por la diversidad lingüística (tlaxcala@tlaxcala.es). Esta traducción es copyleft.

 

La Coordination Nationale des Familles de Disparus lance un appel pour une campagne pour un Tribunal Pénal International pour l'Algérie


La Coordination Nationale des Familles de Disparus (CNFD) a adressé le 13 avril 2006 un message aux organisations nationales et internationales de défense des droits de l'Homme (avec copie à Mme Louise Arbour et à M. Kofi Annan) pour qu'elles saisissent les Nations-Unies et notamment le Conseil de Sécurité en vue de la mise en place d'un tribunal pénal international pour l'Algérie.
Ayant fait récemment la même requête à Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, la CNFD dénonce l'ordonnance du 27 février 2006 qui, selon elle, somment les victimes comme les familles de disparus « de tourner une page dont [elles ne sont] pas responsables et d'accepter la mort de [leurs] proches, sans avoir la possibilité de les enterrer dignement, puisque les modalités d'application de cette ordonnance impliquent la délivrance d'un certificat de décès de la personne disparue, l'impossibilité de recourir à la justice de notre pays et même de [s'] exprimer sous peine de poursuites pénales ».
La CNFD déclare que la charte est « une violation flagrante des engagements de l'Algérie à l'égard des conventions internationales pourtant ratifiées par elle », les « portes de la justice étant désormais fermées pour [les familles de disparus], [leur] seul recours est la justice internationale.
La CNFD appelle les ONG nationales et internationales à prendre leurs responsabilités car « une simple condamnation de votre part du fait accompli devant lequel l'Etat algérien vient de mettre les victimes de cette décennie noire ne suffit pas. Rapports, visites, déclarations et communiqués n'ont pas empêché le régime de prendre, par cette ordonnance, des mesures pour assurer l'impunité des criminels de tous bords, eux seuls concernés par la réconciliation. »
Il est du devoir des ONG « d'organiser une campagne pour la mise en place d'un tribunal pénal international pour l'Algérie. Bien que conscients de la difficulté que soulève une telle démarche, nous estimons qu'elle mérite la peine d'être faite, aussi longue soit-elle » ajoute la CNFD.

 


Coordination Nationale des Familles de Disparus


Cité Daksi Abdeslem, Bt. 6 bis ­ Constantine ­ Algérie
Tél./Fax : +213 31 630 620 / Mobile : +213 72 808 372
E-mail : cnfd.algeria@gmail.com
Constantine, le 13 avril 2006
Aux Organisations Nationales et Internationales de Défense des Droits de l'Homme :
· Al Karama (Genève) [+41 22 734 10 08]
· Amnesty International (Londres) [ +44 20 79561157]
· Arab Lawyers Union (Le Caire) [+20 2 794 7719]
· Arab Organisation for Human Rights (Le Caire) [+20 2 4185346]
· Commission Arabe des Droits Humains (Paris) [+33146541913]
· Commission Internationale des Juristes (Genève) [+41 22 9793801]
· Decheros Human Rights, San Leandro [+1 510 483 4005]
· Fédération Internationale ACAT (Paris) [+ 33 1 42 80 20 89]
· Fédération Internationale des Droits de l'Homme (Paris) [ + 33 1 43 55 18 80]
· Human Rights First (New York) [ +1 212 845 5299]
· Human Rights Watch (New York) [+ 1 212 736 1300]
· International Center for Transitional Justice (New York) [+ 1 212 509 60 36]
· International Helsinki Federation for Human Rights (Vienne) [ +43-1-408 88 22-50]
· Justitia Universalis (La Haye) [+31 30 230 45 11]
· Ligue Algérienne des Droits de l'Homme (Constantine) [031 64 18 44]
· Ligue Algérienne de Défense des Droits de l'Homme (Alger) [021 71 43 50]
· Organisation Mondiale Contre la Torture (Genève) [ + 41 22 809 4929]
· Réseau Méditerranéen des Droits de l'Homme [ +45 32 64 17 01]
· Regroupement Nord-Sud des ONG Internationales [+ 33 4 67 42 76 54]
· Bureau du Commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Strasbourg [ +33 3 90 21 50 53]

 

Objet : campagne pour la mise en place d'un tribunal pénal international pour l'Algérie

 

Mesdames, Messieurs,
Permettez-moi de vous exprimer toute ma gratitude sur votre position sur la « Charte sur la Paix et la Réconciliation » en Algérie dont l'ordonnance a été promulguée le 27 février 2006.
Comme vous le savez, cette ordonnance est venue mettre un terme définitif à notre espoir, à nous familles de disparus, de connaître la vérité sur le sort des nôtres et les circonstances de leur disparition, et encore moins de voir un jour la justice à l'¦uvre dans notre pays. Nous nous voyons, au contraire, sommées de tourner une page dont nous ne sommes pas responsables et d'accepter la mort de nos proches, sans avoir la possibilité de les enterrer dignement, puisque les modalités d'application de cette ordonnance impliquent la délivrance d'un certificat de décès de la personne disparue, l'impossibilité de recourir à la justice de notre pays et même de nous exprimer sous peine de poursuites pénales.
Cette charte est pour nous une violation flagrante des engagements de l'Algérie à l'égard des conventions internationales pourtant ratifiées par elle. Les portes de la justice étant désormais fermées pour nous, notre seul recours est la justice internationale.
Aussi viens-je d'écrire à M. Koffi Annan, secrétaire général de l'Organisation des Nations-Unies, pour lui demander de saisir le Conseil de Sécurité du dossier algérien en vue de la mise en place d'un tribunal pénal international pour l'Algérie.
Mesdames, Messieurs, pour nous, une simple condamnation de votre part du fait accompli devant lequel l'Etat algérien vient de mettre les victimes de cette décennie noire ne suffit pas. Rapports, visites, déclarations et communiqués n'ont pas empêché le régime de prendre, par cette ordonnance, des mesures pour assurer l'impunité des criminels de tous bords, eux seuls concernés par la réconciliation. Sans compter que ce même régime vient de présenter sa candidature aux élections du Conseil des Droits de l'Homme. Pour nous, victimes, son élection à cette honorable instance signifierait aussi une injure à la justice et aux droits de l'Homme et une approbation tacite par la communauté internationale des crimes dont nous sommes victimes depuis plus d'une décennie.
Mesdames, Messieurs, il est désormais de votre devoir d'organiser une campagne pour la mise en place d'un tribunal pénal international pour l'Algérie. Bien que conscients de la difficulté que soulève une telle démarche, nous estimons qu'elle mérite la peine d'être faite, aussi longue soit-elle
Nous nous tenons à votre disposition pour vous fournir tous les éléments que vous estimez nécessaires pour constituer un dossier sur les différents crimes commis en Algérie tant par les services de l'Etat que par les groupes armés.
Ne pas entreprendre cette démarche, que je qualifierais de « dernière chance » pour la vérité et la justice, cela signifierait faire encore une fois violence à toutes les victimes algériennes.
Je vous prie d'agréer, Mesdames, Messieurs, mes respectueuses salutations.
Rabah Benlatrèche,
Porte-parole de la Coordination Nationale des Familles de Disparus
Copie :
- M. Koffi Annan, Secrétaire général des Nations-Unies (New York)
- Mme Louise Harbour, Commissaire aux Droits de l'Homme (Genève)

Le ministre de l'Intérieur veut "faire disparaitre" les associations de défense des victimes en Algérie
Selon le quotidien Le Soir d'Algérie (13 avril 2006), le ministre de l'Intérieur prépare une loi visant à « assainir un mouvement associatif grand consommateur de subventions et manipulable à souhait. » et « intégrer des dispositions entrant dans le cadre de l'application de la charte pour la réconciliation nationale (), l'objectif étant de bannir certaines associations qui ne cadrent pas avec le nouveau concept de « tragédie nationale ». Les organisations de victimes du terrorisme ou de familles de disparus pourraient disparaître dès son entrée en application. »

 

Plate-forme de revendications de la Coordination nationale des famills de disparus

 

Nous familles des disparus forcés et celles des victimes d'enlèvement attribués aux groupes d'opposition armés réclamons, outre la reconnaissance de nos associations, des mesures d'ordre juridique, administratif et financier.
Concernant les victimes directes (disparus forcés et enlevés)

La libération immédiate de toutes les personnes, quelle que soit la date de leur arrestation ou enlèvement par les services de sécurité, qui n'ont pas été présentées à un juge dans le délai légal maximum de 12 jours en cas d'enquête en matière de terrorisme et, d'une part, informer les familles des détenus en vertu d'une autorisation d'un magistrat et, d'autre part, permettre dorénavant au(x) avocat(s) choisi par ces familles de rendre visite sans délai à la personne en état d'arrestation, avec droit de regard sur le registre dit Œmain courante' tenu dans tous les locaux de la police judiciaire en vertu du Code de procédure pénale;

Réserver à la victime directe de disparition forcée libérée l'ensemble de ses droits, qu'il exercera le cas échéant par son tuteur en cas d'incapacité ou de démence, ainsi que sa prise en charge totale aux frais de l'Etat pour ses soins physiques et psychologiques ou psychiatriques, avec garantie en cas de capacité de sa réinsertion dans la vie active, sans préjudice de la réparation matérielle et morale de l'intégralité des préjudices qu'il aura subit sur le plan physique, psychique, matériel, social et professionnel ;

La comptabilisation des fosses et endroits contenant les restes de victimes retrouvées, quelle que soit la victime ou l'auteur présumé de l'assassinat ;

Le déclenchement des procédures d'identification de ces restes avec l'accord et la collaboration des associations de familles de disparus forcés et celles des enlevés par des groupes d'opposition armés ;

L'obtention de l'accord préalable écrit des membres de chaque famille de disparu forcé ou d'enlevé pour la définition des protocoles d'analyse ADN ;

L'identification des personnes enterrées sous ŒX' à partir du dossier du Parquet territorialement compétent ayant autorisé l'inhumation, des registres médicaux-légaux, des archives de la police, de la gendarmerie et des services du Département Renseignement et Sécurité. A noter qu'il y a au moins 3030 individus enterrés sous cette appellation anonyme.
Concernant les associations de familles de victimes

La reconnaissance par agrément des associations de familles de disparus et des associations des familles d'enlevés par les groupes d'opposition armés sur la base du droit d'association consacré par la Constitution, les conventions internationales des droits de l'homme ratifiées par l'Algérie et la loi nationale. Cet agrément devra être donné par le Ministre de l'Intérieur pour les association d'envergure nationale et par le Wali compétent pour les associations locales ;

La consécration de leur droit de réunion et de manifestation pacifiques ;

La reconnaissance de manière officielle et publique des crimes de disparitions forcées commis par des agents rémunérés par l'Etat, ainsi que celle des crimes d'enlèvement par les groupes d'opposition armés sans que l'Etat n'ait pu assurer la protection des victimes. Demande solennelle de pardon aux familles de victimes, tant par l'Etat que par les responsables des groupes ayant bénéficié de grâce et d'amnistie;

La divulgation aux familles victimes des informations disponibles sur le sort des victimes directes de disparition forcée ou d'enlèvement ainsi que sur les responsables de leur enlèvement/arrestation, sauf si les membres de ces familles font individuellement le choix clair et non équivoque de ne pas savoir ;

La réhabilitation de tous les membres des associations de victimes et les défenseurs des droits de l'homme ayant subi une condamnation pénale dans le cadre de la recherche de la vérité et de la justice, et restauration publique de leur dignité et de leur réputation ;

L'élargissement des membres de la CNCPPDH aux représentants des associations de disparus forcés et des familles d'enlevés pour la poursuite des investigations ; à défaut de cet élargissement, la création d'une commission « Vérité » chargée de faire la lumière sur le sort des disparus et des enlevés. Cette commission sera présidée par une personnalité morale incontestable et sera composée d'une part des représentants des familles de disparus et d'enlevés et, d'autre part, de juristes, médecins et autres professionnels, tous désignés par les familles de disparus et d'enlevés.

L'institution par voie légale du statut de « victimes de la violence d'Etat » (violence reconnue par le président de la CNCPPDH) au même titre qu'un statut des « familles victimes du terrorisme » auquel tous les membres des familles victimes auront droit, avec des mesures d'ordre administratif et financier destinées à leur réinsertion :

mesures administratives :
solution des problèmes de logement, particulièrement lorsque leur logement a été détruit lors d'opérations de maintien de l'ordre ;
solution des problèmes de travail, particulièrement pour les personnes licenciées ainsi que pour les épouses de victimes capables de travailler;
solution des problèmes sociaux dus aux tracasseries administratives et policières.

 

mesures financières :
attribution d'une somme forfaitaire égale à toutes les familles de disparus forcés et d'enlevés;
attribution d'une rente viagère aux époux de disparus dont la valeur dépendra de la capitalisation des cotisations des disparus forcés (salariés, entrepreneurs, commerçants, etc.). Cette rente viagère sera calculée sur la base du Salaire national garanti pour les victimes directes de disparition forcée et d'enlèvement sans emplois;
attribution de bourses à tout enfant de disparu forcé ou enlevé scolarisé ou étudiant ;
règlement des arriérés des allocations familiales à ces familles sans discrimination;
ordonner les restitutions qui incluent:
. la restitution de sources de revenus et de biens perdus, volés ou détruits,
. le paiement rétroactif de tous les avantages légaux. Par exemple la prime de 2000 dinars par enfant scolarisé, accordée depuis la rentrée scolaire 2000-2001 par le gouvernement aux familles démunies. Considérer particulièrement qu'aucune prescription ne peut courir à l'égard de ces familles.


Mesures générales d'ordre juridique
La levée de l'état d'urgence ;

La pénalisation par le Code pénal du crime de disparition forcée, y compris la tentative de ce crime avec une peine correspondant à sa gravité. La définition du crime de disparition forcée en tant que crime sui generis comportera les éléments suivants :

la privation de liberté sous quelque forme que ce soit;
la négation par les autorités de cette privation de liberté;
la soustraction à la protection de la loi de la personne disparue;
la qualité d'agents de l'Etat et/ou assimilés des auteurs de la disparition forcée entraîne une circonstance aggravante si ce crime est étendu aux personnes indépendantes de l'Etat;
la classification de ce crime parmi les crimes contre l'humanité si sa commission revêt un caractère systématique, généralisé ou à grande échelle impliquant une planification, avec les régimes spécifiques en la matière, comme l'imprescriptibilité, l'absence d'exonération de responsabilité et l'extradition. Ce crime sera punissable quelle que soit sa modalité, directe (tentative, entente, complicité, et incitation) ou indirecte (inaction coupable et responsabilité du supérieur hiérarchique qui sait ou aurait du savoir) ;

La pénalisation par le Code pénal de toutes les formes du crime contre l'humanité, y compris le génocide, et des crimes de guerre et les tentatives de leur commission ;

La ratification du Statut de la Cour Pénale internationale ainsi que la Convention sur l'imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 2391 (XXIII) du 26 novembre 1968 et entrée en vigueur depuis le 11 novembre 1970;

La modification de l'article 51 du Code de procédure pénale, qui doit être complété et concerner tout officier de Œpolice judiciaire' au sens où la loi l'entend. Le complément à apporter à cet article doit permettre aux personnes qui sont arrêtées de pouvoir immédiatement avoir accès à un moyen pour communiquer avec leur famille, de recevoir des visites, d'avoir le droit à un avocat lors de l'arrestation et être examinées, obligatoirement, par un médecin choisi par la personne gardée à vue ou par sa famille à la fin de la garde à vue. La mention sur le procès-verbal d'audition selon laquelle la personne arrêtée refuse ou juge inutile un examen médical n'aura aucun effet sur le caractère obligatoire de l'examen médical. L'absence de cet examen médical entraîne la sanction pénale de l'officier de police judiciaire chargé de la garde à vue, ainsi que tous les officiers qui se succèdent durant la période de la garde ;

La mise à la disposition des familles, des avocats et des autres personnes y ayant un intérêt légitime des informations portant sur l'enregistrement obligatoire de la détention de tout individu en indiquant, entre autres, son identité complète, la date, l'heure et le lieu de la détention, le motif de sa détention et le nom de l'autorité responsable de la détention;

L'abrogation de l'article 25 du Code de justice militaire ouvrant la possibilité de faire juger des civils par des juridictions militaires lors de circonstances anormales, déjà tacitement abrogé après l'ouverture démocratique de 1989 et après la suppression de la Cour de sûreté de l'Etat. La compétence de juges militaires pour juger de civils hors de toute infraction de nature militaire est inacceptable, d'autant plus que les victimes sont irrecevables dans leur droit de se constituer partie civile au procès;

L'abrogation des dispositions du Code de justice militaire et du Code de procédure pénale qui donnent aux officiers de Œpolice judiciaire' compétence sur toute l'étendue du territoire national, prérogative étendue aux agents des services de sécurité militaire. Les règles du décret portant sur les Cours spéciales abrogé et dont l'intégralité des dispositions sont intégrées aux Codes pénal et de procédure pénale depuis 1995 leur ont donné cette compétence, alors que ni l'identité, ni les qualités de ces officiers ni le service de rattachement ne sont vérifiables. Le crime de disparition forcée a été rendu possible par ce texte, donnant pouvoir à des agents de procéder aux enlèvements de citoyens de leurs domiciles, en plein couvre-feu, de leurs lieux de travail et même des commissariats de police et des brigades de gendarmerie où des citoyens sont officiellement convoqués. Ces agents quasi-anonymes peuvent faire toute perquisition et saisie, de jour comme de nuit et en tout lieu, si le juge d'instruction l'ordonne ou si ces agents ont une autorisation administrative, dont le texte n'en précise ni la nature ni l'auteur donnant ainsi compétence à un responsable administratif non identifié le même pouvoir qu'un juge d'instruction ;

L'organisation par la loi de l'usage des tests ADN avec, notamment :

la garantie de l'accord préalable, libre et éclairé des membres de la famille dont un membre accepte un prélèvement d'échantillon ;
la garantie du secret professionnel par des sanctions pénales dissuasives empêchant la divulgation de résultats d'analyses ;
la garantie de la destruction aussi bien des échantillons que des résultats d'analyses dans le délai de dix années ; et
la définition légale des protocoles d'analyses ADN et des professions qui en auront accès durant la période de validité ;

L'ouverture d'enquête pour poursuites judiciaires transparentes avec la participation des associations de familles de disparus forcés et celles des enlevés par un groupe d'opposition armé pour tout nouveau cas signalé de disparition forcée ou d'enlèvement, et la poursuite de ces enquêtes aussi longtemps que le sort de la victime directe reste inconnu;

La révision de toutes les décisions judiciaires civiles et pénales ayant procédé soit au classement sans suite des plaintes concernant les disparitions forcées et les enlèvements soit à la déclaration de la mort civile des victimes directes sans l'accord de tous les membres de leur familles. Cette révision peut se faire par l'exercice du recours dans l'intérêt de la loi que le Code de procédure civile ouvre au bénéfice du Parquet ;

La reprise des poursuites judiciaires pénales contre les auteurs et complices de crimes de disparitions forcées et d'enlèvement par des groupes armés déjà engagées et classées ou oubliées, et notamment l'audition sur procès-verbal des auteurs et témoins cités dans les plaintes.
COORDINATION NATIONALE DES FAMILLES DE DISPARUS
Contacts : 00 213 72 80 83 72 (M. Benlatrèche) / (Mme Fahassi) 00 213 71 14 96 38 / 00 213 72 75 58 31 (Mme Ouaghlissi). Courriel : <cnfd.jus@gmail.com>

 

 


Arrestation de Soufiane Naami à son arrivée à l'aéroport d'Alger


par l'Observatoire des droits humains en Algérie, 7 avril 2006

M. Soufiane Naami a été arrêté à son arrivée à l'aéroport d'Alger le 6 avril à 8h du matin en provenance de Ouagadougou (Burkina Faso).

Soufiane Naami fait partie du groupe des expulsés de Folembray [lire à ce sujet : http://www.algeria-watch.de/fr/article/pol/france/relegues_pasqua.htm]. Depuis le début des années 70, à l'âge de 2 ans, il résidait régulièrement avec sa famille en France. Il a été arrêté le 2 août 1994 et placé en détention à la caserne de Folembray avant d'être expulsé avec dix neuf autres personnes (19 Algériens et 1 Marocain) au Burkina Faso.

Son père, qui ne l'a pas vu depuis douze ans, se trouve actuellement en vacances en Algérie. Il a beaucoup insisté auprès de son fils pour que celui-ci se rende en Algérie et puisse enfin le revoir. Il l'a rassuré qu'il aurait obtenu des garanties de la part des autorités algériennes que son fils ne risquerait rien et qu'il serait le bienvenu. Les mêmes assurances ont été données à Soufiane par l'Ambassadeur d'Algérie au Burkina Faso.

M. Naami n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pour terrorisme ni en Algérie ni en France, à part la décision d'expulsion de France en 1994 qui a été arbitrairement exécutée sans que la justice ne s'y prononce.

Répondant à l'appel de son père, il a donc décidé de rentrer en Algérie. Il a pris le vol Ouagadougou ­ Alger le 6 avril 2006 à 01 heure du matin. Arrivé à Alger vers 08 heure du matin, il a été cueilli dès sa descente de l'avion par des agents de l'Etat qui l'ont emmené avec eux sans aucune explication. Son père qui l'attendait à l'aéroport ne l'a même pas vu et quand il a appris la nouvelle de l'arrestation de son fils, il n'a pu avoir aucun renseignement ni sur les services ayant procédé à l'arrestation ni sur les motifs de celle-ci. On lui a promis néanmoins qu'il allait bientôt être relâché, sans plus...
Source : http://www.algeria-watch.de

 

Elles ont introduit un recours auprès de Bouteflika : les familles des disparus exigent l'annulation de la charte



Foulard des familles de disparus

par Arab Chih, Liberté , 5 avril 2006

Le rejet de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale n'est pas l'apanage des seules familles victimes du terrorisme qui, depuis la promulgation des textes de sa mise en ¦uvre, manifestent, tous les dimanches, devant le Palais du gouvernement pour demander son retrait. Ne voilà-t-il pas donc les familles de disparus qui, comme pour leur faire écho, ont décidé d'introduire un recours auprès du président de la République exigeant de lui rien moins que l'annulation pure et simple de ladite charte. "Refusant de voir leurs droits bafoués, une centaine de familles de disparus ont décidé d'interpeller le président de la République par l'introduction d'un recours gracieux en annulation, déposé le 28 mars 2006", informe le collectif des familles de disparus dans un communiqué rendu public hier. Et d'ajouter : "Ce recours, qui n'est qu'une première étape dans leur détermination à faire la vérité et la justice, sollicite expressément du président de la République l'abrogation de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale ainsi que l'annulation de ses textes d'application au motif de leur illégalité au regard du droit algérien et du droit international qui considèrent que les disparitions forcées sont un crime contre l'humanité et sont donc imprescriptibles." L'interdiction qui leur est imposée par une des dispositions de la charte de porter une quelconque plainte est assimilée par les familles de disparus à "un bien sinistre chantage pour un bien triste dessein".
Aussi exhortent-elles Bouteflika à ne pas faire de "la volonté populaire" une échappatoire pour justifier sa non-accession à leur doléance, puisque, à leurs yeux, l'on ne peut utiliser "décemment" un référendum pour "tirer un trait sur des milliers de tragédies individuelles".
Pour elles, avec la présente charte, l'État n'a fait que durcir "sa politique de l'oubli" contre des indemnisations comme "seule et unique solution" et dont l'octroi est conditionné par "l'obtention d'un jugement de décès qu'aucune preuve ne vient corroborer". Et d'exprimer leur regret de ne pas être, à ce jour, au fait de la teneur du rapport de la Commission de Farouk Ksentini remis au président de la République leŠ 31 mars 2005.

 

 


Bouteflika en tenue de combat

Le général Mohamed Médiène, alias "Toufiq"

Le général Mohamed Lamari

Un Ninja, membre des forces spéciales chargées du
"sale boulot"

 


Communiqué de presse sur les textes d'application de la charte "de paix et de réconciliation"


par Rabah Benlatrèche, Bureau National de la CNFD [Coordination Nationale des Familles de Disparus en Algérie], Constantine, 23 février 2006. Courriel : cnfd.jus@gmail.com
Alors que les familles des disparus forcés se nourrissaient, hier encore, d'espoir quant à la fin de leur cauchemar, voilà que les textes d'application de la charte dite « de paix et de réconciliation », viennent de mettrent un terme à tous les espoirs des familles déjà éplorées par plus d'une décennie de malheur et de douleur.
Par ces textes, l'Etat vient encore une fois d'afficher son grand mépris pour les milliers de victimes et leurs familles, tout en glorifiant les auteurs d'actes de torture, d'assassinat, de viol, de vol, de destruction et de confiscations illégales par des commis de l'Etat et en les élevant au rang de sauveurs de la République.
Dans quelle république allons-nous vivre désormais ? Celle qui blanchit les auteurs d'assassinats collectifs, d'expositions de cadavres par dizaines dans les rues et quartiers populaires ? Celle qui nous ferme les portes de la justice et nous menace de pénaliser ce qui nous reste encore : notre droit à l'_expression ?
La Coordination Nationale des Familles de Disparus ne peut que dénoncer fermement ces textes, qui tendent à nous culpabiliser, nous familles comme nos disparus.
Quel que soit le prix à payer, nous réaffirmons notre volonté de poursuivre notre combat avec le soutien de nos concitoyens sincères et épris de justice ainsi qu'avec celui des organisations de défense des droits de l'Homme nationales et internationales.
Etant donné que notre seul recours est la justice internationale, nous avons aujourd'hui même saisi le Haut-Commissaire pour les Droits de l'Homme, Mme Louise Arbour, le Secrétaire général de l'Organisation des Nations-Unis, M. Kofi Annan, diverses instances chargées des droits de l'Homme, ainsi que les ambassades à Alger des pays membres du Conseil de Sécurité des Nations-Unies.

Un Journal pour accompagner la Longue Marche des Familles de Disparus


Son premier numéro vient de sortir et il contient des informations et des analyses vitales : c'est le "Journal de Marche des Familles de Disparus", le Bulletin de la Coordination Nationale des Familles de Disparus en Algérie. Un outil de plus pour accompagner la longue marche commencée il y a une douzaine d'années par les familles des milliers de disparus, victimes d'exécutions extrajudiciaires; chapitre le plus sombre de la "sale guerre" menée par le régime algérien à son peuple sur lequel ce même régime tente de jeter un voile de "réconciliation" et "d'oubli". C'est compter sans l'acharnement des mères, des pères, des soeurs, des épouses, des enfants de ces milliers d'hommes enlevés à leur domicile, dans la rue, à leur travail. Tant que justice ne sera poas faite, il ne pourra y avoir ni réconciliation, ni pardon, ni oubli.
Dédié "à la mémoire de tous les disparus, de toutes les victimes, sans exclusive, de la barbarie", ce bulletin trimestriel s'ouvre par un éditorial de la journaliste indépendante Rabha Attaf, sobrement intitulé "Justice". Elle y écrit :
« En 1988, j'ai « disparu ». C'était à Alger, pendant les émeutes d'octobre, dont la sanglante répression est encore gravée dans nos mémoires. Alors que je me rendais au bureau de l'AFP, j'ai été encadrée dans la rue par deux agents en civils qui m'ont saisie et aussitôt précipitée dans une voiture banalisée. A peine les portes refermées, je fus plongée dans le noir, plaquée contre la banquette arrière avec la tête recouverte d'un sac en toile. J'ai ensuite été détenue au secret, dans le sous-sol d'une caserne militaire, non loin d'Alger, à Bouzareah. Plus tard, à force de recoupements de différents témoignages, j'ai su qu'il s'agissait de l'un des centres opérationnels de la Sécurité Militaire (le véritable coeur du pouvoir en Algérie, rebaptisée depuis DRS, Direction du renseignement et de la sécurité), où la torture était une pratique de gestion de crise courante.
Mes journées étaient rythmées par des interrogatoires poussés, et mes nuits par les cris des suppliciés. Insidieusement, cette torture psychologique distillait la peur au plus profond de mon être, mais le summum fut atteint lorsqu'on me fit subir un simulacre d'exécution sommaire, sur un terrain vague. J'étais terrorisée, réalisant à cet instant précis que j'étais, aux yeux des services algériens, un témoin gênant : j'avais vu les soldats de l'ANP - l'héritière de la glorieuse ALN - tirer sur des adolescents aux mains nues, dont les corps, déchiquetés par des balles explosives, s'effondraient sous mes yeux.
Quelques heures après cette « mascarade », je fus jetée dans un vol pour Paris, avec la consigne de me taire sous peine de représailles pour moi et ma famille. Je venais d'échapper de justesse à la mort. Je devais mon salut à la diligence d'Amnesty International qui, alertée par un confrère et ami, s'était aussitôt manifestée auprès de la Présidence algérienne pour signaler ma disparition. Mon calvaire avait duré une semaine, avec en prime un traumatisme indélébileS
Malgré cette rude épreuve, j'ai continué à me rendre régulièrement en Algérie. La société était en pleine effervescence après 30 ans de dictature. Pour la première fois depuis l'indépendance, les Algériens exprimaient ouvertement leur soif de changement, d'ouverture démocratique. Puis, le coup d'état de janvier 1992, organisé par un clan de généraux ultra-conservateurs, interrompit brutalement les premières élections législatives « démocratiques ». Ils sonnèrent ainsi le glas de toutes les espérances et plongèrent le pays dans le pire des cauchemars : une guerre de basse intensité menée sans merci contre un peuple.
Alors, quand j'ai été interpellée en 1994 par la courageuse belle-soeur de l'un des quinze disparus de Ras el Oued, j'ai compris instinctivement de quoi il s'agissait. La campagne « d'éradication » menée par les officines algériennes, après plus d'un an d'intoxication de l'opinion publique internationale, était entrée dans sa phase sanglante. Une purge à grande échelle frappait toutes personnes soupçonnées de liens avec le FIS -dissous en mars 1992- comme aux pires heures du stalinisme, comme en Indonésie en 1965 où fut inaugurée l'opération « Phoenix » - durant laquelle plus de 500 000 civils accusés de « communisme » furent éliminés sous couvert d'une « guerre civile » - comme en Argentine où 40 000 personnes disparurent durant les sept années de dictature militaire (1976-1983).
Face à l'ampleur et à la sauvagerie de la répression, et notamment devant l'horreur des massacres perpétrés durant l'été 1997 autour d'Alger, les organisations internationales de défense des droits humains se mobilisèrent enfin, réclamant année après année une commission d'enquête en Algérie. Fortes de ce soutien, les familles de disparus se mirent en marche. Elles manifestent depuis, semaine après semaine, devant les tribunaux des principales grandes villes d'Algérie, réclamant que la lumière soit faite sur le sort des leurs et que justice soit rendue. Leur combat est exemplaire, comme celui des célèbres « Mères de la place de mai », en Argentine, dont la persévérance a non seulement débouché sur la reconnaissance des crimes commis par la dictature, mais a surtout permis d'ouvrir le champ politique à d'autres luttes. La dynamique engendrée par ces « passionarias » avait, en effet, permis à la société de résister, puis de se restructurer sur des fondements solides et légitimes. « La seule lutte perdue est celle que l'on abandonne », clamaient-elles haut et fort durant leurs défilés, sauvant, par leur courage, des milliers d'Argentins en lutte de la tristesse et de l'isolement, et devenant, de ce fait, les muses de tout un peuple.
C'est pourquoi le combat des familles de disparus est primordial pour l'avenir de la société algérienne. C'est un devoir pour chacun d'entre nous - Algériennes et Algériens - de le soutenir où que nous soyons. Le chemin à parcourir est certes long, mais il est salutaire pour toute l'Algérie. Car l'exigence de vérité et de justice qu'il draine en son sein nous permettra de constituer une chaîne humaine à travers le monde. Une Algérie planétaire, déterritorialisée, pétrie des valeurs d'équité et de démocratie. Une Algérie qu'aucune dictature ne pourra plus jamais ni opprimer, ni soumettre ! »
le Journal de Marche > JMCNFD 1


Pour écrire au bulletin : jmfd.algeria@gmail.com


To read the Campaign Diary of the families of the Disappeared in Algeria, Nr. 1/2006 click here > Campaign Diary_1/ 2006.pdf

 


Diario de Campaña de las Familias de Desaparecidos


Boletín de la Coordinadora Nacional de las Familias de Desaparecidos en Argelia
N° 0 - 2006
Presentación
Presentamos el primer número de nuestro "Journal de marche des familles de disparus". Esta primera publicación nace en un momento crucial para las victimas de la tragedia vivida por nuestro país hace más de diez años y especialmente por las familias a las que representamos.
En efecto, tras el referéndum del 28 de septiembre de 2005 que ratificaba la "Carta por la paz y la reconciliación nacional", acaba de publicarse el decreto de aplicación. Citemos, por ejemplo, un fragmento del capítulo seis:
"El capítulo seis expone las medidas de reconocimiento de la Nación hacia los artífices de la salvaguarda de la República argelina democrática y popular. En este sentido, se establece que:
1 - Los referidos han demostrado su patriotismo;
2 - No se podrá emprender persecución alguna, a título individual o colectivo, contra miembros de las fuerzas de defensa y de seguridad de la República, de cualquier rango, por acciones emprendidas cuyo fin fuera la protección de personas y bienes, la salvaguarda de la nación y la preservación de las instituciones. Toda denuncia o demanda contra ellos será inadmisible.
3 - Y que finalmente se penalizará o sancionará cualquier declaración, escrito o acto que utilice o instrumentalice las heridas de la tragedia nacional para atacar a las instituciones, debilitar el Estado o manchar la honorabilidad de sus agentes que le han servido dignamente, o para empañar la imagen de Argelia en el ámbito internacional".
Para nosotros, las familias de los desaparecidos, es un paso atrás muy importante en el plano del derecho:
-el artículo 2 exculpa a los responsables de los crímenes cometidos y nos cierra en el futuro las puertas de la justicia.
- el artículo 3 nos impedirá expresarnos, ya que se penalizará cualquier declaración que hagamos. Del mismo modo, se verán afectadas todas las personas y/u organizaciones que nos ayudan a defender nuestros derechos en cuanto a la verdad y la justicia.
A las instituciones internacionales: ONU, Unión Africana, Unión Europea.
Les exhortamos a pronunciarse claramente sobre el contenido de estos textos y a recordar al Estado argelino el respeto de sus compromisos en materia de derecho internacional y especialmente de la libertad de las personas, en particular las victimas, sus familias y los militantes de derechos humanos, para poder expresarse libremente y defender sus derechos en relación con la verdad, la reparación y la justicia.
Esperamos que nuestras acciones y nuestra lucha no tropiecen con el silencio de la comunidad internacional frente a este enorme paso atrás que solo se beneficia a la impunidad. Esto sería como torturar por segunda vez a los torturados, hacer desaparecer de nuevo a los desaparecidos y asesinar otra vez a los asesinados, hipotecando así el futuro de nuestros hijos que no podrán olvidar esta inmensa injusticia... En efecto, nos tememos que esta injusticia podría ser una verdadera bomba de relojería, ya que al proteger la impunidad de los autores de los crímenes, estos no dudarán en volver a cometerlos si, por desgracia, los jóvenes que crezcan en el rencor y la amargura, solo tuvieran una meta: la venganza.
Dado que el derecho nacional nos ha sido vetado, la única esperanza que nos queda es el derecho internacional. Esperamos que la comunidad internacional nos apoye en nuestras acciones encaminadas a crear las condiciones para una justicia internacional, la única que nos ayudara a pasar la dolorosa página que atraviesa nuestro país.
Leer aqui Diario de Campaña_CNFD_nr.0.pdf

 

Amnistie dans la précipitation


Source : http://www.risques-internationaux.com/, 22 février 2006
Autant on pouvait se demander pourquoi il avait fallu attendre 5 mois, depuis le referendum du 29 septembre sur "la charte pour la paix et la réconciliation nationale", pour que soient examinés les textes d'application de cette charte, autant il est possible de s'étonner devant l'emballement soudain du processus : le 18 février lors d'une émission télévisée, le président de la "Commission nationale consultative de la promotion et de la protection des droits de l'homme" (CNCPPDH), Farouk Ksentini s'était encore avéré incapable de dire si ces textes étaient prêts. Et hier mardi 21 février, le gouvernement, réuni sous la présidence du premier ministre Ahmed Ouyahia, a pourtant été en mesure d'adopter un projet d'ordonnance présidentielle de 7 chapitres, dont les journaux algériens (notamment l'officieux "El Moudjahid") ont publié l'essentiel ce matin même.
Cette précipitation soudaine s'explique certainement par le fait que, selon la Constitution algérienne, le président de la République ne peut légiférer par ordonnance qu'entre les deux sessions parlementaires. Or, la session du printemps ouvrira ses portes le 4 mars prochain : il ne reste donc que deux semaines pour que la formule juridique retenue (4 décrets et une ordonnance) puisse être utilisée dans le cadre de la légalité constitutionnelle.
Le journal le plus proche du pouvoir, l'_Expression confirme, d'ailleurs, aujourd'hui, que "La forme juridique choisie atteste d'une volonté d'aller vite dans la résorption effective de la tragédie nationale". Et il poursuit : "le recours aux décrets présidentiels permet une applicabilité immédiate des décisions inspirées de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. La seule ordonnance prévue dans cette batterie de textes sera votée par les deux chambres du Parlement, sans débat. Ce qui raccourcit considérablement le temps de son entrée en vigueur".
La promulgation de ces textes est donc déjà considérée comme acquise, alors que le président Bouteflika ne s'est pas encore prononcé publiquement sur leur contenu. Tout au plus sait-on que ces projets d'ordonnance et de décrets présidentiels devraient être soumis au prochain Conseil des ministres, un Conseil que devrait présider Bouteflika le plus tôt possibleS
Il est clair que le président, gravement malade, vient de perdre son dernier combat, celui qui consistait à retarder le plus possible l'amnistie effective des forces de l'ordre et des militaires algériens - et donc des généraux impliqués dans les crimes et les disparitions de la décennie rouge - pour conserver un ultime moyen de pression sur eux. On remarquera, d'ailleurs, que si la rédaction de l'ordonnance présidentielle est assez confuse (donc sujette à des interprétations) sur bien des points (amnistie des "repentis", identification des "victimes" à indemniser, interdiction d'activité politique frappant certaines catégories de citoyens etc.) elle est parfaitement claire dans son chapitre 6, celui qui concerne l'amnistie des policiers et des militaires : "aucune poursuite ne peut être engagée, à titre individuel ou collectif, à l'encontre des éléments des forces de défense et de sécurité de la République, toutes composantes confondues, pour des actions menées en vue de la protection des personnes et des biens, de la sauvegarde de la nation et de la préservation des institutions. Toute dénonciation ou plainte à l'encontre des concernés est irrecevable"


Lettre à M. Josep Borrell Fontelles, Président du Parlement européen,


Bruxelles/Strasbourg

par Rabah Benlatrèche, Bureau National de la CNFD [Coordination Nationale des Familles de Disparus en Algérie], Constantine, 20 mars 2006


Monsieur le Président,
Vous avez, au cours de votre visite officielle en Algérie, fait des déclarations qui nous ont choqués et attristés. Selon vous, l'adoption de la "Charte pour la paix et la réconciliation nationale" constitue "un pas essentiel pour le retour de l`Algérie à une vie normale". À vos yeux, "il ne peut y avoir de démocratie et de développement sans une société pacifiée".
Monsieur Borrell, vous vous trompez ! Notre société n'est pas pacifiée et nous, familles de victimes de disparitions forcées, ne connaissons même pas la paix des cimetières. Car la paix, monsieur le Président, passe par la justice ! Et la "Charte pour la paix et la réconciliation nationale" est un déni de justice, qui viole les engagements internationaux de l'Algérie.
Les textes d'application de la "charte", qui viennent d'être adoptés par le gouvernement, sont venus mettre un terme à tous les espoirs des familles déjà éplorées par plus d'une décennie de malheur et de douleur.
Par ces textes, l'État vient encore une fois d'afficher son grand mépris pour les milliers de victimes et leurs familles, tout en glorifiant les auteurs d'actes de torture, d'assassinat, de viol, de vol, de destruction et de confiscations illégales par des commis de l'État et en les élevant au rang de sauveurs de la République.
Nous vous demandons, monsieur le Président, de consulter vos collègues députés membres de la délégation pour les relations avec le Maghreb, qui pourront vous éclairer sur le caractère inique de la "Charte pour la paix et la réconciliaion nationale", qui est contraire à la clause de l'accord d'association de l'Union eropéenne avec l'Algérie stipulant le respect des droits humains.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'__expression de ma haute considération.
Rabah Benlatrèche
Bureau National de la CNFD [Coordination Nationale des Familles de Disparus en Algérie], Constantine, 20 mars 2006
cnfd.jus@gmail.com



Català


Carta de la CNFD a Josep Borrell Fontelles, President del Parlament Europeu, Brusselles / Estrasburg


Constantina, 20 de març del 2006
Senyor President,
En el curs de la seva visita oficial a Algèria, va fer unes declaracions que ens van sorprendre i entristir. Segons el que va dir, l'aprovació de la "Carta per la pau i la reconciliació nacional" constitueix "un pas essencial per a la tornada d'Algèria la normalitat". Al seu parer, "no pot haver democràcia i desenvolupament sense una societat pacificada".
Senyor Borrell, s'equivoca! La nostra societat no està pacificada i nosaltres, familiars de les víctimes de les desaparicions forçades, no coneixem no tan sols la pau dels cementiris, Perquè la pau, senyor President, passa per la justícia! I la "Carta per la pau i la reconciliació nacional" és una negació de la justícia, que viola els compromisos internacionals d'Algèria.
El decret d'aplicació de la "Carta" que acaba de ser aprovada pel nostre govern, ha acabat amb totes les esperances de les famílies turmentades per més de deu anys ja de tristesa i dolor.
Mitjançant aquests textos, l'Estat mostra un cop més el seu gran menyspreu pels milers de víctimes i les seves famílies, al temps que exalça als autors dels actes de tortura, assassinat, violació, robatori, destrucció i confiscacions illegals comeses per l'Estat i els eleva al rang de salvadors de la República.
Li demanem, Senyor President, que consulti als seus collegues diputats membres de la delegació per a les relacions amb el Magrib, que podran illustrar-li sobre el caràcter de la "Carta per la pau i la reconciliació nacional" que és contrària a la clàusula d'Acord d'Associació entre la Unió Europea i Algèria que propugna el respecte als drets humans.
Atentament,
Rabah Benlatrèche
Seu Nacional de la CNFD [Coordinadora Nacional de les Famílies de
desapareguts a Algèria]
cnfd.jus@gmail.com



English
Letter to Mr. Josep Borrell Fontelles, Chairman of the European Parliament, Brussels/Strasbourg


Constantine, 20 March 2006
Mister President,
During your recent visit to Algeria you made some statements that shocked and saddened us. According to you, the adoption of the 'Charter for Peace and Reconciliation' is an essential step for Algeria to find a normal life again. You consider that 'there cannot be democracy and development without a pacified society'.
Mister President, you are mistaken! Our society is not pacified, and we, the families of the victims of enforced disappearances, are yet to enjoy even the peace of cemeteries. Because peace, Mister President, cannot take hold without justice! And the 'Charter for Peace and Reconciliation' is a denial of justice and a violation of all the international legal commitments of Algeria.
The laws enacted in the so-called charter for 'peace and reconciliation' have come to dash the hopes of the families of the disappeared and compound more than a decade of ordeals and pain.
Through the texts of this charter, the State has shown once again its contempt for thousands of victims and their families while glorifying acts of torture, extra-judicial killings, rapes, thefts, destruction and illegal seizures by state agents presented as 'saviours of the republic'.
Mr President, we request you to consult your colleagues, members of the European Parliament and members of the delegation for relations with the Maghreb, who will provide you detailed information about the unjust nature of the 'Charter for Peace and Reconciliation', which blatantly contradicts the clause of the Association Agreement between the EU and Algeria that stipulates the respect of human rights.
Yours faithfully,
Rabah Benlatrèche,
For the National Office of the NCFD [National Coordination of the Families of the Disappeared in Algeria]
cnfd.jus@gmail.com



Español
Carta de la CNFD a Josep Borrell Fontelles, Presidente del Parlamento Europeo, Bruselas / Estrasburgo

Constantina, 20 de marzo de 2006
Señor Presidente,
En el curso de su visita oficial a Argelia, hizo unas declaraciones que nos sorprendieron y entristecieron. Según lo que dijo, la aprobación de la "Carta por la paz y la reconciliación nacional" constituye "un paso esencial para la vuelta de Argelia a la normalidad". A su parecer, "no puede haber democracia y desarrollo sin una sociedad pacificada".
¡Señor Borrell, se equivoca! Nuestra sociedad no está pacificada y nosotros, familiares de las víctimas de las desapariciones forzadas, no conocemos ni siquiera la paz de los cementerios. Porque la paz, señor Presidente, ¡pasa por la justicia! Y la "Carta por la paz y la reconciliación nacional" es una negación de la justicia, que viola los compromisos internacionales de Argelia.
El decreto de aplicación de la "Carta" que acaba de ser aprobado por nuestro gobierno, ha acabado con todas las esperanzas de las familias atormentadas ya por más de diez años de tristeza y dolor.
Mediante estos textos, el Estado muestra una vez más su gran desprecio por las miles de victimas y sus familias, al tiempo que ensalza a los autores de los actos de tortura, asesinato, violación, robo, destrucción y confiscaciones ilegales cometidos por el Estado y los eleva al rango de salvadores de la República.
Le pedimos, Señor Presidente, que consulte a sus colegas diputados miembros de la delegación para las relaciones con el Magreb, que podrán ilustrarle sobre el carácter de la "Carta por la paz y la reconciliación nacional" que es contraria a la cláusula de Acuerdo de Asociación entre la Unión Europea y Argelia que propugna el respeto a los derechos humanos.
Atentamente,
Rabah Benlatrèche
Sede Nacional de la CNFD [Coordinadora Nacional de las Familias de Desaparecidos en Argelia]
cnfd.jus@gmail.com

Italiano
Lettera al signor Josep Borrell Fontelles, Presidente del Parlamento Europeo, Bruxelles/Strasburgo
Constantine, 20 marzo 2006
Signor Presidente,
Durante la sua recente visita in Algeria lei ha fatto delle dichiarazioni che ci hanno turbati e rattristati. Secondo lei, l'adozione della "Carta per la pace e per la riconciliazione" è un passo fondamentale perché l'Algeria possa ritornare a una vita normale. Secondo lei "non possono esserci democrazia e sviluppo senza una società pacificata".
Signor Presidente, lei si sbaglia! La nostra società non è pacificata, e noi, le famiglie delle vittime delle sparizioni forzate, non conosciamo nemmeno la pace dei cimiteri. Perché, Signor Presidente, non può esserci pace senza giustizia. E la "Carta per la Pace e la Riconciliazione" è una negazione della giustizia e una violazione di tutti gli impegni internazionali dell'Algeria.
I testi di applicazione della cosiddetta carta per la "pace e la riconciliazione" hanno infranto le speranze delle famiglie degli scomparsi, già provate da più di dieci anni di pene e di dolori. Nei testi di questa carta lo Stato ha mostrato ancora una volta il suo disprezzo per le migliaia di vittime e per le loro famiglie glorificando le torture, gli omicidi extragiudiziali, gli stupri, i furti, le distruzioni e le confische illegali messi in atto da agenti dello stato elevati al rango di "salvatori della repubblica".
Signor Presidente, noi la preghiamo di consultare i suoi colleghi, membri del Parlamento Europeo e della delegazione parlamentare per i rapporti con il Maghreb, che le forniranno informazioni dettagliate sulla natura ingiusta della "Carta per la Pace e per la Riconciliazione", che contraddice palesemente la clausola dell'Accordo di associazione tra l'Unione Europea e l'Algeria che stipula il rispetto dei diritti umani.
Distinti saluti,
Rabah Benlatrèche,
Sede Nazionale del CNFD [Coordinamento Nazionale delle Famiglie degli Scomparsi in Algeria]
cnfd.jus@gmail.com



Nederlands
Brief aan de Dhr. Josep Borrell Fontelles, Voorzitter van het Europeese Parlement, Brussels - Straatsburg

Constantine, 20 maart 2006
Meneer de president,
Tijdens uw officiële bezoek aan Algerije heeft u uitlatingen gedaan die ons hebben geschokt en bedroefd maken. Volgens u vormt het invoeren van het Handvest voor de "vrede en de nationale verzoening" (Paix et Reconciliation Nationale) 'een essentiële stap voor de terugkeer van Algerije naar een normaal leven'. In uw ogen 'kunnen democratie en ontwikkeling slechts bestaan in een vreedzame samenleving'. Meneer Borrell, u vergist zich! Onze samenleving is niet vreedzaam en wij, de families van de slachtoffers van gedwongen verdwijningen, kennen zelfs niet de vrede van kerkhoven. Want vrede, meneer de president, komt door gerechtigheid! En het Handvest voor de "vrede en de nationale verzoening" is een ontkenning van gerechtigheid, die de internationale verplichtingen (beloften) van Algerije schenden.
De teksten met betrekking tot de toepassing van het Handvest, die net door de regering zijn aangenomen, hebben een eind gemaakt aan alle hoop van de families die al meer dan een decennium wenen van ellende en pijn. Door die teksten toont de staat nog een keer openlijk haar grote minachting voor de duizenden slachtoffers en hun families, terwijl de daders van folteringen, moordaanslagen, verkrachtingen, diefstal en vernielingen en de illegale inbeslagnemingen door rijksambtenaren worden verheerlijkt door ze te verheffen tot de rang van redders van de Republiek.
Wij vragen u, meneer de president, om uw collega's gedeputeerden te raadplegen die lid zijn van de delegatie voor de relaties met de Maghreb. Zij kunnen u informeren over het zeer onrechtvaardige karakter van het Handvest voor de "vrede en de nationale verzoening", dat in tegenspraak is met de clausule van de overeenkomst van samenwerking van Algerije met de Europese Unie waarin uitdrukkelijk het respect voor de mensenrechten vastligt.
Hoogachtend,
Rabah Benlatrèche,
Het Landelijk Bureau van de CNFD [Coordination Nationale des Familles de Disparus]

Traduit du français par Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Ces traductions sont en Copyleft.

 

 


Les associations des familles des disparus réclament la vérité

 

Les membres des associations des familles des disparus et victimes du terrorisme, durant les années de violence en Algérie, se sont rassemblées, mercredi 22 mars, devant la poste centrale à Alger, pour réclamer la vérité sur les circonstances des disparitions de leurs proches, en récusant la démarche de la "charte de réconciliation nationale" basée sur l'indemnisation.
Devant le déploiement d'un dispositif de sécurité renforcé, les membres des familles éplorées ont brandi des pancartes exprimant leur mécontentement devant la non prise en compte de leurs revendications quant à la clarification du sort des disparus qui continuent à les hanter depuis des années.
"Nous ne sommes pas contre les institutions de l'Etat, mais pour que soient identifiés ceux qui sont responsables de la tragédie nationale et de la crise" dans le pays, ont-ils clamé à la presse.
Un autre rassemblement des familles des disparus a eu lieu devant le siège de la commission consultative de promotion des droits de l'homme (officielle) sous le même signe de la revendication de la vérité et du rejet de la démarche qu'a recommandée cette commission.
L'Association Nationale des Familles des Disparus (ANFD) a protesté, mercredi, contre l'infiltration de son sit-in hebdomadaire devant la commission, par des "personnes réclamant l'accélération des procédures d'indemnisation".
L'ANDFD, qui dit refuser les "honteux subsides", rappelle que ces sit-in, initiés depuis 1998, ont pour seul but de "réclamer la vérité et la justice".
Un comité ad-hoc institué auprès de cette commission, qui a finalisé un rapport en mars 2005 après dix huit mois de travaux, a recensé 6.146 cas de disparitions forcées attribuées à des agents des forces de l'ordre.
Pour sa part, l'association "Somoud", représentant les familles des victimes du terrorisme, fait état de 10.000 disparus du fait des dépassements des seuls groupes armés.
Lors d'une conférence de presse, mardi, le Premier ministre algérien, M.
Ahmed Ouyahia, a indiqué que des listes des personnes disparues, arrêtées en 2004, recensent 10.000 disparus, dont 3000 à 2000 sont considérées comme ayant rejoint les maquis.
Source : MAP, 23 mars 2006



Argentine - Algérie : Mme Estela Carlotto apporte son soutien aux familles des disparus en Algérie

 


Estela

Dans le cadre de la semaine de la Mémoire et la Justice, Estela Carlotto , Présidente de l'Association Grands-Mères de la Place de Mai, a tenu ce mercredi 29 mars une conférence à la Maison d'Amérique Latine à Paris.
En marge de cette conférence, Mme Carlotto a accordé une interview au Journal de Marche des Familles de Disparus (JMFD), publication trimestrielle de l'organisation algérienne CNFD (Coordination Nationale des Familles de Disparus). Tout en saluant le courage des familles de disparus en Algérie, Mme Carlotto a déclaré que celles-ci ont plus que jamais besoin du soutien et de la solidarité de la communauté internationale.

 

« Les grands-mères et les mères de disparus d'Argentine suivent de près le dossier algérien. Nous sommes aux côtés des familles de disparus et nous leur apporterons tout le soutien nécessaire à la continuation de leur combat. Elles doivent persévérer et ne jamais baisser les bras. Pour notre part, nous avons banni le mot "réconciliation" de notre vocabulaire. Nous ne sommes pas "fâchées" pour avoir à nous réconcilier. Les victimes, c'est nous ! »
Source : http://www.justitia-universalis.net, 30 mars 2006

 

 


Estela Carlotto (1 et 2) et sa fille disparue Laura

 


"Rendez-les-nous !", clament les familles des disparus

 

par Florence Beaugé, Le Monde du 3 Mars 2006
Elles sont là, malgré la pluie. Certaines sont venues à pied, souvent de loin. La plupart portent le foulard islamique, parfois le niqab, masque sur le nez et la bouche. Beaucoup ne parlent que l'arabe. Toutes sont fatiguées, pourtant, elles ont tenu à faire le déplacement, ce mercredi 1er mars.
"Nous n'avons pas peur. On veut nous faire taire, mais on ne renoncera jamais !", disent-elles en brandissant photos et pancartes sur lesquelles elles ont écrit : "Rendez-nous nos enfants !" Voilà sept, dix ou douze ans que les "folles d'Alger" ont vu leur fils, mari ou frère disparaître. Et qu'elles se rassemblent chaque mercredi matin, sur la place Addis-Abeba, dans l'indifférence générale. Aujourd'hui, leur douleur est proche de la haine. Il y a vingt-quatre heures, les textes destinés à la mise en application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale - adoptée par référendum le 29 septembre 2005, à l'initiative du président Bouteflika - sont parus au Journal officiel.
Vérité et justice ? Il n'en est pas question pour clore les "années de sang" de la décennie 1990, ses 150 000 morts et ses milliers de "disparus". Les ordonnances et décrets présidentiels promulgués prévoient l'extinction des poursuites contre les ex-terroristes ; l'interdiction d'engager des actions judiciaires contre les forces de sécurité de l'époque (officieusement tenues pour responsables de la majorité des disparitions) ; le versement d'indemnités financières aux familles des "disparus" ; et enfin des peines de prison contre ceux qui tenteraient "d'instrumentaliser les blessures de la tragédie nationale".
Incapables de faire leur deuil, puisqu'elles ignorent le sort de leurs proches, beaucoup de familles se raccrochent à l'idée qu'ils sont détenus dans des prisons secrètes en Algérie. "Quelqu'un de confiance m'a assuré le mois dernier que mon mari était vivant et qu'il allait bientôt être libéré", raconte une jeune femme. "Morts ou vivants, on les veut !", affirme une autre, indignée de savoir que, pour prétendre à une indemnité financière, il lui faudra au préalable réclamer un acte de décès : "C'est du chantage ! On veut nous faire admettre que nos disparus sont morts, de façon à enterrer les dossiers."
Fondatrices de SOS-Disparus, mère et grand-mère d'un jeune "disparu", Nacéra Dutour et Fatima Yous font partie du "noyau dur" des familles qui ne renonceront jamais à leur combat, alors que tant d'autres ont baissé les bras. "Les textes (d'application de la Charte) sont un scandale. Ceux qui ont massacré sont libres, et nous, on nous demande de tourner la page sans connaître la vérité !", martèle Mme Dutour, le visage défait.
Safia Fahassi, épouse d'un journaliste disparu, n'est pas surprise, elle. "Je savais que les gens qui sont derrière ces disparitions se protégeraient hermétiquement. Je m'attendais aussi à l'interdiction qui nous est faite de recourir à la justice. Mais tôt ou tard, la vérité éclatera. Regardez ce qui arrive à la France, quarante ans plus tard, avec la guerre d'Algérie...", dit-elle d'une voix presque sereine.
Fondateur et président de l'association Somoud, qui regroupe les victimes du terrorisme, Ali Merabet est révolté. Il y a dix ans, ses deux frères ont été enlevés non par les forces de sécurité mais par les islamistes. Il ne se sent pourtant pas logé à meilleure enseigne que les victimes de "l'autre bord" et dénonce cette "amnistie verticale", qui "vient d'en haut et ne touche finalement personne".
Comme nombre d'Algériens, en particulier les journalistes et les défenseurs des droits de l'homme, l'avocat Amine Sidhoum se dit inquiet devant la menace qui plane, désormais, sur quiconque s'avisera "d'instrumentaliser la tragédie nationale" ou de "ternir l'image de l'Algérie".
Que signifie ce concept flou, souvent interprété comme la volonté de verrouiller un peu plus encore la liberté d'__expression ? "On tente d'effacer de la mémoire des Algériens ce qui s'est passé pendant plus de dix ans. Mais peut-on empêcher tout un peuple de parler de son histoire ?", s'interroge l'avocat.