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Monde arabe - Algérie Le combat des familles de disparus de la sale guerre |
21/08/06 - Vient de paraître : Journal de Marche des Familles de Disparus - N° 3 - juil.-sept. 2006
Editorial: Schizophrénie algérienne (à lire ci-dessous) Actualités nationales L'Etat algérien au banc des accusés! Amnesty International accuse ouvertement le DRS d'actes de torture Les élucubrations de Farouk Ksentini Actualités internationales Conseil des droits de l'Homme: Le Conseil de sécurité décide de mettre fin à l'impunité Argentine : Les Mères de la place de Mai étendent leur mouvement Tchad: Hissène Habré sera-t-il enfin jugé en Afrique?
Les infâmes attestations de décès Dans le collimateur Liberia : Charles Taylor va être jugé pour crimes contre l'humanité Argentine: Premier procès depuis l'abolition des lois d'amnistie Guatemala: un général putschiste détenu en Espagne Srebrenica: plainte collective contre les Pays-Bas et l'ONU Tribune libre
Un vent nouveau souffle sur l'Algérie. Non pas celui qui
amène la pluie tant attendue par les fellahs ou l'air chaud
tant redouté, encore moins celui qui transporte des nuées
de criquets ravageurs, mais un vent plus rare qui, selon les légendes
des anciens, répand une brise magique qui pénètre
jusque dans les demeures des heureux élus. Car il faut être
au rang des privilégiés pour goûter aux délices
de ce vent miraculeux, dont le pouvoir euphorique vous fait oublier
jusqu’au nom de votre mère et vous transporte en un clin
d'oeil vers une planète au nom mystérieux seulement
connu des initiés! *Organisme génétiquement modifié Pour lire le Journal, cliquer ici JMFD
N°3 – 2006.pdf (812 KB) Réponse de Justitia Universalis à la lettre de la CNFD (Algérie) concernant la saisine du Conseil de Sécurité pour un Tribunal Pénal International pour l'Algérie
Cher Monsieur Benlatrèche, « Notre unique salut réside dans la mise en place d'un Tribunal Pénal International pour l'Algérie » : la Coordination Nationale des Familles de Disparus en Algérie écrit à Kofi Annan
Permettez-moi, au nom de la Coordination Nationale des Familles de Disparus (Algérie), d'interpeller l'humaniste que vous êtes. Nous sommes actuellement dans le désarroi le plus total car,
le 27 février dernier, le Président algérien
Abdelaziz Bouteflika a signé une ordonnance portant mise en
oeuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale.
Le lendemain, deux décrets d'application relatifs à
l'indemnisation des victimes de "la tragédie nationale"
furent promulgués (textes ci-joints). « Aucune poursuite ne peut être engagée, à titre individuel ou collectif, à l'encontre des éléments des forces de défense et de sécurité de la République, toutes composantes confondues, pour des actions menées en vue de la protection des personnes et des biens, de la sauvegarde de la Nation et de la préservation des institutions de la République algérienne démocratique et populaire. Toute dénonciation ou plainte doit être déclarée irrecevable par l'autorité judiciaire compétente. » Cette disposition rend inutilisables les conventions internationales portant sur les droits de l'homme ratifiées par l'Algérie. Ainsi, désormais, aucun justiciable ne peut, sans risque dêtre pénalement sanctionné, en faire usage. Nous, familles de disparus et victimes d'une répression sanglante, sommes scandalisées par un tel déni de justice. Par cette ordonnance, l'État algérien veut tuer juridiquement (article 30 de l'ordonnance) les disparus forcés et criminaliser toute voix plaignante (article 45), rendant ainsi impossible que soient établies les circonstances de leur disparition, impossible que les auteurs des enlèvements et séquestrations soient identifiés et jugés. Qui plus est, en nous contraignant à monnayer notre silence en acceptant d'entrer dans un processus de corruption par le truchement des indemnisations prévues dans les décrets d'application (article 46). Eu égard ce qui précède, et connaissant votre
souci constant de protéger les droits humains, nous, familles
de disparus, vous serions infiniment reconnaissantes dintervenir auprès
du Conseil de sécurité de la haute instance que vous
représentez afin quil se saisisse du dossier algérien.
Notre unique salut réside en effet dans la mise en place d'un
Tribunal Pénal International pour l'Algérie. Monsieur le Secrétaire Général, nous sommes un peuple martyr qui subit une des dictatures militaires les plus sanguinaires de la planète. De surcroît, celle-ci nous plonge dans une paupérisation accélérée en dépit de la richesse de notre pays. Nous ne comprenons donc pas pourquoi, malgré les disparitions massives, la torture systématisée et les massacres qui ont été perpétrés durant ces dernières années, la Communauté internationale est restée sourde à nos appels au secours. Et ce, en dépit de votre appel du 30 aoót 1997 dans lequel vous précisiez quil fallait briser le silence et trouver une « une solution urgente» à ce «problème dont on ne peut pas se contenter de discuter à la télévision», ajoutant encore «alors que les massacres se poursuivent et que le nombre des victimes augmente, il est extrêmement difficile pour nous de prétendre que rien ne se passe, que nous ne sommes pas au courant, et abandonner ainsi le peuple algérien à son sort.» Nous osons, cette fois, espérer que nous serons enfin entendues, et que nos générations futures pourront s'enorgueillir dappartenir à l'Humanité. Nous tenant à votre disposition pour votre plus ample information, veuillez croire, Monsieur le Secrétaire Général, en l'_expression de notre haute considération. Rabah Benlatrèche,
« Our only hope lies in the setting up of an International Criminal Court for Algeria » : the National Coordination of the Families of the Disappeared in Algeria writes to Kofi Annan
Allow me, on behalf of the National Coordination of the Families of the Disappeared in Algeria, to raise some of our concerns to the humanist that you are. We are at the moment utterly distraught and helpless because, on 27 February, President Abdelaziz Bouteflika signed an ordinance to implement a so-called Charter for Peace and National Reconciliation. The next day, two decrees about compensations to victims of the national tragedy were promulgated. We would particularly like to draw your attention to Article 45 of this Charter, which we find deeply offensive: « No legal proceedings may be initiated, either individually or collectively, against members of all kinds of defence and security forces of the Republic, for actions conducted for protecting persons and property, safeguarding the Nation and preserving the institutions of the Democratic and Popular Republic of Algeria. The competent judicial authorities are to dismiss any accusation or complaint. » This clause negates all the international human rights conventions ratified by Algeria and threatens, with penal retribution, whoever demands justice by making use of these instruments. We, the families of the disappeared and victims of a bloody repression, are outraged by such a denial of justice. Through article 30 of this charter, the Algerian State seeks to eliminate legally the disappeared, while it criminalizes, through article 45, any voice seeking justice, thus making it impossible to establish the circumstances of the disappearance of our loved ones, and to identify and try their kidnappers. The State is seeking to buy our silence by offering financial compensations on the one hand, and threatening to sue anyone who speaks out for truth and justice, on the other hand. In view of this situation, and knowing your constant concern and commitment to protecting human rights, we, the families of the disappeared, are appealing to you to intervene before the Security Council of the United Nations so that it attends to the very serious human rights violations in Algeria. Our only hope lies in the setting up of an International Criminal Court for Algeria. Excellency, It has been more than ten years since we referred our cases to the United Nations Human Rights Commission, but nothing was done. Writing to you is our last hope to know the truth about the enforced disappearances in our country and to do the victims justice, whoever those responsible may be security forces or armed opposition groups. Excellency, We are a martyred people suffering from one of the most bloody military dictatorships on the planet, a dictatorship that increasingly impoverishes us despite the huge wealth of the country. We therefore do not understand why the international community has remained deaf to our calls for help, despite the massive enforced disappearances, systematic torture and massacres perpetrated in the last ten years, and notwithstanding your call, on 30 August 1997, to break the silence and find an urgent solution to this problem that cannot be simply discussed on TV. At that time you also said that the massacres continue and the number of victims is increasing, and it is extremely difficult to pretend that nothing is happening, and thus abandon the Algerian people to its fate. We hope that, this time, our call for help will at last be heard, and that future generations of Algerians may be proud to feel part of a caring human community. Respectfully yours, Rabah Benlatrèche
« Nuestra única salvación se encuentra en la creación de un Tribunal Penal Internacional para Argelia » : la Coordinadora Nacional de las Familias de Desaparecidos en Argelia escribe a Kofi Annan
A Kofi Annan Señor Secretario General Permítame, en nombre de la Coordinadora Nacional de las Familias de Desaparecidos (Argelia) apelar al humanista que usted es. Actualmente nos encontramos en el más completo desamparo, ya que, el pasado 27 de febrero, el Presidente argelino Abdelaziz Bouteflika, firmó una orden que establece la puesta en marcha de la Carta por la Paz y la Reconciliación Nacional. Al día siguiente, se promulgaron dos decretos de aplicación referentes a la indemnización de las víctimas de la «tragedia nacional»(textos adjuntos). Quisiéramos llamar especialmente su atención sobre el contenido del artículo 45 que golpea fuertemente nuestra conciencia: « no se podrá emprender persecución alguna, a título individual o colectivo, contra miembros de las fuerzas de defensa y de seguridad de la República, de cualquier rango, por acciones emprendidas cuyo fin fuera la protección de personas y bienes, la salvaguarda de la Nación y la preservación de las instituciones de la República argelina democrática y popular. Toda denuncia o demanda contra ellos será declarada inadmisible por la autoridad judicial competente. » Esta disposición pretiende dejar sin vigencia el conjunto de las convenciones internacionales sobre derechos humanos, ratificadas por Argelia, y nadie que reclame justicia podrá invocarlas, sin riesgo de ser penalmente sancionado. Nosotros, familiares de desaparecidos y vÌctimas de la represión sangrienta, nos sentimos escandalizados ante tal negación de justicia. Con esta orden, el Estado argelino pretende matar (artÌculo 30 de la orden) a los desaparecidos y criminalizar cualquier voz que se querelle (artÌculo 45), impidiendo asÌ que se determinen las circunstancias de su desaparición y que los autores de los secuestros sean identificados y juzgados. Y lo que es más, obligándonos a vender nuestro silencio al aceptar entrar en un proceso de corrupción mediante las indemnizaciones previstas en los decretos de aplicación (artículo 46). Teniendo en cuenta todo lo que precede y conociendo su constante preocupación por la protección de los derechos humanos, le quedaríamos sumamente agradecidos si interviniera ante el Consejo de Seguridad de la alta instancia a la que usted representa con el fin de que se haga cargo del caso argelino. En efecto, nuestra única salvación se encuentra en la creación de un Tribunal Penal Internacional para Argelia. Debe saber, Señor Secretario General, que acudimos ante la Comisión de Derechos Humanos de la ONU hace más de diez años. Hasta ahora, no hemos obtenido ningún resultado. Esta es, por lo tanto, nuestra ultima esperanza de conocer la verdad sobre las desapariciones forzadas en nuestro país. Y de que se haga justicia, sean quienes sean los autores fuerzas del Estado o grupos armados. Señor Secretario General, somos un pueblo mártir, víctima de una de las dictaduras militares más sanguinarias del planeta, que nos lleva además a un empobrecimiento acelerado pese a la riqueza de nuestro país. Por eso, no entendemos por qué, a pesar de las desapariciones masivas, la tortura sistematizada y las masacres que se han perpetrado durante estos últimos años, la Comunidad internacional ha permanecido sorda a nuestras peticiones de auxilio. Y ello, a pesar de su llamamiento de 30 de agosto de 1997 en el que señalaba que había que romper el silencio y encontrar íuna solución urgenteî a este íproblema que no puede ser solo objeto de debates en la televisiónî,añadiendo que ímientras que sigan las masacres y el número de victimas aumente, nos resulta muy difícil pretender que no pasa nada y que no estamos al corriente y abandonar así al pueblo argelino a su suerteî Esta vez, nos atrevemos a esperar que por fin se nos escuche, y que nuestras generaciones futuras puedan sentirse orgullosas de pertenecer a la Humanidad. Quedando enteramente a su disposición para cualquier información suplementaria, le saluda atentamente, Rabah Benlatrèche, Portavoz de la Coordinadora Nacional de
las Familias de Desaparecidos
Traducido del francés por Rocio Anguíano, miembro de Tlaxcala, la red de traductores por la diversidad lingüística (tlaxcala@tlaxcala.es). Esta traducción es copyleft.
La Coordination Nationale des Familles de Disparus lance un appel pour une campagne pour un Tribunal Pénal International pour l'Algérie
Objet : campagne pour la mise en place d'un tribunal pénal international pour l'Algérie
Mesdames, Messieurs, Le ministre de l'Intérieur veut "faire disparaitre"
les associations de défense des victimes en Algérie
Plate-forme de revendications de la Coordination nationale des famills de disparus
Nous familles des disparus forcés et celles des victimes d'enlèvement
attribués aux groupes d'opposition armés réclamons,
outre la reconnaissance de nos associations, des mesures d'ordre juridique,
administratif et financier. La libération immédiate de toutes les personnes, quelle que soit la date de leur arrestation ou enlèvement par les services de sécurité, qui n'ont pas été présentées à un juge dans le délai légal maximum de 12 jours en cas d'enquête en matière de terrorisme et, d'une part, informer les familles des détenus en vertu d'une autorisation d'un magistrat et, d'autre part, permettre dorénavant au(x) avocat(s) choisi par ces familles de rendre visite sans délai à la personne en état d'arrestation, avec droit de regard sur le registre dit Œmain courante' tenu dans tous les locaux de la police judiciaire en vertu du Code de procédure pénale; Réserver à la victime directe de disparition forcée libérée l'ensemble de ses droits, qu'il exercera le cas échéant par son tuteur en cas d'incapacité ou de démence, ainsi que sa prise en charge totale aux frais de l'Etat pour ses soins physiques et psychologiques ou psychiatriques, avec garantie en cas de capacité de sa réinsertion dans la vie active, sans préjudice de la réparation matérielle et morale de l'intégralité des préjudices qu'il aura subit sur le plan physique, psychique, matériel, social et professionnel ; La comptabilisation des fosses et endroits contenant les restes de victimes retrouvées, quelle que soit la victime ou l'auteur présumé de l'assassinat ; Le déclenchement des procédures d'identification de ces restes avec l'accord et la collaboration des associations de familles de disparus forcés et celles des enlevés par des groupes d'opposition armés ; L'obtention de l'accord préalable écrit des membres de chaque famille de disparu forcé ou d'enlevé pour la définition des protocoles d'analyse ADN ; L'identification des personnes enterrées sous ŒX' à
partir du dossier du Parquet territorialement compétent ayant
autorisé l'inhumation, des registres médicaux-légaux,
des archives de la police, de la gendarmerie et des services du Département
Renseignement et Sécurité. A noter qu'il y a au moins
3030 individus enterrés sous cette appellation anonyme. La reconnaissance par agrément des associations de familles de disparus et des associations des familles d'enlevés par les groupes d'opposition armés sur la base du droit d'association consacré par la Constitution, les conventions internationales des droits de l'homme ratifiées par l'Algérie et la loi nationale. Cet agrément devra être donné par le Ministre de l'Intérieur pour les association d'envergure nationale et par le Wali compétent pour les associations locales ; La consécration de leur droit de réunion et de manifestation pacifiques ; La reconnaissance de manière officielle et publique des crimes de disparitions forcées commis par des agents rémunérés par l'Etat, ainsi que celle des crimes d'enlèvement par les groupes d'opposition armés sans que l'Etat n'ait pu assurer la protection des victimes. Demande solennelle de pardon aux familles de victimes, tant par l'Etat que par les responsables des groupes ayant bénéficié de grâce et d'amnistie; La divulgation aux familles victimes des informations disponibles sur le sort des victimes directes de disparition forcée ou d'enlèvement ainsi que sur les responsables de leur enlèvement/arrestation, sauf si les membres de ces familles font individuellement le choix clair et non équivoque de ne pas savoir ; La réhabilitation de tous les membres des associations de victimes et les défenseurs des droits de l'homme ayant subi une condamnation pénale dans le cadre de la recherche de la vérité et de la justice, et restauration publique de leur dignité et de leur réputation ; L'élargissement des membres de la CNCPPDH aux représentants des associations de disparus forcés et des familles d'enlevés pour la poursuite des investigations ; à défaut de cet élargissement, la création d'une commission « Vérité » chargée de faire la lumière sur le sort des disparus et des enlevés. Cette commission sera présidée par une personnalité morale incontestable et sera composée d'une part des représentants des familles de disparus et d'enlevés et, d'autre part, de juristes, médecins et autres professionnels, tous désignés par les familles de disparus et d'enlevés. L'institution par voie légale du statut de « victimes
de la violence d'Etat » (violence reconnue par le président
de la CNCPPDH) au même titre qu'un statut des « familles
victimes du terrorisme » auquel tous les membres des familles
victimes auront droit, avec des mesures d'ordre administratif et financier
destinées à leur réinsertion :
mesures financières :
La pénalisation par le Code pénal du crime de disparition forcée, y compris la tentative de ce crime avec une peine correspondant à sa gravité. La définition du crime de disparition forcée en tant que crime sui generis comportera les éléments suivants : la privation de liberté sous quelque forme que ce soit; La pénalisation par le Code pénal de toutes les formes du crime contre l'humanité, y compris le génocide, et des crimes de guerre et les tentatives de leur commission ; La ratification du Statut de la Cour Pénale internationale ainsi que la Convention sur l'imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 2391 (XXIII) du 26 novembre 1968 et entrée en vigueur depuis le 11 novembre 1970; La modification de l'article 51 du Code de procédure pénale, qui doit être complété et concerner tout officier de Œpolice judiciaire' au sens où la loi l'entend. Le complément à apporter à cet article doit permettre aux personnes qui sont arrêtées de pouvoir immédiatement avoir accès à un moyen pour communiquer avec leur famille, de recevoir des visites, d'avoir le droit à un avocat lors de l'arrestation et être examinées, obligatoirement, par un médecin choisi par la personne gardée à vue ou par sa famille à la fin de la garde à vue. La mention sur le procès-verbal d'audition selon laquelle la personne arrêtée refuse ou juge inutile un examen médical n'aura aucun effet sur le caractère obligatoire de l'examen médical. L'absence de cet examen médical entraîne la sanction pénale de l'officier de police judiciaire chargé de la garde à vue, ainsi que tous les officiers qui se succèdent durant la période de la garde ; La mise à la disposition des familles, des avocats et des autres personnes y ayant un intérêt légitime des informations portant sur l'enregistrement obligatoire de la détention de tout individu en indiquant, entre autres, son identité complète, la date, l'heure et le lieu de la détention, le motif de sa détention et le nom de l'autorité responsable de la détention; L'abrogation de l'article 25 du Code de justice militaire ouvrant la possibilité de faire juger des civils par des juridictions militaires lors de circonstances anormales, déjà tacitement abrogé après l'ouverture démocratique de 1989 et après la suppression de la Cour de sûreté de l'Etat. La compétence de juges militaires pour juger de civils hors de toute infraction de nature militaire est inacceptable, d'autant plus que les victimes sont irrecevables dans leur droit de se constituer partie civile au procès; L'abrogation des dispositions du Code de justice militaire et du Code de procédure pénale qui donnent aux officiers de Œpolice judiciaire' compétence sur toute l'étendue du territoire national, prérogative étendue aux agents des services de sécurité militaire. Les règles du décret portant sur les Cours spéciales abrogé et dont l'intégralité des dispositions sont intégrées aux Codes pénal et de procédure pénale depuis 1995 leur ont donné cette compétence, alors que ni l'identité, ni les qualités de ces officiers ni le service de rattachement ne sont vérifiables. Le crime de disparition forcée a été rendu possible par ce texte, donnant pouvoir à des agents de procéder aux enlèvements de citoyens de leurs domiciles, en plein couvre-feu, de leurs lieux de travail et même des commissariats de police et des brigades de gendarmerie où des citoyens sont officiellement convoqués. Ces agents quasi-anonymes peuvent faire toute perquisition et saisie, de jour comme de nuit et en tout lieu, si le juge d'instruction l'ordonne ou si ces agents ont une autorisation administrative, dont le texte n'en précise ni la nature ni l'auteur donnant ainsi compétence à un responsable administratif non identifié le même pouvoir qu'un juge d'instruction ; L'organisation par la loi de l'usage des tests ADN avec, notamment : la garantie de l'accord préalable, libre et éclairé
des membres de la famille dont un membre accepte un prélèvement
d'échantillon ; L'ouverture d'enquête pour poursuites judiciaires transparentes avec la participation des associations de familles de disparus forcés et celles des enlevés par un groupe d'opposition armé pour tout nouveau cas signalé de disparition forcée ou d'enlèvement, et la poursuite de ces enquêtes aussi longtemps que le sort de la victime directe reste inconnu; La révision de toutes les décisions judiciaires civiles et pénales ayant procédé soit au classement sans suite des plaintes concernant les disparitions forcées et les enlèvements soit à la déclaration de la mort civile des victimes directes sans l'accord de tous les membres de leur familles. Cette révision peut se faire par l'exercice du recours dans l'intérêt de la loi que le Code de procédure civile ouvre au bénéfice du Parquet ; La reprise des poursuites judiciaires pénales contre les auteurs
et complices de crimes de disparitions forcées et d'enlèvement
par des groupes armés déjà engagées et
classées ou oubliées, et notamment l'audition sur procès-verbal
des auteurs et témoins cités dans les plaintes.
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![]() Foulard des familles de disparus |
par Arab Chih, Liberté , 5 avril 2006
Le rejet de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale
n'est pas l'apanage des seules familles victimes du terrorisme qui,
depuis la promulgation des textes de sa mise en ¦uvre, manifestent,
tous les dimanches, devant le Palais du gouvernement pour demander
son retrait. Ne voilà-t-il pas donc les familles de disparus
qui, comme pour leur faire écho, ont décidé d'introduire
un recours auprès du président de la République
exigeant de lui rien moins que l'annulation pure et simple de ladite
charte. "Refusant de voir leurs droits bafoués, une centaine
de familles de disparus ont décidé d'interpeller le
président de la République par l'introduction d'un recours
gracieux en annulation, déposé le 28 mars 2006",
informe le collectif des familles de disparus dans un communiqué
rendu public hier. Et d'ajouter : "Ce recours, qui n'est qu'une
première étape dans leur détermination à
faire la vérité et la justice, sollicite expressément
du président de la République l'abrogation de la Charte
pour la paix et la réconciliation nationale ainsi que l'annulation
de ses textes d'application au motif de leur illégalité
au regard du droit algérien et du droit international qui considèrent
que les disparitions forcées sont un crime contre l'humanité
et sont donc imprescriptibles." L'interdiction qui leur est imposée
par une des dispositions de la charte de porter une quelconque plainte
est assimilée par les familles de disparus à "un
bien sinistre chantage pour un bien triste dessein".
Aussi exhortent-elles Bouteflika à ne pas faire de "la
volonté populaire" une échappatoire pour justifier
sa non-accession à leur doléance, puisque, à
leurs yeux, l'on ne peut utiliser "décemment" un
référendum pour "tirer un trait sur des milliers
de tragédies individuelles".
Pour elles, avec la présente charte, l'État n'a fait
que durcir "sa politique de l'oubli" contre des indemnisations
comme "seule et unique solution" et dont l'octroi est conditionné
par "l'obtention d'un jugement de décès qu'aucune
preuve ne vient corroborer". Et d'exprimer leur regret de ne
pas être, à ce jour, au fait de la teneur du rapport
de la Commission de Farouk Ksentini remis au président de la
République leŠ 31 mars 2005.
![]() Bouteflika en tenue de combat |
![]() Le général Mohamed Médiène, alias "Toufiq" |
![]() Le général Mohamed Lamari |
![]() |
![]() Un Ninja, membre des forces spéciales chargées du "sale boulot" |
par Rabah Benlatrèche, Bureau National de la CNFD [Coordination
Nationale des Familles de Disparus en Algérie], Constantine,
23 février 2006. Courriel : cnfd.jus@gmail.com
Alors que les familles des disparus forcés se nourrissaient,
hier encore, d'espoir quant à la fin de leur cauchemar, voilà
que les textes d'application de la charte dite « de paix et
de réconciliation », viennent de mettrent un terme à
tous les espoirs des familles déjà éplorées
par plus d'une décennie de malheur et de douleur.
Par ces textes, l'Etat vient encore une fois d'afficher son grand
mépris pour les milliers de victimes et leurs familles, tout
en glorifiant les auteurs d'actes de torture, d'assassinat, de viol,
de vol, de destruction et de confiscations illégales par des
commis de l'Etat et en les élevant au rang de sauveurs de la
République.
Dans quelle république allons-nous vivre désormais ?
Celle qui blanchit les auteurs d'assassinats collectifs, d'expositions
de cadavres par dizaines dans les rues et quartiers populaires ? Celle
qui nous ferme les portes de la justice et nous menace de pénaliser
ce qui nous reste encore : notre droit à l'_expression ?
La Coordination Nationale des Familles de Disparus ne peut que dénoncer
fermement ces textes, qui tendent à nous culpabiliser, nous
familles comme nos disparus.
Quel que soit le prix à payer, nous réaffirmons notre
volonté de poursuivre notre combat avec le soutien de nos concitoyens
sincères et épris de justice ainsi qu'avec celui des
organisations de défense des droits de l'Homme nationales et
internationales.
Etant donné que notre seul recours est la justice internationale,
nous avons aujourd'hui même saisi le Haut-Commissaire pour les
Droits de l'Homme, Mme Louise Arbour, le Secrétaire général
de l'Organisation des Nations-Unis, M. Kofi Annan, diverses instances
chargées des droits de l'Homme, ainsi que les ambassades à
Alger des pays membres du Conseil de Sécurité des Nations-Unies.
Son premier numéro vient de sortir et il contient des informations
et des analyses vitales : c'est le "Journal de Marche des Familles
de Disparus", le Bulletin de la Coordination Nationale des Familles
de Disparus en Algérie. Un outil de plus pour accompagner la
longue marche commencée il y a une douzaine d'années
par les familles des milliers de disparus, victimes d'exécutions
extrajudiciaires; chapitre le plus sombre de la "sale guerre"
menée par le régime algérien à son peuple
sur lequel ce même régime tente de jeter un voile de
"réconciliation" et "d'oubli". C'est compter
sans l'acharnement des mères, des pères, des soeurs,
des épouses, des enfants de ces milliers d'hommes enlevés
à leur domicile, dans la rue, à leur travail. Tant que
justice ne sera poas faite, il ne pourra y avoir ni réconciliation,
ni pardon, ni oubli.
Dédié "à la mémoire de tous les disparus,
de toutes les victimes, sans exclusive, de la barbarie", ce bulletin
trimestriel s'ouvre par un éditorial de la journaliste indépendante
Rabha Attaf, sobrement intitulé "Justice". Elle y
écrit :
« En 1988, j'ai « disparu ». C'était à
Alger, pendant les émeutes d'octobre, dont la sanglante répression
est encore gravée dans nos mémoires. Alors que je me
rendais au bureau de l'AFP, j'ai été encadrée
dans la rue par deux agents en civils qui m'ont saisie et aussitôt
précipitée dans une voiture banalisée. A peine
les portes refermées, je fus plongée dans le noir, plaquée
contre la banquette arrière avec la tête recouverte d'un
sac en toile. J'ai ensuite été détenue au secret,
dans le sous-sol d'une caserne militaire, non loin d'Alger, à
Bouzareah. Plus tard, à force de recoupements de différents
témoignages, j'ai su qu'il s'agissait de l'un des centres opérationnels
de la Sécurité Militaire (le véritable coeur
du pouvoir en Algérie, rebaptisée depuis DRS, Direction
du renseignement et de la sécurité), où la torture
était une pratique de gestion de crise courante.
Mes journées étaient rythmées par des interrogatoires
poussés, et mes nuits par les cris des suppliciés. Insidieusement,
cette torture psychologique distillait la peur au plus profond de
mon être, mais le summum fut atteint lorsqu'on me fit subir
un simulacre d'exécution sommaire, sur un terrain vague. J'étais
terrorisée, réalisant à cet instant précis
que j'étais, aux yeux des services algériens, un témoin
gênant : j'avais vu les soldats de l'ANP - l'héritière
de la glorieuse ALN - tirer sur des adolescents aux mains nues, dont
les corps, déchiquetés par des balles explosives, s'effondraient
sous mes yeux.
Quelques heures après cette « mascarade », je fus
jetée dans un vol pour Paris, avec la consigne de me taire
sous peine de représailles pour moi et ma famille. Je venais
d'échapper de justesse à la mort. Je devais mon salut
à la diligence d'Amnesty International qui, alertée
par un confrère et ami, s'était aussitôt manifestée
auprès de la Présidence algérienne pour signaler
ma disparition. Mon calvaire avait duré une semaine, avec en
prime un traumatisme indélébileS
Malgré cette rude épreuve, j'ai continué à
me rendre régulièrement en Algérie. La société
était en pleine effervescence après 30 ans de dictature.
Pour la première fois depuis l'indépendance, les Algériens
exprimaient ouvertement leur soif de changement, d'ouverture démocratique.
Puis, le coup d'état de janvier 1992, organisé par un
clan de généraux ultra-conservateurs, interrompit brutalement
les premières élections législatives «
démocratiques ». Ils sonnèrent ainsi le glas de
toutes les espérances et plongèrent le pays dans le
pire des cauchemars : une guerre de basse intensité menée
sans merci contre un peuple.
Alors, quand j'ai été interpellée en 1994 par
la courageuse belle-soeur de l'un des quinze disparus de Ras el Oued,
j'ai compris instinctivement de quoi il s'agissait. La campagne «
d'éradication » menée par les officines algériennes,
après plus d'un an d'intoxication de l'opinion publique internationale,
était entrée dans sa phase sanglante. Une purge à
grande échelle frappait toutes personnes soupçonnées
de liens avec le FIS -dissous en mars 1992- comme aux pires heures
du stalinisme, comme en Indonésie en 1965 où fut inaugurée
l'opération « Phoenix » - durant laquelle plus
de 500 000 civils accusés de « communisme » furent
éliminés sous couvert d'une « guerre civile »
- comme en Argentine où 40 000 personnes disparurent durant
les sept années de dictature militaire (1976-1983).
Face à l'ampleur et à la sauvagerie de la répression,
et notamment devant l'horreur des massacres perpétrés
durant l'été 1997 autour d'Alger, les organisations
internationales de défense des droits humains se mobilisèrent
enfin, réclamant année après année une
commission d'enquête en Algérie. Fortes de ce soutien,
les familles de disparus se mirent en marche. Elles manifestent depuis,
semaine après semaine, devant les tribunaux des principales
grandes villes d'Algérie, réclamant que la lumière
soit faite sur le sort des leurs et que justice soit rendue. Leur
combat est exemplaire, comme celui des célèbres «
Mères de la place de mai », en Argentine, dont la persévérance
a non seulement débouché sur la reconnaissance des crimes
commis par la dictature, mais a surtout permis d'ouvrir le champ politique
à d'autres luttes. La dynamique engendrée par ces «
passionarias » avait, en effet, permis à la société
de résister, puis de se restructurer sur des fondements solides
et légitimes. « La seule lutte perdue est celle que l'on
abandonne », clamaient-elles haut et fort durant leurs défilés,
sauvant, par leur courage, des milliers d'Argentins en lutte de la
tristesse et de l'isolement, et devenant, de ce fait, les muses de
tout un peuple.
C'est pourquoi le combat des familles de disparus est primordial pour
l'avenir de la société algérienne. C'est un devoir
pour chacun d'entre nous - Algériennes et Algériens
- de le soutenir où que nous soyons. Le chemin à parcourir
est certes long, mais il est salutaire pour toute l'Algérie.
Car l'exigence de vérité et de justice qu'il draine
en son sein nous permettra de constituer une chaîne humaine
à travers le monde. Une Algérie planétaire, déterritorialisée,
pétrie des valeurs d'équité et de démocratie.
Une Algérie qu'aucune dictature ne pourra plus jamais ni opprimer,
ni soumettre ! »
le Journal de Marche > JMCNFD 1
Pour écrire au bulletin : jmfd.algeria@gmail.com
To read the Campaign Diary of the families of the Disappeared in Algeria,
Nr. 1/2006 click here > Campaign
Diary_1/ 2006.pdf
Boletín de la Coordinadora Nacional de las Familias de Desaparecidos
en Argelia
N° 0 - 2006
Presentación
Presentamos el primer número de nuestro "Journal de marche
des familles de disparus". Esta primera publicación nace
en un momento crucial para las victimas de la tragedia vivida por
nuestro país hace más de diez años y especialmente
por las familias a las que representamos.
En efecto, tras el referéndum del 28 de septiembre de 2005
que ratificaba la "Carta por la paz y la reconciliación
nacional", acaba de publicarse el decreto de aplicación.
Citemos, por ejemplo, un fragmento del capítulo seis:
"El capítulo seis expone las medidas de reconocimiento
de la Nación hacia los artífices de la salvaguarda de
la República argelina democrática y popular. En este
sentido, se establece que:
1 - Los referidos han demostrado su patriotismo;
2 - No se podrá emprender persecución alguna, a título
individual o colectivo, contra miembros de las fuerzas de defensa
y de seguridad de la República, de cualquier rango, por acciones
emprendidas cuyo fin fuera la protección de personas y bienes,
la salvaguarda de la nación y la preservación de las
instituciones. Toda denuncia o demanda contra ellos será inadmisible.
3 - Y que finalmente se penalizará o sancionará cualquier
declaración, escrito o acto que utilice o instrumentalice las
heridas de la tragedia nacional para atacar a las instituciones, debilitar
el Estado o manchar la honorabilidad de sus agentes que le han servido
dignamente, o para empañar la imagen de Argelia en el ámbito
internacional".
Para nosotros, las familias de los desaparecidos, es un paso atrás
muy importante en el plano del derecho:
-el artículo 2 exculpa a los responsables de los crímenes
cometidos y nos cierra en el futuro las puertas de la justicia.
- el artículo 3 nos impedirá expresarnos, ya que se
penalizará cualquier declaración que hagamos. Del mismo
modo, se verán afectadas todas las personas y/u organizaciones
que nos ayudan a defender nuestros derechos en cuanto a la verdad
y la justicia.
A las instituciones internacionales: ONU, Unión Africana, Unión
Europea.
Les exhortamos a pronunciarse claramente sobre el contenido de estos
textos y a recordar al Estado argelino el respeto de sus compromisos
en materia de derecho internacional y especialmente de la libertad
de las personas, en particular las victimas, sus familias y los militantes
de derechos humanos, para poder expresarse libremente y defender sus
derechos en relación con la verdad, la reparación y
la justicia.
Esperamos que nuestras acciones y nuestra lucha no tropiecen con el
silencio de la comunidad internacional frente a este enorme paso atrás
que solo se beneficia a la impunidad. Esto sería como torturar
por segunda vez a los torturados, hacer desaparecer de nuevo a los
desaparecidos y asesinar otra vez a los asesinados, hipotecando así
el futuro de nuestros hijos que no podrán olvidar esta inmensa
injusticia... En efecto, nos tememos que esta injusticia podría
ser una verdadera bomba de relojería, ya que al proteger la
impunidad de los autores de los crímenes, estos no dudarán
en volver a cometerlos si, por desgracia, los jóvenes que crezcan
en el rencor y la amargura, solo tuvieran una meta: la venganza.
Dado que el derecho nacional nos ha sido vetado, la única esperanza
que nos queda es el derecho internacional. Esperamos que la comunidad
internacional nos apoye en nuestras acciones encaminadas a crear las
condiciones para una justicia internacional, la única que nos
ayudara a pasar la dolorosa página que atraviesa nuestro país.
Leer aqui Diario de Campaña_CNFD_nr.0.pdf
Source : http://www.risques-internationaux.com/, 22 février
2006
Autant on pouvait se demander pourquoi il avait fallu attendre 5 mois,
depuis le referendum du 29 septembre sur "la charte pour la paix
et la réconciliation nationale", pour que soient examinés
les textes d'application de cette charte, autant il est possible de
s'étonner devant l'emballement soudain du processus : le 18
février lors d'une émission télévisée,
le président de la "Commission nationale consultative
de la promotion et de la protection des droits de l'homme" (CNCPPDH),
Farouk Ksentini s'était encore avéré incapable
de dire si ces textes étaient prêts. Et hier mardi 21
février, le gouvernement, réuni sous la présidence
du premier ministre Ahmed Ouyahia, a pourtant été en
mesure d'adopter un projet d'ordonnance présidentielle de 7
chapitres, dont les journaux algériens (notamment l'officieux
"El Moudjahid") ont publié l'essentiel ce matin même.
Cette précipitation soudaine s'explique certainement par le
fait que, selon la Constitution algérienne, le président
de la République ne peut légiférer par ordonnance
qu'entre les deux sessions parlementaires. Or, la session du printemps
ouvrira ses portes le 4 mars prochain : il ne reste donc que deux
semaines pour que la formule juridique retenue (4 décrets et
une ordonnance) puisse être utilisée dans le cadre de
la légalité constitutionnelle.
Le journal le plus proche du pouvoir, l'_Expression confirme, d'ailleurs,
aujourd'hui, que "La forme juridique choisie atteste d'une volonté
d'aller vite dans la résorption effective de la tragédie
nationale". Et il poursuit : "le recours aux décrets
présidentiels permet une applicabilité immédiate
des décisions inspirées de la Charte pour la paix et
la réconciliation nationale. La seule ordonnance prévue
dans cette batterie de textes sera votée par les deux chambres
du Parlement, sans débat. Ce qui raccourcit considérablement
le temps de son entrée en vigueur".
La promulgation de ces textes est donc déjà considérée
comme acquise, alors que le président Bouteflika ne s'est pas
encore prononcé publiquement sur leur contenu. Tout au plus
sait-on que ces projets d'ordonnance et de décrets présidentiels
devraient être soumis au prochain Conseil des ministres, un
Conseil que devrait présider Bouteflika le plus tôt possibleS
Il est clair que le président, gravement malade, vient de perdre
son dernier combat, celui qui consistait à retarder le plus
possible l'amnistie effective des forces de l'ordre et des militaires
algériens - et donc des généraux impliqués
dans les crimes et les disparitions de la décennie rouge -
pour conserver un ultime moyen de pression sur eux. On remarquera,
d'ailleurs, que si la rédaction de l'ordonnance présidentielle
est assez confuse (donc sujette à des interprétations)
sur bien des points (amnistie des "repentis", identification
des "victimes" à indemniser, interdiction d'activité
politique frappant certaines catégories de citoyens etc.) elle
est parfaitement claire dans son chapitre 6, celui qui concerne l'amnistie
des policiers et des militaires : "aucune poursuite ne peut être
engagée, à titre individuel ou collectif, à l'encontre
des éléments des forces de défense et de sécurité
de la République, toutes composantes confondues, pour des actions
menées en vue de la protection des personnes et des biens,
de la sauvegarde de la nation et de la préservation des institutions.
Toute dénonciation ou plainte à l'encontre des concernés
est irrecevable"
Bruxelles/Strasbourg
par Rabah Benlatrèche, Bureau National de la CNFD [Coordination Nationale des Familles de Disparus en Algérie], Constantine, 20 mars 2006
Monsieur le Président,
Vous avez, au cours de votre visite officielle en Algérie,
fait des déclarations qui nous ont choqués et attristés.
Selon vous, l'adoption de la "Charte pour la paix et la réconciliation
nationale" constitue "un pas essentiel pour le retour de
l`Algérie à une vie normale". À vos yeux,
"il ne peut y avoir de démocratie et de développement
sans une société pacifiée".
Monsieur Borrell, vous vous trompez ! Notre société
n'est pas pacifiée et nous, familles de victimes de disparitions
forcées, ne connaissons même pas la paix des cimetières.
Car la paix, monsieur le Président, passe par la justice !
Et la "Charte pour la paix et la réconciliation nationale"
est un déni de justice, qui viole les engagements internationaux
de l'Algérie.
Les textes d'application de la "charte", qui viennent d'être
adoptés par le gouvernement, sont venus mettre un terme à
tous les espoirs des familles déjà éplorées
par plus d'une décennie de malheur et de douleur.
Par ces textes, l'État vient encore une fois d'afficher son
grand mépris pour les milliers de victimes et leurs familles,
tout en glorifiant les auteurs d'actes de torture, d'assassinat, de
viol, de vol, de destruction et de confiscations illégales
par des commis de l'État et en les élevant au rang de
sauveurs de la République.
Nous vous demandons, monsieur le Président, de consulter vos
collègues députés membres de la délégation
pour les relations avec le Maghreb, qui pourront vous éclairer
sur le caractère inique de la "Charte pour la paix et
la réconciliaion nationale", qui est contraire à
la clause de l'accord d'association de l'Union eropéenne avec
l'Algérie stipulant le respect des droits humains.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'__expression
de ma haute considération.
Rabah Benlatrèche
Bureau National de la CNFD [Coordination Nationale des Familles de
Disparus en Algérie], Constantine, 20 mars 2006
cnfd.jus@gmail.com
Constantina, 20 de març del 2006
Senyor President,
En el curs de la seva visita oficial a Algèria, va fer unes
declaracions que ens van sorprendre i entristir. Segons el que va
dir, l'aprovació de la "Carta per la pau i la reconciliació
nacional" constitueix "un pas essencial per a la tornada
d'Algèria la normalitat". Al seu parer, "no pot haver
democràcia i desenvolupament sense una societat pacificada".
Senyor Borrell, s'equivoca! La nostra societat no està pacificada
i nosaltres, familiars de les víctimes de les desaparicions
forçades, no coneixem no tan sols la pau dels cementiris, Perquè
la pau, senyor President, passa per la justícia! I la "Carta
per la pau i la reconciliació nacional" és una
negació de la justícia, que viola els compromisos internacionals
d'Algèria.
El decret d'aplicació de la "Carta" que acaba de
ser aprovada pel nostre govern, ha acabat amb totes les esperances
de les famílies turmentades per més de deu anys ja de
tristesa i dolor.
Mitjançant aquests textos, l'Estat mostra un cop més
el seu gran menyspreu pels milers de víctimes i les seves famílies,
al temps que exalça als autors dels actes de tortura, assassinat,
violació, robatori, destrucció i confiscacions illegals
comeses per l'Estat i els eleva al rang de salvadors de la República.
Li demanem, Senyor President, que consulti als seus collegues diputats
membres de la delegació per a les relacions amb el Magrib,
que podran illustrar-li sobre el caràcter de la "Carta
per la pau i la reconciliació nacional" que és
contrària a la clàusula d'Acord d'Associació
entre la Unió Europea i Algèria que propugna el respecte
als drets humans.
Atentament,
Rabah Benlatrèche
Seu Nacional de la CNFD [Coordinadora Nacional de les Famílies
de
desapareguts a Algèria]
cnfd.jus@gmail.com
Constantine, 20 March 2006
Mister President,
During your recent visit to Algeria you made some statements that
shocked and saddened us. According to you, the adoption of the 'Charter
for Peace and Reconciliation' is an essential step for Algeria to
find a normal life again. You consider that 'there cannot be democracy
and development without a pacified society'.
Mister President, you are mistaken! Our society is not pacified, and
we, the families of the victims of enforced disappearances, are yet
to enjoy even the peace of cemeteries. Because peace, Mister President,
cannot take hold without justice! And the 'Charter for Peace and Reconciliation'
is a denial of justice and a violation of all the international legal
commitments of Algeria.
The laws enacted in the so-called charter for 'peace and reconciliation'
have come to dash the hopes of the families of the disappeared and
compound more than a decade of ordeals and pain.
Through the texts of this charter, the State has shown once again
its contempt for thousands of victims and their families while glorifying
acts of torture, extra-judicial killings, rapes, thefts, destruction
and illegal seizures by state agents presented as 'saviours of the
republic'.
Mr President, we request you to consult your colleagues, members of
the European Parliament and members of the delegation for relations
with the Maghreb, who will provide you detailed information about
the unjust nature of the 'Charter for Peace and Reconciliation', which
blatantly contradicts the clause of the Association Agreement between
the EU and Algeria that stipulates the respect of human rights.
Yours faithfully,
Rabah Benlatrèche,
For the National Office of the NCFD [National Coordination of the
Families of the Disappeared in Algeria]
cnfd.jus@gmail.com
Constantina, 20 de marzo de 2006
Señor Presidente,
En el curso de su visita oficial a Argelia, hizo unas declaraciones
que nos sorprendieron y entristecieron. Según lo que dijo,
la aprobación de la "Carta por la paz y la reconciliación
nacional" constituye "un paso esencial para la vuelta de
Argelia a la normalidad". A su parecer, "no puede haber
democracia y desarrollo sin una sociedad pacificada".
¡Señor Borrell, se equivoca! Nuestra sociedad no está
pacificada y nosotros, familiares de las víctimas de las desapariciones
forzadas, no conocemos ni siquiera la paz de los cementerios. Porque
la paz, señor Presidente, ¡pasa por la justicia! Y la
"Carta por la paz y la reconciliación nacional" es
una negación de la justicia, que viola los compromisos internacionales
de Argelia.
El decreto de aplicación de la "Carta" que acaba
de ser aprobado por nuestro gobierno, ha acabado con todas las esperanzas
de las familias atormentadas ya por más de diez años
de tristeza y dolor.
Mediante estos textos, el Estado muestra una vez más su gran
desprecio por las miles de victimas y sus familias, al tiempo que
ensalza a los autores de los actos de tortura, asesinato, violación,
robo, destrucción y confiscaciones ilegales cometidos por el
Estado y los eleva al rango de salvadores de la República.
Le pedimos, Señor Presidente, que consulte a sus colegas diputados
miembros de la delegación para las relaciones con el Magreb,
que podrán ilustrarle sobre el carácter de la "Carta
por la paz y la reconciliación nacional" que es contraria
a la cláusula de Acuerdo de Asociación entre la Unión
Europea y Argelia que propugna el respeto a los derechos humanos.
Atentamente,
Rabah Benlatrèche
Sede Nacional de la CNFD [Coordinadora Nacional de las Familias de
Desaparecidos en Argelia]
cnfd.jus@gmail.com
Italiano
Lettera al signor Josep Borrell Fontelles, Presidente del Parlamento
Europeo, Bruxelles/Strasburgo
Constantine, 20 marzo 2006
Signor Presidente,
Durante la sua recente visita in Algeria lei ha fatto delle dichiarazioni
che ci hanno turbati e rattristati. Secondo lei, l'adozione della
"Carta per la pace e per la riconciliazione" è un
passo fondamentale perché l'Algeria possa ritornare a una vita
normale. Secondo lei "non possono esserci democrazia e sviluppo
senza una società pacificata".
Signor Presidente, lei si sbaglia! La nostra società non è
pacificata, e noi, le famiglie delle vittime delle sparizioni forzate,
non conosciamo nemmeno la pace dei cimiteri. Perché, Signor
Presidente, non può esserci pace senza giustizia. E la "Carta
per la Pace e la Riconciliazione" è una negazione della
giustizia e una violazione di tutti gli impegni internazionali dell'Algeria.
I testi di applicazione della cosiddetta carta per la "pace e
la riconciliazione" hanno infranto le speranze delle famiglie
degli scomparsi, già provate da più di dieci anni di
pene e di dolori. Nei testi di questa carta lo Stato ha mostrato ancora
una volta il suo disprezzo per le migliaia di vittime e per le loro
famiglie glorificando le torture, gli omicidi extragiudiziali, gli
stupri, i furti, le distruzioni e le confische illegali messi in atto
da agenti dello stato elevati al rango di "salvatori della repubblica".
Signor Presidente, noi la preghiamo di consultare i suoi colleghi,
membri del Parlamento Europeo e della delegazione parlamentare per
i rapporti con il Maghreb, che le forniranno informazioni dettagliate
sulla natura ingiusta della "Carta per la Pace e per la Riconciliazione",
che contraddice palesemente la clausola dell'Accordo di associazione
tra l'Unione Europea e l'Algeria che stipula il rispetto dei diritti
umani.
Distinti saluti,
Rabah Benlatrèche,
Sede Nazionale del CNFD [Coordinamento Nazionale delle Famiglie degli
Scomparsi in Algeria]
cnfd.jus@gmail.com
Constantine, 20 maart 2006
Meneer de president,
Tijdens uw officiële bezoek aan Algerije heeft u uitlatingen
gedaan die ons hebben geschokt en bedroefd maken. Volgens u vormt
het invoeren van het Handvest voor de "vrede en de nationale
verzoening" (Paix et Reconciliation Nationale) 'een essentiële
stap voor de terugkeer van Algerije naar een normaal leven'. In uw
ogen 'kunnen democratie en ontwikkeling slechts bestaan in een vreedzame
samenleving'. Meneer Borrell, u vergist zich! Onze samenleving is
niet vreedzaam en wij, de families van de slachtoffers van gedwongen
verdwijningen, kennen zelfs niet de vrede van kerkhoven. Want vrede,
meneer de president, komt door gerechtigheid! En het Handvest voor
de "vrede en de nationale verzoening" is een ontkenning
van gerechtigheid, die de internationale verplichtingen (beloften)
van Algerije schenden.
De teksten met betrekking tot de toepassing van het Handvest, die
net door de regering zijn aangenomen, hebben een eind gemaakt aan
alle hoop van de families die al meer dan een decennium wenen van
ellende en pijn. Door die teksten toont de staat nog een keer openlijk
haar grote minachting voor de duizenden slachtoffers en hun families,
terwijl de daders van folteringen, moordaanslagen, verkrachtingen,
diefstal en vernielingen en de illegale inbeslagnemingen door rijksambtenaren
worden verheerlijkt door ze te verheffen tot de rang van redders van
de Republiek.
Wij vragen u, meneer de president, om uw collega's gedeputeerden te
raadplegen die lid zijn van de delegatie voor de relaties met de Maghreb.
Zij kunnen u informeren over het zeer onrechtvaardige karakter van
het Handvest voor de "vrede en de nationale verzoening",
dat in tegenspraak is met de clausule van de overeenkomst van samenwerking
van Algerije met de Europese Unie waarin uitdrukkelijk het respect
voor de mensenrechten vastligt.
Hoogachtend,
Rabah Benlatrèche,
Het Landelijk Bureau van de CNFD [Coordination Nationale des Familles
de Disparus]
Traduit du français par Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Ces traductions sont en Copyleft.
Les membres des associations des familles des disparus et victimes
du terrorisme, durant les années de violence en Algérie,
se sont rassemblées, mercredi 22 mars, devant la poste centrale
à Alger, pour réclamer la vérité sur les
circonstances des disparitions de leurs proches, en récusant
la démarche de la "charte de réconciliation nationale"
basée sur l'indemnisation.
Devant le déploiement d'un dispositif de sécurité
renforcé, les membres des familles éplorées ont
brandi des pancartes exprimant leur mécontentement devant la
non prise en compte de leurs revendications quant à la clarification
du sort des disparus qui continuent à les hanter depuis des
années.
"Nous ne sommes pas contre les institutions de l'Etat, mais pour
que soient identifiés ceux qui sont responsables de la tragédie
nationale et de la crise" dans le pays, ont-ils clamé
à la presse.
Un autre rassemblement des familles des disparus a eu lieu devant
le siège de la commission consultative de promotion des droits
de l'homme (officielle) sous le même signe de la revendication
de la vérité et du rejet de la démarche qu'a
recommandée cette commission.
L'Association Nationale des Familles des Disparus (ANFD) a protesté,
mercredi, contre l'infiltration de son sit-in hebdomadaire devant
la commission, par des "personnes réclamant l'accélération
des procédures d'indemnisation".
L'ANDFD, qui dit refuser les "honteux subsides", rappelle
que ces sit-in, initiés depuis 1998, ont pour seul but de "réclamer
la vérité et la justice".
Un comité ad-hoc institué auprès de cette commission,
qui a finalisé un rapport en mars 2005 après dix huit
mois de travaux, a recensé 6.146 cas de disparitions forcées
attribuées à des agents des forces de l'ordre.
Pour sa part, l'association "Somoud", représentant
les familles des victimes du terrorisme, fait état de 10.000
disparus du fait des dépassements des seuls groupes armés.
Lors d'une conférence de presse, mardi, le Premier ministre
algérien, M.
Ahmed Ouyahia, a indiqué que des listes des personnes disparues,
arrêtées en 2004, recensent 10.000 disparus, dont 3000
à 2000 sont considérées comme ayant rejoint les
maquis.
Source : MAP, 23 mars 2006
![]() Estela |
Dans le cadre de la semaine de la Mémoire et la Justice, Estela
Carlotto , Présidente de l'Association Grands-Mères
de la Place de Mai, a tenu ce mercredi 29 mars une conférence
à la Maison d'Amérique Latine à Paris.
En marge de cette conférence, Mme Carlotto a accordé
une interview au Journal de Marche des Familles de Disparus (JMFD),
publication trimestrielle de l'organisation algérienne CNFD
(Coordination Nationale des Familles de Disparus). Tout en saluant
le courage des familles de disparus en Algérie, Mme Carlotto
a déclaré que celles-ci ont plus que jamais besoin du
soutien et de la solidarité de la communauté internationale.
« Les grands-mères et les mères de disparus d'Argentine
suivent de près le dossier algérien. Nous sommes aux
côtés des familles de disparus et nous leur apporterons
tout le soutien nécessaire à la continuation de leur
combat. Elles doivent persévérer et ne jamais baisser
les bras. Pour notre part, nous avons banni le mot "réconciliation"
de notre vocabulaire. Nous ne sommes pas "fâchées"
pour avoir à nous réconcilier. Les victimes, c'est nous
! »
Source : http://www.justitia-universalis.net, 30 mars 2006
![]() Estela Carlotto (1 et 2) et sa fille disparue Laura |
![]() |
par Florence Beaugé, Le Monde du 3 Mars 2006
Elles sont là, malgré la pluie. Certaines sont venues
à pied, souvent de loin. La plupart portent le foulard islamique,
parfois le niqab, masque sur le nez et la bouche. Beaucoup ne parlent
que l'arabe. Toutes sont fatiguées, pourtant, elles ont tenu
à faire le déplacement, ce mercredi 1er mars.
"Nous n'avons pas peur. On veut nous faire taire, mais on ne
renoncera jamais !", disent-elles en brandissant photos et pancartes
sur lesquelles elles ont écrit : "Rendez-nous nos enfants
!" Voilà sept, dix ou douze ans que les "folles d'Alger"
ont vu leur fils, mari ou frère disparaître. Et qu'elles
se rassemblent chaque mercredi matin, sur la place Addis-Abeba, dans
l'indifférence générale. Aujourd'hui, leur douleur
est proche de la haine. Il y a vingt-quatre heures, les textes destinés
à la mise en application de la Charte pour la paix et la réconciliation
nationale - adoptée par référendum le 29 septembre
2005, à l'initiative du président Bouteflika - sont
parus au Journal officiel.
Vérité et justice ? Il n'en est pas question pour clore
les "années de sang" de la décennie 1990,
ses 150 000 morts et ses milliers de "disparus". Les ordonnances
et décrets présidentiels promulgués prévoient
l'extinction des poursuites contre les ex-terroristes ; l'interdiction
d'engager des actions judiciaires contre les forces de sécurité
de l'époque (officieusement tenues pour responsables de la
majorité des disparitions) ; le versement d'indemnités
financières aux familles des "disparus" ; et enfin
des peines de prison contre ceux qui tenteraient "d'instrumentaliser
les blessures de la tragédie nationale".
Incapables de faire leur deuil, puisqu'elles ignorent le sort de leurs
proches, beaucoup de familles se raccrochent à l'idée
qu'ils sont détenus dans des prisons secrètes en Algérie.
"Quelqu'un de confiance m'a assuré le mois dernier que
mon mari était vivant et qu'il allait bientôt être
libéré", raconte une jeune femme. "Morts ou
vivants, on les veut !", affirme une autre, indignée de
savoir que, pour prétendre à une indemnité financière,
il lui faudra au préalable réclamer un acte de décès
: "C'est du chantage ! On veut nous faire admettre que nos disparus
sont morts, de façon à enterrer les dossiers."
Fondatrices de SOS-Disparus, mère et grand-mère d'un
jeune "disparu", Nacéra Dutour et Fatima Yous font
partie du "noyau dur" des familles qui ne renonceront jamais
à leur combat, alors que tant d'autres ont baissé les
bras. "Les textes (d'application de la Charte) sont un scandale.
Ceux qui ont massacré sont libres, et nous, on nous demande
de tourner la page sans connaître la vérité !",
martèle Mme Dutour, le visage défait.
Safia Fahassi, épouse d'un journaliste disparu, n'est pas surprise,
elle. "Je savais que les gens qui sont derrière ces disparitions
se protégeraient hermétiquement. Je m'attendais aussi
à l'interdiction qui nous est faite de recourir à la
justice. Mais tôt ou tard, la vérité éclatera.
Regardez ce qui arrive à la France, quarante ans plus tard,
avec la guerre d'Algérie...", dit-elle d'une voix presque
sereine.
Fondateur et président de l'association Somoud, qui regroupe
les victimes du terrorisme, Ali Merabet est révolté.
Il y a dix ans, ses deux frères ont été enlevés
non par les forces de sécurité mais par les islamistes.
Il ne se sent pourtant pas logé à meilleure enseigne
que les victimes de "l'autre bord" et dénonce cette
"amnistie verticale", qui "vient d'en haut et ne touche
finalement personne".
Comme nombre d'Algériens, en particulier les journalistes et
les défenseurs des droits de l'homme, l'avocat Amine Sidhoum
se dit inquiet devant la menace qui plane, désormais, sur quiconque
s'avisera "d'instrumentaliser la tragédie nationale"
ou de "ternir l'image de l'Algérie".
Que signifie ce concept flou, souvent interprété comme
la volonté de verrouiller un peu plus encore la liberté
d'__expression ? "On tente d'effacer de la mémoire des
Algériens ce qui s'est passé pendant plus de dix ans.
Mais peut-on empêcher tout un peuple de parler de son histoire
?", s'interroge l'avocat.