Chinatown à Sidi Reghis Voyage dans
les antres de la filière chinoise de l’import Chinatown
par L. H, Le Soir d'Algérie, 23 décembre 2006
Située à 56 kilomètres de Constantine, la daïra
de Aïn Fakroun est l’une des agglomérations les
plus peuplées de la wilaya d’Oum-El-Bouaghi avec 47 315
habitants (1998). Une localité à vocation agricole devenue
pourtant, depuis quelques années, le plus grand «centre
commercial d’habillement» en Algérie, voire la
destination la plus prisée par les commerçants, détaillants
et grossistes, des différentes régions du pays et notamment
d’Alger, Tizi- Ouzou et Boumerdès en quête de produits
«camelote», en provenance des pays sud-asiatiques et essentiellement
de la Chine, injectés à flots, dans le marché
algérien, par les importateurs de Aïn Fakroun.
Mais cette nouvelle donne n’a pas pour autant changé
les us et coutumes de ses habitants. Le «shoping » n’étant
toujours pas l’apanage des femmes de Aïn Fakroun alors
que les néo-importateurs n’ont pas, pour leur majorité,
renoncé à leur activité originale à savoir
l’élevage du bétail. L’acte de l’élevage
côtoie en effet, l’incessant transit des containers en
provenance de Chine à même les habitations implantées
dans le centre urbain, construites à coup de milliards à
la couleur ciment au fameux quartier « ESetha » notamment.
Et si les dividendes de cette activité commerciale sont fort
sentis par la population de Aïn Fakroun, compte-tenu des emplois
générés par ce créneau, le taux de chômage
est des moins bas à Oum El Bouaghi, aucune incidence sur le
développement local de la cité n’est pour autant
perceptible. A la moindre averse, tous les passages et routes de ce
grand « souk » se transforment en marécages, fatalement
impraticables. De plus, aucun hôtel ou autre structure d’accueil
indispensable aux transactions qui s’y font n’existent
à Aïn Fakroun. Par une matinée pourtant hivernale,
l’étranger est frappé par une atmosphère
poussiéreuse qui ne laisse pas indifférent. L’entrée
nord de Aïn Fakroun sur la route menant vers Constantine est
en chantier. L’aménagement de la route en double voie
et la réhabilitation des trottoirs ainsi que l’éclairage
public est à pied d’œuvre. Il est 9h00, en allant
vers le quartier « E-Setha » via l’avenue principale
de cette cité, la rue du 1er- Novembre 1954 en l’occurrence,
nous découvrons un village plutôt paisible. Les cafés
sont à moitié vides. Le visiteur peut s’offrir
un plat de pois chiches et des brochettes même à cette
heure-ci. Les senteurs qui se dégagent si tôt des gargotes
alignées tout au long de la rue invitent le passager à
la table, même si l’hygiène est relative.
A la découverte d’E-Setha
«Vous êtes à E-Setha, parcourez les passages que
vous voulez, le quartier s’étend à perte de vue
sur la route menant vers Aïn Kercha et Aïn M’lila,
vous ne pouvez pas imaginer sa grandeur ! » répondit
avec enthousiasme, un jeune homme apparemment désœuvré,
à qui nous demandions de nous indiquer notre chemin. Sa disponibilité
est aussi instinctive que sa curiosité puisqu’il n’omettra
pas de nous demander à son tour d’où nous venons
et pour quel motif ? A E-Setha, l’on se rend compte tout de
go que la poussière est plutôt l’effet de l’état
de délabrement des routes qu’aux chantiers d’aménagement.
Au bout de quelques minutes de marche, nos pas errants enjambent une
ruelle où tous les magasins proposent des habillements pour
femmes et d’autres articles de literie. « Ici, c’est
Souk Laârraïs (marché des mariées), vous
ne trouverez pas des trucs pour hommes » lance à notre
adresse un jeune qui aurait flairé notre égarement.
Le contact avec le gérant de la première échoppe
visitée, affichant en gros caractères «vente en
gros», était moins difficile que de l’emmener à
délayer la langue malgré la disponibilité qu’il
a affichée pour répondre à nos interrogations.
«Personne ne peut dénoncer ces pratiques que vous qualifiez
d'irrégulières !» a-t-il assuré. Il nous
apprendra que l’affluence était plus nombreuse à
«Souk Laârraïs» trois mois auparavant et notamment
durant le Ramadhan et que les gens devraient jouer des coudes pour
sortir d’ici parce que les prix sont moins chers qu’ailleurs.
A l’avenue principale d’E-Setha, la multitude de boutiques
d’habillement qui longent de part et d’autre la route
sont loin de ressembler à des magasins « respectés
» aux étalages bien garnis et moins encore à des
hangars de stockage de marchandises. Ce sont plutôt des «garages»
bourrés de cartons dont certains portent sur leur étiquetage
une immatriculation d’une autre ville. D’autres commerces,
et ils sont nombreux également, exposent des vêtements
et des chaussures de tous genres en dehors de leurs «garages».
Si les prix sont abordables, la qualité elle, laisse, hélas,
à désirer « Ici à Aïn Fakroun, on
commercialise des produits camelote pour des prix dérisoires,
et ce, au grand bonheur des petites bourses», soutient un gérant,
architecte de formation, qui a précisé, par ailleurs,
que la majorité des commerces emploient des «universitaires».
Une solidarité inégalée avec cette couche de
la société d’après ce même gérant
qui affirme que l’activité commerciale a réduit
le taux chômage à Aïn Fakroun en général
et chez les plus lettrés en particulier. «Ceux qui maîtrisent
l’anglais assurent même la mission d’interprètes
dans les marchés asiatiques», a-t- il indiqué.
Il n’en demeure pas moins que pour autant que ces centaines
d’emplois créés, relève du domaine du travail
au noir puisque rares sont les employeurs qui déclarent leur
personnel. «Le sujet est tabou» commente notre interlocuteur.
Selon lui, les grossistes et les détaillants de la région
du Centre, précisément ceux d’Alger, Tizi Ouzou
et Boumerdès constituent la plus importante clientèle
des importateurs de Aïn Fakroun qui ne trouvent aucune peine
à écouler leurs marchandises auprès de ces derniers.
Et pour cause, « les importateurs de la région centre
du pays ne s’intéressent pas aux habillements chinois,
prisés par les petites bourses au moment où ce territoire
connaît une forte concentration urbaine et de population d’où
ce flux des commerçants du Centre. Une sorte de spécialisation
comme c’est le cas de la pièce de rechange et du pneumatique
à Ain M’lila, Aïn Fakroun est, désormais,
réputée par ce commerce d’habillements du réclame
importés essentiellement de Chine mais aussi d’autres
pays comme l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, Taïwan,
Dubaï et à un moindre degré, l’Egypte, la
Syrie et la Turquie, voilà !» explique-t- il.
D’E-Setha à H’djila
Il est 11h00. Nous prenons la destination d’un importateur implanté
à la sortie d’E-Setha en allant vers Aïn M’lila.
Le moment n’était pas de tout repos pour les «dockers»
qui se hâtaient à charger des cartons sur la benne d’un
camion de type «Sonacome K66». L’on apprendra que
sa destination était le marché d’habillement de
Aïn Lahdjel, appelée communément « H’Djila
», dans la wilaya de M’sila. Un marché à
l’envergure nationale, selon certains commerçants. L’importateur
que nous cherchions n’était plus là. Nous apprenions
qu’il était parti en direction d’un poste frontalier
à Souk-Ahras pour régler des affaires. Son fils aîné,
qui, selon un employé, travaille indépendamment, ne
nous a rien communiqué. «Pas question de prendre des
photos » nous fait-on savoir. Devant cette «hostilité»,
nous nous rabattons sur le chauffeur du camion. Un vieillard portant
un turban ou «razza», selon le vocable utilisé
dans la région, qui nous avertira que le convoi démarrera
dans la soirée pour arriver à « H’djila
» la nuit, avant l’heure de l’ouverture du marché.
Le vieillard attirera notre attention sur le terrain juste à
côté qui serait un parking qui abrite les véhicules
en partance vers ce souk de M’sila. Du plus gros tonnage aux
fourgons de fortune, ce sont chaque semaine 300 à 400 camions
et camionnettes de Aïn Fakroun qui investissent ce marché.
«Nous partons en convoi ou, parfois, en solo», a-t-il
souligné. Un quinquagénaire, qui ricanait avec le vieillard,
interrompit notre conversation. «On t’a bastonné
et tu n’es toujours pas prêt à renoncer à
ces déplacements ». Rire. L’insécurité
pèse-t-elle sur cette activité ? «Souk H’djila
est l’un des plus sécurisés en Algérie
contrairement à souk El Khettab, une localité située
à 40 km de Mostaganem, où les agressions sont fréquentes.
Souk H’djila est paisible et c’est pour cela que les commerçants
de Aïn Fakroun ne vont plus à El Khettab», rétorque
le chauffeur.
Savoir lire, écrire et… compter
Selon un autre importateur, la plupart des commerçants de Aïn
Fakroun acquièrent la marchandise en provenance de Chine par
l’intermédiaire de revendeurs pakistanais, indiens ou
yéménites installés à Dubaï. Cette
marchandise est dédouanée par des transitaires au niveau
du port de Skikda et une fois acheminée, des groupes de dockers,
formés de 8 à 10 personnes, déchargent les containers
en contrepartie de 10 000 DA. Par la suite, les grossistes et les
détaillants de Aïn Fakroun et également ceux de
la région du Centre, notamment Alger, prennent le relais pour
commercialiser ces habillements dans les différents souks éparpillés
à travers le territoire national. « Il y a beaucoup d’importateurs
qui investissent ce créneau dans toutes les villes d’Algérie,
mais Aïn Fakroun est le centre de ce commerce d’habillements
chinois. Les commerçants d’Alger et de plusieurs villes
de l’Est du pays viennent ici pour s’approvisionner, a-t-il
indiqué en déplorant l’état de délabrement
des routes et des trottoirs qui deviennent impraticables à
la moindre averse dans cette ville. Il n’y a même pas
une aire de stationnement et cela entrave terriblement le dynamisme
de notre travail ». Et d’ajouter que cette activité
commerciale a changé un petit peu les mœurs de la région
dans la mesure où les gens de Aïn Fakroun ne sont pas
habitués au «shopping» des femmes qui viennent
des villes avoisinantes pour faire des courses. «Cette donne
a enclenché le mouvement chez les dames de Aïn Fakroun
!» a-t-il observé. Notre interlocuteur soutient par ailleurs,
que la majorité des importateurs emploient des universitaires
pour le travail de comptabilité. Peu importe leurs spécialités,
l’essentiel est qu’ils savent lire, écrire et…
compter ! Dans la foulée, il révélera que certains
importateurs font sortir des sommes de devises importantes sans les
déclarer, allant de 5000 à 10 000 euros, en plus des
3600 euros autorisés par les autorités algériennes.
L’on nous préviendra d’ailleurs, qu’ici,
le marché parallèle de la devise est des plus «florissants».
Selon l’un de ces marchands, de la devise s’entend, «
des commerçants de Aïn M’lila viennent régulièrement
à ESetha dans de grosses cylindrées avec des malles
pleines de devises et offrent toutes les monnaies du monde. Pour assouvir
notre curiosité, on nous recommande à Chérif,
l’un de ces cambistes qui a pignon sur rue. Dans son local presque
vide, il nous proposera d’emblée des billets, des euros
et des dollars. Nous faisons mine d’être intéressés
par des dollars canadiens et lui de nous suggérer donc, de
revenir le lendemain.
Cité du container et du bétail
Au retour, certaines ruelles que nous avons empruntées ont
été envahies par des troupeaux de bétail. Ovins
et bovins déambulaient au milieu d’habitations construites,
sûrement à coups de milliards, à la couleur «
ciment », en plein centre urbain de Aïn Fakroun. Un autochtone
nous précisera que ce phénomène est une conséquence
de l’exode rural massif qui a proliféré pendant
la décennie noire. Un sexagénaire, apparemment plus
averti, a conclu que l’élevage du bétail est enraciné
dans les traditions de la région et personne ne peut nier que
cette activité est à l’origine de l’enrichissement
de tous les «milliardaires» de Aïn Fakroun, reconvertis
dans l’import, «c’est ancré dans le sang
des gens de Aïn Fakroun», a-t-il soutenu. La discussion
est brutalement interrompue lorsqu’une voiture flambant neuf,
une Golf de cinquième génération, fit irruption
en sortant d’un garage de fortune couvert d’une plaque
de zinc ! Dans un restaurant, nous avons demandé s’il
était possible de trouver un hôtel à Aïn
Fakroun ? Le serveur nous précisera qu’aucune structure
hôtelière n’existe dans cette ville. Notre voisin
de table justifiera ce manque par l’attitude conservatrice des
gens de Aïn Fakroun qui, se méfient de telles auberges,
qui, à leurs yeux, sont des lieux incontournables de prostitution
et du commerce des boissons alcoolisées. Pourtant « les
mauvaises langues » avancent que Aïn Fakroun est la proie
d’une propagation alarmante de la consommation de drogue de
même que l’existence d’un nombre important de commerces
illicites d’alcool communément appelés «Mistas»,
implantés à la périphérie de Aïn
Fakroun et dans les bois.
Le développement local à la traîne
A la daïra, notre demande relative à une fiche monographique
récapitulant les statistiques officielles et l’éventail
des projets lancés par l’Etat dans le cadre des programmes
de développement à Aïn Fakroun est demeurée
sans suite. Le chef de daïra a refusé formellement de
nous communiquer quoi que ce soit, « en ma qualité d’auxiliaire
de l’administration, je ne peux rien avancer. Vous pouvez vous
adresser au cabinet de la wilaya » a-t-il suggéré.
Le P/APC d’obédience «MSP», plus connu à
Aïn Fakroun sous le nom de « Cheikh Bouzid », a été
plus coopératif. Il pêche néanmoins par une ignorance
criante des chiffres. Il n’hésitera pas, toutefois de
louer le lancement, il y quelques jours, du plus important projet
lancé à Aïn Fakroun durant son mandat, le barrage
«d’Ourkis» en l’occurrence. Une localité
située à 9 km au sud de Aïn Fakroun sur la route
menant vers «Bougherara E-Saâoudi». Le projet, piloté
par l’Agence nationale des barrages, coûtera selon notre
interlocuteur la bagatelle de 6 milliards de DA. Si le maire n’a
pas été à cheval concernant la capacité
de cet ouvrage «stratégique», il a précisé
que ce barrage alimentera plusieurs villes environnantes. Le nombre
de postes d’emploi générés par les travaux
de réalisation de ce projet, d’une durée de 24
mois, est de l’ordre de 300. «La gestion de l’ouvrage,
une fois achevé, sera assurée pas plus de 150 employés
permanents. Son impact sur les activités agricoles est aussi
important car, si les cultivateurs souffrent de la pluviométrie
fluctuante et le manque de sources d’eau destinées à
l’irrigation, le barrage leur permettra d’établir
des maraîchages, développer une culture de légumes
et de fruits et également d’améliorer le rendement
des céréales qui est le seul créneau investi
par ces agriculteurs en plus de l’élevage du bétail.
D’autant que cette retenue géante d’eau confortera
l’alimentation en eau potable jusqu’ici bihebdomadaire
et changera certainement l’atmosphère de la région,
du climat sec à un climat semi–humide» s’enorgueillit
le P/APC. A propos de l’état de délabrement des
routes de Aïn Fakroun à l’origine de l’atmosphère
poussiéreuse et l’air irrespirable et qui transforment
la ville en un véritable bourbier à la moindre averse,
cheikh Bouzid affirme que cette situation n’affecte pas l’activité
économique et commerciale dans sa commune. «Je crois
que la boue n’empêche ni l’activité des commerçants
ni les visiteurs à faire des courses. Ce sont plutôt
les voleurs qui entravent la bonne marche de l’activité
commerciale. Mais, ajoute-t-il, grâce aux efforts consentis
par la police et la justice, tous les malfrats de Aïn Fakroun
ont été internés en prison et depuis 2 mois,
le problème de l’insécurité ne se pose
plus ». Selon lui, la commune a inscrit 3 opérations
de réhabilitation des routes, lancées depuis un mois
à travers trois sites : Aïn El Aoura (un site d’une
grande concentration commerciale), la Cité des anciens combattants
et l’entrée nord de la ville en allant vers Constantine,
en consacrant une enveloppe financière de 4,5 milliards de
centimes. D’après cheikh Bouzid, «le taux de chômage
à Aïn Fakroun est des plus bas par rapport aux autres
communes d’Oum El Bouaghi». Sans donner un chiffre exact,
il justifie cette tendance à la baisse par les effets de l’activité
de l’import et la solidarité des gens de Aïn Fakroun.
Pour le maire, le nombre des habitants de Aïn Fakroun avoisinerait
les 70 000 âmes. «Le dernier recensement (1998) a estimé
la population de la commune à 47 315 habitants, mais ce chiffre
est contestable car la situation sécuritaire de l’époque
a décrédibilisé la fiabilité du recensement
d’autant plus que le taux de natalité est élevé»,
a-t-il jaugé. En outre, notre interlocuteur a avoué
que les ressources de la commune ont augmenté à hauteur
de 50% par rapport à l’année dernière,
compte tenu de la réglementation du commerce extérieur
engagée par l’Etat, «la cagnotte fiscale de la
commune a augmenté puisque la fraude a connu un recul depuis
que l’Etat a procédé au nettoyage de ce secteur.
Aïn Fakroun dispose également d’un marché
hebdomadaire (loué contre 9,5 millions de DA pour l’exercice
2006) et un abattoir (2,3 millions de DA) pour la même période»,
a-t- il indiqué. La crise de logement n’a pas épargné,
par ailleurs, la ville de Aïn Fakroun. Contre 3600 demandes de
logements sociaux, 220 seulement ont été satisfaites
en juillet dernier. Une centaine d’unités distribuées
a bénéficié aux habitants du quartier «
El Hirèche », recasés suite à l’éradication
de leurs constructions illicites. Le bidonville d’El Hirèche
compte 400 familles. Les habitants des autres bidonvilles : Bouaâfia
au nord de Aïn Fakroun et Kaf Echekara à l’ouest,
au nombre de 120 familles, attendent encore leur recasement. 200 logements
sont en cours de réalisation. Le déficit s’élève
donc à plus de 3000 unités. S’agissant du problème
du foncier, Aïn Fakroun n’est pas en reste des grandes
agglomérations du pays. « Nous n’avons pas où
s’élargir, le centre urbain est saturé et la périphérie
de la commune se compose de terres agricoles et autres propriétés
privées. Pis encore, la commune ne dispose pas de moyens financiers
pour payer les expropriations. On a du mal à trouver des terrains
constructibles. En tout état de cause, nous sommes en train
de réviser le plan directeur d’urbanisme, et ce pour
déterminer exactement l’assiette foncière de la
commune» a-t-il déploré. L’habitat rural
est aussi à la traîne. La commune a bénéficié
d’un quota de 120 habitations dans le cadre du plan quinquennal.
Le déficit est encore flagrant. 300 demandeurs, selon le maire,
attendent leur tour. Parmi eux, 200 résident au centre urbain.
«L’exode rural qui a suivi la dégradation de la
situation sécuritaire dans les années 90 a aggravé
la crise. Aujourd’hui, ces gens veulent regagner la campagne,
mais notre priorité est de satisfaire la demande de ceux qui
n’ont pas quitté leurs demeures. Nous devons améliorer
leur cadre de vie» a-t-il insisté. A propos des troupeaux
de bétail qui font partie du paysage quotidien du centre urbain,
cheikh Bouzid soutient que ce problème nécessite la
volonté de toutes les autorités et non pas seulement
la mairie, « nous avons procédé déjà
à l’interdiction de l’élevage du bétail
dans la ville, nous saisissions toutes les bêtes errantes et
nous avons même intenté des actions en justice à
l’encontre de certains maquignons, mais ça n’a
rien donné » a-t-il affirmé.
Un importateur pour 500 habitants
Il convient de noter que les chiffres officiels en matière
du commerce extérieur et des recettes fiscales sont dérisoires
par rapport à l’activité réelle. En 2005,
la recette fiscale de la circonscription de Aïn Fakroun était
de l’ordre de 105 millions de DA, soit 5,6 % des recettes de
la wilaya d’Oum El Bouaghi. Un taux insignifiant si l’on
prend en considération le nombre d’importateurs activant
à Aïn Fakroun qui, selon les chiffres de la direction
du commerce, avoisine les 60 % des 1003 importateurs domiciliés
à O.E.B. L’argument donné par le directeur des
impôts à O.E.B est éloquent. «C’est
le coût modique des habits camelotes importés par les
commerçants de Aïn Fakroun qui justifie cet apport minime»
a-t-il justifié. Mais, le rang de la wilaya, qui occupe l’avant
dernière position en matière de civisme fiscal contredit
à bien des égards, cette thèse. Depuis la promulgation
de la loi de novembre 2005, réglementant l’activité
de l’import et l’adoption du fameux article 13 qui stipule
la révision à la hausse du capital social des sociétés
d’import fixant la barre minimale à 2 milliards de centimes,
le nombre d’importateurs a dû fléchir d’une
façon vertigineuse. A l’expiration de la datebutoir sommant
les importateurs algériens à régulariser leurs
situation en décembre 2006, 12 importateurs, seulement, domiciliés
à O.E.B ont répondu à l’appel. Le nombre
a augmenté progressivement. En janvier 2006, il était
de 19. En octobre, et selon les statistiques du Centre national du
registre du commerce le nombre d’importateurs domiciliés
à O.E.B a atteint 136 dont 68 modifications du capital social
et 68 nouvelles inscriptions. 75 % sont domiciliés à
Aïn Fakroun soit 102 importateurs. L’apport de cette circonscription
à la fiscalité de la wilaya a augmenté proportionnellement.
En octobre 2006, le recouvrement a avoisiné les 196 millions
de DA, soit 9,6 % de la cagnotte fiscale. Malgré les efforts
consentis par l’Etat dans la perspective de combler le vide
juridique qui facilitait la fraude, les mécanismes de contrôle,
d’application de ces lois et les moyens nécessaires à
ces actions font défaut. Selon un cadre à la Direction
du commerce, le retard accusé dans la circulation de l’information
et notamment depuis les postes frontaliers et le manque de coordination
entre les organismes chargés de la gestion de l’activité
commerciale dans les différentes wilayas entravent le travail
des brigades mixtes constituées des agents de la Direction
du commerce, les Impôts et la douane, chargées au niveau
local des opérations de contrôle. «Les fiches statistiques,
délivrées au niveau des postes frontaliers récapitulant
l’ensemble d’articles importés, enregistrent parfois
des retards de 3 mois. Une durée suffisante pour l’écoulement
de la marchandise quelle que soit sa nature» fait observer notre
interlocuteur. Quant aux immatriculations étrangères
à la daïra de Aïn Fakroun sur l’étiquetage
de certains lots de marchandises aperçus dans les magasins
de cette ville, un cadre de la DCP révèle que «
certains importateurs louent des registres du commerce domiciliés
dans d’autres wilayas. Ce qui complique davantage le travail
des brigades mixtes sur le terrain, dans la mesure où ces importateurs
n’ont pas d’adresse à Aïn Fakroun et, de surcroît,
nous ne pouvons pas agir à leur encontre par le biais des fiches
statistiques en notre possession, émises des postes-frontalières
».
04/12/06 - « L’homme qu’il
faut à la place qu’il faut » : Hadj Saïd Arezki
nouveau chef de la Sûreté de la wilaya d’Oran
La nomination de Hadj Saïd Arezki à la tête de
la police de la plus importante wilaya du pays, celle d’Oran,
indique une fois de plus que c’est toujours et encore Smaïn
Lamari, le patron du DRS, qui fait et défait les carrières
des chefs de la police, derrière Ali Tounsi, chef de la Direction
générale de la Sûreté nationale, qui n’est
qu’une marionnette entre ses mains. HS Arezki est venu remplacer
Zaoui Bel-Hachemi, qui n’est resté en poste qu’un
an, avant d’être viré suite à un retentissant
scandale de trafic de drogue qui a secoué la wilaya.
Arezki gagne à être connu. Son poste précédent
était chef de la brigade de la police des frontières
au port d'Alger, sans doute l’un des postes les plus lucratifs
de la police algérienne. Mais surtout il est l’ancien
chef du SCRB ( Service Central de répression du Banditisme)
connu à l’époque comme le Poste de commandement
opérationnel (PCO) de Châteauneuf, créé
en 1991 et officiellement dissous en 1998, , où des milliers
de civils ont été exécutés ou sont morts
sous la torture. Il avait été nommé à
ce poste après la mort (dans un accident de voiture ) de son
prédécesseur Mahmoudi Abdelkader, par Smain Lamari et
Issouli Mohamed, directeur de la Police Judiciaire à la DGSN.
Après son mariage avec la soeur des frères Mustapha
et Mohamed Moula de la wilaya de Blida, deux Kabyles propriétaires
d’une usine de parfumerie liés au Colonel Djebbar Mehenna
par une relation particulière, il avait été placé
comme chef de la police de la wilaya de Tizi Ouzou en 1998, avec l’appui
de Mehenna.
Gageons qu’il saura faire de nouvelles affaires juteuses dans
cette wilaya d’Oran où le crime prospère et où,
annonce-t-on, un système de vidéosurveillance va être
installé pour… « lutter contre la petite délinquance
». Ce qui laissera un peu plus les coudées franches à
la grande délinquance, en uniforme ou en civil.
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