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arabe - Algérie |
16/06/06 - Le journaliste Mohamed Benchicou libéré après avoir purgé la totalité de sa peine
Mohamed Benchicou, journaliste et directeur du défunt journal "Le Matin", est sorti mercredi matin de la prison d'El Harrach, après y avoir purgé une peine de deux ans de prison pour "transfert illégal de capitaux et infraction à la réglementation des changes", après la découverte de bons de caisse dans ses bagages à l'aéroport d'Alger, en août 2003. De très nombreuses personnes, au premier rang desquelles son épouse, Fatiha Benchicou, et de nombreux journalistes, étaient là pour attendre sa sortie. Mohamed Benchicou a été ovationné dès son apparition. Le journaliste libéré s'est ensuite dirigé vers la Maison de la presse Tahar Djaout, là où sont basés de nombreux journaux algériens à Belcourt, quartier populaire du centre d'Alger. Une prise de parole devant ses confrères et la remise du prix "Benchicou" de la plume libre aux deux lauréats, le Marocain Ali Lemrabet et Bachir Laârabi devaient avoir lieu. Condamné le 14 juin 2004 à deux ans de prison ferme et près de 24 millions de dinars algériens (283.000 euros), par le tribunal d'El Harrach (Alger), Mohamed Benchicou, n'a bénéficié d'aucune des remises de peine, grâces ou amnisties, qui se sont pourtant multipliées en Algérie. Il n'avait même pas bénéficié de la grâce présidentielle annoncée, début mai, au profit des journalistes condamnés définitivement pour des délits de presse. Depuis la condamnation de son directeur, le journal "Le Matin" a également été confronté à la justice, mis sous scellés avant d'être vendu aux enchères, alors que son tirage a été suspendu depuis le 23 juillet 2004. Une condamnation et une fermeture vivement dénoncées par les organisations de défense de la liberté de la presse. Mohamed Benchicou a plaidé non coupable, dénonçant à l'époque "une machination savamment orchestrée" contre lui, en raison de ses écrits, en général. E surtout de son livre, "Bouteflika : une imposture algérienne", véritable pamphlet consacré au président Bouteflika, alors en pleine campagne électorale. Au lendemain de la condamnation du directeur du "Matin", son avocat Khaled Bourayou avait déclaré que "la justice est totalement instrumentalisée. On a tenu compte plus de la qualité de Benchicou, parce que c'est un journaliste d'abord. Il exprime des opinions et des idées".
16/06/06 - 100.000 Algériens ont demandé la "réintégration" de la nationalité française en 2005
"Avoir des parents qui ont participé à la Deuxième Guerre mondiale sous la bannière de la France nouvre aucunement droit aux descendants à lobtention de la nationalité française", a déclaré Francis Heude mercredi lors dun déjeuner de presse. "Le dossier de nationalité ne dépend pas du consulat, mais du département de la population à Paris". En ce qui concerne la nouvelle procédure dobtention des visas, qui consiste à introduire la demande par téléphone afin déviter les longues files dattente devant les consulats, le consul général a affirmé que 49.000 demandes de rendez-vous et 12.000 demandes de renseignements avaient été enregistrés entre le 1er mai et le 14 juin. Il a ajouté que, pour ce qui était du trafic de visas
révélé récemment par la presse, deux employés
faussaires exerçant à lambassade de France à
Alger seraient jugés le 21 juin au tribunal correctionnel de
la capitale. Le massacre de Seddat : les armes chimiques au service de la « lutte antiterroriste » ?
L’Algérie est entrée de plain-pied dans la stratégie
sécuritaire des États-Unis pour la région du
Sahel et la région méditerranéenne. Considérée
après les attentats du 11 septembre comme « partenaire
clef » dans le cadre de la « guerre globale contre le
terrorisme », elle aurait convaincu les Occidentaux par les
« succès » de son armée dans son combat
contre le terrorisme. Quand on sait que l’armée algérienne
n’a pas su – ou plutôt n’a pas voulu –
traquer les égorgeurs qui avaient commis les terribles massacres
de 1997 et 1998 aux portes d’Alger, dans la zone militaire la
plus dense du pays, une telle appréciation ne peut que surprendre.
À moins que le rôle attribué à l’Algérie
dans les projets hégémoniques américains n’explique
cette attitude indulgente face aux abominables crimes commis par l’institution
militaire algérienne au nom de la lutte contre le terrorisme,
comme le laisse entendre ingénument le quotidien L’Expression
: « Pour Washington, […] il y a le fait de surveiller,
contrôler, de jour comme de nuit, et, au besoin, intercepter
et mettre hors d’état de nuire, tout danger qui peut
toucher les États-Unis ou ses intérêts, et qui
viendrait de la Méditerranée ou de la bande du Sahel.
Or, pour les deux missions, l’Algérie semble La manipulation du terrorisme au service d’une alliance stratégique du pouvoir algérien avec les États-Unis Il est vrai qu’en matière de respect des droits humains,
les États-Unis n’ont pas de leçons à donner.
Et c’est ainsi que les intérêts des deux pays se
recoupent à plus d’un titre. Mais si l’armée algérienne collectionne les bons
points pour sa lutte contre le terrorisme, elle se doit sans cesse
de le prouver. Malgré toutes les offensives militaires des
dernières années, malgré la loi sur la «
concorde civile » de 1999, malgré la « charte sur
la paix et la réconciliation nationale » de 2005, le
nombre des hommes en armes dans les maquis ne Apparut alors, au moment où l’Algérie devait
s’associer à la stratégie globale des États-Unis,
le GSPC. C’est avant tout la prise d’otage des touristes
européens début 2003 qui permit à ce groupe créé
en 1998 d’obtenir une stature internationale. De manière
surprenante, une organisation locale kabyle évolua dans un
Sahara réputé hostile pour ceux qui n’y sont pas
chez eux. Rapidement, des liens entre ce GSPC et la nébuleuse
Al-Qaida furent considérés comme établis et,
pour couronner le tout, des réseaux qui auraient été
liés au GSPC furent régulièrement démantelés
en Europe (pour ne citer que quelques exemples : affaire des attentats
projetés à Strasbourg en 2000, affaire des dites «
filières tchétchènes » en 2001 et 2002,
« affaire de la ricine » en Grande-Bretagne en 2002[3]
et affaire du réseau accusé d’avoir préparé
des attentats à Orly, dans le métro de Paris et Quant aux affaires de terrorisme en Algérie, les manipulations des services secrets algériens ne se comptent plus, et d’innombrables témoignages ont pu être rassemblés attestant du contrôle par des agents du DRS de nombreux groupes du GIA, surtout à partir de la fin de l’année 1994 (et de l’implication de ces groupes, à l’instigation des chefs du DRS, notamment ceux du CTRI de Blida, dans des massacres, en particulier ceux de 1997-1998)[4]. Pour de nombreux observateurs, l’infiltration et la manipulation du GSPC par le DRS est également chose entendue[5]. Cela ne signifie pas que des hommes en armes autonomes n’activent plus dans des maquis, mais leur force de frappe est certainement bien loin de ce que veut nous faire croire la propagande officielle. Et surtout, comment croire la fable parfaitement invraisemblable distillée depuis des années par les « correspondants » du DRS dans la presse algérienne, selon laquelle des forces de sécurité comportant des centaines de milliers d’hommes seraient incapables de venir à bout de quelques dizaines (ou centaines ?) de « maquisards » en perdition (aux motifs qu’ils activent dans des « forêts impénétrables » – que l’armée algérienne sait pourtant détruire au napalm quand elle le juge nécessaire – ou dans des « zones sahariennes » mal contrôlées – alors qu’elles sont très faciles à surveiller par voie aérienne). Car ce qui est certain, en revanche, c’est qu’un « résidu de terrorisme » est très utile au pouvoir algérien pour s’attirer les bonnes grâces de l’Occident afin de se voir conforté, au nom de la lutte antiterroriste, dans son rôle de gendarme régional, intégré à la stratégie militaire états-unienne (et européenne) dans le Sahara et en Méditerranée, visant à enrayer les flux migratoires venant du Sud et à contrôler ces régions riches en hydrocarbures et susceptibles de connaître d’importants mouvements de contestation dans l’avenir. Et le terrorisme « résiduel » est également bien utile pour justifier l’état d’urgence et les lois liberticides : celles-ci permettent de criminaliser la contestation syndicale et les émeutes à répétition qui touchent le pays depuis plusieurs années, alors que les milliards de pétrodollars sont dilapidés dans des projets d’éléphants blancs et, surtout, détournés par les circuits de corruption contrôlés, à leur profit principal, par les généraux d’Alger. La tuerie de la grotte de Seddat : contradictions et manipulations C’est dans ce contexte qu’il faut lire les informations publiées par la presse quotidienne algérienne, de mars à mai 2006, selon lesquelles l’armée a mené « l’une des plus importantes [opérations] qui s’inscrivent dans l’histoire de la lutte antiterroriste[6] » dans les monts de Seddat, dans la wilaya de Jijel. On apprend ainsi que, à l’issue de l’encerclement d’une grotte dans laquelle se seraient cachés des terroristes pendant plus de cinquante jours, un premier assaut de « quinze heures » lancé contre la grotte, « du mardi après-midi [9 mai] au lever du jour de mercredi [10 mai] », se serait soldé par la mort de nombreux « terroristes », dont des femmes et des enfants[7]. Dans les jours qui suivent, on va y revenir, le nombre de présumés terroristes tués diffère (de dix à cinquante) selon les sources, d’autant plus que certains journaux n’hésitent pas à inclure femmes et enfants dans la catégorie des « terroristes ». Dans cette affaire, les quotidiens algériens (francophones et arabophones) ont une fois de plus joué le rôle de relais de l’« information sécuritaire », sans se soucier de ses contradictions et invraisemblances. Dans ce cas comme dans bien d’autres, en effet, pour bien décrypter cette presse, il ne faut pas oublier la constante de la très longue tradition de désinformation du DRS, qui remonte au MALG de la guerre de libération (ancêtre de la Sécurité militaire, créée en 1962, rebaptisée DRS en septembre 1990) : les « informations » qu’elle diffuse comportent toujours une part de vérité gênante (en l’occurrence ici, le massacre de femmes et d’enfants) qu’il sera difficile d’occulter totalement, mais qui va être travestie de mensonges divers, et de préférence contradictoires, de façon à instiller le doute et la confusion, et à « dissoudre » cette vérité. Cette stratégie, on le sait, a fonctionné fort efficacement depuis 1992, pour couvrir la barbarie de la « sale guerre » menée par les généraux du DRS et de l’ANP. On est bien en présence, avec ce nouveau drame, de ce dispositif. Pour en rendre compte, les journaux algériens ne citent en effet que des « sources sécuritaires », qu’ils relaient complaisamment (aucun d’entre eux n’a évidemment mené une vraie enquête sur place, ce qui leur serait de toute façon interdit). Selon ces « sources », l’assaut de la grotte de Seddat serait l’aboutissement d’une vaste offensive, annoncée en grande pompe dès la fin mars 2006, « minutieusement préparée par le commandement militaire opérationnel de la wilaya et un fin travail d’investigations[8] ». Elle aurait été déclenchée suite à l’explosion d’une bombe artisanale ayant blessé six militaires en opération dans les monts Seddat[9]. Il est alors question de la présence en ces lieux d’un groupe qui, « affilié organiquement à la zone 6 du GSPC, comprend entre quatre-vingts et cent terroristes, que dirige un certain Abou Omeir Mustapha[10] ». C’est pourquoi a été lancée « cette vaste opération de ratissage nécessitant la mobilisation de milliers de militaires et des centaines de patriotes, soutenus par des unités aéroportées et une armada d’engins[11] ». Que constate-t-on à la fin de « cette opération
rigoureusement étudiée selon un plan d’attaque
des plus stratégiques, […] qui vient répondre
aux instructions du général-major de l’Armée
nationale populaire, Ahmed Gaïd Salah lui-même, qui avait
effectué une visite dans cette région le 27 avril dernier[12]
» ? Un massacre ! D’abord, le 11 mai, la presse annonce
que l’assaut effectué le 9 mai se serait soldé
par la mort de « dix terroristes », parmi lesquels trois
femmes et un adolescent de quinze ans[13]. Deux des hommes tués
seront ensuite présentés par les uns comme des chefs
de la phalange « katibat Arrahmane » affiliée au
GSPC et parmi eux Abou Omeir Mustapha[14], tandis que d’autres
les disent être l’émir et le prédicateur
du GSL, Groupe salafiste libre, une scission du GSPC[15] (certains
journaux distinguent bien les femmes et l’adolescent tués
des terroristes, mais Puis, le lundi 15 mai, Liberté nous apprend que, le samedi 13 : « Les forces de sécurité sont arrivées à hauteur de toutes les issues de la casemate longue de 1 kilomètre et construite sous forme de labyrinthe. C’est en arrivant au seuil de l’une de ces issues que les éclaireurs des forces spéciales feront la macabre découverte de vingt-huit cadavres de terroristes et de leur famille dans un état de décomposition avancée. » Et le journal précise qu’il s’agissait de quatre femmes et vingt et un enfants, ce qui réduit le nombre des présumés terroristes à trois ! Ces personnes auraient été « ligotées à des rochers minés », que les terroristes auraient fait exploser à distance, utilisant leurs propres familles comme « boucliers humains ». Un peu plus loin de ce charnier, les soldats auraient découvert trois autres cadavres de terroristes qui, toujours selon Liberté, auraient été liquidés par les leurs au moment où ils allaient se rendre. Le lendemain, quatorze autres corps auraient été trouvés dans une cave de la grotte, mais les journaux ne donnent pas plus de précisions[17]. Quel est donc le vrai bilan de ce massacre ? En recoupant les versions contradictoires des « sources sécuritaires » toujours citées par les quotidiens algériens, il semblerait que cinquante-deux personnes (dont vingt-deux enfants, sept femmes et vingt-trois terroristes présumés) auraient trouvé la mort[18]. L’Armée n’aurait tué que six terroristes dans l’assaut final, les autres étant – toujours selon la version officielle – tous morts par la faute de ces mêmes terroristes. Les quatre-vingts à cent terroristes annoncés au début de l’opération, fin mars 2006, n’auraient donc été en réalité que vingt-trois, dont seulement trois ont été identifiés comme faisant partie de groupes armés[19]. Des témoignages accablants sur l’usage d’armes chimiques Un bien étrange bilan, qui semble surtout montrer que les services du DRS n’ont pas ménagé leurs efforts pour masquer la responsabilité de l’armée dans ce massacre, où la majorité des victimes sont des femmes et des enfants. Toutes les précautions ont été prises afin que la vérité de cette opération reste cachée à l’opinion publique. Mais Algeria-Watch a reçu plusieurs témoignages d’habitants de la région, scandalisés par ce qu’ils ont vu et qui démentent totalement la version officielle. Des témoignages que nous n’avons évidemment pu vérifier sur place, mais qui semblent très plausibles et qui éclairent les contradictions (et les fragments de vérité) de la version officielle répercutée par la presse algérienne. Selon ces témoignages, le renseignement sur la présence d’hommes en armes et de leurs familles dans cette grotte de Seddat aurait été fourni par un repenti du GSPC qui se serait récemment rendu. Rapidement, les militaires et des miliciens ont encerclé l’endroit et ont découvert un tuyau d’eau qui servait à alimenter la grotte. Les forces spéciales sont arrivées quelques jours après l’interruption de cette alimentation en eau ; et grâce à des détecteurs de bruit, elles ont pu exactement localiser les occupants des lieux. Pendant plusieurs jours, les autorités militaires et civiles locales seraient venues quotidiennement sur les lieux, appelant les islamistes retranchés à se rendre, afin de bénéficier des dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale (ce qui révèle une autre aberration de la version officielle répercutée par certains journalistes, selon lesquels ces personnes seraient responsables de crimes les excluant d’office du bénéfice des dispositions de la Charte, alors même que les autorités n’étaient pas censées connaître précisément l’identité des occupants). Et l’opération semble effectivement avoir été considérée comme étant d’une grande importance, puisque les témoins confirment la venue du chef d’état-major Gaïd Salah, accompagné de l’attaché militaire de l’ambassade des États-Unis, sur les lieux où se préparait l’assaut final. Après l’assaut, nos témoins nous affirment que le commandant du secteur militaire de Jijel a interdit aux agents de la protection civile d’entrer dans la grotte avec des téléphones portables munis de caméra et qu’il a menacé de représailles ceux qui divulgueraient des informations sur ce qu’ils ont vu. Cela n’a pas empêché certains d’entre eux de parler discrètement autour d’eux et beaucoup, dans la région, sont désormais au courant de ce qui s’est passé. Qu’ont vu ces hommes au moment de l’évacuation des cadavres ? Ils en ont compté trente-sept, parmi lesquels vingt-deux enfants (dont le plus âgé n’avait pas quatorze ans), neuf femmes et six hommes. Les corps étaient rigides, pétrifiés dans des positions qui font dire à ces agents que des gaz toxiques ont été à l’origine de leur mort. Ils rapportent par exemple avoir vu une femme assise donnant un biberon à son enfant, avec à ses côtés deux enfants assis, tous les quatre figés dans le mouvement où la mort les a surpris. Les témoins ajoutent que les six cadavres d’hommes ont été transportés à la morgue afin d’être identifiés, mais que ceux des femmes et enfants ont été enterrés « sous X » au cimetière de Chekfa[20]. Comme pour réfuter par avance toute accusation d’utilisation de gaz toxique lors de l’assaut de la grotte dans laquelle se trouvaient femmes et enfants, le journal Liberté écrit, le 15 mai : « De la bataille de Seddat, qui sera certainement “soldée” dans les prochaines heures, ce qu’il faut surtout retenir, c’est que l’intégrisme garde toujours ce relais psychologique, où l’intox joue un rôle important. Juste après la découverte des vingt-huit cadavres samedi au soir, les relais du GSPC ont tenté de faire circuler l’information selon laquelle l’ANP aurait eu recours à des gaz lors de l’assaut. Seulement, la lutte antiterroriste ne se fait pas à huis clos. » Or, nous n’avons trouvé aucune trace du fait que le GSPC aurait fait état publiquement de l’utilisation de gaz toxiques. À notre connaissance, sur cette affaire, il existe seulement un « communiqué » du GSPC daté du 17 mai 2006, publié sur son site Web, où le groupe dénonce le massacre des femmes, enfants et invalides qui s’étaient réfugiés dans la grotte de Seddat, « désarmés mais décidés à ne pas se rendre aux autorités militaires » (ce qui est au demeurant parfaitement conforme avec la version officielle du DRS diffusée par la presse algérienne). Ce sont des personnes horrifiées par ce qu’elles ont vu sur les lieux du massacre qui nous ont transmis l’information. Il faut donc se demander si cette mention du journal Liberté n’est pas plutôt destinée à dissuader les témoins de ce crime de rapporter ce qu’ils ont vu. Deux semaines après ce massacre, les autorités algériennes continuaient par voie de presse de justifier cet assaut, en prétendant que « le démantèlement définitif du maquis terroriste de Seddat a permis, selon des sources sûres, d’éviter à Jijel un drame programmé. Le désormais ex-chef de la zone 6 du GSPC était sur place pour confier aux éléments de la phalange Ibad Errahmane la sale besogne de mettre Jijel à feu et à sang à quelques semaines de la saison estivale. Pour la sinistre cause, Abou Oumir avait l’intention de mettre les moyens avec pas moins de quarante mortiers “hebheb” et un mufti, officier exégète. Heureusement que le système de “veille” du dispositif national de lutte antiterroriste a anticipé le drame[21] ». L’annonce de ce prétendu projet d’attentat, déjoué à la dernière minute, rappelle le grand classique en la matière des tonitruantes déclarations d’autorités de divers pays occidentaux (un attentat « déjoué » sur le marché de Strasbourg, un autre à Orly et contre le siège de la DST, ou des « attaques chimiques » en France et en Grande-Bretagne), fortement impliquées elles aussi, comme on l’a vu, dans la « lutte antiterroriste ». Au moment des procès des personnes accusées dans ces affaires, persistaient tant de zones d’ombre – notamment sur le rôle joué par divers services secrets – qu’elles furent condamnées sur la base de présomptions plutôt que de preuves. Le pouvoir algérien, quant à lui, insiste, par le canal de sa presse aux ordres, sur la portée « for export » de cette menace prétendument déjouée : « Avec cette opération, il y a l’espoir de voir disparaître, huit mois après la promulgation de la loi pour la paix et la réconciliation nationale, ce fléau. Pour cela, les services de la lutte antisubversive croient en l’expérience acquise en quinze ans et celle probablement héritée des anciens combattants de la guerre de Libération, qui participent eux-mêmes à cette opération, vu leur connaissance parfaite des lieux. Après dix ans d’isolement, l’Algérie est aujourd’hui sollicitée par des États puissants, pour la formation de groupes d’intervention spécialisés dans la lutte antiterroriste[22]. » La présence d’un représentant de l’institution militaire américaine sur les lieux où a eu lieu cette attaque au gaz, si elle se confirme, montrerait que la coopération entre les deux pays s’étend au-delà des formations et manœuvres militaires communes. Plus inquiétant, il semble que le DRS planifie d’autres opérations de cette envergure et de nouveaux cadavres. Comment, en effet, interpréter autrement cet avertissement du quotidien L’Expression, le 23 mai : « Une semaine après la fin du ratissage opéré dans les maquis de Jijel, qui s’est soldé par l’élimination de dizaines de sanguinaires, terrés à Seddat dans la région de Chekfa, le commandement de la 5e Région militaire vient de déclencher trois opérations de ratissage parallèlement menées dans le maquis dense de Collo, faisant jonction avec les frontières administratives de la wilaya de Jijel. 8 000 soldats ont été mobilisés pour un nettoyage définitif des maquis, des opérations d’une extrême importance auxquelles participent des éléments des unités spéciales, des parachutistes et les forces héliportées. » La Charte pour la paix et la réconciliation nationale de septembre 2005 et ses ordonnances d’application de février 2006 (qui codifient l’impunité pour les forces de sécurité, toutes composantes confondues) interdisent d’évoquer les vrais responsables des crimes de la « tragédie nationale ». Cela signifie que la demande de commission d’enquête indépendante sur les crimes commis en Algérie est passible d’emprisonnement de trois à cinq ans. Cette commission d’enquête est pourtant plus que jamais d’actualité : sous couvert de réconciliation, massacres, disparitions forcées et torture restent la norme du pouvoir des généraux tortionnaires et corrompus. ------------------------------------------------------------------------ [1] L’Expression, 22 avril 2006.
27/05/06 - Abdelaziz Belkhadem remplace Ahmed Ouyahia et reconduit le gouvernement
Le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia a été
remplacé mercredi 24 mai par le ministre d'Etat et représentant
personnel du chef de l'Etat Abdelaziz Belkhadem, chargé de
former un nouveau gouvernement, selon un communiqué de la présidence
à Alger. Abdelaziz Belkhadem, 61 ans, secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) majoritaire à l'Assemblée et proche allié de M. Bouteflika, s'est déclaré "honoré de la confiance placée en lui", d'après APS. Il a annoncé que la composition de son équipe serait "connue sous peu" et qu'il entamait immédiatement des consultations. "Autant je suis fier de cette confiance, autant je suis conscient de la lourdeur de la tâche qui a été celle de mes frères prédécesseurs et qui sera celle de mes successeurs au service de la patrie", a ajouté le nouveau Premier ministre, cité par APS. "J'implore Dieu de nous assister dans cette tâche pour plus de succès." Ahmed Ouyahia, 53 ans, a de son côté affirmé à l'issue d'un entretien avec M. Bouteflika qu'il avait remercié ce dernier "pour la confiance témoignée et pour le soutien total apporté durant ces trois années". Il a exprimé au président son "soutien total pour la politique qu'il a imprimée notamment au sujet de la réconciliation nationale, du renforcement de la sécurité et de l'édification économique", et l'a assuré de son "appui permanent" dans la conduite des affaires du pays. L'ex-Premier ministre, qui avait succédé à Ali Benflis, alors patron du FLN et allié devenu rival d'Abdelaziz M. Bouteflika, est connu pour ses positions tranchées contre le terrorisme islamiste, alors qu'il était chargé de mettre en oeuvre la politique de réconciliation nationale du président algérien. Les Algériens ont en effet plébiscité le 29 septembre 2005 le projet présidentiel de "Charte pour la paix et la réconciliation nationale" offrant l'amnistie aux groupes armés qui accepteraient de renoncer à la violence, pour tourner la page des sanglantes années 1990. M. Ouyahia, également depuis 1999 secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), parti de la coalition présidentielle avec le FLN et le parti islamiste MSP, et réputé proche des services de sécurité, ne semblait en outre pas partisan d'une révision de la Constitution permettant pourtant à Abdelaziz Bouteflika, élu en 1999 et réélu en 2004 pour cinq ans, de briguer un troisième mandat à la tête de l'Etat, alors que le FLN a fait de cette révision une priorité. La dernière sortie officielle d'Ahmed Ouyahia remontait au
10 mai, à l'occasion du dernier conseil de gouvernement, et
l'absence du chef du gouvernement tout au long de la visite à
Alger de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan lundi et mardi a
alimenté les rumeurs de départ. Avant sa démission,
Ahmed Ouyahia s'apprêtait à se rendre à l'Assemblée
populaire nationale pour présenter sa déclaration de
politique générale. 25/05/06 - L'Algérie et ses idées noires
par Julia FICATIER, à Bentalha, La Croix, 22 mai 2006 Malgré une situation politique stabilisée, le souvenir de la guerre civile des années 1990 continue de hanter l'Algérie. De nombreux jeunes, qui se sentent étouffés entre le pouvoir et les islamistes, s'exilent ou se convertissent. Aujourdhui, Mohammed ne va pas bien. « La plupart du temps, je nai que des mauvaises nuits, soupire-t-il. Les souvenirs, ces terribles souvenirs, sont là, la nuit avec moi, ils ne me quittent pas. Ce sont mes cauchemars ! » Mohammed, qui porte un khamis blanc (longue robe traditionnelle) et une barbe courte, est lun des survivants du terrible massacre de Bentalha, survenu dans la nuit du 22 septembre 1997 à partir « de 22 h 45, là où la nuitest la plus sombre, jusquà 4 h 45 à laube du 23 septembre, avant que le soleil ne se lève », selon des horaires précis, notés par lui-même et sa famille. Il y a eu 521 morts et plus de 100 blessés. Son fils de 11 ans a été égorgé, ainsi que sa « chère, très chère épouse », dont deux des garçons, Amine et Selim, ont le sourire, tout en douceur. Neuf ans après, Mohammed, qui sest remarié, ses six enfants, dont sa fille Amal, qui se marie en juillet, tous des rescapés, ne peuvent pas oublier. Ils vivent toujours dans la peur des policiers, des militaires, nont confiance en personne, dautant quils sont les seuls survivants de leur rue à y demeurer encore. Une rue martyre où il y aurait eu au moins une centaine de morts. Seul est revenu le vieil « Ali » (1) qui avait fui Bentalha environ un mois avant le massacre : « Les terro, comme il les appelle, avaient laissé dans cette ruedes corps ensanglantés quil ne fallait pas toucher. Mon fils sen est un peu trop approché, et lun des terro qui contrôlaient la rue lui a tiré une balle dans la jambe. Le lendemain, nous avons fui. Heureusement, je nétais pas ici, la nuit du massacre. Mais ma maison a été brûlée. » "Heureux de vivre ici" La rue est toujours aussi défoncée, et toujours pas bitumée ; quand il pleut, cest vite la gadoue. Une petite épicerie est tenue par un nouvel habitant qui, dit-il, « est heureux de vivre ici ». Quelques maisons, toutes dun ou deux étages, sont envahies par de la vigne vierge et même des treilles, dont la couleur vert cru tente dégayer la rue. Elles sont habitées par de petits cadres moyens, fonctionnaires, qui ont pu acheter un terrain et y faire construire leurs maisons. Aujourdhui, rien ne différencie Bentalha de lun des nombreux quartiers de la périphérie dAlger. Grâce à un mécène, la ville a même son club de football, qui caracole en deuxième division, dans le championnat dAlgérie. Tout semble redevenu normal. Amine, le fils de Mohammed, qui avait 13 ans lors du massacre et qui est au chômage, ne veut pas quitter Bentalha, en « souvenir de son enfance heureuse, du temps où ma mère vivait ». Il y a des jours où le fragile jeune homme, qui en a « trop vu », se recroqueville sur lui-même. De la terrasse de la maison familiale, debout aux côtés de son père, il raconte son calvaire : « Quand ils sont arrivés cette nuit-là, jai sauté du deuxième étage dans la cour arrière, je me suis cassé le pied. Jai fait le mort, au milieu des cadavres, découpés à la hache, mutilés, brûlés, jetés par les fenêtres. Cétait affreux ! » Mohammed, agent sanitaire à la retraite, montre les figuiers florissants, très hauts, sur lesquels lui-même a sauté de la terrasse du deuxième étage, avec 40 autres personnes, des hommes, des femmes, des enfants qui lont suivi, fuyant à travers les cours. Les 35 autres qui étaient restées ont été égorgées. Mohammed a encore les mots « des égorgeurs » dans la tête. « Ils nous criaient : Dites, à votre Dieu de venir vous sauver. Quil fasse en sorte que vous ne soyez pas égorgés ! Voyez, il ne fait rien. » "Pourquoi vous nintervenez pas ?" Ces mots-là font dire à Mohammed, qui na pas cessé de réfléchir à la question : « Qui tue qui ? » « Les tueurs nétaient pas des islamistes. Je ny crois pas une seconde, surtout quils ont choisi les maisons dont ils savaient que les habitants donnaient à manger, ou de largent aux groupes armés islamistes qui frappaient à leurs portes. Jétais de ceux-là, je le reconnais ! Pourquoi aurais-je refusé, moi qui avais voté FIS (NDLR : le Front islamique du salut, dissous) ? Ceux qui nouvraient pas leurs portes aux islamistes ont été épargnés. » Le pire pour Mohammed, cest quand il est arrivé 20 mètres plus loin après avoir couru et quil a vu larmée postée là, au coin, ayant bouclé le quartier (le centre de la ville nayant pas été touché) : « Je leur ai crié : Pourquoi vous nintervenez pas ? Ils mont donné cette réponse qui pose question à tous les Algériens neuf ans après : Nous navons pas reçu lordre dintervenir ! Je me souviens dun jeune soldat qui sest mis à hurler, pleurant, cassant en deux son fusil, sur un mur, répétant : Pourquoi, pourquoi, avons-nous laissé tous ces gens mourir ? Celui-là, pauvre garçon, il a dû être liquidé », ajoute Mohammed. Car Mohammed, qui dessine avec une petite pierre, sur le sol de la terrasse, le plan de Bentalha, le nombre de casernes lentourant, au moins trois, a une certitude : « Les égorgeurs, au moins 200, ont sans aucun doute été liquidés, sinon quelquun aurait parlé, malgré la peur des représailles. Ce nétaient pas des militaires, jen suis sûr ! Cétaient des voyous, des trafiquants, qui avaient été libérés pour loccasion et des jeunes pupilles de la nation élevés par larmée, comme cela se passe chez nous en Algérie. Certes, ils venaient de loued El-Harrach, à travers les orangers, qui se trouvent au bout du lotissement, comme les groupes armés, basés dans ce que lon a appelé, le triangle noir. Mais ce nétaient pas eux, jen suis sûr. » Les généraux "nous ont sacrifiés par des massacres monstrueux" Pour lui, il le clame haut et fort, « des musulmans ne font pas ce genre de choses, ils négorgent pas des femmes, des enfants surtout ». Les responsables, il na aucun doute là-dessus, « ce sont les GIA, non pas les tristement célèbres Groupes islamiques armés, mais les groupes dintervention armés, qui dépendaient de la sécurité militaire, la SM, et qui ont le même sigle ». Il na pas peur de mettre en accusation le numéro un de la SM, Tewfik Mediène, et son second, Smaïn Lamari, tous deux généraux : « Ils nous ont sacrifiés par des massacres monstrueux pour en finir avec le terrorisme. Jai 58 ans, et jespère vivre jusquà ce que ces généraux-là passent en justice, ainsi que les 15 autres qui dirigent lAlgérie. Vous verrez, cela viendra. » La famille réunie autour de Mohammed acquiesce. Tous ont le même cri du cur : « Le président Bouteflika nous demande aujourdhui de pardonner au nom de la réconciliation nationale. Nous pouvons pardonner aux commandosdégorgeurs qui ont été manipulés, mais pas à ceux qui ont programmé les massacres. Cest impossible. Ceux-là gouvernent encore lAlgérie. Nous ne leur pardonnerons jamais. Il faut que justice se fasse. Cest tout. » (1) Le prénom a été changé. Le président Bouteflika et les islamistes 16 avril 1999 : élection du président Abdelaziz Bouteflika. 29 mai : premier discours à la nation. Le président, qui a été coopté par les militaires, tend la main aux groupes islamistes armés. 6 juin : lArmée islamiste du salut, bras armé du Front islamiste du salut (FIS, dissous), en trêve depuis octobre 1997, dépose les armes. Six jours plus tard, le chef du FIS, Abassi Madani, appelle à larrêt de la violence. 6 juillet : grâce présidentielle pour 2 300 détenus islamistes. 16 septembre : première étape du processus de réconciliation. Lors dun référendum, la loi sur la concorde civile prévoyant une amnistie partielle des islamistes armés nayant « pas commis des massacres collectifs, des viols ou encore des attentats à lexplosif » est approuvée par 98,63 % des votants. Son application est limitée à six mois jusquau 13 janvier 2000. 8 avril 2004 : le président est élu pour un second mandat avec 84,99 % des suffrages. 5 600 prisonniers sont libérés dont en majorité des islamistes, une suite de la « concorde nationale ». 29 septembre 2005 : deuxième étape, lors dun second référendum, les Algériens adoptent par 97,38 % des voix la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Le taux de participation est de 79,76 %. La Charte prévoit lextinction des poursuites judiciaires à lencontre de tous les individus « qui mettent fin à leur activité armée et remettent les armes en leur possession ». Le texte prévoit aussi dindemniser « les victimes du terrorisme » et les familles des disparus. 28 février 2006 : selon les décrets dapplication de la Charte, « aucune poursuite ne peut être engagée, à titre individuel ou collectif, à lencontre des éléments de défense ou de sécurité » (art. 45). Est puni dun emprisonnement de 3 à 5 ans et dune amende, quiconque par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale (art 46). L'ANP élimine dix terroristes à Jijel
par MOURAD BOUCHAMA/ M. KEZZAR, Liberté, Alger, 11 mai 2006
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