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Monde arabe - Algérie
 

Karakouz algéro-libyen sur fond de rivalité franco-US après l'Appel de Tombouctou de Kadhafi


On a très mal pris, à Alger, l'Appel lancé à Tombouctou par Kadhafi aux tribus du sahara à constituer un "Grand Sahara". Cet appel, lancé en présence de cinq chefs d'État africains et de nombreux invités, dont le leader de la Nation of Islam usaméricaine Louis Farrakhan, est-il simplement une nouvelle lubie du fantasque colonel ? Il semble qu'il s'agisse en fait du recyclage d'un vieux projet du 2ème Bureau français, qui, vers la fin de la guerre d'indépendance algérienne, avait envisagé la création d'une République du Sahara pour permettre à la France de garder le contrôle sur les réserves de pétrole et d'uranium. Le colonel, avec le discret soutien français, semble donc vouloir damer le pion aux USA, qui sont en grandes manoeuvres dans toute la zone sahélo-saharienne, et comptent désormais l'Algérie parmi leurs grands alliés régionaux, aux côtés du Maroc et du Mali. On a d'autrant plus mal pris, à Alger l'Appel de Tombouctou qu'au même moment, le ministre des Affaires étrangères se trouvait en visite officielle à Washington. Si le gouvernement algérien a gardé le silence, la presse à ses ordres ne s'est pas privée de commentaires. Le plus burlesque est celui de l'Amenokal (chef traditionnel) de Tamanrasset, qui est en même temps député du RND, le parti du Premier ministre Ouyahia. Un vrai personnage de karakouz (théâtre traditionnel de marionnettes d'origine turque), du moins tel qu'il est mis en scène par le quotidien El Watan (NDLR Quibla).

 

L'Amenokal des Touareg répond au colonel El Kadhafi : « Je refuse toute intervention étrangère »


par Cherfaoui Zine , El Watan (avec APS), 15 avril 2006
L'invitation adressée aux grandes tribus du désert, lundi dernier, à partir de Tombouctou (nord du Mali), par le guide de la Révolution libyenne, Mouammar El Kadhafi, pour bâtir « un grand Sahara » restera sans aucun doute dans les annales de l'histoire. Cela non pas pour le succès qu'elle connaît.
En ce sens, c'est plutôt le contraire qui s'est produit. Les historiens et les chroniqueurs de presse se souviendront surtout de la célérité avec laquelle celle-ci a été enterrée.
Et ainsi qu'il fallait s'y attendre, le rejet le plus résolu et le plus franc au projet du colonel El Kadhafi est venu de l'Amenokal des Touareg, en personne. Sollicité, durant le week-end, à Tamanrasset où il vit avec sa famille, pour avoir son opinion sur l'idée du colonel El Kadhafi de convaincre les grandes tribus du désert (dont celle des Touareg) de « reconstituer le Grand Sahara », à travers la signature d'un pacte, le « responsable du Har », Ahmed Edaber, n'a pas eu besoin de réfléchir pour donner sa réponse. D'une voix sûre et tranchante, le regard foudroyant et le doigt pointé vers le ciel, l'Amenokal des Touareg a tenu à se faire définitivement comprendre : « Que les étrangers ne comptent pas sur moi pour remettre en cause le serment prêté par l'Amenokal Bey, au moment où le colonialisme français cherchait à diviser le Sahara, de veiller à garder l'Algérie une et indivisible. » « C'est ma position et ce sera ma position », a-t-il fermement déclaré. Par conséquent, a-t-il souligné, « en ma qualité de responsable du Hoggar, j'interdis à un quelconque Président et à n'importe qui d'autre de venir discuter avec moi sans avoir eu au préalable l'autorisation de mon président Abdelaziz Bouteflika ». Et de préciser encore : « Je ne parlerai à un étranger que si le président Bouteflika me le demandait. » Assurant qu'il n'accordait aucune importance à l'annonce faite par le Guide de la Révolution libyenne, Ahmed Edaber a insisté sur l'idée, par ailleurs, qu'il s'opposera « à l'intervention des étrangers par Aïn Guezzam ou par le Sahara ». « Seul un Algérien a le droit de rentrer par Aïn Guezzam », a-t-il poursuivi. Profitant de l'opportunité, le guide des Touareg a appelé « les jeunes Algériens à honorer le sang versé par les chouhada et à ne pas oublier les immenses sacrifices consentis par les moudjahidine pour que vive une Algérie une et indivisible ». A ce propos, il rappellera la résistance farouche opposée par l'Amenokal Bey Ag Akhamoukh, à la fin des années 1950, au projet de la France de diviser le Sahara algérien. « Je reste plus que jamais fidèle au principe, défendu par l'Amenokal Bey, de l'indivisibilité du territoire. Je refuse toute intervention étrangère à partir du Sahara », a-t-il martelé une nouvelle fois avec force. Et de conclure : « Mon pays est l'Algérie et restera l'Algérie. Je suis au service de l'Algérie. »

Message d'El Kadhafi à Bouteflika


Le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, a reçu un message adressé par le Guide de la Révolution libyenne, le colonel Maâmar El Kadhafi, alors qu'il traversait l'espace aérien algérien, en provenance du Mali pour regagner Tripoli. « Alors que nous traversons de nouveau l'espace aérien de l'Algérie frère pour regagner (la Libye), nous vous adressons nos salutations et nos souhaits de santé, de bonheur et de succès », écrit le colonel El Kadhafi dans son message.

Edaber, nouvel amenokal des Touareg -


Le nouvel amenokal des tribus touareg, Edaber Ahmed Ben Mohamed, 59 ans, a été installé, vendredi dernier, lors d'une cérémonie qui s'est déroulée à Tamanrasset, à 2000 km au sud d'Alger en remplacement de Hadj Moussa Akhamoukh, qui était sénateur RND, décédé en décembre 2005, a indiqué l'APS.
Au cours de cette cérémonie tenue conformément aux us et m¦urs des tribus touareg, il a été procédé à la lecture du communiqué final de la dernière réunion des chefs de tribus sanctionnant une série de rencontres consultatives à partir desquelles il a été procédé à la désignation, à l'unanimité, de Edaber Ahmed Ben Mohamed, également député RND. Edaber Ahmed Ben Mohamed a appelé, après son installation, tous les Touareg à contribuer à « ¦uvrer pour le développement de l'Algérie », a rapporté l'APS. « Ma première mission est de représenter les tribus devant l'administration », nous a indiqué hier le nouvel amenokal. La commission d'installation a précisé, en marge de la cérémonie, que deux candidatures avaient été présentées à cette fonction, en l'occurrence celles de Edaber Ahmed Ben Mohamed et du fils de l'amenokal défunt, Akhamoukh Mohamed.


Adlène Meddi, El Watan,5 mars 2006 :

Les sept confédérations touarègues
Traditionnellement, il existe sept confédérations touarègues :
1. Ahaggar (Algérie, Niger)
2. Ajjer (Libye, Algérie)
3. Aïr (Niger)
4. Azawagh (Niger, Mali)
5. Adghagh (Mali)
6. Tadamakkat (Mali)
7. Oudalan (Burkina-Faso)

Organisation
Durant des siècles, ces confédérations avaient chacune un chef, nommé amenokal. Il avait à charge la protection de tribus et gérait les conflits entre elles (les zones de pâturage, le contrôle du commerce caravanier, etc.).
Chaque confédération était composée de plusieurs tribus et, en général, subdivisée en plusieurs castes :
les guerriers, appelés : imouhagh, imoushagh, imajighen, selon les régions.
les religieux : ineslmen
les vassaux : imghad
les artisans : inadhan
les serviteurs : eklan

Aujourd'hui
Actuellement, cette organisation en castes tend à disparaître au profit d'une structure sociale moins rigide où la seule référence est l'identité touarègue (temoust).
Source : http://www.temoust.org

 

Elle exhibe le vieux traité d'amitié américano-algérien : quand Condoleezza Rice nargue Paris


par v, El Watan, 15 avril 2006
Moins d'une semaine après l'échec du ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, de réanimer le projet du traité d'amitié devant être signé avec l'Algérie, Condoleezza Rice exhibe devant les caméras l'autre traité d'amitié paraphé voilà plus de deux siècles (1795) entre la régence turque d'Alger et les autorités américaines.
Loin d'être une simple coquetterie politique, ce geste symbolique de la secrétaire d'Etat des USA, qui remettait mercredi 12 avril une copie de ce fameux traité à son homologue algérien Mohamed Bedjaoui, est quelque part un pied de nez à la France qui, elle, peine à convaincre Alger. Nous avons réussi il y a longtemps là où vous venez d'échouer, semble suggérer ce message de Condoleezza Rice, qui s'adresse à la France. C'est qu'aux yeux des Américains, il n'y avait pas meilleure façon de clore une visite officielle du ministre algérien des AE quelques jours seulement après la fin en queue de poisson de M. Douste-Blazy à Alger.
Le souci de Washington de narguer diplomatiquement Paris est évident. Que France 3 évoque dans son journal de jeudi soir le crochet américain de Bedjaoui et qu'elle remette au goût du jour la question de l'impunité liée à l'application de la charte pour la réconciliation pour faire pression sur Alger est tout à fait attendu. Sans doute, sevrées de la froideur de l'Algérie par rapport au paraphe « ici et maintenant » du traité, les autorités françaises, par doses homéopathiques, entament une campagne médiatique, qui ne plairait pas forcément à Alger. Une espèce de guerre psychologique qui, espèrent-il, ferait revenir l'Algérie à de meilleurs sentiments. Cela étant dit, s'il est vrai que la France et l'Algérie, de par l'histoire et la géographie, ne peuvent se tourner indéfiniment le dos, il est tout aussi vrai que l'Algérie, financièrement à l'aise, voudrait se payer une cure d'opposition à la France chez l'Oncle Sam, ne serait-ce que pour pousser Paris à balayer devant sa porte.
En l'occurrence, les questions de la libre circulation des biens et des personnes, le lourd passif colonial et le soutien de Paris à Rabat dans l'affaire du Sahara-Occidental ne sont pas de nature à détendre l'atmosphère entre les deux pays, mais surtout à rassurer Alger sur les futures intentions de Paris.
Le rapprochement stratégique de l'Algérie avec les USA, bien qu'il cadre parfaitement avec l'option multilatérale de partenariat qu'elle a adoptée, n'est pas une manière de suggérer à la France de revoir sa copie. Cela irrite sans doute, et au plus haut point, Paris qui s'accroche à ce qu'elle considère comme une « chasse gardée ».
« J'ai tiré comme conclusion de ce voyage qu'il aura été tout à fait fructueux, et qu'il permet d'entrevoir encore de belles perspectives, notamment sur les plans économique, diplomatique, sécuritaire, militaire et politique ». Cette déclaration de Mohamed Bedjaoui, de retour de Washington, fera certainement les choux gras de la presse hexagonale si friande dès qu'il s'agit de l'Algérie. D'autant plus que le ministre des AE a mis l'accent sur la prise de conscience des Américains de la nécessité pour les opérateurs économiques d'identifier les niches d'opportunité en Algérie pour diversifier les échanges bilatéraux et leur donner plus d'étendue, mais aussi de durée et de pérennité. Le chassé-croisé diplomatique entre Alger et Washington est donc loin de relever du tourisme politique, mais dénote d'une réelle volonté de resserrer les liens autour des intérêts profitables aux deux pays. La preuve ? Condoleezza Rice et Mohamed Bedjaoui se sont accordés sur la nécessité « d'élargir la concertation en lui donnant surtout un socle juridique et ouvrir la coopération bilatérale à l'ensemble des secteurs où les deux pays possèdent des complémentarités avérées dans l'optique d'un intérêt mutuellement bénéfique ». La volonté de l'Algérie de s'émanciper diplomatiquement de la mainmise française constitue la pierre angulaire de la politique étrangère de Bouteflika, qui privilégie désormais l'approche pragmatique à celle historique.

 

 

Lutte contre la contrebande et la criminalité : la Gendarmerie ratisse l'est du pays


par Mustapha Rachidiou , El Watan, 15 avril 2006
Sous le regard aigu du colonel Ayoub, président de la cellule de communication au commandement de la Gendarmerie nationale, ces opérations ont permis à la presse nationale de constater de visu les fléaux sociaux qui gangrènent l'est du pays, bien que de moindre ampleur qu'à l'Ouest.
Le périple a commencé à la gare d'Alger en ce mercredi 5 avril. Il est 20h45 et le train rapide s'ébranle pour rejoindre Annaba. Nous prenons place à côté des éléments de la gendarmerie, dans le dernier wagon en compagnie de la police des trains, relevant de la SNTF. Les aboiements d'un chien berger sniffeur provoquent la curiosité des présents. A chaque escale du train, des éléments de la police des trains guettent le moindre geste dans les arrêts. A Réghaïa, l'effectif se renforce par un groupe d'intervention et de réserve (GIR). A 22h environ, la fouille commence. Les gendarmes et la police des trains passent au peigne fin les wagons. Toute personne suspecte est soumise au contrôle. Seul le wagon familial est épargné par cette inspection. Heureusement, aucun malfaiteur n'était à bord du train cette nuit-là. Mourad, 30 ans, est un habitué du train. Il avoue que la situation s'est sensiblement améliorée. « Ce n'est plus comme les années 1990 où prendre un train relève d'une mission dangereuse », dit-il. Nabil, lui, trouve le prix du ticket exorbitant et se plaint également des conditions d'hygiène dans les wagons. Par ailleurs, le chef de la police des trains, tenue modeste qui nous rappelle la police communale, déplore le manque de moyens pour ses éléments comparativement à la Gendarmerie nationale. « Nous travaillons dans des conditions difficiles. On veut des talkies-walkies, des tenues neuves et des moyens de lutte conséquents », dira-t-il, non sans regret. Parfois, ces policiers font face à des situations si difficiles qu'ils s'exposent à des dangers réels. Certains voyageurs sont des malades mentaux et ne font qu'aller et revenir dans les trains. D'autres s'adonnent à des boissons alcoolisées et portent des armes blanches. Certains encore sont des chômeurs et ne paient pas les frais du voyage. C'est dire que la maîtrise de la contrebande qui s'étale notamment durant la nuit est tributaire d'une coopération avec la gendarmerie. Ainsi, les patrouilles de la gendarmerie sont appelées à devenir régulières. A 2h, notre voyage se termine à Sétif et le travail de la gendarmerie ne fait que commencer.

Prostitution à Sétif

Après une préparation minutieuse durant la matinée de jeudi, le groupement de la gendarmerie a réussi, vers 17h, un véritable assaut sur un hangar qui échappe, au demeurant, à tout ¦il anodin. Plongé dans une large ferme et clôturé par des parpaings, ce lieu est transformé en un « cabaret à ciel ouvert » : consommation des boissons alcoolisées et prostitution en toute clandestinité. La gendarmerie a quadrillé les lieux et pénétré la forteresse des malfaiteurs. La capture a été importante. Une centaine d'hommes en état d'ivresse avec, pour certains, port d'armes blanches et 11 jeunes femmes prostituées, toutes des récidivistes. Djamila, 23 ans, tenue légère et peau raidie raconte : « Je suis universitaire et j'ai décroché un contrat dans une société. Une fois le contrat expiré, toutes les portes m'ont été fermées. Pour pouvoir faire vivre ma famille, j'étais contrainte de vendre mon corps. Que voulez-vous, je n'ai aucun choix. » Le même motif revient comme un refrain dans la bouche des jeunes filles : les mauvaises conditions sociales. Selon le chef de l'opération, le responsable de ce hangar a obtenu une autorisation pour vendre des boissons alcoolisées en gros alors qu'il les vend en détail en rassemblant des jeunes prostituées sur les lieux. Ainsi, après examen de la situation, la gendarmerie saisira le wali pour un arrêté de fermeture.

Agressions à Batna et à Biskra

A notre arrivée à Batna, samedi après-midi, le groupement de la gendarmerie, appuyé par des éléments de la Sûreté nationale, a mobilisé l'ensemble de ses forces pour quadriller le centre-ville, notamment les deux gares routières, qui constituent un lit pour la criminalité et la contrebande. Dans la nouvelle gare routière, la police judiciaire et la brigade ne laissent aucun fourgon échapper au contrôle. Après 10 minutes d'inspection, un gendarme a mis la main sur un jeune adolescent avec une plaque de drogue et une arme blanche. Le jeune avoue qu'il est étudiant universitaire. A l'ancienne gare routière, un autre jeune homme a été intercepté avec une bombe lacrymogène. Il a, aussitôt, été arrêté. Selon les dires du lieutenant-colonel, Zakaria, chef du groupement de wilaya, le fait saillant à Batna est l'agression contre les personnes avec 7 crimes et 252 délits durant le 1er trimestre 2006. 30 personnes ont été incarcérées et 307 mises en liberté provisoire. Sur un autre registre, et pour la même période, Batna a enregistré 167 accidents de la circulation avec 17 morts. Il a été procédé à 365 retraits de permis de conduire et 7062 amendes forfaitaires. Cependant, avoue le lieutenant-colonel, 78,47 % n'ont pas été payées et elles doivent être prises en charge par la justice. La dernière halte de la gendarmerie a été la porte du Sahara, Biskra, où, après une patrouille inopinée, 2 personnes qui vendaient des boissons alcoolisées à l'intérieur de leur maison ont été arrêtées la veille du Mawlid Ennabaoui. 377 canettes de bière et 50 bouteilles de vin ont été saisies. La brigade de la sécurité routière a saisi 25 motos qui ont été mises en fourrière. Dans la même journée du lundi, 12 personnes arrêtées ont été relaxées suite aux instructions du procureur. Le crime contre les personnes constitue, là aussi, la priorité de la gendarmerie avec 7 crimes et 136 délits pour le 1er trimestre 2006. Durant cette échéance, 7,454 kg de kif traité et 670 psychotropes ont été saisis. S'agissant de la circulation routière, 19 morts et 166 blessés sont à déplorer pour le 1er trimestre 2006. Un bilan qui reste similaire à celui de 2005. Cette semaine, qui coïncide avec la fête du Mawlid, a permis la récupération par la gendarmerie d'une grande quantité de produits pyrotechniques dans les trois wilayas. Selon les déclarations du colonel Ayoub, ces trois wilayas restent relativement à l'abri des malfaiteurs comparativement à Oran ou Annaba.

 

Traité d'amitié entre l'Algérie et la France : La presse parisienne explique les raisons du blocage


L'échec de la relance du projet du traité d'amitié entre l'Algérie et la France, qui devait être signé en 2005, à l'issue de la visite, cette semaine en Algérie, du chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, était largement commenté par les quotidiens français parus hier.
Ils se sont étalés sur les raisons ayant conduit à l'échec du ministre français des Affaires étrangères dans sa mission à Alger. Une mission consistant à promouvoir « le partenariat d'exception » entre les deux pays et à faire relancer les discussions en vue de la signature de ce traité. « Bloqué », « en panne » et « ajourné » sont les qualificatifs utilisés par Le Monde, Libération, Le Figaro et l'Humanité pour évoquer l'impasse caractérisant les pourparlers entre Alger et Paris sur ce sujet. Les raisons évoquées sont multiples : la loi du 23 février 2005 glorifiant le passé colonial français, la question des harkis, le problème des visas et le différend sur le conflit du Sahara-Occidental. « Le traité d'amitié n'est pas pour demain » titre Libération. Citant les déclarations des ministres algériens et français, le journal a conclu que « le traité d'amitié est totalement bloqué ». Dans son édition du 10 avril, le même journal avait prédit l'ajournement de ce traité jusqu'à la présidentielle de 2007 en France. « Le traité d'amitié est en fait totalement bloqué et tout indique que, sauf miracle, il le restera jusqu'à la présidentielle de 2007 », précise le rédacteur de l'article. En sus des raisons précitées, Libération explique également le gel de ce traité par le « manque d'empressement français à livrer directement du matériel militaire sophistiqué à l'Algérie pendant la guerre civile ». Ceci avant de conclure que l'Algérie, connaissant une embellie financière, « fait monter les enchères » en sachant que la France « ne veut pas rater sa part du marché algérien et rester à la traîne » au moment où les grandes puissances se bousculent au portillon. Pour Le Figaro, « le traité d'amitié vient de subir un nouveau revers ». Ce quotidien proche de la droite française estime que les explications avancées par Mohamed Bedjaoui, ministre des Affaires étrangères algérien, s'apparentent à « un renoncement » à la signature de ce pacte. M. Douste-Blazy, selon le journaliste, a « entretenu la flamme pour tenter de remettre sur rails un projet mis à mal en France comme en Algérie par des péripéties de politique intérieure ». Les deux pays, a-t-il souligné, ont les pires difficultés à purger le passé, notamment les questions de l'occupation française et les harkis. « Alger garde durablement ses distances avec Paris », souligne Le Figaro. Les exigences posées par le président Bouteflika, concernant la simplification des procédures de visa octroyées et l'approfondissement du travail de mémoire témoignent « du manque flagrant d'enthousiasme des responsables algériens ». Même conclusion chez Le Monde, pour qui l'enthousiasme né de la visite d'Etat de Jacques Chirac en Algérie, en mars 2003, « semble bel et bien retombé ». La question des visas, selon Le Monde, est « au centre de la crispation actuelle entre les deux capitales ».
Source : http://www.elwatan.com/2006-04-12/2006-04-12-40332, 12 avril 2006

 

 

Algérie-USA : Bedjaoui à Washington


Mohamed Bedjaoui, ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères, entreprend, à partir d'aujourd'hui, une visite officielle aux Etats-Unis d'Amérique, a indiqué hier un communiqué de son département ministériel.
Cette visite, au cours de laquelle M. Bedjaoui rencontrera notamment la secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, sera une occasion d'approfondir le dialogue et élargir la concertation pour instaurer une plus grande coopération et un partenariat mutuellement bénéfique entre l'Algérie et les Etats-Unis, relèvent des experts à Washington. La visite de M. Bedjaoui, qui se situe dans le prolongement des visites de nombreuses personnalités politiques américaines à Alger ces derniers mois, devra permettre notamment aux deux ministres des Affaires étrangères d'aborder une multitude de thèmes politiques se rapportant non seulement aux relations bilatérales, mais également à la situation qui prévaut sur la scène internationale. Le chef de la diplomatie algérienne devrait également expliquer à ses différents interlocuteurs la volonté des autorités algériennes de mener à terme le processus des réformes politiques et économiques. Les nombreux messages échangés entre les présidents Abdelaziz Bouteflika et George W. Bush, et leurs différentes rencontres, notamment lors de la visite officielle du chef de l'Etat aux Etats-Unis, en juillet 2001, confirment, si besoin est, la volonté des deux hauts dirigeants de continuer à ¦uvrer au développement des relations algéro-américaines, à leur approfondissement et à leur ouverture à tous les domaines de coopération et d'échanges.
Source : http://www.elwatan.com/2006-04-12/2006-04-12-40333, 12 avril 2006

 


Rappelés pour combattre le terrorisme : les réservistes de Mila délaissés


par v, El Watan, 12 avril 2006
Est édifiante, à ce titre, l'émergence d'une catégorie de victimes du terrorisme qui a décidé de briser les murs du silence pour crier à la face des autorités (civiles et militaires) son exclusion et sa mise en quarantaine en ces moments euphoriques de réconciliation nationale.
Il s'agit de centaines de jeunes réservistes de la wilaya de Mila rappelés dans le cadre de la lutte antiterroriste entre les années 1995 et 1999. Ces derniers, du moins pour ceux qui auront survécu à la nébuleuse terroriste, se sont constitués en association de wilaya pour la réintégration des jeunes du service militaire, communément appelée MOB (abréviation de mobilisation) afin de mieux se faire entendre et faire valoir leurs droits à la réinsertion sociale tant promise. De près d'un millier d'adhérents, à sa création en novembre 2002, les effectifs du MOB, dont le siège est basé à Oued Athmenia, sont passés à 1200 éléments dont 10 à 15% ont laissé leur vie lors des combats sanglants et des opérations de ratissage et 80% sont des cas sociaux avérés, affirme le président de l'association, Bourahla Bendaoud. « Un père de 4 enfants, originaire de Mila, s'est vu attribuer une pension de... 7000 DA, après avoir perdu les deux yeux dans une embuscade », enchaîne à son tour le trésorier du MOB, Mouloud Kassah Laouar. Vers la fin 1999 (année de la reddition et de l'amnistie), ils étaient, contre toute attente, des centaines à perdre leurs emplois. Pis encore, beaucoup d'entre eux sont revenus avec des séquelles physiques et une fragilité psychologique (traumatismes psychiques, dépressions nerveuses, invalidité ou impotence, etc.).

Les oubliés de la tragédie nationale
Le choix du poste à occuper porté sur les fiches de v¦ux par les réservistes avant leur départ pour le maquis ne serait qu'un prisme déformant, selon les membres de cette association, en dépit d'une instruction particulière émanant du commandement de la 5e Région militaire recommandant aux walis d'alors leur prise en charge en priorité, en matière d'emploi notamment. Les oubliés de la tragédie nationale de la wilaya de Mila rappelés pour protéger les populations des communes et des douars isolés sont restés sur le carreau et la majorité de cette catégorie vit dans le dénuement total. Ils n'ont pourtant pas rechigné devant l'appel du devoir national et nombreux sont ceux qui ont payé le prix fort de leur engagement pour la patrie. Mais voilà qu'à la faveur de la paix retrouvée, « toutes les promesses d'un statut social décent se sont volatilisées », résume le président de l'association MOB. Et de marteler : « Il y a des familles qui comptent deux, voire trois éléments rappelés et certains membres de l'association se sont vu même refuser des demandes pour faire partie de la garde communale. Nous avons tout au plus réussi à dégoter une quinzaine d'emplois au niveau du barrage réservoir de Oued Athmenia, mais est-ce une fin en soi lorsque le besoin d'un travail se fait sentir pour près d'un millier d'adhérents ? » Toutes les démarches entreprises auprès de l'ex-wali de Mila, tout comme les correspondances adressées aux autorités militaires compétentes, seraient restées lettre morte, ajoutent nos interlocuteurs.
Source : http://www.elwatan.com/2006-04-12/2006-04-12-40321

 

 

Candidature de l'Algérie au Conseil des droits de l'Homme des Nations unies


L'Algérie a décidé de présenter sa candidature aux élections pour la constituion du Conseil des Drots de l'Homme des Nations unies, qui auront lieu le 9 mai prochain. Lire le lettre de la Mission permanente de l'Algérie à l'ONU au président de l'Assemblée générale :
http://www.algeria-watch.de/pdf/pdf_fr/presentation_candidature_dz.pdf

 

 

Ubu roi d'Alger : la candidature de l'Algérie aux élections du Conseil des Droits de l'Homme


par Justitia Universalis, La Haye, 8 avril 2006

Après avoir décrété, dans l'indifférence de la population, la mise en ¦uvre de la « Charte de paix et de réconciliation » garantissant l'impunité aux criminels encore au pouvoir, en retraite et/ou convertis aux affaires, Charte encouragée par l'ignominieuse déclaration du président du Parlement européen ­ qui n'a pas eu le courage de répondre à la lettre que lui a adressé la Coordination Nationale des Familles de Disparus ­ le régime algérien vient de franchir un nouveau pas dans l'arrogance et l'absurde en se posant comme exemple d'un Etat de droit.

L'Algérie et le droit international
A lire les motivations d'ordre juridique de la demande de cette candidature, on croirait volontiers que l'Algérie « a toujours inscrit dans ses priorités la promotion des droits de l'Homme ».Qui dit mieux ? N'est-ce pas l'Algérie qui, une décennie après l'annulation des premières élections libres de son histoire, peut afficher un bilan à faire pâlir de jalousie Pinochet et Videla réunis ? 150 000 à 250 000 morts, des milliers de disparus, sans oublier des dizaines de milliers de traumatisés à vie que sont les familles de disparus, les torturés et les violés. Et que dire de l'instauration des cours spéciales inspirées du régime de Vichy ? Les victimes se reconnaîtront-elles dans cet Etat ? Elles viennent justement, par cet oukase, se voir fermer toute possibilité de recours à la justice et, les familles de disparus, « conviées à venir chercher le certificat de décès » sont sommées de se taire, sous peine de poursuites pénales.

Est-ce bien en Algérie que l'on a installé une Commission « indépendante » de promotion des droits de l'Homme qui, en cinq ans d'existence, n'a pas été capable ­ ou n'a pas eu la volonté ­ d'enquêter sur un seul un cas de disparition forcée ? Qui plus est, son président, M. Ksentini, n'hésite pas à affirmer que le crime de disparition est prescriptible ? Un piteux exemple de la prétendue « adhésion aux instruments juridiques internationaux en matière de droits de l'homme [qui] a permis [à l'Algérie] de poursuivre graduellement la mise à niveau de sa législation nationale par rapport aux standards internationaux. »


La presse algérienne

On veut bien admettre que, depuis la fin des années quatre-vingts, « la presse se distingue par sa variété, sa richesse et la liberté de son ton » mais force est de constater que les tribunaux jugeant et emprisonnant les journalistes ne désemplissent pas. Les affaires les plus récentes datent de ce mois d'avril même. Oui, en Algérie, on peut être journaliste, à condition d'être au moins révérencieux, ou mieux encore, un « chien de garde ». Après avoir des années durant, comme M. Benchicou, directeur du défunt quotidien Le Matin, l'a affirmé lui-même, « pris la défense [de l'armée] en de nombreuses circonstances, notamment dans le débat du « qui tue qui » et qui, (enfin !) pris de doutes, assène que « la hiérarchie militaire ne doit plus compter sur nous pour transmettre ses messages ». Ce journaliste « repenti » se trouve aujourd'hui écroué pour crime de lèse-majesté(s). Vous avez dit liberté de la presse ?


Le quotidien des Algériens

On veut bien applaudir une Algérie qui, « dès son indépendance », s'est attelée « pour assurer à ses citoyens l'exercice de leurs droits fondamentaux [Š] ce qui lui a permis de réaliser des progrès considérables, de réduire notablement la pauvreté [Š]. » La réalité veut, hélas !, que malgré une réserve officielle de devises dépassant les 55 milliards de dollars, le quotidien d'une grande partie de la population (dont 14 millions de personnes vivent en-dessous du seuil de pauvreté) est plus que difficile, sinon insoutenable. Manifestations et émeutes se banalisent à travers le pays en raison du chômage endémique qui affecte surtout les jeunes, sans compter l'absence de logements, des privations d'eau, d'électricitéŠ Réponse de « l'Etat de droit » : envoyer la police anti-émeutes. Et qui dire de la situation de la femme qui n'a cessé de se dégrader durant ces dix dernières années (paupérisation, prostitution, régression de la scolarisation des filles) ? Bel exemple de progrès social !


Ainsi, la présence dans le Conseil des Droits d'Homme d'un pays comme l'Algérie - qui, il faut le rappeler, il n'y a pas si longtemps, s'opposait activement au projet de Convention internationale sur les disparitions forcées, et où l'état d'urgence est toujours en vigueur - viendrait certainement entacher la mutation et la crédibilité de cette importante instance des Nations-Unies. Le rejet de la candidature de l'Algérie serait, au contraire, un message d'espoir pour les victimes et les défenseurs des droits de l'Homme.
Source : http://www.justitia-universalis.net/

 

 

L'axe Alger-Marseille se porte bien


Le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin (UMP), a fait savoir vendredi qu'il accompagnerait le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, dans son voyage officiel à Alger les 9 et 10 avril "en raison des relations particulièrement privilégiées" entre les deux villes. La délégation sera reçue par le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, et le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui. Parmi les visites prévues, selon un communiqué de M. Gaudin, la délégation déposera une gerbe au cimetière du Mont d'Or, un des quatre sites funéraires pour lesquels Marseille engage des fonds en faveur de leur réhabilitation. Deux nouveaux cimetières algériens bénéficieront de cette aide marseillaise cette année. Depuis 25 ans, Marseille et Alger ont développé de nombreux échanges dans les domaines de la gestion des risques, l'eau et la protection du patrimoine et Marseille a apporté de l'aide à l'Algérie lors du séisme qui a frappé ce pays en 2003, a rappelé M. Gaudin. "Cette coopération sera amenée à s'intensifier dans les mois à venir avec la participation de Marseille à la restauration de la basilique Notre-Dame d'Afrique, symbole des relations entre les deux rives du bassin méditerranéen", a indiqué le communiqué. En novembre, M. Gaudin conduira une mission à Alger pour développer les relations "dans des domaines aussi variés que l'économie, l'environnement, la santé, la culture ou le sport". Le maire de Marseille et vice-président du Sénat rencontrera également l'un de ses homologues de la Haute Assemblée, ainsi que Chérif Rahamani, ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, qui était en mars à Marseille.
Source : AFP, 7 avril 2006

 

Rachid Allouache, délégué des archs : "C'est le RCD qui a assassiné mon frère Hakim"


Entretien réalisé par Kaci Bali, La Dépêche de Kabylie, 6 avril 2006

L'assassinat de Hakim Allouache à Fréha, dans sa librairie par un incendie criminel survenu à la veille du scrutin présidentiel de 2004, reste un acte énigmatique tant que la justice, détentrice de preuves, n'aura pas fait la lumière, toute la lumière, sur le mobile de cet abject crime.

Rachid Allouache, délégué des archs et frère de la victime, qui demeure déterminé sur la quête de la vérité sur l'assassinat de son jeune frère, nous livre dans cet entretien les contours de l'affaire que seul la justice aura à élucider.

La Dépêche de Kabylie : Deux ans se sont écoulés depuis l'assassinat de votre frère Hakim. Peut-on savoir où en est l'affaire au niveau des tribunaux ?

Rachid Allouache : En effet, aujourd'hui nous commémorons le triste anniversaire du meurtre perpétré contre mon frère Hakim survenu des suites de l'incendie qui avait ravagé notre magasin au centre ville de Fréha un certain 7 avril 2004, soit 24h avant le jour du scrutin présidentiel. Pour revenir à votre question, je vous informe que la cour suprême a confirmé, il y a une dizaine de jours de cela, la décision de la chambre d'accusation qui allait enrôler l'affaire devant le tribunal criminel prés la cour de Tizi-ouzou. Cela fait une année depuis que les avocats des deux accusés ont interjeté l'appel au niveau de la cour suprême pour contester la décision de la chambre d'accusation. Maintenant nous sommes dans l'espoir de voir cette même chambre enrôler le dossier durant la prochaine session criminelle.

Les deux accusés, B.K et S.S, demeurent toujours en détention à la maison d'arrêt de Tizi-ouzou depuis leur arrestation au lendemain du meurtre.

Qu'est-ce qui vous dit que ces deux accusés étaient les auteurs de l'incendie de votre magasin familial ayant conduit à la mort de votre frère ?

L'accusation portée contre ces deux prévenus n'est pas inventée. Ils ont été identifiés par des témoins ayant apporté leur déposition au commissariat de police d'Azazga au lendemain de l'assassinat de mon frère. Ils sont six à constituer la pléthore des témoins qui sont déjà entendus par le juge instructeur prés le tribunal d'Azazga, en charge du dossier. Il faut savoir que l'un des six témoins n'est autre que le militant qui assurait la permanence au siège communal du RCD cette nuit-là. Ma conviction est d'autant plus sûre que le nommé B.K m'avait déjà menacé de mort dix jours avant de commettre son acte contre mon frère. D'ailleurs, il n'a pas hésité à avouer cette menace devant le juge d'instruction. B.K m'a dit clairement et en ces termes : «Qu'as-tu contre mon oncle, si tu prononces encore son nom, je te tuerais». C'était d'ailleurs devant des témoins qu'il m'avait proféré ses menaces. Son oncle, c'est le Dr Said Sadi qui était à l'époque candidat aux élections présidentielles et contre lequel nous avons mené une campagne anti-vote. A ma question de savoir pourquoi il voulait s'en prendre à moi, il m'a répondu : «Tu dénigres trop mon oncle, candidat aux élections présidentielles, et ça, je ne peux l'admettre», et d'ajouter : «Je suis venu spécialement d'Espagne pour faire le nettoyage». Moins de 48h après, un militant du RCD, dont je tais toujours le nom, m'a alerté sur les intentions de cet individu qui traînait avec une liste de quatre noms de délégués du mouvement citoyen qu'il voulait abattre, et dont je faisais partie. Sur le coup, j'ai alerté les trois autres délégués pour qu'ils fassent attention à leur sécurité physique, et depuis, j'ai fui la région jusqu'au jour où je fus contacté par téléphone, aux environs de 4h du matin, pour m'annoncer la triste nouvelle sur mon frère. J'ai regagné sur-le-champ la ville de Fréha où j'ai constaté le triste sort qui était arrivé à mon frère Hakim.
Sur le coup, je n'avais aucune idée sur l'identité des auteurs de l'incendie et de la mort de Hakim. Ce n'est qu'après mon déplacement au commissariat d'Azazga pour savoir où en était les premières investigations que je sus que six personnes s'étaient présentées à la police pour apporter leurs témoignages, mais sans réussir à avoir leur identité auprès des policiers. Et à la veille de l'enterrement de mon frère, j'ai eu connaissance de l'identité des témoins et celle des auteurs du forfait. C'est à ce moment que je commençai à voir clair sur l'un des deux présumés auteurs de l'incendie ayant conduit à la mort de mon frère puisque c'était lui-même qui m'avait menacé de mort devant notre magasin.
C'est à partir de ces témoignages que la police d'Azazga a procédé à l'arrestation des deux individus et qui ont été présents lors de la reconstitution des faits et qui a eu lieu sur les lieux du crime sur demande du juge instructeur. Je vous informe que ce sont les preuves matérielles, décelées par la police scientifique, qui ont aidé les magistrats à confirmer les deux personnes en tant qu'auteurs du crime. Il reste maintenant au tribunal criminel de Tizi-ouzou de statuer définitivement sur leur cas.

On a beaucoup parlé de l'implication des dirigeants du RCD dans cette affaire. Selon vous, quel intérêt peut avoir ce parti dans l'exécution d'un tel acte à la veille d'une échéance électorale, sachant que son leader s'était porté candidat ?

Je dois rappeler, comme tout le monde le sait d'ailleurs, que les deux prévenus font partie de la famille du président de ce parti, l'un est son neveu et l'autre est son cousin. L'autre élément qui me fait dire que ce parti n'est pas étranger à l'acte odieux qui a coûté la vie à mon jeune frère est l'acharnement du chef de ce parti contre les délégués du mouvement citoyen. Vous allez bien sûr me demander le rapport entre les discours incendiaires de ce chef et l'assassinat de Hakim. La réponse est toute simple : les exécutants du crime pensaient m'atteindre en assassinant mon frère. Durant toute la campagne électorale, le chef de ce parti a multiplié des déclarations incendiaires contre les membres du mouvement citoyen lors de ses meetings, y compris sur les plateaux de la chaîne BRTV.

Il faut revenir en arrière pour comprendre la man¦uvre diabolique de certains hommes politiques dont fait partie le chef du RCD. L'exécution de leur plan a débuté en 2003 avec l'arrestation des délégués du mouvement citoyen sous les ordres de Benflis qui occupait alors le poste de chef de gouvernement. C'est à cette époque-là que les deux personnes ont pris la décision de participer aux présidentielles de 2004. Mais leurs candidatures risquaient de buter sur la fronde de la Kabylie suite à notre stratégie de rejet de toutes les consultations électorales tant que la plate-forme d'El K'seur n'était pas satisfaite. Alors, il aura fallu à Benflis et à son poulain, Sadi, qui aurait négocié sa part des élections, de phagocyter le mouvement citoyen en jetant d'abord ses membres les plus actifs dans les prisons ‹ plan exécuté par Benflis ‹ et imposer une nouvelle ligne pour la structure des Archs par ce qui était appelé les "perspectives politiques" que les délégués proches de la formation de Saïd Sadi tentaient d'imposer. Le but était bien sûr d'anéantir les voix appelant au rejet des élections au sein du mouvement citoyen et imposer à celui-ci une conduite contraire aux résolutions des conclaves précédents.

Ces deux personnes ont été parrainées par certains hauts responsables au sein des hautes sphères de décisions du pays et qui étaient par la suite éjectés de leurs postes au lendemain des élections présidentielles. Ayant constaté leur incapacité à tirailler le Mouvement citoyen de l'intérieur de la structure des archs, leur second plan était d'assassiner les délégués actifs et provoquer ainsi un autre soulèvement en Kabylie et avoir les arguments pour demander l'arrêt du processus électoral. Certains journalistes, qui n'ont pas cautionné la conduite politique de ces deux personnes, ont subi des intimidations et ont été menacés de mort.

Toutes ces man¦uvres ne visaient qu'une seule chose : barrer la route au président candidat lors des élections d'avril 2004 et obtenir les commandes du pays avec ou sans les urnes. Mais, comme tout le monde le sait, les résultats des élections étaient chaotiques pour ces deux artisans des plans machiavéliques et assoiffées de pouvoir. Il ne faut pas omettre que la région de Kabylie, sciemment organisée comme matrice de bouillonnement politique, intervient ‹ bon gré, mal gré ‹ dans le réglage des luttes politiques du sommet à chaque fois que l'Algérie négocie un virage. En ce sens, il aurait fallu toujours un sponsor politique à certains dirigeants du pays afin de peaufiner une démarche man¦uvrière de la région pour ainsi assouvir les appétits démesurés de certains dirigeants politiques qui se sont simulés en démocrates invétérés. Pour revenir au simulacre de campagne électorale ayant eu lieu aux présidentielles de 2004, surtout en Kabylie, cela renseigne sur la nature tyrannique par laquelle l'affirmation se voulait à n'importe quel prix. C'est d'ailleurs la seule région où la concentration des enjeux politiques et stratégiques ‹ qui furent mis en branle par les divers acteurs mêlés à l'effervescence électorale dont les prises de positions et les objectifs assignés ‹ diffèrent d'un acteur à un autre, jusqu'à pousser au comportement d'excès, source de violence par essence.

 

 


Zerhouni et l'application de la Charte : "Les Patriotes ne seront pas abandonnés"


par Ali Boukhlef, La Dépêche de Kabylie, 9 avril 2006

Le ministre, qui n'a pas donné plus de détails, a levé ainsi une partie des doutes qui ont envahi cette frange de la société qui a préféré prendre les armes pour défendre la République.

Les Patriotes ne seront pas abandonnés. C'est Noureddine-Yazid Zerhouni, ministre de l'Intérieur, qui l'a affirmé hier à Alger, en marge de la visite du travail effectuée par le président de la République dans l'Algérois.
Le ministre de l'Intérieur, interrogé sur l'inquiétude des Patriotes sur leur sort, d'autant plus que la Charte pour la paix ne prévoit aucune disposition les concernant, a répondu que "nous n'allons pas abandonner les Patriotes. Nous sommes en train d'étudier une manière adéquate de nous occuper d'eux". Le ministre, qui n'a pas donné plus de détails, a levé ainsi une partie des doutes qui ont envahi cette tranche de la société qui a préféré prendre les armes pour défendre la République.
Sur un autre chapitre, Zerhouni a indiqué que le gouvernement est en train d'étudier la manière avec laquelle seront indemnisées les personnes touchées par les dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. S'il ne précise pas l'origine des fonds qui seront alloués à cette catégorie, le ministre de l'intérieur n'a pas exclu "par exemple" le recours à une loi de finances complémentaire. De son côté, Tayeb Belaïz, ministre de la Justice, a déclaré que près de 200 personnes se sont présentées à la cellule d'écoute installée au sein de son département pour traiter les dossiers des concernés par les dispositions de la Charte. Le Garde des sceaux a également indiqué que le nombre des personnes libérées a atteint, pour le moment 2025, alors qu'il avait avancé le chiffre de 2500 au départ de l'opération.
Ceci dit, trois des personnes libérées, des anciens chefs terroristes, sont de nouveau emprisonnées. Tayeb Belaïz a confirmé ainsi une information donnée la semaine précédente par la presse nationale. Il a expliqué que les juges qui ont décidé de les libérer "se sont trompés". Il s'agirait, selon des informations concordantes, de terroristes condamnés, pour des actes commis dans d'autres pays, que l'Algérie ne peut extrader puisqu'il s'agit de nationaux, mais qu'elle ne peut pas libérer avant leur jugement.
Contrairement aux informations données par le chargé des affaires de l'ambassade d'Algérie à Londres, les négociations entre les autorités algériennes et britanniques concernant les Traités d'extradition ne boitent pas.
Tayeb Belaiz, qui avance tout de même que les propos du diplomate algérien auraient été tenus sans que ce dernier ne soit au courant des pourparlers, a confirmé que quatre accords ont déjà été signés entre les deux pays la semaine précédente, sans donner les noms des personnes concernées.
Il espère même que d'autres contrats suivront "bientôt". Il s'agit notamment de l'extradition de Abdelmoumène Khalifa, le patron du groupe éponyme, sur lequel "un accord sera signé prochainement". Autrement dit, le golden boy algérien sera remis à la justice algérienne pour être jugé.

 

 

« Les Hommes debout sont devenus encombrants »


Ils réclament un statut, du travail et la reconnaissance de leur sacrifice : 6 000 Patriotes interpellent Bouteflika
par Samia Lokmane, Liberté, 5 avril 2006

Ils appellent leurs compagnons des autres wilayas à se joindre à cette action, programmée pour le début du mois de mai. L'ensemble des effectifs s'élève à 80 000 éléments.

Ils sont les sacrifiés de la réconciliation nationale. Des parias. Les Patriotes en sont convaincus. "Les gens ont peur de nous approcher comme si nous étions les vrais terroristes. On nous traite de fous, de drogués, de tueurs. Certains croupissent en prison. D'autres sont estropiés. Le reste mendie de quoi nourrir femmes et enfants. Nous n'avons jamais pris les armes pour gagner notre vie, mais avec le risque de la perdre. Il est dit que le terrorisme est fini, pourtant des Patriotes meurent toujours dans des embuscades et des ratissages. En retour, leurs familles sont jetées à la rue. Les veuves doivent savoir manier la serpillière pour donner du pain aux orphelinsŠ" Abandonnés au milieu du gué, désemparés, ils ne savent pas quelle direction prendre pour trouver le chemin du salut. Toutes les portes leur sont fermées. "J'ai appris qu'un bureau a été ouvert à la mairie pour le recensement des victimes de la tragédie nationale. Après avoir appris que je n'étais pas au maquis, les agents m'ont refoulé. Aujourd'hui, il faut avoir été terroriste pour prétendre à des droits", relate un Patriote de Boufarik avec beaucoup d'amertume. Il prenait part hier matin à une réunion inédite qui a rassemblé plus de 200 résistants de La Mitidja au siège du détachement de Boufarik, baptisé au nom du défunt Mohamed Sellami, figure emblématique de la résistance à Haouch Gros. "Ils en ont gros sur le c¦ur", observe Mohamed Louzli, un des responsables de l'association. Autour de la table où il est assis, en qualité de modérateur, ses compagnons d'armes se bousculent pour prendre la parole.
Leur objectif à tous étant d'alerter les pouvoirs publics et l'opinion sur leur pitoyable sort. La proposition d'une marche en direction de la capitale, plus précisément vers le siège de la présidence de la République est accueillie par des ovations. Fort d'un effectif de 6 000 hommes (dont 1 470 opérationnels), les Patriotes de La Mitidja lancent un appel à tous leurs camarades du territoire national (plus de 80 000) afin de se joindre à cette action, programmée pour le début du mois prochain. Pour sa part, M. Louzli préconise l'envoi d'une lettre au président Abdelaziz Bouteflika et d'une autre à Me Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de défense et de promotion des droits de l'Homme (Cncdpdh). "Nous avons déjà écrit à Ksentini. Il n'y a pas de raison pour que tout le monde soit indemnisé sauf nous", réplique l'un de ses compagnons.
Dans la cour de ce cantonnement, implanté au milieu d'une cité populaire, du nom exotique de Dallas, les esprits s'échauffent. "La situation est en ébullition", note Boualem Zebich, chef de la coordination de Blida.
De Meftah à Oued Djer en passant par Larbaâ, Soumaâ, Ouled Chebel, Houach GrosŠ, tous ces hauts lieux de la résistance populaire au terrorisme, des gars sont venus. Les yeux rougis par de longues années de veille dans les maquis, les visages brûlés par le soleil, l'habit modeste, ils portent sur leur corps et dans leur regard, les stigmates de leur détresse. Plein de remords, un vieux maquisard se reproche d'avoir conduit sur les chemins escarpés de la résistance des jeunes. "Certains avaient 17 ans. Aujourd'hui, ils sont trentenaires, mariés avec des enfants, mais sans nul moyen de subsistance", regrette-t-il. Salim est l'illustration de ce gâchis. En 1995, il intégrait un détachement de Patriotes, comme son frère aîné. À cause d'eux, la maison familiale a été bombardée par les terroristes. Sans toit, son vieux père et sa fratrie résident dans un gourbi niché sur les berges d'un oued. "Mon frère a perdu l'usage de son ¦il et de son oreille", confie-t-il avant d'éclater en sanglots. Assis à quelques pas de lui, son aîné acquiesce par un long soupir.
Dans la foule, des hommes, debout sur des béquilles ou appuyés sur des cannes, forment le contingent des blessés dont nul ne reconnaît le préjudice. "Il nous faut un statut. Que chaque catégorie de Patriotes soit prise en charge. On doit trouver du travail aux plus jeunes, indemniser les plus âgés, octroyer une pension aux familles de martyrs", égrène un Patriote. Refusant de parler de politique, les résistants en font à leur manière. "Dans la charte, nous sommes mis au même rang que les terroristes. Le Président dit que personne ne sera poursuivi. Comme si nous avions des choses à nous reprocher. Le pire est que les terroristes sont récompensés, pas nous", s'indigne l'un d'eux. Les Patriotes encore en activité assurent qu'ils n'ont pas reçu leur traitement depuis quatre mois. "Je n'ai même plus d'argent pour acheter mes médicaments", se plaint le chef des Patriotes de Soumaâ. Ses pieds sont gangrenés à cause des nuits glaciales qu'il a passées dans les fourrés. "En 1994, des officiels se sont succédé ici pour nous combler de promesses. Maintenant, ils nous ont oubliés. Avec notre sang, nous avons libéré cette terre où ils viennent se promener en jogging et cueillir des oranges dans ses vergers", tonne M. Louzli. Il arrive aussi aux Patriotes de croiser des terroristes relâchés de prison et des repentis qui les toisent du regard, avec défi et arrogance. "L'adjoint au maire de Larbaâ avait été impliqué dans une affaire terroriste. Libéré, il a repris du service à l'APC où il se charge d'enregistrer à l'état civil, les enfants nés au maquis", raconte quelqu'un. Il avoue qu'il rase les murs depuis que les anciens terroristes de son quartier sont revenus. Sous la houlette de leur ancien "émir" Kertali, ils règnent en maîtres. "Ils ont accaparé tous les magasins du nouveau marché", révèle le Patriote de Larbaâ.
Encore en activité, il affirme qu'il a refusé de reprendre du service faute de moyens et de rétribution. "Qu'adviendra-t-il de nous ?" s'interrogent tour à tour ses compagnons.
Autrefois des héros, les Hommes debout sont devenus encombrants. Même les sociétés de gardiennage et la garde communale qui les avaient embauchés, n'hésitent plus à les mettre dehors sous prétexte qu'ils n'ont pas le niveau scolaire suffisant. "Quant nous avions pris les armes, personne ne nous avait demandé si nous sortions de l'université", ironise un résistant de la première heure.

 

Sécurité et lutte antiterroriste au Maghreb et dans le Sahel : L'Algérie au coeur de la stratégie américaine


par Fayçal OUKACI, L'_Expression, 05 avril 2006

Alger sera amenée à contrôler ses frontières limitrophes à la bande du Sahel tout en gardant un oeil grand ouvert sur la Méditerranée.

La Maison-Blanche vient de rendre public un document de politique étrangère intitulé «La stratégie nationale en matière de sécurité», en soulignant que désormais «l'Afrique revêt une importance géostratégique croissante» pour les États-Unis. Ce document indique que la sécurité des États-Unis dépend en partie des partenariats avec les pays africains relatifs à des programmes de sécurité.
Ces programmes visent à prévenir des attentats terroristes tels que ceux qui ont frappé les ambassades des États-Unis à Nairobi (Kenya) et à Dar-Es-Salam (Tanzanie) en août 1998 et qui ont causé la mort de plus de 250 Africains. Le document dit que «les Etats-Unis sont résolus à coopérer avec les États africains en vue de renforcer leurs moyens nationaux et les moyens de l'Union africaine, d'appuyer les transformations après un conflit, de consolider les transitions démocratiques et d'améliorer le maintien de la paix et les interventions en cas de catastrophe».
Une haute responsable du ministère de la Défense, Mme Theresa Whelan, a fait état du soutien croissant des milieux politiques pour une telle aide, lors d'un séminaire organisé en décembre 2005. «L'Afrique, a-t-elle dit alors, occupe dans l'ordre des priorités des États-Unis une place beaucoup plus élevée que ces 10 à 15 dernières années. En fait, l'attention que les États-Unis, l'Union européenne, le groupe des Huit et maintenant l'Otan accordent à l'Afrique est sans précédent et continue de s'accroître.»

la traque au gspc
Alors que le ministère de la Défense estime que quelque 25% des 400 combattants étrangers faits prisonniers parmi les insurgés en Irak sont d'origine africaine, les partenariats en matière de sécurité deviennent de plus en plus importants.
En Afrique, indique le document sur la stratégie nationale en matière de sécurité, «la lutte contre l'extrémisme islamique militant» a lieu dans le cadre de nouveaux partenariats tels que l'Initiative mondiale en faveur des opérations de paix que le G8 a lancée en 2004 en vue de former des soldats africains au maintien de la paix.
D'autres programmes de coopération comprennent celui qui fait suite à l'Initiative pansahélienne, programme de formation militaire remontant à 2002 et intéressant le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad qui a permis en 2005 de s'opposer avec succès à un groupe d'extrémistes musulmans. L'Initiative pansahélienne a été élargie pour devenir un nouveau partenariat de formation appelé l'Initiative transsaharienne de lutte contre le terrorisme (Trans - Sahara Counterterrorism Initiative ou Tsci) à laquelle participent également l'Algérie, le Maroc, le Nigeria, le Sénégal et la Tunisie. Il est question que la Libye y participe également plus tard.
La Tsci, a-t-il dit aux membres de la commission, est un partenariat très utile en matière de sécurité avec les pays africains, car elle «contribue à renforcer les moyens régionaux de lutte contre le terrorisme, à renforcer la coopération entre les forces de sécurité africaines et à l'institutionnaliser, à encourager la bonne gouvernance, à favoriser le développement et la formation, enfin à consolider nos relations bilatérales avec chacun des Etats participants».
Les Etats-Unis avaient en fait commencé à s'intéresser à la région sahélo-saharienne au lendemain de la guerre engagée aux Etats-Unis et la dispersion des cadres d'Al Qaîda et de ses sympathisants un peu partout dans le monde.
La présence du Yéménite Imad Abdewahed Alouane en Algérie (il avait été abattu à Batna en 2002) via le Sahel puis l'acheminement des 14 touristes kidnappés par le Gspc d'Algérie vers le Mali, avaient fini par conforter les experts militaires américains que cette bande du Sahel, longue de plusieurs milliers de kilomètres et qui va de la Mauritanie au Tchad à la Somalie en passant par le Mali et le Niger, finira par constituer une «rampe de lancement» pour les futurs groupes armés.
La capture des islamistes africains menés par Amari Saïfi dans la zone de guerre du Tibesti a fini par faire croire définitivement que la bande du Sahel, déjà infestée de groupes rebelles, d'opposants armés, de Touareg sécessionnistes et de contrebandiers constitués en bandes mafieuses, risque de se voir encore encombrée d'islamistes qui se retrouveraient aux portes de l'Europe dès qu'ils passeraient les frontières nord.
Le plan Pan-Sahel Initiative (PSI) américain avait été exposé comme un vaste programme, dont l'objectif est d'endiguer toute menace terroriste venant du Sahel. Près de 120 millions de dollars ont été débloqués à cet effet, en plus d'experts militaires et d'équipements sophistiqués pour le repérage, la reconnaissance, la détection et éventuellement l'attaque aérienne.
Pour Washington, toutes les bandes islamistes de la région ne peuvent qu'être alliées à Al Qaîda, et doivent de ce fait, être traquées sans répit et démantelées. Cependant, les Etats-Unis ne peuvent s'engager longtemps sur plusieurs fronts ni engager leurs troupes déjà très éprouvées dans des guerres d'usure, et tout aussi aléatoires qui plus est. D'où tout l'intérêt porté aujourd'hui à l'Algérie qui possède déjà sur place hommes et logistique militaire. Un autre programme de formation qui donne de bons résultats est l'Acota (African Contingency Operations Training and Assistance), dont l'objectif est d'améliorer le professionnalisme des militaires africains et de perfectionner leurs connaissances en matière de maintien de la paix.

Priorité à la formation
Un des programmes de partenariat entre le ministère de la Défense et l'Afrique les plus novateurs est le Centre africain d'études stratégiques, implanté à Alger, comme preuve du leadership algérien en matière de lutte antiterroriste, (Africa Center for Strategic Studies ou Acss).
Créé en 1999, l'Acss a fourni une formation à quelque 2000 officiers et hauts responsables chargés de la défense en Afrique tant sur place dans le continent africain qu'à son siège à Washington.
L'intérêt économique et financier des opérations militaires américaines n'étant jamais loin, il y a lieu de préciser que les échanges commerciaux entre l'Algérie et les Etats-Unis ont atteint 11,515 milliards de dollars en 2005 poursuivant ainsi leur renforcement et leur dynamisation, selon les dernières statistiques du Bureau du commerce extérieur du ministère américain du Commerce.
En 2004, ce chiffre n'était que de 7 milliards de dollars contre 5 milliards de dollars en 2003. Les exportations algériennes vers le marché américain ont atteint, lors de l'année 2005, quelque 10,354 milliards de dollars, constituées, dans leur majorité, d'hydrocarbures, de matières premières, de produits pétrochimiques et de quelques produits agricoles et manufacturés.
Les importations algériennes du marché américain, un total de 150 produits, ont enregistré un montant global de 1,160 milliard de dollars. Tant et si bien qu'au plan d'une stratégie globale, Washington ne connaît pas de demi-mesure, et se lance dans des opérations qui «globalisent» tout sur leur passage.

 

 

PT : L’ennemi juré des privatisations


par Mustapha Rachidiou , El Watan, 6 avril
Depuis sa création en 1989, le Parti des travailleurs (PT) mène une bataille implacable sur le front social en s’opposant avec rigueur aux privatisations, tout en défendant les intérêts de la classe ouvrière, de la jeunesse et de la gent féminine.

Sur le volet politique, le parti de Louisa Hanoune, intronisée depuis le premier congrès de juin 1990, a annoncé la couleur en plaidant pour une assemblée constituante souveraine. Une revendication qu’il partage, presque, avec le FFS. Le PT se dit, également, contre l’exclusion politique et pour l’ouverture d’un débat national sur les questions stratégiques du pays. Lors des premières élections législatives pluralistes, en juin 1991, le PT a refusé d’y prendre part à cause de la violence qui avait opposé les militants du FIS dissous aux autorités.

Le PT avait été contre l’arrêt du processus électoral et l’instauration de l’état d’urgence. L’impasse politique dans laquelle avait été plongée l’Algérie a contraint le PT de participer au contrat de Rome fin 1994 sous le motif qu’« il n’y avait eu aucune possibilité de se réunir à Alger ». Selon M. Tazibt, député PT, le parti voulait « donner le maximum de chances politiques pour que la paix revienne en Algérie ». Quel regard porte, actuellement, le PT sur la réunion de Sant’Egidio ? « C’était extrêmement positif pour l’avenir du pays. Aucun participant ne cherchait le pouvoir, mais tous voulaient la paix », analyse un fondateur du PT. La première bataille électorale menée par le PT ont été les législatives de 1997 où il avait glané 4 sièges à l’APN. Le parcours du PT a été marqué, aussi, par l’organisation, en 1998, de la conférence nationale pour la paix. Durant la crise de Kabylie, éclatée en avril 2001, le PT n’a eu de cesse d’alerter les autorités du pays sur le risque de la régionalisation et de la dislocation de la nation. « On a même entendu un député européen parler de peuple kabyle », argue M. Tazibt. Sur le plan organique, le PT a tenu, en plus d’un nombre important de conférences, cinq congrès, dont le dernier remonte au 15 octobre 2003. Devant 830 délégués venus de 44 wilayas, Mme Hanoune prédit : « Nous considérons que les ordonnances dictées par l’OMC menacent la République dans son unité et sa continuité et dans son contenu social. Elles confisquent la souveraineté de la décision et exposent les salariés algériens à l’exploitation sauvage et notre production nationale à la liquidation. » Selon les derniers chiffres, le PT compte, aujourd’hui, 21 députés, 140 élus APW, 15 élus APC et quelque 50 000 adhérents. Les responsables du PT semblent, également, acquis pour la participation aux élections législatives de 2007. « Ce sera pour nous une occasion d’exprimer nos positions et rencontrer la base », explique M. Tazibt.

 

Première femme arabe présidentiable


L’expérience de Mme Hanoune, lors de l’élection présidentielle du 8 avril 2004, constitue une première dans le monde arabe. Elle a, non seulement, réussi le cap des 75 000 signatures exigées par le Conseil constitutionnel, mais elle a brillé, également, lors de ses déplacements durant la campagne électorale. Sous le slogan « Algérie, unie, libre et souveraine avec ses deux composantes linguistiques arabe et tamazight », Mme Hanoune a focalisé, dans ses discours, sur la souveraineté et l’unité de la nation. Elle a proposé, également, une revalorisation du SNMG à 25 000 DA, l’abrogation pure et simple du code de la famille et l’officialisation de tamazight. La dame de fer algérienne a été créditée d’un score qui ne répondait guère aux efforts déployés par les militants du PT. Quelques jours après, des rumeurs circulaient à Alger selon lesquelles le PT intégrerait l’Exécutif. D’un revers de la main, Mme Hanoune, dans un entretien paru dans El Watan le 29 avril 2004, balaie tout : « Comment peut-on entrer dans un gouvernement lorsqu’on a des désaccords de fond avec sa politique et que l’on est considéré comme minoritaire vu le score que l’on nous a attribué lors de l’élection présidentielle ? » Mme Hanoune a saisi l’occasion pour rappeler le chef du gouvernement à l’ordre : « En votant pour Bouteflika, la population n’a pas voté pour la privatisation, ni pour la régionalisation, ni pour les zones franches, mais pour un changement radical allant dans le sens de son aspiration et pour le règlement définitif des problèmes, notamment le chômage et le logement. » Aucun aspect social n’échappe aux critiques acerbes de Mme Hanoune : le dossier de la Fonction publique tel qu’il a été conçu par la commission mixte « doit être retiré ». Pour elle, ce dossier « nous prend à la gorge », il est « mortel » pour les 1,5 million de fonctionnaires et consacre la « précarité » de l’emploi pour la jeunesse. Les cris d’alarme s’élèvent au rythme qu’emprunte le processus des privatisations. En septembre 2004, Mme Hanoune annonce : « Notre pays est confronté à un véritable rouleau compresseur le poussant vers l’effondrement, sinon comment explique-t-on toute cette cascade de réformes en cours de préparation. » Pressentant de nouveaux dangers, la SG du PT dira : « La loi de Chakib Khelil portant dénationalisation des hydrocarbures, bloquée, vient d’être réintroduite. Ainsi, Sonatrach disparaîtrait d’elle-même, et ce serait la mort programmée du pays. » Dès la promulgation de la loi sur les hydrocarbures par le Conseil des ministres en décembre 2005, Louisa Hanoune a, aussitôt, appelé à son retrait « immédiat ». Pour le PT, qui s’appuie sur l’exemple de l’Argentine, du Brésil, du Soudan et de la Somalie, cette loi est un prélude qui mettra fin à la souveraineté nationale. Le parti des prolétaires relève que l’application de cette loi va faire perdre à l’Etat 75% de ses recettes. Le PT s’inquiète, également, du désengagement de l’Etat, de la régionalisation de la santé et de l’enseignement supérieur par l’introduction du LMD et la dislocation nationale. « Si on poursuit cette politique, alerte Louisa Hanoune, l’Algérie plongera dans des crises similaires à celles du Zaïre et de la Côte d’Ivoire », en jugeant que « l’heure est grave ». Arguments à l’appui, elle souligne que « tous les secteurs protégés expressément par l’article 17 de la Constitution sont menacés de privatisation au profit des multinationales appelées frauduleusement » investisseurs étrangers, « sous couvert de partenariat ». Et de s’interroger : « Peut-on accepter que des pans entiers de la production nationale soient liquidés sous les orientations de l’OMC, de la Banque mondiale et du FMI ? » S’attaquant frontalement à M. Temmar, ministre de la Participation et de la Promotion des investissements, Mme Hanoune lâche : « Nous sommes en état d’alerte générale. La privatisation des entreprises publiques mènera inévitablement vers la décomposition. L’Algérie ne doit pas servir de laboratoire pour les pays étrangers. » Elle avance un constat alarmant : « 1500 entreprises publiques ont été vendues. Conséquence : 1 200 000 travailleurs licenciés. 1200 autres entreprises sont proposées à la vente, sans aucune consultation. » L’accord d’association avec l’UE « fera de l’Algérie une zone hors la loi » et va engendrer une perte de 65 000 postes d’emploi sans parler des répercussions catastrophiques sur le tissu économique national. Louisa Hanoune ne compte pas en céder les rênes, en soulignant que la mondialisation n’est pas inéluctable. C’est tout un combat.

 

Congrès extraordinaire aujourd’hui


« Le Parti des travailleurs a, dès 1991, choisi le camp de la paix », résume M. Tazibt la position du PT par rapport à la mise en œuvre de la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Cependant, rétorque-t-il, la question des disparus « reste posée, notamment dans son volet vérité ». Le PT souhaite, en outre, que le peuple s’exprime pleinement à travers les médias et les institutions. Toutefois, juge-t-on au parti de Louisa Hanoune, « ce n’est pas le moment de soulever la question de la responsabilité, car il y en a des responsabilités ». Le débat sur la vérité sur les disparitions ne doit pas prendre des proportions de règlement de comptes, précise M. Tazibt. De son côté, Mme Hanoune souligne : « Certes, les Algériens peuvent tourner résolument la page, mais à la condition de procéder au règlement de leurs problèmes, notamment la réparation des préjudices envers les familles des disparus. » Depuis une semaine, le siège du PT, situé à Belfort, à El Harrach, connaît un rythme accéléré pour préparer le congrès extraordinaire du parti, prévu pour aujourd’hui à Alger. Selon les membres du secrétariat national, ce rendez-vous aura à débattre des conséquences graves engendrées par la loi sur les hydrocarbures et la privatisation des entreprises. Les participants veulent également tirer la sonnette d’alarme sur la fragilité du pouvoir d’achat et la tendance haussière du chômage. Les indicateurs sociaux sont « très critiques », qualifie M. Tazibt, député PT, en relevant la prolifération de l’emploi précaire au sein de la jeunesse. « Des jeunes diplômés ne peuvent plus accéder à des postes permanents. Il n’y a pas de débouchés sérieux. Les prix des produits alimentaires s’envolent alors que les salaires ne bougent pas. La réalité de tous les jours ramène la contradiction au discours officiel », souligne un fondateur du parti, qui se réfère aux émeutes qui éclatent un peu partout. Fidèle à la ligne du parti, nos interlocuteurs soulignent que « les injonctions de tout bord ont réduit la souveraineté nationale à sa plus simple _expression ». Le PT veut réaffirmer, en outre, sa position qui consiste en l’annulation sans conditions de la dette extérieure de toute l’Afrique. « L’Algérie a déboursé 118 millions de dollars depuis 1997. Des sommes qui auraient dû être consacrées aux secteurs de la santé et de l’éducation », illustre M. Tazibt, qui appelle le gouvernement à mettre en place une « véritable » politique sociale. Notre interlocuteur souligne que cette régression sociale a comme conséquence directe la régression de la démocratie. En un mot, résume M. Tazibt, « le pays va à la dérive ». Comme contrepartie, le PT propose un plan national de développement dans lequel l’argent public va au peuple. « Créer de l’emploi, préserver les terres agricoles en évitant la concession, développer le secteur des travaux publics, de la sidérurgie, de la métallurgie, des télécoms et de la SNTF » sont les vecteurs principaux de ce plan. Le PT se dit solidaire avec tous les travailleurs grévistes comme le secteur de l’agroalimentaire, le textile, la santé, le Cnes et l’éducation.
Source : http://www.elwatan.com/2006-04-06/2006-04-06-39891

 

 

Diario de Campaña de las Familias de Desaparecidos


Boletín de la Coordinadora Nacional de las Familias de Desaparecidos en Argelia
N° 0 - 2006
Presentación
Presentamos el primer número de nuestro "Journal de marche des familles de disparus". Esta primera publicación nace en un momento crucial para las victimas de la tragedia vivida por nuestro país hace más de diez años y especialmente por las familias a las que representamos.
En efecto, tras el referéndum del 28 de septiembre de 2005 que ratificaba la "Carta por la paz y la reconciliación nacional", acaba de publicarse el decreto de aplicación. Citemos, por ejemplo, un fragmento del capítulo seis:
"El capítulo seis expone las medidas de reconocimiento de la Nación hacia los artífices de la salvaguarda de la República argelina democrática y popular. En este sentido, se establece que:
1 ­ Los referidos han demostrado su patriotismo;
2 ­ No se podrá emprender persecución alguna, a título individual o colectivo, contra miembros de las fuerzas de defensa y de seguridad de la República, de cualquier rango, por acciones emprendidas cuyo fin fuera la protección de personas y bienes, la salvaguarda de la nación y la preservación de las instituciones. Toda denuncia o demanda contra ellos será inadmisible.
3 ­ Y que finalmente se penalizará o sancionará cualquier declaración, escrito o acto que utilice o instrumentalice las heridas de la tragedia nacional para atacar a las instituciones, debilitar el Estado o manchar la honorabilidad de sus agentes que le han servido dignamente, o para empañar la imagen de Argelia en el ámbito internacional".
Para nosotros, las familias de los desaparecidos, es un paso atrás muy importante en el plano del derecho:
-el artículo 2 exculpa a los responsables de los crímenes cometidos y nos cierra en el futuro las puertas de la justicia.
- el artículo 3 nos impedirá expresarnos, ya que se penalizará cualquier declaración que hagamos. Del mismo modo, se verán afectadas todas las personas y/u organizaciones que nos ayudan a defender nuestros derechos en cuanto a la verdad y la justicia.
A las instituciones internacionales: ONU, Unión Africana, Unión Europea.
Les exhortamos a pronunciarse claramente sobre el contenido de estos textos y a recordar al Estado argelino el respeto de sus compromisos en materia de derecho internacional y especialmente de la libertad de las personas, en particular las victimas, sus familias y los militantes de derechos humanos, para poder expresarse libremente y defender sus derechos en relación con la verdad, la reparación y la justicia.
Esperamos que nuestras acciones y nuestra lucha no tropiecen con el silencio de la comunidad internacional frente a este enorme paso atrás que solo se beneficia a la impunidad. Esto sería como torturar por segunda vez a los torturados, hacer desaparecer de nuevo a los desaparecidos y asesinar otra vez a los asesinados, hipotecando así el futuro de nuestros hijos que no podrán olvidar esta inmensa injusticia... En efecto, nos tememos que esta injusticia podría ser una verdadera bomba de relojería, ya que al proteger la impunidad de los autores de los crímenes, estos no dudarán en volver a cometerlos si, por desgracia, los jóvenes que crezcan en el rencor y la amargura, solo tuvieran una meta: la venganza.
Dado que el derecho nacional nos ha sido vetado, la única esperanza que nos queda es el derecho internacional. Esperamos que la comunidad internacional nos apoye en nuestras acciones encaminadas a crear las condiciones para una justicia internacional, la única que nos ayudara a pasar la dolorosa página que atraviesa nuestro país.
Leer aqui Diario de Campaña_CNFD_nr.0.pdf

 

À Alger, le retour du "Grand Inquisiteur" - Interview d'Ali Benhadj


propos recueillis par Jean-Pierre Tuquoi (Alger, envoyé spécial), Le Monde, 3 avril 2006.
Officiellement Ali Benhadj n'a pas le droit de s'exprimer dans la presse. Cofondateur du Front islamique du salut (FIS) algérien, dont il fut le numéro deux, celui que l'on a surnommé le"Grand Inquisiteur" ne peut plus faire de politique. En accordant un entretien au Monde, Ali Benhadj, 49 ans, sait qu'il risque d'être remis en prison, où il a déjà passé dix-huit ans.

Vous incarniez le FIS triomphant du début des années 1990. Vous voici libre mais surveillé de près. Quel regard portez-vous sur le régime actuel ?


Le pouvoir est illégitime depuis le coup d'Etat de 1992. Le pluralisme politique n'existe pas et n'a jamais existé en Algérie. Comment prétendre le contraire, quand le choix du chef de l'Etat est décidé par les patrons de l'armée? Si vous ne me croyez pas, je vous renvoie aux Mémoires de l'ancien patron de l'armée, le général Khaled Nezzar, ou aux propos tenus tout récemment par l'ex-président Ben Bella. Ce sont les militaires qui dirigent ce pays, et la présidence de la République n'est qu'une annexe du ministère de la défense.

On parle pourtant de réconciliation nationale. Des ordonnances qui en définissent les modalités ont été publiées. Qu'en pensez-vous ?


Comment ose-t-on parler de réconciliation nationale alors que nous vivons depuis quatorze ans sous le régime de l'état d'urgence ? Une réconciliation véritable doit se négocier entre toutes les parties concernées : l'armée, les partis, la société civile. En Algérie, elle est imposée par les responsables du coup d'Etat [de janvier 1992] et eux seuls. Les bourreaux se présentent comme des victimesŠ C'est le monde à l'envers.

Nous avons des frères qui ont été torturés en prison. Ils connaissent les noms de leurs bourreaux. La charte leur interdit de porter plainte. Elle nous interdit aussi de faire de la politique. Mais faire de la politique est un droit inscrit dans la Constitution. Personne ­ ni le président, ni les décideurs militaires ­ ne peut m'interdire de faire de la politique! Le chef de l'Etat a prêté serment sur le Coran de respecter et de garantir la Constitution, qu'il est le premier à violer. La charte sur la réconciliation n'a aucune légitimité constitutionnelle.

Mais le principe de la réconciliation a été massivement approuvé par référendum.

Les consultations sont truquées. Lors du référendum, seuls les proches du système ont eu accès à la télévision et il n'y a pas eu de débat. C'était à prendre ou à laisser. La charte nous a été imposée. Le pouvoir méprise et trahit les Algériens. En 1991, le peuple a voté pour le FIS. Pourquoi les militaires n'ont-ils pas respecté son choix ? Est-ce que le peuple qui nous a choisis n'était pas le peuple algérien ? Etait-il mineur ou majeur ? Si l'armée avait respecté la volonté populaire, croyez-moi, l'Algérie n'aurait pas connu de tragédie nationale.

Depuis, l'Algérie a changé : les bachelières sont plus nombreuses que les bacheliers, l'emploi des femmes progresseŠ Votre discours est-il d'actualité ?


Les changements ne nous effraient pas. Qu'on nous laisse présenter notre projet de société, que les autres forces politiques fassent de même et laissons le peuple choisir et décider de son avenir. C'est à lui que doit revenir le dernier mot. Il peut un jour nous refuser et une autre fois nous choisir. Mais s'il nous choisit, personne ne peut nous enlever ce droit par la force.

Vous pensez qu'un scrutin honnête vous donnerait la victoire ?


J'en suis convaincu. Et si, la fois suivante, nous perdons, nous quitterons le pouvoir sans violence.

On parle de plus de 150 000 morts en Algérie depuis 1992. Vous sentez-vous responsable de cette tragédie ?


Si je réponds que oui, je me mens à moi-même; si je dis que non, je me place en position défensive. Je ne me reconnais dans aucune de ces alternatives. Je suis d'accord pour que la justice algérienne fasse la lumière sur la tragédie algérienne et qu'elle établisse les responsabilités des uns et des autres. Mais il faut que ce soit une justice impartiale, honnête. On en est loin. Même le président Bouteflika a admis qu'elle était malade et corrompue. Je suis également d'accord pour aller témoigner devant une commission d'enquête internationale qui ferait la lumière sur les événements depuis 1991. Mais que les putschistes fassent de même.

Quel est votre projet de société ?


Je me bats pour un Etat algérien islamique, donc gouverné selon le Livre ­ le Coran ­, et l'enseignement du Prophète ­la Sunna ­ et de ses compagnons, en conformité avec les principes du 1er novembre 1954, à la base de la lutte pour l'indépendance. Tout se tient. Comme nous sommes un peuple musulman, il ne peut pas y avoir de contradiction comme en Occident. Le Coran est la référence suprême mais le peuple décide.

Vous invoquez la religion mais la société s'est laïcisée depuis quinze ans.

Ce sont les circonstances et la guerre de ces quinze dernières années qui ont fait qu'une tranche de la population a dévié du principe de l'islam. Elle n'en reste pas moins profondément musulmane. L'éducation et la culture doivent aller dans ce sens.

On vient de célébrer le 10e anniversaire de l'enlèvement des moines de Tibéhirine. Vous seriez d'accord pour que des religieux retournent au monastère ?


(Il réfléchit). Les gens du Livre ­ les chrétiens et les juifs ­, dans la société musulmane, peuvent pratiquer leur religion. Mais nous sommes contre ceux d'entre eux qui, profitant de la faiblesse des ignorants, se transforment en combattants et viennent convertir des musulmans. Ceux-là interviennent dans les affaires du pays. Ce sont des espions, des agents secrets. Il y a des gens du Livre qui sont intervenus dans la crise algérienne. Ils ont pris parti. Ils n'auraient pas dû. Dans un Etat islamique, les juifs et les chrétiens auraient des représentants à l'Assemblée au titre du droit des minorités pour défendre les intérêts de leur communauté.

Une partie de l'opinion a été choquée de vous voir accueillir un ancien émir du Groupe islamique armé (GIA), Abdelhaq Layada, à sa sortie de prison.

Layada a été incarcéré dès 1993. Il n'y avait pas eu de dépassement jusqu'à cette époque. La suite est obscure. Je dirai simplement que le pouvoir bafoue les droits de l'homme, et le peuple a le droit de le combattre. Dans ce combat, il peut y avoir des dépassements. Vous en avez connu lors de la Révolution française.

 

 

L'affaire Mourad M'Hmamed


Accusé de porter atteinte à l'intérêt national, le journaliste d'El Khabar sous contrôle judiciaire et ses trois amis emprisonnés
par M. Iouanoughane, El Khabar, 2 avril 2006
Le juge d'instruction près la cour de Sidi-M'hamed, à Alger, a ordonné, hier, de mettre le journaliste d'El Khabar Mourad M'hamed sous contrôle judiciaire pour "publication d'informations susceptibles de porter atteinte à l'intérêt nationale". Mourad M'hamed a été auditionné