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30 Moharrem 1427 - 1 mars 2006 - Couriel : redactionquibla@yahoo.fr


Monde arabe - Algérie
 

 

Procès Ramda

Vite fait bien fait : le premier procès de Rachid Ramda "algérianisé"


C'est un procès "à l'agérienne" qui s'est déroulé ces derniers jours devant la XVIème chambre du tribunal correctionnel de Paris, en l'absence du prévenu et de ses défenseurs. Rachid Ramda sera donc jugé à la sauvette et aucune part de vérité ne pourra émerger de cette parodie de justice.
Rachid Ramda, dit «Elyas», alias Abou Farès, 36 ans, extradé de Grande-Bretagne en décembre 2005 après 10 ans de procédure, avait décidé lundi 27 février de ne plus assister à son procès, qu'il a qualifié de «scandaleux». Refusant d'être extrait de sa prison, il était absent, tout comme ses avocats, Mes Guillaume Barbe et Benoît Dietsch, des audiences de mardi et mercredi.
Mercredi, le tribunal a fait savoir que Ramda sera amené, de force si nécessaire, lundi 6 mars pour le réquisitoire lors de son procès pour sa participation présumée à la préparation des attentats de 1995 en France.
Le président de la XVIème chambre, Jean-Claude Kross, a déclaré que «le tribunal demandera que Rachid Ramda soit présent lundi pour les plaidoiries des parties civiles et les réquisitions» du parquet. «Si M. Rachid Ramda est extrait de force et qu'il crée des problèmes à l'audience, il sera expulsé», a précisé le magistrat.
Ramda avait affirmé lundi qu'il n'avait rien à voir avec les attentats de 1995 qu'on l'accuse d'avoir financés, et exprimé sa «sympathie» aux victimes. «On verra si sa compassion va jusqu'à l'écoute» des plaidoiries des parties civiles, a commenté M. Kross.
L'audience de mercredi a été consacrée au financement des attentats de 1995, qui ont fait 8 morts et 200 blessés au total à Paris.
Surveillé par la police britannique, Rachid Ramda a été vu le 16 octobre 1995 entrant dans un établissement londonien de transfert de fonds. Ses empreintes ont été retrouvées sur un bordereau d'envoi de 5000 livres à Paris, dont le bénéficiaire a été Boualem Bensaïd, condamné fin 2003 à la réclusion criminelle à perpétuité pour sa participation aux trois attentats de 1995 à Paris.
L'enquête a permis d'établir «des liens téléphoniques constants» entre Bensaïd et Ramda, selon le président Kross. L'un des numéros téléphoniques utilisés par Ramda à Londres figurait aussi dans un carnet retrouvé sur Khaled Kelkal, soupçonné d'avoir commis des attentats et tué par la gendarmerie en septembre 1995 près de Lyon, a fait valoir le procureur, Jean-Michel Bourlès.
Enfin, il a été retrouvé à plusieurs adresses de Ramda à Londres une grosse quantité de documentation et de journaux du Groupe islamique armé, le GIA algérien dont Rachid Ramda est soupçonné d'avoir assuré la propagande.
Le procès de Rachid Ramda pour «association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste» était prévu jusqu'au 22 mars mais, compte tenu de l'absence du prévenu et de ses défenseurs, les débats devraient s'achever lundi. Le jugement sera mis en délibéré dans plusieurs semaines. Ramda encourt dix ans d'emprisonnement. Il sera ensuite jugé sur le fond par une Cour d'assises spécialement composée [c'est-à-dire sans jury) dont la date n'st pas encore fixée.
Source : rédaction Quibla avec AFP, 5 mars 2006


Et si la justice française se décidait à entendre des témoins qui pourraient l'aider vraiment à établir la vérité des faits ?

« Le DRS savait à l`avance quels terroristes se trouvaient en France et quelles étaient leurs cibles. Les personnes qui se trouvent actuellement en prison en France pour leur implication dans ces attentats meurtriers ne sont que des pions dans l`échiquier algéro-français. »
Abdelkader Tigha


par FG et RA, http://quibla.net, 1er mars 2006

Rachid Ramda comparaît depuis lundi 27 février devant la XVIème Chambre du tribunal correctionnel de Paris pour délit d'associations de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, dans le cadre de la procédure qui a donné lieu à une décision du Tribunal correctionnel de Paris le 15 septembre 1999, confirmée par la Cour d'appel le 25 mai 2000, par laquelle 23 personnes, parmi lesquelles Boualem Bensaid et Ait Ali Blekacem, ont été condamnées à des peines allant jusqu'à 10 ans de prison. (réseau Koussa et autres). Ramda avait été extradé le 1er décembre 2005 de Grande-Bretagne. Le procès devrait durer jusqu'au 22 mars.
Rachid Ramda qui est poursuivi dans le cadre de cette procédure relative à la préparation des attentats de 1995, n'avait pas été jugé pour irrégularité de la citation à comparaître. C'est donc dans ce cadre que s'ouvre le volet délictuel de la procédure.
Rachid Ramda fait par ailleurs l'objet de trois ordonnances de mise en accusation devant la Cour d'assises de Paris, spécialement composée [c'est-à-dire sans jurés], pour sa participation comme complice, en qualité de financier, des attentats aux stations du RER Saint-Michel, du métro Maison Blanche et du RER Musée d'Orsay qui ont provoqué 8 morts et plus de 200 blessés. La date de ce procès n'est pas encore fixée
Dans le procès qui vient de s'ouvrir, Rachid Ramda est défendu par Maîtres Guillaume Barbe et Benoît Dietsch.
L'association S.O.S. Attentats est partie civile dans ces deux procédures, volet correctionnel et volet criminel. Elle est représentée par Me Georges Holleaux.
Ce procès risque, comme les précédents procès, de n'apporter aucune lumière sur les véritables commanditaires de ces attentats et les fonctions exactes des exécutants. C'est que la justice française a été très timorée dans la recherche de la vérité. Et surtout, elle a été totalement dépendante des enquêteurs de la DST, qui ne tenaient de toute évidence pas à faire exploser la véritable bombe : les attentats de Paris ont été décidés et organisés par les services secrets algériens !
Ce secret de Polichinelle est bien gardé et risque encore une fois de ne pas de franchir le cénacle des initiés, puisque l'opinion française est tétanisée, tout comme les responsables politiques, policiers et judiciaires. De ce point de vue-là, l'objectif visé par les organisateurs des attentats de 1995 a été atteint au-delà de toute espérance : 11 ans plus tard, on fait le dos rond et on se tait - "circulez, il n'y a rien à dire". Il suffirait pourtant que la justice convoque et entende les témoins qui sont prêts à faire éclater la vérité au grand jour.
Le premier de ces témoins est Abdelkader Tigha : cet ancien officier des services de renseignement algériens est aujourd'hui demandeur d'asile aux Pays-bas, où il a échoué en 2003, au terme d'une odyssée planétaire (lire le récit de son odyssée ci-dessous). Abdelkader Tigha est témoin de l'instruction dans l'affaire des moines de Tibéhirine, ces sept moines enlevés et exécutés par le "GIA" en 1996. Il attend depuis des années que le juge Bruguière, chargé de l'enquête sur cette affaire, vienne recueillir son témoignage.
Voici ce qu'Abdelkader Tigha nous a révélé concernant le "GIA". Il est prêt à développer et à étayer son témoignage devant le tribunal qui juge Rachid Ramda. Pour tout contact, écrire à redactionquibla@yahoo.fr

 

Ce que je sais du GIA


par Abdelkader Tigha, février 2006

 

DRS + DCE + CTRI + CPO = le "GIA" de Djamel Zitouni, Antar Zouabri et "El Makador"
« Le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) , l`ex-Sécurité Militaire algérienne, a joué un rôle important dans les attentats commis par le GIA à Paris en 1995. A l`époque des faits, le DRS, par le biais du CTRI (Centre Territorial de Recherche et d`Investigation) de la wilaya de Blida a bien été en contact avec des éléments du GIA notamment l`ex-émir national Djamel Zitouni, mais ces contacts n`étaient pas directs. Le GIA à l`époque était implanté a travers le pays selon des zones qu`il a lui-même organise et dénommé, à savoir :
- La zone 1 , qui allait de la wilaya de Chlef à la wilaya de Blida,
- La zone 2, qui allait de Blida à la wilaya de Bouira (Mitidja Est), incluant Tizi-Ouzou et Boumerdés,
- La zone d`Alger, englobant la capitale et ses environs immédiats,
- La zone Sud, à Laghouat, commandée par Mokhtar Belmokhtar
À cette époque, le Commandement du GIA était installé dans la zone 1, précisément dans le maquis de Chréa, au lieu-dit ``Tala Acha`` (ainsi baptisé par les terroristes), situé sur les Monts surplombants la wilaya de Blida. Le CTRI, en particulier le Commandant Allouache Abdelhafidh, un proche du Général Smaïn Lamari à l`époque, était l`officier manipulateur du nommé Mouloud AZZOUT alias ``El Hadj``, chef de la Cellule d`Information et de la Communication du GIA au sein du principal groupe de Djamel Zitouni, groupe baptisé ``El-Katiba El Khadra`` ( la phalange verte).
Ce groupe était composé de terroristes très connus et très influents tels que Antar Zouabri, qui est devenu par la suite l`émir national du GIA, Saidj Redouane alias ``El Makador``, responsable de la valise téléphonique satellitaire anglaise (qui a fait l`objet de plusieurs écoutes téléphoniques opérées par le MI5 britannique), Benyahia Abdelkader (actuellement repenti , qui a été détenu par le CTRI), Adnane et Abderrahim, tous deux de la ville de Birkhadem (responsables des ``fatwas``), Mohamed Boukabous, Khaled Sehali de Blida et d'autres terroristes, dont la plupart étaient originaires du Centre du pays (Alger, Blida , Baraki etc...). Ce même groupe dit ``El Katiba El Khadra`` était considéré comme le seul appareil de commandement du GIA et prenait toutes les décisions.

 

Mouloud Azzout, la Phalange verte et le téléphone satellitaire
Par le recrutement du Chef de la cellule d`Information et de la Communication du GIA par le CTRI, tout le dossier du GIA était tombé entre les mains du General Smaïn Lamari du fait de l`importance du rôle de Mouloud Azzout dans le groupe de Zitouni, à savoir : diffusion des communiqués officiels du GIA, établissement des contacts a l`étranger, coordination des activités terroristes à l`intérieur et à l`extérieur du pays, envoi des communiqués é l`étranger , notamment vers le journal El Ansar, dirigé alors à Londres par Abou Hamza El Masri, condamné récemment à sept ans de prison en Grande-Bretagne, mais lequel ignorait, semble-t-il, que Azzout jouait un double jeu. Pour le CTRI et Smaïn Lamari, cet homme était très important par rapport à Djamel Zitouni. C'était un personnage intellectuel et c`était lui qui prenait les décisions en lieu et place de l`émir national. Zitouni n`était en fait qu`un exécutant
Pour les opérations à l'étranger, c`était Azzout qui décidait et contrôlait tout. C`était en quelque sorte le ``Ministre des affaires étrangères`` du GIA. Il était en contact avec tous les réseaux à l`intérieur et à l`extérieur du pays en Suisse, en Belgique, en Allemagne et à Londres. C`est lui d`ailleurs qui était a l`origine de l`importation de Grande- Bretagne de deux valises téléphoniques satellitaires, dont une était en mauvais état et l`autre était détenue par Redouane SAIDJ alias "El Makador", avec laquelle ils effectuaient les contacts.

Smaïn Lamari voulait à tout prix faire croire aux services francais que les services algériens faisaient tout pour la recherche d`informations sur les contacts du GIA à l`étranger. Il a donc demandé aux Francais de mettre sous écoute cette valise téléphonique mais ceux-ci ne pouvaient pas le faire car tout simplement la valise etait anglaise, donc les Français ont fait appel aux Britanniques pour le compte de Smaïn Lamari. Les écoutes téléphoniques permettaient en même temps à Lamari de controler Mouloud Azzout, car dans les habitudes des services de renseignements, si un service quelconque possède des agents informateurs, il faut que ceux-ci soient contrôlés a leur insu, soit par d`autres agents qu`ils ne connaissent pas soit par des moyens techniques. La règle des services est claire, : ne jamais faire confiance à un agent recruté.

Pour ce qui est des éléments terroristes devant être envoyes à l`étranger, ceux-ci etaient désignés par ce même Azzout , qui se chargeait des contacts, des formalités et des documents de voyage. À chaque envoi d`un candidat du GIA vers l`Europe, le CTRI de Blida etait informé d`avance mais dans la plupart des cas, il etait obligé de les laisser partir pour protéger sa source.

 

Ali Touchent rentre au pays
Après les premiers attentats de 1995 qui ont secoué la capitale française Paris, Mouloud AZZOUT a tenu à informer son officier manipulateur du CTRI de Blida de la volonté d'Ali Touchent alias Tarek de rentrer au pays. Azzout avait informé le CTRI qu'Ali Touchent se trouvait en Angleterre sans donner de précisions sur le lieu où il se trouvait. Tenu informé par un message crypté très urgent, le Général Smaïn Lamari ordonna au chef du CTRI, le Colonel Mehenna Djebbar, de mettre immédiatement la source (Mouloud Azzout ) à la disposition du Centre principal des Operations (CPO) situé à Hydra et connu comme etant le centre "Antar", pour assurer la continuité de l`opération au niveau de la capitale. Smaïn Lamari voulait en fait repérer le lieu de refuge d' Ali Touchent apres le retour de celui-ci à Alger.
Dans sa réponse envoyée au CTRI, Smaïn Lamari disait que le CTRI devait s`occuper des opérations à Blida et ses environs immédiats, et qu'à Alger, il fallait laisser faire le CPO. Bref, le dossier du retour d'Ali Touchent à Alger était pris en charge par le CPO. La neutralisation immédiate d'Ali Touchent dès son retour de France pouvait, selon Smaïn Lamari, nuire à la source du service mais il a préféré transmettre à son partenaire francais des informations sur les autres membres du groupe demeurés en France tels que Boualem Bensaid, au sujet il transmis tous les renseignements aux Français, avant même la fuite d'Europe d' Ali Touchent. Pour le chef de la DCE (Direction du Contre-Espionnage), il n`était pas question de "brûler la source" à cause de "Tarek". Si Mouloud Azzout était découvert par l`ensemble des groupes du GIA à travers le territoire national, le dossier du GIA échapperait à Smaïn Lamari et au DRS.

 

Le blondinet se repent
Durant la même époque où le gouvernement français menait sa traque contre le groupe ayant commis ces attentats, le DRS était bien informé du départ imminent d`un nouveau candidat pour perpétrer des attentats en France. Mais sur ordre du General Mohamed Médiène alias "Toufik" et Smaïn Lamari, il fallait empêcher ce depart. Il s`agissait du nommé Ahmed KHELIFI, un membre de la "Katiba El Khadra", un jeune terroriste choisi tout simplement parce qu`il ressemblait aux Européens, un jeune blond aux yeux verts. Il était sur le point d'être envoyé en France pour l`exécution de nouveaux attentats mais le bruit médiatique que les précédents attentats avait fait en France et les soupçons qui pesaient sur le DRS ont conduit ce dernier à ne pas permettre que Khelifi parte pour sa mission.

Le Service l`a contacté pour le faire se repentir et lui a fait bénéficier de la loi d`amnistie (la Loi de la Rahma de l`ex-president Liamine Zeroual). Pourvu d'une couverture juridique adéquate, ce jeune se trouve aujourd`hui en liberté : il vit au domaine Bernane, commune de Boufarik. Il est resté toujours en contact avec les services.

 

Le gagne-pain de Lamari
En fait, Smaïn Lamari sélectionnait toute information devant être envoyée à la DST ou à la DGSE françaises. Ces informations étaient soigneusement sélectionnées pour maintenir les contacts avec les services français et les utiliser à des fins politiques. Pour Smaïn Lamari, l'important , c`était de traquer le FIS et tous les opposants au régime en Europe. Malheureusement, les services français ont joué le jeu et ce sont des civils français qui ont payé le prix.
Beaucoup de gens, à l'époque, se sont posé la question : qui sont les vrais responsables de ces attentats ? La vérité est simple: les services secrets algériens avec à leur tête le général Smaïn Lamari. Celui-ci aurait pu éviter le drame subi par la population française en 1995 tout simplement par l`envoi d`un simple rapport d`information détaillant les composants du réseau activant en France, car le DRS savait à l`avance quels terroristes se trouvaient en France et quelles étaient leurs cibles. Les personnes qui se trouvent actuellement en prison en France pour leur implication dans ces attentats meurtriers ne sont que des pions dans l`échiquier algéro-français.

Pour le général Smaïn Lamari, le dossier du GIA était devenu son "gagne-pain" et le reste à ce jour, lui permettant de garder sa position sous le président Bouteflika. À chaque fois qu'il se rendait en France, en Belgique, en Allemagne ou en Suisse, c'était pour pour se faire connaitre et lier des amitiés avec les services occidentaux. Smaïn Lamari se réjouissait lorsqu`il y avait des informations concernant la présence de terroristes algériens en Europe : cela permettait de rallier les pays éuropéens à sa cause et à celle de la junte militaire algérienne. Smaïn Lamari se fâchait lorsqu'il n`y avait pas d'informations relatives à la présence des terroristes algériens à l`étranger. Il fallait que tous les officiers sous ses ordres lui fournissent des dossiers sur les mouvements à l'étranger afin de lui permettre d`exister le plus longtemps possible.
Il est devenu le spécialiste du terrorisme algérien. Pour le président Bouteflika, tout ça marche bien, d`autant plus que le terrorisme est devenu un dossier d`actualité mondiale. Ce n'est pas le bon moment pour se débarasser de Smaïn Lamari ou de Mohamed Médiène alias "Toufik" . Pour Bouteflika, ce sont des experts du terrorisme mondial et c`est malheuresement le "gagne-pain" de plusieurs responsables d'États. Pour se maintenir au pouvoir aujourd`hui, il faut faire ses preuves dans le combat contre le terrorisme islamiste et on aura ainsi la bénédiction des États-Unis d'Amérique.
Le terrorisme d'aujourd`hui fait le bonheur de certains responsables mais celui qui paye toujours le prix, c'est bien l`homme de la rue, l`homme qui va tous les matins a son travail en prenant le train, le bus ou le métro, l`homme qui n`a pas de gardes du corps.
Smaïn Lamari et Mohamed Médiène alias "Toufik" doivent savoir qu`un jour, ils devront répondre à de nombreuses questions. Le terrorisme ne pourra pas durer longtemps et ils ne pourront pas se cacher ternellement derrière ce phénomène. »

 

Qui est Abdelkader Tigha ?


L'incroyable odyssée d'un ancien agent secret algérien


par Justitia Universalis, La Haye, décembre 2003

Abdelkader Tigha, né le 14 juin 1968. Nationalité algérienne. Marié, père de deux enfants

Un jeune cadre algérien du DRS
Abdelkader Tigha entre, en 1987, à l'École technique de la Sécurité militaire [2] dans la wilaya de Aïn-Sefra (sud-ouest d'Alger). En 1988, il est affecté à la wilaya de Tamanrasset (sud du pays) au Service de recherche et d'investigation de la SM, spécialisé dans le recueil du renseignement. En 1989, il est nommé au bureau de sécurité de l'aéroport de Tamanrasset, où il supervise les arrivées et départs des personnalités. En 1991, il est muté à Alger, où il entre à la Division du contre-espionnage sous les ordres du colonel Smaïl Lamari (dit « Smaïn »), numéro 2 du DRS (Département du renseignement et de la sécurité, nouveau nom de la Sécurité militaire), après le général Mohamed Médiène, dit « Toufik ».

Le 11 janvier 1992, le second tour des élections législatives qui allaient voir la victoire du parti islamiste, le Front islamique du salut, est annulé à l'initiative de l'armée. Le 8 février 1992, l'état d'urgence est proclamé (il est toujours en vigueur à ce jour) et une violente répression est engagée contre les islamistes et leurs sympathisants. Dans la guerre qui s'engage alors, et qui fera des dizaines de milliers de victimes, le DRS joue un rôle central, se rendant responsable de très graves violations des droits de l'homme [3].

De 1993 à 1997, Tigha est chef de brigade au Centre territorial de recherche et d'investigation (CTRI) de Blida (couvrant les willayas de Bouira, Tizi-Ouzou, M'sila, Chlef, Tipaza, Aïn-Defla, Boumerdès), principale antenne du DRS dans la 1ère région militaire. En 1993, Blida est alors réputée être un fief islamiste. Le CTRI est chargé « d'identifier, de localiser et d'évaluer le degré d'implication » des sympathisants présumés des GIA (groupes armés islamistes). Une partie du travail de Tigha consiste à superviser l'infiltration de ces groupes par des agents « retournés » par son service.

En 1993, raconte Tigha, « devant la détérioration de la situation sécuritaire à Blida (attentats journaliers, attaques de casernes), mon service avait reçu l'ordre, directement du général Lamari Smaïn, de limiter les traductions devant les tribunaux, ça veut dire commencer à exécuter les personnes interpellées pour diminuer le recrutement du GIA et faire peur à la population civile ». Une fois arrêtées, ces personnes sont systématiquement « exploitées » (torturées) par le Service de police judiciaire. Le plus souvent, elles sont ensuite exécutées. Tigha estime à 4 000 le nombre de personnes exécutées au CTRI de Blida entre 1993 et 1997. En 1997, Tigha est chef d'une brigade de recherche et d'investigation, avec le grade d'adjudant.

La fuite
Fin 1996, le jeune homme est chargé par sa hiérarchie d'enquêter sur la disparition en 1994 de deux professeurs d'université, Mohammed Boularas et Mohammed Rosli. La demande d'enquête a été faite initialement par la Commission des droits de l'homme des Nations unies (ce que Tigha ignore au départ). Tigha mène une enquête de plusieurs mois, au terme de laquelle il remet à ses supérieurs un rapport qui établit que les professeurs ont été arrêtés, torturés et exécutés par certains membres du Service de police judiciaire, dont il donne les noms. Selon Tigha, le rapport déplait à ses supérieurs, qui voulaient seulement une enquête de façade pour satisfaire la Commission des droits de l'homme des Nations unies.

La sanction viendra plus tard : en août 1998, il est muté à Alger, au Centre principal des opérations (CPO, organe du DRS situé à Ben-Aknoun, en banlieue d'Alger, et chargé des opérations illégales du DRS). Son nouveau supérieur lui retire son arme de service. Tigha commence à penser que sa vie est en danger : il craint d'être éliminé par des agents du DRS sous le camouflage d'un « scénario » (pratique courante dont ont été victimes beaucoup de ses collègues en désaccord avec leur hiérarchie, pour des raisons diverses).

Il multiplie les arrêts maladies, obtenus grâce à de faux certificats et commence à économiser pour son départ d'Algérie. Il achète un faux visa pour la France et quitte son pays en avion le 8 décembre 1999. Sa première escale est Tunis, puis Tripoli, avant d'arriver à Damas, qui n'exige pas de visa des ressortissants de pays arabes. Là, il contacte l'ambassade de France et se dit « prêt à aider la France contre le terrorisme en échange d'une protection et d'un asile politique en Europe ».

La trahison des services secrets français
Le représentant de la DGSE à l'ambassade de France, « Patrick », lui indique qu'il est « risqué pour les agents français de venir l'interroger en Syrie ». Il lui propose de lui payer un billet d'avion pour la Thaïlande, « pays touristique où on peut passer inaperçu » et où il n'y a pas d'ambassade algérienne. Il y débarque le 5 janvier 2000. Tigha est accueilli par les deux représentants de la DGSE à l'ambassade de France, Marc de Beauregard et « Noël ». Ils lui demandent d'attendre l'arriver d'une équipe de Paris. « J'ai d'abord été logé près de l'ambassade de France au Newrotel, puis au Centre Point Appartment, un complexe de luxe au-dessus d'un centre commercial », raconte AT.

Quand l'équipe de la DGSE arrive de Paris ‹ trois personnes, dont le chef « Christian » ‹, Tigha est encore déplacé dans un nouvel hôtel, le « Rose Hotel », hôtel de passe bien connu dans un quartier où la DGSE contrôle un groupe d'informateurs. Trois rencontres de débriefing ont lieu au « Rose Hotel » ; la dernière a lieu le 6 ou le 7 février 2000. Ce qui intéresse les agents français : les réseaux du DRS en France et en Europe, le sort de l'ex-émir du GIA, Abdelhak Layaada, et l'affaire des sept moines de Tibéhirine (assassinés en mai 1996). Tigha est très surpris de constater que ses interlocuteurs connaissent déjà beaucoup de choses sur l'implication du DRS dans la manipulation de la violence islamiste.

La dernière rencontre se passe mal. Selon Tigha, il avait accepté de parler en échange de garanties sur un éventuel asile politique en France ou dans un pays voisin ‹ les Français lui auraient promis la Belgique. Au lieu de cela, les agents lui proposent finalement, d'abord de travailler pour la DGSE dans un pays arabe, puis une grosse somme d'argent en échange de son silence. Tigha dit avoir refusé car il tient à pouvoir, à l'avenir, faire connaître publiquement les exactions et les violations des droits de l'homme dont il a été le témoin. Il demande l'arrêt des entretiens. Les agents français lui donnent jusqu'au soir pour les appeler s'il change d'avis. Tigha ne le fait pas et se retrouve seul à Bangkok.

Casse-tête juridique à Bangkok
Lâché par les Français, Tigha se rend à l'ambassade de Belgique, le lendemain, 8 février. L'officier politique contacte ses homologues de l'ambassade de France, puis revient et dit à Tigha : « Il ne faut pas manger dans toutes les assiettes. » Il lui conseille de s'adresser au Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies. Tigha y est reçu par l'officier de protection de l'UNHCR, Joseph Aguettant, de nationalité française. Tigha consigne les informations sur son cas par écrit, rendez-vous est pris pour le lendemain. Le traducteur du HCR lui conseille un nouvel hôtel, le New World Lodge, un hôtel musulman proche. Le 13 février, Tigha est brièvement auditionné par Joseph Aguettant à l'UNHCR. Les papiers militaires de Tigha sont photocopiés pendant l'entretien.

Le 17 février, suite à ce qui apparaît comme une provocation soigneusement montée, il est arrêté dans son hôtel par la police thaï pour « détention d'objets volés ». Le 23 mars 2000, Tigha est condamné à un an de prison pour vol à dater de son arrestation. Début mars, Joseph Aguettant vient visiter Tigha en prison pour lui annoncer que sa demande de statut de réfugié politique est rejetée par l'UNHCR. Il lui explique qu'en vertu d'une « clause d'exclusion », le statut de réfugié est refusé à ceux qui pourraient être impliqués dans des crimes contre l'humanité. Pourtant, AT nie : « Je ne donnais que les adresses des gens à interroger. Je n'étais chargé ni des interrogatoires, ni des exécutions. »

Selon un mémoire rédigé ultérieurement par l'un des avocats de Tigha, Me Fabrice Lincoln, « une seule personne du HCR a en fait rencontré Tigha et décidé de son sort. Les autorités thaïes n'ayant pas signé la convention des réfugiés, la décision du HCR était en effet son dernier recours ».

Le 17 février 2001, Tigha a purgé sa peine. Il est transféré au Centre de détention de l'immigration de Bangkok en attendant d'être rapatrié vers l'Algérie : tous les étrangers coupables de crimes sont automatiquement expulsés vers leur pays d'origine une fois leur peine purgée. Les conditions de détention dans ce centre sont déplorables, notamment au plan sanitaire (la plupart des détenus, dont Tigha, occupent une cellule où ils sont parfois plusieurs centaines), et pires que celles d'une prison normale.

Son avocate est alors Me Anne Makomé, attachée auprès du Jesuit Refugee Service (JRS) de Bangkok. Elle a interjeté un appel de la décision de l'UNHCR, mais cet appel a été rejeté en juillet 2001 (décision ensuite notifiée par Genève, tant à Tigha qu'aux autorités thaïlandaises, le 30 octobre 2001). Le HCR reconnaît que Tigha remplit tous les critères habituels d'un réfugié politique, mais confirme qu'il tombe sous le coup de la « clause d'exclusion ».

Tigha, de concert avec son avocate, décide alors de faire appel à la presse. Une première dépêche AFP, intitulée « Algérien, déserteur de la Sécurité militaire, coincé en Thaïlande », est publiée le 2 août 2001. Puis, le 27 août, un article relatant sa situation est publié dans le quotidien français Libération, signé de son correspondant à Bangkok, Arnaud Dubus [4].

Le 30 août, l'ambassade d'Algérie à Kuala Lumpur (Malaisie) ‹ l'Algérie n'a pas d'ambassade à Bangkok ‹ écrit à l'ambassade de Thaïlande en Malaisie pour lui demander que le gouvernement thaï procède au « rapatriement immédiat » de Tigha, au motif qu'il serait impliqué dans divers délits en Algérie (« contrebande de voitures, abus d'autorité et menaces contre un juge »). Les autorités thaïlandaises demandent au gouvernement algérien copie des actes de poursuites judiciaires qui seraient engagées contre lui, et des preuves des allégations qui les fondent. Comme elles n'obtiendront aucune réponse de l'Algérie, et en l'absence d'accord d'extradition entre la Thaïlande et l'Algérie, elles décident que « son rapatriement ne pourrait avoir lieu sans son consentement ».

Des ONG se mobilisent
Le 21 septembre 2001, un long article sur Tigha est publié par la lettre Risque-perspectives du cabinet parisien de Nord-Sud Export [5]. Amnesty International, alertée par le JRS de Bangkok, prend connaissance de ce cas et contacte le HCR pour savoir s'il existe un moyen de lever la « clause d'exclusion ». La réponse du HCR est qu'il existe un vide juridique pour les réfugiés potentiels tombant sous le coup de la clause d'exclusion et que le HCR étudie les moyens de combler ce vide.

Début juin 2002, à la veille de l'expiration du passeport de Tigha, un prêtre du JRS obtient la permission du directeur de la prison de faire partir Tigha pour l'Algérie, via l'Éthiopie (l'idée étant que Tigha s'éclipse pendant l'escale à Addis-Abéba). L'ambassade d'Algérie à Kuala Lumpur apprend le départ imminent et pousse la compagnie aérienne Ethiopian Airlines à refuser de prendre Tigha à bord. Le prêtre et Tigha reviennent donc au centre de détention. Quelques jours après, Ethiopian Airlines appelle pour signaler qu'il n'y a plus de problèmes et que Tigha peut embarquer. Le prêtre et Tigha, soupçonnant qu'un comité d'accueil a été mis en place à Addis-Abéba, refusent l'offre de la compagnie.

Début juillet 2002, lors du procès en diffamation intenté à Paris par le général-major Khaled Nezzar (ancien ministre de la Défense du gouvernement algérien) contre l'ex-sous-lieutenant Habib Souaïdia (auteur du livre La Sale Guerre [6]), un carnet de notes contenant des informations sur les activités du DRS en Algérie ‹ carnet envoyé par Tigha à un journaliste ‹ est utilisé comme document par la défense de H. Souaïdia.

Plusieurs ONG commencent alors à s'intéresser à ce cas : le Réseau euro-méditerranéen des droits de l'homme (REMDH), la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) et l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) rejoignent Amnesty International.

Le 6 novembre 2002, une lettre est envoyée par le gouvernement thaïlandais à l'OMCT, confirmant sa position sur ce cas : il a purgé sa peine, mais ne peut pas résider en Thaïlande ; toutefois, la Thaïlande s'abstiendra de le renvoyer en Algérie, d'une part, parce que l'Algérie n'a pas fourni de preuves de son passé criminel et, d'autre part, par respect pour les droits de l'homme. Le 23 décembre 2002, un nouvel article sur Tigha est publié à la Une de Libération [7]. L'histoire des contacts entre Tigha et la DGSE y est exposée, mais aussi ses révélations sur l'affaire des moines de Tibéhirine tués en mai 1996. L'article est repris par les agences de presse et largement commenté par la presse algérienne.


Les révélations de Abdelkader Tigha sur l'affaire des moines de Tibéhirine

 

Selon les révélations de Tigha à Libération, la Sécurité militaire algérienne a organisé l'enlèvement des sept moines trappistes, en mars 1996, en utilisant les services de Mouloud Azzout, bras droit de Djamel Zitouni, alors « émir national » des GIA, et « soupçonné au mieux d'être un agent double, au pire d'être au service de la Sécurité militaire ».

Tigha explique que l'opération a été préparée au Centre territorial de recherche et d'investigation (CTRI) de Blida, où il était en poste. Le 25 mars 1996, « c'est le général Smaïn Lamari qui arrive pour voir [Mouloud] Azzout ». Les deux camionnettes qui servent à l'enlèvement des sept moines de Tibéhirine sont préparées à l'intérieur de la caserne du CTRI. Elles sont de retour à la caserne dans la nuit du 26 au 27 mars. « On croyait à une arrestation de terroristes. C'était malheureusement les sept moines qui venaient d'être kidnappés. [Š] Ils ont été interrogés par Mouloud Azzout. Deux jours après, il les a emmenés sur les hauteurs de Blida puis au poste de commandement de Djamel Zitouni. » Mais l'opération tourne mal, sur fond de rivalités au sein des GIA. Djamel Zitouni, « qui coopérait avec les services de l'armée algérienne », doit confier les moines à un autre commando des GIA. Ce dernier cherche alors à négocier leur libération, en vain, et les sept moines sont assassinés.

Au lendemain des révélations de Libération, le député UMP de la Haute-Vienne (et ancien magistrat antiterroriste) Alain Marsaud demande au garde des Sceaux l'ouverture d'une information judiciaire « afin que la vérité soit faite » sur l'enlèvement et l'assassinat des moines. Ces informations « confirment un certain nombre d'informations recueillies quelques mois après le crime et qui avaient été portées à ma connaissance par des familles de victimes », affirme notamment M. Marsaud. Mais aucune instruction ne sera ouverte.


En janvier 2003, une mission d'Amnesty International visite Tigha dans sa cellule. Les ONG impliquées font du lobbying auprès de plusieurs pays (France, Belgique, Allemagne, Suisse, pays scandinaves) pour qu'ils acceptent Tigha comme réfugié politique.

Les quatre ONG engagées sur le dossier se coordonnent pour obtenir une solution digne à ce cas difficile. En février 2003, la diplomatie vaticane est sollicitée et engage des démarches auprès du HCR à Genève, par le chargé d'affaires auprès des Nations unies, saisi par le nonce de Bangkok (avril-mai 2003). En mars 2003, une plainte est déposée par l'OMCT auprès du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, sur la base d'une déclaration officielle des autorités thaïs qu'elles ne l'extraderaient pas vers l'Algérie contre sa volonté. La plainte est jugée recevable, mais reste sans suite.

Les ONG de défense de droits de l'homme redoublent leurs démarches et la FIDH assume un rôle de plus en plus important dans la coordination, mobilisant ses correspondants sur place : la Thai Union for Civil Liberties obtiendra enfin le départ de Tigha de Bangkok, où les risques d'extradition ou de liquidation physique du détenu devenaient élevés.

Le départ pour la Jordanie
Le 22 septembre 2003, grâce aux efforts de nombreuses organisations, Tigha parvient à s'envoler pour Amman (Jordanie), accompagné de son avocat du JRS de Bangkok. Un visa touristique de courte durée (quinze jours) lui est accordé à l'aéroport d'Amman. Son premier visa, qui expirait au 6 octobre, a été prolongé à trois mois.

Les différentes demandes de visa introduites auprès de certains pays européens (par le canal de leur ambassade à Amman, ou par des démarches dans les pays mêmes) n'ont pas abouti à ce jour : la France a fait savoir à la FIDH qu'elle refusait de l'accueillir, mais qu'elle ne voyait pas d'inconvénient à ce qu'il soit accueilli dans « un autre » pays européen ; l'Irlande, la Belgique et la Finlande ont refusé.

Depuis son arrivée en Jordanie, la FIDH a assuré, en coordination avec quelques militants des DDH en Europe, a assuré un suivi quasi-quotidien de la situation de T. Celui-ci a constitué deux avocats, qui travaillent en étroite coordination : Me Patrick Baudouin à Paris (président d'honneur de la FIDH) et Me Marcel Bosonnet (à Zurich), chargé de gérer sa demande d'asile en Suisse, seule voie réaliste à ce jour.

Dès la fin septembre, T. a interjeté un nouvel appel auprès du HCR à Genève (via le bureau jordanien du HCR). Celui-ci était définitivement refusé par une lettre du 16 octobre, le HCR invoquant une nouvelle fois la « clause d'exclusion » (il n'aurait pas droit au statut de réfugié politique au motif qu'il a probablement commis des crimes quand il était en fonction ; le HCR refuse donc de prendre en compte son statut de « repenti », soucieux de témoigner sur les violations des DDH ­ il est vrai qu'il n'existe aucun texte sur ce point dans le droit international, qui permettrait d'accorder une protection à un « repenti »).

Sur place, la mobilisation de plusieurs personnes et ONG (dont une organisation locale de défenses des DDH, Mizan, et Caritas-Jordanie, suite à la saisine de Caritas Europe) a permis une prise en charge matérielle de T.

Pendant son séjour en Jordanie, T. a vécu dans un climat permanent d'insécurité. Quelques jours après sa nouvelle demande au bureau local du HCR, un responsable de ce bureau (de nationalité algérienne) l'a averti qu'il courait un grand risque s'il restait sur place. Il lui a conseillé de quitter le pays le plus rapidement possible. Tigha était, par ailleurs, suivi dans ses déplacements par deux hommes en civil qui seraient, selon lui, des membres des services jordaniens.

Les choses se sont précipitées le jeudi 27 novembre 2003 : T. a été contacté par un haut responsable des services secrets jordaniens, qui lui a indiqué que les services algériens (DRS) leur avaient demandé (secrètement) d'arrêter T. et de l'envoyer en Algérie. Ce responsable lui a dit que les services jordaniens ne voulaient pas l'envoyer à la mort, mais qu'il devait quitter le territoire jordanien impérativement avant le lundi 1 er décembre, faute de quoi il ne pourrait plus « assurer sa sécurité » (le risque d'une exécution sur place par les services algériens étant réel, selon lui).

Grâce à la mobilisation des ONG sur place et de l'équipe de suivi constituée autour de la FIDH, T. a pu prendre un vol, dans la nuit du 2 au 3 décembre, à destination de Kuala-Lumpur (destination pour laquelle un visa d'entrée n'est pas requis pour les algériens) via Amsterdam.

A l'escale d'Amsterdam, T., avec l'assistance efficace d'une avocate hollandaise qui avait été préalablement contactée par la FIDH, a déposé une demande d'asile aux Pays-Bas.

 

L'étape hollandaise
Le 3 décembre dans l'après-midi, T. a été incarcéré dans une prison hollandaise, où il doit séjourner au moins une semaine, voire plus (conformément à la loi hollandaise). Il est en tout cas, désormais, en sécurité, même si son statut reste incertain.

L'objectif à ce jour est qu'il puisse obtenir un séjour provisoire en Hollande, en attendant que sa demande d'asile en Suisse, gérée activement par Me Bosonnet, puisse aboutir.

Toutes les ONG internationales de défense des droits de l'homme mobilisées sur ce cas, qui suivent de près la situation des violations des droits de l'homme en Algérie depuis 1992, considèrent que le témoignage que peut (et veut absolument) apporter Abdelkader Tigha est d'une importance décisive pour contribuer à l'établissement de la vérité sur les violations dont se sont rendues coupables certaines forces de sécurité algériennes. Ces ONG estiment donc qu'il est essentiel qu'il puisse trouver rapidement un asile définitif dans un pays sûr, où son témoignage pourra être recueilli dans de bonnes conditions.

[1] Ce texte est basé sur les articles du correspondant du quotidien français Libération à Bangkok, Arnaud Dubus (qui a très régulièrement rencontré Abdelkader Tigha à Bangkok depuis août 2001), les témoignages d'autres personnes qui ont pu également entrer en contact avec lui ou lui rendre visite à Bangkok, les investigations et rapports d'ONG et de ses avocats, et le « cahier » manuscrit d'une vingtaine de pages - ­ retraçant son parcours ­ que Abdelkader Tigha a pu faire sortir de Thaïlande.
[2] Selon tous les spécialistes de l'Algérie, la SM (services secrets de l'armée) constitue le c¦ur du pouvoir réel en Algérie, exerçant depuis l'indépendance un contrôle étroit de la société.
[3] Voir notamment sur ce point le témoignage circonstancié d'un colonel dissident du DRS, publié en France en septembre 2003 : Mohammed Samraoui, Chronique des années de sang. Algérie : comment les services secrets ont manipulé les groupes islamistes, Denoël, Paris, 2003.
[4] Arnaud Dubus , « Un déserteur raconte les méthodes de la Sécurité militaire algérienne face au GIA », Libération, 27 août 2001.
[5] « Algérie : les révélations d'un déserteur de la SM », Nord-Sud Export, n° 427, 21 septembre 2001. Cet article est reproduit sur le site Internet www.algeria-watch.org - www.algeria-watch.org/farticle/transfuges_generaux/tigha_deserteur.htm ; il est à l'époque commenté par la presse algérienne.
[6] Habib Souaïdia , La Sale Guerre, La Découverte, Paris, 2001 (ouvrage traduit en allemand, espagnol, italien, catalan et arabe).
[7] Arnaud Dubus , « Les sept moines de Tibéhirine enlevés sur ordre d'Alger », Libération, 23 décembre 2002.


Source : Justitia Universalis, P.O. Box 17110 , 2502 CC The Hague - The Netherlands, Tel. +31 30 236 93 86, Fax +31 30 230 45 11, courriel : juniversalis@gmail.com, site web : http://www.justitia-universalis.net

 

Ouverture du procès de Rachid Ramda : le tribunal rejette la demande de renvoi


Le procès de Rachid Ramda, un Algérien de 35 ans, présenté comme le financier présumé des attentats de 1995 en France, s'est ouvert lundi après-midi devant le tribunal correctionnel de Paris.
En début d'audience, les avocats de la défense, Mes Guillaume Barbe et Benoît Dietsch, ont formulé une demande de renvoi en raison de l'enquête de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) sur d'éventuels sévices lors des gardes à vue des principaux suspects en 1995.
"Avez-vous aujourd'hui la possibilité de prendre ce dossier sans connaître les conclusions de l'enquête diligentée", a demandé Me Dietsch aux magistrats. Il a rappelé que le livre "Place Beauvau" publié récemment pas trois journalistes du "Point" fait état de "faits particulièrement graves", notamment "des injures, des privations de sommeil ou de nourriture ou pour certains l'usage de l'électricité".
L'avocat s'est appuyé sur les déclarations de certains des gardés à vue de l'époque qui ont témoigné de mauvais traitements mais aussi d'humiliations subies par les policiers. L'un des suspects a ainsi raconté au juge d'instruction qu'on l'avait fait "monter sur le coran", a rappelé Me Dietsch.
La demande de renvoi a été rejetée par le tribunal, présidé par Jean-Claude Kross.
La défense fait également une demande de remise en liberté de Rachid Ramda et va plaider des nullités de procédure. Les débats devraient commencer mardi après-midi.
Le procès doit durer jusqu'au 22 mars. Rachid Ramda, extradé de Grande-Bretagne en décembre 2005 après dix ans de procédure, est poursuivi pour les actes préparatoires et le soutien logistique apporté aux poseurs de bombes. Il encourt dix ans de détention. AP
Source : AP, 27 février 2006

 

 

Ramda ne veut plus participer à un procès "scandaleux"


L'Algérien, soupçonné d'être le financier des attentats de 1995 à Paris, ne veut plus participer à son procès qu'il juge "scandaleux".
Rachid Ramda, le financier présumé des attentats de 1995 en France, a dénoncé lundi 27 février un "procès scandaleux" et a annoncé qu'il ne souhaitait pas participer aux débats, au premier jour de sa comparution devant le tribunal correctionnel de Paris.
"Je ne souhaite pas participer" à "ce procès que je considère comme un procès scandaleux", a déclaré l'Algérien de 35 ans, s'exprimant en Français. "Et je demande à mes avocats qu'ils ne participent pas".
"Je proteste (de) mon innocence totale. J'étais condamné par la presse et le gouvernement français", a-t-il souligné, débout dans le box, portant un large sweat-shirt gris, et un collier de barbe noire.
"Je désapprouve les attentats", a poursuivi le prévenu, assurant qu'il préférait "utiliser des moyens non-violents". "Je veux dire ma sympathie pour les victimes et leurs proches. Je les soutiens moralement et spirituellement".

Dix ans sous écrou extraditionnel
Jugé pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" en marge des attentats de 1995, Rachid Ramda a dit son incompréhension devant le système qui lui a déjà fait passer dix ans en prison, sous écrou extraditionnel, en Angleterre.
Faisant référence au rejet du tribunal de renvoyer son procès en attendant la fin de l'enquête sur les prétendues tortures qu'auraient subies en garde à vue les autres suspects, il affirme avoir "senti l'odeur de la tolérance de la torture". "Si les hommes de loi tolèrent la torture (...) où on va s'arrêter", s'est-il exclamé.
Le président Jean-Pierre Kross a essayé de le faire revenir sur sa décision de ne pas assister aux débats, qualifiant son attitude de "fuite" "regrettable pour la manifestation de la vérité". "Je ne prends pas la fuite de la justice. Je prends la fuite par rapport à l'injustice", a rétorqué le prévenu.
"Assassin, comédien", lui a lancé une femme dans le public. "Que Dieu vous pardonne", lui a répondu Ramda. "Assassin, comédien, Algérien", a repris la femme avant de se faire expulser par les gendarmes.

Participation de gré ou de force
Le président Kross a fait savoir à Ramda que le tribunal statuerait tous les jours sur l'opportunité de le faire participer de gré ou de force aux débats.
En début d'audience, les avocats de la défense, Mes Guillaume Barbe et Benoît Dietsch, ont formulé une demande de renvoi en raison de l'enquête de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) sur d'éventuels sévices lors des gardes à vue des principaux suspects en 1995.
"Avez-vous aujourd'hui la possibilité de prendre ce dossier sans connaître les conclusions de l'enquête diligentée", a demandé Me Dietsch aux magistrats. Il a rappelé que le livre "Place Beauvau" publié récemment pas trois journalistes du "Point" fait état de "faits particulièrement graves", notamment "des injures, des privations de sommeil ou de nourriture ou pour certains l'usage de l'électricité".

Nullités de procédure
La demande de renvoi a été rejetée par le tribunal. La défense a fait également une demande de remise en liberté de Rachid Ramda qui a été rejetée et a plaidé des nullités de procédure.
Le procès doit durer jusqu'au 22 mars. Rachid Ramda, extradé de Grande-Bretagne en décembre 2005 après dix ans de procédure, est poursuivi pour les actes préparatoires et le soutien logistique apporté aux poseurs de bombes. Il encourt dix ans de détention.
Ultérieurement il sera jugé par la Cour d'assises de Paris pour les attentats eux-mêmes. Il est notamment mis en examen pour "complicité d'assassinat", passible de la réclusion criminelle à perpétuité.
Source : AP, 28 février 2006

 

 

Rachid Ramda devant la justice française - Son procès est lié aux attentats de Paris


par Fayçal OUKACI, L'expression, Alger, 26 février 2006
L'islamiste algérien comparaîtra à partir de demain, lundi, devant le tribunal correctionnel de Paris.
Extradé de Grande-Bretagne en décembre 2005 après dix ans de détention, Ramda, 35 ans, dit Abou Farès, qui avait fait l'objet d'une ordonnance de renvoi devant le tribunal en date du 5 février 1999, en même temps que vingt-trois autres islamistes, soupçonnés d'avoir participé à la préparation des attentats, comparaîtra à partir de demain lundi, devant le tribunal correctionnel de Paris pour sa participation présumée à la préparation des attentats de Paris.
Au cours de ce premier procès, les trois principaux membres du réseau islamiste impliqué, Boualem Bensaïd, Smaïn Aït Ali Belkacem et Karim Koussa avaient été condamnés à 10 ans d'emprisonnement pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Selon l'AFP, le procès débute lundi, et ne doit viser que les actes préparatoires aux attentats et le soutien logistique apporté aux poseurs de bombes. Ramda est par ailleurs poursuivi dans le cadre d'une procédure criminelle portant sur trois attentats perpétrés dans le métro parisien en 1995, qui avaient fait 8 morts et 200 blessés au total.
Ce qui, comme pour les autres membres du réseau islamiste impliqués, peut le conduire devant la Cour d'assises de Paris. Il avait été arrêté en Grande-Bretagne le 4 novembre 1995, mais avait réussi à éviter son extradition en utilisant les recours offerts par une ancienne loi britannique.
Son avocat, Me Guillaume Barbe, a indiqué à l'AFP qu'il allait former plusieurs demandes devant le tribunal, dès le début de l'audience lundi. Il s'agit tout d'abord d'une demande de renvoi, compte tenu de l'enquête en cours de l'IGPN (la police des polices) sur les conditions des auditions de Boualem Bensaïd, dont certaines sont à charge pour son client.
«Ramda critique depuis dix ans les conditions de l'audition de Bensaïd et juge que ses déclarations ont été obtenues sous la torture», a expliqué Me Barbe. «Tant que l'enquête de l'IGPN n'est pas terminée, il ne voit pas pourquoi il devrait répondre des accusations» contenues dans les auditions de Bensaïd, a souligné l'avocat. En outre, ce dernier compte faire une demande de remise en liberté pour son client qui «a déjà purgé le maximum de la peine qu'il encourt», c'est-à-dire 10 ans d'emprisonnement. Extradé de Londres, Rachid Ramda est arrivé le 2 décembre 2005 à l'aéroport du Bourget, près de Paris, et était attendu par une importante escorte policière, dont des policiers encagoulés et fortement armés.
Ramda avait été, aussitôt après, conduit au palais de justice de Paris, où un magistrat du parquet devait lui notifier les quatre mandats d'arrêt délivrés à son encontre par la justice française: l'un, correctionnel, pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste», les trois autres, criminels, pour sa participation à trois attentats de 1995.
Le 17 novembre 2005, après une bataille judiciaire de dix ans, Rachid Ramda avait perdu à Londres son ultime bataille pour éviter l'extradition vers la France, qui entend le juger dans le cadre des attentats de 1995 dans le métro parisien (8 morts et 200 blessés au total). Ramda, 35 ans, dit Abou Farès, soupçonné par les autorités françaises d'être le financier de ces attentats - dont celui qui avait fait 8 morts et 150 blessés à la station Saint-Michel du RER (métro express) - avait utilisé, depuis dix ans, tous les recours pour éviter cette extradition à laquelle un juge avait pour la première fois donné son accord en juin 1996. Après sa présentation au parquet, le président de la cour d'assises de Paris, devant lequel le dossier a été renvoyé, pourrait ordonner un «supplément d'information» pour permettre à un juge d'instruction antiterroriste de l'interroger. Considéré comme un «intellectuel» de la mouvance islamiste algérienne radicale, il est parfois présenté comme l'un des principaux dirigeants du GIA algérien (Groupe islamique armé) en Europe.
Ramda a été condamné à mort en 1993 par contumace en Algérie, où il est impliqué dans l'attentat contre l'aéroport d'Alger qui avait fait 9 morts et 123 blessés, en juillet 1992. Parti se réfugier en Grande-Bretagne, il est devenu un des principaux animateurs du GIA à l'étranger. Dans un livre non publié du cheikh Omar Abdelhakim, plus connu sous le nom d'Abou Mossaâb Es-Souri et intitulé Mon témoignage sur le djihad en Algérie, et étant l'un des rédacteurs de la revue Al Ansar avec le Palestinien Abou Qatada, il parle en abondance d'un certain «Rachid» qui serait un des informateurs de la revue.
Considéré comme étant un «intellectuel» de la mouvance islamiste algérienne radicale en Europe, beaucoup estiment qu'il jouit d'une aura factice. Des repentis du GIA ont affirmé qu'à l'époque de Zitouni, le GIA avait certes dépêché des membres en France pour y perpétrer des attentats, dont un certain Abou Farès, mais sont incapables de préciser s'il s'agissait bel et bien de Rachid Ramda.
D'autres sources en Algérie précisent qu'Abou Farès avait été envoyé en France sur instigation de Redouane Makador, dit Redouane Abou Bassir, responsable des relations extérieures au GIA. Agé de 35 ans, Rachid Ramda dit Elyas, alias Abou Farès, a été arrêté en Grande-Bretagne, le 4 novembre 1995 et placé sous écrou extraditionnel à la prison de Belmarsh, au sud de Londres, où sont détenus la plupart des suspects d'actes liés au terrorisme. Malgré l'insistance de Paris en vue de son extradition, il a réussi, jusque-là, à éviter son extradition vers la France en utilisant tous les recours offerts par une ancienne loi britannique.
Selon l'AFP, cet islamiste algérien n'a jamais eu à s'exprimer longtemps devant un tribunal, et son rôle exact dans la structure du GIA algérien (Groupe islamique armé) est encore peu connu, même s'il est suspecté d'avoir été dès 1994 l'un des principaux dirigeants du GIA en Europe. Homme un peu replet, cheveux noirs coupés court et collier de barbe, il avait comparu peu après son arrestation en Grande-Bretagne, vêtu d'un sweater vert, d'un jean noir et d'une paire de tennis blanches, portant à la main une couverture cartonnée pour se protéger des photographes. Il était absent au jugement prononcé, jeudi 17 novembre 1996.
Réfugié à Londres, il faisait, avant son arrestation, l'objet d'une surveillance soutenue des autorités britanniques, qui le soupçonnaient d'être aussi le rédacteur d'Al Ansar, le bulletin du groupe terroriste.

 

 

 

Mise en oeuvre de la charte adoptée par référendum le 29 septembre : 7 chapitres pour consacrer la paix et la réconciliation nationale


Par : EL MOUDJAHID, (communément appelé "Le Tout Va Bien), Alger, 21 février 2006

* Le projet d'ordonnance adopté hier par le Conseil de gouvernement

Le Conseil de gouvernement s'est réuni, hier, sous la présidence de M. Ahmed Ouyahia, chef du gouvernement.
Cette séance a été entièrement consacrée à l'examen des projets de textes portant mise en oeuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, approuvée à une très forte majorité lors du référendum du 29 septembre dernier.
Dans ce cadre, et conformément aux engagements énoncés par le Président de la République, dès le Conseil des ministres tenu la 3 octobre dernier, au lendemain du référendum, le gouvernement a été instruit pour préparer les projets de textes appropriés destinés à la mise en oeuvre fidèle de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, projets examinés par cette séance du Conseil de gouvernement.
Ainsi, en premier lieu, le Conseil de gouvernement a examiné et endossé le projet d'ordonnance portant mise en oeuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, texte articulé en sept chapitres.

Le premier chapitre énonce l'objet du texte à savoir la mise en oeuvre de la Charte, expression de la volonté souveraine du peuple algérien déterminé à parachever la politique de paix et de réconciliation nationale indispensable à la stabilité et au développement de la nation.

Le second chapitre du projet d'ordonnance énonce les dispositions légales requises pour l'application des mesures destinés à la consolidation de la paix, à savoir :


1° - L'extinction de l'action publique (poursuite judiciaires) à l'encontre des personnes relevant d'une des catégories ci-dessous, impliquées dans des faits liés à la tragédie nationale, à savoir :

a- celles qui se sont présentées aux autorités entre le 13 janvier 2000 et la promulgation de la présente ordonnance ;
b- celles qui, non impliquées dans les faits de massacres collectifs, viols ou usage d'explosifs dans des lieux publics, se présenteront aux autorités et leur remettront leurs armes dans un délai de six mois ;
c- celles qui, recherchées à l'intérieur ou à l'extérieur du territoire national, et non impliquées dans les trois faits précités, se présenteront aux autorités dans le même délai ;
d- les personnes condamnées par défaut ou par contumace qui, non impliquées dans les massacres collectifs, les viols et l'usage des explosifs dans les lieux publics, se présenteront dans le délai de six mois ;
e- celles qui, impliquées dans les réseaux de soutien, se présenteront aux mêmes autorités et dans le même délai ;
f- et, enfin, les personnes détenues non condamnées définitivement, si elles ne sont pas impliquées dans des faits de massacres collectifs, viols ou usage de l'explosif dans des lieux publics ;

2°-La grâce pour les personnes détenues et condamnées définitivement, pour des faits ne portant pas sur les massacres collectifs, les viols, et l'usage des explosifs dans des lieux publics;
3°-La commutation de peine et la réduction de peine pour les personnes condamnées définitivement et qui, conformément à la Charte, ne peuvent bénéficier des mesures d'extinction de l'action publique ou de la grâce.
En outre, le projet d'ordonnance énonce que les bénéficiaires des mesures d'extinction de l'action publique rejoindront leurs foyers, sitôt accomplies les formalités prévues par cette ordonnance.

Le troisième chapitre du projet d'ordonnance énonce les dispositions mettant en oeuvre les mesures destinées à consolider la réconciliation nationale, à savoir :


1) des mesures au profit des personnes ayant bénéficié des effets de la loi portant concorde civile et pour lesquelles seront ainsi :

I. abrogées les mesures de probation et rendues définitives les décisions dont ils ont bénéficié ;
II. abrogées les mesures de privation de droits pour les personnes qui en sont encore frappées ;
III. et, enfin, levées toutes entraves administratives rencontrées par les bénéficiaires de la loi sur la concorde civile ;

2) des mesures de réintégration dans le monde du travail ou, le cas échéant, d'indemnisation, au profit des personnes ayant fait l'objet de mesures administratives de licenciement pour des faits liés à la tragédie nationale, décrétées par l'Etat dans le cadre des missions qui lui sont imparties ;
3) des mesures pour prévenir la répétition de la tragédie nationale et qui, conformément à la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, que le peuple a fait massivement sienne, interdisent l'activité politique sous quelque forme que ce soit :

a - pour toute personne responsable de l'instrumentalisation de la religion ayant conduit à la tragédie nationale ;
b - et pour toute personne qui, ayant participé à des actions terroristes, refuse toujours de reconnaître sa responsabilité dans la conception et la mise en oeuvre d'une politique prônant la violence contre la nation et les institutions de l'Etat.

Le quatrième chapitre est destiné à consacrer juridiquement les mesures d'appui à la politique de prise en charge du dossier des disparus dans le contexte particulier généré par la tragédie nationale.
A ce titre, il est stipulé que :


a - la reconnaissance de la qualité de victime de la tragédie nationale ouvre droit à un jugement de décès pour les personnes n'ayant plus donné signe de vie et dont le corps n'a pas été retrouvé après investigations par tous les moyens légaux ;
b - et que la possession d'un jugement de décès ouvre droit pour les ayants droit à une indemnisation de l'Etat.

Le cinquième chapitre porte sur les mesures destinées à renforcer la cohésion nationale.
A ce titre, il est stipulé que :


a - les membres des familles éprouvées par l'implication d'un de leurs proches dans les faits liés à la tragédie nationale ne sauraient être tenus pour responsables de ces faits ou pénalisés pour eux ;
b - toute discrimination à leur endroit est interdite, une disposition pénale est même établie pour, le cas échéant, sanctionner pareille situation ;
c - enfin, celles de ces familles qui seraient démunies recevront une aide de l'Etat, au titre de la solidarité nationale, sur la base d'une attestation délivrée par les autorités administratives compétentes.

Le sixième chapitre énonce les mesures de reconnaissance de la nation envers les artisans de la sauvegarde de la République algérienne démocratique et populaire.
A ce titre, il est disposé que :


1°-les concernés ont fait acte de patriotisme ;
2°-aucune poursuite ne peut être engagée, à titre individuel ou collectif, à l'encontre des éléments des forces de défense et de sécurité de la République, toutes composantes confondues, pour des actions menées en vue de la protection des personnes et des biens, de la sauvegarde de la nation et de la préservation des institutions. Toute dénonciation ou plainte à l'encontre des concernés est irrecevable ;
3°-et qu'enfin est pénalisée et sanctionnée toute déclaration, écrite, ou autre acte, utilisant ou instrumentalisant les blessures de la tragédie nationale pour porter atteinte aux institutions, fragiliser l'Etat, nuire à l'honorabilité de ses agents qui l'ont dignement servi, ou pour ternir l'image de l'Algérie sur le plan international.

Enfin, le septième chapitre du projet d'ordonnance dispose que, en vertu du mandat qui lui a été conféré par le référendum du 29 septembre dernier, et conformément aux pouvoirs qui lui sont dévolus par la Constitution, le Président de la République peut, à tout moment, prendre toutes autres mesures requises pour la mise en oeuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale.

Le Conseil de gouvernement a également examiné et endossé un projet de décret présidentiel relatif à la déclaration qui sera remplie par les personnes se présentant aux autorités pour bénéficier des mesures de consolidation de la paix, ainsi que les procédures suivies en la matière.
Le Conseil de gouvernement a aussi examiné et endossé un projet de décret présidentiel relatif à l'indemnisation des victimes de la tragédie nationale.
Ce texte codifie la mise en oeuvre du droit à indemnisation pour les ayants droit des disparus.
Enfin le Conseil de gouvernement a examiné et endossé un projet de décret présidentiel régulant la mise en oeuvre de l'aide de l'Etat aux familles démunies éprouvées par l'implication d'un de leurs proches dans le terrorisme.
Ce texte est lui aussi destiné à codifier les procédures d'octroi de cette aide publique au titre de la solidarité nationale.
Il est à rappeler que ces trois projets de décrets découlent du projet d'ordonnance portant mise en oeuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale.
http://www.elmoudjahid.com/stories.php?story=06/02/21/5889907

 

Communiqué de presse sur les textes d'application de la charte "de paix et de réconciliation"


par Rabah Benlatrèche, Bureau National de la CNFD [Coordination Nationale des Familles de Disparus en Algérie], Constantine, 23 février 2006. Courriel : cnfd.jus@gmail.com

Alors que les familles des disparus forcés se nourrissaient, hier encore, d'espoir quant à la fin de leur cauchemar, voilà que les textes d'application de la charte dite « de paix et de réconciliation », viennent de mettrent un terme à tous les espoirs des familles déjà éplorées par plus d'une décennie de malheur et de douleur.
Par ces textes, l'Etat vient encore une fois d'afficher son grand mépris pour les milliers de victimes et leurs familles, tout en glorifiant les auteurs d'actes de torture, d'assassinat, de viol, de vol, de destruction et de confiscations illégales par des commis de l'Etat et en les élevant au rang de sauveurs de la République.
Dans quelle république allons-nous vivre désormais ? Celle qui blanchit les auteurs d'assassinats collectifs, d'expositions de cadavres par dizaines dans les rues et quartiers populaires ? Celle qui nous ferme les portes de la justice et nous menace de pénaliser ce qui nous reste encore : notre droit à l'expression ?
La Coordination Nationale des Familles de Disparus ne peut que dénoncer fermement ces textes, qui tendent à nous culpabiliser, nous familles comme nos disparus.
Quel que soit le prix à payer, nous réaffirmons notre volonté de poursuivre notre combat avec le soutien de nos concitoyens sincères et épris de justice ainsi qu'avec celui des organisations de défense des droits de l'Homme nationales et internationales.
Etant donné que notre seul recours est la justice internationale, nous avons aujourd'hui même saisi le Haut-Commissaire pour les Droits de l'Homme, Mme Louise Arbour, le Secrétaire général de l'Organisation des Nations-Unis, M. Kofi Annan, diverses instances chargées des droits de l'Homme, ainsi que les ambassades à Alger des pays membres du Conseil de Sécurité des Nations-Unies.

 

Un Journal pour accompagner la Longue Marche des Familles de Disparus


Son premier numéro vient de sortir et il contient des informations et des analyses vitales : c'est le "Journal de Marche des Familles de Disparus", le Bulletin de la Coordination Nationale des Familles de Disparus en Algérie. Un outil de plus pour accompagner la longue marche commencée il y a une douzaine d'années par les familles des milliers de disparus, victimes d'exécutions extrajudiciaires; chapitre le plus sombre de la "sale guerre" menée par le régime algérien à son peuple sur lequel ce même régime tente de jeter un voile de "réconciliation" et "d'oubli". C'est compter sans l'acharnement des mères, des pères, des soeurs, des épouses, des enfants de ces milliers d'hommes enlevés à leur domicile, dans la rue, à leur travail. Tant que justice ne sera poas faite, il ne pourra y avoir ni réconciliation, ni pardon, ni oubli.
Dédié "à la mémoire de tous les disparus, de toutes les victimes, sans exclusive, de la barbarie", ce bulletin trimestriel s'ouvre par un éditorial de la journaliste indépendante Rabha Attaf, sobrement intitulé "Justice". Elle y écrit :
« En 1988, j'ai « disparu ». C'était à Alger, pendant les émeutes d'octobre, dont la sanglante répression est encore gravée dans nos mémoires. Alors que je me rendais au bureau de l'AFP, j'ai été encadrée dans la rue par deux agents en civils qui m'ont saisie et aussitôt précipitée dans une voiture banalisée. A peine les portes refermées, je fus plongée dans le noir, plaquée contre la banquette arrière avec la tête recouverte d'un sac en toile. J'ai ensuite été détenue au secret, dans le sous-sol d'une caserne militaire, non loin d'Alger, à Bouzareah. Plus tard, à force de recoupements de différents témoignages, j'ai su qu'il s'agissait de l'un des centres opérationnels de la Sécurité Militaire (le véritable coeur du pouvoir en Algérie, rebaptisée depuis DRS, Direction du renseignement et de la sécurité), où la torture était une pratique de gestion de crise courante.
Mes journées étaient rythmées par des interrogatoires poussés, et mes nuits par les cris des suppliciés. Insidieusement, cette torture psychologique distillait la peur au plus profond de mon être, mais le summum fut atteint lorsqu'on me fit subir un simulacre d'exécution sommaire, sur un terrain vague. J'étais terrorisée, réalisant à cet instant précis que j'étais, aux yeux des services algériens, un témoin gênant : j'avais vu les soldats de l'ANP - l'héritière de la glorieuse ALN - tirer sur des adolescents aux mains nues, dont les corps, déchiquetés par des balles explosives, s'effondraient sous mes yeux.
Quelques heures après cette « mascarade », je fus jetée dans un vol pour Paris, avec la consigne de me taire sous peine de représailles pour moi et ma famille. Je venais d'échapper de justesse à la mort. Je devais mon salut à la diligence d'Amnesty International qui, alertée par un confrère et ami, s'était aussitôt manifestée auprès de la Présidence algérienne pour signaler ma disparition. Mon calvaire avait duré une semaine, avec en prime un traumatisme indélébileŠ
Malgré cette rude épreuve, j'ai continué à me rendre régulièrement en Algérie. La société était en pleine effervescence après 30 ans de dictature. Pour la première fois depuis l'indépendance, les Algériens exprimaient ouvertement leur soif de changement, d'ouverture démocratique. Puis, le coup d'état de janvier 1992, organisé par un clan de généraux ultra-conservateurs, interrompit brutalement les premières élections législatives « démocratiques ». Ils sonnèrent ainsi le glas de toutes les espérances et plongèrent le pays dans le pire des cauchemars : une guerre de basse intensité menée sans merci contre un peuple.
Alors, quand j'ai été interpellée en 1994 par la courageuse belle-soeur de l'un des quinze disparus de Ras el Oued, j'ai compris instinctivement de quoi il s'agissait. La campagne « d'éradication » menée par les officines algériennes, après plus d'un an d'intoxication de l'opinion publique internationale, était entrée dans sa phase sanglante. Une purge à grande échelle frappait toutes personnes soupçonnées de liens avec le FIS -dissous en mars 1992- comme aux pires heures du stalinisme, comme en Indonésie en 1965 où fut inaugurée l'opération « Phoenix » ­ durant laquelle plus de 500 000 civils accusés de « communisme » furent éliminés sous couvert d'une « guerre civile » - comme en Argentine où 40 000 personnes disparurent durant les sept années de dictature militaire (1976-1983).
Face à l'ampleur et à la sauvagerie de la répression, et notamment devant l'horreur des massacres perpétrés durant l'été 1997 autour d'Alger, les organisations internationales de défense des droits humains se mobilisèrent enfin, réclamant année après année une commission d'enquête en Algérie. Fortes de ce soutien, les familles de disparus se mirent en marche. Elles manifestent depuis, semaine après semaine, devant les tribunaux des principales grandes villes d'Algérie, réclamant que la lumière soit faite sur le sort des leurs et que justice soit rendue. Leur combat est exemplaire, comme celui des célèbres « Mères de la place de mai », en Argentine, dont la persévérance a non seulement débouché sur la reconnaissance des crimes commis par la dictature, mais a surtout permis d'ouvrir le champ politique à d'autres luttes. La dynamique engendrée par ces « passionarias » avait, en effet, permis à la société de résister, puis de se restructurer sur des fondements solides et légitimes. « La seule lutte perdue est celle que l'on abandonne », clamaient-elles haut et fort durant leurs défilés, sauvant, par leur courage, des milliers d'Argentins en lutte de la tristesse et de l'isolement, et devenant, de ce fait, les muses de tout un peuple.
C'est pourquoi le combat des familles de disparus est primordial pour l'avenir de la société algérienne. C'est un devoir pour chacun d'entre nous ­ Algériennes et Algériens ­ de le soutenir où que nous soyons. Le chemin à parcourir est certes long, mais il est salutaire pour toute l'Algérie. Car l'exigence de vérité et de justice qu'il draine en son sein nous permettra de constituer une chaîne humaine à travers le monde. Une Algérie planétaire, déterritorialisée, pétrie des valeurs d'équité et de démocratie. Une Algérie qu'aucune dictature ne pourra plus jamais ni opprimer, ni soumettre ! »
En pièce jointe le Journal de Marche > JMCNFD 1
Pour écrire au bulletin : jmfd.algeria@gmail.com


Amnistie dans la précipitation

 


Source : http://www.risques-internationaux.com/, 22 février 2006
Autant on pouvait se demander pourquoi il avait fallu attendre 5 mois, depuis le referendum du 29 septembre sur "la charte pour la paix et la réconciliation nationale", pour que soient examinés les textes d'application de cette charte, autant il est possible de s'étonner devant l'emballement soudain du processus : le 18 février lors d'une émission télévisée, le président de la "Commission nationale consultative de la promotion et de la protection des droits de l'homme" (CNCPPDH), Farouk Ksentini s'était encore avéré incapable de dire si ces textes étaient prêts. Et hier mardi 21 février, le gouvernement, réuni sous la présidence du premier ministre Ahmed Ouyahia, a pourtant été en mesure d'adopter un projet d'ordonnance présidentielle de 7 chapitres, dont les journaux algériens (notamment l'officieux "El Moudjahid") ont publié l'essentiel ce matin même.
Cette précipitation soudaine s'explique certainement par le fait que, selon la Constitution algérienne, le président de la République ne peut légiférer par ordonnance qu'entre les deux sessions parlementaires. Or, la session du printemps ouvrira ses portes le 4 mars prochain : il ne reste donc que deux semaines pour que la formule juridique retenue (4 décrets et une ordonnance) puisse être utilisée dans le cadre de la légalité constitutionnelle.
Le journal le plus proche du pouvoir, l'Expression confirme, d'ailleurs, aujourd'hui, que "La forme juridique choisie atteste d'une volonté d'aller vite dans la résorption effective de la tragédie nationale". Et il poursuit : "le recours aux décrets présidentiels permet une applicabilité immédiate des décisions inspirées de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. La seule ordonnance prévue dans cette batterie de textes sera votée par les deux chambres du Parlement, sans débat. Ce qui raccourcit considérablement le temps de son entrée en vigueur".
La promulgation de ces textes est donc déjà considérée comme acquise, alors que le président Bouteflika ne s'est pas encore prononcé publiquement sur leur contenu. Tout au plus sait-on que ces projets d'ordonnance et de décrets présidentiels devraient être soumis au prochain Conseil des ministres, un Conseil que devrait présider Bouteflika le plus tôt possibleŠ
Il est clair que le président, gravement malade, vient de perdre son dernier combat, celui qui consistait à retarder le plus possible l'amnistie effective des forces de l'ordre et des militaires algériens - et donc des généraux impliqués dans les crimes et les disparitions de la décennie rouge - pour conserver un ultime moyen de pression sur eux. On remarquera, d'ailleurs, que si la rédaction de l'ordonnance présidentielle est assez confuse (donc sujette à des interprétations) sur bien des points (amnistie des "repentis", identification des "victimes" à indemniser, interdiction d'activité politique frappant certaines catégories de citoyens etc.) elle est parfaitement claire dans son chapitre 6, celui qui concerne l'amnistie des policiers et des militaires : "aucune poursuite ne peut être engagée, à titre individuel ou collectif, à l'encontre des éléments des forces de défense et de sécurité de la République, toutes composantes confondues, pour des actions menées en vue de la protection des personnes et des biens, de la sauvegarde de la nation et de la préservation des institutions. Toute dénonciation ou plainte à l'encontre des concernés est irrecevable".

 

 

Présentation de M. Meziche Naâmane au tribunal d’Alger après 45 jours de séquestration.


par l’Observatoire des droits de l'homme en Algérie (ODHA), Alger, 19 février 2006.
Monsieur Meziche Naâmane, citoyen franco-algérien, enlevé lors de son arrivée à l’aéroport d’Alger-Dar El Beida le 5 janvier 2006, porté disparu et séquestré depuis cette date par la police politique, a été présenté ce matin au tribunal d’Alger. Après avoir été entendu par le magistrat, il a été inculpé pour appartenance à un groupe « terroriste » activant à l’étranger et incarcéré à la prison de Serkadji. De plus amples informations seront données ultérieurement à l’opinion publique concernant les conditions de séquestration de ce citoyen.

 

Disparition de Nouamane Meziche après son arrivée à l'aéroport d'Alger


par Algeria-Watch, 23 janvier 2006. www.algeria-watch.org, 0033 6 98 38 81 44


L'association Algeria-Watch a été informée de la disparition de Nouamane Meziche depuis le 5 janvier 2006. Né le 19 juin 1970 à Paris, Nouamane Meziche réside en Allemagne depuis 1992, y est marié et père de deux enfants. Il a la nationalité algérienne et française.
Le 5 janvier il prend un vol d'Air Algérie de Frankfort à destination d'Alger. Arrivé à l'aéroport Houari Boumediène il est arrêté par la police des frontières. Il parvient à téléphoner à sa mère deux jours plus tard à partir du commissariat de police à Ben Aknoun (Alger) où il est retenu et confirme son arrestation. Depuis, plus aucune nouvelle de lui n'est parvenue à la famille. La police prétend l'avoir transféré aux services du DRS (Département du renseignement et de la sécurité) à Alger.
Nouamane Meziche a quitté l'Algérie en 1992 après l'interruption des élections législatives par les militaires. Son père Mouloud Meziche a été arrêté le 13 mars 1995, son frère Rouched le 1 mai 1995, tous deux par des agents du DRS. Tous deux ont disparu depuis. Un autre frère, Tarek, qui avait rejoint un groupe armé, a été abattu lors d'un accrochage avec des militaires en 1996.
La période de garde à vue, qui depuis la promulgation d'une loi antiterroriste en 1992 a été fixée à 12 jours, ayant expiré le 17 janvier, Nouamane Meziche est considéré comme disparu. Algeria-Watch craint qu'il soit maltraité et torturé dans un centre de détention secret. Depuis 1991 entre 8000 et 20000 personnes ont été victimes de disparition forcée en Algérie.
Nous demandons aux autorités algériennes de faire libérer immédiatement Nouamane Meziche.
Nous demandons aux représentants des autorités françaises d'intervenir auprès de leurs homologues algériens pour faire libérer Nouamane Meziche, ressortissants français.

 
 


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