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24 chaoual 1427 - 16 novembre 2006 - Couriel : redactionquibla@yahoo.fr


 

Maroc- Dossier (suite)

 

La lutte des ouvriers et ouvrières d’ Oueled Teima

Par Amal Lahoucine, 17 novembre 2006

Il y a dans la province de Taroudant, d'après le délégué de l'inspection du travail, plus de 750 domaines d’une superficie variant de 10 à 500 hectares, qui emploient de 15 à 17 000 ouvriers agricoles selon les saisons. Tous ces ouvriers agricoles sont des paysans qui ont été contraints de vendre leurs terres suite à la construction des barrages qui, au lieu de leur apporter de l’eau et du bien-être, n’ont fait que provoquer leur malheur et leur ruine. L’objectif de ces barrages était bien celui-là : accélérer le passage à une agriculture capitaliste intensive destinée à l’exportation de primeurs et agrumes vers les marchés extérieurs, en premier lieu européen.
Il y a 13 stations d’emballage (l’essentiel de la production est exporté) employant entre 3500 et 4000 ouvrières et ouvriers. 90 % sont des femmes qui travaillent dans des conditions d’exploitation proches de l’esclavage :

- journées de 10 à 12 heures.
- salaire de 4 Euro par jour.
- pas de carte de travail.
- pas d’inscription dans la CNSS.
- pas d’indemnités familiale.
- pas d'indemnisations de congés ou de jours fériés.
- pas de mutuelle.

Les femmes qui travaillent comme ouvrières agricoles ou agro-industrielles sont des paysannes et des femmes des quartiers populaires de Marrakech, Safi, Essaouira, Casablanca et Ourzazate.
La région d'Oueled Teima est parmi les premiers lieux d'exploitation des terres collectives des paysans pauvres par les colons dans les années quarante du 20ème siècle. Plus de 50 % des domaines sont aux mains de la nomenklatura (domaines royaux, de ministres, de députés, de compradores, d’officiers supérieurs de l’armée, et de leurs femmes et enfants).
Les ouvrières et ouvriers agricoles luttent pour:

- les libertés syndicales.
- avoir la carte de travail.
- avoir des bulletins de paye
- des congés annuels.
- la titularisation.
- la réintégration des ouvriers suspendus.

Dans un domaine qui s'appelle Laglieta ( « eau stagnante » en arabe) et qui appartient à un haut officier retraité, 5 ouvriers ont été licenciés le 6 juin 2006. Le bureau syndical de la Fédération nationale du secteur agricole (UMT) avait demandé au Bureau social et économique de la province une réunion de la Commission provinciale ( constituée par les représentants de la province, de la délégation du travail, du patronat et des syndicats. Le patron a refusé de se présenter devant cette commission, qui s’est réunie le 13 juin et le 6 juillet 2006 en son absence.
Le 18 juillet 2006 le patron a licencié dix autres ouvriers , dont les membres du bureau syndical. Les ouvriers sont alors entrés en lutte :

- sit-in continu près de la route principale n° 10 entre Agadir et Oueled Teima à partir du 27 juillet 2006.
- sit-in de deux heures devant la ferme.
- grève de la faim de 48 heures.
- marche solidaire des ouvriers de plusieurs sociétés à Oueled Teima le 3 août 2006.
- sit-in de deux heures le 10 août 2006.
- marche des ouvriers de diverses sociétés à Oueled Teima le 17 août 2006.

5 ouvriers syndicalistes sont inculpés. L’audience du tribunal de première instance du 13 novembre 2006 est reportée au 17 novembre 2006.

- grève de faim de 24 heures le 24 août 2006.

Le 17 septembre 2006 l'ex-gouverneur rend visite aux ouvriers sur le lieu du sit-in et leur adresse des paroles provocantes et agressives.
Le 23 septembre 2006 à 6 du matin, les forces de répression agressent le sit-in, chassent les manifestants et brûlent leurs affaires.

- grève générale le 21 septembre 2006.

Pour soutenir les ouvriers licenciés, un marche de soutien était organisée par les ouvriers des autres sociétés le 7 octobre 2006 du lieu de sit-in au centre de la propriété, et un nouveau sit-in permanent est déclenché.
Quatre ouvriers sont inculpés et l’audience de tribunal du 26 octobre 2006 est reportée au 7 décembre 2006.
Quatre autres ouvriers sont poursuivis le 2 novembre 2006.
Parmi les 8 ouvriers poursuivis, certains ont deux ou trois dossiers judiciaires en cours.

 

 

La lutte des paysans pauvres d'Ouzioua au Maroc pour le droit aux biens publics

 

Reportage sur le sit-in du 14 novembre à Ouzioua


par Amal Lahoucine, 14 novembre 2006


Le sit-in organisé le mardi 14 novembre à Ouzioua pour la défense des biens publics et des droits fondamentaux des paysans pauvres s’est bien passé, malgré l'intervention du Caïd (chef des autorités locales) d'Aoulouz, qui voulait empêcher les paysans pauvres de participer au sit-in. Les militants sont alors intervenus et ont obligé le Caïd à quitter les lieux (photo no 8) pour aller se replier auprès du Pacha d'Ouled Berhil au siège de la commune. Après cela le sit-in a duré 2 heures. Les manifestants ont scandé leurs slogans de protestation :
-         l'électricité, la terre et l'eau sont des droits de l'homme.
-         aujourd'hui ou demain les droits sont obligatoires.
-         aujourd'hui ou demain le Tamazight (langue parlée par les Berbères) est obligatoire.
-         deux barrages sont construits, le développement est négligé.
-         deux barrages sont construits, les indemnisations sont volées.
-         30 ans au conseil communal, Ouzioua est marginalisé.
-         aujourd'hui ou demain, les comptes seront réglés.

A la fin du sit-in, trois discours ont été faits :

- le premier était celui du secrétaire général du Syndicat des paysans (photos 5 et 7).

- le deuxième était celui du représentant des paysans pauvres du douar Idergane.

- le troisième était celui du représentant du Front de défense des biens publics et des droits fondamentaux.      

Une réunion des représentants de la société civile a été organisée au siège du syndicat. Après avoir discuté cet événement à tous les niveaux, tout le monde s’est donné rendez-vous pour la prochaine mobilisation, l'audience du 7 décembre où seront jugés les cinq militants inculpés pour la marche rouge du 7 mai dernier.

Voir le reportage photo sur : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1545&lg=fr

 

Les associations suivantes organisaient le sit-in de protestation devant le siège de la commune d'Ouzioua :
Syndicat des paysans, Association Ifghelen, Association Atlas, Association Taghtate, Association Assoul, Association Moukhtar Soussi, Association Ibrguenaten, Association Tabiat, Association Asgoun.
Elles étaient soutenues par le Front de défense des biens publics et des droits fondamentaux à Taroudant, constitué par : Parti de l'avant garde démocratique et socialiste, Mouvement de la voie démocratique, Parti du congrès de l'union, Parti progressiste et socialiste, Association marocaine des droits humains, Union marocaine du travail, Conféderation démocratique du travail.

 

"Les fellahs d'Aoulouz et Mokhtar Soussi revendiquent leur droit à la terre et aux ressources forestières
ainsi qu'au développement de leur langue et culture amazighe"

 

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