Dialogue islamo-chrétien 2007

L’évêque de Cordoue refuse d'ouvrir la mosquée-cathédrale aux musulmans
 

L'évêque de Cordoue (Andalousie), Mgr Juan José Asenjo, a décidé de refuser d'ouvrir sa cathédrale, une ancienne mosquée, aux prières des musulmans, selon la presse espagnole de jeudi. L'évêque andalou a ainsi réagi à une demande exprimée de longue date par la communauté musulmane espagnole, et récemment réitérée dans une lettre adressée au pape Benoît XVI, à savoir que la Grande Mosquée de Cordoue devienne un lieu de prière oecuménique. L'évêque s'oppose au partage de la mosquée-cathédrale, considérant que cette situation "génèrerait de la confusion parmi les fidèles" et qu'elle ne "contribuerait pas à une cohabitation pacifique entre les croyants", écrit le quotidien ABC. "Nous, chrétiens de Cordoue, souhaitons vivre en paix avec les croyants d'autres religions, mais nous ne souhaitons pas être soumis à des pressions continues qui ne contribuent pas à la concorde", a expliqué l'évêché, cité par ABC. L'évêque a aussi tenu à préciser que l'édifice, chef-d'oeuvre de l'architecture omeyyade (785-987), convertie en cathédrale en 1236 pendant la Reconquête chrétienne, avait été construite sur les ruines d'une basilique wisigothe, selon El Pais. En réponse à ce refus, Mansur Escudero, président de la Junte islamique espagnole, organisation qui représente les musulmans d'Espagne, s'est agenouillé le matin du jeudi 28 décembre pour réciter la prière du Dohr devant la mosquée-cathédrale (voir photo), espérant ainsi "attendrir le coeur de l'évêque de Cordoue", a annoncé l'agence Europa Press. "En réalité, musulmans et chrétiens prient le même dieu, qui est unique", a-t-il expliqué et, "prier ensemble" permettrait une "plus grande entente entre les deux religions".

 

En savoir plus
La Grande Mosquée de Cordoue
D’après wikipedia.org
La Grande Mosquée de Cordoue (aujourd'hui cathédrale) est un des monuments majeurs de l'Islam. C'est avec l'Alhambra de Grenade le plus prestigieux témoin de la présence musulmane en Espagne du VIIIe au XVe siècle.

Arcs et voutes à l'intérieur de la mosquéeLorsque les Musulmans s'établirent à Cordoue, ils commencèrent par exiger que les Chrétiens partagent, pour leur culte, l'église St Vincent. Leur nombre s'accroissant de façon importante, l'émir Abderrahmane Ier voulut faire construire une mosquée : il racheta leur part aux Chrétiens, fit démolir l'église et entreprit la construction de la Grande Mosquée, non loin du Guadalquivir. Elle fut agrandie trois fois de suite par ses successeurs, pour finir par couvrir 23 000 m2 et devenir ainsi la plus grande mosquée du monde après La Mecque. Elle se présente aujourd'hui sous la forme d'un vaste quadrilatère d'environ 180 m de long sur 130 m de large, comptant 19 nefs et plus de 850 colonnes surmontées par des chapiteaux différents.

 

L'édifice initial, commencé en 785 par Abderrahmane Ier comprenait une cour carrée, le patio de los naranjos ou cour des orangers entourée d'un mur d'enceinte et sur laquelle s'ouvrait complètement la salle de prière, de forme rectangulaire, composée de 11 nefs, chacunes ayant 12 travées, disposées face à la cour. Ces nefs étaient séparées par de fines colonnes de marbre provenant d'édifices romains ou wisigoths. Accolé au mur d'enceinte à l'opposé de la salle de prière, se trouve le minaret. Hisham Ier fit réaliser plusieurs aménagements intérieurs ( des galeries destinées aux femmes qui venaient prier et un bassin d'ablutions). La longueur des travées fut à peu près doublée par Abderrahmane II en 848 et allongée une dernière fois par Al Hakam II en 961. À chaque fois, le mihrab, placé au fond de l'allée principale dut être reconstruit. L'actuel, monté avec l'aide d'artistes byzantins, est une énorme coupole monolithique en marbre blanc superbement décorée.

En 987, Al Mansour voulut augmenter encore la surface de la salle, mais la proximité du fleuve empêcha de poursuivre l'allongement des 11 travées initiales dans la même direction : on ajouta donc vers l'est, sur toute la longueur de l'édifice, 8 travées supplémentaires qui en doublèrent presque la surface et mirent le mirhab dans une position excentrée.

 

La mosquée possédait alors plus de 600 colonnes en marbre, prises sur des monuments antiques de toutes provenances, sur lesquelles reposent des arcades doubles en brique et pierre blanche (superposées l'une à l'autre avec un espacement intermédiaire) qui permettent d'avoir un plafond haut, et donnent à l'édifice une impression de légèreté.

 

Lorsque Cordoue fut prise par les chrétiens en 1236, ceux-ci en firent leur cathédrale. Ils murèrent l'ouverture entre la cour et la salle de prière, ne conservant qu'une porte d'entrée (Puerta de las Palmas). Ils abattirent quelques rangs de colonnes pour dégager la place de la Chapelle Royale décorée de stucs mudéjars. Ils divisèrent également la dernière travée à d'Al Mansour, à l'est, pour y délimiter des chapelles.

 

Mais au XVIe siècle, les chanoines du chapitre décidèrent de doter leur cité d'un édifice beaucoup plus somptueux et dans le goût du jour. Ils firent démolir une partie importante du centre de l'édifice pour y monter une cathédrale qui apparaît comme incrustée dans la mosquée, rompant les perspectives de la forêt de colonnes. Ce monument est, pris isolément, une merveille alliant les styles gothique, Renaissance et baroque et magnifiquement décorée, mais on peut regretter --- comme Charles Quint le fit --- qu'on ait partiellement défiguré l'exceptionnel édifice construit par les musulmans.