Un
nouveau spectre hante les polices et les médias de nombreux pays
: celui du Hizb ut-Tahrir, le Parti de la libération islamique,
que l’on voudrait présenter comme un nouveau “réseau
Al Qaïda”. De Washington à Jakarta, en passant par
Londres, Berlin, Moscou, Tunis, Damas, Tachkent, Bichkek, Douchanbé
et Bakou, la chasse est donc ouverte. Qu’en est-il en réalité
? Quibla a enquêté.
Histoire
du Parti de la libération islamique
Le Hizb ut-Tahrir al-Islami (Parti de la libération islamique),
aujourd’hui présent dans une quarantaine de pays, a été
fondé en 1952 à Jérusalem par le Cheikh Taqiuddin
Al Nabhani dit Al Filistini, un juge et érudit musulman palestinien.
Né en 1909 à Izjim, un village au sud de Haïfa,
Al Nabhani étudie au Caire, à Al Azhar et à Dar
Al Ulum (Maison des sciences). Il adhère au mouvement des Frères
musulmans (Al Ihwan Al Muslimine, fondé en 1928 par Hassan
Al Banna). De retour en Palestine, il mène une carrière
de juge auprès des tribunaux islamiques de la Palestine sous
mandat britannique. Il est aussi très proche de Haj Al Amin
Al Husseini, grand mufti d’Al Quds et figure du mouvement national
palestinien. En 1948, la Naqba l’amène à se réfugier
à Beyrouth, mais il retourne rapidement en Palestine, où
il sera juge auprès de la Cour d’appel islamique de la
partie jordanienne d’Al Quds (Jérusalem-est), tout en
enseignant au Collège islamique d’Amman. Il est rapidement
en désaccord avec les Frères musulmans, qu’il
estime trop proches de la monarchie hachémite, elle-même
très pro-occidentale.
En novembre 1952, il franchit le pas et fonde le Hizb ut-Tahrir al-Islami,
avec notamment Khaled Hassan et et Cheikh Asaad Bayoud Al Tamimi.
Khaled Hassan, né en 1928 à Haïfa, avait combattu
les sionistes en 1947-1948. Il était alors enseignant à
Damas. Il fondera 11 ans plus tard (en 1963) le Fatah avec Yasser
Arafat et sera le premier “ministre des Affaires étrangères
de l’OLP.
Cheikh Asaad Bayoud Al Tamimi deviendra le guide spirituel de l’Organisation
du Jihad islamique - Bataillons d’Al Aqsa (Munazzamat al-Jihad
al-Islami - Kata’ib al-Aqsa). Cette organisation a été
fondée en 1982 en Jordanie et a réalisé sa première
opération de résistance en octobre 1983 à Al
Khalil (Hébron). Elle a été surtout active durant
la première Intifada. Cheikh Al Tamimi a été
arrêté à de nombreuses reprises par les autorités
jordaniennes.
Le premier objectif du Parti de la libération islamique est
la libération de la Palestine mais ce n’est pas le seul.
Les trois piliers du programme du parti sont :
- la restauration du Califat (aboli en 1924 par Mustafa Kémal
Atatürk) sur l’ensemble de Dar Al Islam, la terre d’islam;
- le panislamisme (le parti ne tient compte ni des nationalités
ni des origines ethniques ni des appartenances nationales ni des des
tendances - chiites, sunnites etc. - des musulmans);
- l’anticolonialisme et l’obligation de libérer
toute terre islamique occupée injustement (jihad défensif).
Le parti est rapidement interdit par le régime hachémite
et Al Nabhani, après avoir été arrêté,
se réfugie en Syrie en 1953 puis, de là, au Liban en
1959. Il meurt à Beyrouth, où il est enterré,
en 1959. Cheikh Abdelkadim Zaloum, un théologien palestinien
de Jordanie, ancien enseignant à Al Azhar, lui succède.
Zaloum meurt en avril 2003 après avoir milité au Hizb
ut-Tahrir pendant 50 ans. Actuellement, la Qiyada (direction centrale)
du parti est dirigée par Ata Abou Richtah, ancien porte-parole
du parti en Jordanie dans les années 1980 et emprisonné
pour cela. Aujourd’hui, le parti est implanté dans une
quarantaine de pays et y est persécuté partout, à
l’exception peut-être de la Grande-Bretagne et de la Turquie,
où il jouit d’une relative liberté de mouvement.
Politique
du Hizb ut-Tahrir
Fondé par des intellectuels érudits et combattants,
le Hizb ut-Tahrir a horreur de la démagogie et refuse d’en
appeler aux instincts des gens. Il privilégie donc l’appel
à la raison et à la réflexion. Il accorde une
importance fondamentale à la formation de ses militants, qui
ne sont admis dans le parti qu’après deux ans de stage.
Les structures de base du parti sont constituées de cellules,
appelées “anneaux”, de cinq membres dont chacun
doit s’efforcer de créer un nouvel anneau. Le mode d’action
principal du parti est la propagation de sa vision par la distribution
de tracts et de brochures et l’organisation de rencontres. Militant
pour un Califat sur toute l’Oumma islamique, le Hizb refuse
toute participation dans la politique politicienne nationale des pays
où il agit, il ne participe donc en général pas
aux élections et refuse d’entrer dans une quelconque
structure de pouvoir nationale ou locale. Tout en reconnaissant l’obligation
de jihad défensif pour libérer une terre occupée,
il a toujours prôné une ligne systématique de
non-violence et n’en a jamais dérogé. Cela n’empêche
évidemment pas que des membres ou sympathisants du parti puissent
être amenés à pratiquer l’autodéfense
contre la répression.
C’est que la répression a fait que le Hizb ut-Tahrir
est aujourd’hui dans le monde sans doute le groupe politique
ayant le plus grand nombre de prisonniers. À l’heure
actuelle, leur nombre dans le monde devrait avoisiner les 10 000.
Le plus grand nombre de détenus est en Ouzbékistan,
où le parti a fait une percée spectaculaire au cours
des années 1990.

Londres, 7 juillet 2003 : des femmes musulmanes
venues de toute l’Angleterre manifestent devant l’ambassade
ouzbèke contre le viol d’une femme ouzbèke
par les hommes de Karimov |
Expansion
et répression en Asie centrale
Au fil des années, le parti s’est implanté en
dehors des pays arabes : en Turquie, puis en Asie (Indonésie,
Pakistan, Bangladesh), en Afrique subsaharienne et en Europe (Russie,
Allemagne, Grande-Bretagne). Il a rencontré dans ces nouveaux
pays les mêmes réactions répressives qu’il
avait rencontré dans les années 60 à 80 en Syrie,
en Jordanie, en Égypte, au Liban, en Tunisie ou en Turquie.
Une des raisons de l’hystérie répressive que le
parti déclenche, aujourd’hui comme hier (en Tunisie dans
les années 1980 par exemple) est qu’il rencontre un certain
succès auprès des membres musulmans des forces armées
ou de sécurité.
C’est par l’Ouzbékistan que le parti a commencé
son implantation dans les républiques ex-soviétiques
de l’Asie centrale à partir du début des années
1999. Son bastion a été la vallée de Fergana,
à cheval sur l’est de l’Ouzbékistan et le
Kirghizistan. De là, il a rayonné au Tadjikistan, au
Kazakhstan, puis dans le sud de la Russie, où vivent de nombreux
musulmans.
Le mode d’action principal du Hizb - la distribution pacifique
de tracts - a exposé ses militants et sympathisants à
une terrible répression. des milliers d’entre eux ont
été arrêtés, emprisonnés, torturés,
tués, condamnés à de lourdes peines. Cela a conduit
certains jeunes militants à remettre en cause la non-violence
du parti et à le quitter pour constituer de nouveaux groupes,
eux aussi soumis à une dure répression. C’est
le cas par exemple de l’Akramiya, fondée en 1996 par
Akram Yuldachev à Andijan, la troisième ville d’Ouzbékistan.
Yuldachev a expliqué dans une brochure intitulée Yimonga
Yol (La voie de la foi) que la tactique non-violente du Hizb pouvait
peut-e^tre s’appliquer aux pays arabes, mais pas à l’Asie
centrale. il a organisé ses militants en cellules professionnelles
et a cherché à faire légaliser son groupe. Résultat
: Akram Yuldachev croupit dans une prison ouzbèke.
Dans un appel lancé le 16 novembre 2004, des familles de prisonniers
du Hizb ut-Tahrir écrivent :
« Le maître de l'Ouzbékistan est en train d'arrêter
et d'emprisonner tous les musulmans qui en appellent à l'Islam,
particulièrement les membres du Hizb ut-Tahrir. Actuellement,
il emprisonne plus de 8 000 membres de ce parti et fait de son mieux
pour arrêter tous les autres. Il est de notoriété
mondiale que le Hizb ut-Tahrir est un parti politique non-violent
qui n'utilise que des méthodes intellectuelles et politiques.
Malgré cela, Karimov voit ce parti comme un ennemi dangereux
et tente de le détruire complètement. Devant l'échec
de sa tentative il prépare activement, avec l'aide de ses autorités,
l'annihilation physique des membres du Hizb ut-Tahrir dans ses prisons.
Tous les moyens possibles sont utilisés pour justifier cela.
L'information que nous recevons de nos fils emprisonnés va
dans le même sens, celui de l'extermination physique.
Certains responsables pénitentiaires le disent ouvertement
: « Nous avons l'ordre de vous tuer tous. Mais cette tuerie
va être lente et douloureuse. D'abord vous allez regretter,
ensuite vous allez mourir. » Dans les prisons du sud, nos fils
ont été contraints de signer des lettres déclarant
: « Si je viole les règlements internes, je donne mon
accord pour être tué. » Puis, les autorités
pénitentiaires prennent des photos en couleur d'eux - au-dessus
de la ceinture - et établissent de nouveaux dossiers sur eux.
Ils font cela surtout contre nos fils les plus déterminés.
Les organisations des droits humains pourront-elles sauver ces gens
innocents ? »
Le succès du Hizb ut-Tahrir en Asie centrale, surtout en Ouzbékistan,
auprès de la jeunesse diplômée mais aussi auprès
des adultes qui sont des pieux musulmans, s’explique par plusieurs
raisons : la situation catastrophique marquée par une corruption
et un chômage massifs, la politique violemment antimusulmane
de tous les régimes post-soviétiques, la collaboration
de ces régimes aussi bien avec le régime de Moscou qu’avec
les envahisseurs US de l’Afghanistan, qui ont établi
des bases militaires en Ouzbékistan et au Tadjikistan.
Du
11 septembre à Beslan : répression en Russie
Durant les trois années qui vont du 11 septembre 2001 à
la prise d’otages de Beslan en Ossétie du Nord, la répression
contre le Hizb ut-Tahrir a débordé des frontières
du monde musulman. Moscou, Washington et Berlin ont découvert
un nouvel ennemi à abattre.
Les autorités US ont mené leur enquête sur le
Hizb ut-Tahrir mais n’ont pas pu, à ce jour, établir
de liens entre le parti et le terrorisme. Cela n’a pas impressionné
les autorités allemandes et russes.
En janvier 2003, le parti a été interdit en Allemagne
pour cause d’ «antisémitisme» et de «propagande
antiisraélienne».
Mais c’est en Russie que le Hizb ut-Tahrir a le plus fait parler
de lui, grâce à la diligence du FSB, l’ex-KGB dont
est issu Vladimir Poutine. ne parvenant pas à établir
de liens entre la résistance musulmane en Tchétchénie
et au Caucase avec Al Qaïda, les services secrets, coutumiers
des coups tordus et des fabrications grossières, se sont rabattus
sur les sympathisants du Hizb ut-Tahrir. Une série de rafles
ont donc eu lieu et continuent à ce jour.
En février 2003, la Cour suprême russe a inscrit le parti
sur une liste d’ organisations terroristes 15 partis et mouvements,
dont le Hizb ut-Tahrir. En juin 2003, le FSB (ex-KGB) a annoncé
avoir arrêté 121 partisans présumés du
Hizb ut-Tahrir dans les environs de Moscou. 119 ont du être
relâchés et les poursuites contre les deux maintenus
en détention ont du être abandonnées faute de
preuves. Le 9 juin 2004, dix personnes sont arrêtées
à Tioumen et Tobolsk, en Sibérie. 5 seront libérés
et 5 autres inculpés de préparation d’actes terroristes.
Pour Edouard Khoussaïnov, un militant du Hizb de Nijnevartovsk
(Sibérie), présent à une conférence de
presse organisée à Moscou le 14 juillet, les autorités
russes sont dans le “désarroi” . « Les autorités
ne savent pas quoi faire avec le Hizb : d'un côté, elles
sont obligées d'arrêter les membres d'un parti interdit,
de l'autre, il n'y a aucune raison pour condamner ceux qui n'appellent
qu'à vivre d'après la loi islamique », a remarqué
Vitali Ponomarev de l'importante organisation russe des droits humains
Mémorial. Il a ajouté que l’interdiction par la
Cour suprême du parti a été décidée
« sous la pression des services secrets russes qui voulaient
mettre en prison pour terrorisme quelques personnes afin de satisfaire
leurs statistiques. Nous sommes nous-mêmes étonnés
que cette conférence de presse, à laquelle participent
des membres du Hizb ut-Tahrir interdit, ait pu avoir lieu »,
a-t-il déclaré, appelant les autorités à
revenir sur l'interdiction prononcée. Mémorial est donc
la seule organisation de défense des droits humains qui se
prononce clairement et publiquement contre l’interdiction du
Hizb ut-Tahrir, dont le seul but est, en fait, de permettre de poursuivre
des suspects pour “appartenance à organisation interdite”,
faute de trouver d’autres chefs d’inculpation. L’interdiction
du parti en Allemagne répond au même calcul.
En octobre 2004, dans le cadre de la répression qui a suivi
la prise d’otages de Beslan, onze personnes suspectées
d’appartenir au parti ont été arrêtées
en Russie, notamment à Oulyanovsk et à Nijni-Novgorod,
deux villes de l’Oural où vivent d’importantes
minorités Tatars. Les Tatars sont des musulmans, déportés
de Crimée par Staline dans les années quarante. L’un
des suspects, Alicher Ousmanov, d’origine ouzbèke, arrêté
dans le Tatarstan, a été accusé d’avoir
créé une “cellule terroriste” dès
1996. À la mi-novembre, le FSB annonçait avoir arrêté
une vingtaine de suspects, notamment à Naberejnyi Chelny, Kazan
et Almetevsk. Au même moment, 14 personnes étaient arrêtées
par la police bachkire au Bachkortostan (Oural), dans les villes de
Ufa, Oktyabrsk, Sibai et Tuymazi. Leur crime : distribution de tracts
expliquant la ligne non-violente du parti. Traduction par le FSB :
«Ils appellent au jihad ». Mais cette fois-ci, il n’y
a pas eu de poursuites judiciaires, juste des “sanctions administratives”.
Enfin, fin décembre 2004, les autorités russes ont déclaré
avoir arrêté douze membres du Hizb ut-Tahrir dans le
sud musulman du pays, notamment au Tatarstan (Volga) et au Bachkortostan
(Oural). Plus généralement, le modèle suivi par
les opérations de police dans tout le sud de la Russie mais
aussi en Sibérie centrale et occidentale, semble avoir été
le même que celui de l’opération menée à
Cheliabynsk le 8 octobre : on rafle les gens à la sortie de
la prière du vendredi à la mosquée et on les
ramène au QG de la police, où ils sont identifiés,
puis on perquisitionne chez eux et, si on trouve le moindre tract,
on les maintient en détention, sinon on se contente de continuer
à les surveiller, pour les arrêter à nouveau à
la première occasion venue.
En Ouzbékistan, où en moyenne 50 personnes ont été
condamnées chaque mois pour appartenance au parti en 1999 et
2000, les attentats commis en mars et juin 2004 ont été
le prétexte à des arrestations de membres du parti accusés
sans preuves d’avoir organisé ces attentats. Des faux
communiqués de revendication ont été forgés
et diffusés par internet.
Au Kazakhstan, au Kirghizistan et au Tadjikistan, les services de
sécurité, en collaboration étroite avec le FSB
russe, procèdent régulièrement des arrestations
de militants réels ou présumés du parti, dont
la plupart sont condamnés de manière expéditive
à de longues peines de prison. Généralement,
le seul “crime” qui peut leur être imputé
est d’avoir distribué des tracts, mais comme le parti
est interdit dans tous ces pays, cela suffit à prononcer des
condamnations. Dernière condamnation en date, à Douchanbé,
au Tadjikistan : un membre du parti a été condamné
à 10 ans de prison. il avait été arrêté
en septembre en train de distribuer des tracts. En février
2004, 14 suspects avaient été arrêtés dans
la maison de thé “Gulbahor” de la ville de Khoudjand,
chef-lieu de la viloyatho (province) du Sughd (ou Soghd) et inculpés,
comme d’habitude de « tentative de constitution d’une
organisation criminelle, de nature à créer un dissensus
international et religieux et de porter atteinte à l’ordre
établie». À cette date, de sources officielles,
118 personnes avaient été condamnées pour appartenance
au Hizb ut-Tahrir. Le nombre de sympathisants dans le pays était
estimé à plus de 3000, présents surtout dans
la capitale Douchanbé et dans la province du Soghd, mais aussi
dans l’oblast (département) de Khatlon.
Au Pakistan, récemment,25 militants du Hizb ont été
arrêtés et incarcérés à Karachi,
Multan et Lahore. lors de la visite en Grande-Bretagne du général-président
Musharraf, début décembre, les militants du Hizb ut-Tahrir
ont organisé des manifestations de protestation à Manchester
et devant le 10, Downing Street, à Londres. Leurs protestations
n’ont rencontré qu’un faible écho.
En Turquie, un tribunal a jugé il y a quelques mois que le
Hizb ut-Tahrir n’était pas un mouvement terroriste. le
parti a donc pu organiser plusieurs manifestations de rue dans les
grandes villes.
Solidarité
Les médias francophones font un black-out presque complet sur
le Hizb ut-Tahrir et la répression qui le frappe aux quatre
coins de la planète. Ce parti n’est ni médiatique
ni “photogénique”. Les défenseurs professionnels
des droits de l’homme ignorent généralement la
violation massive des droits des personnes réprimées
pour appartenance réelle ou supposée au Parti de la
libération islamique. Mais les musulmans et leurs amis auraient
tort d’ignorer cet aspect méconnu de la “croisade
mondiale contre le terrorisme”. Il faut défendre la liberté
d’association et d’_expression des partisans du Califat,
même si on ne partage pas leur vision. Ce sont des frères
et des sœurs.
Sources : agences de presse, http://www.hizb-ut-tahrir.org/
( en arabe, turc, russe, anglais, allemand, ourdou, danois),
http://www.passia.org/, http://www.muslimuzbekistan.com,
Encyclopedia Of The Palestinians edited by Philip Mattar, New York
2000.

La délégation du Hizb ut-Tahrir
à l’Élysée en janvier 2004 |
Lettre
ouverte du Hizb ut-Tahrir à Mr Chirac, Président de
la République Française
En
janvier 2004, une délégation du Hizb ut-Tahrir [voir
photo] s’est rendue de Londres à Paris pour remettre
à l’Élysée la lettre suivante :
Monsieur
le président,
Nous avons
hésité un certain temps avant de décider de vous
adresser ce courrier, et cela pour deux raisons particulières:
La première étant : que nous ne sommes pas un État,
nous sommes un parti politique avec l’Islam comme idéologie,
qui oeuvre pour la reprise de la vie islamique par l`instauration
de l`État islamique, « État de Khilafah Rachida
» dans les pays musulmans. En effet, le fait que nous ne soyons
pas un État, nous avons craint qu`il ne soit pas convenable
pour vous qu`un parti et non pas un État envoie un courrier
à une grande nation telle que la France.
La deuxième raison est que nous n’adressons pas de courrier
à un dirigent si nous savons à l`avance qu`une acceptation
ou une réaction positive est impossible.
Nous avons écouté votre discours du 17/12/2003 sur le
port du voile islamique (le Hijab) par les femmes musulmanes en France.
Nous vous avons entendu dire de manière franche et claire que
la France adopte la Laïcité comme système et comme
idéologie, et que vous ne permettez pas l’apparition
de symboles religieux dans vos établissements. Vous avez aussi
stipulé de manière franche et claire que le voile ‘Hijab’
était un symbole religieux tout comme la croix, alors qu’il
est considéré dans l`Islam un devoir divin au même
titre que la prière et le jeûne du ramadan.
Votre discours nous a donc conduit à comprendre que cette affaire
est déjà tranchée et que vous ne reverriez plus
votre décision de légiférer pour interdire le
‘Hijab’. Ce qui nous amène à conclure qu’une
réponse positive de votre part à notre courrier est
improbable. C’est pour ces deux raisons que nous avons hésité
à vous adresser un courrier sur la question du voile islamique.
Mais nous nous sommes rappelés par la suite deux autres choses
qui nous ont poussé à renoncer à notre hésitation
et décidé à la fin d`adresser ce courrier à
Votre Excellence.
La première : Nous nous sommes rappelé la faveur et
le service que nous (musulmans) avions rendus à la France au
debut du seizième siècle, il y a plus de quatre cent
quatre vingt ans.
La deuxième : Que la France avait jadis développé
une culture chevaleresque qui implique l`honneur et la reconnaissance
de la faveur.
Pour ces raisons nous nous sommes permis d’espérer qu`en
vous adressant ce courrier, la France d’aujourd’hui rendra
la faveur faite à la France d’hier. Cette faveur qu`on
a rendu à la France il y a environ quatre cent quatre vingt
ans, consistait à secourir son roi François Ier qu`on
a emprisonné durant l’une des guerres d’Europe
(la bataille de Pavie). La France qui s`est sentie humiliée
par cet acte, était incapable par son armée de sauver
son roi. Elle a eu recours à l’État du Khilafat
islamique, à savoir l’État Ottoman. Le 06/12/1525,
elle a envoyé un messager au nom du roi de France pour demander
secours à l’État islamique. Suliman le magnifique,
le khalife Ottoman, après avoir reçu le messager, a
accepté de secourir le roi. Le messager est revenu avec le
message suivant : « …nous avons reçu votre messager
qui nous a délivré votre courrier dans lequel vous stipulez
que votre ennemi a conquis votre pays, que vous vous étés
fait prisonnier et que vous sollicitez notre aide pour votre libération.
Nous acceptons votre demande, soyez tranquille et ne vous tourmentez
pas l’esprit… ». Et c`est ainsi que l’État
de la khilafah a utilisé son poids sur la scène internationale
et sa force militaire afin de secourir le roi de France. Le Khalife
des musulmans avait aidé la France sans rien attendre en retour.
Il n’a ni envahi une partie de la France ni conquis ses terres.
Son action était purement à titre de bonté du
coeur. En plus de cela, le Khalife a offert à la France des
privilèges qu’aucune autre nation n’a reçu.
Le traite d’Istanbul a été signé en février
de l’an 1536 a.j entre le khalife des musulmans, le sultan Suliman
le magnifique, et le roi François Premier.
Monsieur
le Président,
Ceci est
la faveur faite par notre État, l’État islamique
de la khilafah à la France d’hier. Est ce que la France
d’aujourd’hui rendrait cette faveur aux musulmans en annulant
la décision d’interdiction du port du voile aux femmes
musulmanes en France ?
Nous attendons et observons. Si la France d’aujourd’hui
rendait la faveur, cela serait considéré comme un signe
de bon augure par l’État de la khilafah une fois que
nous l’aurons rétabli, avec la permission d`ALLAH.
Veuillez accepter nos salutations,
Hizb ut-Tahrir, 9 Zoul Kaida 1424H/ 01/01/2004 a.j
NDLR :
la réponse de Jacques Chirac ne nous est pas connue