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Islamophobie
CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME,
SEPTEMBRE 2007 | 6e SESSION LES RAPPORTS
La diffamation des religions :
l'islamophobie constitue, dans le contexte actuel, la forme la plus grave de
diffamation des religions
Le Conseil des droits de l'homme de l’ONU a entendu, le 14 septembre 2007, le Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée, M. Doudou Diène, qui a présenté un rapport sur les manifestations de la diffamation des religions et en particulier sur les incidences graves de l'islamophobie sur la jouissance de tous les droits.
Présentant son rapport, M. Diène a notamment
souligné que l'islamophobie constitue, dans le contexte actuel, la forme
la plus grave de diffamation des religions. Idéologie dominante pour un
nombre croissant de responsables politiques et de personnalités influentes
du monde intellectuel et médiatique, elle réunit les ingrédients objectifs
d'un conflit de civilisations et de religions : l'association essentialiste
de l'islam à la violence et au terrorisme, la volonté d'imposer l'invisibilité
à ses expressions extérieures et le silence à ses pratiquants, notamment par
l'interdiction de la construction de mosquées et la suspicion de son enseignement
religieux.
Réagissant aux interventions qui ont été faites au cours de la journée, M.
Diène a déclaré que le Conseil devrait favoriser l'application des normes
et instruments internationaux permettant de lutter contre la diffamation des
religions. Il a ajouté que le Conseil doit appeler les Etats membres à
aller plus loin que la loi. La situation actuelle est très préoccupante, compte
tenu de la théorisation de l'islamophobie à laquelle on assiste, a ajouté
le Rapporteur. L'enjeu de la relation complexe entre libertés d'expression
et de religion doit être traité par tous les mécanismes des droits de l'homme.
M. DOUDOU DIENE,
Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination
raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée, a rappelé que
le Conseil des droits de l'homme l'a invité à faire rapport sur toutes
les manifestations de la diffamation des religions et en particulier sur les
incidences graves de l'islamophobie sur la jouissance de tous les droits.
Il a indiqué que le rapport traite également d'autres manifestations de discrimination
religieuses, notamment l'antisémitisme, la christianophobie et d'autres appels
à la haine qui visent les pratiques religieuses.
Cette approche holistique est basée sur la conviction du Rapporteur que l'égalité
de traitement de toutes les formes de discrimination constitue une condition
nécessaire pour combattre efficacement la diffamation des religions. Dans
son rapport, M. Diène explique avoir analysé la tendance croissante de
la diffamation des religions dans le contexte actuel caractérisé par la banalisation
du racisme et de la xénophobie et leur légitimation intellectuelle. Il
a relevé que la coïncidence du discours diffamatoire avec des politiques ou
des pratiques d'exclusion politiques et socio-économiques des minorités religieuses
est en train de constituer un mécanisme favorable à l'incitation à la haine
raciale et religieuse.
Selon M. Diène, l'islamophobie constitue la forme la plus grave de diffamation
des religions. Idéologie dominante pour un nombre croissant de responsables
politiques et de personnalités influentes du monde intellectuel et médiatique,
elle réunit les ingrédients objectifs d'un conflit de civilisations et de
religions: l'association essentialiste de l'islam à la violence et au terrorisme,
la volonté d'imposer l'invisibilité à ses expressions extérieures et le silence
à ses pratiquants, notamment par l'interdiction de la construction de mosquées
et la suspicion de son enseignement religieux.
Deux développements récents illustrent la gravité de l'islamophobie :
une manifestation, début septembre 2007, à Bruxelles de partis et groupes
politiques belges et européens contre, cite M. Diène, "l'islamisation
de l'Europe" et la montée de restrictions ou d'opposition à la construction
de mosquées, notamment à Cologne, ainsi que le projet de référendum de l'Union
démocratique du Centre (UDC) sur l'interdiction de construire de nouveaux
minarets en Suisse.
Toujours en Suisse, M. Diène a dit regretter qu'une affiche récente relative
à une proposition de renvoi des étrangers criminels qui vient de susciter
une polémique sur ses connotations racistes. M. Diène à dit estimer que
cette affiche était de nature à susciter la haine raciale et religieuse. La
liberté d'expression ne doit pas servir de paravent à l'incitation à la haine
raciale et religieuse.
S'agissant de l'antisémitisme, M. Diène a relevé qu'il reste profondément
prégnant dans ses terres d'élection, notamment dans la nouvelle Europe, mais
gagne insidieusement d'autres régions du monde. Le Rapporteur a noté que la
lutte contre la discrimination à l'égard des religions pose un défi fondamental
et complexe, à la fois politique et éthique, inhérent à la tension entre d'une
part la singularité de chaque phobie et, d'autre part, l'universalité des
causes de ces phobies. Le défi politique que doivent relever les sociétés
multiculturelles est de concevoir des politiques et des programmes articulés
autour de deux principes liés, à savoir la reconnaissance et le respect des
spécificités religieuses, culturelles et ethniques de chaque groupe ou communauté,
et la promotion de la connaissance réciproque et des interactions de ces communautés.
S'agissant de ses recommandations, elles s'articulent autour des orientations
suivantes : la centralité de l'acceptation et de la promotion de la diversité;
la nécessité de centrer le dialogue interreligieux autour de l'éthique
commune à toutes les religions et non sur les dogmes théologiques; l'introspection
critique pour toute religion sur les sources historiques et théologiques de
la diffamation dont elle est victime; la promotion d'une action conjointe
des religions pour la démocratie, les droits de l'homme et la lutte contre
la pauvreté dans leurs sociétés et enfin, l'équilibre et la complémentarité
entre la liberté d'expression et la liberté de religion, a conclu M. Diène.
Le rapport sur les manifestations de
la diffamation des religions et en particulier sur les incidences graves de
l'islamophobie sur la jouissance de tous les droits (A/HRC/6/6), préparé
par le Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination
raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée, rappelle que
les stratégies de lutte contre l'antisémitisme, la christianophobie et l'islamophobie
doivent promouvoir l'idée qu'il faut traiter ces différentes phobies de la
même manière et éviter d'établir des priorités à l'heure de combattre toutes
les formes de discrimination.
Le rapport relève que les partis démocratiques traditionnels sont
maintenant de plus en plus nombreux à avoir recours au langage de la crainte
et de l'exclusion, prenant pour cible les minorités ethniques ou religieuses
en général, et les immigrés et les réfugiés en particulier, et les utilisant
comme boucs émissaires afin de se maintenir au pouvoir ou d'y accéder.
Sur le plan idéologique, le concept manichéen d'un choc des civilisations
et des religions est de plus en plus présent dans le mode de pensée et la
rhétorique des élites politiques, intellectuelles et médiatiques, en particulier
dans un contexte international où la lutte contre le terrorisme est une priorité.
Cette démarche se manifeste par un refus de la diversité, un rejet dogmatique
du multiculturalisme et une défense de l'identité fondée sur des «valeurs»
intangibles, ainsi que par l'amalgame des facteurs raciaux, culturels et religieux.
La discrimination à l'égard des communautés religieuses et de leurs membres
prospère dans un environnement où les religions et les croyances sont dénigrées
ou calomniées par un discours intellectuel ou politique délibéré qui les diabolise.
Dans son expression la plus typique, l'islamophobie consiste à considérer
les musulmans comme des opposants aux valeurs dites occidentales, voire,
souvent, comme des ennemis et une menace pour les valeurs nationales et la
cohésion sociale. Il s'ensuit un discours qui cherche bien souvent à convaincre
les musulmans établis à l'étranger qu'ils doivent "assimiler" les
cultures locales, en leur demandant implicitement ou explicitement de renoncer
à leur patrimoine culturel et religieux, voire à leur visibilité. Les aéroports
sont un lieu privilégié d'actes individuels de discrimination à l'égard de
musulmans, souligne notamment le rapport.
De nombreux cas de musulmans accusés sans raison dans divers aéroports
du monde ont ainsi été signalés. Certains de ces actes étaient le fait
de représentants des institutions de l'Etat, notamment des services de sécurité,
mais d'autres participaient de la démarche individuelle de passagers ou d'autres
usagers de l’aéroport, ce qui témoigne d'un climat général d'islamophobie.
Par exemple, des pilotes ont demandé au personnel de sécurité de l'aéroport
d'intervenir contre des passagers musulmans, des passagers ont demandé l'exclusion
de passagers musulmans sous prétexte que ceux-ci ne leur inspiraient
pas confiance, etc. La manifestation la plus virulente de cette tendance est
celle qui a visé plusieurs employés musulmans de l'aéroport Charles-de-Gaulle
de Paris, à qui l'on a retiré leur autorisation de sécurité, en 2006, au motif
qu'ils représentaient une menace pour les passagers.
Le Rapporteur appelle notamment les dirigeants politiques et les intellectuels
à s'engager davantage pour rejeter et condamner fermement toute manifestation
de haine et de xénophobie, en particulier celles qui émanent des plates-formes
racistes et xénophobes de partis démocratiques et des alliances de gouvernement
qui permettent aux promoteurs de ces plates-formes de mettre leurs
programmes en pratique avec la légitimité démocratique nécessaire. Le Rapporteur
appelle également les Etats membres à promouvoir dans leurs politiques nationales
le dialogue entre les cultures et les religions, et à éviter toute action,
position ou déclaration fondée sur le concept diviseur du choc des civilisations.
En outre, face à l'instrumentalisation croissante de la liberté d'expression
par des groupes d'extrême droite, le Rapporteur appelle tous les acteurs
concernés à s'interroger de nouveau sur la complémentarité entre la liberté
d'expression et la liberté de religion et sur l'équilibre à préserver entre
ces deux droits.
Enfin, le Rapporteur recommande de promouvoir le dialogue entre les cultures,
les civilisations et les religions par des initiatives qui tiennent compte
de: la nécessité de traiter de manière égale la lutte contre toutes les formes
de diffamation des religions, de façon à éviter toute hiérarchisation des
différentes manifestations de discrimination même si leur spécificité et leur
intensité peuvent varier avec l'histoire, la géographie et la culture; la
profondeur historique et culturelle de toutes les formes de diffamation des
religions et, partant, la nécessité de compléter les mesures d'ordre juridique
par une démarche intellectuelle et éthique, en tenant compte des processus,
mécanismes et représentations qui sont la cause profonde de ces manifestations
de discrimination à travers le temps; le lien fondamental entre la singularité
spirituelle, historique et culturelle de chaque forme de discrimination des
religions et l'universalité de leurs causes sous-jacentes; la nécessité
de créer les conditions propices à la rencontre, au dialogue et à la collaboration
afin de favoriser l'harmonie sociale, la paix, le respect des droits de l'homme
et le développement, et de combattre toutes les formes de racisme, de xénophobie
et de discrimination
à l'égard de
toutes les religions et traditions spirituelles.
M. BLAISE GODET
(Suisse) a confirmé le lancement d'une initiative populaire contre
la construction de minarets en Suisse, et noté que M. Diène a pris acte de
la réponse du Conseil fédéral à son interpellation concernant certaines affiches
visant le renvoi de Suisse d'étrangers ayant commis des crimes graves. Toutes
les sociétés modernes sont confrontées à une accélération de la diversité
dans tous les domaines. La dynamique liée à la mondialisation peut conduire
à un climat de tension identitaire qu'il est ensuite facile d'exploiter à
des fins politiques, a observé M. Godet.
La démocratie directe suisse est vivante, participative: elle permet au peuple
de proposer des modifications constitutionnelles, ce qui implique une certaine
transparence dans le débat politique. De la sorte, des thèmes très controversés
sont ouvertement discutés sur la voie publique, et parfois de manière discutable
ou regrettable. Cependant,
M. JUAN MARTABIT (Chili) a remercié M. Diène pour la présentation
de son rapport et a salué la qualité de son travail sur la diffamation des
religions et en particulier l'islamophobie. Ce rapport doit être appréhendé
de concert avec les rapports précédents du Rapporteur et ne doit pas être
considéré comme établissant une hiérarchie dans la diffamation des religions,
a rappelé le représentant chilien. Le racisme est un phénomène universel et
il en va de même de la diffamation des religions, a-t-il ajouté. On peut trouver
dans toute société des individus ou groupes d'individus qui abusent de la
liberté d'expression; mais il n'en demeure pas moins que la liberté d'expression
ne doit jamais être considérée comme un problème et que les religions doivent
accepter la critique, pour autant qu'elle soit empreinte de respect, a par
ailleurs déclaré le représentant chilien. Le Chili partage les recommandations
du Rapporteur concernant la nécessité de promouvoir le dialogue interculturel,
a-t-il notamment indiqué.
M. OMAR SHALABY (Egypte, au nom du Groupe africain) a
noté que le rapport de M. Diène reprend le contexte idéologique et politique
des tendances croissantes des religions. Il ne faut pas accepter la banalisation
du racisme et sa légitimation. Le Groupe africain souscrit aux recommandations
du Rapporteur. Le respect des droits de l'homme constitue le pilier le plus
fort de la sécurité nationale et de la démocratie. À ce sujet, est-ce que
le Rapporteur spécial pourrait-il revoir cette question dans l'un des ses
futurs rapports afin d'adopter des recommandations plus précises ?
Le Rapporteur spécial encourage le Conseil à adopter des normes complémentaires
au sujet de la liberté d'expression et de religion, mais est-ce que les commentaires
généraux issus des organes conventionnels correspondent à l'objectif que nous
recherchons, comme le commentaire général 15 du Comité des droits de l'homme
qui a très peu d'effet ? Enfin, concernant l'affiche de la campagne d'un
parti politique suisse, le Groupe africain remercie le Rapporteur de son action
rapide et positive et réitère son appel pour le retrait rapide de cette affiche.
Pour conclure, le groupe africain aimerait connaître l'avis du Rapporteur
sur les dessins diffamatoires parus récemment dans un journal suédois qui
visaient l'islam.
M. MASOOD KHAN (Pakistan, au nom de l'Organisation de
Les médias internationaux continuent d'invoquer les actes d'une petite
minorité extrémiste pour dénigrer l'ensemble du monde musulman et l'islam
en tant que religion. La communauté internationale doit traiter des causes
profondes du terrorisme, notamment des situations graves d'injustice et de
répression impliquant des musulmans ainsi que des conditions de pauvreté et
du manque d'opportunités – qui nourrissent l'extrémisme et le terrorisme.
La conclusion du rapport de M. Diène selon laquelle la diffamation des religions
est un phénomène à la hausse est à la fois alarmante et basée sur les faits.
L'OCI est particulièrement préoccupée par la tendance croissante à diminuer
la signification des actes individuels de discrimination en les considérant
comme banals. De tels actes aggravent la haine entre les diverses communautés
religieuses et sont contraires à l'esprit du multiculturalisme, a souligné
le représentant.
L'OCI souhaite suggérer au Conseil et au Haut Commissariat aux droits de l'homme
d'engager des consultations afin d'examiner la possibilité de rédiger une
convention visant à combattre la diffamation des religions et à promouvoir
la tolérance religieuse.
M. YURI ARIEL GALA LOPEZ (Cuba) a remercié le Rapporteur, estimant
que le thème de la diffamation des religions est de plus d'actualité dans
de nombreux pays, où des comportements sélectivement antireligieux ont conduit
à des amalgames. L'augmentation de l'islamophobie est préoccupante depuis
2001, les musulmans étant ciblés individuellement ou collectivement dans les
pays développés. L'aspect le plus visible de ce comportement se reflète dans
les politiques de sécurité, qui servent de prétexte pour justifier l'islamophobie
sous couvert d'un discours pseudo-scientifique.
Aux Etats-Unis, on constate une quantité innombrable de cas de violations
des droits de personnes d'origine arabe; en Europe, on doit se préoccuper
de la montée de partis politiques d'extrême droite. Dans ce contexte, l'appel
lancé aux Etats membres pour qu'ils mettent en oeuvre des politiques d'intégration
est pertinent; des efforts doivent aussi être consentis pour la reconnaissance
de l'universalité des causes fondamentales du racisme et la nécessité de promouvoir
la lutte contre toutes les formes de xénophobie.
M. GONCALVO SILVESTRE (Portugal, au nom de l'Union européenne)
a déclaré que l'Union européenne tenait à remercier le Rapporteur spécia pour
son rapport. Toutefois, comme cela a déjà été dit au cours de la 4e session
du Conseil, l'Union européenne trouve problématique de concilier la notion
de diffamation avec le concept de discrimination. Selon l'Union européenne,
ces deux concepts sont de nature différente. La discrimination est basée sur
la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion ou l'opinion politique,
l'origine sociale ou nationale, le statut de naissance, etc. L'Union européenne
ne voit pas le concept de "diffamation des religions" comme valable
dans un discours sur les droits de l'homme. Le droit international des
droits de l'homme protège principalement les individus dans l'exercice de
leur liberté de religion ou de croyance et non pas les religions en tant que
telles.
Néanmoins, l'Union européenne reconnaît que de nombreux aspects de ce rapport
sont pertinents car ils concernent les efforts pour éradiquer la discrimination
raciale, le racisme, la xénophobie et l'intolérance. Le Rapporteur a reconnu
que des efforts considérables ont été déployés au niveau de l'Union européenne.
L'une des recommandations insiste sur le besoin d'éviter de hiérarchiser les
formes de discrimination. L'Union européenne rejette fermement la hiérarchisation
des victimes de discrimination.
Le représentant a souhaité savoir comment le travail futur du Rapporteur peut
concilier la tendance d'apporter une attention particulière aux manifestations
de discrimination avec la nécessité d'éviter une hiérarchisation entre les
victimes ? L'Union européenne aimerait également savoir si le Rapporteur
a eu l'occasion d'engager un dialogue avec le Comité des droits de l'homme
ou d'autres Rapporteurs spéciaux au sujet des interactions entre la liberté
d'expression, la liberté de religion et la non-discrimination.
M. ZHAO XING (Chine) a remercié M. Diène pour son rapport sur
la diffamation des religions et en particulier l'islamophobie – rapport qui
aborde aussi les questions de l'antisémitisme et de la christianophobie. Dans
un monde globalisé, la promotion d'une coexistence pacifique entre les individus
de toutes couleurs, races et religions constitue un grand défi, a souligné
le représentant chinois.
ALEXEY GOLTYAEV (Fédération de Russie) a déclaré, à la suite
du Rapporteur, que la diffamation des religions et la rhétorique xénophobe
sont largement utilisées pour orienter les débats politiques, y compris dans
les pays qui se disent démocratiques. La diabolisation au nom d'intérêts politiques
immédiats ne vise pas seulement les religions, mais aussi des groupes ethniques,
avec pour triste conséquence des éruptions de violence. Cette question devrait
être étudiée par les procédures spéciales du Conseil, a demandé le représentant
russe.
M. MUNU MAHAWAR (Inde) a estimé que le rapport de M. Diène montre
les limites inhérentes à l'analyse d'un thème aussi complexe qui s'inscrit
dans le cadre de l'intolérance religieuse ou de l'abus de la liberté d'expression
qui offense des groupes religieux. L'Inde estime que pour traiter du phénomène
de la diffamation, le thème plus large de la liberté de religion doit être
traité. L'Inde a dit regretter que le rapport ne prenne pas pleinement
en compte ce sujet plus vaste. Une autre analyse de cette question devrait
donc être effectuée avec la participation à la fois du Rapporteur sur la liberté
de religion et le Rapporteur sur la promotion et la protection du droit à
la liberté d'opinion et d'expression. L'Inde encourage le Conseil à réfléchir
à la relation entre la liberté d'expression et la liberté de religion.
Le rapport de M. Diène fait référence aux castes en Inde. Cette référence
n'est pas pertinente en ce qui concerne la question de la diffamation ou du
racisme, a estimé le représentant indien.
MME HASMIK SIMONYAN (Arménie) a salué l'analyse approfondie
de M. Diène ainsi que ses recommandations réalistes. L'Arménie estime que
les discriminations basées sur les religions peuvent s'assimiler à des
pratiques racistes. L'Arménie attache une grande importance au dialogue interreligieux
et interculturel en tant que moyen de promotion des droits de l'homme pour
tous. Elle estime en outre que ce problème a une dimension transversale et
qu'il concerne directement d'autres mandats du Conseil. Enfin, l'Arménie prend
note de l'opinion du Rapporteur selon laquelle le fait de mettre l'accent
sur l'islamophobie ne préjuge en rien d'une hiérarchie dans la discrimination
des religions.
MME GLAUDINE MTSHALI (Afrique du Sud) s'est réjouie des recommandations
contenues dans le rapport de M. Diène. Elle a réaffirmé que
La pratique consistant à défendre la diffamation des religions en tant
qu'exercice du droit à la liberté d'expression fait fi des restrictions énoncées
dans les instruments pertinents de droits de l'homme qui, à l'instar du
Pacte international relatif aux droits civils et politiques, disposent que
le droit à la liberté d'expression comporte des devoirs et responsabilités
particuliers et peut donc être soumis à certaines restrictions, notamment
en vue d'assurer le respect des droits et de la réputation d'autrui. L'Afrique
du Sud appelle tous les pays à établir des garanties juridiques et constitutionnelles
visant à protéger les individus contre les actes de haine et de discrimination.
M. AHMED MOHAMED ABRO (Djibouti) a déclaré que son pays partage
l'analyse du Rapporteur lorsqu'il identifie les tendances lourdes de recrudescence
du phénomène du racisme et de la discrimination basée sur l'appartenance religieuse.
Djibouti salue particulièrement l'entreprise de déconstruction que M. Diène
effectue afin de nous aider à mieux comprendre la logique organisatrice de
sens qui oppose sa cohérence et ses objectifs propres à ceux poursuivis par
la communauté internationale. Djibouti partage les préoccupations et les questions
relatives à l'application effective des dispositions contenues des instruments
internationaux des droits de l'homme pertinents. C'est parce que nous sommes
conscients que les questions longtemps sans réponse deviennent suspectes en
tant que questions, que nous exhortons le Conseil à accorder à ce sujet l'attention
urgente qu'il requiert, a conclu le représentant.
M. JEAN-BAPTISTE MATTÉI (France) a déclaré que son pays
s'est effectivement doté d'un ministère de l'immigration, de l'intégration,
de l'identité nationale et du co-développement, appellation exacte qui devrait
être reproduite in extenso : en effet, les termes du rapport
de M. Diène pourraient laisser croire que la création de ce ministère témoignerait
d'une forme d'islamophobie. Cette appellation traduit la volonté d'avoir une
approche globale de la question des migrations, en confiant à une même administration
la conduite des différents volets de la politique française d'accueil des
étrangers et de la maîtrise des flux migratoires.
M. VEBJORN HEINES (Norvège) a rejeté, à l'instar du Rapporteur,
le concept de choc entre les civilisations et les religions. En effet, a-t-il
souligné, ce ne sont pas les religions et les civilisations qui se rencontrent
ou s'affrontent; ce sont les gens et ce sont les droits de ces gens qui sont
violés. Les problèmes d'intolérance, d'exclusion de l'autre, de discrimination,
de préjugés et de xénophobie ne sont pas nouveaux et ne se produisent pas
seulement entre les religions, mais aussi au sein même des religions.
La Norvège souscrit pleinement à la recommandation énoncée au paragraphe 74
du rapport de M. Diène selon laquelle le respect des droits de l'homme, y
compris l'éradication des racines de la culture de racisme, de xénophobie
et d'intolérance, constitue le pilier le plus solide de la sécurité nationale
et de la démocratie.
M. SAMIR LABIDI (Tunisie) a souligné que le rapport de M. Diène
revêt une importance particulière dans un contexte de tensions politiques,
idéologiques et de lutte contre le terrorisme que, par ailleurs,
appelle encore une fois à la promotion de
la tolérance et du dialogue entre les cultures et les religions.
M. SÉRGIO ABREU E LIMA FLORÊNCIO (Brésil) a rappelé que le Brésil,
un pays multiculturel et multiethnique, plaide pour la coexistence pacifique
entre toutes les religions. Le représentant a félicité le Rapporteur pour
la qualité de son rapport, qui permet d'avoir une vision plus large des difficultés
auxquelles sont confrontées les différentes religions. Dans l'environnement
actuel marqué par la diffamation des religions, l'analyse de M. Diène donne
la possibilité d'examiner des moyens de dépasser cette tendance: suppression
des hiérarchies entre religions, renoncement à l'établissement de priorités
dans la lutte contre la diffamation des religions. Le représentant a souligné
l'importance de la
recommandation du Rapporteur visant à favoriser le dialogue interactif entre
les religions. La volonté politique est essentielle pour promouvoir l'harmonie
entre les religions. Dans ce contexte, le gouvernement du Brésil a, notamment,
institué un secrétariat de la promotion de l'égalité raciale et organisé une
conférence régionale pour le suivi des mesures préconisées par
M. MUSTAFIZUR RAHMAN (Bangladesh) a affirmé que le rapport témoigne
de la grande compétence professionnelle et du son sens des responsabilités
de M. Doudou Diène. Comme le souligne le Rapporteur, la diffamation des religions
ne peut être dissociée d'une réflexion approfondie sur la discrimination raciale
et la xénophobie. Un certain nombre de partis politiques ont recours à la
rhétorique de la peur et de l'exclusion en montrant du doigt les réfugiés
et les immigrants, a souligné le représentant du Bangladesh. Aussi, a-t-il
plaidé afin qu'il soit mis un terme aux appels à l'intolérance et à la haine
dans le cadre de discours intellectuels. Le représentant a par ailleurs
souligné que la liberté d'expression ne saurait être absolue et infinie et
doit être exercée avec discernement.
M. MAMMAD TALIBOV (Azerbaïdjan) a relevé que le rapport de M.
Diène identifie clairement des tendances alarmantes et dangereuses. L'Azerbaïdjan
condamne toutes les formes de discrimination religieuse et toutes les formes
d'intolérance s'y rapportant. L'augmentation générale de la diffamation des
religions, et particulièrement l'islamophobie, est inquiétante. L'Azerbaïdjan
est également gravement préoccupé par l'utilisation politique de la discrimination
et de la xénophobie. La tendance à la diffamation des religions est en progression.
Pour remédier à ces phénomènes, le dialogue interculturel est essentiel.
M. JAE-BOK CHANG (République de Corée) a souscrit à la recommandation
du Rapporteur d'adopter des approches variées dans la promotion du dialogue
entre les cultures, religions et civilisations. L'escalade des conflits et
les affrontements religieux risquent soit d'entraîner une indifférence du
public à l'égard des religions, soit de susciter une culture antireligieuse.
C'est pourquoi, a estimé le représentant, le Rapporteur devrait s'intéresser
de plus près au rôle des dirigeants religieux dans la lutte contre la diffamation
des religions.
M. JOCHEM DE VYLDER (Belgique) a relevé que dans son rapport,
le Rapporteur constate que dans certaines régions, et en particulier en Europe,
les musulmans ont de plus en plus de difficulté à établir des lieux de culte
et à observer leurs pratiques religieuses. Il a demandé au Rapporteur s'il
serait en mesure d'indiquer quelles sont les données objectives disponibles
permettant d'avoir une vue d'ensemble de la situation au niveau mondial. Est-ce
que vous disposez d'informations suffisantes, à la fois quantitatives et qualitatives,
pour évaluer la situation dans d'autres régions du monde concernant toutes
les religions, a demandé le représentant belge au Rapporteur ? S'agissant
de la manifestation à Bruxelles à laquelle M. Diène a fait référence ce matin,
M. IDRISS JAZAÏRY (Algérie) a déclaré qu'il y a quelques semaines
plus d'une trentaine de représentants permanents à Genève ont célébré à la
mairie d'Annecy, en France, le lancement de
L'Algérie estime qu'il est important que le travail des cinq experts sur les
lacunes juridiques en matière de protection contre le racisme s'inscrive
dans le même sens que celui assigné à l'ensemble des mécanismes œuvrant dans
ce contexte. Les cinq experts indépendants chargés de suivre l'application
des dispositions de
de révision de Durban en particulier.
M. ABDULMONEM ANNAN (Syrie) a remercié le Rapporteur pour la
manière très claire dont il a parlé de l'islamophobie. Le représentant syrien
a aussi estimé qu'il faut faire preuve de volonté politique pour lutter contre
ce phénomène, de même qu'il convient de favoriser le dialogue entre civilisations.
L'analyse de M. Diène montre qu'il existe souvent des tentatives d'instrumentalisation
du terrorisme à des fins islamophobes, pour vilipender les musulmans, comme
on l'a vu dans le cas des caricatures publiées dans les médias occidentaux.
MME ERLINDA F. BASILIO (Philippines) a indiqué que son pays
partageait la préoccupation exprimée par le Rapporteur selon laquelle la
légitimation du racisme et de l'intolérance religieuse dans les programmes
politiques peut constituer une sérieuse menace pour les droits de l'homme.
A cet égard, les Philippines accordent un intérêt particulier à l'observation
de M. Diène selon laquelle la solidarité entre les victimes de diffamation
des religions et d'autres formes de discrimination peut constituer une force
de nature à surmonter les tendances négatives de division et d'intolérance.
Les gouvernements devraient mettre en place des partenariats avec les groupes
religieux et ceux de la société civile ainsi qu'avec les médias, afin de mettre
au point des mécanismes de promotion de la solidarité entre différents groupes
religieux pour lutter contre le racisme et l'intolérance.
Quels sont les éléments de droits de l'homme qui devraient être intégrés
dans une initiative sur le dialogue entre les croyances, a par ailleurs
demandé la représentante des Philippines au Rapporteur ? Insistant sur
la nécessité d'assurer un équilibre entre liberté d'expression et liberté
de religion, elle a par ailleurs affirmé qu'aucune religion ou race ne devrait
se voir manquer de respect. Elle a souscrit au point de vue du Rapporteur
selon lequel l'incitation à la haine raciale ou religieuse est inacceptable.
MME RAHMA SALIH ELOBIED (Soudan) a félicité le Rapporteur pour
son objectivité sur la question de l'islamophobie. Il est nécessaire de
combattre la diffamation des religions et la tolérance doit être renforcée,
a estimé la représentante. Elle a salué les initiatives régionales et internationales
visant à favoriser la tolérance religieuse. Mme Elobied s'est dite préoccupée
par les pressions exercées sur des communautés religieuses afin de leur faire
abandonner leurs terres et leurs foyers. Pour sa part, le Soudan a adopté
des politiques visant à favoriser, à long terme, une meilleure compréhension
entre les religions, la paix et la réconciliation nationale.
MME KHADIJA RACHIDA MASRI (Union africaine) a
estimé que le Conseil n'a d'autre choix que de continuer à déplorer dans les
termes les plus vigoureux les incidents rapportés par M. Diène et de soutenir
l'excellent travail qu'il est en train de faire. A cet égard, l'Union africaine
attire l'attention sur le paragraphe 46 de la résolution 61/149 de l'Assemblée
générale des Nations unies sur la lutte contre la diffamation des religions,
qui demande d'accorder les ressources humaines et financières nécessaires
au Rapporteur pour l'accomplissement efficace et rapide de son mandat. Par
ailleurs l'Union africaine est préoccupée par le fait même qu'après l'adoption
de cette résolution, la diffamation des religions persiste et qu'elle est
de plus en plus souvent utilisée pour d'autres objectifs. Notre devoir à tous
réside dans la lutte contre les origines de ce fléau où les religions se trouvent
prises en otage à des fins politiques voire même économiques, a dit la représentante.
M. LELOHANG MOQHALI (Lesotho) a souligné que les attaques terroristes
du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis n'ont jamais été approuvées par
le gouvernement du Lesotho. Toutefois, le gouvernement du Lesotho est préoccupé
par ce qui a surgi après ces attaques, à savoir l'islamophobie. Pourquoi les
musulmans devraient-ils souffrir des actes commis par une fraction de leur
communauté ? Jette-t-on tout un sac de pommes de terre sous prétexte
que l'on a trouvé dans ce sac une pomme de terre avariée ? Le représentant
du Lesotho a par ailleurs souhaité connaître les commentaires du Rapporteur
au sujet de l'affiche raciste apparue en Suisse montrant des moutons blancs
expulsant un mouton noir. Enfin, le représentant du Lesotho a préconisé que
le Conseil demande au Rapporteur de faire rapport sur la christianophobie,
tant il est vrai que les chrétiens eux non plus ne peuvent parfois pas jouir
de leur liberté de religion.
M. BENNY SIAHAAN (Indonésie) a déploré que les médias dans certains
pays contribuent à renforcer les stéréotypes. Les considérations éthiques
et politiques ont un rôle important à jouer dans la lutte contre la discrimination
raciale et religieuse, toutefois la dimension culturelle ne doit pas être
passée sous silence. L'Indonésie aimerait savoir si M. Diène pense que le
fait de légitimer l'hostilité et l'intolérance politique est la véritable
raison de ce surcroît d'intolérance. Estime-t-il que l'on peut imposer une
obligation aux États pour inverser la tendance ?
M. ARJAN HAMBURGER (Pays-Bas) a exprimé ses réserves à l'égard
d'une dogmatique conclusion du rapport de M. Diène où le Rapporteur impute
au "sécularisme" et à la séparation de l'Eglise et de l'Etat ayant
cours dans les pays européens l'apparition d'une culture antireligieuse et
d'intolérance contre toute les pratiques religieuses. Le représentant
a déclaré ne reconnaître ni son pays, ni l'Europe dans une telle description.
Il a fait état du grand nombre d'écoles confessionnelles existant aux Pays-Bas,
où les élèves sont inscrits selon les désirs de leurs parents, une situation
qui n'est pas unique en Europe. En outre, deux partis politiques fondés sur
une croyance religieuse font actuellement partie du gouvernement de coalition.
M. MOHAMMED LOULICHKI (Maroc) a félicité M. Diène pour la manière
lucide, équilibrée et percutante avec laquelle il continue de traiter une
question d'actualité sensible, personne de pouvant nier le caractère actuel
des manifestations de racisme et de discrimination visant les religions et
en particulier l'islam. Il faut mettre en échec la tendance à l'instrumentalisation
politique et électoraliste de ces manifestations de racisme, a souligné le
représentant marocain. Le Maroc, pour sa part, a fait de la garantie du libre
exercice des religions un principe constitutionnel, a-t-il fait valoir. Il
a indiqué avoir pris connaissance avec grand intérêt des recommandations contenues
dans le rapport de M. Diène : s'il en est une sur laquelle il faut insister,
a-t-il souligné, c'est celle visant à engager une réflexion plus approfondie
au sujet des articles 18 à 20 du Pacte international relatif aux droits civils
et politiques.
M. IDHAM MUSA MOKTAR (Malaisie) a relevé que ce rapport est
utile car il éclaire le Conseil sur un phénomène de plus en plus perturbant.
MME LADA PHUMAS (Thaïlande) a estimé que la lutte contre la
diffamation des religions doit prendre en compte les causes profondes du phénomène.
Dans le même temps, il convient de promouvoir la lutte contre toutes les formes
de haines et de discrimination. Dans ce contexte, la représentante a demandé
à M. Diène son opinion quant aux discriminations qui sont le fait des acteurs
non-étatiques, un problème qui dépasse largement les conclusions du rapport.
La représentante a indiqué que son propre pays est à majorité bouddhiste,
et que des citoyens d'origines et de confessions très variées y cohabitent
en paix. La tolérance religieuse et raciale est encouragée afin de promouvoir
la prospérité et le bien-être de la nation en général.
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M. OMER BERZINJI (Irak) a exprimé l'espoir que le Conseil
élabore une recommandation contraignante visant à bannir l'islamophobie.
Les musulmans du monde entier souffrent de discrimination, a-t-il insisté.
Des images sacrées pour les musulmans ont été bafouées et cela devrait être
considéré comme un crime, a-t-il souligné. Il faut promouvoir une culture
de tolérance et encourager la liberté d'expression et de religion, la liberté
d'expression devant être au service du peuple et non le contraire, a poursuivi
le représentant iraquien. La liberté d'opinion ne signifie pas qu'une personne
puisse voir sa religion bafouée - ce genre de pratiques suscitant de profondes
amertumes. N'y a-t-il pas d'autres moyens de s'exprimer que d'humilier la
foi d'autrui, a demandé le représentant irakien ?
MME SILVIA ESCÓBAR (Espagne) a indiqué que la diversité sociale,
politique et religieuse enrichit la vie des citoyens. L'Espagne rejette le
concept de conflit de civilisations. La représentante a attiré l'attention
sur l'initiative de l'Alliance des civilisations. Ce réseau entre les États
et la société civile consiste à créer des liens en vue d'établir un dialogue
entre les cultures et promouvoir la tolérance. Un autre objectif est de donner
plus de visibilité au projet de coopération entre les civilisations. L'Alliance
des civilisations tiendra sa première réunion annuelle en janvier 2008 à Madrid,
a rappelé la représentante espagnole.
M. ANDRZEJ MISZTAL (Pologne) a déclaré que son pays a toujours
placé la tolérance culturelle et religieuse au cœur des ses valeurs sociales.
Depuis le Moyen âge,
M. A. ESHRAGH JAHROMI (Iran) a souligné que la recrudescence
de la violence xénophobe et la création de partis politiques sur une base
raciste et xénophobe constituent des tendances préoccupantes. La tendance
accrue à la diffamation des religions sape la coexistence pacifique entre
les religions, a-t-il ajouté. Le droit à la liberté d'expression n'est
pas un droit absolu et ne devrait pas être utilisé pour inciter à la haine
raciale, a poursuivi le représentant iranien. Il a notamment dénoncé le cas
récent de caricatures diffamatrices en Suède. Il faudrait élaborer une convention
pour lutter contre la diffamation des religions et l'avis du Rapporteur à
ce sujet serait le bienvenu, a ajouté le représentant iranien.
M. SILVANO TOMASI (Saint-Siège) a indiqué que la communauté
internationale est confrontée à la tâche difficile de trouver un équilibre
entre la liberté d'expression et la liberté de religion. Le développement
de la protection et de la promotion de tous les droits fondamentaux montre
que la liberté religieuse peut constituer une passerelle entre les différentes
catégories de droits humains. Le fait de manifester une religion ne devrait
pas limiter les droits civils, politiques, sociaux, économiques et culturels.
Le Conseil doit se pencher sur le problème et doit lancer un appel pour éviter
les cas de discrimination et de diffamation des religions. L'action internationale
et l'initiative des Etats doivent servir de garants du libre exercice des
religions.
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M. ABDUL WAHAB HAIDARA (Sénégal) a constaté que des contacts
sont pris au niveau institutionnel entre gouvernements et organisations politiques
et qu'ils devraient être accompagnés par des initiatives sur le terrain avec
l'implication de la société civile et des populations pour favoriser le respect
de la diversité des cultures et des religions. C'est pourquoi le Sénégal soutient
la promotion du dialogue interculturel et interreligieux qu'appellent de leurs
voeux aussi bien le Rapporteur que le Rapporteur sur la liberté de religion
ou de conviction Mme Asma Jahangir. Le représentant a demandé à M. Diène s'il
avait des suggestions quant au format qui conviendrait le mieux pour ce dialogue
entre les cultures et les religions.
M. DANIEL ULMER (Canada) a souligné que l'intolérance religieuse
est un grand motif de préoccupation pour tous. La diversité ethnique, culturelle,
linguistique et religieuse est un élément essentiel du travail de promotion
et de protection des droits de l'homme réalisé par le Canada tant au plan
national qu'à l'étranger. Le Canada demande à tous les pays de respecter la
liberté de pensée, de conscience et de religion pour tous. Tous les Etats
devraient aussi respecter le droit à la liberté d'expression, reconnu
à l'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques,
et toute discussion sur cette question devrait inclure le Rapporteur spécial
sur le droit à la liberté d'opinion et d'expression, a estimé le représentant
canadien.
M. MICHEL FORST (Comité
international de coordination des institutions nationales des droits de l'homme)
a rappelé que les institutions nationales sont engagées depuis longtemps dans
un combat contre le racisme et toutes les formes de discrimination. La
diffamation des religions ne sert pas la cause de la liberté d'expression.
Le représentant a estimé que le Rapporteur sur la liberté d'expression devrait
être invité à
M. WIKO W.K. LAMAIN (Foundation of Japanese Honorary Debts)
est revenu sur le problème des "femmes de réconfort" hollandaises
utilisées par l'armée japonaise lors de la deuxième guerre mondiale, observant
que les critères de sélection de ces femmes étaient de nature raciste. Or
le Japon n'a toujours pas rendu compte de ses actes, qui méritent de passer
devant les tribunaux. Le Japon doit admettre les faits et accorder des compensations
aux victimes, a demandé le représentant.
M. RONALD BARNES (Indian Council of South America) a souligné
que les peuples autochtones ont souvent été victimes de discrimination religieuse.
Il a par ailleurs rappelé que l'Eglise catholique avait été utilisée, par
le biais des bulles papales, comme instrument idéologique visant à justifier
la dépossession des autochtones de leurs territoires et de leur souveraineté
voire à commettre un génocide contre ces populations. Le représentant a en
outre souligné que les Etats-Unis continuent de nier l'exercice de droits
légitimes à l'autodétermination. Le Conseil devrait donc élargir le mandat
du Rapporteur afin de lui permettre de se pencher sur les cas persistants
de négation du droit des autochtones à la terre et aux ressources.
MME GENEVIEVE JOURDAN (Association of World Citizens) a rappelé
que, ces derniers mois, dans l'entourage direct de cette enceinte, des affiches
se sont mises à proliférer. Leur graphisme est tétanisant tant il évoque la
propagande du fascisme montant des années 1930 et exprime la haine de l'étranger.
Etant donné qu'il est estimé que la connaissance de
M. DOUDOU DIÈNE a répondu aux
questions et observations en remarquant la profondeur historique de
l'intolérance religieuse et son inscription au plus profond des consciences. Le
Conseil doit donc faire avancer l'application des normes et instruments
internationaux, tout en tenant compte du contexte particulier de "paix
froide" entre religions qui s'est instauré depuis le 11 septembre 2001.
Les Etats doivent aller plus loin que la loi et s'attacher à agir sur les
causes profondes de l'intolérance religieuse. En outre, la situation
actuelle est de fait très préoccupante, compte tenu de la théorisation de
l'islamophobie à laquelle on assiste, a précisé le Rapporteur. L'enjeu
de la relation complexe entre libertés de religion et d'expression doit être
traité dans tous les mécanismes du Conseil. Les phénomènes d'intolérance
religieuse sont variés et complexes: la mise sur pied d'un observatoire au sein
du Haut Commissariat aux droits de l'homme permettrait de mieux cerner la
question et d'y répondre, a conclu M. Diène.
Source : Nations unies, Genève, septembre 2007.
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