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Histoire
 

Il n'y aura pas de loi sur "les aspects positifs" de l'esclavage : ouf, on l'a échappée belle !


On raconte dans les milieux bien informés que Jacques Chirac a pris un coup de sang en lisant le rapport demandé par Sarközy au soldat israélien Arno Klarsfeld sur la "mémoire de la colonisation" et a aussitôt décidé que le fameux article 4 de la loi du 23 février 2005 sur les "aspects positifs de la colonisation" serait abrogé. Pas toute la loi, juste l'article 4. Cette abrogation était demandée par l'ensemble de la défunte "gauche plurielle", tandis que la plupart des organisations martiniquaises et guadeloupéennes demandent l'abrogation de cette loi dans son entier et préparent activement une journée internationale d'action contre le colonialisme pour le 21 février.
De la colonisation à l'esclavage, il n'y a qu'un pas, tant ces deux pages sombres de l'histoire française sont étroitement liées. On est rassuré, il n'y aura pas de loi sur les "aspects positifs" de l'esclavage. Bien au contraire, Chirac a décidé d'instituer le 10 mai comme journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage. Plus que cela : ripostant à la nomination par Sarközy d'Arno Klarsfeld, il a nommé l'écrivain caribéen Edouard Glissant responsable de la création d'un centre pour la mémoire de l'esclavage.
Il ne reste plus qu'à attendre pour voir quelle sera la prochaine provocation de Sarközy.
En attendant, on pourrait demander au Maire de Paris, le socialiste Delanoë, de faire rechercher et réinstaller sur une place parisienne la statue du général napoléonien Alexandre Dumas, père de l'auteur de Monte Cristo. La statue de ce prestigieux fils d'esclave avait été déboulonnée sur ordre de Hitler au début de l'occupation allemande de la capitale française. Cela fait 60 ans qu'on attend la réapparition de cette statue. En attendant un monument à la mémoire des esclaves, ces Africains victimes d'un génocide, qui pourrait être installé place de la Nation à Paris, ce premier geste de Delanoë irait dans le bon sens.
La redaction

 

L’abrogation de la Loi du 23 fevrier 2005, un enjeu politique majeur


par le Docteur Jean Brière, Mouvement écologiste indépendant, Lyon, 24 décembre 2006
Précisions sur les circonstances du vote de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 (cf. Le Monde page 3, 13/12/2005-Genèse d’un amendement contesté) :
C’est le député UMP du Nord, Christian Vanneste, poursuivi par ailleurs pour homophobie, qui présente deux sous-amendements, demandant l’enseignement des bienfaits de la colonisation, la commission repousse ces deux sous-amendements. Avis du gouvernement : M. Mekachera, s’agissant des deux amendements, « s’en remet à la sagesse de l’assemblée », je cite Patrick Roger, auteur de l’article : « C’est de facto un feu vert. Ils sont mis aux voix, à main levée, et adoptés, sans qu’aucune voix ne se fut exprimée pour les combattre » Donc, Verts, PCF et Socialistes ont voté ces deux sous-amendements et le gouvernement Villepin a donné son accord. Chirac, otage de sa majorité qui soigne un électorat de rapatriés, s’est bien gardé comme il a en a le droit dans les 10 jours qui précédent la promulgation du texte, de demander une deuxième délibération.
Ultérieurement François Hollande affirme que le PS, l’a voté par inadvertance.


MONSIEUR HOLLANDE EST UN MENTEUR ! LA PREUVE :

Lorsque le projet de loi voté par les voix de l’UMP et de l’UDF est transmis au Sénat, l’article Premier quater qui deviendra l’article 4 de la loi, la porte-parole du groupe socialiste, Giséle Printz (Moselle) intervient en ces termes : « le projet de loi contient certaines dispositions qui méritent approbation, comme celles qui portent sur les programmes scolaires et de recherche, à l’article premier quater » . Seul Guy Fischer, PCF Rhône, dénonce « un article inacceptable ». Plus tard, l’article premier quater est pourtant adopté sans débat, c'est-à-dire y compris par les communistes.
Ajoutons l’article 5 à titre d’information : «sont interdites toute injure ou diffamation commise envers une personne ou un groupe de personne en raison de leurs qualité vraie ou supposée de harki, d’anciens membres des formations supplétives ou assimilés » en clair si vous avez le malheur de rappeler à un ex-harki qu’il peut être considéré comme un collaborateur aux yeux des Algériens vous risquez d’être condamné. C’est vraiment une loi revancharde qui exacerbe et réactive des blessures que nous devons contribuer à guérir.
Le vote par le Parlement unanime de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 qui précise : les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, est un vote honteux qui déshonore le Parlement et la France. C’est la revanche des colons et des nostalgiques de l’Algérie Française, pour ne pas dire de l’OAS. C’est la résurgence du plus criminel des sophismes de l’idéologie colonialiste : le rôle civilisateur de l’entreprise coloniale. Ce vote prouve la persistance de l’idéologie coloniale plus de 40 ans après la fin de la guerre d’Algérie. C’est le point de vue unilatéral du colonisateur qui nie l’existence même du colonisé, c’est une insulte à tous les « indigènes de la République» et constitue, dans le contexte social actuel, une provocation à la guerre civile. D’autant que la concurrence des mémoires s’est trouvée réactivée par une célébration mémorielle sélective lors du 60ème anniversaire de la Libération, où le génocide tzigane fut proprement ignoré. Mais cette loi ne réactive pas une concurrence des mémoires, cette loi pose la question de la négation de la mémoire coloniale et de la mémoire esclavagiste
Cette loi met en cause l’image de la France dans nos ex-colonies et dans le monde. Il est temps que la France accepte tout simplement son passé colonial et esclavagiste comme une réalité. Il n’est pas question de repentance, notion qui comme le péché est étrangère à la rationalité d’une démocratie laïque, il s’agit simplement que la France ait le courage d’assumer son passé. Comme pour le génocide juif où la France a reconnu sa part de responsabilité, reconnaissance nécessaire, pour qu’il puisse être affirmé publiquement : plus jamais ça, de même la vérité sur le passé esclavagiste et colonialiste de la France doit être dite, comme preuve que ces pratiques sont désormais publiquement réprouvées. De plus, compte tenu que nombre de nos concitoyens ont des ascendants qui ont connu l’esclavage et plus récemment encore la colonisation, il est indispensable pour l’unité de la république que la mémoire de la traite négrière et de la colonisation soit respectée et que le vécu du colonisé puisse s’exprimer. Une histoire de la colonisation doit être écrite en commun avec les historiens des ex-colonisés.

 

Y’A BON BANANIA

À ceux qui ont la mémoire courte, rappelons quelques données historiques sur les aspects de la colonisation française notamment en Algérie.


La conquête de l’Algérie coup d’envoi du processus colonial

29 avril 1827, Coup d’éventail du dey d’Alger à Deval, consul de France, qui lui signifiait une fois de plus le refus français d’honorer une dette française vieille de 30 ans [voir article ci-après]. Blocus immédiat de la ville et suggestion du ministre de la guerre, Clermont-Tonnerre : « Une expédition ferait une utile diversion à la fermentation politique de l’intérieur », c'est-à-dire aux remous qui annoncent la fin de la Restauration. En 1830, 35 000 soldats français débarquent à Sidi Ferruch. Né d’une volonté de diversion proprement franco-française, ce débarquement constitue la première étape de la conquête de l’empire colonial français
Après la conquête d’Alger, Oran, Bone, Bougie, Blida, Constantine, l’armée française se heurte aux 10 000 hommes de l’émir Abdelkader qui résistent avec acharnement. Pour venir à bout de cette résistance Bugeaud inaugure une politique anti-terroriste avant l’heure: politique de la terre brûlée, razzias, destruction systématique des récoltes, violences extrêmes contre les populations, viols, assassinat systématique des « rebelles ». Le 14 mai 1843 Abdelkader est vaincu par le Duc d’Aumale.
Cette conquête a tout de même nécessité 13 ans de combats, commencée sous Charles X, elle est, sans problèmes, poursuivie après les trois glorieuses.
Les gouvernements successifs, considèrent l’Algérie comme un déversoir, qui permet de se débarrasser des pauvres et des opposants. Les colons sont 28 000 en 1840, 218 000 en 1866, dont la moitié d’Espagnols, d’Italiens et de Maltais. La colonisation de l’Algérie devient une colonisation de peuplement.
Les colons venus dans les fourgons de l’armée française se comportent avec la plus extrême violence envers ceux dont ils volent les terres, créant ainsi les ferments d’une haine inexpiable. Par ailleurs cette spoliation des meilleurs terres entraîne une désagrégation de la société paysanne. Les ex-propriétaires deviennent de véritables serfs des colons.


En 1857 nouveau soulèvement rapidement écrasé.
En 1871, trois jour avant la Commune de Paris, nouveau soulèvement qui durera plusieurs mois. XXX
Citation d’Yvon Legall (dans Histoire et Patrimoine : France coloniale, deux siècle d’histoire, page 41 ): « la répression a plutôt ressemblé à un acte de violence implacable qu’à l’application d’un châtiment proportionné aux méfaits commis », écrit le colonel Robin ..

Les incertitudes et les hésitations finissent là : Gambetta et la troisième République choisissent la colonisation à outrance, parce qu’à Alger les colons commencent à revendiquer leur autonomie (et les bonnes terres...) et parce qu’à Paris on cherche à laver l’humiliation de Sedan [défaite de Napoléon III face à la Prusse qui met fin au IIIème Empire le 4 septembre 1870, NDLR Quibla].

 

La colonisation des consciences

La mise en condition idéologique en faveur de la colonisation fut l’œuvre de l’ensemble des médias de l’époque et de l’école laïque, c’est Jules Ferry qui eut recours la premier à l’argument clé, celui de la mission civilisatrice de la France : « LES RACES INFERIEURES ONT LE DEVOIR DE CIVILISER LES RACES INFERIEURES »
C’est en quelque sorte au nom de la défense des droit de l’homme de la liberté et de la fraternité qu’on assassine, torture et réduit à une « sous-race » les colonisés. Cette incroyable perversion du discours fut dénoncée à l’époque par une minorité, Citons Clemenceau, discours du 30 Juillet 1885 : « Races inférieures ! races supérieures ! C’est bientôt dit. Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand (...) Non, il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures (...). Mais n’essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. » .
La manipulation colonialiste joue évidemment la carte nationaliste. C’est l’époque où la France et l’Angleterre se lancent à la course à l’expansion coloniale. C’est l’épisode de Fachoda où en novembre 1898 la mission Marchand a du évacuer la localité à la suite d’un ultimatum anglais, épisode qui est vécu comme une humiliation nationale.
C’est également la sainte alliance entre l’église catholique et la république laïque. L’église catholique devient la caution morale de la politique coloniale de la république, et ses missionnaires vont être le véritable fer de la déculturation de « l’indigène » au nom de la civilisation chrétienne européenne.
Le mensonge colonialiste est propagé par les médias de l’époque comme aujourd’hui la presse libérale occidentale défend la politique d’agression et de prédation de l’empire américain.


L’instituteur vecteur principal de l’idéologie colonialiste

Le rôle essentiel de cette manipulation idéologique est cependant dévolu à l’école laïque. La troisième république impose grâce à la scolarisation nationale obligatoire une histoire officielle de la mission civilisatrice de la colonisation française. C’est sur les bancs de l’école publique que l’on formate la socialisation politique des jeunes générations.
Lavisse, directeur de la publication de 1893 à 1922 d’une histoire de France monumentale définit pour tous les manuels scolaires l’histoire telle qu’elle doit être enseignée aux jeunes Français de la métropole. Rien de nouveau sous le soleil.
C’est la période des taches roses de l’empire sur la mappemonde .
Exemple de phrases extraites d’un manuel scolaire De 1923 : « Partout la France à apporté le bon ordre et la paix : brigandage, esclavage et massacres ont cessés. Partout elle a ouvert des écoles où les habitants s’instruisent et apprennent notre langue. Ils sont soignés par nos médecins, partout enfin on a construit des routes, des chemins de fer et des ports ». (En 1964 en Algérie 60% de la population algérienne est analphabète)
Pour l’immense majorité des instituteurs de la IIIème république, issus souvent de la paysannerie, l’accès à la dignité d’enseignant représente une incontestable promotion sociale. Cette promotion, ils en sont reconnaissants à la république qui prône l’égalité des chances.
Confondant la France et ses colonies ils sont enclins à étendre subjectivement cette égalité des chances aux jeunes Africains, Algériens, Annamites qu’ils tendent à assimiler à leurs élèves métropolitains. Ils propagent l’imposture colonialiste avec zèle et inconscience.

Oublié le Code de l’indigénat, qui est en parfaite contradiction avec les principes fondateurs universels de la république. La gauche qui porte pour l’essentiel la responsabilité de la politique coloniale, est incapable de se défaire de cette schizophrénie institutionnelle : Le 23 décembre 1936 est soumis au Parlement le projet de loi de Maurice Violette, soutenu par Léon Blum, qui propose d’accorder la nationalité française aux Algériens les « plus évolués » ou qui ont apporté des garanties importante de loyalisme. Cette proposition, qui rétrospectivement laisse pantois tant elle est discriminatoire et inégalitaire, est cependant massivement rejetée par le Parlement sous la pression des colons.


Ignorée l’exploitation économique

Léon Jouhaux, pour le bureau international du travail (BIT), dénonce le travail forcé : « Il peut avoir des conséquences pires que l’esclavage, parce que les propriétaires d’esclaves avaient intérêt à conserver leur cheptel humain, alors que les exploitants du travail forcé n’ont cure d’une main d’œuvre dont lls peuvent combler les vides »
Un chiffre : la construction du chemin de fer Congo-Océan, terminé en 1934, a coûté la vie à près de 18 000 Africains. Que dire de la « mise en valeur » de la propriété privée du très chrétien roi des Belges Léopold . On estime que la mise en coupe réglée du Congo dit Belge, s’est soldé par un véritable génocide des autochtones 10 à 11 millions de victimes.


Ignorée la répression sanglante de la résistance de ceux que l’on colonisait

C’est au nom de la liberté de l’égalité et de la fraternité que l’on torture, assassine en masse et dévaste :
« Il faut que nous fassions plus peur que les rebelles. Il faut agir sans pitié.. Bugeaud le grand vainqueur de l’Algérie, l’a dit avant nous : « Le seul moyen pour les faire céder est de s’attaquer à leurs intérêts : leurs femmes en premier plan » [France coloniale , deux siècles d’histoire, Histoire et patrimoine, page 65].
Guerre de ravageurs, l’ennemi est bestialisé, chacal, hyène qui préfigure les melons, bougnoules, ratons, bicots de la dernière guerre d’Algérie.
Parmi les « héros » de la colonisation de l’Algérie il faut mettre en exergue le nom d’Achille Le Roy de Saint Arnaud, dont les exploits ont été exhumés grâce à un travail de François Maspéro. Cet officier invente la technique de l’enfumade, chambre à gaz modèle 1838, qui consistait à asphyxier par centaines les Algériens réfugiés dans les cavernes.
Dans l’oasis de Zaatcha : « Les zouaves, dans l’enivrement de leur victoire, se précipitaient sur les malheureuses victimes qui n’avaient pu fuir. Ici un soldat amputait, en plaisantant, le sein d’une pauvre femme ; là un autre soldat prenait par les jambes un petit enfant et lui brisait la cervelle contre la Muraille. (F. Maspéro, L’honneur de Saint Arnaud.)
L’épopée coloniale n’est qu’une suite de violences qui jalonnent la conquête de l’Afrique équatoriale (1886), de l’Afrique occidentale française (1854), du Cameroun, du Togo, du Liban et de la Syrie de 1920 à 1946, de l’Indochine de 1859 à 1954. En Indochine le célèbre camp de concentration de Poulo Condor n’avait guère à envier aux camps hitlériens ou communistes.


La France noie dans le sang la décolonisation de son empire

8 mai 1945, la guerre d’Algérie commence à Sétif.
Contrairement aux assimilationnistes du Parti Communiste Algérien partisan d’un soutien inconditionnel à l’effort de guerre allié, s’opposent notamment ceux qui autour de Messali Hadj chef du PPA, Parti du Peuple Algérien, ne sont pas prêts à sacrifier les intérêts de l’Algérie colonisée sur l’autel de la lutte antifasciste. Se joint à eux Fehrat Abbas. Ce dernier ayant perdu tout espoir du coté du pouvoir pétainiste, fait parvenir aux Américains un texte signé par 28 élus et conseillers financiers. Ce texte, appuyé par le PPA et des oulémas, devient le 10 février 1943 le manifeste du peuple algérien. Le pouvoir français refusant de considérer les nationalistes comme des interlocuteurs, ceux-ci se rassemblent au sein de l’association des Amis du manifeste et de la liberté AML , le PPA gardant son autonomie au sein de l’AML. Au mois de mai 1945 lors du congrès des AML, la majorité opte pour un Etat séparé de la France et uni aux autres pays du Maghreb et proclame Messali Hadj leader incontesté du peuple algérien. Dans le camp colonial où l’on craint de voir les Algériens rejeter les « Européens » à la mer, on passe à l’action. Messali Hadj est enlevé et déporté à Brazzaville. Résolu à obtenir la libération de son leader, le PPA décide de défiler le premier mai à part des cortèges de la CGT et des partis communistes français et algérien qui restent muet sur la question nationale. A Oran et Alger la police et des Européens tirent sur le cortège nationaliste, il y a des morts et de nombreuses arrestations, Cependant la mobilisation continue, le 8 mai à l’appel de l’AML et du PPA, le Nord-Constantinois - Bougie, Sétif, Bône et Souk-Ahras - s’apprête à manifester pour célébrer la victoire des Alliés mais également pour rappeler les revendications nationalistes et la demande de libération de Messali Hadj. Chez les colons c’est la peur, l’appel à la répression et à la constitution de milices, les représentants du pouvoir sont localement au service des colons et veulent « crever l’abcès »
Les violences commencent à Sétif quand des policiers veulent se saisir du drapeau du PPA devenu depuis le drapeau algérien et tirent sur la foule. La région se soulève en masse. Les colons et la police se livrent à des exécution massives et à des représailles collectives . Quant à l’armée elle mène de véritables opérations de guerre. Dans la région de Bougie, 15000 femmes et enfants doivent s’agenouiller avant d’assister à une prise d’arme. 102 « Européens » sont tués, il y a plusieurs milliers de morts algériens, 45 000 ?
Le sang versé scelle le fossé entre colonisateurs et colonisés. En France le parti de Maurice Thorez, le parti des fusillés, alors au pouvoir apparaît alors comme le parti des fusilleurs. Le PCF a qualifié les chefs nationalistes de « provocateurs à gages hitlériens », et demandé que « les meneurs soient passés par les armes ».
Le premier novembre 1954, on retrouvera les activistes du PPA à la tête du FNL.
Nul doute que l’acharnement et la violence de la guerre d’Algérie trouveront leur source dans le fait que l’Algérie est une colonie de peuplement. Le résumé des massacres du Constantinois que nous avons rappelé, témoigne du climat de haine qui sépare ceux qui ont pris les meilleures terres et ceux qui ont été dépossédés.
Mais partout l’empire s’effondre et partout c’est la même réponse, la répression.
En Indochine, après le coup d’état japonais et les proclamations des indépendances, c’est la reconquête, l’ordre est donné de reprendre Haiphong, : entre le 23 et 27 novembre 1946, sous la direction du général Débes, trois navires de guerre bombardent le port et tuent 6 000 personnes. La guerre d’Indochine se terminera avec la chute du camp retranché fançais de Dien Bien Phu en mai 1954.
A Madagascar, le refus de la France d’accorder l’indépendance déclenche l’insurrection du 27 mars 1947. La répression est terrible, massacre de populations comme à Moramanga, des insurgés sont jetés vivants des avions, ces tueries feront 550 victimes « européennes » et 89 000 morts chez les insurgés. Vincent Auriol admettra : « on a fusillé un peu à tort et à travers »
Il est inutile de s’étendre sur les péripéties de la guerre d’Algérie qui reste une plaie ouverte des deux cotés de la Méditerranée. Signalons cependant que le vrai feu vert à la guerre est donné par le socialiste Guy Mollet. Après l’épisode des tomates jetées sur lui par des Pieds-Noirs à Alger, Guy Mollet demande les pleins pouvoirs pour faire la guerre. Pleins pouvoirs votés sans état d’âme par le PCF, sans doute au nom de la lutte des classes. On mobilise, on racole des supplétifs algériens, on rappelle le contingent qui vient d’être libéré. Rappelons à ce propos l’attitude du PCF : alors que de nombreux militants communistes soutiennent les rappelés qui arrêtent les trains, ces militants sont dénoncés dans l’Humanité comme des provocateurs. Le Parti Communiste n’a presque jamais été un parti anticolonialiste [NDLR Quibla : à la seule exception de sa campagne contre l’expédition menée contre la Répblique du Rif d’Abdelkrim au Maroc dans les années 1920]. Comme hier en Algérie il défendait la thèse d’une nation en formation au sein de l’Union Française, il défend aujourd’hui la colonisation de la Palestine.
Parmi les faits d’armes de cette épouvantable boucherie, signalons l’interception de l’avion des chefs du FLN, le bombardement du village tunisien de Sakiet Sidi Youssef, alors que l’on vient de reconnaître l’indépendance de la Tunisie, on peut également mettre dans le même chapitre l’expédition de Suez. (Opération israélo-anglo-française) .
C’est sans volonté d’auto-flagellation, ni masochisme qu’il faut rappeler ces faits. Ceux qui, en France, ont lutté contre la colonisation en Algérie et ailleurs, ont défendu, comme il le font aujourd’hui la tradition d’une France pour qui les notions de liberté et d’égalité ne sont pas des mots creux. D’une manière triviale nous dirons : qui paie ses dettes s’enrichit.
Si elle veut être respectée, la France doit se conduire envers les autres nations comme nous souhaiterions que ces nations se conduisent envers nous, et non pas comme elle s’est comportée par le passé dans ses ex-colonies.
Cette nouvelle loi montre l’ampleur de la catastrophe Plus de 60 % des Français l’approuve, si l’on compte ceux qui soutiennent inconditionnellement la colonisation de peuplement de la Palestine, plus de 80% de la population peut être considérée comme victime de l’idéologie colonialiste.


La politique occidentale actuelle, généralisation de l’idéologie colonialiste revisitée

Pour prendre conscience de la gravité de la situation, il faut resituer cette banalisation et réactivation de l’idéologie du rôle civilisateur du colonialisme français dans le contexte géopolitique actuel.
Comparons la phraséologie colonialiste d’un Lavisse en 1929 - « France et humanité ne sont pas deux mots qui s’opposent l’un à l’autre ; ils sont conjoints et inséparables. Notre patrie est la plus humaine des patries » - à celle d’un Bush au lendemain des attentats du 11 septembre, les accents sont encore plus radicaux, il ne s’agit plus de civiliser les races inférieures mais pas moins que d’éradiquer le mal en l’occurrence le terrorisme islamique. L’Amérique judéo-chrétienne a été désignée par dieu pour apporter la démocratie libérale aux peuples victimes d’Hitler locaux Saddam, Bachar Al Assad, et le nec plus ultra, le négationniste Ahmadinejad.
Alors que le discours néoconservateur est un discours ouvertement impérial, par delà : « le droit international n’existe pas» de John Bolton, assistant de Colin Powell, citons Charles Krauthammer dans Time Magazine du 27.12.1999 : » L’Amérique enjambe le monde comme un (..) colosse, depuis que Rome détruisit Carthage, aucune autre puissance n’a atteint les sommets où nous sommes parvenus », Nous assistons à un alignement inconditionnel de la France et de l’Europe sur cette politique ouvertement terroriste et prédatrice .
La France, malgré les discours flamboyants d’un Villepin, autorise les bombardiers américains qui vont bombarder l’Irak à survoler la France, pire les aérodromes de l’hexagone sont ville ouverte pour les avions de la CIA, en clair la France est une vulgaire satrapie de l’empire, que dire de la Roumanie et de la Pologne, qui sont territoire américain.
La première explication est évidemment que ces pays partagent la même idéologie de la supériorité civilisatrice libérale occidentale. Mais accepter d’être les limes de ce nouvel empire judéo-chrétien, constitue une menace directe pour la sécurité des populations européennes. Normalement, il serait urgent de se désolidariser de cette politique d’agression généralisée, mais cela implique nécessairement de se désolidariser également de la colonisation de peuplement de la Palestine.... Il ne faut pas parler pas parler d’alliance israélo-américaine, mais d’entité américano-israélienne, l’existence d’Israél ne s’explique que par le rôle stratégique et idéologique d’Israël dans la politique de maîtrise des source de pétrole moyen-orientales par les USA.


Dans qu’elle mesure cette loi colonialiste perturbe-t-elle le landerneau proaméricain en France ?

Tout simplement par qu’elle pose au grand jour l’enjeu politique majeur du monopole de la victimisation mémorielle de l’extermination des juifs européens. La justification de la colonisation de peuplement de la Palestine, pire des formes de colonisation est simple : remettre en cause cette colonisation, c’est nier la Shoah, c’est être négationniste, autrement dit vouloir comme Hitler le génocide des « juifs ». Parler du droit à la mémoire des victimes de l’esclavage et de la colonisation, c’est poser inéluctablement l’actualité de la colonisation de la Palestine..
L’UMP, par la voix de son président Sharkozy, à clairement choisi la guerre mémorielle communautariste, en choisissant Arno Klarsfeld, spécialiste du devoir de mémoire à l’usage exclusif du peuple élu d’Israël, avocat de New York, qui paradait il y a peu sous l’uniforme de l’armée israélienne en Palestine, pour une mission « d’apaisement » sur l’histoire de la colonisation.
M. Kärcher, n’espérant pas un apport de voix massif du coté des banlieues, a eu comme premier souci en tant que potentiel présidentiable, de faire allégeance aux organisations du lobby proisraélien à Washington et est aller faire repentance auprès de Sharon .
En France le communautarisme le plus agressif est revendiqué avec ostentation par les nationalistes israéliens de nationalité française qui ont réussi à prendre le contrôle idéologique des organisations se réclamant du judaïsme , ainsi que du Parti Socialiste.
Affirmant que « l’être juif » se définit par rapport à son allégeance non pas à Jéhovah mais à l’État d’Israël, ils ont réussi à faire admettre à une large part de la communauté juive que tout citoyen français, croyant ou athée, né d’une mère juive est en exil dans son pays natal. Le corollaire de cet axiome, c’est la justification de la colonisation de peuplement de la Palestine, par la destruction des juifs européens par Hitler. Désormais « le peuple élu » est devenu « le peuple victime expiatoire du plus grand crime de l’histoire ».
Cette nouvelle acception du mot « juif » a pour conséquence qu’il est impossible de prononcer le mot juif à haute voix dans un lieu public sans qu’une gêne s’installe. Immédiatement les fumées d’Auschwitz, les chambres à gaz, l’antisémitisme, le négationnisme s’invitent d’une manière subliminaire.
Monsieur Finkielkraut, philosophe élu des médias, devrait s’interroger sur ce fait extraordinaire que le mot juif aujourd’hui prend essentiellement sa signification que dans la mesure où il a été utilisé par Hitler comme symbolisant l’ennemi archétypal de la race des seigneurs

 

LE PIRE EST QUE LES NATIONALISTES ISRAËLIENS NE SONT EN REALITES QUE LES OTAGES DE LA POLITIQUE INTERNATIONALE DE VIOLENCE OUVERTE DE CEUX QUI SE CONSIDERENT, AUX USA, COMME LES CIVILISATEURS MODERNES. .

Sur le plan pratique cette loi va obliger les enseignants à se poser des questions. A l’instar des hussards noirs de la Troisième république propagateurs de l’idéologie colonialiste, ils enseignent la Shoah à titre pédagogique, sans se poser le problèmes de la signification idéologique de ce mot hébreu, imposé contre leur plein gré, à l’ensemble des médias français par Lanzmann. Si l’on se reporte au Petit Larousse, 1975 , de 1997 on ne trouve rien , si l’on se reporte à holocauste, on peut lire qu’il s’agit d’un mot hébreu signifiant holocauste, c'est-à-dire le sacrifice par le feu d’une victime au dieu d’Israel . La définition d’holocauste du petit Larousse 1975 est : Sacrifice en usage chez les juifs , et dans lequel la victime était entièrement consumée par le feu // Sacrifice, immolation de soi-même : l’holocauste du Christ.
: En clair l’extermination des juifs par Hitler à un caractère sacré, indicible, en dehors de toute explication rationnelle : le sacré ne se discute pas.
Dans le même temps, Ils devront enseigner aux chères têtes brunes dont les parents ont connu la colonisation le rôle bienfaiteur d’un Bugeaud, Napoléon, Aussarese et autre général Maurice Schmitt. Ils devront expliquer, le rôle civilisateur du protectorat Français sur le Liban et la Syrie en 1920 et également les bienfaits de la colonisation par les Anglais de la Zone B, actuelle Palestine qui ont imposés par les armes non seulement leur propre domination mais la colonisation de peuplement de la Palestine par les civilisateurs sionistes. Ils devront expliquer également la sainte alliance des pays issus de la colonisation de peuplement : USA et Israël et de la France à Durban Ces trois pays quittent avec fracas la conférence car il était question de réparations. Dans le même temps ils devront expliquer pourquoi l’Allemagne à du verser des sommes considérables notamment sous forme d’armements non pas aux survivants juifs de la folie hitlérienne mais à l’état colonisateur israélien. Il est évident que compte tenu du rôle positif de la colonisation toute revendication réparatrice à l’encontre de la France est un scandale. Il devront également expliquer aux blacks, beurs qui considèrent la rethorique de Mohamed Ahmadinejad comme une évidence qu’ils sont des négationnistes car comme l’affirme l’article de Marie-Laure Colson dans le journal de Rothschild : Ces négationnistes votent Ahmandinejad (Libération du vendredi 30 décembre 2005 Il est un secret pour personne que les USA et Israël envisagent très sérieusement l’attaque de l’Iran. .L’ensemble de la presse au service du colonialisme américain prépare l’opinion à cette agression en multipliant les dénonciation d’antisémitisme et de négationnisme à l’encontre du Président Iranien .Toujours Dans Libération, mais du Jeudi 15 décembre 2005 sur les pages 2 et 3 un titre en gros : “ANTISEMITISME : L’IRAN DEFIE L’OCCIDENT”.

 

Coup de tonnerre dans un ciel serein

Crime entre les crimes, 19 historiens qui n’avaient jamais remis en cause la Loi Gayssot, osent demander l’abolition de toutes les lois liberticides notamment de la loi Taubira qui d’après Pétré Grenouilleau : « cela dépasse le cas Dieudonné , c’est aussi le problème de la loi Taubira qui considère la traite des noirs par les Européens comme un crime contre l’humanité , incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah, Les traites négrières ne sont pas des génocides » interview dans le journal du Dimanche du 12 juin 2005.
Même inquiétude chez René Remond signataire du texte : liberté pour l’histoire : « Nous avons inclut la loi Gayssot dans notre texte car c’est elle qui a déclenché l’escalade des mémoires et donc une surenchère victimaire qui tend à banaliser la Shoah »
On voit donc bien la préoccupation majeure, d’apparemment la majorité des 19 signataires : la loi Gayssot doit être abrogées non parce qu’il s’agit d’une loi liberticide instituant un nouveau délit le négationnisme, mais par ce qu’elle désacralise l’innommable, l’indicible, l’extermination des juifs européens par Hitler.
Il faut dire que D Rebeyriou qui en son temps s’était opposée à la loi Gayssot , avait bien senti le danger : « ..Il entraîne (ce texte de loi) quasi inéluctablement son extension un jour à d’autres domaines qu’au génocide des juifs : autres génocides et autres atteintes à ce qui sera baptisée vérité historique »
On ne peut douter de l’enjeu politique de l’abrogation de la loi Gayssot, dans la remise en cause non pas de l’extermination des juifs européens par Hitler qui est un fait avéré mais dans la lutte contre la politique américaine au Proche Orient .
Comme conclusion sur ce problème de la loi Gayssot citons un passage de l’article d’Henri Amouroux, la nouvelle inquisition , page 2 le Figaro Lyon du 7 janvier 2006 : « En France, c’est la loi Gayssot qui a donné le branle. Aujourd’hui nous ne sommes guère nombreux à nous souvenir que l’auteur de la loi appartenait à ce parti communiste qui, dans tous les pays où il s’est trouvé (et se trouve encore au pouvoir ) réprimait (et réprime) de la façon la plus féroce la liberté d’écrire, la liberté de parler et même la liberté de penser.
La loi Gayssot, loi communiste votée par la gauche socialiste contre laquelle Jacques Chirac et la plupart de ceux qui sont encore aujourd’hui dans la majorité s’étaient élevés, a ligoté tout débat sur les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale .Ils existent désormais des vérités d’état auxquelles des associations et des tribunaux veillent afin qu’elles ne soient pas touchées dans livres et articles »
Il est nécessaire aujourd’hui d’abroger toutes les lois liberticides pour que la liberté d’opinion soit respectée en France.
Mais ce qui est surtout important, c’est que nous devons laver les écuries d’Augias de notre histoire coloniale et esclavagiste si l’on veut que la France puisse légitimement se réclamer de son histoire et donner l’exemple d’une remise en cause de toute politique de violence dans les rapports internationaux .
Pour l’unité de la république et pour que s’établisse des rapports d’amitiés fondées sur la vérité entre la France et l’Algérie cette loi imbécile doit être abrogée. Il y a urgence à ce qu’il ait une mise en commun des mémoires sanglantes et encore douloureuses qui ont marquée l’histoire toute récente entre nos deux peuples.
Il est à noter que contrairement à la communauté noire qui n’est pas stigmatisée comme islamique, ceux dont les parents ont connus la colonisation française sont contraints au silence, car comme l’écrit un article du Monde du samedi 17 décembre 2005 signé par Piotr Smolar : page 17 :
Des perquisitions confirment un lien entre islamisme et grand banditisme.
Nos concitoyens français originaires de l’Algérie s’ils osent dire ce qu’ils pensent sur la Palestine ou l’Iraq passent dans la catégorie des terroristes islamiques. Nos Magrébins de France, sont passé du statut de race inférieure à celui guère plus enviable de terroristes antisémites islamiques potentiels .

 


 

Le coup d'éventail


La conquête de l'Algérie? La réponse au coup d'éventail?


L'affaire du coup d'éventail d'avril 1827 a été popularisée par les livres d'histoire et les gravures de l'époque et pendant de longues années, des générations d'écoliers ont appris et rababâché que ce coup d'éventail avait provoqué la prise d'Alger en 1830: Le dey d'Alger, Hussein, mécontent du retard apporté par la France au remboursement de créances auxquelles il était intéressé, s’en prit au consul français, Pierre Deval, qu’il souffleta de son chasse-mouches. Le gouvernement de Charles X, n’ayant pas obtenu d’excuses, riposta par le blocus d’Alger qui devait durer trois ans. Mais cette affaire ne fut qu'un prétexte, un mythe qui volera en éclats lorsque nous considérerons les causes plus lointaines et plus profondes qui entraînèrent le débarquement des troupes françaises à Sidi Ferruch (à l'ouest d'Alger), le 14 juin 1830.

Effectivement les relations entre la France et l'Algérie étaient bonnes, excellentes même, puisque l'on peut lire au moment de la Révolution française les lignes suivantes dans Le Moniteur de juin 1793 : "Tandis que l'Europe se coalise contre la France libre, une puissance africaine (Alger), plus loyale et fidèle, reconnaît la République et lui jure amitié." Dès lors, comment appréhender la dégradation de ces rapports franco-algériens? D'abord par la mise en perspective des liens qui unissent les financiers du dey d'Alger, les Bacri-Busnach, au consul de France, Deval, celui qui reçut le fameux coup d'éventail. La famille Bacri-Busnach, avec la garantie du dey, avait livré à la France du Directoire d'importantes quantités de blé. Napoléon, Louis XVIII, Charles X ne voulurent jamais honorer cette dette à l'égard du dey.
Cette supercherie ne devait pas rester longtemps ignorée du souverain algérien. S'il peut admettre à la rigueur la déloyauté d'un négociant qui n'en était pas là sa première escroquerie, il ne put supporter la tromperie de Deval. A ses yeux, il était inconcevable qu'un agent diplomatique, représentant d'une grande puissance, puisse tremper dans une basse combinaison financière. Le gouvernement français attendit trois années pour laver l'insulte. En fait, le gouvernement ultra du prince de Polignac espérait, par une campagne militaire, renouer avec les temps napoléoniens et ainsi consolider l'influence de la France dans le bassin occidental de la Méditerranée, par l'ouverture de marchés et de débouchés au commerce et à l'industrie naissante. La recherche d'une brillante victoire à l'extérieur, mais aussi le souci de juguler l'opposition intérieure en vue de rétablissement de la monarchie absolue dont rêvait Charles X constituent les causes profondes de la rupture et de l'affrontement. - C'est donc dans l'enthousiasme général que s'effectue le départ, le 16 mai 1830, de Toulon, d'une flotte de cinq cents navires.
Les gouvernements français successifs (monarchie, république, second Empire, république à nouveau) hésitent sur le type de colonisation à poursuivre et sur le statut à octroyer a l'Algérie (nom donné pour la première fois dans un texte officiel français, en 1838). Napoléon III (empereur de 1852 à1870), conscient de l'injustice faite à ses habitants, songera un certain temps à créer un grand «royaume arabe» de lÉgypte à l’Algérie avec à sa tête l’Émir Abdelkader exilé à Damas après sa reddition au duc d’Aumale en 1843, mais ses bonnes intentions ne survivront pas à sa destitution, après la défaite de Sedan devant les Prussiens, le 4 septembre 1870.
Source : Pädagogische Hochschule Ludwigsburg, www.ph-ludwigsburg.de/html/2b-frnz-s-01/ overmann/baf4/algerie/eventail.doc


Le Conseil général de Martinique contre l'article 4 de la Loi du 23 février 2005


Les élus du Conseil Général de la Martinique, réunis en séance plénière le jeudi 22 décembre 2005,
CONSIDERANT que le processus de colonisation a donné lieu à des crimes contre l'Humanité et à de nombreux méfaits commis à l'égard des peuples concernés : la traite, l'esclavage, la torture, la dépersonnalisation des peuples, le pillage des ressources, le racisme comme idéologie de légitimation, ...
TIENNENT A DENONCER la dimension négationniste de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 qui, en affirmant la nécessité des programmes scolaires de reconnaître « en particulier le rôle positif de la présence française outre mer », traduit une volonté du législateur de faire l'impasse sur le caractère odieux des crimes en question,
TIENNENT A DENONCER l'injonction qui est ainsi faite aux responsables des programmes scolaires et universitaires,
SOULIGNENT que cet article 4 constitue une insupportable provocation et une marque de mépris à l'égard des peuples qui ont subi la colonisation,
DEMANDENT l'abrogation de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 dans les meilleurs délais,
DEMANDENT au peuple martiniquais de poursuivre la mobilisation entreprise pour obtenir cette abrogation.

 

Commissions « histoire et memoire » : non a la concurrence des victimes !


par l'Union juive française pour la paix, 28 décembre 2005
L'article 4 de la loi du 23 février 2005, en mettant l'accent sur « le rôle positif de la colonisation française » a soulevé de nombreuses critiques. En demandant aux historiens de mettre l'accent sur les bienfaits de la colonisation et aux professeurs d'histoire de les enseigner, les législateurs ont non seulement défini l'opinion officielle de la République mais demandé aux historiens professionnels (chercheurs et enseignants) de la soutenir et de la diffuser, ce que l'on peut considérer comme une atteinte à la liberté de pensée et à la liberté d'_expression et par conséquent une atteinte à la laïcité de l'Etat.
Loin de remettre en cause une loi qui mélange histoire et mémoire, le gouvernement propose de mettre en place des commissions chargées de définir les relations entre histoire et mémoire, comme pour mieux justifier le vote de cette loi. C'est ainsi que le gouvernement demande au Président de l'Assemblée nationale de mettre en place une commission d'études, et que le président du parti au pouvoir, Nicolas Sarkozy, s'empresse de mettre en place à son tour sa propre commission d'études. Tout cela serait risible si n'entrait en jeu, chez certains, une volonté de réhabiliter la colonisation.
Le président de l'UMP a chargé, pour mener ce "travail approfondi sur la loi, l'histoire et le devoir de mémoire" (Le Monde du 25/12/05), Arno Klarsfeld, avocat bien connu qui a choisi depuis longtemps de défendre inconditionnellement la politique israélienne et qui participe à la lutte contre les Palestiniens en effectuant des périodes militaires dans l'armée d'Israël. Comme l'explique le journal Le Monde, le choix d'Arno Klarsfeld serait un geste en direction de la communauté juive (édition datée du 25/12/05).
Outre la critique faite ci-dessus contre la mise en place de commissions de travail destinées à "sauver" une loi qui a provoqué de nombreuses protestations, protestations auxquelles l'UJFP s'est associée, le choix d'Arno Klarsfeld, compte tenu de son engagement, nous semble conforter le jeu de concurrence des victimes qui tend à s'étendre aujourd'hui.
Ainsi, le gouvernement et le parti qui le soutient, après une loi qui refuse de reconnaître les désastres de la colonisation, vont essayer de jouer victimes contre victimes, victimes du génocide contre victimes de la colonisation, pour mieux défendre une loi qu'ils savent être source de désordre. Mais c'est peut-être ce désordre que cherchent des ministres qui espèrent ainsi s'appuyer sur une idéologie sécuritaire pour les prochaines élections présidentielles.

 

 

Les Africains le disent : la colonisation est NÉGATIVE


par Gilbert Léonard, Paris, 7 janvier 2006
Avec le Martiniquais Frantz FANON qui a lutté contre le colonialisme dans son ensemble;
Il n'a pas eu d'approche raciste, car il a dénoncé sous toutes les latitudes, "notamment en Afrique du Nord". Il a mis en évidence les affres psychiques de la colonisation.
Engagé à l'âge de 20 ans dans les forces françaises pour combattre la nazisme, FANON a écrit son chef-d'oeuvre "Peau noire, masque blanc" dès l'âge de
25 ans (un jeune quoi). Il est mort à 36 ans.
Avec Koiki Mabo, cet "Aborigène" qui dès l'âge de 16 ans (encore un jeune quoi) a lutté sans répit contre le colonisateur australien pour défendre la cause de son peuple opprimé, sans droit, dépossédé de ses terres.
Nous pouvons affirmer, sans réserve aucune, qu'il n'y a pas de colonisation positive.
D'aucuns se plaisent à répéter que la colonisation est une affaire d'historiens.
Mais de quels historiens s'agit-il?
Bien entendu ils se réservent le droit de désigner qui est historien et qui ne l'est pas.
"Chasseurs" de la Françafrique, sachez que les lions ont décidé d'écrire leur Histoire de la "chasse".

 

 

Loi sur la colonisation : Mamadou Koulibaly, président de l'Assemblée nationale ivoirienne, charge La France


par Fraternité Matin, Abidjan, 15 décembre 2005
Le professeur Mamadou Koulibaly, président de l'Assemblée nationale dénonce la loi célébrant le "rôle positif de la colonisation d'outre-mer" récemment votée en France.
Aux bons souvenirs de Henri Poncet Général français qui fit assassiner de nombreux patriotes ivoiriens pour la grandeur de la France.
Garde- à -vous mon Général !
Une chose est courante en France, c'est que l'Etat pose souvent des actes en harmonie avec les idées du chef d'Etat. Quelles qu'elles soient, ces idées sont par la suite défendues par une grande majorité des français comme dans une république bananière, selon une image de Jean François Revel dans son sublime " Absolutisme inefficace ". C'est de cette harmonie que découle la loi que vient de voter l'Assemblée Nationale Française sur le rôle positif de la colonisation outre-mer. Pour nous africains qui sommes persuadés du caractère négatif de cette colonisation, nous nous demandons pourquoi depuis près de cinquante ans, nos dirigeants ne se sont jamais formellement exprimés sur la question se contentant de sommet France-Afrique pour quémander et obtenir l'aide publique de l'Etat français. Maintenant que la crise ouverte entre Abidjan et Paris fait remonter les perversions et les avatars de la colonisation, l'heure n'a-t-elle pas sonné pour faire le point ? Contre le révisionnisme parlementaire français.
Cette loi votée par les députés français anime les débats en France ces dernières semaines. Nul ne peut contester que l'analyse des faits historiques relève de la seule compétence de ceux qui en détiennent la science, en l'occurrence les historiens. Ceci étant, peut-on raisonnablement penser que la colonisation française en Afrique relève, aujourd'hui en 2005, uniquement du fait historique ? Pour répondre à cette question, il faut prendre en compte différentes considérations.
D'abord, si l'on considère que le fait colonial a pris fin en 1960 au moment où le premier président ivoirien, Félix Houphouët, est désigné par la France pour gouverner ce pays pour le compte de l'Elysée, après un stage d'apprentissage au palais Bourbon et dans le gouvernement français, alors la colonisation constitue un fait qui a connu son terme depuis quarante-cinq ans et donc une période qui relève de la seule compétence des historiens. En revanche, si au regard des faits qui se produisent encore de nos jours, on accepte que 1960 n'a été qu'un voile fin jeté sur le fait colonial par un pacte discret, et que les actes qui découlent de la colonisation continuent de rythmer la vie de la Côte d'Ivoire, alors nous sommes en définitive hors du champ de l'histoire. L'actualité brûlante reprend sa place et choque nos esprits sans que nous ne puissions nous en détourner sauf par lâcheté ou bien par mauvaise conscience. Par conséquent, l'analyse de ces événements ne peut pas être considérée comme étant exclusivement du ressort de l'histoire, mais elle relève aussi, et surtout, de l'analyse économique du fait politique. Elle peut aussi pour les non spécialistes être effectuée par la société civile et par tous les citoyens d'aujourd'hui, même si le début de cette colonisation prend ses racines dans une période qui s'inscrit dans un temps reculé.
Depuis que le voile dénommé indépendance a été pudiquement jeté sur la face hideuse de la colonisation devenue politiquement incorrecte dans sa forme qui prévalait alors, la France a toujours su mettre en place, avec la complicité active ou naïve de certains dirigeants africains, les instruments politiquement corrects qui maintiennent à son intérêt, les bénéfices que génèrent les effets de la colonisation. Ces instruments sont aussi variés que les accords de défense et les bases militaires de la France en Afrique et sont plus généralement connus sous l'appellation d'accords de coopération. Les systèmes de parti unique qui ont annihilé toute contradiction et toute initiative, et bien entendu le contrôle des ressources économiques, et particulièrement de la monnaie relève de cette logique de prédation coloniale. Telle est l'origine du gangstérisme d'Etat frère jumeau du terrorisme international.
Maintenant qu'à la lueur de la guerre que Chirac a décidé de livrer à la Côte d'Ivoire, tout cela n'est plus, ni un sujet tabou, ni un sujet méconnu, il importe que, bien au delà du seul cadre de la crise actuellement en cours, les politiques de tous bords, la société civile de Côte d'Ivoire et l'ensemble des citoyens des pays africains qui ont le français en partage, prennent à bras le corps et en toute équanimité la question de la colonisation française et plus précisément de la présence outrancière de la France en ce début du 21èmè siècle, dans la vie politique, la vie économique et la vie sociale de nos pays en violation complète des droits inaliénables des populations locales qu'elle considère encore comme des indigents incapables de reconnaître tout seuls ces droits et libertés.
Même les dirigeants politiques qui s'appuient sur la France au travers des guerres et autres coups d'Etat pour prendre le pouvoir, seront confrontés à la même équation le jour où ils seront animés de la plus petite volonté de conduire les affaires du pays en priorité selon les intérêts de leurs concitoyens par devoir ou par erreur.
La guerre actuelle laisse dans le c¦ur des ivoiriens des blessures indélébiles imputées à la France. Dans sa volonté évidente de ne pas tout perdre en Côte d'Ivoire, la France ne peut pas se permettre l'économie d'affronter la discussion franche et globale que recherchent les ivoiriens au sujet des liens qui unissent les deux pays. Cela ne se fera que lorsque la France décidera de se donner des dirigeants capables de s'émanciper de la tradition jacobine. Mais est ce seulement possible au regard de la classe et du système politique français ?
Le front de la belligérance s'est maintenant apaisé en Côte d'Ivoire et les man¦uvres françaises s'opèrent au niveau diplomatique. Certes la position de la France au Conseil de Sécurité des Nations Unies lui donne l'avantage d'être à la source des débats concernant la Côte d'Ivoire, en l'absence de celle-ci qu'elle a vite fait de présenter comme un pays non autonome au sens onusien du terme. Mais la France doit également avoir à l'esprit qu'avec la prise de conscience du peuple de Côte d'Ivoire, et sa maturité politique de 2005, débarrassée des complexes du colonisé des années 60, aucune démarche de passage en force, même par voie diplomatique, ne peut constituer une solution durable à la complexe situation qui est le résultat de la volonté de Paris de mettre au pas la Côte d'Ivoire. La jeunesse de Côte d'Ivoire est à l'image de celle du Togo, du Bénin, du Mali, du Burkina, du Sénégal, du Gabon, du Cameroun, du Congo et de tous les pays colonisés en Afrique par la France. Les aspirations de ces jeunes sont les mêmes, et le grondement est identique d'un bout à l'autre de l'Afrique. Jouer à la sourde oreille, ou vivre dans la chimère de la certitude de pouvoir tout contrôler comme dans les années 60, est pour la France et pour nos dirigeants africains actuels, un risque considérable dont les conséquences sont aujourd'hui difficiles à mesurer. La prestidigitation ne fait plus recette maintenant sauf à nous contraindre avec les chars Leclerc, les paras commandos violeurs, assassins et autres pillards et mercenaires de la Légion Etrangère.
La Côte d'Ivoire de décembre 2005 est un chaudron dont le couvercle n'est maintenu que par l'espoir des ivoiriens de voir l'implication de la communauté internationale produire une solution honorable et acceptable par les ivoiriens. Une solution qui ne soit pas l'objet d'une nécessité de présence perpétuelle d'un contingent de l'Onu pour la protéger. Si telle était le cas, alors l'Onu aura lamentablement échoué en Côte d'Ivoire après qu'elle se soit fourvoyée vis-à-vis du droit international. La Côte d'Ivoire pourrait être un autre Haïti. Et nous y perdrons tous au change.
Dans toutes les capitales des pays francophones africains, la jeunesse est en ébullition, en avant poste des populations, et revendique la même liberté que les jeunes patriotes ivoiriens. Il n'y a pas encore, là bas, de crises ouvertes, mais si le cas de la Côte d'Ivoire ne trouve pas une issue heureuse, il constituera certainement un catalyseur potentiel de crises ouvertes dans les pays voisins. Leur contagion à partir d'Abidjan sera automatique, sournoise et profonde.
Ne nous méprenons pas, La crise ivoirienne est une crise d'émancipation qui trouve sa source dans les dérives de la colonisation. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les autres pays africains colonisés par la France réunissent aujourd'hui toutes les conditions pour une explosion sociale, une crise ouverte qui désigne Paris d'un doigt accusateur. La France, peut-elle avoir les moyens de faire face simultanément ou même en cascade à toutes ces crises qui s'annoncent ? C'est maintenant que le sens des responsabilités des dirigeants français doit s'exprimer, afin d'éviter le désastre qui se profile à l'horizon, ici en Afrique mais aussi là bas dans les banlieux. Comme l'a dit Alliot-Marie, Ministre en charge de la défense française, à ses homologues de l'Europe, si l'on n'y prend garde, l'Afrique des prochaines années sera en feu. Ce qu'elle omet d'ajouter, c'est que les populations désigneront Paris comme responsable de ces tragédies. Elle peut se rassurer le feu ne sera ni tribal ni ethnique. L'Inavouable sera connu en temps réel par le monde entier.
Les trois années de crise ivoirienne ont suffisamment démontré qu'il n'y avait pas une opposition entre le nord et le sud de la Côte d'Ivoire, ni une confrontation entre chrétiens et musulmans, encore moins une guerre ethnique, comme Paris s'acharne à le faire croire au reste du monde. Cette crise oppose d'un côté ceux qui veulent sortir de la domination brutale française et revendiquent la pleine souveraineté de la Côte d'Ivoire, la liberté de pensée et de choix pour tous les ivoiriens, et d'un autre côté, ceux qui acceptent de s'appuyer sur cette position indécente de la France pour prendre le pouvoir et permettre aux réseaux maffieux de la françafrique de continuer l'exploitation abusive de nos richesses en dehors de toute règle marchande. Tout le débat est là. Et tant que le droit naturel du peuple ivoirien de gérer sa propre existence ne sera pas accepté par la France, alors le différend persistera entre Paris et Abidjan quelle que soit l'issue de la crise actuelle. Nous sommes peut être parti pour une guerre de cent ans, avec ou sans nous.
La France est-elle prête à garder Licorne en place pendant les trente prochaines années pour protéger une solution imposée non adoptée et non adaptée ? La France est-elle prête à mettre une force Licorne dans chaque capitale des ses colonies pour le temps qu'il faudra ? Telles sont les questions graves auxquelles le gouvernement français doit répondre, pour savoir quelle posture adopter dans les années à venir vis-à-vis des colonies. Elles se posent aussi aux populations françaises.
La logique de l'Elysée est que la France a toutes les cartes financière, militaire et diplomatique en main et qu'elle obtiendra au final gain de cause en misant sur l'essoufflement et l'impuissance des patriotes ivoiriens. En face de cette logique d'affrontement que met en ¦uvre Chirac les ivoiriens sont sereins. Ils savent que leur action s'inscrit dans la durée et que la lutte ne prendra fin que lorsque la Côte d'Ivoire disposera librement d'elle-même en toute responsabilité. La conscience ivoirienne est sortie de la léthargie de ces cinquante dernières années et la brutalité de l'agression française dont elle est victime actuellement lui a procuré la source de motivations nécessaires pour toute la durée de la lutte.
En découpant l'Afrique au gré de ses intérêts, la France avait tous les attributs. Aujourd'hui, nous sommes supposés avoir notre indépendance, alors, en vertu de quelles prérogatives la France veut-elle décider d'accorder une naturalisation massive et automatique à des gens qui ne le demandent pas nécessairement, au mépris de notre Constitution et en malmenant nos Institutions. Comment l'Elysée peut-elle imaginer que les ivoiriens accepteront sans rien dire qu'on leur impose du jour au lendemain trois millions de nouveaux concitoyens, déséquilibrant ainsi la sociologie nationale. En vertu de quelle loi internationale la France, sur le dos de l'Onu, peut-elle jouer au gendarme et refuser à la Côte d'Ivoire le droit de déterminer qui doit être ivoirien et qui ne peut pas l'être. Le grand paradoxe, c'est que précisément au même moment, la France se ferme et se barricade, particulièrement face aux jeunes des pays qu'elle veut continuer de coloniser. Le temps du gendarme français poursuivant le patriote africain est révolu !
Si la communauté internationale, sous l'emprise des jeux d'intérêt, laisse se produire en Côte d'Ivoire des choix qui s'opposent à la volonté du peuple ivoirien, elle doit être consciente qu'elle contribue à semer les germes de division qui, même bien des décennies après, seront des causes de conflits que l'on se plaira à qualifier de guerre ethnique, bien qu'ils n'en seront pas. Le drame du génocide rwandais de 1994 a trouvé aussi sa source dans les politiques menées depuis les années 50 par le pays colonisateur. La communauté internationale doit comprendre que la Côte d'Ivoire veut être seule responsable de ses choix. Elle se considère émancipée à quarante-cinq ans, et elle veut se soustraire du colonialisme et surtout de ses perversions que constitue le contrôle de sa pensée, de son orientation politique, de ses richesses et de son économie par la France. Après autant d'années de luttes âpres, il me semble très difficile que le peuple de Côte d'Ivoire accepte une solution qui ne préserve pas ses intérêts propres. Occulter cette réalité, c'est exposer la Côte d'Ivoire, c'est exposer la sous-région, pas uniquement sur le plan économique, mais également sur le plan de la stabilité sociale, politique et militaire. C'est aussi l'enjeu de ce qui se joue ici.
Que fait l'Onu face à la zone de confiance dont les populations, prises en otages, sont oubliées et abandonnées par tous? Aucune résolution ne reconnaît le droit des populations de ces zones à vivre libre, à circuler librement, à travailler librement et à profiter librement du fruit de leurs travaux et de leurs biens. Et pourtant toutes les résolutions ne visent que l'Etat de Côte d'Ivoire que l'on s'acharne à démanteler. Que fera l'Onu quand il n'y aura plus d'Etat ? Est elle suffisamment armée pour gérer l'anarchie dans ce pays essentiel de l'Afrique de l'ouest ?
Que fait le Groupe de travail international (Gti) pour les populations prises en otage dans le nord par des rebelles qui, eux, prennent tranquillement le thé au citron et des croissants au beurre, au bord de la piscine de l'hôtel du Golf à Cocody, sous la protection des Casques Bleu de l'Onu?
Que fait l'Onuci face aux pillages de la forêt, du café, du cacao, du diamant, de l'or par le Mali et le Burkina Faso et autres pays de l'Afrique de l'ouest dont les dirigeants sont devenus les grands amis de Chirac ? Que fait la fameuse communauté internationale quand défile sous ses yeux les dégâts du modèle de développement Colonial de la France ? Questions impertinentes n'est ce pas ?
Chaque peuple est libre de voter ses lois. Pour manipuler et convaincre son opinion nationale, la France est libre de considérer que la colonisation a été globalement positive, voire l'esclavage, pourquoi pas. Mais nous africains qui continuons de souffrir au quotidien des effets néfastes de la colonisation, nous sommes aussi libre de nous battre contre elle avec nos amis non africains qui refusent tous révisionnisme. Et cela est bien. Ce qui est bon pour Paris n'est pas nécessairement bon pour Abidjan. S'opposer à la colonisation et à la domination est un droit fondamental dont on ne peut nous priver. Nous en avons la pleine mesure aujourd'hui, c'est pourquoi il est illusoire de penser que la colonisation retrouvera ses assises en Côte d'Ivoire, que ce soit par la force diplomatique, ou par la force militaire ou financière.
Les forces internationales, qui ne sont impartiales que de nom, représentent officiellement environ dix mille hommes en Côte d'Ivoire, pour une population de plus de 16 millions d'habitants. La France veut-elle déployer dix mille hommes dans chaque capitale africaine ? En continuant de bafouer les ivoiriens, l'Onuci, et le Gti, poussent la Côte d'Ivoire dans une voie qui s'éloigne de la paix que tout le monde réclame inlassablement. La crise ivoirienne ne doit pas être considérée comme résolue dans l'optique de faire plaisir ou de rendre service à un membre du Conseil de Sécurité, en l'occurrence la France. Le problème à résoudre n'est pas en France, mais en Côte d'Ivoire. Alors, que l'Onu accorde plus d'attention aux populations de Côte d'Ivoire qu'aux intérêts de Paris.
Aujourd'hui, il n'y a plus de belligérance et la rue est calme dans les zones libres, dites gouvernementales, l'Onu devrait profiter de ce calme et de cette sérénité pour envisager les solutions les plus appropriées à la crise. En lieu et place de cela, on continue de se comporter comme un éléphant dans un magasin de porcelaine au mépris du droit. Le silence des patriotes est la manifestation d'une volonté de donner une chance à la paix. Si cela n'est pas compris, et qu'il est interprété comme un essoufflement de l'engagement, alors il y a là une erreur monumentale et une méprise totale. La jeunesse ivoirienne sait que sans elle, rien ne peut se mettre en place définitivement, s'il n'est juste pour la Côte d'Ivoire. Elle sait également qu'elle doit laisser la communauté internationale aller au bout de sa démarche, tant qu'aucune ligne rouge n'est franchie, tant qu'aucun événement ne remet en cause la justesse de sa lutte contre le colonialisme français.
Partout où l'injustice se manifeste durablement, le terreau se construit pour une contestation et une révolte. Quand c'est à la dimension d'un pays, d'une nation, aucune force militaire ne peut faire obstacle à la volonté du peuple de s'opposer à l'arbitraire et de chercher à conquérir sa liberté. A cette liberté le peuple de Côte d'Ivoire a goûté ; il en connaît maintenant les délices. Pour rien au monde, il n'acceptera de revenir en arrière dans les fers. Il sait que dorénavant il n'a plus qu'une issue, celle d'une lutte continue jusqu'à la conquête de la liberté. Aucune autre option n'est envisageable. La paix ne découlera que de la liberté des Ivoiriens.
Les ivoiriennes et les ivoiriens savent que leur combat d'aujourd'hui est une réactivation de la lutte d'indépendance restée inachevée. Ne pas conduire ce combat à son terme définitif, c'est léguer à nos enfants l'héritage d'une nouvelle lutte à venir. C'est un passif que le peuple de Côte d'Ivoire d'aujourd'hui ne veut pas laisser derrière lui.
Depuis les années 60, la France n'avait pas jugé utile de proclamer le caractère positif de sa colonisation. Maintenant que la Côte d'Ivoire dénonce la poursuite de cette colonisation, alors Paris veut noyer le poisson. Quelque part, nous en sommes heureux, car cela confirme, si besoin était, le caractère juste de notre combat, et la nécessité de sa poursuite. Nous dénonçons les accords de défense. Mais à ce jour, aucune voix officielle ne s'est levée en France pour dire que ces accords sont positifs pour la Côte d'ivoire bien au contraire. Nous demandons la fermeture de la base militaire française, et aucune autorité française ne nous dit que cette présence est bénéfique pour nous. Nous sommes sur la bonne voie, et nous y demeurons car, inéluctablement, tant que nous poursuivrons notre lutte sans faiblir et sans faillir un beau jour nous recouvrerons notre liberté, pleine et entière. Et ce jour là il se trouvera de vrais responsables en France avec lesquels nous parlerons de commerce libre au sens où Adam Smith employait cette _expression. Rien que cette perspective nous permet de maintenir la flamme de la dignité. En attendant que le parlement français ne proclame que le nazisme aura été globalement positif. Non au révisionnisme. Repos mon général.

Le Conseil général de Martinique contre l'article 4 de la Loi du 23 février 2005
Les élus du Conseil Général de la Martinique, réunis en séance plénière le jeudi 22 décembre 2005,
CONSIDERANT que le processus de colonisation a donné lieu à des crimes contre l'Humanité et à de nombreux méfaits commis à l'égard des peuples concernés : la traite, l'esclavage, la torture, la dépersonnalisation des peuples, le pillage des ressources, le racisme comme idéologie de légitimation, ...
TIENNENT A DENONCER la dimension négationniste de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 qui, en affirmant la nécessité des programmes scolaires de reconnaître « en particulier le rôle positif de la présence française outre mer », traduit une volonté du législateur de faire l'impasse sur le caractère odieux des crimes en question,
TIENNENT A DENONCER l'injonction qui est ainsi faite aux responsables des programmes scolaires et universitaires,
SOULIGNENT que cet article 4 constitue une insupportable provocation et une marque de mépris à l'égard des peuples qui ont subi la colonisation,
DEMANDENT l'abrogation de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 dans les meilleurs délais,
DEMANDENT au peuple martiniquais de poursuivre la mobilisation entreprise pour obtenir cette abrogation.

Commissions « histoire et memoire » : non a la concurrence des victimes !
par l'Union juive française pour la paix, 28 décembre 2005
L'article 4 de la loi du 23 février 2005, en mettant l'accent sur « le rôle positif de la colonisation française » a soulevé de nombreuses critiques. En demandant aux historiens de mettre l'accent sur les bienfaits de la colonisation et aux professeurs d'histoire de les enseigner, les législateurs ont non seulement défini l'opinion officielle de la République mais demandé aux historiens professionnels (chercheurs et enseignants) de la soutenir et de la diffuser, ce que l'on peut considérer comme une atteinte à la liberté de pensée et à la liberté d'_expression et par conséquent une atteinte à la laïcité de l'Etat.
Loin de remettre en cause une loi qui mélange histoire et mémoire, le gouvernement propose de mettre en place des commissions chargées de définir les relations entre histoire et mémoire, comme pour mieux justifier le vote de cette loi. C'est ainsi que le gouvernement demande au Président de l'Assemblée nationale de mettre en place une commission d'études, et que le président du parti au pouvoir, Nicolas Sarkozy, s'empresse de mettre en place à son tour sa propre commission d'études. Tout cela serait risible si n'entrait en jeu, chez certains, une volonté de réhabiliter la colonisation.
Le président de l'UMP a chargé, pour mener ce "travail approfondi sur la loi, l'histoire et le devoir de mémoire" (Le Monde du 25/12/05), Arno Klarsfeld, avocat bien connu qui a choisi depuis longtemps de défendre inconditionnellement la politique israélienne et qui participe à la lutte contre les Palestiniens en effectuant des périodes militaires dans l'armée d'Israël. Comme l'explique le journal Le Monde, le choix d'Arno Klarsfeld serait un geste en direction de la communauté juive (édition datée du 25/12/05).
Outre la critique faite ci-dessus contre la mise en place de commissions de travail destinées à "sauver" une loi qui a provoqué de nombreuses protestations, protestations auxquelles l'UJFP s'est associée, le choix d'Arno Klarsfeld, compte tenu de son engagement, nous semble conforter le jeu de concurrence des victimes qui tend à s'étendre aujourd'hui.
Ainsi, le gouvernement et le parti qui le soutient, après une loi qui refuse de reconnaître les désastres de la colonisation, vont essayer de jouer victimes contre victimes, victimes du génocide contre victimes de la colonisation, pour mieux défendre une loi qu'ils savent être source de désordre. Mais c'est peut-être ce désordre que cherchent des ministres qui espèrent ainsi s'appuyer sur une idéologie sécuritaire pour les prochaines élections présidentielles.