La revue de l'armée algérienne
dénonce la loi française du 23 février 2005 stipulant
l'apologie de la colonisation dans les programmes scolaires
« La revue mensuelle El Djeïch de l'Armée nationale
populaire (ANP) a répliqué, dans sa livraison de novembre,
à la loi française du 23 février 2005 qui stipule,
notamment, que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier
le rôle positif de la présence française, notamment
en Afrique du Nord ».
Dans la riposte d'El Djeïch, qui se décline en un dossier
documenté spécial 1er Novembre de 36 pages, la revue
considère qu'il s'agit d'une loi « profondément
scandaleuse ». « Peut-être faut-il rendre hommage
à ces jeunes Français morts dans ces guerres coloniales,
mais est-ce une raison pour oublier, voire bannir de la mémoire
collective ces milliers de personnes, considérées comme
des citoyens à civiliser et que l'on nommait ŒŒindigènes'',
qui avaient souffert de crimes contre l'humanité commis au
nom de la France... », relève l'organe officiel de l'armée.
Crimes commis « en pleine connaissance des pouvoirs politiques
de l'époque et qui n'ont jamais été condamnés
que ce soit pour la pratique institutionnalisée de la torture,
les exécutions sommaires, les viols, les disparitions, les
villages rasés au napalm... la liste est longue », soutient
la revue militaire dans l'article d'ouverture du dossier intitulé
« Les réalités de l'è re coloniale ».
Il y est noté que cette loi, qui fait « l'apologie de
la colonisation », contredit le droit international qui considère
l'acte colonial contraire aux valeurs humaines. « Les mêmes
autorités, qui ont élaboré et fait approuver
cette loi, nous invitent, après coup, à réunir
ŒŒune commission mixte composée d'historiens des
deux rives de la Méditerranée pour faire toute la lumière
sur la période coloniale'' », fait-on remarquer avant
de conclure que « le Parlement français a statué
sans pour autant se soucier de la réalité des faits
historiques ni même du travail de ces hommes et femmes qui,
en Algérie et en France, apportent chaque jour des éléments
nouveaux sur les atrocités commises, en terre algérienne,
à l'encontre de tout un peuple réduit, par le fait colonial,
au statut de sous-hommes ».
L'article se demande également « comment nier les violences
faites aux Algériens quant celles-ci sont reconnues par ceux
qui les commanditaient ! ». S'ensuivent des extraits de déclarations
du capitaine Montagnac, du maréchal de France Saint-Arnaud
et de son collègue Pélissier, spécialistes des
enfumades. « Pour chasser les idées noires qui m'assiègent
quelquefois, je fais couper, pas des têtes d'artichauts, mais
des têtes d'hommes », écrivait Montagnac en 1832.
« Dès la conquête, un mauvais pli a été
pris, il ira en s'amplifiant et y restera jusqu'à la fin de
la colonisation en Algérie », note El Djeïch qui
évoque une « violence (coloniale) d'une rare férocité
et sauvagerie » perpétuée de la conquête
à l'époque des commandos Delta de l'OAS. « Cette
ŒŒsale guerre'' était celle d'un colonialisme fondé
sur une politique des plus contradictoires et des plus hypocrites,
parce que reposant arbitrairement sur la haine profonde du colonisé
et sa négation en tant qu'être à part entière
», indique la revue de l' Armée qui souligne que la pratique
de terreur de la torture rappelle « étrangement les méthodes
nazies tant décriées ».
La revue restitue les aveux du général Paul Aussaresses,
le ténébreux commandant O qui tortura et exécuta,
parmi des centaines d'Algérien, Me Ali Boumendjel et Larbi
Ben M'hidi. Aussaresses et ses collègues tortionnaires sont
protégés, rappelle El Djeïch, par le décret
de 1968 qui les préserve de toute justification et de poursuites
judiciaires pour crimes contre l'humanité en France.
El Djeïch revient aussi sur l'industrie des peines capitales
: « Si, le 9 octobre, François Mitterrand obtenait l'abolition
de la peine capitale, vingt-cinq ans plus tôt, ministre de la
Justice du gouvernement de Guy Mollet, il approuvait les premières
condamnations à mort des militants FLN. » 1500 condamnations
à la peine capitale ont été prononcées
durant la guerre de libération. L'article expose ensuite la
politique des camps d'internement, des centres de tri et de torture
qui faisaient partie d'un « système de répression
massif », adopté dès décembre 1956, qui
transforme le conflit en « guerre totale sans distinction entre
civils et militaires ». « Sur cette présence coloniale,
il faut ajouter que l'analphabétisme a atteint plus de 80%
en 1956, alors que des historiens rapportent que le taux de lettrés
algériens était plus important que celui des Français
en 1830 », indique El Djeïch concluant : « On voulait
la terre sans les Algériens et pour cela il fallait les exterminer.
»
Source : El Watan, 6 novembre 2005