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Histoire
 

Chronologie Palestine / Israël

 

par Mazin Qumsiyeh, 23 octobre 2005. Source : http://qumsiyeh.org
Traduit de l'anglais pour Quibla par Marcel Charbonnier

 

1840 - 1850 : L'Empire britannique utilise les services du lieutenant colonel George Gawler (1796 - 1869). Gawler était un expert ès colonisation, qui avait fondé une colonie pénitentiaire en Australie, pays dont une des grandes villes, ainsi qu'un Etat, portent son nom. En 1845, Gawler publia sa vision de la façon dont la même chose pouvait être accomplie afin de « Pacifier la Syrie et l'Orient : Observations et suggestions pratiques, en vue de la création de colonies juives en Palestine, plus sobre et intelligent des remèdes aux misères de la Turquie d'Asie ». En 1852, l' Association pour la Promotion de Colonies juives en Palestine fut fondée par Gawler et d'autres officiels britanniques. Elle évolua par la suite, devenant le Fonds pour la Palestine.

1880 : Première colonie sioniste en Palestine, fondée par des sionistes britanniques.

1897 : Premier Congrès sioniste, tenu en Suisse. Il publie le programme de Bâle, sur la colonisation de la Palestine et la création de l'Organisation sioniste mondiale [WZO - World Zionist Organization].

1916 : Accord Sykes - Picot entre les gouvernements britannique et français, signé en vue du partage du Moyen-Orient entre eux, contrairement aux promesses publiques faites aux Arabes, concernant leur accession à l' indépendance (via l'autodétermination).

1917 : La France et la Grande-Bretagne publient des déclarations soutenant la création d'un foyer juif en Palestine : en juin, déclaration du Français Jules Cambon, et en novembre, Déclaration Balfour (britannique). Les deux lettres sont adressées à deux dirigeants sionistes, en France et en Angleterre (respectivement : Rothschild et Sokolow).

1919 - 1948 : Occupation britannique de la Palestine. Le gouvernement britannique pousse la Ligue des Nations, de création récente, à lui donner un « mandat » sur la Palestine (institué en 1922). La Jordanie est créée, en tant que régime fantoche des Britanniques, sous la direction du clan hashémite. Les sionistes nomment eux-mêmes le commissaire britannique, en 1922 : ce sera Herbert Samuel, connu pour son dévouement à l'encouragement de la colonisation des territoires palestiniens par l'Agence juive, notamment au moyen du soutien à l'activité de colonisation (mouvement du Yishuv juif), au moyen de nouvelles lois sur l'acquisition des terres, et en armant les milices sionistes, ce qui conduira à l'éclatement de violences intercommunautaires.

Début des années 1930 : Le Bund et d'autres juifs socialistes / humanistes déclarent un boycott contre l'Allemagne nazie, en raison de ses lois discriminatoires, récemment adoptées. Le boycott a été critiqué, et finalement brisé par l'Organisation Sioniste Mondiale, avec l'aide des élites des grandes firmes mondiales (dont le grand-père du président américain George W. Bush). Eichman fut invité en Palestine, en tant qu'hôte de la Ha-gannah (précurseur de l'armée israélienne). Les dirigeants des milices Irgun et Stern (notamment, Menahem Begin) adoptent un programme fasciste.

1936 - 1939 : Première grande révolte palestinienne contre les projets coloniaux britanniques et sionistes. Ecrasée par l'occupation britannique. Mais cette révolte conduit aussi au « Livre blanc », qui reconnaît qu'une colonisation juive illimitée, en dépit des objections des indigènes palestiniens, est une cause de problèmes majeurs. La Grande-Bretagne tente de limiter l'immigration juive, mais elle échoue, en raison de la guerre mondiale et de la force des milices juives sionistes désormais établies, ainsi que des organisations sionistes internationales. Le terrorisme sioniste focalise ses attentats contre les Britanniques, et contre le peuple palestinien. De futurs Premiers ministres ou grands dirigeants d'Israël figurent au nombre des terroristes recherchés par les Britanniques (comme Menahem Begin ou Itzhaq Shamir).

29.11.1947 : En raison d'un lobbying intensif de l'administration Truman, l' Assemblée générale des Nations unies adopte la Résolution 181 (votée par 33 voix contre 13) ; qui recommande la partition de la Palestine. 55 % du territoire constitueront un Etat juif, et les 44 % constitueront un Etat palestinien, l'aire de Jérusalem devenant une zone internationale, avec une union économique entre les deux Etats. Une partie du mouvement sioniste (les travaillistes, emmenés par Ben Gourion), accepta l'idée d'un Etat juif, tout en expliquant clairement qu'ils n'acceptaient pas l'idée d'une union économique, ni les autres points figurant dans la résolution.

Novembre 1947 - avril 1949 et après : épuration ethnique à grande échelle des Palestiniens. 530 villes et villages sont vidées de leur population et rayée de la carte (israélienne). Les deux tiers des indigènes palestiniens, tant chrétiens que musulmans, sont chassés de chez eux. La moitié des réfugiés ont été créés avant le 14 mai 1948, date à laquelle l'Etat d'Israël a été déclaré unilatéralement sur 78 % du territoire de la Palestine. Israël et les Etats voisins signent un accord d'armistice en 1949, qui aboutit à ce qu'Israël s'arroge plus de 50 % de territoires en plus que ce que le plan de partage de l'Onu lui allouait. L'Egypte règne sur une bande de Gaza réduite à la misère. En application d'accords sionisto-hashémites antérieurs, le Royaume hashémite de Jordanie contrôlera la Cisjordanie, jusqu'en 1967 (voir Avi Shlaim : Collusion across the Jordan)

Octobre 1951 : Israël rejette le plan de paix de l'ONU, accepté par l' Egypte, la Syrie, le Liban et la Jordanie.

29 octobre 1956 : Israël envahit et occupe la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï avec la collaboration des armées française et britannique. Il recule et se retire à la suite de pressions de l'administration américaine. Le mouvement sioniste intensifie ses efforts visant à créer un lobby efficace aux Etats-Unis.

1956 - 1957 : Les Palestiniens de Cisjordanie se révoltent contre l' occupation jordanienne. Beaucoup d'emprisonnements et de cas de torture.

Mais 1964 : Fondation de l'Organisation de Libération de la Palestine, dans le but de créer un Etat laïc en Palestine, où juifs, chrétiens et musulmans vivraient ensemble. Cet Etat a pour but de contrer les conceptions sionistes excluant le retour des réfugiés palestiniens chez eux, sur leurs terres (concept de l'exclusion des non-juifs et d' « Etat juif »). La résistance palestinienne armée commence en janvier 1965 ; elle est déclenchée par des réfugiés palestiniens.

5-10 juin 1967 : guerre « des six jours ». Israël lance une attaque dévastatrice pour les armées égyptienne et syrienne et finit par occuper le Sinaï égyptien, le Golan syrien et 22 % de la partie de la Palestine non encore conquise (ce qu'on désigne généralement par les intitulés Cisjordanie et bande de Gaza). La résolution 242 de l'ONU prôna le retrait israélien (« reconnaissant l'inadmissibilité de l'acquisition de territoires au moyen de la force armée », et une solution juste au problème des réfugiés palestiniens. Dans certains cas, la résistance a recours à des actions extrêmes, y compris le terrorisme, afin d'attirer l'attention mondiale sur le calvaire des réfugiés. Israël n'obtempère pas. Au contraire : il poursuit la construction de ses colonies illégales dans les territoires nouvellement occupés.

21 mars 1968 : Israël attaque le village de Karaméh, en Jordanie. L'OLP et les forces armées jordaniennes repoussent l'agression en imposant de lourdes pertes à l'armée israélienne.

1970 : Le gouvernement jordanien entre en conflit armé contre des factions palestiniennes installées en Jordanie.

6 octobre 1973 : L'Egypte et la Syrie lancent une guerre afin de reconquérir les terres illégalement occupées par Israël. Grâce à une interférence massive des Etats-Unis (au moyen notamment de machinations du Secrétaire d' Etat Henry Kissinger), dont un pont aérien intensif apportant des armes depuis les Etats-Unis vers Israël, l'Egypte et la Syrie ne réussissent pas dans leur entreprise. Toutefois, le choc mondial ainsi créé (dû en particulier à un embargo pétrolier) initie le début d'un « processus de paix » entre l'Egypte et Israël.

30 mars 1976 : Les Palestiniens vivant à l'intérieur d'Israël protestent contre les confiscations de leurs terres, incessantes, en déclarant une journée annuelle de la Terre, qui devient un jour de ralliement pour tous les Palestiniens, qui exigent la fin des confiscations de terres palestiniennes et de l'activité sioniste de colonisation sur les terres palestiniennes.

26 mars 1979 : Un traité de paix est signé entre l'Egypte et Israël. Israël s'est retiré du Sinaï qu'il occupait illégalement, et qui doit encore être démilitarisé. Israël a reçu des milliards de dollars d'aide inconditionnelle des Etats-Unis (l'Egypte recevant une aide, bien moins importante, et conditionnelle). Le lobby israélien et Henry Kissinger ont par ailleurs mis au point une législation et divers programmes assurant qu'Israël reçoive du pétrole (même s'il y a pénurie aux Etats-Unis !) et détienne dans tous les cas la supériorité militaire sur toute coalition éventuelle entre des puissances régionales hostiles.

7 juin 1981 : Israël détruit un réacteur nucléaire à finalités civiles en Irak, bien que l'Agence de l'Energie Atomique ait visité régulièrement cette installation et certifié que l'Irak ne développait aucun programme d' armement nucléaire.

6 juin 1982 : Invasion israélienne massive du Liban : des dizaines de milliers de civils tués, en raison de bombardements en nappes sur des quartiers résidentiels densément peuplés et les camps de réfugiés. L'OLP est évacuée du Liban. Toutefois, les milices libanaises financées et soutenues par Israël massacrent des centaines de réfugiés pour la plupart palestiniens dans les camps de Sabra et Shatila, à Beyrouth, en septembre 1982. (Ariel Sharon commande les troupes israéliennes qui entourent les camps palestiniens, armant les milices et leur donnant le feu vert, éclairant même pour eux le ciel à l'aide de bombes éclairantes, afin que les miliciens puissent continuer à massacrer les civils, même pendant la nuit.)

1987 - 1990 : Insurrection palestinienne dans les territoires occupés. Très largement non-violente, cette insurrection est écrasée par un usage massif de la force répressive (politique du poing d'acier). Rabin donne l'ordre à ses troupes de littéralement « briser les os » de tout Palestinien surpris en train de lancer des pierres sur les forces israéliennes d'occupation. Des centaines de Palestiniens ont ainsi eu, littéralement, les membres brisés.

15 novembre 1988 : Le Conseil national palestinien déclare la création d'un Etat palestinien, en conformité avec les résolutions de l'ONU (dont la reconnaissance de la résolution de partage de la Palestine, n° 181, correspondance à une reconnaissance de facto de l'Etat d'Israël).

13 septembre 1993 : Une Déclaration de principes, basée sur les accords d' Oslo est signée. Amnesty International et d'autres instances ont expliqué qu 'Oslo et d'autres « processus de paix » ont échoué parce qu'ils ignoraient les droits de l'homme.

1994 - 2000 :Israël reçoit des récompenses énormes pour avoir signé Oslo, y compris un traité de paix avec la Jordanie, la normalisation avec un certain nombre d'Etats et une augmentation de son commerce extérieur et de ses échanges économiques. Pendant ce temps, les Palestiniens sont assujettis à de nouvelles restrictions de leurs déplacements, à des checkpoints, à l' interdiction d'accéder à Jérusalem et à une activité de colonisation intensifiée (y compris au moyen de confiscations de terres). Tandis que d' autres accords intérimaires sont signés (par exemple : Why River, en octobre 1998, appelant au redéploiement israélien et à la libération par Israël de prisonniers politiques), Israël n'applique pas les accords, et poursuit ses confiscations de terres. Israël double la superficie de ses colonies et intensifie son activité de colonisation en Cisjordanie occupée (y compris Jérusalem Est), au cours des sept années consécutives à l'accord (lequel appelait spécifiquement à s'abstenir d'altérer le statut de la Cisjordanie ou de prendre unilatéralement de quelconques mesures). Ainsi, durant la période 1967 - 1993, le nombre des colons s'établit à environ 220 000, tandis qu'en 2000, il atteignait 450 000 juifs. Comme attendu, la résistance palestinienne connaît une nouvelle flambée.

28 septembre 2000 : Ariel Sharon obtient du gouvernement israélien l' autorisation de se rendre « en visite » sur l'esplanade des Mosquées, à Jérusalem, afin d'affirmer l'autorité d'Israël sur le Mont du Temple. Il s' agit là de la paille du proverbe, qui casse le dos du chameau, après la colonisation et la ghettoïsation systématiques des régions palestiniennes. Une nouvelle insurrection palestinienne contre l'occupation israélienne s' ensuit. Les forces israéliennes avaient anticipé cette réaction, et planifié des ripostes massives afin de tuer des civils. Elles réussissent à tuer des centaines de civils palestiniens au cours des premiers mois de l' insurrection. Les autorités israéliennes et leurs extensions sionistes aux Etats-Unis diffusent de la désinformation et tentent de dissimuler l'étendue de leurs atrocités. Des allégations selon lesquelles ces atrocités auraient été des ripostes à des attaques terroristes sont démenties par le fait qu' aucun civil israélien n'a été tué durant les premiers mois de l' insurrection, tandis que des dizaines de civils palestiniens se faisaient assassiner.

19 mars 2003 : Les forces armées américaines envahissent l'Irak. Cela est directement lié au soutien des néoconservateurs à Israël, soutien explicité plusieurs années auparavant par ses architectes, notamment Richard Perle et Paul Wolfowitz. (Le 9 avril, chute de Bagdad, première capitale arabe directement occupée par l'armée américaine.)

9 juillet 2004 : La Cour Internationale de Justice (de La Haye) juge que la barrière érigée par Israël sur les territoires palestiniens viole le droit international et doit être démantelée.

11 novembre 2004 : Le président de l'Autorité nationale palestinienne, Yasser Arafat, meurt, dans des circonstances mystérieuses (de nombreux dirigeants palestiniens pensent qu'il a été empoisonné). Israël devait désormais inventer de nouveaux prétextes pour continuer à ne pas négocier et à ne pas mettre en application le droit international.

Juillet 2005 : La société civile palestinienne en appelle à des boycotts, désinvestissements et sanctions analogues à celles qui ont été utilisées en Afrique du Sud, du temps de l'apartheid, jusqu'à ce qu'Israël respecte les droits internationaux de l'homme et le droit international (notamment en se retirant totalement de tous les territoires occupés en 1967 et en mettant en application le droit des réfugiés à retourner dans leurs foyers et à retrouver leurs propriétés). Le 6 novembre est une journée d'action contre le mur (voir http://www.stopthewall.org

Vers le mois d'août 2005, Israël retire 2 % de ses colons (de Gaza et de quatre colonies en Cisjordanie). Mais il en avait déjà ajouté 4 % supplémentaires à ses blocs de colonisation en Cisjordanie ! Dov Weissglass (le bras droit d'Ariel Sharon) explique que cette manouvre vise à geler le processus de paix et toute idée qu'un Etat palestinien soit créé un jour.

Aujourd'hui, les 2/3 des Palestiniens, qui sont environ 9 millions, sont des réfugiés ou des personnes déplacées. D'autres vivent sous régime d'apartheid et / ou entourés de murs et de barrières, dans des réserves rétrécissant de jour en jour. Le gouvernement américain continue à donner à Israël des milliards de dollars, sur nos impôts.