Des parlementaires espagnols veulent réparer
les crimes commis durant la guerre du Rif
Plusieurs intellectuels marocains avaient sollicité des responsables
espagnols l'ouverture d'une enquête sur les dépassements
qu'avait connus la guerre du Rif (1921-1926). Des députés
espagnols ont fini par présenter un projet de loi.
C'est une initiative unique en son genre. Sous l'impulsion d'un collectif
d'intellectuels marocains, un groupe de députés catalans
a déposé aux « Cortes » (Parlement Espagnol),
le 7 septembre dernier, une proposition de loi relative à la
reconnaissance des responsabilités de l'Etat Espagnol dans
la guerre du Rif et la réparation des dommages consécutifs
à l'usage d'armement chimique. L'histoire remonte à
février 2004. Un groupe d'universitaires organise un colloque
international sur l'utilisation des armes chimiques pendant cette
guerre. Il en sort que l'Etat espagnol, au début du 20ème
siècle fut le protagoniste d'une guerre d'agression contre
la population rifaine sans distinction de son caractère militaire
ou civil, utilisant systématiquement dès l'an 1921,
comme vengeance à la suite du désastre d'Annoual, des
armes non conventionnelles prohibées en vertu du Traité
de La Haye ratifié en 1919 à Versailles. De surcroît,
en 1925, en pleine offensive militaire avec armement chimique, l'Espagne,
qui avait souscrit aux accords de Versailles, adhéra au Protocole
de Genève sur la prohibition des armes chimiques et bactériologiques.
Ces dernières années, des études espagnoles dédiées
à la recherche historique, comme celles de Juan Pando, Maria
Rosa De Madariaga, Carlos Lazaro et Angel Vinas, en utilisant les
sources documentaires des archives militaires espagnoles, ont confirmé
l'emploi de ces armes par l'armée espagnole dans le nord du
Maroc, durant la période comprise entre 1921 et 1927, dans
le but d'en finir avec le mouvement indépendantiste rifain
mené par Abdelkrim Khattabi.
Le précédent allemand
Les conclusions de ces études avaient déjà été
avancées par les chercheurs allemands Rudibert Kunz et Rolf-Dieter
Müller dans leur œuvre « Gaz toxique contre Abdelkrim.
L'Allemagne, l'Espagne et la guerre du gaz dans le Maroc Espagnol
», édité à Fribourg en 1990. C'est dans
ce contexte que le groupe parlementaire « Esquerra Republicana
», à l'initiative du député Joan Tarda
I Coma et de la députée Rosa Maria Bonas I Pahissa,
a mis en avant ladite proposition de loi. En clair, les députés
demandent au gouvernement espagnol de reconnaître la responsabilité
de l'Etat pour les actions militaires menées par l'armée
contre la population civile du Rif sur ordre de son autorité
suprême, le roi Alfonso XIII, durant les années 1921-1927.
Ils proposent également d'engager l'organisation et la célébration
d'actes de réconciliation, de fraternité et de solidarité
avec les victimes, leurs descendants et l'ensemble des rifains, comme
forme d'_expression de la demande de pardon par l'Etat espagnol. Autre
requête : faciliter le travail de recherche des historiens et
de tous ceux qui s'intéressent à l'approfondissement
de la connaissance des faits historiques au moyen de la consultation
des archives militaires. Dans le même registre, la proposition
de loi appelle à la révision des annotations, références
et chapitres relatifs aux campagnes militaires menées à
terme par l'armée espagnole contenus dans les musées,
monuments, casernes militaires, livres, manuels militaires, qui occultent
l'usage d'armes chimiques ou tronquent la vérité historique.
De plus, elle demande une contribution, dans le cadre de la coopération
hispano-marocaine à la réparation des dommages collectifs
et à la compensation de la dette historique à travers
la réactivation et la multiplication de plans de coopération
économique et sociale dirigés vers l'ensemble du territoire
du Rif, et spécialement aux provinces de Nador et d'Al-Hoceima.
Finalement, les députés Catalans souhaitent doter les
hôpitaux du Rif, et spécialement ceux des provinces de
Nador et d'Al-Hoceima, d'unités sanitaires spécialisées
dans le traitement oncologique qui contribue à minorer les
hauts pourcentages de maladies cancérigènes. Bref, un
projet de loi ambitieux à même de rétablir une
regrettable vérité historique.
Source : /www.lejournal-hebdo.com, 13 octobre 2005