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Histoire
 

Racines africaines de la Légion étrangère espagnole : « Los Novios de la Muerte » (Les fiancés de la mort)


Les tragiques événements des derniers jours à Ceuta et Melilla, les deux enclaves espagnoles dans le nord du maroc, où des centaines d'immigrants africains ont pris d'assaut les clôtures de barbelés pour pénétrer dans le territoire de l'Europe de Schengen - cinq d'entre eux ont trouvé la mort, dont 3 au moins par balles -, ont vu apparaître sur les écrans de télévision les légionnaires espagnols, mobilisés pour arrêter "l'invasion". Voici l'histoire de cette Légion au passé colonial "glorieux", c'est-à-dire sanglant, rendue célèbre par le film de Julien Duvivier, La Bandera, avec Jean Gabin, en 1935.
En 1898, faute de disposer des moyens de mener une guerre sur des théâtres éloignés, l'Espagne perd ses possessions des Philippines, de Cuba, et de Porto Rico au profit des USA. Millán Astray, un jeune officier espagnol qui a combattu aux Philippines, en conclut que, dans ce type de conflit extérieur, l'engagement d'une troupe de soldats de métier constitue un atout important.
En 1909, plusieurs tribus se révoltent dans le protectorat espagnol du Nord-Maroc (régions du Rif et de Yebala). Les forces espagnoles rencontrent d'énormes difficultés face à ce soulèvement. La totale désorganisation de l'armée, les campagnes interminables, le manque d'efficacité et les réserves plus que limitées entraînent des pertes particulièrement élevées.
Entre-temps, Millán Astray est devenu lieutenant-colonel. Conscient de la situation, il propose en 1919 au ministre de la Guerre de mettre sur pied une unité coloniale bien entraînée qui, jouant le rôle d'avant-garde et de troupe de choc, permettra de limiter les pertes au sein des régiments de ligne.
Le ministre donne son accord le 5 septembre 1919 et envoie Millán Astray en Algérie afin d'étudier le fonctionnement de la Légion étrangère française. Durant le mois d'octobre, il séjourne à Tremecen et à Sidi-Bel-Abbes.

Tercio de Extranjeros
Le premier quartier de La Legión est le Cuartel del Rey (Caserne du Roi) à Ceuta. C'est là que sont incorporés les premiers volontaires et qu'ils reçoivent leur équipement de base. La caserne devient rapidement trop petite. Pour cette raison, le Comandante Franco, commandant en second, fondateur de la 1° Bandera et responsable de l'instruction au sein de La Legión, décide de déménager vers la garnison de Dar Riffien. Les légionnaires y construisent le quartier qui deviendra le berceau de La Legión.
Le 28 janvier 1920, le roi Alphonse XIII signe l'arrêté royal sur la création du Tercio de Extranjeros (Régiment étranger. La dénomination Tercio, littéralement un tiers, fait référence aux régiments d'élite du 16ème siècle, composés d'un tiers d'arbalétriers, un tiers de piquiers et un tiers d'arquebusiers. Aujourd'hui encore, ces trois armes ornent le blason de La Legión). Millán Astray constitue pour l'Espagne un corps comparable à la Légion étrangère française, mais basé sur les traditions de l'Espagne impériale. Le 2 septembre 1920, le fondateur reçoit le commandement de la nouvelle unité.
Le Tercio se compose à l'origine de trois bataillons (Banderas), disposant chacun de deux compagnies de fusiliers et d'une compagnie de mitrailleurs. Des éléments du génie et de la logistique fournissent les appuis nécessaires. La nouvelle unité est accessible aux Espagnols et aux étrangers âgés de 18 à 40 ans, disposant des qualités physiques requises ainsi que d'un bon esprit combatif. Aucun document ni papier d'identité n'est exigé.
Le 20 septembre 1920, le premier légionnaire se présente : Marcelo Villeval Gaítan, originaire de Ceuta (cette date est maintenant la date officielle d'anniversaire de la Légion). Le Quartier du Roi (el Cuartel del Rey) de cette même ville devient le premier cantonnement de la Legion. Le 10 octobre 1920, le Comandante Francisco Franco assume la fonction de commandant en second. Il constitue le premier bataillon (la 1° Bandera) et se consacre à l'instruction de la nouvelle unité.
Du 7 janvier 1921 (premier fait d'armes) à 1927 (dernier combat avec pertes), la Légion espagnole se fait les dents durant la campagne du Maroc. En tant que troupe de choc, El Tercio participe à 505 opérations de guerre, 85 escortes de convois et 309 combats. En 1921, Melilla reste aux mains des Espagnols grâce à l'intervention de La Legión. En 1925, elle remporte des succès décisifs dans ce conflit. Sur les 12 à 14.000 hommes servant dans les rangs de la Légion durant cette période, les pertes se montent à un total de 8.171.

La guerre civile espagnole
La Deuxième république, proclamée en avril 1931, introduit d'importantes modifications dans l'organisation de la Légion. La guerre civile fait porter le nombre de bataillons de 9 à 18. En 1937, la dénomination El Tercio est remplacée par La Legión. Au total, les 18 banderas participent à 3.022 engagements durant la guerre civile. Les hostilités cessent en avril 1939.

Le Sahara
Les trois régiments (Tercios) de La Legión reçoivent chacun un nom en décembre 1943. Ils sont choisis parmi les plus grands Œcapitanes' des glorieux régiments d'antan : Gran Capitan, Duque de Alba (le duc d'Albe, de sinistre renommée en Belgique) et Juan de Austria (Don Juan D'Autriche). En 1950 s'y ajoute le 4° Tercio Alejandro Farnesio.
La Legión livre de nouveaux combats : cette fois contre les bandes armées du Front Polisario [pour la libération de Saguiat El Hamra et Rio de Oro], en Afrique occidentale espagnole. Le 1er juillet 1956, des légionnaires espagnols issus de différents Tercios débarquent sur la côte saharienne. En octobre 1958, les 3° et 4° Tercios sont mutés vers cette province espagnole, ce qui leur vaut le surnom de Tercios sahariens.
En février 1961, la fin du protectorat espagnol au Maroc pousse les 1° et 2° Tercios à déménager des anciens cantonnements de Tauima et de Dar Riffien, construits par les légionnaires eux-mêmes, vers de nouvelles garnisons, respectivement à Melilla et à Ceuta.
Au Sahara, La Legion a participé à 164 engagements. Le bilan des pertes depuis sa mise sur pied est conséquent : 9.774 morts, 35.213 blessés et 1.062 disparus. Total : 46.049 victimes...
En 1975, les mouvements autonomistes au Sahara espagnol deviennent plus radicaux. La fameuse Marche verte mobilise les Tercios sahariens pour la dernière fois. En novembre 1975, ils remettent la province espagnole en partie au Maroc et en partie à la Mauritanie, avant d'évacuer le territoire.

La dernière décennie
Tandis que l'utilité de La Legion est de plus en plus mise en question et qu'elle est même menacée de dissolution, elle s'adapte à chacune des restructurations des Forces armées espagnoles. Malgré de profondes modifications internes et la disparition de la Escala Legionaria (qui permettait en principe de grimper du grade de simple légionnaire à celui d'officier), elle maintient deux atouts importants : rester opérationnelle et au goût du jour.
Aujourd'hui encore, La Legion occupe une position d'avant-plan dans les engagements internationaux des Forces armées espagnoles. Elle a fourni entre autres le premier contingent de l'Armée de Terre en Bosnie.
Par ailleurs, l'histoire semble se répéter lorsque de nouveaux accords internationaux, auxquels adhère l'Espagne, encouragent la mise en oeuvre de troupes de métier. La Legión, unité espagnole comptant le plus grand nombre de volontaires, se retrouve aux premières loges. En ce qui concerne les opérations de l'Onu, elle participe aux missions Onusal (El Salvador), Onuca (Amérique centrale), Unaveh (Haïti) I et II et Untag (Angola). Les légionnaires sont à l'avant-garde de l'Armée de Terre espagnole en Bosnie (où elle déplore 11 tués), en Albanie et au Kosovo. Grâce à cette participation, La Legion occupe aujourd'hui la place qui lui revient, au premier rang, à l'avant-garde.
Source : www.mil.be, 16 mai 2000