La
"pacification" malgache de 1947 avait fait 89 000 morts
Massacre colonial français : retour sur un sanglant silence
par Barbara Vacher , afrik.com, 1er février 2005
89
000 morts à Madagascar au cours de la répression coloniale
française en 1947-1948. Bilan officiel d'une des pages les plus
noires de l'histoire de l'Ile Rouge et l'une des plus méconnues.
Une révolte de 21 mois étouffée dans le sang qui,
48 ans plus tard, reste toujours l'objet d'études de la part
des historiens. Retour sur ces sombres événements.
89 000 morts malgaches sur la grande Ile. C'était en 1947 à
Madagascar. Une insurrection méconnue de l'histoire coloniale
française. Que s'est-il exactement passé ? Tout commence
le 29 mars 1947, dans la nuit de samedi à dimanche, où
des camps de gendarmeries sont attaqués par des Malgaches à
Moramanga, à Manakara ainsi que dans le Bas-Faraony. S'ensuit
une rébellion longue de 21 mois qui se soldera en une liquidation,
et des insurgés et du seul parti malgache membre de l'assemblée.
Pourtant les circonstances et les instigateurs exacts de l'insurrection
font aujourd'hui encore l'objet de doutes de la part des chercheurs,
qui planchent sur cette période noire de l'histoire de Madagascar.
Intégrée à l'empire colonial français en
1896, Madagascar obtient le statut de territoire français d'outre-mer
après la guerre, en 1946. L'île est alors dotée
d'une assemblée élue, aux pouvoirs limités. Trois
jeunes parlementaires malgaches, membres du Mouvement démocratique
de la rénovation malgache (MDRM), parti à la fois nationaliste
et pacifique, ont, par cette élection, obtenu des sièges
dans les assemblées de la IVeme République. Une assise
politique qui va réveiller la revendication indépendantiste.
L'insurrection, qui débute le 29 mars 1947, trouve sa source
dans l'existence de sociétés secrètes, basées
dans les forêts et aux points stratégiques du réseau
ferroviaire. On sait que l'administration française était
au courant. Cette nuit-là ne provoque pas pourtant d'émeutes
populaires. Mais l'armée va opérer, dans l'anxiété,
une répression aveugle. Dès avril, les autorités
françaises font débarquer 18 000 hommes. Un corps expéditionnaire
qui montera jusqu'à 30 000. Car la bataille se poursuit dans
l'Est du pays, où deux zones de guérilla s'installent
dans la grande forêt, pendant plus de 20 mois jusqu'à épuisement.
Les derniers « rebelles », morts de faim, finissent par
se rendre. Entre temps, l'armée française procède
à des exécutions sommaires, torture et brûle les
villages.
Une
« pacification » dérangeante
Un épisode longtemps qualifié de « pacification
», qui fait 89 000 victimes chez les Malgaches, chiffre donné
par l'état-major français, et approuvé par Jacques
Tronchon, auteur de L'insurrection malgache, ouvrage de référence
sur la question. Les insurgés ont, quant à eux, donné
la mort à 550 Européens et à 1 900 Malgaches. Les
trois députés malgaches sont arrêtés et jugés
coupables par la justice française, qui retient la thèse
du complot du MDRM. Deux d'entre-eux seront condamnés à
morts, pour être finalement graciés.
Si la majorité des historiens se sont ralliés jusqu'alors
à la thèse selon laquelle la répression malgache
émanait en grande partie de la provocation de la police et des
colons, les chercheurs planchent encore aujourd'hui. Ils s'acharnent
toujours à en établir les circonstances et les instigateurs
exacts, quitte à déranger les mémoires. Courant
janvier, un nouveau colloque organisé par le groupe d'historiens
« campus » de l'université d'Antananarivo s'est consacré
à la question. Des recherches ont été effectuées
par des enquêtes orales et par un nouveau dépouillement
des archives : « Les historiens offrent aujourd'hui un nouveau
regard sur l'insurrection de 1947. Il y a eu des insurgés dans
l'Ouest Betsileo et dans le Menabe en 47-48. La répression policière
a sévi "là où il ne s'est rien passé',
comme ce fut le cas à Majumga et à Sambava. Le mouvement
avait une ampleur nationale et tous les malgaches y ont largement participé.
Les moyens militaires étaient incroyablement faibles quand l'insurrection
éclate, et la répression militaire était plus modérée
que ne l'a transmis jusqu'ici la tradition », rapporte la journaliste
Lova Rabary. Les chercheurs insistent sur la diversité géographique
du mouvement ainsi que sur le caractère multiforme de la répression.
Le débat s'engage et la discussion est loin d'être closes...
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