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dhil qa'da 1424 janvier 2004
Le quotidien online des Musulmans libres et actifs et leurs alliés
Histoire
 
 
“Ab ipso ferro”
par Maria Poumier, 6 décembre 2003
L’auteur, professeur universitaire d’espagnol, a fait l’objet d’une campagne de diffamation des milieux sionistes, qui lui reprochent notamment d’avoir assuré l’édition française du livre d’Israël Adam Shamir, “L’autre visage d’Israël”, retiré de la vente par les éditions Balland et dont la diffusion a été maintenue par le coéditeur, les éditions Blanche. Ce que reprochent les sionistes à Shamir, c’est évidemment son antisionisme radical, qu’ils qualifient bien sûr d’ "antisémitisme”. les sionistes dénoncent aussi - évidemment - les liens de Maria Poumier pour ses liens avec Roger Garaudy, traîné en justice pour son livre “Les mythes fondateurs d’Israël”. Nous livrons à nos lecteurs ces réflexions de Maria Poumier sur les mécanismes passés et présents de l’Inquisition.

1 - L'Inquisition en Espagne jadis et aujourd'hui ici

La loi Gayssot  pousse les historiens à éviter les sujets chauds; certains espèrent encore raviver le philosémitisme en remettant sur le tapis le précédent de la solution finale hitlérienne : les persécutions des Juifs par les Espagnols, qui prononcèrent plusieurs décrets d'expulsion. Il est grand temps, en effet, d'aller y regarder de près. Pourquoi ne pas se pencher sur les rouages de l'Inquisition, puisque c'est un objet d'horreur qui fait l'unanimité ?
À la différence des autres tribunaux, qui appliquaient aussi la torture et le bûcher l'Inquisition espagnole cherchait à atteindre une logique sous-jacente, sous des faits qui n'étaient pas forcément criminels, alors que la justice séculière, justice normale, partout et toujours,  pénalisait des méfaits sans se poser de question sur les convictions théologiques des inculpés, et s'en tenait là. Et c'est bien là, dans ses abus à la recherche des crimes par pensée ou par omission, qu'elle a gagné sa sinistre réputation, et qu'on a cru voir en elle le modèle de tous les abus idéologiques, ceux des procès staliniens entre autres chasses aux sorcières.
Tous ces termes sont désormais de retour pour décrire la persécution des intellectuels qui ne donnent pas des gages absolus de philosémitisme. De 1968 à 1998 environ, le gage était peu coûteux : il suffisait de rappeler, chaque fois qu'on le pouvait, que la Shoah avait été épouvantable, et même, tout compte fait, unique et indépassable en horreur, parce  qu'il y avait là dedans, précisément là, un mystère qui touchait aux tréfonds de la nature humaine. Si on avait un tant soit peu d'ambition, il pouvait être utile de signaler les individus qui, pour une raison ou une autre, avaient l'air de rechigner à réciter une fois de plus cette triste, hélas, rengaine. Et puis l'Intifada est arrivée. Et bien des gens qui ne voyaient en toute bonne foi, aucun inconvénient jusque là à réaffirmer que la Shoah était bien une chose épouvantable et même, tout compte fait, unique etc se sont mis à dire, subitement beaucoup plus enflammés, comme de braves gens qui se réveillent parce qu'ils ont mal quelque part : ah mais la politique israélienne, désolé, je ne vois aucune raison de l'excuser, c'est pas joli du tout du tout du tout ! La surenchère fait que les plus hautes autorités médiatiques sont maintenant prêtes à livrer aux nouveaux inquisiteurs  60% d'Européens qui mettent Israël au premier rang du hit parade des pays qui menacent la planète. Le credo a bien évolué : on n'a plus le droit de dire, même après un long long long paragraphe sur la Shoah : d'ailleurs
mon voisin est juif, ou je suis sûr que Bush est un sioniste, ou moi, personnellement je suis antisioniste. Et il serait tout à fait faux de dire : ce sont des institutions juives, tels que CRIF ou LICRA, ou des personnalités juives qui ont un grand empire sur le marché des idées, qui créent ce climat atrocement malsain. Ce serait antisémite, diront-ils, et ce serait faux, puisque les non-juifs qui renchérissent sont légion.
Lorsque fut créée l'Inquisition espagnole, en 1480, pour pourchasser les juifs, ses membres les plus zélés étaient souvent des convertis de fraîche date ou des fils de convertis. Aucun historien n'a jamais mis en doute ce fait, qui reste en travers du gosier des philosémites, si bien qu'on ne le commente guère : les inquisiteurs étaient certes une bande d'antisémites pervers, les aïeux de la bête immonde, mais oh pardon, je ne savais pas: « Les anciens rabbins qui, au XVème siècle, organisèrent le Saint-Office, le conçurent comme un Bet Din plein de ruses cruelles et petites, de délations et de secrets. L'habitude de se dépouiller à tour de rôle, qui avait présidé aux relations des juifs et des chrétiens pendant nombre de siècles, trouva son accomplissement naturel dans le Bet Din de l'Inquisition, et cette fois, comme de règle en cas de pouvoir totalitaire et non contrôlé, les victimes, pour reprendre le terme d'Hernando del Pulgar, furent dépouillées usque ad ultimum »
En effet, poursuit le très philosémite Américo Castro , « les errements de l'inquisition ont leur point de départ dans les  communautés juives de Castille et d'Aragon.  D'après un érudit israélite, ceux qui, à la fin du XIV° siècle, dénonçaient les Juifs de Catalogne, “n'étaient pas, en général, des Chrétiens, mais les nouveaux convertis au christianisme, désireux d'étaler leur zèle de néophytes ou de satisfaire de vieilles rancunes”  Le membre le plus dangereux de la communauté, c'était le  malsín ou calomniateur, frère jumeau d'un autre personnage sinistre, le wachi ou délateur (mesturero), frelon des Cours musulmanes ou chrétiennes. Le type du malsín était si répandu, à tel point entré dans les habitudes, que ce mot hébreu, avec son dérivé le verbe malsinar, est entré dans la langue espagnole  pour témoigner que dans ce cas, il n'y eut pas de cloison étanche entre les ghettos et la population chrétienne. Le malsín dénonçait ses coreligionnaires aux autorités chrétiennes. Celles-ci traitaient la victime
sans pitié, en vue de lui extorquer le plus d'argent possible, ce qui explique le zèle des lois chrétiennes envers la pureté de la  loi mosaïque et pour l'observation de ses préceptes. »
La source principale d'Américo Castro est le grand écrivain Hernando del Pulgar, secrétaire d'Isabelle la Catholique, et lui-même d'origine juive. C'est son témoignage sur le fonctionnement des « aljamas » qui lui permet de conclure : « Si les préoccupations de pureté religieuse ont constitué la réplique d'une société animée d'une rage antijudaïque à l'hermétisme généalogique des israélites, l'inclusion de la totalité de la vie dans le cadre religieux et le rejet violent de toute étude ou doctrine menaçante pour la suprématie théologique ont été à leur tour une synthèse exacerbée de l'exclusivisme religieux des trois croyances qui formaient la substance de la vie espagnole depuis des siècles. On retrouve chez les Juifs des antécédents indubitables de tous ces phénomènes. Pour  nous être intelligible, la réalité de l'Histoire a besoin de ses deux extrêmes : l'exclusivisme de l'Espagne catholique a été l'écho de l'hermétisme des aljamas ».
Ce rappel aide à discerner quel est le schéma sur lequel se reconstruisent les inquisitions ; une foi refondatrice émerge, devient force et foule, énergie révolutionnaire, contre l'ancien ordre. Elle triomphe, et rejette avec force les vaincus. Elle secrète sa bureaucratie, l'écume sale qui surnage à la surface  de tous les tourbillons, comme disait Lénine, qui entreprend l'épuration  systématique : dans l'Espagne catholique, c'est un converti convaincu, Juan de Torquemada, qui implante l'Inquisition en 1480, puis, constatant qu'elle est insuffisante pour mener à l'intégration tous les juifs, pousse les rois catholiques à décréter l'expulsion des obstinés, en 1492. À partir de ce moment, les juifs de jadis, riches, savants et alliés des puissants rois chrétiens, deviennent ce que seront les Russes blancs, les pieds-noirs, les émigrés de 1791, tous les déchus d'une position sociale élevée, qui prétendront avoir été les civilisés civilisateurs ; ils refusent de faire allégeance aux nouvelles autorités populaires, la monarchie chrétienne unifiée et conquérante, et partent à l'étranger, d'où leurs lamentations empoisonnées parviennent jusqu'à nos jours, tandis qu'ils préparent leur retour triomphal en s'associant à des prédateurs étrangers. Dans le pays, la chasse à la cinquième colonne est ouverte : on soupçonne les voisins et les concurrents, systématiquement, de revenir en secret aux usages de l'ancien Régime, de ne pas manger de porc, d'être fils de capitaliste, ou petit-fils de koulak, d'avoir un frère à Miami.
Et voilà comment les meilleurs se trouveront souvent diffamés, menacés et marginalisés, tandis que pour le public extérieur, les cartes sont totalement brouillées. Ainsi, une histoire littéraire philosémite de l'Espagne peut  parfaitement affirmer que les plus grands écrivains espagnols, ou  descendants d'Espagnols, étaient des fils de juifs convertis -sous  entendu, sous la contrainte, et donc « quelque part » persécutés et résistants - : Montaigne, Spinoza, Fernando de Rojas, Góngora, le créateur anonyme du Lazarille de Tormès, Mateo Alemán, Gracián, Fray Luis de León, saint  Jean de la Croix, sainte Thérèse d'Avila, ou encore Christophe Colomb, ben
voyons, et le défenseur des Indiens Las Casas, dis-donc ! : tous juifs, que toute leur gloire retombe sur le monde juif jamais suffisamment  honoré !  Et sur le monde obscurantiste, fanatique, antisémite, de l'Espagne  catholique (que les Espagnols parmi ceux-ci  espéraient pourtant servir voire incarner, et pour laquelle une bonne partie de ces mêmes grands hommes  se mirent souvent eux-mêmes au service de l'Inquisition), l'ignominie !

2 - Malsins malsains, d'ici ou d'ailleurs

Le piège se trouve donc une fois de plus avec le qualificatif juif : tel qu' il est manié de nos jours par la Renommée, il sert à construire des propositions absurdes, basées sur la contradiction interne et la désinformation. Et celles-ci servent à intimider les ignorants : soit par l' éclat du Mystère du Peuple Élu, soit par la Menace, si l'on ne se laisse pas éblouir, de se voir taxé d'antisémitisme, avec les conséquences que cela implique : déshonneur, confiscation des biens, troubles mentaux. La seule solution est de se passer du terme, et de chercher dans la langue, la grande création populaire, sage et anonyme, d'autres dénominations. On appellera « malsins » et malsains les professionnels de la délation aux autorités idéologiques des pays occidentaux ; mammonites celles-ci, qui adorent le FMI, le moderne veau d'or, le libéralisme, la pseudo-pensée unique, et qui, pratiquant le « monothéisme du marché » sans le dire,  rejettent avec un vif courroux certains intégrismes religieux pour mieux cacher le leur. On appellera hiéronymites les héritiers de saint Jérôme :  ceux qui cherchent à traduire en langue vivante les textes sacrés et fondateurs de notre civilisation, parce que le retour aux sources est  indispensable à la régénération des forces spirituelles de chaque génération.  Saint Jérôme, père de l'Église et du premier effort pour rendre la Bible  accessible au vulgaire, la Vulgate, vivait au désert, nu, et on le reconnaît dans la peinture européenne au lion paisible qui l'accompagne,  comme une image de sa force naturelle. Son effort visait à la libération de
l'humanité, à l'époque où le latin était la langue internationale.
Reprenons donc les choses avec une nouvelle terminologie. L'Espagne donna le jour à des « nouveaux chrétiens » étonnants et admirables : la mère de Ferdinand le Catholique elle-même était juive. Ils  connurent souvent à la fois la gloire et les calomnies leur vivant, ils étaient de  famille juive, et c'était un secret de polichinelle. Rappelons les  mésaventures de l'un d'entre eux, éminent professeur à l'université de  Salamanque, Fray Luis de León, qui était partiellement juif aussi ; maniant
parfaitement l'hébreu outre le latin et le grec, il avait faire connaître au vulgaire, au peuple des chrétiens d'Espagne, le chant érotique qui est au cœur de la Bible, le « Cantique des cantiques » ; les juifs, comme les protestants, traduisaient beaucoup les textes sacrés en langue vulgaire ; le retour aux origines, contre le latin canonique, pouvait servir à tout : à  redynamiser la lecture judaïque du texte de façon à fortifier un judaïsme  théologique, ou bien  à démocratiser l'accès aux légendes fondatrices, à rafraîchir  leur potentiel subversif. L'Inquisition garda le très populaire poète et professeur de théologie Fray Luis de León quatre années en prison, puis le relâcha, et la légende dit (mais ce n'est qu'une légende) qu'il reprit sa chaire à l'université de Salamanque avec cette élégante introduction : « Comme nous le disions hier. ». Tout se résumait, conclut l'inculpé  lui-même, à des mensonges et à la jalousie de certains collègues. Et ses accusateurs déconfits n'ont nullement essayé de défendre une version plus glorieuse de la chose, manquant certainement de matière, que ce soit dans le sens philosémite ou antisémite.
Fray Luis de León, poète néoplatonicien, promoteur de l'esprit de la Renaissance, doit être lu à la fois comme un grand sujet de gloire pour les juifs et pour les chrétiens. Et les malsines qui lui firent la vie impossible sont une très grande honte pour les juifs et pour les chrétiens.
L'Espagne devenait conquérante, et elle convertit l'Amérique au christianisme. Cela se fit par le glaive, par la corruption des élites, par les unions de circonstance et les viols, mais aussi parce que le christianisme libérait les populations du terrible tribut organisé qu'était le sacrifice humain préhispanique qui était de règle dans certaines régions, et partout des logiques claniques terriblement étouffantes.
Le rôle que l'islam avait joué aux premiers siècles lors de son expansion fulgurante, c'est un catholicisme  volontairement ouvert à l'universalité  qui le reprit, dans ce nouveau contexte. Il animait les rois d'Espagne, les conquérants qui prenaient des risques inconsidérés, les missionnaires et  les autres relais.
Après un grand élan, bien sûr, les choses se figèrent dans des rapports régis administrativement, qui reconstituèrent durablement des hiérarchies tyranniques. Et pourtant, les paysans indiens sont restés ardemment catholiques ; encore maintenant, les paramilitaires entraînés par Israël visent chaque fois qu'ils le peuvent, les dignitaires de l'Église qui tentent de protéger la population de leurs exactions : 1982, Mgr Romero, assassiné au Salvador ; six professeurs jésuites de l'université UCA, au Salvador, en 1986 ; l'évêque du Guatemala Mgr Gerardi, le 26 avril 1998, puis de Isaias Duarte Cansino celui de Cali (qui était pourtant un conservateur, mais qui se posait des questions sur le rôle politique des narco-trafiquants).
C'est seulement au XVI° siècle que l'Espagne et son empire se mettent à fourmiller de règlements racistes conditionnant l'accès à toutes les positions enviables à la preuve de la « pureté du sang ». Avant cette époque-là, les Hispano-chrétiens n'étaient pas racistes ; l'Espagne était peuplée de castes entre lesquelles se pratiquait l'échange de services, et chacune avait intérêt à ce que les lois internes y garantissent l'ordre ; dans ce cadre, les mariages, comme d'autres échanges à haute valeur ajoutée,  n'étaient ni rares ni objet de répression. Puis l'équilibre entre les trois castes fut rompu, par des initiatives populaires, de chrétiens  n'acceptant pas l'accroissement à leur dépens du pouvoir des juifs sur leurs représentants. Et c'est seulement lorsque les rois catholiques ont repris le contrôle de toute l'Espagne, et que la majorité des juifs, acceptant la nouvelle règle du jeu, se sont convertis, que se déchaîne le racisme espagnol. Notre historien Américo Castro insiste : « Ce n'est pas un paradoxe, mais une vérité élémentaire que d'affirmer que la société espagnole fanatisait progressivement son christianisme à mesure que les Juifs disparaissaient ou se convertissaient. Le catholicisme espagnol du XVI° siècle, totalitaire et étatique, ne ressemble plus à celui du Moyen-âge, ni à celui de l'Europe, ni même à celui de la Rome pontificale, puisque celle-ci ne se fit pas faute d'héberger nombre de juifs expulsés d'Espagne. N'oublions pas non plus qu'en 1491, Ferdinand le Catholique protégeait encore les Juifs de Zamora contre les prédications des Dominicains, confiait à des Israélites l'administration de la Sainte-Hermandad, en prenait pour ambassadeurs, etc. La fin du XV° siècle a vu un profond bouleversement, qui a rendu impossible le maintien des usages antérieurs. L'infiltration des convertis dans la société chrétienne a donné naissance à des phénomènes qui ont trouvé leur écho dans l'Histoire contemporaine : de nombreux extrémistes de « droite » ou de « gauche » ont interverti leur rôle du soir au matin, et les persécutés se sont brusquement transformés en bourreaux. »  Et l'objectif délirant de la pureté de sang fut constamment battu en brèche, par des ordonnances contraires de la part de l'Église, et par l'achat des certificats de pureté de sang ; c'est cette même contrebande massive qui permet aux trois quarts des habitants de l'Amérique latine de se dire blancs, forts des papiers chèrement payés par quelque aïeul, s'ils ont à répondre à la question de leur identité raciale pour améliorer leur position sociale ; les mêmes revendiqueront leur autre aïeul, indien ou noir, dans d'autres circonstances, par exemple pour affirmer leur colère contre les perversités du système qui les étouffe.

3 - Retours à l'envoyeur

Les islamistes prétendent que notre civilisation est condamnée parce qu'elle est authentiquement « judéo-chrétienne », c'est à dire basée sur la
conviction que les Blancs seraient une race supérieure, se donnant pour mission d'humilier les autres, en usant de la supériorité militaire et matérielle en général, et en dissimulant sa perversité sous des oripeaux idéologiques, tel le christianisme, religion des esclaves du judaïsme qui s' ignorent. Or toutes les civilisations ont des étapes impérialistes, et des lueurs spirituelles. Si le judaïsme existe encore comme une culture qu'on peut distinguer du christianisme, c'est sans doute parce qu'il a comme les autres une luminosité réelle. Mais par les temps qui courent, ce n'est pas une raison suffisante pour que les non-juifs protègent les escrocs juifs, les assassins juifs, les menteurs juifs.
Le moment est plutôt venu de rappeler ceux qui voudraient encore sauver l'État d'Israël que Sharon avouait son engouement pour les « violences antisémites », en 1952, et que cela a été publié dans le Yiddish Journal of New York, le 11 juillet 1952 : « Je n'aurais pas honte de dire que si j'avais autant de force que de volonté, j'aurais choisi un certain nombre de jeunes gens intelligents et capables, entièrement acquis à l'idéal sioniste que j'enverrais partout dans le monde ; ces jeunes gens cacheront leur identité juive et diront aux juifs de la diaspora : « Juifs sanguinaires. allez en Palestine ». Je garantis que les résultats seraient mille fois meilleurs que ceux obtenus par nos prédicateurs qui s'adressent depuis des dizaines d'années à des oreilles sourdes ». Mais Sharon et d'autres ont eu tout le loisir de développer leur projet : « La Radio suisse donnait le 2 mars cette information : « A Bâle, l'auteur de l'acte antisémite vient d'être identifié. Il s'agit d'un jeune juif de 23 ans étudiant en médecine qui était mis en détention préventive. Aux étudiants juifs de sa volée il avait envoyé des lettres de menace de mort et de la littérature raciste ou nazie et il s'en était également pris à des biens de familles juives ». En 1989, la police israélienne a interrogé huit colons juifs soupçonnés d'avoir jeté au moins deux bombes incendiaires contre les maisons de leurs voisins colons afin de provoquer des réactions antiarabes (New York Times, 26 septembre 1989). En mai 1990, 300 tombes juives dans deux cimetières de Haïfa ont été profanées. Le général Zeevi exigea, persuadé que les coupables étaient arabes, leur expulsion manu militari. La police israélienne,  cependant, a découvert que les profanateurs étaient deux juifs qui  espéraient que les Arabes seraient suspectés, et que les juifs s'en prendraient à eux (International Herald Tribune, 14 et 18 mai 1990 ; Journal de Genève, 15 mai 1990). Ceci devrait peut-être mener les enquêteurs à plus de prudence dans l'attribution d'attaques antijuives à des groupes palestiniens »  En  France, en 2003, ces pratiques se sont si bien répandues que même la police est capable de démasquer un rabbin qui se donne un coup de canif dans le ventre ! Et nul ne doute plus qu'une bonne partie des « attentats-suicide » qui ravagent désormais le monde sont  mis à profit pour attiser l'islamophobie, le prétexte dont ceux qui gouvernent aux États-Unis ont besoin pour pouvoir défendre les intérêts de l'Israël SANS QUE CELA SOIT IMMÉDIATEMENT VISIBLE. En effet, les États-uniens sont patriotes, et on voit mal si ce n'est par la ruse, comment on les obligerait à aller crever en Irak pour sauver un autre pays que le leur.
Il s'agit pour nous aussi de sauver notre pays des engrenages de la provocation, tandis que les 50.000 à 150.000 personnes capables de manifester dans les rues de Paris leur soutien à Israël multiplient les manœuvres pour que les intellectuels continuent à relayer l'idéologie sioniste, de préférence sans s'en apercevoir ! C'est pourquoi la déconstruction du discours des médias est indispensable, mais non suffisante. Il y a des impostures implantées dans l'inconscient collectif à balayer. Un retour sur certains poncifs apparemment non polémiques permet de soulever un autre coin du voile, et de provoquer peut-être  des ébranlements capables de le déchirer radicalement.
Les spécialistes affirment que les célèbres « Protocoles des Sages de Sion » ont un antécédent hispanique : un texte apocryphe attribué aux « princes de la Synagogue de Constantinople » donnant un certain nombre de consignes aux rabbins pour faire face aux décrets d'expulsion de 1492 ; on y invitait ceux qui ne pouvaient quitter le pays avec leurs richesses à se  soumettre formellement à l'abjuration, et à faire de leurs enfants des  avocats et des marchands, afin que ceux-ci à leur tour, s'emparent un jour
des biens des chrétiens; des médecins, chirurgiens et pharmaciens, afin
d'envoyer prestement dans l'autre monde les chrétiens et  descendants de ceux-ci ; et des religieux, pour qu'ils puissent facilement violer les temples chrétiens et profaner leurs sacrements et sacrifices.
Quelle famille, de quelle confession que ce soit, ne souhaite voir ses enfants les plus doués devenir avocats, négociants, médecins, chirurgiens, pharmaciens, autorités de la pensée dominante? Et qui n'espère, s'il parvient à caser un de ses gosses dans ces branches, que cela pourra servir à protéger la famille en cas de coup dur, méchamment  asséné par quelque ennemi héréditaire jaloux et menteur, et, tant qu'à faire, à satisfaire quelque vengeance bien légitime ?

4 - La leçon de l'anatomie

Dans le monde non juif, que la langue juive qualifie avec un intense mépris de goy, il peut être très sain de raviver certaines expressions populaires. Comme Molière, comme Shakespeare, comme la rue, Céline insultait tout naturellement les gens qu'il n'aimait pas en les traitant de juifs. On perçoit très clairement, dès qu'on rentre dans le système de sa fureur, que celle-ci est en rapport avec sa profession de médecin hygiéniste, qu'il cherche à le raccourci incisif pour décrire et désamorcer une maladie généralisée, pour asséner un remède de cheval à l'aliéné, en secouant vivement son lecteur intoxiqué. Ce n'est pas forcément une maladie héréditaire qu'il décrivait, mais avant tout une épidémie. Il n'est pas prudent de s'exprimer comme Céline ; mais en cela comme dans d'autres domaines, Céline avait l'esprit de la rue.
Une expression qu'on n'emploie plus de nos jours, c'est « le petit juif », pour désigner cet os du coude qui fait si mal quand il heurte un obstacle . Ah, qu'il est traître, ce petit os habituellement insignifiant dans notre squelette, et qui a l'air de se venger de temps à autre de cet oubli! Il est traître, comme s'il n'était pas nous, et pourtant il est bien en nous, et nous avons besoin de lui sans arrêt. Quand notre machine est bien huilée, et que nous ne cognons pas dans les murs, quand ça baigne, que l'harmonie règne entre notre intérieur et notre rapport à l'extérieur, cette inconscience, cet oubli est non seulement normal, mais signe de bonne  santé, et facteur de bonne humeur. Notre « petit juif » nous est constitutif, et il a deux fonctions : l'une, continue, de rouage indispensable à tous nos gestes, de condition d'exercice de la force de nos bras ; dans ce cas, comme tous nos organes, dans notre merveilleuse machinerie, il est discret, il a la beauté de l'humilité au service d'une cause qui le dépasse, notre humanité ; l' autre, sa vocation sarcastique à l'humour juif, peut-être, est de nous rappeler, aïe, de temps en temps, que chacun de nos rouages mérite d'être ménagé, et protégé comme les autres. Le rire aussi a cette fonction à la portée de tous, de nous ramener au réel naturel ; bien souvent, il faut rire, et faire rire, et en rire aussi, de son « petit juif » qu'on insulte dès qu'il se fait remarquer. Mais il faut aussi écouter son électrochoc, pour apprendre à le provoquer éventuellement en retour: il faut s'être cogné
contre les aspérités du monde extérieur pour le comprendre, avoir tâté du harcèlement, de la menace et du chantage sionistes pour voir venir le malsin, l'agent masqué de la force délirante et sans âme, le reconnaître, et lui asséner le premier coup de gourdin. Mais qui donc choisirait de souffrir d'une hypertrophie du coude, voyante et paralysante ? On ne peut souhaiter cela qu'à ses ennemis !
« Ab ipso ferro » est la devise attestée de Fray Luis de León, il l'a consignée plusieurs fois, signifiant que du fer même dont on le blessait il tirait sa force. Traduire un texte libérateur est un honneur ; il était apparemment prêt à sacrifier sa carrière pour faire connaître le « Cantique des cantiques », parce qu'il le considérait libérateur. C'est un texte qui magnifie les fruits de la nature et de la terre, associés à la nudité féminine : il faisait partie de son combat pour recentrer ses contemporains sur les valeurs opposées aux délires urbains, et sur le retour aux sources de la pensée, grecques, latines et hébraïques.
Certains se déchaînent parce qu'il y a des gens pour traduire Israël Adam Shamir en français, la langue de Voltaire, qui était prêt à tout pour que ses ennemis puissent s'exprimer librement. Traduire un nouveau prophète génétiquement juif, révélateur de « L'autre visage d'Israël » alors que les Palestiniens et les Irakiens donnent au monde l'exemple de la résistance est la moindre des choses. Il n'est pas désagréable de se voir honni par des escrocs pour le même délit que Fray Luis de León : faire du tort, par le simple exercice de la traduction, à des renards qui se croyaient promus gardiens de la basse-cour parce qu'il y a des chapons, des oies blanches, des autruches, des pigeons et même des dindons à la gorge enflammée pour les courtiser. Sans parler des poux, des teignes, toute cette vermine dont les gens propres se gardent. Et l'on a honte pour tous ces drôles d'oiseaux,parce les « malsins », ce sont une fois encore, comme toujours, nos demi-frères, de la même sale race que la nôtre : des humains pitoyables.
Courriel Maria Poumier : yapoum@free.fr
 

 

L'antisémitisme, quoi de neuf ? par Azmi Bishara, 24 novembre 2003 L’auteur, membre du Parlement israélien, est le président du Rassemblement national démocratique. Il vit à Nasra (Nazareth) Le phénomène de l'antisémitisme n'est pas né avec Israël ni avec la propagande israélienne. Il est beaucoup plus ancien. L'origine du concept Antisemitismus remonte aux années 70 du XIXème siècle en Allemagne pour décrire le phénomène de l'hostilité idéologique envers les Juifs dans l'Europe centrale à cette époque. Ceux qui vont plus loin le font remonter à Wilhelm Mar, l'écrivain et le prédicateur qui a fondé la ligue pour limiter l'influence des Juifs en 1871. L'essentiel est que ce concept d'"antisémitisme" en tant que concept moderne a émergé pour décrire le phénomène de l'hostilité envers les Juifs. Cela n'a aucun sens de masquer les limites de ce concept et du phénomène qu'il spécifie en prétendant que le racisme anti-arabe est une forme d'antisémitisme parce que les Arabes font partie des peuples sémites, tout en acceptant intrinsèquement ce concept racial et en essayant de s'y intégrer comme s'il était un concept scientifique. Le racisme anti-arabe n'a pas besoin d'être décrit comme "antisémite" pour qu'il soit refusé. L'antisémitisme n'est pas la seule forme de racisme reconnu, et la haine pour les Juifs désignée par "antisémitisme" n'est pas justifiée parce qu'ils sont sémites. Le concept d'antisémitisme, ou l'hostilité envers les sémites, a réduit plusieurs phénomènes à un seul, qui est le phénomène de la haine des Juifs en Europe ou les campagnes antijuives par l'utilisation des justifications religieuses, raciales, nationales et sociales. Dans tous les cas, le racisme ne doit pas être nécessairement une forme d'antisémitisme ou en faire partie, pour qu'il puisse être refusé ou dénoncé ou pour s'y opposer. Ni le génocide ni la destruction de la civilisation des Aztèques et des autres peuples authentiques de l'Amérique ne sont minimisés par le fait qu'ils ne font pas partie de l'antisémitisme, mais plutôt du racisme colonial, tout comme cela ne remet pas en cause l'humanité des peuples authentiques de l'Amérique. Le phénomène de l'antisémitisme est un phénomène social et historique qui ne peut être nié sans nier la raison et l'histoire. Et jusqu'à une période récente, ce fut une des formes du racisme le plus dangereux et le plus laid en Europe. La civilisation à laquelle Bush et ses acolytes aiment rattacher les pays occidentaux actuels, ou ce qui se nomme les traditions judéo-chrétiennes, chantées comme étant le berceau de la démocratie libérale, est également la source de l'antisémitisme, et le lieu de l'holocauste. Certains historiens sionistes essaient de ramener l'antisémitisme aux époques précédant le Moyen-âge, à Rome et en Grèce, soit de considérer tout phénomène ancien de rejet d'une culture ou d'une religion différente, y compris le judaïsme, comme une forme d'antisémitisme. A l'époque, l'hostilité envers les Juifs n'était pas due au fait qu'ils étaient Juifs mais étrangers et représentant une culture étrangère. La culture religieuse juive a elle-même connu des justifications bibliques pour détruire des peuples "incroyants", et la discrimination n'était pas uniquement contre les Juifs. On ne peut considérer toute civilisation qui comportait de la discrimination envers les Juifs comme une civilisation antisémite, et on peut indiquer que dans ces civilisations, y compris l'ancienne civilisation juive, qui n'a pas connu le concept d'humanité ou de l'homme de manière générale, concept qu'elle n'avait pas généralisé à toute l'humanité, il y avait de manière générale une hostilité religieuse ou "raciste" ou des formes d'hostilité contre l'Autre, le différent. Mais l'antisémitisme qui est une forme particulière d'hostilité envers l'autre différent, distingue la relation entre l'Europe et ses habitants juifs. L'historien peut nous ramener au début des Croisades qui ont été accompagnées d'incursions dans les pays et les villes où vivaient les Juifs d'Allemagne, les "Ashkenazes", selon les chroniqueurs de l'époque et les contemporains juifs, qui rapportent les massacres organisés contre les Juifs. La discrimination s'est poursuivie contre eux tout au long du Moyen-âge, prenant diverses formes de rejet, de sanctions, y compris celle de définir les formes de propriété, notamment la propriété de la terre, ou les divers métiers et artisanats ou de les priver des liens professionnels dans la ville. Cependant, la haine entre les institutions religieuses était réciproque. Certains historiens du département des sciences juives à l'Université Hébraïque de Jérusalem ont essayé récemment d'"épurer" cette histoire, en faisant du "racisme", de la diabolisation de l'autre et de la volonté de le dénigrer une affaire réciproque entre les adeptes des deux religions à cette époque du Moyen-Age. Mais tout historien pointilleux peut insister que cette hostilité religieuse envers les Juifs est un prélude au phénomène d'antisémitisme qui a pris diverses formes racistes (considérer les Juifs comme une race religieuse, ou considérer leur simple présence comme un élément contraire à la pureté raciale), des formes nationales (les Juifs en tant qu'élément perturbateur pour la constitution et l'harmonie d'une nation), ou antisémitisme social qui utilise la démagogie sociale pour faire porter la souffrance et la paupérisation des anciennes classes : paysans, aristocrates, artisans et autres classes moyennes face aux valeurs de la bourgeoisie à "l'élément juif" dans le capital, soit le capital bancaire. Ces explications idéologiques de la misère et de la pauvreté sont allées de pair avec des visions moyen-âgeuses et pré-modernes du Juif en tant qu'usurier. Malgré la modernité du phénomène antisémite et sa distinction de l'hostilité religieuse, il est difficile de séparer les formes non-religieuses de l'antisémitisme d'une part, de la tradition religieuse théologique dans la pensée, la compréhension et l'imaginaire de la religiosité populaire au Moyen- Age de l'autre. Dans cette culture, le Juif est la personnification de l'Autre, il est aussi le négateur du message céleste, c'est-à-dire le négateur de la continuation réelle de l'Ancien Testament, soit le Nouveau Testament. Les opinions ont été diverses sur ce sujet dans l'Eglise chrétienne. Au même moment, le christianisme a été considéré par la pensée juive, dans tous ses courants, comme un faux messianisme, une négation directe et une contradiction absolue au judaïsme, venu pour mettre un terme à la mission du judaïsme historique, à sa spécificité et à son élection pour cette tâche. Il serait trop long de discuter du phénomène antisémite, mais il faut quand même rappeler que la France actuellement accusée par Israël d'antisémitisme est le premier pays à avoir accordé l'égalité juridique aux Juifs le 28 septembre 1791 lorsque l'Assemblée nationale leur a accordé la citoyenneté complète. Le parlement de la République a confirmé par ce geste que la solution réside dans l'idée de citoyenneté au-delà des appartenances religieuses. Mais la laïcisation et les Lumières, qui a proposé des solutions à la question juive, a également donné naissance à l'antisémitisme moderne. Celui-ci a commencé avec les réactions des forces conservatrices aux Lumières qui y ont vu une déchéance de la morale, de la tradition, de la pyramide sociale et des systèmes d'obéissance en place, et seul un élément intrus destructeur n'appartenant ni au peuple, ni à ses valeurs religieuses avait intérêt à sa mise en place. Et ainsi, l'antisémitisme conservateur s'est mis à ramener tout phénomène qu'il jugeait comme une déchéance sociale, aux Juifs. D'autres formes d'antisémitisme se sont appuyées sur les contradictions des Lumières même, à commencer par les théories sur les races qui essaient de proposer une théorie "pseudo scientifique" pour comprendre l'histoire, ou des théories sociales dans leur ensemble, incluses dans la modernité. Il ne fait aucun doute que l'antisémitisme moderne a donné naissance à l'une des formes les plus laides du racisme, qui sont la tentative de détruire collectivement les Juifs d'Europe et l'holocauste nazi. Ni la civilisation islamique ni les autres civilisations orientales n'ont comporté d'hostilité aux Juifs comparable au phénomène de l'antisémitisme. Ces paroles ne cherchent pas à innocenter les civilisations orientales des nombreux massacres qui se sont déroulés au cours de leur histoire. Mais elles n'ont pas donné naissance à l'antisémitisme. Bien que la civilisation islamique ait vu une discrimination envers les minorités religieuses, mais celle-ci n'a jamais été comparable dans l'ensemble aux souffrances des groupes musulmans eux-mêmes, opposés au courant dominant ou bien aux souffrances des opprimés appartenant à la catégorie majoritaire même, ces derniers représentant la menace réelle au régime dominant. La tentative d'Israël d'étendre le phénomène de l'antisémitisme jusqu'à inclure à posteriori cette civilisation est une tentative politique israélienne évidente pour s'identifier au rôle de victime juive de l'Europe, également dans le cadre du conflit actuel avec les Arabes. Il est l'acteur et non la victime dans ce cadre. Mais nous devons rappeler par ailleurs que les mouvements politiques arabes contemporains qui ont été massivement influencés par la pensée politique européenne, y compris par les pères du national-socialisme et du fascisme italien, ainsi que par les idées réactionnaires russes de la fin du XIXème siècle, ont été pollués par certaines idées d'antisémitisme sans toutefois être adoptées en tant que pensée ou idéologie globale. Lorsque le sionisme a utilisé l'holocauste pour justifier le désastre (la Nakba), certains ont considéré que la réponse était de nier l'holocauste ou du moins de minimiser son importance. Lorsque la défaite catastrophique de 1967 a eu lieu, le besoin de justifier son énormité à soi-même a fait dire qu'elle n'aurait pas eu lieu si l'adversaire n'était pas un diable international réel, une pieuvre du mal, etc.. De là vient la diffusion des "Protocoles des sages de Sion" après la défaite, qui ne sont qu'un mensonge des services de renseignements russes tsaristes, et les Arabes n'ont rien à y voir, ni de près ni de loin. Lorsque la religiosité politique a profité de la défaite du courant national au pouvoir en teintant de religion les slogans nationaux et populaires de ce dernier, tous les fils se sont effectivement entremêlés. Il y a une base pour une autocritique dans la façon de traiter "la question juive" ou le fait de ne pas distinguer entre les Juifs et le sionisme. Cet amalgame est précisément ce que souhaite Israël pour justifier la non-distinction entre critique du sionisme et antisémitisme, et pour qu'il se pose en représentant historique des Juifs du monde, en porte-parole de leurs souffrances, pour sioniser cette souffrance comme le fait de sioniser à postériori les calendriers juifs en un seul calendrier national. L'autocritique n'est pas en contradiction avec les réalités suivantes : 1 - l'antisémitisme est un phénomène européen qui a atteint son paroxysme dans l'holocauste nazi. 2 - La forme de racisme la plus développée dans la civilisation occidentale actuelle n'est pas l'antisémitisme mais l'hostilité aux Arabes et aux Musulmans. 3 - Tous les antisémites ne sont pas hostiles à Israël, certains entretiennent avec lui des rapports amicaux et y voient une bonne solution de la question juive dans leurs pays ou le considèrent du moins comme un exemple d'un Etat national à culture militaire. 4 - Les traditions politiques et intellectuelles occidentales qui se sont opposées à l'antisémitisme et ont réclamé l'égalité sont les mêmes qui aujourd'hui critiquent Israël et l'occupation israélienne. La propagande israélienne est hostile à de nombreux courants hostiles à l'antisémitisme. Israël essaie de façon extrêmement méthodique et pragmatique de décrire toute hostilité à Israël ou au sionisme, ou toute critique acerbe à Israël comme de l'antisémitisme, ou une forme d'antisémitisme, jusqu'à exercer du terrorisme intellectuel. Quoiqu'il en soit, Israël est très éclectique dans sa façon de demander des comptes aux responsables pour leurs déclarations. Il en exclut ce qu'il juge ayant un rôle politique utile à Israël. C'est ainsi qu'il n'a pas demandé des comptes à Berlusconi à propos de ses déclarations qui ont innocenté Mussolini d'avoir tué un seul Juif, car "il les a seulement envoyés se promener au nord", comme il l'a déclaré. Israël n'a prêté aucun intérêt à cette déclaration. L'historien italien Primo Levi fut l'un de ceux qui ont été envoyés à cette "promenade", et quant au nord, il s'agit du centre de détention et de génocide, Auschwitz. Ce qui agace donc Israël chez Jacques Chirac ce n'est pas son hostilité aux Juifs, il n'y a aucune preuve pour cela, mais plutôt son attitude critique envers Israël. De nombreuses organisations dans le monde ont été fondées pour relever ce genre d'expressions et la poursuite de ses responsables, qu'ils soient antisémites ou non. Depuis que la majorité des communautés juives organisées dans le monde sont devenues solidaires d'Israël (et depuis le chiffre heureux d'Israël, 1967), il y a une tendance pour taxer toute critique d'Israël d'une forme d'antisémitisme, même si en Israël, il est possible d'être même plus tranchant. Il s'agit de l'une des sources de la complexité de la question palestinienne. Israël pleurniche à propos de l'intérêt international à la question palestinienne. Il accuse le monde de changer de couleur s'il fait du bruit contre les pratiques israéliennes dans les territoires occupés qui sont "loin d'égaler des crimes qui ne suscitent aucun intérêt dans le monde" selon la propagande israélienne. La réalité est que l'intérêt international "en surplus" à la question palestinienne est une source de force si les Palestiniens savent l'utiliser dans un discours libérateur et démocratique, tout en étant antisioniste. Mais il est aussi, et historiquement, une source de faiblesse. Car sa source n'est pas l'intérêt aux Palestiniens, mais aux Juifs. Ce qui provoque cet intérêt est la connexion de la question palestinienne avec la question juive, avec la place de cette dernière dans la mémoire et la conscience occidentales. Ce qui conduit en fin de compte à mettre sur le même plan l'occupant et l'occupé dans une tentative d'être équitable avec les "deux côtés", car tout pas de solidarité envers le peuple sous occupation exige une compensation à l'occupant, pour éviter d'être accusé d'hostilité envers lui et pour se protéger d'une telle accusation. Cette logique conduit à un comportement officiel de l'Europe envers Israël, dans le meilleur des cas de critique, non pas comme faisant face à une situation coloniale mais comme le comportement d'une mère avec son fils écervelé et insensé, essayant de lui interdire de se faire mal, supportant ses insultes et ses humiliations. La question palestinienne est née en quelque sorte de l'intérêt international, depuis la déclaration Balfour, et sans cet intérêt pour la question, la question palestinienne n'aurait pas vu le jour, ou bien elle aurait été réglée depuis longtemps comme toute autre question coloniale, que la victime ait été un peuple peu nombreux ou nombreux. Mais la question palestinienne est née précisément lorsque les autres peuples ont obtenu leur indépendance, et elle est devenue encore plus complexe lorsque les autres questions ont été réglées. Bien que des secteurs de l'élite palestinienne ont profité de la "fabrication de la question" au niveau international, le peuple palestinien n'a rien à envier pour cet intérêt "en surplus" international. Il n'est plus possible d'échapper à cette connexion entre les deux questions et de cet intérêt international sauf par une pensée et un discours de souhait. La question qui se pose est de savoir comment se comporter avec cet intérêt, d'une part en refusant l'antisémitisme, en refusant qu'il soit une des sources pour prouver la justesse de la cause palestinienne, dans une sorte d'attisation de l'image du mal absolu dont ont également souffert autres que les Palestiniens, et d'autre part, en refusant la tentative d'Israël d'utiliser l'antisémitisme pour faire taire toute voix qui s'élève contre Israël et ses pratiques, et qui refuse aussi de l'affranchir de l'accusation de racisme. Sharon et “l’antisémitisme” en Europe L'antisémitisme en Europe est dû aux critiques formulées contre la politique israélienne au Proche-Orient, estime le Premier ministre israélien Ariel Sharon dans un entretien publié lundi sur le site Internet EUpolitix.com. Ariel Sharon note également que "l'Etat d'Israël ne peur se permettre de déposer sa destinée entre les mains des Européens, réputés pour leur politique déséquilibrée". Interrogé sur un récent sondage selon lequel 59% des Européens considèrent Israël comme une menace à la paix mondiale, Ariel Sharon estime que les critiques contre la politique israélienne et l'antisémitisme sont liés. "Aujourd'hui, il n'y a aucune séparation", di-il. "L'Etat d'Israël est l'Etat juif, et l'attitude envers Israël est en accord avec cela", ajoute-t-il, reprochant aux gouvernements européens de ne pas faire suffisamment d'éfforts pour lutter contre l'antisémitisme sur le continent. Selon Ariel Sharon, l'antisémitisme en Europe n'est pas un phénomène nouveau mais connaît un nouvel éveil qui vise à "compromettre le droit d'Israël à l'auto-défense, donc c'est un danger pour les juifs". Pour lire l’intégralité de l’entretien, http://www.eupolitix.com/FR/News/1c73600d-64ed-4cd5-8ecf-c210f085f992.htm

 

Alger 1957, Bagdad 2003... L'Armée française, experte en répression Dans les années 1970, des officiers français, anciens tortionnaires de la guerre d'Algérie, aussi sympathiques que le général Aussaresses, ont exporté leur savoir-faire dans les dictatures d'Amérique du Sud, Brésil, Argentine, Chili. Le documentaire diffusé par Canal Plus le 1er septembre, « Les Escadrons de la mort : l'école française », a fait l'effet d'une douche froide. La « patrie des droits de l'homme » reste la grande spécialiste de la répression contre-révolutionnaire et de .la négation des droits de l'homme. Deux faits récents convergent sur le même événement historique : le documentaire de Canal Plus diffusé le 1er septembre, et l'annonce de la diffusion du film « La Bataille d'Alger », le 27 août dernier, à une quarantaine d'officiers et de civils américains dans un auditorium du Pentagone. La France reste une référence en matière d'écrasement des droits de l'homme ! Le général Aussaresses « confirme avoir enseigné la torture et les techniques de la bataille d'Alger, notamment aux militaires brésiliens de 1973 à 1975 » ;
les officiers français « qui enseignaient aux futurs militaires des dictatures sud-américaines comme l'Argentine et le Chili » (1) « avaient tous participé à la guerre d'Algérie » (2). Mieux : la plupart étaient des anciens d'Indochine. Ils avaient déjà eu le temps de réfléchir à la difficulté de combattre un ennemi qui vit parmi la population « comme un poisson dans l'eau ». Leurs livres de chevet, disaient-ils, étaient ceux de leurs adversaires : les théoriciens de la « guerre révolutionnaire », Lénine, Mao, etc. Leur véritable ennemi : la révolution communiste internationale. Les méthodes des Français « Quadrillage d'une ville, interrogatoire des suspects et mise en place des escadrons de la mort » (1). La base de ces « techniques », la première de ces « opérations » ne doit pas être oubliée, c'est le remplacement des policiers par des militaires. Le 7 janvier 1957, le préfet d'Alger remet officiellement ses pouvoirs de police au général Massu. Aux paras d'assurrer « l'ordre ». Les policiers ne sont pas absents, ils ont un rôle subalterne : fournir leurs fichiers, jouer les traducteurs, conseillers, informateurs. Inversement, les militaires ne se comportent pas en militaires. « Aujourd'hui nous sommes policiers ! », explique un gradé 3. La Directive Générale n° 1 du général Salan, datée du 18 décembre 1956, fixe deux objectifs aux militaires : « l'anéantissement des groupements militaires » (classique) « et la destruction de la structure politique de l'adversaire » (moins classique !) (4). Les paras sont des policiers qui ont tous les droits, aucun encadrement juridique, mais ils doivent aussi innover. En clair : passer de la guerre traditionnelle à la guerre civile. Tortures et disparitions La force des « terroristes » sera aussi leur faiblesse, pensent les officiers français. Ils sont comme des poissons dans l'eau ? Ecumons un peu d'eau, faisons parler quelques petits poissons, et remontons progressivement jusqu'au cour de la « structure politique ». Dès le début, les CTC, centres de triage et de transit, se multiplient comme des champignons, telle la sinistre villa Sésini. Ils seront légalisés en avril 1957 et limités à un mois avant la libération, la prison ou les centres de rétention, nouvellement créés.« Interrogatoires poussés à fond », précise Salan dès le début de 1957. Mais le souci de ne pas laisser de preuves reste toujours présent. D'où les techniques utilisées : la gégène, surnom de la Génératrice qui alimentait les radios ; et l'eau, avec l'étouffement dans la baignoire, ou le versement du contenu de jerrycans dans la bouche à l'aide d'un entonnoir. Entre autres. En cas d' « accidents », cardiaques par exemple, ou d'élimination volontaire, la mort est soit déguisée en suicide, soit niée et dénommée fuite et évasion. D'après Paul Teitgen, qui signait, en principe, tous les arrêtés d'assignation à Alger, il y a eu 24 000 arrestations et 3024 disparitions. Cette méthode des disparitions sera systématique en Argentine dès le début, alors qu'elle fut improvisée à Alger, y compris d'ailleurs le procédé consistant à balancer les prisonniers en mer à partir d'un hélicoptère. « Les pêcheurs évitaient d'aller taquiner le poisson à l'estuaire de la rivière Mazafran, à 30 kms d'Alger, tant on y a vu surnager de cadavres » (5). Au début et à la fin, la Gauche Les députés Verts ont proposé de créer une « commission parlementaire sur le rôle de la France dans le soutien aux régimes militaires d'Amérique latine de 1973 à 1984 ». « L'honneur de la France est de faire toute la lumière. » (2) D'abord, de 1981 à 1984, on connaît les responsables : PS, PCF et radicaux de gauche. Et à l'époque de la formation (en 1956-57) des formateurs (de 1973-84), ils avaient la même couleur politique : ils s'appelaient Pierre Mendès-France, Guy Mollet, François Mitterrand. Et ils avaient le soutien et les votes du PCF.Le 18 juin 1954, l'investiture du gouvernement Mendès-France est votée par le PCF. Lorsque les « attentats terroristes » démarrent, le 1er novembre 1954, Mendès France et son ministre de l'Intérieur François Mitterrand refusent toute idée de réforme ou de négociation. « L'Algérie, c'est la France ! », déclare alors Mitterrand. Le 1er février 1956, nouveau gouvernement. Le socialiste Guy Mollet obtient 420 voix, dont celles du PCF, contre seulement 71. Le 12 mars, lui sont accordés les fameux « pouvoirs spéciaux », avec les mêmes voix (455 contre 76), qui lui permettront de renforcer la répression en Algérie. Voilà ce qui a mené, et ceux qui ont mené, à la bataille d'Alger. Voilà où mènent le réalisme, l'électoralisme et la démocratie. Voilà ce qu'il ne faudrait jamais oublier. Alger 1957, Bagdad 2003 Entre l'Indochine et l'Irak en passant par l'Amérique latine, la bataille d'Alger marque ce passage de la répression dans les villages à la répression dans les villes. D'ailleurs, le premier objectif des paras à Alger a été de briser la grève générale programmée par le FLN pour le 28 janvier 1957. La répression anti-sociale latino-américaine a été à l'école de la répression coloniale française. Aujourd'hui encore, le pas est vite franchi de la répression du terrorisme à la répression des militants ouvriers. Autrement dit, regardez comment sont traités les « sous-développés », les « extrémistes », les « terroristes », c'est ainsi qu'ils traitent les ouvriers lorsque ceux-ci osent se révolter. A propos des trois « journées de juin » de 1848, c'est-à-dire de la répression sanglante des ouvriers parisiens, Engels écrivait : « Le peuple n'avait pas eu l'idée qu'on peut en plein Paris faire la guerre comme en Algérie » (6). La guerre coloniale de 1830 avait été une école pour la guerre sociale de 1848. Alors, retenons deux choses. Premièrement, la France est la patrie de l'écrasement des droits de l'homme. Deuxièmement, toutes les répressions coloniales se sont soldées par des échecs politiques, et toutes les dictatures latino-américaines n'ont duré que quelques années. Qui croira que le savoir-faire des officiers français serait efficace aujourd'hui à Bagdad ? Notes : 1 : Télérama, 17 septembre 2003. 2 : Le Monde, 25 septembre. 3 : La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie, Raphaëlle Blanche, Gallimard, 2001, page 116. 4 : ibid, page 107. 5 : ibid, page 142. 6 : Histoire politique de la IV République, Eric Duhamel, Ed. La Découverte, 2000. 7 : Les Luttes de classes en France, Ed. Sociales, page 195. Source : SubTerra , Bruxelles, Belgique . http://www.subterra.be/