“Ab
ipso ferro”
par Maria Poumier, 6 décembre
2003
L’auteur, professeur universitaire
d’espagnol, a fait l’objet d’une campagne de diffamation des milieux
sionistes, qui lui reprochent notamment d’avoir assuré l’édition française
du livre d’Israël Adam Shamir, “L’autre visage d’Israël”, retiré de
la vente par les éditions Balland et dont la diffusion a été maintenue
par le coéditeur, les éditions Blanche. Ce que reprochent les sionistes à Shamir,
c’est évidemment son antisionisme radical, qu’ils qualifient bien sûr
d’ "antisémitisme”. les sionistes dénoncent aussi - évidemment
- les liens de Maria Poumier pour ses liens avec Roger Garaudy, traîné en
justice pour son livre “Les mythes fondateurs d’Israël”. Nous livrons à nos
lecteurs ces réflexions de Maria Poumier sur les mécanismes passés
et présents de l’Inquisition.
1
- L'Inquisition en Espagne jadis et aujourd'hui ici
La loi Gayssot pousse les historiens à éviter les sujets chauds;
certains espèrent encore raviver le philosémitisme en remettant sur
le tapis le précédent de la solution finale hitlérienne : les persécutions
des Juifs par les Espagnols, qui prononcèrent plusieurs décrets d'expulsion.
Il est grand temps, en effet, d'aller y regarder de près. Pourquoi
ne pas se pencher sur les rouages de l'Inquisition, puisque c'est un
objet d'horreur qui fait l'unanimité ?
À la différence des autres tribunaux,
qui appliquaient aussi la torture et le bûcher l'Inquisition espagnole
cherchait à atteindre une logique sous-jacente, sous des faits qui
n'étaient pas forcément criminels, alors que la justice séculière,
justice normale, partout et toujours, pénalisait
des méfaits sans se poser de question sur les convictions théologiques
des inculpés, et s'en tenait là. Et c'est bien là, dans ses abus à la
recherche des crimes par pensée ou par omission, qu'elle a gagné sa
sinistre réputation, et qu'on a cru voir en elle le modèle de tous
les abus idéologiques, ceux des procès staliniens entre autres chasses
aux sorcières.
Tous ces termes sont désormais
de retour pour décrire la persécution des intellectuels qui ne donnent
pas des gages absolus de philosémitisme. De 1968 à 1998 environ, le
gage était peu coûteux : il suffisait de rappeler, chaque fois qu'on
le pouvait, que la Shoah avait été épouvantable, et même, tout compte
fait, unique et indépassable en horreur, parce qu'il
y avait là dedans, précisément là, un mystère qui touchait aux tréfonds
de la nature humaine. Si on avait un tant soit peu d'ambition, il pouvait être
utile de signaler les individus qui, pour une raison ou une autre,
avaient l'air de rechigner à réciter une fois de plus cette triste,
hélas, rengaine. Et puis l'Intifada est arrivée. Et bien des gens qui
ne voyaient en toute bonne foi, aucun inconvénient jusque là à réaffirmer
que la Shoah était bien une chose épouvantable et même, tout compte
fait, unique etc se sont mis à dire, subitement beaucoup plus enflammés,
comme de braves gens qui se réveillent parce qu'ils ont mal quelque
part : ah mais la politique israélienne, désolé, je ne vois aucune
raison de l'excuser, c'est pas joli du tout du tout du tout ! La surenchère
fait que les plus hautes autorités médiatiques sont maintenant prêtes à livrer
aux nouveaux inquisiteurs 60%
d'Européens qui mettent Israël au premier rang du hit parade des pays
qui menacent la planète. Le credo a bien évolué : on n'a plus le droit
de dire, même après un long long long paragraphe sur la Shoah : d'ailleurs
mon voisin est juif, ou je suis
sûr que Bush est un sioniste, ou moi, personnellement je suis antisioniste.
Et il serait tout à fait faux de dire : ce sont des institutions juives,
tels que CRIF ou LICRA, ou des personnalités juives qui ont un grand
empire sur le marché des idées, qui créent ce climat atrocement malsain.
Ce serait antisémite, diront-ils, et ce serait faux, puisque les non-juifs
qui renchérissent sont légion.
Lorsque fut créée l'Inquisition
espagnole, en 1480, pour pourchasser les juifs, ses membres les plus
zélés étaient souvent des convertis de fraîche date ou des fils de
convertis. Aucun historien n'a jamais mis en doute ce fait, qui reste
en travers du gosier des philosémites, si bien qu'on ne le commente
guère : les inquisiteurs étaient certes une bande d'antisémites pervers,
les aïeux de la bête immonde, mais oh pardon, je ne savais pas: « Les
anciens rabbins qui, au XVème siècle, organisèrent le Saint-Office,
le conçurent comme un Bet Din plein de ruses cruelles et petites, de
délations et de secrets. L'habitude de se dépouiller à tour de rôle,
qui avait présidé aux relations des juifs et des chrétiens pendant
nombre de siècles, trouva son accomplissement naturel dans le Bet Din
de l'Inquisition, et cette fois, comme de règle en cas de pouvoir totalitaire
et non contrôlé, les victimes, pour reprendre le terme d'Hernando del
Pulgar, furent dépouillées usque ad ultimum »
En effet, poursuit le très philosémite
Américo Castro , « les errements de l'inquisition ont leur point de
départ dans les communautés
juives de Castille et d'Aragon. D'après
un érudit israélite, ceux qui, à la fin du XIV° siècle, dénonçaient
les Juifs de Catalogne, “n'étaient pas, en général, des Chrétiens,
mais les nouveaux convertis au christianisme, désireux d'étaler leur
zèle de néophytes ou de satisfaire de vieilles rancunes” Le
membre le plus dangereux de la communauté, c'était le malsín ou
calomniateur, frère jumeau d'un autre personnage sinistre, le wachi ou délateur (mesturero), frelon
des Cours musulmanes ou chrétiennes. Le type du malsín était si répandu, à tel
point entré dans les habitudes, que ce mot hébreu, avec son dérivé le
verbe malsinar, est entré dans la langue espagnole pour
témoigner que dans ce cas, il n'y eut pas de cloison étanche entre
les ghettos et la population chrétienne. Le malsín dénonçait ses coreligionnaires
aux autorités chrétiennes. Celles-ci traitaient la victime
sans pitié, en vue de lui extorquer
le plus d'argent possible, ce qui explique le zèle des lois chrétiennes
envers la pureté de la loi
mosaïque
et pour l'observation de ses préceptes. »
La source principale d'Américo
Castro est le grand écrivain Hernando del Pulgar, secrétaire d'Isabelle
la Catholique, et lui-même d'origine juive. C'est son témoignage sur
le fonctionnement des « aljamas » qui lui permet de conclure : « Si
les préoccupations de pureté religieuse ont constitué la réplique d'une
société animée d'une rage antijudaïque à l'hermétisme généalogique
des israélites, l'inclusion de la totalité de la vie dans le cadre
religieux et le rejet violent de toute étude ou doctrine menaçante
pour la suprématie théologique ont été à leur tour une synthèse exacerbée
de l'exclusivisme religieux des trois croyances qui formaient la substance
de la vie espagnole depuis des siècles. On retrouve chez les Juifs
des antécédents indubitables de tous ces phénomènes. Pour nous être intelligible, la réalité de l'Histoire
a besoin de ses deux extrêmes : l'exclusivisme de l'Espagne catholique
a été l'écho de l'hermétisme des aljamas ».
Ce rappel aide à discerner quel
est le schéma sur lequel se reconstruisent les inquisitions ; une foi
refondatrice émerge, devient force et foule, énergie révolutionnaire,
contre l'ancien ordre. Elle triomphe, et rejette avec force les vaincus.
Elle secrète sa bureaucratie, l'écume sale qui surnage à la surface de tous les tourbillons, comme disait Lénine,
qui entreprend l'épuration systématique
: dans l'Espagne catholique, c'est un converti convaincu, Juan de Torquemada,
qui implante l'Inquisition en 1480, puis, constatant qu'elle est insuffisante
pour mener à l'intégration tous les juifs, pousse les rois catholiques à décréter
l'expulsion des obstinés, en 1492. À partir de ce moment, les juifs
de jadis, riches, savants et alliés des puissants rois chrétiens, deviennent
ce que seront les Russes blancs, les pieds-noirs, les émigrés de 1791,
tous les déchus d'une position sociale élevée, qui prétendront avoir été les
civilisés civilisateurs ; ils refusent de faire allégeance aux nouvelles
autorités populaires, la monarchie chrétienne unifiée et conquérante,
et partent à l'étranger, d'où leurs lamentations empoisonnées parviennent
jusqu'à nos jours, tandis qu'ils préparent leur retour triomphal en
s'associant à des prédateurs étrangers. Dans le pays, la chasse à la
cinquième colonne est ouverte : on soupçonne les voisins et les concurrents,
systématiquement, de revenir en secret aux usages de l'ancien Régime,
de ne pas manger de porc, d'être fils de capitaliste, ou petit-fils
de koulak, d'avoir un frère à Miami.
Et voilà comment les meilleurs
se trouveront souvent diffamés, menacés et marginalisés, tandis que
pour le public extérieur, les cartes sont totalement brouillées. Ainsi,
une histoire littéraire philosémite de l'Espagne peut parfaitement
affirmer que les plus grands écrivains espagnols, ou descendants d'Espagnols, étaient des fils de
juifs convertis -sous entendu,
sous la contrainte, et donc « quelque part » persécutés et résistants
- : Montaigne, Spinoza, Fernando de Rojas, Góngora, le créateur anonyme
du Lazarille de Tormès, Mateo Alemán, Gracián, Fray Luis de León,
saint Jean de la Croix, sainte Thérèse d'Avila, ou
encore Christophe Colomb, ben
voyons, et le défenseur des Indiens
Las Casas, dis-donc ! : tous juifs, que toute leur gloire retombe
sur le monde juif jamais suffisamment honoré ! Et
sur le monde obscurantiste, fanatique, antisémite, de l'Espagne catholique
(que les Espagnols parmi ceux-ci espéraient pourtant servir voire incarner,
et pour laquelle une bonne partie de ces mêmes grands hommes se mirent souvent eux-mêmes au service de l'Inquisition),
l'ignominie !
2
- Malsins malsains, d'ici ou d'ailleurs
Le piège se trouve donc une fois
de plus avec le qualificatif juif : tel qu' il est manié de nos jours
par la Renommée, il sert à construire des propositions absurdes, basées
sur la contradiction interne et la désinformation. Et celles-ci servent à intimider
les ignorants : soit par l' éclat du Mystère du Peuple Élu, soit par
la Menace, si l'on ne se laisse pas éblouir, de se voir taxé d'antisémitisme,
avec les conséquences que cela implique : déshonneur, confiscation
des biens, troubles mentaux. La seule solution est de se passer du
terme, et de chercher dans la langue, la grande création populaire,
sage et anonyme, d'autres dénominations. On appellera « malsins » et
malsains les professionnels de la délation aux autorités idéologiques
des pays occidentaux ; mammonites celles-ci, qui adorent le FMI, le
moderne veau d'or, le libéralisme, la pseudo-pensée unique, et qui,
pratiquant le « monothéisme du marché » sans le dire, rejettent avec un vif courroux certains intégrismes
religieux pour mieux cacher le leur. On appellera hiéronymites les
héritiers de saint Jérôme : ceux
qui cherchent à traduire en langue vivante les textes sacrés et fondateurs
de notre civilisation, parce que le retour aux sources est indispensable à la régénération des forces
spirituelles de chaque génération. Saint
Jérôme, père de l'Église et du premier effort pour rendre la Bible accessible au vulgaire, la Vulgate, vivait
au désert, nu, et on le reconnaît dans la peinture européenne au
lion paisible qui l'accompagne, comme
une image de sa force naturelle. Son effort visait à la libération
de
l'humanité, à l'époque où le latin était
la langue internationale.
Reprenons donc les choses avec
une nouvelle terminologie. L'Espagne donna le jour à des « nouveaux
chrétiens » étonnants et admirables : la mère de Ferdinand le Catholique
elle-même était juive. Ils connurent
souvent à la fois la gloire et les calomnies leur vivant, ils étaient
de famille juive, et c'était un secret de polichinelle.
Rappelons les mésaventures de
l'un d'entre eux, éminent professeur à l'université de Salamanque, Fray Luis de León, qui était partiellement
juif aussi ; maniant
parfaitement l'hébreu outre le
latin et le grec, il avait faire connaître au vulgaire, au peuple des
chrétiens d'Espagne, le chant érotique qui est au cœur de la Bible,
le « Cantique des cantiques » ; les juifs, comme les protestants, traduisaient
beaucoup les textes sacrés en langue vulgaire ; le retour aux origines,
contre le latin canonique, pouvait servir à tout : à redynamiser
la lecture judaïque du texte de façon à fortifier un judaïsme théologique,
ou bien à démocratiser l'accès aux légendes fondatrices, à rafraîchir leur
potentiel subversif. L'Inquisition garda le très populaire poète et
professeur de théologie Fray Luis de León quatre années en prison,
puis le relâcha, et la légende dit (mais ce n'est qu'une légende) qu'il
reprit sa chaire à l'université de Salamanque avec cette élégante introduction
: « Comme nous le disions hier. ». Tout se résumait, conclut l'inculpé lui-même, à des mensonges et à la jalousie
de certains collègues. Et ses accusateurs déconfits n'ont nullement
essayé de défendre une version plus glorieuse de la chose, manquant
certainement de matière, que ce soit dans le sens philosémite ou antisémite.
Fray Luis de León, poète néoplatonicien,
promoteur de l'esprit de la Renaissance, doit être lu à la fois comme
un grand sujet de gloire pour les juifs et pour les chrétiens. Et les
malsines qui lui firent la vie impossible sont une très grande honte
pour les juifs et pour les chrétiens.
L'Espagne devenait conquérante,
et elle convertit l'Amérique au christianisme. Cela se fit par le glaive,
par la corruption des élites, par les unions de circonstance et les
viols, mais aussi parce que le christianisme libérait les populations
du terrible tribut organisé qu'était le sacrifice humain préhispanique
qui était de règle dans certaines régions, et partout des logiques
claniques terriblement étouffantes.
Le rôle que l'islam avait joué aux
premiers siècles lors de son expansion fulgurante, c'est un catholicisme volontairement
ouvert à l'universalité qui le reprit, dans ce nouveau contexte. Il
animait les rois d'Espagne, les conquérants qui prenaient des risques
inconsidérés, les missionnaires et les
autres relais.
Après un grand élan, bien sûr,
les choses se figèrent dans des rapports régis administrativement,
qui reconstituèrent durablement des hiérarchies tyranniques. Et pourtant,
les paysans indiens sont restés ardemment catholiques ; encore maintenant,
les paramilitaires entraînés par Israël visent chaque fois qu'ils le
peuvent, les dignitaires de l'Église qui tentent de protéger la population
de leurs exactions : 1982, Mgr Romero, assassiné au Salvador ; six
professeurs jésuites de l'université UCA, au Salvador, en 1986 ; l'évêque
du Guatemala Mgr Gerardi, le 26 avril 1998, puis de Isaias Duarte Cansino
celui de Cali (qui était pourtant un conservateur, mais qui se posait
des questions sur le rôle politique des narco-trafiquants).
C'est seulement au XVI° siècle
que l'Espagne et son empire se mettent à fourmiller de règlements racistes
conditionnant l'accès à toutes les positions enviables à la preuve
de la « pureté du sang ». Avant cette époque-là, les Hispano-chrétiens
n'étaient pas racistes ; l'Espagne était peuplée de castes entre lesquelles
se pratiquait l'échange de services, et chacune avait intérêt à ce
que les lois internes y garantissent l'ordre ; dans ce cadre, les mariages,
comme d'autres échanges à haute valeur ajoutée, n'étaient
ni rares ni objet de répression. Puis l'équilibre entre les trois castes
fut rompu, par des initiatives populaires, de chrétiens n'acceptant
pas l'accroissement à leur dépens du pouvoir des juifs sur leurs représentants.
Et c'est seulement lorsque les rois catholiques ont repris le contrôle
de toute l'Espagne, et que la majorité des juifs, acceptant la nouvelle
règle du jeu, se sont convertis, que se déchaîne le racisme espagnol.
Notre historien Américo Castro insiste : « Ce n'est pas un paradoxe,
mais une vérité élémentaire que d'affirmer que la société espagnole
fanatisait progressivement son christianisme à mesure que les Juifs
disparaissaient ou se convertissaient. Le catholicisme espagnol du
XVI° siècle, totalitaire et étatique, ne ressemble plus à celui du
Moyen-âge, ni à celui de l'Europe, ni même à celui de la Rome pontificale,
puisque celle-ci ne se fit pas faute d'héberger nombre de juifs expulsés
d'Espagne. N'oublions pas non plus qu'en 1491, Ferdinand le Catholique
protégeait encore les Juifs de Zamora contre les prédications des Dominicains,
confiait à des Israélites l'administration de la Sainte-Hermandad,
en prenait pour ambassadeurs, etc. La fin du XV° siècle a vu un profond
bouleversement, qui a rendu impossible le maintien des usages antérieurs.
L'infiltration des convertis dans la société chrétienne a donné naissance à des
phénomènes qui ont trouvé leur écho dans l'Histoire contemporaine :
de nombreux extrémistes de « droite » ou de « gauche » ont interverti
leur rôle du soir au matin, et les persécutés se sont brusquement transformés
en bourreaux. » Et l'objectif
délirant de la pureté de sang fut constamment battu en brèche, par
des ordonnances contraires de la part de l'Église, et par l'achat des
certificats de pureté de sang ; c'est cette même contrebande massive
qui permet aux trois quarts des habitants de l'Amérique latine de se
dire blancs, forts des papiers chèrement payés par quelque aïeul, s'ils
ont à répondre à la question de leur identité raciale pour améliorer
leur position sociale ; les mêmes revendiqueront leur autre aïeul,
indien ou noir, dans d'autres circonstances, par exemple pour affirmer
leur colère contre les perversités du système qui les étouffe.
3
- Retours à l'envoyeur
Les islamistes prétendent que
notre civilisation est condamnée parce qu'elle est authentiquement « judéo-chrétienne »,
c'est à dire basée sur la
conviction que les Blancs seraient
une race supérieure, se donnant pour mission d'humilier les autres,
en usant de la supériorité militaire et matérielle en général, et en
dissimulant sa perversité sous des oripeaux idéologiques, tel le christianisme,
religion des esclaves du judaïsme qui s' ignorent. Or toutes les civilisations
ont des étapes impérialistes, et des lueurs spirituelles. Si le judaïsme
existe encore comme une culture qu'on peut distinguer du christianisme,
c'est sans doute parce qu'il a comme les autres une luminosité réelle.
Mais par les temps qui courent, ce n'est pas une raison suffisante
pour que les non-juifs protègent les escrocs juifs, les assassins
juifs, les menteurs juifs.
Le moment est plutôt venu de rappeler
ceux qui voudraient encore sauver l'État d'Israël que Sharon avouait
son engouement pour les « violences antisémites », en 1952, et que
cela a été publié dans le Yiddish Journal of New York, le 11 juillet
1952 : « Je n'aurais pas honte de dire que si j'avais autant de force
que de volonté, j'aurais choisi un certain nombre de jeunes gens intelligents
et capables, entièrement acquis à l'idéal sioniste que j'enverrais
partout dans le monde ; ces jeunes gens cacheront leur identité juive
et diront aux juifs de la diaspora : « Juifs sanguinaires. allez en
Palestine ». Je garantis que les résultats seraient mille fois meilleurs
que ceux obtenus par nos prédicateurs qui s'adressent depuis des dizaines
d'années à des oreilles sourdes ». Mais Sharon et d'autres ont eu tout
le loisir de développer leur projet : « La Radio suisse donnait le
2 mars cette information : « A Bâle, l'auteur de l'acte antisémite
vient d'être identifié. Il s'agit d'un jeune juif de 23 ans étudiant
en médecine qui était mis en détention préventive. Aux étudiants juifs
de sa volée il avait envoyé des lettres de menace de mort et de la
littérature raciste ou nazie et il s'en était également pris à des
biens de familles juives ». En 1989, la police israélienne a interrogé huit
colons juifs soupçonnés d'avoir jeté au moins deux bombes incendiaires
contre les maisons de leurs voisins colons afin de provoquer des réactions
antiarabes (New York Times, 26 septembre 1989). En mai 1990, 300 tombes
juives dans deux cimetières de Haïfa ont été profanées. Le général
Zeevi exigea, persuadé que les coupables étaient arabes, leur expulsion
manu militari. La police israélienne, cependant,
a découvert que les profanateurs étaient deux juifs qui espéraient que les Arabes seraient suspectés,
et que les juifs s'en prendraient à eux (International Herald Tribune,
14 et 18 mai 1990 ; Journal de Genève, 15 mai 1990). Ceci devrait peut-être
mener les enquêteurs à plus de prudence dans l'attribution d'attaques
antijuives à des groupes palestiniens » En France, en 2003, ces pratiques se sont si bien
répandues que même la police est capable de démasquer un rabbin qui
se donne un coup de canif dans le ventre ! Et nul ne doute plus qu'une
bonne partie des « attentats-suicide » qui ravagent désormais le
monde sont mis à profit pour attiser l'islamophobie, le
prétexte dont ceux qui gouvernent aux États-Unis ont besoin pour pouvoir
défendre les intérêts de l'Israël SANS QUE CELA SOIT IMMÉDIATEMENT
VISIBLE. En effet, les États-uniens sont patriotes, et on voit mal
si ce n'est par la ruse, comment on les obligerait à aller crever
en Irak pour sauver un autre pays que le leur.
Il s'agit pour nous aussi de sauver
notre pays des engrenages de la provocation, tandis que les 50.000 à 150.000
personnes capables de manifester dans les rues de Paris leur soutien à Israël
multiplient les manœuvres pour que les intellectuels continuent à relayer
l'idéologie sioniste, de préférence sans s'en apercevoir ! C'est pourquoi
la déconstruction du discours des médias est indispensable, mais non
suffisante. Il y a des impostures implantées dans l'inconscient collectif à balayer.
Un retour sur certains poncifs apparemment non polémiques permet de
soulever un autre coin du voile, et de provoquer peut-être des ébranlements capables de le déchirer radicalement.
Les spécialistes affirment que
les célèbres « Protocoles des Sages de Sion » ont un antécédent hispanique
: un texte apocryphe attribué aux « princes de la Synagogue de Constantinople » donnant
un certain nombre de consignes aux rabbins pour faire face aux décrets
d'expulsion de 1492 ; on y invitait ceux qui ne pouvaient quitter le
pays avec leurs richesses à se soumettre
formellement à l'abjuration, et à faire de leurs enfants des avocats et des marchands, afin que ceux-ci à leur
tour, s'emparent un jour
des biens des chrétiens; des médecins,
chirurgiens et pharmaciens, afin
d'envoyer prestement dans l'autre
monde les chrétiens et descendants
de ceux-ci ; et des religieux, pour qu'ils puissent facilement violer
les temples chrétiens et profaner leurs sacrements et sacrifices.
Quelle famille, de quelle confession
que ce soit, ne souhaite voir ses enfants les plus doués devenir avocats,
négociants, médecins, chirurgiens, pharmaciens, autorités de la pensée
dominante? Et qui n'espère, s'il parvient à caser un de ses gosses
dans ces branches, que cela pourra servir à protéger la famille en
cas de coup dur, méchamment asséné par
quelque ennemi héréditaire jaloux et menteur, et, tant qu'à faire, à satisfaire
quelque vengeance bien légitime ?
4
- La leçon de l'anatomie
Dans le monde non juif, que la
langue juive qualifie avec un intense mépris de goy, il peut être très
sain de raviver certaines expressions populaires. Comme Molière, comme
Shakespeare, comme la rue, Céline insultait tout naturellement les
gens qu'il n'aimait pas en les traitant de juifs. On perçoit très clairement,
dès qu'on rentre dans le système de sa fureur, que celle-ci est en
rapport avec sa profession de médecin hygiéniste, qu'il cherche à le
raccourci incisif pour décrire et désamorcer une maladie généralisée,
pour asséner un remède de cheval à l'aliéné, en secouant vivement son
lecteur intoxiqué. Ce n'est pas forcément une maladie héréditaire qu'il
décrivait, mais avant tout une épidémie. Il n'est pas prudent de s'exprimer
comme Céline ; mais en cela comme dans d'autres domaines, Céline
avait l'esprit de la rue.
Une expression qu'on n'emploie
plus de nos jours, c'est « le petit juif », pour désigner cet os du
coude qui fait si mal quand il heurte un obstacle . Ah, qu'il est traître,
ce petit os habituellement insignifiant dans notre squelette, et qui
a l'air de se venger de temps à autre de cet oubli! Il est traître,
comme s'il n'était pas nous, et pourtant il est bien en nous, et nous
avons besoin de lui sans arrêt. Quand notre machine est bien huilée,
et que nous ne cognons pas dans les murs, quand ça baigne, que l'harmonie
règne entre notre intérieur et notre rapport à l'extérieur, cette
inconscience, cet oubli est non seulement normal, mais signe de bonne santé,
et facteur de bonne humeur. Notre « petit juif » nous est constitutif,
et il a deux fonctions : l'une, continue, de rouage indispensable à tous
nos gestes, de condition d'exercice de la force de nos bras ; dans
ce cas, comme tous nos organes, dans notre merveilleuse machinerie,
il est discret, il a la beauté de l'humilité au service d'une cause
qui le dépasse, notre humanité ; l' autre, sa vocation sarcastique à l'humour
juif, peut-être, est de nous rappeler, aïe, de temps en temps, que
chacun de nos rouages mérite d'être ménagé, et protégé comme les autres.
Le rire aussi a cette fonction à la portée de tous, de nous ramener
au réel naturel ; bien souvent, il faut rire, et faire rire, et en
rire aussi, de son « petit juif » qu'on insulte dès qu'il se fait remarquer.
Mais il faut aussi écouter son électrochoc, pour apprendre à le provoquer éventuellement
en retour: il faut s'être cogné
contre les aspérités du monde
extérieur pour le comprendre, avoir tâté du harcèlement, de la menace
et du chantage sionistes pour voir venir le malsin, l'agent masqué de
la force délirante et sans âme, le reconnaître, et lui asséner le premier
coup de gourdin. Mais qui donc choisirait de souffrir d'une hypertrophie
du coude, voyante et paralysante ? On ne peut souhaiter cela qu'à ses
ennemis !
« Ab ipso ferro » est la devise attestée de Fray Luis de
León, il l'a consignée plusieurs fois, signifiant que du fer même dont
on le blessait il tirait sa force. Traduire un texte libérateur est
un honneur ; il était apparemment prêt à sacrifier sa carrière pour
faire connaître le « Cantique des cantiques », parce qu'il le considérait
libérateur. C'est un texte qui magnifie les fruits de la nature et
de la terre, associés à la nudité féminine : il faisait partie de son
combat pour recentrer ses contemporains sur les valeurs opposées aux
délires urbains, et sur le retour aux sources de la pensée, grecques,
latines et hébraïques.
Certains se déchaînent parce qu'il
y a des gens pour traduire Israël Adam Shamir en français, la langue
de Voltaire, qui était prêt à tout pour que ses ennemis puissent s'exprimer
librement. Traduire un nouveau prophète génétiquement juif, révélateur
de « L'autre visage d'Israël » alors que les Palestiniens et les Irakiens
donnent au monde l'exemple de la résistance est la moindre des choses.
Il n'est pas désagréable de se voir honni par des escrocs pour le même
délit que Fray Luis de León : faire du tort, par le simple exercice
de la traduction, à des renards qui se croyaient promus gardiens de
la basse-cour parce qu'il y a des chapons, des oies blanches, des autruches,
des pigeons et même des dindons à la gorge enflammée pour les courtiser.
Sans parler des poux, des teignes, toute cette vermine dont les gens
propres se gardent. Et l'on a honte pour tous ces drôles d'oiseaux,parce
les « malsins », ce sont une fois encore, comme toujours, nos demi-frères,
de la même sale race que la nôtre : des humains pitoyables.
Courriel Maria Poumier : yapoum@free.fr
L'antisémitisme,
quoi de neuf ? par Azmi Bishara, 24 novembre
2003 L’auteur, membre du Parlement israélien, est le président
du Rassemblement national démocratique. Il vit à Nasra (Nazareth)
Le phénomène de l'antisémitisme n'est pas né avec Israël ni avec
la propagande israélienne. Il est beaucoup plus ancien. L'origine
du concept Antisemitismus remonte aux années 70 du XIXème siècle
en Allemagne pour décrire le phénomène de l'hostilité idéologique
envers les Juifs dans l'Europe centrale à cette époque. Ceux
qui vont plus loin le font remonter à Wilhelm Mar, l'écrivain
et le prédicateur qui a fondé la ligue pour limiter l'influence
des Juifs en 1871. L'essentiel est que ce concept d'"antisémitisme" en
tant que concept moderne a émergé pour décrire le phénomène de
l'hostilité envers les Juifs. Cela n'a aucun sens de masquer
les limites de ce concept et du phénomène qu'il spécifie en prétendant
que le racisme anti-arabe est une forme d'antisémitisme parce
que les Arabes font partie des peuples sémites, tout en acceptant
intrinsèquement ce concept racial et en essayant de s'y intégrer
comme s'il était un concept scientifique. Le racisme anti-arabe
n'a pas besoin d'être décrit comme "antisémite" pour qu'il soit
refusé. L'antisémitisme n'est pas la seule forme de racisme reconnu,
et la haine pour les Juifs désignée par "antisémitisme" n'est
pas justifiée parce qu'ils sont sémites. Le concept d'antisémitisme,
ou l'hostilité envers les sémites, a réduit plusieurs phénomènes à un
seul, qui est le phénomène de la haine des Juifs en Europe ou
les campagnes antijuives par l'utilisation des justifications
religieuses, raciales, nationales et sociales. Dans tous les
cas, le racisme ne doit pas être nécessairement une forme d'antisémitisme
ou en faire partie, pour qu'il puisse être refusé ou dénoncé ou
pour s'y opposer. Ni le génocide ni la destruction de la civilisation
des Aztèques et des autres peuples authentiques de l'Amérique
ne sont minimisés par le fait qu'ils ne font pas partie de l'antisémitisme,
mais plutôt du racisme colonial, tout comme cela ne remet pas
en cause l'humanité des peuples authentiques de l'Amérique. Le
phénomène de l'antisémitisme est un phénomène social et historique
qui ne peut être nié sans nier la raison et l'histoire. Et jusqu'à une
période récente, ce fut une des formes du racisme le plus dangereux
et le plus laid en Europe. La civilisation à laquelle Bush et
ses acolytes aiment rattacher les pays occidentaux actuels, ou
ce qui se nomme les traditions judéo-chrétiennes, chantées comme étant
le berceau de la démocratie libérale, est également la source
de l'antisémitisme, et le lieu de l'holocauste. Certains historiens
sionistes essaient de ramener l'antisémitisme aux époques précédant
le Moyen-âge, à Rome et en Grèce, soit de considérer tout phénomène
ancien de rejet d'une culture ou d'une religion différente, y
compris le judaïsme, comme une forme d'antisémitisme. A l'époque,
l'hostilité envers les Juifs n'était pas due au fait qu'ils étaient
Juifs mais étrangers et représentant une culture étrangère. La
culture religieuse juive a elle-même connu des justifications
bibliques pour détruire des peuples "incroyants", et la discrimination
n'était pas uniquement contre les Juifs. On ne peut considérer
toute civilisation qui comportait de la discrimination envers
les Juifs comme une civilisation antisémite, et on peut indiquer
que dans ces civilisations, y compris l'ancienne civilisation
juive, qui n'a pas connu le concept d'humanité ou de l'homme
de manière générale, concept qu'elle n'avait pas généralisé à toute
l'humanité, il y avait de manière générale une hostilité religieuse
ou "raciste" ou des formes d'hostilité contre l'Autre, le différent.
Mais l'antisémitisme qui est une forme particulière d'hostilité envers
l'autre différent, distingue la relation entre l'Europe et ses
habitants juifs. L'historien peut nous ramener au début des Croisades
qui ont été accompagnées d'incursions dans les pays et les villes
où vivaient les Juifs d'Allemagne, les "Ashkenazes", selon les
chroniqueurs de l'époque et les contemporains juifs, qui rapportent
les massacres organisés contre les Juifs. La discrimination s'est
poursuivie contre eux tout au long du Moyen-âge, prenant diverses
formes de rejet, de sanctions, y compris celle de définir les
formes de propriété, notamment la propriété de la terre, ou les
divers métiers et artisanats ou de les priver des liens professionnels
dans la ville. Cependant, la haine entre les institutions religieuses était
réciproque. Certains historiens du département des sciences juives à l'Université Hébraïque
de Jérusalem ont essayé récemment d'"épurer" cette histoire,
en faisant du "racisme", de la diabolisation de l'autre et de
la volonté de le dénigrer une affaire réciproque entre les adeptes
des deux religions à cette époque du Moyen-Age. Mais tout historien
pointilleux peut insister que cette hostilité religieuse envers
les Juifs est un prélude au phénomène d'antisémitisme qui a pris
diverses formes racistes (considérer les Juifs comme une race
religieuse, ou considérer leur simple présence comme un élément
contraire à la pureté raciale), des formes nationales (les Juifs
en tant qu'élément perturbateur pour la constitution et l'harmonie
d'une nation), ou antisémitisme social qui utilise la démagogie
sociale pour faire porter la souffrance et la paupérisation des
anciennes classes : paysans, aristocrates, artisans et autres
classes moyennes face aux valeurs de la bourgeoisie à "l'élément
juif" dans le capital, soit le capital bancaire. Ces explications
idéologiques de la misère et de la pauvreté sont allées de pair
avec des visions moyen-âgeuses et pré-modernes du Juif en tant
qu'usurier. Malgré la modernité du phénomène antisémite et sa
distinction de l'hostilité religieuse, il est difficile de séparer
les formes non-religieuses de l'antisémitisme d'une part, de
la tradition religieuse théologique dans la pensée, la compréhension
et l'imaginaire de la religiosité populaire au Moyen- Age de
l'autre. Dans cette culture, le Juif est la personnification
de l'Autre, il est aussi le négateur du message céleste, c'est-à-dire
le négateur de la continuation réelle de l'Ancien Testament,
soit le Nouveau Testament. Les opinions ont été diverses sur
ce sujet dans l'Eglise chrétienne. Au même moment, le christianisme
a été considéré par la pensée juive, dans tous ses courants,
comme un faux messianisme, une négation directe et une contradiction
absolue au judaïsme, venu pour mettre un terme à la mission du
judaïsme historique, à sa spécificité et à son élection pour
cette tâche. Il serait trop long de discuter du phénomène antisémite,
mais il faut quand même rappeler que la France actuellement accusée
par Israël d'antisémitisme est le premier pays à avoir accordé l'égalité juridique
aux Juifs le 28 septembre 1791 lorsque l'Assemblée nationale
leur a accordé la citoyenneté complète. Le parlement de la République
a confirmé par ce geste que la solution réside dans l'idée de
citoyenneté au-delà des appartenances religieuses. Mais la laïcisation
et les Lumières, qui a proposé des solutions à la question juive,
a également donné naissance à l'antisémitisme moderne. Celui-ci
a commencé avec les réactions des forces conservatrices aux Lumières
qui y ont vu une déchéance de la morale, de la tradition, de
la pyramide sociale et des systèmes d'obéissance en place, et
seul un élément intrus destructeur n'appartenant ni au peuple,
ni à ses valeurs religieuses avait intérêt à sa mise en place.
Et ainsi, l'antisémitisme conservateur s'est mis à ramener tout
phénomène qu'il jugeait comme une déchéance sociale, aux Juifs.
D'autres formes d'antisémitisme se sont appuyées sur les contradictions
des Lumières même, à commencer par les théories sur les races
qui essaient de proposer une théorie "pseudo scientifique" pour
comprendre l'histoire, ou des théories sociales dans leur ensemble,
incluses dans la modernité. Il ne fait aucun doute que l'antisémitisme
moderne a donné naissance à l'une des formes les plus laides
du racisme, qui sont la tentative de détruire collectivement
les Juifs d'Europe et l'holocauste nazi. Ni la civilisation islamique
ni les autres civilisations orientales n'ont comporté d'hostilité aux
Juifs comparable au phénomène de l'antisémitisme. Ces paroles
ne cherchent pas à innocenter les civilisations orientales des
nombreux massacres qui se sont déroulés au cours de leur histoire.
Mais elles n'ont pas donné naissance à l'antisémitisme. Bien
que la civilisation islamique ait vu une discrimination envers
les minorités religieuses, mais celle-ci n'a jamais été comparable
dans l'ensemble aux souffrances des groupes musulmans eux-mêmes,
opposés au courant dominant ou bien aux souffrances des opprimés
appartenant à la catégorie majoritaire même, ces derniers représentant
la menace réelle au régime dominant. La tentative d'Israël d'étendre
le phénomène de l'antisémitisme jusqu'à inclure à posteriori
cette civilisation est une tentative politique israélienne évidente
pour s'identifier au rôle de victime juive de l'Europe, également
dans le cadre du conflit actuel avec les Arabes. Il est l'acteur
et non la victime dans ce cadre. Mais nous devons rappeler par
ailleurs que les mouvements politiques arabes contemporains qui
ont été massivement influencés par la pensée politique européenne,
y compris par les pères du national-socialisme et du fascisme
italien, ainsi que par les idées réactionnaires russes de la
fin du XIXème siècle, ont été pollués par certaines idées d'antisémitisme
sans toutefois être adoptées en tant que pensée ou idéologie
globale. Lorsque le sionisme a utilisé l'holocauste pour justifier
le désastre (la Nakba), certains ont considéré que la réponse était
de nier l'holocauste ou du moins de minimiser son importance.
Lorsque la défaite catastrophique de 1967 a eu lieu, le besoin
de justifier son énormité à soi-même a fait dire qu'elle n'aurait
pas eu lieu si l'adversaire n'était pas un diable international
réel, une pieuvre du mal, etc.. De là vient la diffusion des "Protocoles
des sages de Sion" après la défaite, qui ne sont qu'un mensonge
des services de renseignements russes tsaristes, et les Arabes
n'ont rien à y voir, ni de près ni de loin. Lorsque la religiosité politique
a profité de la défaite du courant national au pouvoir en teintant
de religion les slogans nationaux et populaires de ce dernier,
tous les fils se sont effectivement entremêlés. Il y a une base
pour une autocritique dans la façon de traiter "la question juive" ou
le fait de ne pas distinguer entre les Juifs et le sionisme.
Cet amalgame est précisément ce que souhaite Israël pour justifier
la non-distinction entre critique du sionisme et antisémitisme,
et pour qu'il se pose en représentant historique des Juifs du
monde, en porte-parole de leurs souffrances, pour sioniser cette
souffrance comme le fait de sioniser à postériori les calendriers
juifs en un seul calendrier national. L'autocritique n'est pas
en contradiction avec les réalités suivantes : 1 - l'antisémitisme
est un phénomène européen qui a atteint son paroxysme dans l'holocauste
nazi. 2 - La forme de racisme la plus développée dans la civilisation
occidentale actuelle n'est pas l'antisémitisme mais l'hostilité aux
Arabes et aux Musulmans. 3 - Tous les antisémites ne sont pas
hostiles à Israël, certains entretiennent avec lui des rapports
amicaux et y voient une bonne solution de la question juive dans
leurs pays ou le considèrent du moins comme un exemple d'un Etat
national à culture militaire. 4 - Les traditions politiques et
intellectuelles occidentales qui se sont opposées à l'antisémitisme
et ont réclamé l'égalité sont les mêmes qui aujourd'hui critiquent
Israël et l'occupation israélienne. La propagande israélienne
est hostile à de nombreux courants hostiles à l'antisémitisme.
Israël essaie de façon extrêmement méthodique et pragmatique
de décrire toute hostilité à Israël ou au sionisme, ou toute
critique acerbe à Israël comme de l'antisémitisme, ou une forme
d'antisémitisme, jusqu'à exercer du terrorisme intellectuel.
Quoiqu'il en soit, Israël est très éclectique dans sa façon de
demander des comptes aux responsables pour leurs déclarations.
Il en exclut ce qu'il juge ayant un rôle politique utile à Israël.
C'est ainsi qu'il n'a pas demandé des comptes à Berlusconi à propos
de ses déclarations qui ont innocenté Mussolini d'avoir tué un
seul Juif, car "il les a seulement envoyés se promener au nord",
comme il l'a déclaré. Israël n'a prêté aucun intérêt à cette
déclaration. L'historien italien Primo Levi fut l'un de ceux
qui ont été envoyés à cette "promenade", et quant au nord, il
s'agit du centre de détention et de génocide, Auschwitz. Ce qui
agace donc Israël chez Jacques Chirac ce n'est pas son hostilité aux
Juifs, il n'y a aucune preuve pour cela, mais plutôt son attitude
critique envers Israël. De nombreuses organisations dans le monde
ont été fondées pour relever ce genre d'expressions et la poursuite
de ses responsables, qu'ils soient antisémites ou non. Depuis
que la majorité des communautés juives organisées dans le monde
sont devenues solidaires d'Israël (et depuis le chiffre heureux
d'Israël, 1967), il y a une tendance pour taxer toute critique
d'Israël d'une forme d'antisémitisme, même si en Israël, il est
possible d'être même plus tranchant. Il s'agit de l'une des sources
de la complexité de la question palestinienne. Israël pleurniche à propos
de l'intérêt international à la question palestinienne. Il accuse
le monde de changer de couleur s'il fait du bruit contre les
pratiques israéliennes dans les territoires occupés qui sont "loin
d'égaler des crimes qui ne suscitent aucun intérêt dans le monde" selon
la propagande israélienne. La réalité est que l'intérêt international "en
surplus" à la question palestinienne est une source de force
si les Palestiniens savent l'utiliser dans un discours libérateur
et démocratique, tout en étant antisioniste. Mais il est aussi,
et historiquement, une source de faiblesse. Car sa source n'est
pas l'intérêt aux Palestiniens, mais aux Juifs. Ce qui provoque
cet intérêt est la connexion de la question palestinienne avec
la question juive, avec la place de cette dernière dans la mémoire
et la conscience occidentales. Ce qui conduit en fin de compte à mettre
sur le même plan l'occupant et l'occupé dans une tentative d'être équitable
avec les "deux côtés", car tout pas de solidarité envers le peuple
sous occupation exige une compensation à l'occupant, pour éviter
d'être accusé d'hostilité envers lui et pour se protéger d'une
telle accusation. Cette logique conduit à un comportement officiel
de l'Europe envers Israël, dans le meilleur des cas de critique,
non pas comme faisant face à une situation coloniale mais comme
le comportement d'une mère avec son fils écervelé et insensé,
essayant de lui interdire de se faire mal, supportant ses insultes
et ses humiliations. La question palestinienne est née en quelque
sorte de l'intérêt international, depuis la déclaration Balfour,
et sans cet intérêt pour la question, la question palestinienne
n'aurait pas vu le jour, ou bien elle aurait été réglée depuis
longtemps comme toute autre question coloniale, que la victime
ait été un peuple peu nombreux ou nombreux. Mais la question
palestinienne est née précisément lorsque les autres peuples
ont obtenu leur indépendance, et elle est devenue encore plus
complexe lorsque les autres questions ont été réglées. Bien que
des secteurs de l'élite palestinienne ont profité de la "fabrication
de la question" au niveau international, le peuple palestinien
n'a rien à envier pour cet intérêt "en surplus" international.
Il n'est plus possible d'échapper à cette connexion entre les
deux questions et de cet intérêt international sauf par une pensée
et un discours de souhait. La question qui se pose est de savoir
comment se comporter avec cet intérêt, d'une part en refusant
l'antisémitisme, en refusant qu'il soit une des sources pour
prouver la justesse de la cause palestinienne, dans une sorte
d'attisation de l'image du mal absolu dont ont également souffert
autres que les Palestiniens, et d'autre part, en refusant la
tentative d'Israël d'utiliser l'antisémitisme pour faire taire
toute voix qui s'élève contre Israël et ses pratiques, et qui
refuse aussi de l'affranchir de l'accusation de racisme. Sharon
et “l’antisémitisme” en Europe L'antisémitisme en Europe est
dû aux critiques formulées contre la politique israélienne au
Proche-Orient, estime le Premier ministre israélien Ariel Sharon
dans un entretien publié lundi sur le site Internet EUpolitix.com.
Ariel Sharon note également que "l'Etat d'Israël ne peur se permettre
de déposer sa destinée entre les mains des Européens, réputés
pour leur politique déséquilibrée". Interrogé sur un récent sondage
selon lequel 59% des Européens considèrent Israël comme une menace à la
paix mondiale, Ariel Sharon estime que les critiques contre la
politique israélienne et l'antisémitisme sont liés. "Aujourd'hui,
il n'y a aucune séparation", di-il. "L'Etat d'Israël est l'Etat
juif, et l'attitude envers Israël est en accord avec cela", ajoute-t-il,
reprochant aux gouvernements européens de ne pas faire suffisamment
d'éfforts pour lutter contre l'antisémitisme sur le continent.
Selon Ariel Sharon, l'antisémitisme en Europe n'est pas un phénomène
nouveau mais connaît un nouvel éveil qui vise à "compromettre
le droit d'Israël à l'auto-défense, donc c'est un danger pour
les juifs". Pour lire l’intégralité de l’entretien, http://www.eupolitix.com/FR/News/1c73600d-64ed-4cd5-8ecf-c210f085f992.htm
Alger 1957, Bagdad 2003... L'Armée
française, experte en répression Dans les années 1970, des officiers
français, anciens tortionnaires de la guerre d'Algérie, aussi sympathiques
que le général Aussaresses, ont exporté leur savoir-faire dans les
dictatures d'Amérique du Sud, Brésil, Argentine, Chili. Le documentaire
diffusé par Canal Plus le 1er septembre, « Les Escadrons de la mort
: l'école française », a fait l'effet d'une douche froide. La « patrie
des droits de l'homme » reste la grande spécialiste de la répression
contre-révolutionnaire et de .la négation des droits de l'homme.
Deux faits récents convergent sur le même événement historique :
le documentaire de Canal Plus diffusé le 1er septembre, et l'annonce
de la diffusion du film « La Bataille d'Alger », le 27 août dernier, à une
quarantaine d'officiers et de civils américains dans un auditorium
du Pentagone. La France reste une référence en matière d'écrasement
des droits de l'homme ! Le général Aussaresses « confirme avoir enseigné la
torture et les techniques de la bataille d'Alger, notamment aux militaires
brésiliens de 1973 à 1975 » ;
les officiers français « qui enseignaient aux futurs militaires des dictatures
sud-américaines comme l'Argentine et le Chili » (1) « avaient tous participé à la
guerre d'Algérie » (2). Mieux : la plupart étaient des anciens d'Indochine.
Ils avaient déjà eu le temps de réfléchir à la difficulté de combattre
un ennemi qui vit parmi la population « comme un poisson dans l'eau ».
Leurs livres de chevet, disaient-ils, étaient ceux de leurs adversaires
: les théoriciens de la « guerre révolutionnaire », Lénine, Mao, etc.
Leur véritable ennemi : la révolution communiste internationale. Les
méthodes des Français « Quadrillage d'une ville, interrogatoire des suspects
et mise en place des escadrons de la mort » (1). La base de ces « techniques »,
la première de ces « opérations » ne doit pas être oubliée, c'est le
remplacement des policiers par des militaires. Le 7 janvier 1957, le
préfet d'Alger remet officiellement ses pouvoirs de police au général
Massu. Aux paras d'assurrer « l'ordre ». Les policiers ne sont pas absents,
ils ont un rôle subalterne : fournir leurs fichiers, jouer les traducteurs,
conseillers, informateurs. Inversement, les militaires ne se comportent
pas en militaires. « Aujourd'hui nous sommes policiers ! », explique
un gradé 3. La Directive Générale n° 1 du général Salan, datée du 18
décembre 1956, fixe deux objectifs aux militaires : « l'anéantissement
des groupements militaires » (classique) « et la destruction de la structure
politique de l'adversaire » (moins classique !) (4). Les paras sont des
policiers qui ont tous les droits, aucun encadrement juridique, mais
ils doivent aussi innover. En clair : passer de la guerre traditionnelle à la
guerre civile. Tortures et disparitions La force des « terroristes » sera
aussi leur faiblesse, pensent les officiers français. Ils sont comme
des poissons dans l'eau ? Ecumons un peu d'eau, faisons parler quelques
petits poissons, et remontons progressivement jusqu'au cour de la « structure
politique ». Dès le début, les CTC, centres de triage et de transit,
se multiplient comme des champignons, telle la sinistre villa Sésini.
Ils seront légalisés en avril 1957 et limités à un mois avant la libération,
la prison ou les centres de rétention, nouvellement créés.« Interrogatoires
poussés à fond », précise Salan dès le début de 1957. Mais le souci de
ne pas laisser de preuves reste toujours présent. D'où les techniques
utilisées : la gégène, surnom de la Génératrice qui alimentait les radios
; et l'eau, avec l'étouffement dans la baignoire, ou le versement du
contenu de jerrycans dans la bouche à l'aide d'un entonnoir. Entre autres.
En cas d' « accidents », cardiaques par exemple, ou d'élimination volontaire,
la mort est soit déguisée en suicide, soit niée et dénommée fuite et évasion.
D'après Paul Teitgen, qui signait, en principe, tous les arrêtés d'assignation à Alger,
il y a eu 24 000 arrestations et 3024 disparitions. Cette méthode des
disparitions sera systématique en Argentine dès le début, alors qu'elle
fut improvisée à Alger, y compris d'ailleurs le procédé consistant à balancer
les prisonniers en mer à partir d'un hélicoptère. « Les pêcheurs évitaient
d'aller taquiner le poisson à l'estuaire de la rivière Mazafran, à 30
kms d'Alger, tant on y a vu surnager de cadavres » (5). Au début et à la
fin, la Gauche Les députés Verts ont proposé de créer une « commission
parlementaire sur le rôle de la France dans le soutien aux régimes militaires
d'Amérique latine de 1973 à 1984 ». « L'honneur de la France est de faire
toute la lumière. » (2) D'abord, de 1981 à 1984, on connaît les responsables
: PS, PCF et radicaux de gauche. Et à l'époque de la formation (en 1956-57)
des formateurs (de 1973-84), ils avaient la même couleur politique :
ils s'appelaient Pierre Mendès-France, Guy Mollet, François Mitterrand.
Et ils avaient le soutien et les votes du PCF.Le 18 juin 1954, l'investiture
du gouvernement Mendès-France est votée par le PCF. Lorsque les « attentats
terroristes » démarrent, le 1er novembre 1954, Mendès France et son ministre
de l'Intérieur François Mitterrand refusent toute idée de réforme ou
de négociation. « L'Algérie, c'est la France ! », déclare alors Mitterrand.
Le 1er février 1956, nouveau gouvernement. Le socialiste Guy Mollet obtient
420 voix, dont celles du PCF, contre seulement 71. Le 12 mars, lui sont
accordés les fameux « pouvoirs spéciaux », avec les mêmes voix (455 contre
76), qui lui permettront de renforcer la répression en Algérie. Voilà ce
qui a mené, et ceux qui ont mené, à la bataille d'Alger. Voilà où mènent
le réalisme, l'électoralisme et la démocratie. Voilà ce qu'il ne faudrait
jamais oublier. Alger 1957, Bagdad 2003 Entre l'Indochine et l'Irak en
passant par l'Amérique latine, la bataille d'Alger marque ce passage
de la répression dans les villages à la répression dans les villes. D'ailleurs,
le premier objectif des paras à Alger a été de briser la grève générale
programmée par le FLN pour le 28 janvier 1957. La répression anti-sociale
latino-américaine a été à l'école de la répression coloniale française.
Aujourd'hui encore, le pas est vite franchi de la répression du terrorisme à la
répression des militants ouvriers. Autrement dit, regardez comment sont
traités les « sous-développés », les « extrémistes », les « terroristes »,
c'est ainsi qu'ils traitent les ouvriers lorsque ceux-ci osent se révolter.
A propos des trois « journées de juin » de 1848, c'est-à-dire de la répression
sanglante des ouvriers parisiens, Engels écrivait : « Le peuple n'avait
pas eu l'idée qu'on peut en plein Paris faire la guerre comme en Algérie » (6).
La guerre coloniale de 1830 avait été une école pour la guerre sociale
de 1848. Alors, retenons deux choses. Premièrement, la France
est la patrie de l'écrasement des droits de l'homme.
Deuxièmement,
toutes les répressions coloniales se sont soldées par des échecs politiques,
et toutes les dictatures latino-américaines n'ont duré que quelques années.
Qui croira que le savoir-faire des officiers français serait efficace
aujourd'hui à Bagdad ? Notes : 1 : Télérama, 17 septembre 2003. 2 : Le
Monde, 25 septembre. 3 : La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie,
Raphaëlle Blanche, Gallimard, 2001, page 116. 4 : ibid, page 107. 5 :
ibid, page 142. 6 : Histoire politique de la IV République, Eric Duhamel,
Ed. La Découverte, 2000. 7 : Les Luttes de classes en France, Ed. Sociales,
page 195. Source : SubTerra , Bruxelles, Belgique . http://www.subterra.be/
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