John Brown à Harper’s Ferry |
L’abolitionniste John Brown (1800-1859),
grande figure de la lutte contre l’esclavage
John Brown est né le 9 mai 1800 à Torrington dans l'Etat
du Connecticut. Son père, un fervent religieux calviniste,
s'opposait à l'esclavage et croyait que le fait de maintenir
un homme en esclavage était un acte contre Dieu.
Pendant la guerre de 1812, John Brown se rendit dans les régions
inexplorées du Michigan. Il logea chez un homme propriétaire
d'un esclave. John Brown était bien traité contrairement
à l'esclave qui était systématiquement battu
avec une pelle, sous ses yeux. Ces scènes de violence restèrent
gravées à jamais dans sa mémoire.
Le 21 juin 1820, John Brown épousa Dianthe Lusk qui mourut
en 1832, suite à une fausse couche, après avoir eu sept
enfants. En juin 1833, John Brown se maria avec Mary Ann Day, elle
prit soin des cinq enfants de John Brown nés de son premier
mariage et elle-même donna naissance à 13 autres enfants.
De ses 20 enfants seulement dix survécurent jusqu'à
l'adolescence et six jusqu'à l'âge adulte et deux furent
tués lors du raid sur Harper's Ferry.
En 1836, John Brown et sa famille s'en allèrent vivre à
Franklin Mills dans l'Etat de l'Ohio. Il emprunta de l'argent pour
acheter de la terre. Mais avec les difficultés économiques
que connurent les États-Unis en 1837, il ne put rembourser
ses dettes. Il parcourut également la Pennsylvanie, la Massachusetts
et l'État de New York. Il fut tour à tour, fermier,
marchand de laine, tanneur, et spéculateur terrien. Mais n'eut
aucun succès financier.
Toute la famille Brown était impliquée dans la lutte
pour l'abolitionnisme et ses fils survivants étaient ses plus
fidèles lieutenants. Le 7 Novembre 1837 à la suite de
l'assassinat de son ami Elijah Lovejoy, éditeur d'un journal
abolitionniste, John Brown fit le serment de mettre fin par tous les
moyens à l'esclavage.
Le 28 septembre 1842, une cour fédérale prononça
l'insolvabilité de John Brown. Les créanciers prirent
ce dont la famille avait besoin pour vivre. Cependant, ses déboires
financiers ne l'empêchaient pas de continuer sa lutte.
En 1847, Frederick Douglass [1] rencontra J. Brown pour la première
fois à Springfield dans l'Etat du Massachusetts. A l'issue
de la réunion Douglass déclara : "Though a white
gentleman, [Brown] is in sympathy a black man, and as deeply interested
in our cause, as though his own soul had been pierced with the iron
of slavery." [“Bien que blanc, il est en sympathie avec
l’homme noir, et si profondément intéressé
à notre cause que l’on dirait que son âme a été
transpercée par le fer de l’esclavage”] C'est sans
doute au cours de cette première entrevue, que John Brown dévoila
à Douglass les grandes lignes de son plan de guerre pour la
libération des esclaves noirs.
En 1849, John Brown s'installa parmi une communauté noire au
nord de la ville de Elba dans l'Etat de New York créée
à l'initiative de Gerrit Smith. Ce généreux philanthrope
fit don de 50 âcres de terre aux familles noires disposées
à défricher et à cultiver la terre. Brown proposa
d'installer sa propre ferme afin de diriger et d'aider les noirs par
son exemple
En dépit de ses diverses contributions à la cause anti-esclavagiste,
John Brown n'émergea pas comme un leader dans la lutte pour
la libération des esclaves.
En 1851, le président Stephen Douglass fit adopter la loi "Nebraska-Kansas".
Cette disposition législative déclencha une guerre civile
au Kansas entre les colons pro-esclavagistes et les partisans d'une
terre libre exemptée de l'institution de l'esclavage.
En juin 1855, John Brown décida de partir au Kansas avec cinq
de ses fils combattre les colons esclavagistes.
Le 24-25 mai 1856, suite au pillage de la ville de Lawrence dans le
Kansas par des esclavagistes venus de l'Etat du Missouri et à
l'agression du sénateur abolitionniste, Charles Summer, John
Brown accompagné de ses fils et de trois autres hommes, décidèrent
de se venger. Ils enlevèrent cinq colons esclavagistes près
de Pottawatomie Creek puis les tuèrent à coup de sabre.
En août 1856 John Brown lança avec ses hommes un raid
sur la ville d'Ossawatomie.
Dès janvier 1857, John Brown avait un projet: provoquer un
soulèvement d'esclaves dans les États du sud. Afin de
réaliser son rêve, il avait besoin d'argent pour équiper
son "armée". Pour lever des fonds, il obtint d'abord
des lettres de recommandation de la part de Charles Robinson, gouverneur
du Kansas pour les partisans de la "terre libre". Dès
lors, sa vie se partagea entre le Kansas et Boston. Dans la capitale
de l'Etat du Massachusetts, John Brown fit la connaissance de nombreux
abolitionnistes fortunés; tels que les membres d'un groupe
clandestin appelé "les Six Secrets" qui servaient
la cause anti-esclavagiste au Kansas. Comme son nom l'indique, ce
cercle était composé de six membres issus de la bourgeoisie
bostonienne: Thomas Wentworth Higginson, pasteur transcendantaliste
et écrivain, Théodore Parker, fondateur de l'Église
unitarienne de Boston, Samuel Gridley Howe, médecin de réputation
internationale pour ses travaux auprès des aveugles et des
sourds, Georges L. Stearns un riche commerçant et Franklin
B. Sanborn, jeune enseignant. Il rencontra aussi Amos Lawrence, l'homme
qui donna son nom à la fameuse ville de Lawrence au Kansas
et le sénateur Charles Summer. Tous acceptèrent de l'épauler
dans son projet.
Pendant l'hiver 1858, installé dans la ville ontarienne de
Chatham au Canada, lieu de ralliement pour les esclaves en fuite,
John Brown envoya une lettre type à quelques personnes minutieusement
choisies: "monsieur, nous vous demandons instamment de venir
rencontrer de nombreux amis de la liberté...et d'amener avec
vous tous ceux que vous savez totalement dédiés à
notre cause.Ici, beaucoup d'entre nous sommes déjà réunis.
Nous avons donc cru bon de tenir cette assemblée dans la plus
haute discrétion." en fait, John Brown commença
à élaborer son plan destiné à s'emparer
d'un arsenal fédéral afin de provoquer une insurrection
d'esclaves en Virginie; l'endroit choisi fut Harper's Ferry, une ville
se situant à quelques kilomètres de la Pennsylvanie.
En mai 1858, John Brown retourna au Kansas sous le pseudonyme de Shubel
Morgan. Chevauchant à travers le Missouri, il attaqua deux
fermiers propriétaires d'esclaves. Il leur confisqua leurs
biens et libéra onze esclaves dont deux allaient se joindre
plus tard à la bande. En 28 jours, il couvrira plus de 600
kilomètres afin de rejoindre le Canada et de redonner la liberté
aux esclaves.
Le 3 juillet 1859, Au Nord de Harper's Ferry, sur la rive du Potomac
situé dans l'Etat du Maryland, John Brown loua une ferme sous
le nom de Isaac Smith. Le 16 août 1859, John Brown et Frederick
Douglass eurent un entretien clandestin dans une vieille carrière
de Chamberburg. Pour convaincre l'abolitionniste noir, il lui dit:
"Venez avec moi, Douglass. J'ai besoin de vous pour une mission
spéciale. Quand je frapperai, les abeilles formeront leur essaim
et il faudra que vous m'aidiez à les diriger vers la ruche".
Frederick Douglass refusa. Au cours de cette rencontre, il fit la
connaissance d'un jeune noir de 23 ans, Shield Green. John Brown n'eut
aucune difficulté à le persuader de se joindre à
lui.
L'attaque de l'arsenal fédéral de Harper's Ferry
• Le 16 octobre 1859, avant de quitter la ferme, il dit à
ses hommes: "Messieurs, prenez vos armes, nous recourrons à
la violence à Harper's Ferry". Après la tombée
de la nuit et laissant à la ferme trois de ses hommes par précaution
pour garder sa base, John Brown et sa petite armée composée
de treize hommes blancs dont trois de ses fils, et de cinq hommes
noirs attaquèrent l'arsenal fédéral de Harper's
Ferry se trouvant sur Potomac Street. La sentinelle prise par surprise
par le commando se fit rapidement désarmer. Brown lui dit:
"Je suis du Kansas et je viens ici car c'est un État esclavagiste;
je veux libérer tous les noirs de cet État; je prends
dès maintenant possession de cet arsenal et si les citoyens
de cette ville tentent de s'opposer à moi, je mettrai le feu
aux maisons et je ferai couler le sang".
John Brown envoya des hommes pour avertir les esclaves de sa présence
et de ses intentions. Ils ramenèrent soixante otages dont l'arrière-petit-neveu
de Georges Washington, le lieutenant-colonel Lewis Washington, lui-même
propriétaire d'esclaves. Toute la nuit, John Brown attendit
les esclaves. Aucun d'entre eux ne vint le rejoindre. Il réalisa
que son plan était un échec. Vers minuit, il fit arrêter
un train sur un pont. L'un des hommes de John Brown tua un bagagiste
noir. L'abolitionniste du Kansas paralysé par l'indécision,
ne sachant que faire, retourna dans l'arsenal. La contre-attaque des
habitants de Harper's Ferry et de la milice locale s'organisa.
• Le 17 octobre 1859. Envoyée de Washington, une compagnie
de fusiliers marins arriva sur place. A sa tête, le colonel
Robert E. Lee (futur général de l'armée sudiste)
secondé par le lieutenant J.E.B. Stuart (futur général
de cavalerie confédéré). Les échanges
de coup de feu durèrent toute l'après-midi. Ayant déjà
perdu des compagnons, John Brown se réfugia avec les survivants
de sa petite "armée" et les prisonniers dans la caserne
des pompiers de Harper's Ferry. Ce bâtiment avec ses murs épais
lui offrait une meilleure protection. A la fin de la journée,
John Brown subit une déconvenue: huit hommes du commando avaient
été tués dont deux de ses fils, tandis que sept
autres membres du raid prirent la fuite (plus tard deux d'entre eux
furent capturés). John Brown, quant à lui, fut blessé
par l'épée de parade d'un officier puis capturé.
Du côté des miliciens, on ne déplora qu'un mort,
tué dans l'assaut final de la caserne des pompiers.
Des cinq noirs qui avaient suivi John Brown, deux hommes furent tués
au moment des combats: Dangerfield Newby et Lewis Sheridan Leary originaire
de Caroline du Nord. Deux autres, Shields Green et John Anthony Copeland
Jr, furent arrêtés puis pendus le 16 décembre
1859. Seul un noir, Osborn Perry Anderson pu s'échapper et
rejoindre le Canada. Il ne reviendra qu'en 1864 pour s'engager dans
l'armée nordiste. Il mourut en 1872.
Le 27 octobre 1859 afin d'éviter toute tentative de lynchage,
l'Etat de Virginie organisa rapidement le procès de John Brown.
Les chefs d'accusation portèrent sur trois points: la haute
trahison, l'incitation à l'insurrection et le meurtre. Au cours
de son procès, John Brown gagna l'admiration de certaines personnalités
par sa dignité, son éloquence et son implacable engagement
anti-esclavagiste. Il devint un véritable symbole de la lutte
contre l'esclave et rapidement un martyr.
Le 2 novembre 1859, le jury condamna John Brown à être
pendu, après cinquante-cinq minutes de délibération.
Le 2 décembre 1859 John Brown fut pendu. Victor Hugo écrivit
une lettre au gouvernement des Etats-Unis en soutien au condamné.
Ne voulant pas soutenir et cautionner l'action de John Brown, Abraham
Lincoln déclara en décembre 1859: "John Brown a
été exécuté pour trahison; nous ne pouvons
nous élever contre cette décision bien qu'il ait partagé
notre conviction sur l'esclavage. Cela ne peut excuser la violence,
l'effusion de sang, et la trahison. Et le fait qu'il pensait avoir
raison, ne l'excuse pas davantage".
La mort de John Brown allait être un prélude à
la guerre de Sécession que Victor Hugo prophétise ici.
Le Progrès, de Port-au-Prince, publia la lettre suivante,
écrite par Victor Hugo à M. Heurtelou, rédacteur
en chef de ce journal, en réponse aux remerciements que M.
Heurtelou lui avait adressés pour la défense de John
Brown.
Hauteville-House, 1er mars 1860
Vous êtes, monsieur, un noble échantillon de cette humanité
noire si longtemps opprimée et méconnue.
D’un bout à l’autre de la terre, la même
flamme est dans l’homme; et les noirs comme vous le prouvent.
Y a-t-il eu plusieurs Adam? Les naturalistes peuvent discuter la question;
mais ce qui est certain, c’est qu’il n’y a qu’un
Dieu.
Puisqu’il n’y a qu’un père, nous sommes frères.
C’est pour cette vérité que John Brown est mort;
c’est pour cette vérité que je lutte. Vous m’en
remerciez, et je ne saurais vous dire combien vos belles paroles me
touchent.
Il n’y a sur la terre ni blancs ni noirs, il y a des esprits;
vous en êtes un. Devant Dieu, toutes les âmes sont blanches.
J’aime votre pays, votre race, votre liberté, votre révolution,
votre république. Votre île magnifique et douce plaît
à cette heure aux âmes libres; elle vient de donner un
grand exemple; elle a brisé le despotisme.
Elle nous aidera à briser l’esclavage.
Car la servitude, sous toutes ses formes, disparaîtra. Ce que
les États du Sud viennent de tuer, ce n’est pas John
Brown, c’est l’esclavage.
Dès aujourd’hui, l’Union américaine peut,
quoi qu’en dise le honteux message du président Buchanan,
être considérée comme rompue. Je le regrette profondément,
mais cela est désormais fatal; entre le Sud et le Nord, il
y a le gibet de Brown. La solidarité n’est pas possible.
Un tel crime ne se porte pas à deux.
Ce crime, continuez de le flétrir, et continuez de consolider
votre généreuse révolution. Poursuivez votre
œuvre, vous et vos dignes concitoyens. Haïti est maintenant
une lumière. Il est beau que parmi les flambeaux du progrès,
éclairant la route des hommes, on en voie un tenu par la main
d’un nègre.
Votre frère,
Victor Hugo
Note :
[1] - Frederick Douglass (1818-1895), esclave autodidacte devenu journaliste
et combattant abolitionniste puis consul des USA. Lire : http://www.grioo.com/info2313.html
Source : http://www.medarus.org
Pour en savoir plus sur John Brown, aller à : http://www3.iath.virginia.edu/jbrown/master.html