22/12/04
- Agression islamophobe à Mulhouse
par le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), 21 décembre
2004
Mme Bouatti Ouarda, Mulhousienne âgée de 39 ans et mère
de cinq enfants a été rouée de coups et menacée
de mort le mercredi 15 décembre au matin par deux hommes parce
qu'elle portait un voile. Alors qu'elle se dirigeait vers l'entrée
du magasin pour acheter son pain, un homme de grande taille l'a interpellé
en qualifiant son voile de « merde » puis lui a assené
des coups de poings. Sa tête a heurté violemment un mur
puis le même individu s'est acharné sur sa victime à
l'aide d'un bâton que lui a tendu son complice, qui par la suite
lui suggéra de la « flinguer ». Le commissariat a
indiqué que les faits semblaient avérés. Mme Bouatti
a le visage tuméfié, porte des blessures à l'intérieur
de la bouche et a le bras gauche bandé. Le CCIF condamne avec
la plus grande fermeté cet acte inqualifiable et exprime sa profonde
inquiétude face aux agressions répétées
que subissent nos concitoyens de confession musulmane. Le CCIF ressent
par ailleurs une profonde amertume vis-à-vis de l'indifférence
des témoins face au lynchage de Madame Bouatti. Personne n'a
daigné lui venir humainement en aide. La similitude de cette
histoire avec celle connue sous le nom du « RER D » est
frappante. Seulement, elle ne soulève pas les mêmes indignations.
Pas de couverture médiatique aussi importante que lors du mensonge
de Marie. Nos médias préfèreraient-ils les affabulations
d'une femme en mal de reconnaissance à l'histoire vraie d'une
mère de famille qui se rendait dans un supermarché de
Mulhouse pour acheter son pain ? Personne ne condamne la passivité
inquiétante des citoyens face à cette agression islamophobe.
Alors que l'on tentait de trouver des explications à l'attitude
mythomane de Marie, aucun homme politique n'a ni jugé utile de
se déplacer, ni encore fermement condamné les actes haineux
dont a été victime Madame Bouatti. Le CCIF lui exprime
toute sa compassion et sa profonde solidarité. Les médias
ainsi que les politiques craignent-ils d'assumer en partie la responsabilité
d'une agression qui semblerait être le fruit de leur sur médiatisation
des affaires du voile et de toute la propagande distillée au
sein de la population contre les préceptes de l'islam et ses
fidèles ? En tout cas, en ne donnant pas la juste mesure à
cet événement, ils contribuent à renforcer l'idée
d'une politique de deux poids deux mesures dans la lutte contre les
discriminations, les actes racistes et islamophobes. Cette odieuse agression
confirme l'analyse du CCIF dans son rapport publié en octobre
dernier sur l'islamophobie, dans lequel il exprimait ses craintes des
conséquences à venir sur la communauté musulmane
d'un traitement biaisé de l'islam et des musulmans dans le discours
politique et médiatique. Si l'on veut que de tels actes ne se
reproduisent plus, aucun journaliste et homme politique ne pourra faire
l'économie d'une profonde remise en question du traitement qui
touche la deuxième religion de France et ses adeptes. Le CCIF
demande au chef de l'état et au gouvernement que tout soit mis
en oeuvre afin d'identifier les auteurs de cette abominable agression
et les traduire devant la justice afin que des sanctions exemplaires
soient prises. CCIF : http://www.islamophobie.net. Tél : 06 21
29 68 80
Communiqué
concernant l'agression de Madame Bouatti à Mulhouse
par le Collectif Des Féministes pour l'Égalité,
Paris le 20 décembre 2004
Le Collectif des Féministes pour l'Égalité condamne
avec la plus grande fermeté l'agression raciste islamophobe,
dont a été victime Madame Bouatti Ouardia de Mulhouse
le 15 décembre dernier, agression commise sous le regard indifférent
de bon nombre de témoins. Cette mère de famille est une
victime de plus d'un acharnement médiatique et politique qui
considère qu'une femme portant un foulard ne mérite ni
égard ni respect. En effet, depuis plusieurs mois des propos
irresponsables envahissent nos écrans, nos foyers, nos écoles,
nos villes. Ils gangrènent dangereusement nos esprits républicains
en jouant sur des stéréotypes et des représentations
qui ne servent qu'à criminaliser toujours plus les populations
musulmanes et/ou d'origine culturelle musulmanes vivant sur le sol français.
Les conséquences de ces discours se traduisent par une multiplication
d'actes et de propos racistes sur l'ensemble du territoire français.
Les langues se délient, les forces réactionnaires et d'extrême
droite à l'ouvre dans notre pays se sentent libérées
de toutes contraintes. Le silence assourdissant des responsables politiques,
de la grande majorité des médias, et des grandes organisations
devant ces manifestations de l'islamophobie et sur l'agression de Mulhouse,
dernière en date, nous inquiète et nous laisse supposer
que toutes les victimes du racisme ne méritent pas le même
traitement et n'éveillent pas en nous la même indignation
et compassion. Pourtant, Il ne saurait y avoir deux poids deux mesures
dans le combat juste et nécessaire pour le respect de la dignité
de chaque femme et homme. Nous Collectif des Féministes pour
l'Égalité, condamnons avec détermination, toutes
les violences dont sont victimes les femmes quelque soient leurs origines
sociales, culturelles et cultuelles. Le combat féministe pour
garder toute sa force et sa légitimité doit, refuser de
choisir parmi les femmes, celles qui méritent notre soutien sous
prétexte qu'elles nous ressemblent plus. Nous refusons d'opposer
les victimes les unes aux autres, "Une Femme est égale à
Une Femme". Toutes doivent bénéficier de notre attention
et de notre soutien, au risque de pervertir le combat pour l'émancipation
humaine. Nous en appelons à la conscience de chacun, au nom de
l'Universalité des valeurs de la République, et du respect
des droits de la personne humaine. Contact : Hamida Ben Sadia, 4, rue
Jean Bouton, 75012 Paris, 06 85 06 09 93
Le
Préfet de Seine-Saint-Denis exclut les femmes voilées
de la cérémonie de remise des décrets de naturalisation
par Olfa Lamloum, Bobigny, 21 décembre 2004
Convoquée ce matin du 21 décembre par la Préfecture
de la Seine-Saint-Denis à la cérémonie de remise
de mon décret de naturalisation, j'ai été témoin
de l'exclusion de quatre femmes portant un foulard et d'une cinquième
porteuse d'un bandana. Trois d'entre elles (Mmes Ramdani, Cheikhi et
El Marakchi) venaient retirer leur décret de naturalisation,
les deux autres venaient accompagner un proche pour cette cérémonie.
A l'entrée du salon d'honneur de la Préfecture, les fonctionnaires
ont demandé à ces femmes de retirer leur couvre-chef.
Devant leur étonnement, les agents de la Préfecture ont
invoqué des instructions de leur hiérarchie. Le sous-préfet,
appelé pour justifier cette demande, l'a expliquée par
des instructions formelles du Préfet de Seine-Saint-Denis pour
qu'aucune femme voilée ne soit admise à assister à
la cérémonie officielle de remise des décrets de
naturalisation. Il a déclaré que ces instructions ne découlaient
pas d'un texte législatif ou réglementaire mais se fondaient
sur des principes républicains : pour une cérémonie
aussi symbolique de l'intégration dans la communauté nationale
française, où la Marseillaise est jouée, tout signe
ostensible d'appartenance communautaire doit être banni. Depuis
huit mois que ces instructions sont selon lui appliquées à
Bobigny, elles n'auraient jamais provoqué d'incident. Appelé
en renfort, le Directeur de Cabinet du Préfet (qui a refusé
de donner son nom) confirmait les instructions, les attribuant à
la volonté du Préfet, « maître dans la Maison
de la République ». Les cinq femmes ont donc attendu à
la porte du Salon d'honneur, en compagnie d'une dizaine de policiers
appelés en renfort. La cérémonie terminée,
les autres personnes naturalisées sont parties, et les fonctionnaires
ont remis leur décret de naturalisation aux trois personnes convoquées.
Les trois femmes ainsi exclues de cette cérémonie sont
prêtes à témoigner de l'humiliation qu'elles ont
subies. Contact : olfa.lamloum@wanadoo.fr , 06 21 16 17 92
04/12/04
- D'abord, de quelle tolérance parlez vous ?
Une
réponse à l'article : « Port du voile dans les écoles
: Le pour et le contre » par le journaliste Steeve Duguay, dans
le Journal Metro du Mardi 30 Novembre 2004, par Nermine
Barbouch, une citoyenne canadienne.
Monsieur
Duguay,
D'abord, de quelle tolérance parlez vous ?
Est-ce vraiment une « tolérance » de vouloir bannir
le voile de nos écoles et d'empêcher une femme d'exercer
son droit en tant que Canadienne de confession Musulmane sous prétexte
d'égalité et d'intégrité des sexes ou même
de laïcité? Mais voyons ! D'ailleurs, qu'en savez vous de
l'égalité des sexes en Islam ou de la signification du
voile ?
À l'inverse de plusieurs préjugés et idées
inexactes qui sont véhiculées depuis un certain temps
et mal interpréter de la part de beaucoup de gens, le voile de
la femme en Islam n'est en aucun cas le symbole d'une revendication
politique, ni une marque de soumission et d'infériorité
quelconque par rapport aux hommes (époux, pères, frères
etc.Š) et encore moins un simple vêtement traditionnel, lié
à certaines cultures.
Le port du hijab, est un élément de soumission envers
Dieu seule. (que vous le croyez ou pas !).
En premier lieu, en portant le voile la femme musulmane fait acte de
soumission et d'obéissance envers Dieu. En deuxième lieu,
le Hijab agit pour sa protection morale, en préservant sa pudeur
et sa chasteté.
C'est à l'age de puberté que les jeunes filles sont introduites
au « Hijab ». Bien sure, le chemin spirituel est différent
selon chacune. L'une peut se sentir prête de le porter toute suite
tandis que les autres préfèrent attendre. Mais en aucun
cas , nul Homme peut se donner le droit d'imposer le hijab !!
Mais voilà que des gens comme vous veulent imposer à ces
filles de ne pas se voiler tout en recevant une éducation. «
Pratiques dénigrantes » vous dites ? C'est VOTRE point
de vue et pas celui de l'Islam ! Nous nous vous imposons pas notre religion
mais nous demandons le respect .
En d'autre part, c'est vrai que dans certain pays musulmans les touristes
sont conseillées de respecter certaines normes mais je vous assure
qu'ils profitent d'une grande liberté par rapport à la
façon de s'habiller comme à celle de manger ou de boire.
Même que des lieux de cultes sont a leurs disposions. Allez voir
des pays comme l'Egypte, la Tunisie, Dubaï, la Syrie, le Liban
et autres demander aux touristes ce qu'ils en pensent. Sauf bien sure
si vous faite référence a des exemples extrême,
tel que l'Afghanistan. Si vous prenez seulement des cas comme celui-ci
et que vous voulez parler de « l'inverse », alors là
j'ai l'impression qu'on agit comme des gamins : Si tu ne me laisse pas
jouer au Nintendo dans ta maison et bien tu ne peux pas jouer chez moi
non plus.
Est-ce si difficile de fonctionner ensemble, d'accepter et de respecter
les autres comme ils sont dans une société si riche et
mosaïque ?
Je crois que c'est une question de volonté. Jamais je ne vous
imposerais mon point de vue, mais avant de faire allusion à l'égalité
des sexes, faite l'effort de comprendre et de respecter les différentes
cultures et religions formant notre société !
24/11/04
- Le débat actuel, prélude à une réforme
en profondeur des structures sociales - La loi sur les signes religieux
à l'école a-t-elle réussi son examen d'entrée
?
par Mariam SEMAAN, L'Orient-Le Jour, 20 novembre 2004
L'« affaire du foulard » en France est, depuis la rentrée
2004, dans sa troisième phase. Mardi 19 octobre, une élève
musulmane qui refusait d'ôter son voile a été exclue
de son école. Plusieurs autres ont suivi. Des sanctions prononcées
pour la première fois en application de la loi très controversée,
adoptée le 15 mars 2004, sur l'interdiction des signes religieux
ostensibles dans les établissements scolaires publics. Votée
pour protéger la laïcité de la République,
l'application de cette disposition claire et précise semble,
de l'avis de certains, poser plus de problèmes qu'elle n'en résout.
Bien que le nombre d'élèves voilées ait été
sensiblement revu à la baisse à la rentrée de septembre,
l'inefficacité de la loi à traiter les cas litigieux et
son interprétation problématique sont pointées
du doigt. Le débat est donc relancé sur une affaire qui
secoue l'Hexagone depuis 15 ans.
En 1989, trois jeunes musulmanes voilées sont exclues des cours
au motif que le port du foulard représente une atteinte à
la laïcité et à la neutralité de l'école
publique consacrées par une loi de 1905. En l'absence de disposition
légale expresse, leur cas est soumis au Conseil d'État,
qui émet un avis considéré depuis lors comme la
seule référence en matière juridique : il interdit
d'interdire, par principe, le port de signes religieux, sauf en cas
de manquements aux règles fondamentales de l'enseignement, d'atteinte
à l'ordre public ou de prosélytisme. L'appréciation
devra donc se faire au cas par cas, et la sanction prononcée
devra se fonder sur une des violations énumérées
plus haut.
En 2003, le petit carré de tissu fait à nouveau parler
de lui. Mais cette fois-ci, les autorités françaises sont
bien décidées à lui régler son sort. L'actualité
politique du moment, des attentats du 11/9 en passant par la guerre
contre le terrorisme et le conflit en Irak, a d'ailleurs accru la pression
sur la communauté musulmane en Occident.
Les dispositions
de la nouvelle loi
Dans ce climat tendu, la France adopte, après un débat
national, social, politique et juridique passionné, la loi sur
l'interdiction du port de signes religieux « ostensibles »
dans l'enceinte des établissements scolaires publics. Une circulaire
d'application précise la nature de ces signes religieux «
ostensibles » : « le voile islamique, quel que soit le nom
qu'on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive.
»
Les dispositions légales prévoient que les élèves
réfractaires seront admis à l'école dans un premier
temps, mais ne pourront pas assister aux cours. Ils bénéficieront
d'un suivi scolaire et pédagogique durant quelques semaines,
période durant laquelle un dialogue avec eux et leurs parents
est instauré. Si le dialogue n'aboutit pas, ils sont traduits
en conseil de discipline et l'exclusion est prononcée.
Les décisions des conseils de discipline sont toutefois susceptibles
de recours à l'amiable devant les recteurs, et peuvent également
être contestées devant les tribunaux administratifs.
La loi est néanmoins muette en ce qui concerne l'avenir des élèves
après leur exclusion. Mais en pratique, ces derniers ont trois
options : s'inscrire dans une école privée, suivre des
cours par correspondance ou abandonner leurs études.
Un effet
dissuasif certain
La rentrée 2004 a constitué un premier test d'efficacité
pour cette loi qui fait couler beaucoup d'encre.
L'effet dissuasif de la disposition a bel et bien joué, et les
chiffres du ministère de l'Éducation nationale sont là
pour l'attester : sur 1 200 cas litigieux recensés l'année
dernière, seuls 240, essentiellement des jeunes filles voilées,
ont été répertoriés au premier jour de classe
2004. Une semaine plus tard, une petite centaine d'élèves
persistaient dans leur rejet de la nouvelle norme, mais le dialogue
entamé a, dans la plupart des cas, porté ses fruits. Aujourd'hui,
une dizaine d'élèves, surtout en Alsace, opposent toujours
un refus absolu de se soumettre à la loi. Sur 150 000 jeunes
filles d'âge scolaire pouvant se prévaloir de la religion
musulmane, ce sont ces quelques cas, avec lesquels le dialogue n'a pas
abouti et qui ont commencé à être exclus, qui font
aujourd'hui parler d'eux dans les médias.
Le problème
des réfractaires
Si la loi peut se vanter d'avoir réussi à réduire
le nombre de cas litigieux, l'impossibilité de trouver une solution
acceptable à la poignée d'irréductibles montre
ses limites. Pour les détracteurs du projet, l'État n'aurait
pas résolu le problème, il n'aurait fait que le déplacer
: les écoles privées sont souvent réticentes à
accueillir des filles voilées, tandis que les centres d'enseignement
à distance protestent et affirment que leur mission n'est pas
de recueillir les jeunes à problèmes. En outre, il existe
très peu d'établissements scolaires privés musulmans.
La situation précaire de ces jeunes risquerait donc de les marginaliser
en entravant leur intégration à leur société
d'adoption, d'ouvrir la voie à une multiplication des institutions
musulmanes privées, et éventuellement d'en faire des proies
faciles pour les réseaux fondamentalistes. L'efficacité
de la loi s'en trouve dès lors nettement réduite !
Mais d'autres spécialistes estiment que la loi adoptée
n'a pas déplacé le problème, elle a simplement
commencé à apporter un début de solution. Après
avoir réussi, grâce au dialogue, à convaincre les
« indécis », le législateur devra maintenant
s'atteler au problème des réfractaires. « Si une
loi est imparfaite, on corrige les imperfections, on n'élimine
pas la loi », affirment d'ailleurs les milieux professionnels.
Une interprétation
problématique ?
Par ailleurs, l'interprétation des dispositions légales
a également donné lieu à de très nombreuses
controverses. Le cas de Cennet Doganay, une jeune fille de 15 ans issue
d'une famille kurde d'origine turque, scolarisée au Lycée
Louis Pasteur de Strasbourg, ainsi que celui de trois jeunes sikhs,
obligés par leur religion à porter les cheveux longs cachés
sous un turban, sont assez révélateurs.
La loi interdisant le port d'insignes religieux, Cennet Doganay décide
d'aller en cours les cheveux couverts d'un simple bob, croyant ainsi
se tenir en dehors du champ d'application de la nouvelle norme. Mais
elle se voit quand même empêchée d'entrer en cours,
l'établissement ayant, à l'instar de beaucoup d'autres
écoles, renforcé l'effet de la loi en insérant
dans son règlement intérieur l' « interdiction de
tout couvre-chef ». Cennet décide alors d'utiliser les
grands moyens : elle se rase la tête, soi-disant pour éliminer
l'objet du litige, ameute les médias et se représente
à l'école.
Plusieurs autres jeunes filles qui pensaient également échapper
à la loi en troquant leur foulard contre un simple bandana ont
également été refoulées à la porte
du lycée.
Le cas de trois élèves sikhs est encore plus significatif
de la confusion régnante. Aucun membre de cette communauté
n'ayant jamais été entendu par la commission Stasi qui
a élaboré le projet, les sikhs ne se sentaient tout simplement
pas concernés. De plus, le turban n'était pas mentionné
dans l'énumération de la loi.
Mais le jour de la rentrée, les trois jeunes gens, la tête
ceinte de leurs « chunni » (un sous-turban discret), se
voient purement et simplement invités à retourner chez
eux, malgré le dispositif légal prévoyant qu'ils
seraient accueillis dans l'enceinte de l'école le temps d'instaurer
un dialogue. Les responsables sikhs ont beau expliquer que le symbole
religieux n'est pas le turban, porté pour raisons d'hygiène,
mais les cheveux (que les sikhs ont interdiction de couper), rien n'y
fait. Ils sont exclus de l'école. Une interprétation souple
de la loi permettrait de limiter l'interdiction aux signes religieux
mentionnés, à savoir le foulard, la kippa et la croix.
Mais les établissements scolaires ont préféré
opter pour une interprétation restrictive, interdisant carrément
le port de tout couvre-chef. Cette décision a été
dénoncée par de nombreux responsables musulmans, qui ont
protesté contre une application trop « rigoriste »
de la loi : « La loi a interdit les signes "ostensibles",
mais les chefs d'établissement sont en train d'interdire les
signes "visibles" », a ainsi estimé el-Hajj Thami
Breze, président de l'Union des organisations islamiques de France.
Mobile et
pouvoir d'appréciation
Comment se fait donc l'appréciation du caractère «
ostensible » d'un signe religieux ?
La réponse est, selon les milieux juridiques, à chercher
du côté du « mobile ».
Le problème n'est pas la matérialité du signe,
mais le sens qui lui est donné. Par exemple, le cas diffère
si le couvre-chef est destiné à cacher une calvitie ou
des soins de chimiothérapie, ou si son but est de manifester
clairement une appartenance religieuse. La circulaire d'application
de la nouvelle loi donne d'ailleurs des consignes pour faire la distinction
entre « un bandana ordinaire et un bandana qui serait le détournement
d'un tissu en foulard islamique », mais laisse à l'administration
des écoles le pouvoir d'appréciation.
La loi n'est donc ni défaillante ni mal interprétée.
Mais, ne pouvant aller dans les détails, elle fixe des objectifs
dont la mise en ¦uvre est confiée aux autorités
sur le terrain, qui pourront juger chaque cas au vu des circonstances
de temps et de lieu. Dans le département français de la
Réunion par exemple, le rectorat a autorisé des jeunes
filles à garder leur foulard à l'école au motif
que « ne sont pas interdites les tenues traditionnelles qui sont
communément portées et dont le port ne peut être
regardé comme manifestant une appartenance religieuse ».
Dans d'autres cas, s'il s'agit d'une activité « cultuelle
», alors la loi ne l'interdit pas pourvu qu'elle soit pratiquée
dans les lieux de culte et aux heures prévues à cet effet.
La laïcité protège ainsi la liberté religieuse,
tout en veillant à la bonne marche du service public.
Or, le service public ne se réduit pas aux seuls établissements
scolaires. Il est donc fort probable que la loi du 15 mars 2004 sera
suivie, à plus ou moins long terme, de plusieurs autres, réglementant
la situation dans les hôpitaux, les banques, etc., où de
nombreux problèmes commencent à voir le jour.
Pendant longtemps en effet, la France a négligé la population
issue de l'immigration. Rattrapée par sa mauvaise gestion du
phénomène, elle semble désormais vouloir, grâce
à une politique de « petits pas », remettre de l'ordre
dans le service public et réaffirmer ses principes fondamentaux.
Les modifications portant sur des structures sociales ne pouvant se
faire du jour au lendemain, la loi du 15 mars 2004 ne fait donc qu'ouvrir
le bal.
08/11/04
- Le MRAP s'élève contre l'exclusion de trois élèves
sikhs d'un lycée de Bobigny
PARIS (AP)
- Le MRAP s'élève "vigoureusement" contre l'exclusion
définitive de trois élèves sikhs du lycée
Louise Michel de Bobigny (Seine-Saint-Denis), qui ont comparu vendredi
soir en conseil de discipline pour avoir refusé d'ôter
leur turban en classe.
Dans un
communiqué diffusé dimanche matin, le Mouvement contre
le racisme et pour l'amitié entre les peuples précise
qu'il ne "défend pas, en tant que tel, le port de signes
religieux à l'école". "Néanmoins, s'opposant
à toutes les exclusions, à fortiori pour les plus jeunes
en cours de formation, le MRAP s'élève vigoureusement
contre l'exclusion prononcée à Bobigny, en application
de la loi du 15 mars 2004".
"Privés
d'école publique, ne trouvant pas de place dans un établissement
privé", les trois jeunes sikhs sont "actuellement descolarisés",
selon le MRAP.
Leur exclusion
est intervenue après "une période de deux mois au
cours desquels ils ont été tenus en 'quarantaine' au réfectoire".
"Qui plus est, les parents de ces élèves qui avaient
demandé leur réintégration en classe ou une décision
claire du conseil de discipline se sont vus dans l'obligation d'intenter
un référé pour obtenir la réunion de ce
conseil", ajoute le MRAP. AP
26/10/04
- Une collégienne du Rhône demande des dommages et intérêts
Les parents
d'une collégienne musulmane de Décines (Rhône),
qui n'assiste pas aux cours depuis la rentrée parce quelle porte
un bonnet, ont demandé par "recours préalable"
des dommages et intérêts à l'administration pour
l'avoir privé de scolarité pendant six semaines.
Les parents
demandent par ailleurs sa réintégration en classe de troisième.
"Si nous n'obtenons pas de réponse satisfaisante du collège,
nous poursuivrons la procédure devant le tribunal administratif",
précise Me Jacques Devers, avocat de la famille. La famille réclame
des dommages et intérêts "symboliques" de 2.000
euros, ainsi que la prise en charge de sa réinscription dans
le privé. Zahra, jeune musulmane de 13 ans, s'était présentée
le jour de la rentrée scolaire coiffée d'un bonnet blanc.
En l'application de la loi sur la laïcité, la direction
de l'établissement a ouvert avec la jeune fille et sa famille
une phase de dialogue durant laquelle l'élève n'était
pas autorisée à assister aux cours.
Les parents
de Zahra contestent aujourd'hui la manière dont ce dialogue a
été mené, notamment le fait qu'elle n'ait pu suivre
ses cours normalement durant un mois et demi. "Notre fille a eu
le sentiment d'être marginalisée. Ça a été
très dur pour elle à vivre psychologiquement", explique
son père, un musicien égyptien vivant en France depuis
une vingtaine d'années.
Depuis
la rentrée, Zahra allait au collège, mais restait dans
une salle isolée ou à la bibliothèque où
l'administration lui faisait passer les cours manqués. "On
ne peut pas suivre ainsi correctement une scolarité!", dénonce
sa mère. Dans une lettre intitulée "Une bouteille
à la mer", Zahra se plaint d'avoir été "mise
en quarantaine". "Je vais de bureaux en bureaux où
l'on m'apporte les cours à recopier", explique la collégienne.
De son côté, le rectorat de Lyon explique qu'il a eu au
contraire "un souci de continuité de scolarité bien
que la jeune fille n'assiste pas directement aux cours. "Il ne
faut pas sous-estimer le travail des enseignants, il y a eu un suivi
permanent et des évaluations de cette élève",
précise le rectorat.
"Un
élève qui refuserait d'enlever sa casquette en classe
serait-il mis en quarantaine? Exclu de sa classe? Menacé d'une
exclusion définitive? Je ne crois pas", écrit Zahra.
"Le bonnet que je porte n'est ni ostensible, ni ostentatoire".
Mais pour le rectorat, c'est à la direction de l'établissement,
et non à la jeune fille, d'apprécier le caractère
d'un signe religieux. "Si cette élève se met en conformité
avec la loi, elle réintègrera immédiatement sa
classe", précise une porte-parole.
Les parents
de la jeune fille n'ont pas souhaité attendre que soit convoqué
un éventuel conseil de discipline et l'ont inscrite la semaine
dernière dans un établissement privé du centre
ville de Lyon, où elle se rend coiffée de son bonnet.
"La décision des conseils de discipline est connue d'avance
puisqu'ils se contentent d'appliquer la volonté du ministère",
justifie le père de Zahra.
L'an dernier,
Zahra s'était présentée à son collège
voilée. Après discussion avec la principale alors en poste,
elle avait acceptée de troquer son voile contre un bonnet, un
compromis qui avait alors satisfait les deux parties. La jeune fille
passe actuellement les vacances de la Toussaint chez un de ses oncles
à Londres. Selon son père, elle aurait part de son désir
d'emménager définitivement en Angleterre, pour "pouvoir
vivre sa religion librement". Source : AP, 25 octobre 2004
21/10/04
- Voile islamique : le Forum social européen met la France au
pilori
Une polémique a éclaté hier à l'issue d'un
séminaire du Forum social européen (FSE) consacré
au voile islamique, certains orateurs accusant la France de racisme
en raison de la loi sur les signes religieux à l'école,
ce qui a provoqué des protestations du public.
Le débat s'est déroulé sans Tariq Ramadan, l'un
des intellectuels musulmans les plus en vue en Europe, qui devait y
participer au nom du Collectif des musulmans de France. Aucune explication
n'a été fournie par les organisateurs sur son absence.
Pendant près de deux heures, la France s'est retrouvée
particulièrement mise en cause par les intervenants en raison
de l'adoption par son parlement au printemps dernier d'une loi sur la
laïcité qui interdit les signes religieux à l'école
publique, en particulier le hidjab (voile islamique).
Donnant le ton des débats, Milena Buyum, de l'Assemblée
nationale contre le racisme (Grande-Bretagne), association co-organisatrice
du débat, a affirmé que l'on assistait en Europe à
« une montée du racisme et de l'islamophobie », dont
cette loi française est « l'une des manifestations les
plus visibles ».
« Nous voyons cette interdiction comme une attaque directe contre
le droit des femmes de choisir leur façon de s'habiller »,
a-t-elle lancé.
« Choqué »
Cette loi « vise-t-elle à défendre la laïcité
? », a interrogé Arlene Rodrigues, de l'Assemblée
pour la protection du hidjab (Grande-Bretagne), elle-même portant
le hidjab. « Non, il s'agit de dictature d'Etat [.] C'est une
loi injuste, totalement discriminatoire », a-t-elle asséné.
Participant également au débat, Christine Delphy, du Collectif
école pour toutes et tous (France), a affirmé qu'il y
avait « un traitement d'exception pour les signes de l'islam ».
Balayant les arguments des partisans de l'interdiction du voile à
l'école, qui jugent qu'il est un symbole de l'oppression dont
peuvent être victimes les jeunes filles, elle a affirmé
que cela constituait « une bêtise d'un point de vue sociologique
».
A l'issue du débat, qui a été applaudi par certains
et hué par d'autres, des membres du public, dont de nombreux
Français, ont protesté contre les accusations de racisme
proférées par les orateurs et le caractère non-contradictoire
du débat. « Comment pouvez-vous appeler cela un débat
quand, sur les sept orateurs, aucun n'est en faveur de l'interdiction
» du voile dans les écoles en France, a interrogé
un homme au micro. « C'est un débat caricatural »,
a-t-il ajouté.
« Je suis choqué par les accusations de racisme lancées
contre la France », a lancé un autre.
Source : L’Union de Reims, 17 octobre 2004 |