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Résistances - Un voile, une voix !

 

 
 

22/12/04 - Agression islamophobe à Mulhouse
par le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), 21 décembre 2004
Mme Bouatti Ouarda, Mulhousienne âgée de 39 ans et mère de cinq enfants a été rouée de coups et menacée de mort le mercredi 15 décembre au matin par deux hommes parce qu'elle portait un voile. Alors qu'elle se dirigeait vers l'entrée du magasin pour acheter son pain, un homme de grande taille l'a interpellé en qualifiant son voile de « merde » puis lui a assené des coups de poings. Sa tête a heurté violemment un mur puis le même individu s'est acharné sur sa victime à l'aide d'un bâton que lui a tendu son complice, qui par la suite lui suggéra de la « flinguer ». Le commissariat a indiqué que les faits semblaient avérés. Mme Bouatti a le visage tuméfié, porte des blessures à l'intérieur de la bouche et a le bras gauche bandé. Le CCIF condamne avec la plus grande fermeté cet acte inqualifiable et exprime sa profonde inquiétude face aux agressions répétées que subissent nos concitoyens de confession musulmane. Le CCIF ressent par ailleurs une profonde amertume vis-à-vis de l'indifférence des témoins face au lynchage de Madame Bouatti. Personne n'a daigné lui venir humainement en aide. La similitude de cette histoire avec celle connue sous le nom du « RER D » est frappante. Seulement, elle ne soulève pas les mêmes indignations. Pas de couverture médiatique aussi importante que lors du mensonge de Marie. Nos médias préfèreraient-ils les affabulations d'une femme en mal de reconnaissance à l'histoire vraie d'une mère de famille qui se rendait dans un supermarché de Mulhouse pour acheter son pain ? Personne ne condamne la passivité inquiétante des citoyens face à cette agression islamophobe. Alors que l'on tentait de trouver des explications à l'attitude mythomane de Marie, aucun homme politique n'a ni jugé utile de se déplacer, ni encore fermement condamné les actes haineux dont a été victime Madame Bouatti. Le CCIF lui exprime toute sa compassion et sa profonde solidarité. Les médias ainsi que les politiques craignent-ils d'assumer en partie la responsabilité d'une agression qui semblerait être le fruit de leur sur médiatisation des affaires du voile et de toute la propagande distillée au sein de la population contre les préceptes de l'islam et ses fidèles ? En tout cas, en ne donnant pas la juste mesure à cet événement, ils contribuent à renforcer l'idée d'une politique de deux poids deux mesures dans la lutte contre les discriminations, les actes racistes et islamophobes. Cette odieuse agression confirme l'analyse du CCIF dans son rapport publié en octobre dernier sur l'islamophobie, dans lequel il exprimait ses craintes des conséquences à venir sur la communauté musulmane d'un traitement biaisé de l'islam et des musulmans dans le discours politique et médiatique. Si l'on veut que de tels actes ne se reproduisent plus, aucun journaliste et homme politique ne pourra faire l'économie d'une profonde remise en question du traitement qui touche la deuxième religion de France et ses adeptes. Le CCIF demande au chef de l'état et au gouvernement que tout soit mis en oeuvre afin d'identifier les auteurs de cette abominable agression et les traduire devant la justice afin que des sanctions exemplaires soient prises. CCIF : http://www.islamophobie.net. Tél : 06 21 29 68 80

 

Communiqué concernant l'agression de Madame Bouatti à Mulhouse
par le Collectif Des Féministes pour l'Égalité, Paris le 20 décembre 2004
Le Collectif des Féministes pour l'Égalité condamne avec la plus grande fermeté l'agression raciste islamophobe, dont a été victime Madame Bouatti Ouardia de Mulhouse le 15 décembre dernier, agression commise sous le regard indifférent de bon nombre de témoins. Cette mère de famille est une victime de plus d'un acharnement médiatique et politique qui considère qu'une femme portant un foulard ne mérite ni égard ni respect. En effet, depuis plusieurs mois des propos irresponsables envahissent nos écrans, nos foyers, nos écoles, nos villes. Ils gangrènent dangereusement nos esprits républicains en jouant sur des stéréotypes et des représentations qui ne servent qu'à criminaliser toujours plus les populations musulmanes et/ou d'origine culturelle musulmanes vivant sur le sol français. Les conséquences de ces discours se traduisent par une multiplication d'actes et de propos racistes sur l'ensemble du territoire français. Les langues se délient, les forces réactionnaires et d'extrême droite à l'ouvre dans notre pays se sentent libérées de toutes contraintes. Le silence assourdissant des responsables politiques, de la grande majorité des médias, et des grandes organisations devant ces manifestations de l'islamophobie et sur l'agression de Mulhouse, dernière en date, nous inquiète et nous laisse supposer que toutes les victimes du racisme ne méritent pas le même traitement et n'éveillent pas en nous la même indignation et compassion. Pourtant, Il ne saurait y avoir deux poids deux mesures dans le combat juste et nécessaire pour le respect de la dignité de chaque femme et homme. Nous Collectif des Féministes pour l'Égalité, condamnons avec détermination, toutes les violences dont sont victimes les femmes quelque soient leurs origines sociales, culturelles et cultuelles. Le combat féministe pour garder toute sa force et sa légitimité doit, refuser de choisir parmi les femmes, celles qui méritent notre soutien sous prétexte qu'elles nous ressemblent plus. Nous refusons d'opposer les victimes les unes aux autres, "Une Femme est égale à Une Femme". Toutes doivent bénéficier de notre attention et de notre soutien, au risque de pervertir le combat pour l'émancipation humaine. Nous en appelons à la conscience de chacun, au nom de l'Universalité des valeurs de la République, et du respect des droits de la personne humaine. Contact : Hamida Ben Sadia, 4, rue Jean Bouton, 75012 Paris, 06 85 06 09 93

 

Le Préfet de Seine-Saint-Denis exclut les femmes voilées de la cérémonie de remise des décrets de naturalisation
par Olfa Lamloum, Bobigny, 21 décembre 2004
Convoquée ce matin du 21 décembre par la Préfecture de la Seine-Saint-Denis à la cérémonie de remise de mon décret de naturalisation, j'ai été témoin de l'exclusion de quatre femmes portant un foulard et d'une cinquième porteuse d'un bandana. Trois d'entre elles (Mmes Ramdani, Cheikhi et El Marakchi) venaient retirer leur décret de naturalisation, les deux autres venaient accompagner un proche pour cette cérémonie. A l'entrée du salon d'honneur de la Préfecture, les fonctionnaires ont demandé à ces femmes de retirer leur couvre-chef. Devant leur étonnement, les agents de la Préfecture ont invoqué des instructions de leur hiérarchie. Le sous-préfet, appelé pour justifier cette demande, l'a expliquée par des instructions formelles du Préfet de Seine-Saint-Denis pour qu'aucune femme voilée ne soit admise à assister à la cérémonie officielle de remise des décrets de naturalisation. Il a déclaré que ces instructions ne découlaient pas d'un texte législatif ou réglementaire mais se fondaient sur des principes républicains : pour une cérémonie aussi symbolique de l'intégration dans la communauté nationale française, où la Marseillaise est jouée, tout signe ostensible d'appartenance communautaire doit être banni. Depuis huit mois que ces instructions sont selon lui appliquées à Bobigny, elles n'auraient jamais provoqué d'incident. Appelé en renfort, le Directeur de Cabinet du Préfet (qui a refusé de donner son nom) confirmait les instructions, les attribuant à la volonté du Préfet, « maître dans la Maison de la République ». Les cinq femmes ont donc attendu à la porte du Salon d'honneur, en compagnie d'une dizaine de policiers appelés en renfort. La cérémonie terminée, les autres personnes naturalisées sont parties, et les fonctionnaires ont remis leur décret de naturalisation aux trois personnes convoquées. Les trois femmes ainsi exclues de cette cérémonie sont prêtes à témoigner de l'humiliation qu'elles ont subies. Contact : olfa.lamloum@wanadoo.fr , 06 21 16 17 92

 

04/12/04 - D'abord, de quelle tolérance parlez vous ?

Une réponse à l'article : « Port du voile dans les écoles : Le pour et le contre » par le journaliste Steeve Duguay, dans le Journal Metro du Mardi 30 Novembre 2004, par Nermine Barbouch, une citoyenne canadienne.

 

Monsieur Duguay,
D'abord, de quelle tolérance parlez vous ?
Est-ce vraiment une « tolérance » de vouloir bannir le voile de nos écoles et d'empêcher une femme d'exercer son droit en tant que Canadienne de confession Musulmane sous prétexte d'égalité et d'intégrité des sexes ou même de laïcité? Mais voyons ! D'ailleurs, qu'en savez vous de l'égalité des sexes en Islam ou de la signification du voile ?
À l'inverse de plusieurs préjugés et idées inexactes qui sont véhiculées depuis un certain temps et mal interpréter de la part de beaucoup de gens, le voile de la femme en Islam n'est en aucun cas le symbole d'une revendication politique, ni une marque de soumission et d'infériorité quelconque par rapport aux hommes (époux, pères, frères etc.Š) et encore moins un simple vêtement traditionnel, lié à certaines cultures.
Le port du hijab, est un élément de soumission envers Dieu seule. (que vous le croyez ou pas !).
En premier lieu, en portant le voile la femme musulmane fait acte de soumission et d'obéissance envers Dieu. En deuxième lieu, le Hijab agit pour sa protection morale, en préservant sa pudeur et sa chasteté.
C'est à l'age de puberté que les jeunes filles sont introduites au « Hijab ». Bien sure, le chemin spirituel est différent selon chacune. L'une peut se sentir prête de le porter toute suite tandis que les autres préfèrent attendre. Mais en aucun cas , nul Homme peut se donner le droit d'imposer le hijab !!
Mais voilà que des gens comme vous veulent imposer à ces filles de ne pas se voiler tout en recevant une éducation. « Pratiques dénigrantes » vous dites ? C'est VOTRE point de vue et pas celui de l'Islam ! Nous nous vous imposons pas notre religion mais nous demandons le respect .
En d'autre part, c'est vrai que dans certain pays musulmans les touristes sont conseillées de respecter certaines normes mais je vous assure qu'ils profitent d'une grande liberté par rapport à la façon de s'habiller comme à celle de manger ou de boire. Même que des lieux de cultes sont a leurs disposions. Allez voir des pays comme l'Egypte, la Tunisie, Dubaï, la Syrie, le Liban et autres demander aux touristes ce qu'ils en pensent. Sauf bien sure si vous faite référence a des exemples extrême, tel que l'Afghanistan. Si vous prenez seulement des cas comme celui-ci et que vous voulez parler de « l'inverse », alors là j'ai l'impression qu'on agit comme des gamins : Si tu ne me laisse pas jouer au Nintendo dans ta maison et bien tu ne peux pas jouer chez moi non plus.
Est-ce si difficile de fonctionner ensemble, d'accepter et de respecter les autres comme ils sont dans une société si riche et mosaïque ?
Je crois que c'est une question de volonté. Jamais je ne vous imposerais mon point de vue, mais avant de faire allusion à l'égalité des sexes, faite l'effort de comprendre et de respecter les différentes cultures et religions formant notre société !

 

24/11/04 - Le débat actuel, prélude à une réforme en profondeur des structures sociales - La loi sur les signes religieux à l'école a-t-elle réussi son examen d'entrée ?
par Mariam SEMAAN, L'Orient-Le Jour, 20 novembre 2004
L'« affaire du foulard » en France est, depuis la rentrée 2004, dans sa troisième phase. Mardi 19 octobre, une élève musulmane qui refusait d'ôter son voile a été exclue de son école. Plusieurs autres ont suivi. Des sanctions prononcées pour la première fois en application de la loi très controversée, adoptée le 15 mars 2004, sur l'interdiction des signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires publics. Votée pour protéger la laïcité de la République, l'application de cette disposition claire et précise semble, de l'avis de certains, poser plus de problèmes qu'elle n'en résout. Bien que le nombre d'élèves voilées ait été sensiblement revu à la baisse à la rentrée de septembre, l'inefficacité de la loi à traiter les cas litigieux et son interprétation problématique sont pointées du doigt. Le débat est donc relancé sur une affaire qui secoue l'Hexagone depuis 15 ans.
En 1989, trois jeunes musulmanes voilées sont exclues des cours au motif que le port du foulard représente une atteinte à la laïcité et à la neutralité de l'école publique consacrées par une loi de 1905. En l'absence de disposition légale expresse, leur cas est soumis au Conseil d'État, qui émet un avis considéré depuis lors comme la seule référence en matière juridique : il interdit d'interdire, par principe, le port de signes religieux, sauf en cas de manquements aux règles fondamentales de l'enseignement, d'atteinte à l'ordre public ou de prosélytisme. L'appréciation devra donc se faire au cas par cas, et la sanction prononcée devra se fonder sur une des violations énumérées plus haut.
En 2003, le petit carré de tissu fait à nouveau parler de lui. Mais cette fois-ci, les autorités françaises sont bien décidées à lui régler son sort. L'actualité politique du moment, des attentats du 11/9 en passant par la guerre contre le terrorisme et le conflit en Irak, a d'ailleurs accru la pression sur la communauté musulmane en Occident.

Les dispositions de la nouvelle loi
Dans ce climat tendu, la France adopte, après un débat national, social, politique et juridique passionné, la loi sur l'interdiction du port de signes religieux « ostensibles » dans l'enceinte des établissements scolaires publics. Une circulaire d'application précise la nature de ces signes religieux « ostensibles » : « le voile islamique, quel que soit le nom qu'on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive. »
Les dispositions légales prévoient que les élèves réfractaires seront admis à l'école dans un premier temps, mais ne pourront pas assister aux cours. Ils bénéficieront d'un suivi scolaire et pédagogique durant quelques semaines, période durant laquelle un dialogue avec eux et leurs parents est instauré. Si le dialogue n'aboutit pas, ils sont traduits en conseil de discipline et l'exclusion est prononcée.
Les décisions des conseils de discipline sont toutefois susceptibles de recours à l'amiable devant les recteurs, et peuvent également être contestées devant les tribunaux administratifs.
La loi est néanmoins muette en ce qui concerne l'avenir des élèves après leur exclusion. Mais en pratique, ces derniers ont trois options : s'inscrire dans une école privée, suivre des cours par correspondance ou abandonner leurs études.

Un effet dissuasif certain
La rentrée 2004 a constitué un premier test d'efficacité pour cette loi qui fait couler beaucoup d'encre.
L'effet dissuasif de la disposition a bel et bien joué, et les chiffres du ministère de l'Éducation nationale sont là pour l'attester : sur 1 200 cas litigieux recensés l'année dernière, seuls 240, essentiellement des jeunes filles voilées, ont été répertoriés au premier jour de classe 2004. Une semaine plus tard, une petite centaine d'élèves persistaient dans leur rejet de la nouvelle norme, mais le dialogue entamé a, dans la plupart des cas, porté ses fruits. Aujourd'hui, une dizaine d'élèves, surtout en Alsace, opposent toujours un refus absolu de se soumettre à la loi. Sur 150 000 jeunes filles d'âge scolaire pouvant se prévaloir de la religion musulmane, ce sont ces quelques cas, avec lesquels le dialogue n'a pas abouti et qui ont commencé à être exclus, qui font aujourd'hui parler d'eux dans les médias.

Le problème des réfractaires
Si la loi peut se vanter d'avoir réussi à réduire le nombre de cas litigieux, l'impossibilité de trouver une solution acceptable à la poignée d'irréductibles montre ses limites. Pour les détracteurs du projet, l'État n'aurait pas résolu le problème, il n'aurait fait que le déplacer : les écoles privées sont souvent réticentes à accueillir des filles voilées, tandis que les centres d'enseignement à distance protestent et affirment que leur mission n'est pas de recueillir les jeunes à problèmes. En outre, il existe très peu d'établissements scolaires privés musulmans.
La situation précaire de ces jeunes risquerait donc de les marginaliser en entravant leur intégration à leur société d'adoption, d'ouvrir la voie à une multiplication des institutions musulmanes privées, et éventuellement d'en faire des proies faciles pour les réseaux fondamentalistes. L'efficacité de la loi s'en trouve dès lors nettement réduite !
Mais d'autres spécialistes estiment que la loi adoptée n'a pas déplacé le problème, elle a simplement commencé à apporter un début de solution. Après avoir réussi, grâce au dialogue, à convaincre les « indécis », le législateur devra maintenant s'atteler au problème des réfractaires. « Si une loi est imparfaite, on corrige les imperfections, on n'élimine pas la loi », affirment d'ailleurs les milieux professionnels.

Une interprétation problématique ?
Par ailleurs, l'interprétation des dispositions légales a également donné lieu à de très nombreuses controverses. Le cas de Cennet Doganay, une jeune fille de 15 ans issue d'une famille kurde d'origine turque, scolarisée au Lycée Louis Pasteur de Strasbourg, ainsi que celui de trois jeunes sikhs, obligés par leur religion à porter les cheveux longs cachés sous un turban, sont assez révélateurs.
La loi interdisant le port d'insignes religieux, Cennet Doganay décide d'aller en cours les cheveux couverts d'un simple bob, croyant ainsi se tenir en dehors du champ d'application de la nouvelle norme. Mais elle se voit quand même empêchée d'entrer en cours, l'établissement ayant, à l'instar de beaucoup d'autres écoles, renforcé l'effet de la loi en insérant dans son règlement intérieur l' « interdiction de tout couvre-chef ». Cennet décide alors d'utiliser les grands moyens : elle se rase la tête, soi-disant pour éliminer l'objet du litige, ameute les médias et se représente à l'école.
Plusieurs autres jeunes filles qui pensaient également échapper à la loi en troquant leur foulard contre un simple bandana ont également été refoulées à la porte du lycée.
Le cas de trois élèves sikhs est encore plus significatif de la confusion régnante. Aucun membre de cette communauté n'ayant jamais été entendu par la commission Stasi qui a élaboré le projet, les sikhs ne se sentaient tout simplement pas concernés. De plus, le turban n'était pas mentionné dans l'énumération de la loi.
Mais le jour de la rentrée, les trois jeunes gens, la tête ceinte de leurs « chunni » (un sous-turban discret), se voient purement et simplement invités à retourner chez eux, malgré le dispositif légal prévoyant qu'ils seraient accueillis dans l'enceinte de l'école le temps d'instaurer un dialogue. Les responsables sikhs ont beau expliquer que le symbole religieux n'est pas le turban, porté pour raisons d'hygiène, mais les cheveux (que les sikhs ont interdiction de couper), rien n'y fait. Ils sont exclus de l'école. Une interprétation souple de la loi permettrait de limiter l'interdiction aux signes religieux mentionnés, à savoir le foulard, la kippa et la croix. Mais les établissements scolaires ont préféré opter pour une interprétation restrictive, interdisant carrément le port de tout couvre-chef. Cette décision a été dénoncée par de nombreux responsables musulmans, qui ont protesté contre une application trop « rigoriste » de la loi : « La loi a interdit les signes "ostensibles", mais les chefs d'établissement sont en train d'interdire les signes "visibles" », a ainsi estimé el-Hajj Thami Breze, président de l'Union des organisations islamiques de France.

Mobile et pouvoir d'appréciation
Comment se fait donc l'appréciation du caractère « ostensible » d'un signe religieux ?
La réponse est, selon les milieux juridiques, à chercher du côté du « mobile ».
Le problème n'est pas la matérialité du signe, mais le sens qui lui est donné. Par exemple, le cas diffère si le couvre-chef est destiné à cacher une calvitie ou des soins de chimiothérapie, ou si son but est de manifester clairement une appartenance religieuse. La circulaire d'application de la nouvelle loi donne d'ailleurs des consignes pour faire la distinction entre « un bandana ordinaire et un bandana qui serait le détournement d'un tissu en foulard islamique », mais laisse à l'administration des écoles le pouvoir d'appréciation.
La loi n'est donc ni défaillante ni mal interprétée. Mais, ne pouvant aller dans les détails, elle fixe des objectifs dont la mise en ¦uvre est confiée aux autorités sur le terrain, qui pourront juger chaque cas au vu des circonstances de temps et de lieu. Dans le département français de la Réunion par exemple, le rectorat a autorisé des jeunes filles à garder leur foulard à l'école au motif que « ne sont pas interdites les tenues traditionnelles qui sont communément portées et dont le port ne peut être regardé comme manifestant une appartenance religieuse ».
Dans d'autres cas, s'il s'agit d'une activité « cultuelle », alors la loi ne l'interdit pas pourvu qu'elle soit pratiquée dans les lieux de culte et aux heures prévues à cet effet. La laïcité protège ainsi la liberté religieuse, tout en veillant à la bonne marche du service public.
Or, le service public ne se réduit pas aux seuls établissements scolaires. Il est donc fort probable que la loi du 15 mars 2004 sera suivie, à plus ou moins long terme, de plusieurs autres, réglementant la situation dans les hôpitaux, les banques, etc., où de nombreux problèmes commencent à voir le jour.
Pendant longtemps en effet, la France a négligé la population issue de l'immigration. Rattrapée par sa mauvaise gestion du phénomène, elle semble désormais vouloir, grâce à une politique de « petits pas », remettre de l'ordre dans le service public et réaffirmer ses principes fondamentaux.
Les modifications portant sur des structures sociales ne pouvant se faire du jour au lendemain, la loi du 15 mars 2004 ne fait donc qu'ouvrir le bal.

 

08/11/04 - Le MRAP s'élève contre l'exclusion de trois élèves sikhs d'un lycée de Bobigny

PARIS (AP) - Le MRAP s'élève "vigoureusement" contre l'exclusion définitive de trois élèves sikhs du lycée Louise Michel de Bobigny (Seine-Saint-Denis), qui ont comparu vendredi soir en conseil de discipline pour avoir refusé d'ôter leur turban en classe.

Dans un communiqué diffusé dimanche matin, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples précise qu'il ne "défend pas, en tant que tel, le port de signes religieux à l'école". "Néanmoins, s'opposant à toutes les exclusions, à fortiori pour les plus jeunes en cours de formation, le MRAP s'élève vigoureusement contre l'exclusion prononcée à Bobigny, en application de la loi du 15 mars 2004".

"Privés d'école publique, ne trouvant pas de place dans un établissement privé", les trois jeunes sikhs sont "actuellement descolarisés", selon le MRAP.

Leur exclusion est intervenue après "une période de deux mois au cours desquels ils ont été tenus en 'quarantaine' au réfectoire". "Qui plus est, les parents de ces élèves qui avaient demandé leur réintégration en classe ou une décision claire du conseil de discipline se sont vus dans l'obligation d'intenter un référé pour obtenir la réunion de ce conseil", ajoute le MRAP. AP

 

26/10/04 - Une collégienne du Rhône demande des dommages et intérêts

 

Les parents d'une collégienne musulmane de Décines (Rhône), qui n'assiste pas aux cours depuis la rentrée parce quelle porte un bonnet, ont demandé par "recours préalable" des dommages et intérêts à l'administration pour l'avoir privé de scolarité pendant six semaines.

Les parents demandent par ailleurs sa réintégration en classe de troisième. "Si nous n'obtenons pas de réponse satisfaisante du collège, nous poursuivrons la procédure devant le tribunal administratif", précise Me Jacques Devers, avocat de la famille. La famille réclame des dommages et intérêts "symboliques" de 2.000 euros, ainsi que la prise en charge de sa réinscription dans le privé. Zahra, jeune musulmane de 13 ans, s'était présentée le jour de la rentrée scolaire coiffée d'un bonnet blanc. En l'application de la loi sur la laïcité, la direction de l'établissement a ouvert avec la jeune fille et sa famille une phase de dialogue durant laquelle l'élève n'était pas autorisée à assister aux cours.

Les parents de Zahra contestent aujourd'hui la manière dont ce dialogue a été mené, notamment le fait qu'elle n'ait pu suivre ses cours normalement durant un mois et demi. "Notre fille a eu le sentiment d'être marginalisée. Ça a été très dur pour elle à vivre psychologiquement", explique son père, un musicien égyptien vivant en France depuis une vingtaine d'années.

Depuis la rentrée, Zahra allait au collège, mais restait dans une salle isolée ou à la bibliothèque où l'administration lui faisait passer les cours manqués. "On ne peut pas suivre ainsi correctement une scolarité!", dénonce sa mère. Dans une lettre intitulée "Une bouteille à la mer", Zahra se plaint d'avoir été "mise en quarantaine". "Je vais de bureaux en bureaux où l'on m'apporte les cours à recopier", explique la collégienne. De son côté, le rectorat de Lyon explique qu'il a eu au contraire "un souci de continuité de scolarité bien que la jeune fille n'assiste pas directement aux cours. "Il ne faut pas sous-estimer le travail des enseignants, il y a eu un suivi permanent et des évaluations de cette élève", précise le rectorat.

"Un élève qui refuserait d'enlever sa casquette en classe serait-il mis en quarantaine? Exclu de sa classe? Menacé d'une exclusion définitive? Je ne crois pas", écrit Zahra. "Le bonnet que je porte n'est ni ostensible, ni ostentatoire". Mais pour le rectorat, c'est à la direction de l'établissement, et non à la jeune fille, d'apprécier le caractère d'un signe religieux. "Si cette élève se met en conformité avec la loi, elle réintègrera immédiatement sa classe", précise une porte-parole.

Les parents de la jeune fille n'ont pas souhaité attendre que soit convoqué un éventuel conseil de discipline et l'ont inscrite la semaine dernière dans un établissement privé du centre ville de Lyon, où elle se rend coiffée de son bonnet. "La décision des conseils de discipline est connue d'avance puisqu'ils se contentent d'appliquer la volonté du ministère", justifie le père de Zahra.

L'an dernier, Zahra s'était présentée à son collège voilée. Après discussion avec la principale alors en poste, elle avait acceptée de troquer son voile contre un bonnet, un compromis qui avait alors satisfait les deux parties. La jeune fille passe actuellement les vacances de la Toussaint chez un de ses oncles à Londres. Selon son père, elle aurait part de son désir d'emménager définitivement en Angleterre, pour "pouvoir vivre sa religion librement". Source : AP, 25 octobre 2004

 

21/10/04 - Voile islamique : le Forum social européen met la France au pilori
Une polémique a éclaté hier à l'issue d'un séminaire du Forum social européen (FSE) consacré au voile islamique, certains orateurs accusant la France de racisme en raison de la loi sur les signes religieux à l'école, ce qui a provoqué des protestations du public.
Le débat s'est déroulé sans Tariq Ramadan, l'un des intellectuels musulmans les plus en vue en Europe, qui devait y participer au nom du Collectif des musulmans de France. Aucune explication n'a été fournie par les organisateurs sur son absence.
Pendant près de deux heures, la France s'est retrouvée particulièrement mise en cause par les intervenants en raison de l'adoption par son parlement au printemps dernier d'une loi sur la laïcité qui interdit les signes religieux à l'école publique, en particulier le hidjab (voile islamique).
Donnant le ton des débats, Milena Buyum, de l'Assemblée nationale contre le racisme (Grande-Bretagne), association co-organisatrice du débat, a affirmé que l'on assistait en Europe à « une montée du racisme et de l'islamophobie », dont cette loi française est « l'une des manifestations les plus visibles ».
« Nous voyons cette interdiction comme une attaque directe contre le droit des femmes de choisir leur façon de s'habiller », a-t-elle lancé.
« Choqué »
Cette loi « vise-t-elle à défendre la laïcité ? », a interrogé Arlene Rodrigues, de l'Assemblée pour la protection du hidjab (Grande-Bretagne), elle-même portant le hidjab. « Non, il s'agit de dictature d'Etat [.] C'est une loi injuste, totalement discriminatoire », a-t-elle asséné.
Participant également au débat, Christine Delphy, du Collectif école pour toutes et tous (France), a affirmé qu'il y avait « un traitement d'exception pour les signes de l'islam ».
Balayant les arguments des partisans de l'interdiction du voile à l'école, qui jugent qu'il est un symbole de l'oppression dont peuvent être victimes les jeunes filles, elle a affirmé que cela constituait « une bêtise d'un point de vue sociologique ».
A l'issue du débat, qui a été applaudi par certains et hué par d'autres, des membres du public, dont de nombreux Français, ont protesté contre les accusations de racisme proférées par les orateurs et le caractère non-contradictoire du débat. « Comment pouvez-vous appeler cela un débat quand, sur les sept orateurs, aucun n'est en faveur de l'interdiction » du voile dans les écoles en France, a interrogé un homme au micro. « C'est un débat caricatural », a-t-il ajouté.
« Je suis choqué par les accusations de racisme lancées contre la France », a lancé un autre.
Source : L’Union de Reims, 17 octobre 2004