07/04/04
-L'affaire du foulard de Thann : un compromis aujourd'hui
?
par Christophe Belleuvre, Dernières Nouvelles d'Alsace, 6 avril 2004
L'affaire du voile du collège Rémy-Faesch de Thann a rebondi devant
le Conseil d'État. Le président du contentieux, Daniel Labetoulle,
a invité l'Éducation nationale et l'avocat de la famille dont la
fille est au centre du litige à se mettre d'accord sur une position commune
avant de rendre son ordonnance, demain ou jeudi.
Le conflit avait pris corps dès l'arrivée de l'élève
en février, faisant suite à son exclusion d'un autre collège
de Thann. Début mars, près de 90% des enseignants avaient manifesté leur
colère contre le "compromis" passé par la famille de
la jeune Hilal, élève de 6e, originaire de Turquie, l'inspecteur
d'académie et le directeur de l'établissement. Selon l'inspecteur,
l'élève s'était engagée à aller en classe
avec un bandana recouvrant ses cheveux et ses oreilles, mais laissant son front
découvert. Elle n'aurait pas respecté cet accord. La jeune Hilal
a alors été exclue des cours collectifs, l'administration l'installant
dans une salle de travail.
Dans une ordonnance du 22 mars dernier, le tribunal administratif de Strasbourg
avait rejeté la demande des parents en estimant que l'élève était
accueillie dans l'établissement, suivie par des enseignants et que, eu égard
aux faits, statuer autrement comportait un risque d'atteinte à l'ordre
public.
La famille, par l'intermédiaire de son avocat Me Molinié, a fait
appel de la décision devant les Sages du Palais royal.
Selon Me Molinié, le "compromis" de février est respecté par
la jeune fille, qui ne porte pas un voile mais un simple bandana, « à la
manière du foulard porté par les corsaires ». Et de s'élever
contre une position qui n'est admissible « ni en droit, ni en fait ».
Me Molinié d'ajouter que « l'administration ne doit pas faire d'apartheid
religieux dans les écoles de la République et faire de certains élèves
des élèves de seconde zone ».
Un accord à respecter
Le directeur des affaires juridiques du ministère de l'Éducation
nationale, Thierry-Xavier Girardot, s'est aussitôt accordé à dire
que l'administration ferait en sorte de « trouver les voies qui permettent
de sortir de cette situation » si l'élève porte un bandana
ne dissimulant que ses cheveux et ses oreilles. Il a même ajouté qu'il
ferait en sorte « que les enseignants respectent l'accord passé,
s'il l'est aussi par l'élève ».
Après une heure d'échanges, le président Labetoulle a demandé aux
parties de s'accorder sur une définition d'espèce, et à M.
Girardot de préciser « noir sur blanc » que si le compromis
de février est respecté, l'enfant sera admis en classe. Me Molinié doit
répondre avant ce mardi 14 h. Le président de séance rendra
son ordonnance demain ou jeudi.
05/04/04
-La
guerre contre le voile n'aura pas lieu en Suisse
Doit-on interdire le voile à l'école? Lancée il y a quelques
jours par le maire de Granges, la polémique fait rage en Suisse alémanique.
A Bienne, enseignants et autorités prônent la tolérance.
Enquête.
En proposant d'interdire le port du foulard dans les écoles de sa commune,
le maire de Granges, Boris Banga, a lancé un véritable pavé dans
la mare la semaine dernière. Les médias alémaniques se sont
rapidement emparés de l'affaire, qui a pris des proportions inquiétantes.
Symbole des «ennemis de la démocratie» pour les uns, simple «protection» pour
les autres, le port du «hidjab» est aujourd'hui au coeur d'un débat
dont la virulence n'est pas sans rappeler les discussions qui ont secoué la
France ces derniers mois. Du voile à l'intégration, il n'y a qu'un
pas, que les détracteurs du foulard franchissent allègrement. La
frange la plus conservatrice de l'UDC s'est ainsi rapidement engouffrée
dans la brèche, apportant un soutien sans partage au maire (socialiste!)
de Granges.
Curieusement, si elle a secoué toute la Suisse alémanique, la polémique
n'a pas franchi les quinze kilomètres qui séparent Granges de Bienne.
Les écoles de la cité seelandaise sont pourtant confrontées
depuis plusieurs années à des élèves arborant le
voile, comme le signale Pierre-Yves Moeschler, directeur des Ecoles et de la
culture: «Ces cas sont toutefois peu nombreux, et ils n'ont jamais posé de
problèmes aux directeurs des établissements scolaires biennois,
qui respectent les consignes de tolérance édictées par la
Direction cantonale de l'instruction publique.» La DIP stipule en effet
que les signes religieux sont acceptés dans les écoles, pour autant
qu'ils n'entravent pas l'enseignement et qu'ils n'incitent pas au prosélytisme.
Parmi les 565 étudiants du Gymnase des Alpes, seules cinq jeunes filles
arborent le voile, une situation qui est parfaitement gérée par
le corps enseignant et les autres élèves, comme l'affirme la directrice
Béatrice Sermet: «La première fois que nous avons été confrontés à un
tel cas, nous nous sommes évidemment posé beaucoup de questions
et en avons longuement discuté. Nous nous référons aux consignes édictées
par les constitutions fédérale et cantonale, qui ne font pas état
de déclaration de laïcité, mais bien de neutralité confessionnelle.
A l'instar des autres signes religieux, le voile ne peut donc être interdit
en classe. Les étudiantes qui portent un foulard doivent cependant participer à tous
les cours, y compris la gymnastique.» Une tolérance également
prônée dans les écoles des Platanes, du Châtelet et
de la Suze, qui ne comptent à elles trois qu'une poignée d'élèves
arborant le «hidjab»: «Cela ne nous a jamais posé de
problèmes... Et j'espère qu'il en sera toujours ainsi, malgré la
polémique créée par le maire de Granges», conclut
Marcel Aubry, directeur de l'école de la Suze.
Inquiétants amalgames
L'UDC de Granges entre à son tour dans le débat sur le port du
voile islamique soulevé par le maire socialiste de la ville, Boris Banga.
Les conseillers municipaux Heinz Mà¼ller et Marcel Boder jugent
ainsi «que le sujet est émotionnellement fort et qu'il préoccupe
la population», raison pour laquelle le groupe UDC a lancé une interpellation
urgente, dans laquelle il demande à l'administration communale de «répondre à quelques
questions au sujet du port du voile dans les écoles».
Ce n'est en fait pas le maire de la cité, Boris Banga, qui est montré du
doigt, mais bien le directeurs des Ecoles, Erwin Egli. De son propre chef, le
conseiller municipal avait en effet pris l'initiative de vérifier dans
tous les collèges, jardins d'enfants et autres crèches de Granges
si les enfants et les adolescents de confession musulmane n'étaient pas
victimes de problèmes d'intégration, et si oui desquels.
Erwin Egli s'est par ailleurs opposé d'emblée à la proposition
d'interdiction de Boris Banga, une prise de position qui a provoqué l'ire
des agrariens grangeois, qui souhaiteraient que «les instances politiques
accordent leur violon avec la Direction des écoles». Concrètement,
Heinz Mà¼ller et Marcel Boder aimeraient savoir si Erwin Egli «ne
souhaite pas, à l'instar du maire de la ville, une intégration
rapide des élèves de culture étrangère» et
pourquoi il s'oppose alors publiquement à «la demande justifiée
du maire de Granges». L'UDC va plus loin: «Une telle débauche
d'énergie est-elle justifiée? La Direction des écoles déploierait-elle
autant d'efforts si les enfants suisses étaient mis à l'écart
par les enfants étrangers?»
Le voile serait-il prétexte à d'inquiétants amalgames idéologiques?
Reste à souhaiter que le débat ne prenne pas une tournure trop
nauséabonde.
Source : Le Journal, Grimisuat, Suisse, 3 avril 2004
03/03/04
-Le
retour du "Berufsverbot"
Un spectre hante l'Allemagne, celui du "Berufsverbot", l'interdiction
professionnelle instaurée dans les années 70 contre les fonctionnaires
suspects de sympathie avec les terroristes de la bande à Baader et appliquée à de
nombreux fonctionnaires de gauche ou d'extrême-gauche. Mais désormais,
le "Berufsverbot" cible les enseignantes musulmanes. Le parlement régional
de Bade-Wurtemberg, à Stuttgart, vient de réaliser une grande première
en adoptant une loi interdisant explicitement le port du hijab aux enseignantes,
mais autorisant le port de croix, de kippas ou d'habits religieux catholiques.
La quasi-totalité des députés chrétiens-démocrates
(CDU), sociaux-démocrates (SPD) et libéraux (FDP) ont voté la
loi. la seule opposition est venue des Verts, qui avaient déposé une
proposition de loi alternative, prévoyant la négocation au cas
par cas. Le président la fraction verte, Winfried Kretschmann, s'est dit "déçu" : « Même
au temps du Berufsverbot, les gens avaient au moins la possibilité de
se défendre devant une commission. Mais la nouvelle loi instaure une interdiction
sèche. » Reste maintenant à voir ce que la Cour constitutionnelle
fédérale pensera de cette loi, clairement discriminatoire, donc
susceptible d'être considérée comme anti-constitutionnelle.
En attendant que la loi puisse entrer en vigueur, le gouvernement du Land a suspendu
une enseignante musulmane d'Urbach depuis la mi-mars.
Source : Die Tageszeitung, Berlin, 2 avril 2004
30/03/04
- Les musulmanes garderont le voile chez le médecin d'Évry
Trois mois après avoir souhaité que les femmes voilées
quittent leur foulard dans son cabinet, un médecin généraliste
en exercice aux Pyramides à Evry est revenu sur sa décision.
La praticienne a retiré, voilà quelques jours, la pancarte qu'elle
avait apposée mi-décembre à l'entrée de sa salle
d'attente. Elle y expliquait être « très choquée
par le nombre de femmes voilées aux Pyramides ».
Ce revirement est lié à sa rencontre avec Anouar Kbibech, président
du Conseil régional du culte musulman est (CRCM). Devant le trouble
qu'a soulevé le geste de cette femme médecin, le CRCM a en effet
souhaité la rencontrer au début du mois de mars. « Nous
avons longuement dialogué sur le port du voile, raconte Anouar Kbibech.
Sa crainte, c'est qu'il est parfois ressenti comme une volonté de provocation
ou d'agression. Je lui ai expliqué qu'il s'agissait d'une prescription
religieuse qui se fait par libre choix. » A l'issue de leur entretien,
la praticienne lui a remis sa pancarte. « Mon message était destiné au
CRCM, qui a reçu de l'État la responsabilité de régler
les questions de l'islam. Ma démarche était seulement destinée à alerter
sur la montée de la violence et de l'intégrisme. C'est également
une nécessité de défendre le statut de la femme musulmane
européenne et la démocratie. »
Sur la volonté de combattre l'intégrisme, Anouar Kbibech a rassuré le
médecin : « Le CRCM ne peut que partager avec vous cette volonté. » La
décision du médecin avait été vivement contestée
tant par le député-maire PS d'Evry, Manuel Valls, que par le
recteur de la mosquée de la ville, Khalil Merroun. Le conseil de l'ordre,
quant à lui, n'avait pas décidé de suspendre la praticienne.
Source : Le Parisien, 29 mars 2004
Un
seigneur de guerre somalien interdit le port du hijab
Mohamed Omar Habib est un des seigneurs de guerre qui règnent sur la Somalie
martyre. Lui, il exerce ses talents à Jowhar, dans le Moyen-Habbelle, à une
centaine de km au nord de la capitale Mogadiscio. Pour faire règner sor
ordre, il vient d'adopter un décret qui interdit le port du hijab et les
voitures avec des vitres teintées. L'interdiction du hijab vise "uniquement" à empêcher
des opposants armés de se déguiser car Mohamed Omar Habib, qui
se dit un bon Musulman, n'a rien contre le port du voile par les femmes. En attendant,
17 femmes ont été arrêtées en application immédiate
de ce décret. Et à partir de lundi, les voitures ayant des vitres
teintées seront confisquées.
Source : AFP, 27 mars 2004
Loi
petite, République en danger
par François Burgat
L'auteur, chercheur au CNRS IREMAM d'Aix-en-Provence, a publié L'islamisme
en face, La Découverte, 2002. Le texte qui suit est sa préface
au livre de Dalila ADJIR et Abdelaali BAGHEZZA, Entrée Interdite aux
animaux et aux femme voilées, éditions AKHIRA, qui vient de paraître.
Les
pages de ce livre disent à leur manière un désarroi
aussi justifié qu'il est profond. Des citoyens français,
jeunes et moins jeunes, ont aujourd'hui mal à la France. Ils
ne se reconnaissent pas dans une République à deux
vitesses qui a voté une loi aussi petite qu'elle est courte.
Je ne respecte pas seulement cette émotion. Je la partage,
et j'ai, avec d'autres, honte de n'être pas parvenu à infléchir
le cours de cette histoire-là. Bien plus que la liberté,
l'égalité et la fraternité, les motivations
qui ont conduit à l'interdiction, par voie législative,
du port du voile à l'école, préparant son exclusion
d'autres espaces publics, ont l'odeur tenace d'une ancienne discrimination.
Sous d'identiques dehors humanistes, elle exhale les relents malodorants
de la vieille rhétorique coloniale. Celle qui, en rêvant
seulement de dévoiler la femme musulmane, lui a toujours refusé le
droit élémentaire de choisir les itinéraires
et les symboles de sa modernisation. Plus que la force des principes
universels et la sérénité de la justice, cette
interdiction sent ainsi la peur de l'autre et le repli culturel.
Elle sent l'universel à géométrie variable,
l'histoire à deux poids et deux mesures, les grands principes
bafoués de trop d'exceptions. Dalila Adjir et Abdelaali Baghezza
ne se privent pas de dénoncer ces troubles zones d'ombre et
les hypocrisies répétées de l'histoire de ces
Républicains chaque fois qu'ils oublient qu'ils ne sont plus
seulement des « Gaulois » . Que penser du rappel de l'interdiction,
par le chef de l'Etat, sans pudeur et sans rire, de nos « grandes
croix ostentatoires » ? Dans le débat sur la signification
du voile et sur sa place dans une société française
moderne et laïque, des réticences respectables avaient
très certainement besoin d'être levées. Un débat
dépassionné, digne de ce nom, aurait assurément
permis de le faire. Mais la « Commission des Sages » n'a
manifestement pas réussi à dépasser les biais
et les contradictions évidents de ceux ... qui l'avaient formée.
Les principes dont ont voulu se prévaloir les tuteurs éthiques
et les souteneurs politiques de la petite loi ont été en
effet dénaturés. La belle fiction du modèle « intégrateur » (dont
chacun, dans nos ANPE, peut mesurer la réalité) a été opposée
de façon très simplificatrice et très peu réaliste
au repoussoir d'un « communautarisme » britannique lui-même é rigé très
artificiellement en épouvantail. L'indispensable laïcité,
détournée de son droit chemin, a été fourvoyée
dans l'impasse d'une basse besogne. Kemal Atatürk, le père
de la République turque, (celle-là même où des « islamistes » sont
aujourd'hui au pouvoir) avait voulu, au début du siècle,
imposer par la force une casquette à visière à ses
compatriotes. Là où les défenseurs du turban « traditionnel » voyaient
la marque d'une identité, le modernisateur laïc décelait
un obstacle insurmontable à la modernisation. Le blocage irrationnel
que manifeste une large partie de la classe intellectuelle française,
gauche et droite confondues, procède d'une identique méprise.
Celle qui conduit à confondre l'enjeu réel de la modernisation
(ici, l'éducation de tous) avec les attributs symboliques
que telle nation, ou telle composante de cette nation, peut légitimement
vouloir préserver pour conserver à la démarche
modernisatrice les indispensables attributs de l'endogénéité.
Les plus médiatisées et, malheureusement, les plus écoutées
des militantes de notre « féminisme national » (il
en existe heureusement d'autres, y compris « islamique »)
peinent à admettre qu'elles ne sont pas les seules à écrire
l'Histoire. Elles semblent tout particulièrement incapables
d'imaginer et a fortiori d'accepter qu'une page de la modernisation
puisse s'écrire… sans elles, c'est-à-dire s'écarter
d'un millimètre de leur propre itinéraire ou ne pas
emprunter, à la cédille près, la seule terminologie
qui fut la leur. Ces quelques lignes ont une vocation simple. Elles
veulent redire que les vrais défenseurs des « valeurs
de la République » sont en fait aujourd'hui non point
les adeptes de l'interdiction du voile à l'école mais
bien ceux qui défendent plus essentiellement le droit pour
chacun et chacune de rejeter, voire de combattre ce voile, ou de
l'adopter. A loi petite, petite République. Nous n'appartenons
pas à celle-ci. Il y en a une autre.
25/03/04
-Tempête italienne autour d'un voile
La décision de la directrice d'une crêche de Samone, dans le Piémont,
de licencier une puéricultrice stagiaire marocaine pour port du hijab
a soulevé une tempête en Italie, où tous les responsables
qui se sont exprimés ont condamné la décision, que ce soit
le ministre de l'Intérieur Pisanu, la ministre de l'Éducation Moratti
ou le vice-Président du Conseil Gianfranco Fini. L'intéressée
a cependant fait savoir qu'elle était prête à renoncer à porter
le hijab pour pouvoir continuer son stage.
Source : Il Manifesto, Rome, 25 mars 2004
Le hijab peut "faire peur" aux bébés
italiens !
Fatima Mouayche, une Marocaine de 40 ans, mère de deux enfants et résidant
en Italie depuis 8 ans, vient de se voir interdire de travailler dans une crêche à Samone,
dans le nord de l'Italie. Raison invoquée par la responsable de la crêche,
Cristina Ferrari : "Le foulard pourrait faire peur aux enfants et il vaut
mieux ne pas courir ce risque". Fatima rétroque : "Mes enfants
ont grandi en voyant mon foulard et il ne leur fait pas peur."
Source : BBC News, 23 mars 2004
23/03/04 - Une
citoyenne musulmane empêchée de
voter
Sous
ce titre, le Collectif contre l'islamophobie en France communique
en date
du 22 mars 2004 : Dimanche 21 mars, lors du vote pour le renouvellement
des sièges des conseils régionaux, Madame Toufiq,
habitante de la ville d'Argenteuil (Val-d'Oise) s'est vue interdire
l'accès
au bureau de vote n°19 afin d'accomplir son devoir de citoyenne
par la personne en charge de l'urne. Le CCIF condamne fermement
cette acte discriminatoire islamophobe qui procède d'une
volonté de
nier à Mme Toufiq sa qualité de citoyenne en l'empêchant
d'exercer son devoir civique. Ces dénis du droit ne sauraient être
tolérés davantage, ils résultent d'une campagne
médiatico-politique tous azimuts contre l'islam et les musulmans
visant à les stigmatiser et les placer en marge de la société.
Le CCIF exige de l'Etat d'agir concrètement afin que cesse
l'islamophobie dans notre pays et que son intervention ne se limite
pas à de symboliques discours de fermeté, il doit
véritablement être
intransigeant envers les semeurs de haine. Le CCIF dénombre
des cas d'islamophobie de plus en plus nombreux chaque jour dans
notre pays. Ces faits sont vérifiables dans tous les domaines
de la vie et touchent particulièrement les femmes. Le courage
doit l'emporter sur la peur, c'est pourquoi le CCIF appelle toutes
les victimes de ces actes lâches à témoigner
de ce qu'elles subissent et à porter plainte lorsque cela
est nécessaire. CCIF, contact@islamophobie.net.
Site
: http://www.islamophobie.net/,
Tél. : 06.21.29.68.80
Le
témoignage des époux Toufiq
Ce
matin vers 10h30, je suis allé avec mon épouse pour accomplir notre devoir
civique comme tous les citoyens français à Argenteuil
bureau de vote n° 019 : Groupe scolaire LAPIERRE au 72 rue de
Champagne, canton nord. J'ai voté en premier, puis lorsque
ma femme s'apprêtait à faire de même, à sa
grande surprise, la personne chargée de l'urne l'en empêcha.
Elle lui a dit clairement qu'il est interdit à une femme voilée
de voter sans enlever le voile. Ma femme protesta contre cet acte
injustifié mais les assesseurs présents au bureau se
sont joints à leur collègue pour l'empêcher eux
aussi de voter !!! Je suis intervenu et j'ai dit aux assesseurs qu'aucune
circulaire préfectorale n'interdit le vote des femmes voilées.
Un climat de tension s'est installé dans le bureau de vote
ce qui fit intervenir un responsable du bureau. Je lui ai expliqué ce
qui venait de se passer. Il a immédiatement contacté Monsieur
Sellier Adjoint au Maire d'Argenteuil. Il a é galement consulté durant
plusieurs minutes le règlement relatif aux conditions de vote,
se renseigna par téléphone puis revint. Il a signifié aux
assesseurs que madame Toufiq a bien le droit de voter en présentant
sa carte d'identité et sans aucune autre condition. Mon épouse
a enfin pu accomplir son devoir civique. Monsieur et Madame Toufiq
: toufiqben@hotmail.com
21/03/04
- La loi sur le voile adoptée, le Conseil d'Etat
défend
son bilan en matière de laïcité
par Laetitia Van Eeckhout et Nicolas Weill, Le Monde, 21 mars 2004
Son avis de novembre 1989 valait jurisprudence.
La loi "encadrant, en application du principe de laïcité, le
port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse" dans
les établissements scolaires, définitivement adoptée le
3 mars, marque la fin d'une période. Celle où le Conseil d'Etat
et sa jurisprudence traitaient des "affaires de foulard" islamique
au "cas par cas". Evoquant la circulaire d'application dimanche 14
mars sur Europe 1, le ministre de l'éducation nationale, Luc Ferry, a
affirmé : "Les grandes croix, les kippas, les foulards islamiques,
quel que soit le nom qu'on leur donne, seront interdits. La jurisprudence
du Conseil d'Etat les autorisait sauf dans certains cas, ce sera l'inverse."
Le rapport annuel du Conseil d'Etat, rendu public vendredi 19 mars (www.ladocumetationfrancaise.fr),
dont la partie thématique est consacrée à "un siècle
de laïcité" fait ainsi penser à un bilan de gestion,
même si ce thème a été choisi pour le centenaire,
en 2005, de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat. S'il est en
effet un texte qui fait date dans la jurisprudence du Conseil sur la laïcité,
c'est l'avis rendu le 27 novembre 1989, à la demande de Lionel Jospin,
alors ministre de l'éducation nationale, sur les premiers incidents sur
le foulard survenus dans un collège de Creil (Oise).
Lire la suite à : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-357548,0.html
Libres
par la loi : l'envers du voile
par Annamaria Rivera, Il Manifesto, Rome, 17 mars 2004
L'auteur est anthropologue
À la fin des années 70, les jeunes filles que nous étions
quittèrent tout à coup minijupe et jeans collants pour revêtir
de longues jupes à fleurs. La jupe féministe se répandit
dans les écoles et les universités e il n'y eut proviseur ni professeur
qui parvint à avoir raison de ce signe ostentatoire. Toutes, peut-être,
n'en étaient pas conscientes mais cette façon de se vêtir
si féminin était le résultat du mécanisme qui peut
se définir comme "retournement du stigmate": la transformation
du signe d'une appartenance dévalorisée en emblème orgueilleusement
affiché, selon le classique modèle de black is beautiful. Avec
un brin de génie et d'ironie, la multitude (comme on dirait de nos jours)
de jeunes filles de tous âges qui composaient la marée du mouvement
féministe redonna vigueur à un costume qui, dans l'opinion commune,
pouvait évoquer une féminité traditionnelle et passivement
acceptée. Dans cette tenue (qui par la suite, comme il arrive souvent,
devint une mode) il y avait le manifeste du mouvement : la critique de l'émancipation à tout
prix, le droit de définir sa propre appartenance singulière de
genre. C'était surtout un symbole ironique et puissant de la rébellion
contre le corps féminin objet et marchandise. Soyons clairs : je n'entends
point procéder ici à une assimilation entre le foulard (en français
dans le texte) islamique et la jupe féministe. La comparaison, toutefois,
me permet de remarquer une banalité oubliée dans la querelle autour
de la loi française 'contre le voile' : la liberté féminine
- pour reprendre une formule abusive - ne se mesure pas aux centimètres
de corps exposés au regard. De celle-ci il n'est pas de négation
plus radicale que les nudités féminines qui à la télévision
font la haie devant les corps masculins complètement vêtus qui discutent
politique. Et cela me permet de souligner que les signes vestimentaires - comme
tous les signes - assument des significations diverses selon qu'ils sont effectués
en une situation historique donnée ; et qu'il n'y a pas exacte correspondance
entre le sens investi en certains costumes et le sens que lui confère
aujourd'hui celui ou celle qui l'endosse. Ma grand-mère ne sortait jamais
sans son fichu sur la tête et pourtant elle n'était ni soumise ni
traditionaliste. Alma et Lila Lévy, toutes jeunes citoyennes françaises
expulsées d'un lycée d'Aubervillers parce qu'elles s'étaient
refusées à retirer le hijab, sont des jeunes files indépendantes
et combattives qui revendiquent le droit de s'autodéterminer. Filles d'un
avocat de gauche, athée de famille juive, et d'une enseignante de famille
kabyle et catholique [ceci est une fausse information, démentie par l'intéressée
NDLR], elle ne sont pas suspectes de s'être laissé contraindre ou
manipuler par un père ou un frère intégriste. Leur cas est
exemplaire de la recherche d'une identité autonome de celle des parents,
d'une révolte de génération qui peut même se teinter
(nous devons nous rappeler notre adolescence) d'une nuance de mysticisme. Qui
peut soutenir que leur hijab veuille signifier la soumission au pouvoir masculin
? En somme, toute discussion sérieuse autour de la controverse du voile,
devrait partir de la reconnaissance de la signification plurielle de ce signifiant
et distinguer rigoureusement les divers contextes historiques. : le hijab à la
française, revêtu au surplus par des citoyennes françaises,
ne peut être confondu avec le voile des femmes saoudiennes ou soudanaises.
Bien sûr, même dans le premier cas cela peut être un symptôme
de l'influence croissante de l'intégrisme, mais souvent cela est l'expression
d'un traditionalisme de résistance à l'exclusion sociale, à l'infériorisation
dont sont victimes les personnes d'origine immigrée. Ou alors c'est un
signe réinventé entre un parcours d'assimilation et de modernisation
: dans ce cas sa fonction paradoxale est de conférer une visibilité dans
l'espace public. Ou encore c'est la suite d'une négociation avec l'environnement
familial : la possibilité de se promener seules et de poursuivre des études,
même tête couverte, fait ainsi du hijab la couverture d'une innovation
de comportement. Il est d'autant plus paradoxal que ce soit précisément
la controverse publique autour du voile - jusqu'à décréter
légalement la punition de l'expulsion de l'école publique des adolescentes
qui justement sont réputées victimes par leurs propres prohibitionnistes
- qu'en France, à partir de l'affaire de Creil en 1989, on a rendu visible
ce qui auparavant é tait socialement invisible, et on a sacralisé ce
qui au plus était banal. Emmanuel Terray a raison d'user du terme d'hystérie
politique : la crise de l'intégration des citoyens d'origine immigrée
et la stagnation du processus d'égalisation entre les sexes - écrit-il
en un ouvrage collectif à paraître incessamment en France - mène
la société française à substituer aux problèmes
réels qu'elle ne sait pas résoudre, " ... un problème
fictif, imaginaire, construit de telle sorte qu'il puisse être traité avec
les seules ressources du discours et par le seul maniement des symboles " La
laïcité devient ainsi le fétiche derrière lequel cacher
une exclusion sociale croissante, une islamophobie tout aussi croissante et peut-être
la préoccupation - comme le soupçonne Alain Badiou dans l'article
ironique et é gratigneur publié par Il Manifesto [original paru
dans le Monde et repris par Quibla, NDLR] - que les jeunes filles voilées, élèves
sérieuses et motivées, deviennent vite les premières de
la classe et puis qui sait. Ce que l'on agite contre ces élèves
(le curieux est que le respect de la laïcité soit exigé d'elles
plutôt que de l'école publique, ses contenus, ses enseignants) c'est
en réalité un formalisme radical de la laïcité, vidée
de tout contenu concret. Plus inquiétante encore est l'invocation non
critique de l'universalisme de la part d'une composante féministe qui
parvient à soutenir (Elisabeth Badinter l'a fait) que le hijab est pire
que la prostitution, cette dernière n'étant qu'une manifestation
de la liberté de disposer de son propre corps. L'universalisme particulier
de marque occidentale, et avec lui la mission civilisatrice qui imposerait d'émanciper
les nouvelles indigènes finissent ainsi par substituer la critique rigoureuse
du neutre masculin universel, un des apports théoriques décisifs
du féminisme. On comprend alors pourquoi dans cette controverse ou d'autres
de même nature, la bête noire serait le relativisme culturel, au
point que même les anti-prohibitionnistes se sentent obligés de
mettre en avant des formules du type « sans rien concéder au relativisme ».
Derrière cette rhétorique, qui ne fait aucune distinction entre
relativisme éthique et relativisme en tant que principe méthodologique,
est-il permis de suspecter que se nicherait le bon vieil ethnocentrisme colonial
?
La
ministre allemande de la famille pour l'interdiction du hijab
Renate Schmidt, ministre fédérale social-démocrate de
la famille a pris position pour une interdiction du port du hijab par les enseignantes
: « En tant que mère, je ne voudrais pas que mes enfants soient
enseignés par une enseignante portant un foulard. » Selon elle,
le hijab peut être motivé religieusement, politiquement ou bien
encore être un symbole de l'oppression des femmes.
Source : Die Tageszeitung, Berlin, 20 mars 2004
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