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6 dhil hajj 1424 31 janvier 2004
 
Résistances - Un voile, une voix !
 
 

Michèle Vianès : "Les employeurs doivent être intransigeants avec le voile"

Lyon Mag - le vendredi 30 janvier 2004


Fondatrice de l'association Regards de femmes, Michèle Vianès vient de publier "Un voile sur la République" aux éditions Stock. Un livre qui explique la signification du voile et ses enjeux dans la société française à l'heure où le port du foulard islamique pose des problèmes à l'école et même dans l'entreprise. Pour présenter cet ouvrage, Michèle Vianès répond aux questions de lyonmag.com.

Quelle est le principal message de ce livre ?
Michèle Vianès : J'ai voulu expliquer la signification du voile et ses enjeux. Il faut savoir que le voile est un symbole politique utilisé par les intégristes musulmans pour soumettre la femme et montrer à toute la société qu'il faut respecter la charia, c'est-à-dire la loi islamique. Mai les intégristes musulmans défendent un modèle replié sur la famille où l'homme domine et où la femme n'a pas le droit de s'émanciper. L'éducation qu'ils dispensent aux enfants se résume à une série d'interdits et repose sur des règles régressives. Ce qui est contraire au principe de laïcité defendu par la République française.
A qui s'adresse Un voile sur la République ?
Je l'ai d'abord écrit pour les jeunes musulmanes mais cet ouvrage s'adresse tous ceux qui s'intéressent à ces principes que défend la France, en particulier les hommes, qui se voient collés une image négative de bêtes sauvages incapables de réfléchir. Et Un voile sur la République devrait aussi intéresser tous les gens qui sont confrontés à la question du port du voile : les enseignants et les fonctionnaires, mais aussi les chefs d'entreprise, à qui je donne d'ailleurs des conseils.
Quel genre de conseils vous donnez aux chefs d'entreprise ?
Des conseils pratiques pour éviter que les problèmes liés au voile ne dégénèrent jusqu'au procès. En fait, les employeurs doivent savoir qu'il existe des gardes-fous. Ils peuvent par exemple inscrire dans le règlement intérieur de l'entreprise que la tenue vestimentaire dans leurs locaux est soumise à certaines règles.
Vous ne pensez pas qu'il faut être plus tolérant dans une entreprise qu'à l'école ?
Non. On n'a pas à imposer des pratiques religieuses dans l'espace public. Pour moi, il faut vraiment que les employeurs soient intransigeants avec le voile. Et les femmes qui veulent absolument porter le voile au travail doivent comprendre qu'elles s'excluent de la société ! Mais le phénomène du voile ne doit surtout pas se transformer en une méfiance envers toutes les jeunes filles issues de l'immigration maghrébine, dont la grande majorité ne demande qu'à être intégrée à part entière à la société française.
Vous soutenez le mouvement Ni putes Ni soumises ?
Oui. Dès que j'ai entendu parler du collectif des Femmes de quartier conduit par Fadéla Amara, je l'ai tout de suite contactée. Et je la soutient dans sa démarche. J'ai d'ailleurs mis en place le comité local de "Ni putes ni soumises" à Lyon. Une équipe qui sera présentée le 4 février prochain lors de l'étape à Lyon du Tour de France républicain, dont le slogan est "Vouloir et savoir vivre ensemble, hommes et femmes". Une mouvement qui arrivera à Paris pour la journée de la femme, le 6 mars prochain.
Et les musulmans lyonnais qui soutiennent le voile, comment ils vont réagir à votre livre ?
Je ne sais pas. On a des relations très difficiles avec eux car ils ont du mal à accepter un débat démocratique serein. Ils ne supportent pas que des femmes, qui en plus ne défendent aucune confession religieuse particulière, s'impliquent dans le combat des jeunes filles de quartiers. Exemple : les militants de Divercité et de l'UJM essaient de nous intimider à chaque fois qu'on organise un débat sur ce thème. L'autre jour, à la Bourse du travail, lors de la venue d'Aziz Sahiri du mouvement des musulmans laïques de France, ils sont venus pour nous prendre à parti. Mais je reste déterminée.

 

Voile : Jean-Claude Santana convoqué par le recteur de l'Académie

Lyon Mag - le jeudi 29 janvier 2004

 

Jean-Claude Santana, un professeur du lycée de la Duchère qui s'est distingué par son combat pour la laicité et contre le voile à l'école, a été convoqué hier soir par le recteur de l'Académie Alain Morvan qui lui reproche de ne pas avoir respecté son droit de réserve, auquel est tenu tout fonctionnaire, lors du débat sur le voile publié dans le Lyon Mag' de janvier. En fait, Alain Morvan n'a pas apprécié que Jean-Claude Santana lui reproche d'avoir "tout fait pour étouffer le problème et faire le moins de vagues possible" lorsque ce professeur l'avait saisi de ces problèmes de voile. Mais finalement, le recteur a décidé au dernier moment de ne pas recevoir lui-même Jean-Claude Santana hier soir mais de déléguer ce dossier à son assistante. Une mesure d'intimidation qui semble avoir tourné court.