| Michèle Vianès : "Les employeurs doivent être
intransigeants avec le voile"
Lyon Mag - le vendredi 30 janvier 2004
Fondatrice de l'association Regards de femmes, Michèle Vianès
vient de publier "Un voile sur la République" aux éditions
Stock. Un livre qui explique la signification du voile et ses enjeux dans la
société française à l'heure où le port du
foulard islamique pose des problèmes à l'école et même
dans l'entreprise. Pour présenter cet ouvrage, Michèle Vianès
répond aux questions de lyonmag.com.
Quelle est le principal message de ce livre ?
Michèle Vianès : J'ai voulu expliquer la signification du voile
et ses enjeux. Il faut savoir que le voile est un symbole politique utilisé par
les intégristes musulmans pour soumettre la femme et montrer à toute
la société qu'il faut respecter la charia, c'est-à-dire
la loi islamique. Mai les intégristes musulmans défendent un
modèle replié sur la famille où l'homme domine et où la
femme n'a pas le droit de s'émanciper. L'éducation qu'ils dispensent
aux enfants se résume à une série d'interdits et repose
sur des règles régressives. Ce qui est contraire au principe
de laïcité defendu par la République française.
A qui s'adresse Un voile sur la République ?
Je l'ai d'abord écrit pour les jeunes musulmanes mais cet ouvrage s'adresse
tous ceux qui s'intéressent à ces principes que défend
la France, en particulier les hommes, qui se voient collés une image
négative de bêtes sauvages incapables de réfléchir.
Et Un voile sur la République devrait aussi intéresser tous les
gens qui sont confrontés à la question du port du voile : les
enseignants et les fonctionnaires, mais aussi les chefs d'entreprise, à qui
je donne d'ailleurs des conseils.
Quel genre de conseils vous donnez aux chefs d'entreprise ?
Des conseils pratiques pour éviter que les problèmes liés
au voile ne dégénèrent jusqu'au procès. En fait,
les employeurs doivent savoir qu'il existe des gardes-fous. Ils peuvent par
exemple inscrire dans le règlement intérieur de l'entreprise
que la tenue vestimentaire dans leurs locaux est soumise à certaines
règles.
Vous ne pensez pas qu'il faut être plus tolérant dans une entreprise
qu'à l'école ?
Non. On n'a pas à imposer des pratiques religieuses dans l'espace public.
Pour moi, il faut vraiment que les employeurs soient intransigeants avec le
voile. Et les femmes qui veulent absolument porter le voile au travail doivent
comprendre qu'elles s'excluent de la société ! Mais le phénomène
du voile ne doit surtout pas se transformer en une méfiance envers toutes
les jeunes filles issues de l'immigration maghrébine, dont la grande
majorité ne demande qu'à être intégrée à part
entière à la société française.
Vous soutenez le mouvement Ni putes Ni soumises ?
Oui. Dès que j'ai entendu parler du collectif des Femmes de quartier
conduit par Fadéla Amara, je l'ai tout de suite contactée. Et
je la soutient dans sa démarche. J'ai d'ailleurs mis en place le comité local
de "Ni putes ni soumises" à Lyon. Une équipe qui sera
présentée le 4 février prochain lors de l'étape à Lyon
du Tour de France républicain, dont le slogan est "Vouloir et savoir
vivre ensemble, hommes et femmes". Une mouvement qui arrivera à Paris
pour la journée de la femme, le 6 mars prochain.
Et les musulmans lyonnais qui soutiennent le voile, comment ils vont réagir à votre
livre ?
Je ne sais pas. On a des relations très difficiles avec eux car ils
ont du mal à accepter un débat démocratique serein. Ils
ne supportent pas que des femmes, qui en plus ne défendent aucune confession
religieuse particulière, s'impliquent dans le combat des jeunes filles
de quartiers. Exemple : les militants de Divercité et de l'UJM essaient
de nous intimider à chaque fois qu'on organise un débat sur ce
thème. L'autre jour, à la Bourse du travail, lors de la venue
d'Aziz Sahiri du mouvement des musulmans laïques de France, ils sont venus
pour nous prendre à parti. Mais je reste déterminée.
Voile
: Jean-Claude Santana convoqué par le recteur de l'Académie
Lyon Mag - le jeudi 29 janvier 2004
Jean-Claude
Santana, un professeur du lycée de la Duchère
qui s'est distingué par son combat pour la laicité et
contre le voile à l'école, a été convoqué hier
soir par le recteur de l'Académie Alain Morvan qui lui reproche
de ne pas avoir respecté son droit de réserve, auquel
est tenu tout fonctionnaire, lors du débat sur le voile publié dans
le Lyon Mag' de janvier. En fait, Alain Morvan n'a pas apprécié que
Jean-Claude Santana lui reproche d'avoir "tout fait pour étouffer
le problème et faire le moins de vagues possible" lorsque
ce professeur l'avait saisi de ces problèmes de voile. Mais
finalement, le recteur a décidé au dernier moment de
ne pas recevoir lui-même Jean-Claude Santana hier soir mais de
déléguer ce dossier à son assistante. Une mesure
d'intimidation qui semble avoir tourné court.
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