quibla.net

6 dhil hajj 1424 29 janvier 2004
 
Résistances - Un voile, une voix !
 
 

Le conseil des ministres approuve le projet de loi

Le projet de loi antihijab, dit "sur la laïcité" a été approuvé mercredi en conseil des ministres. "Le projet de loi du gouvernement réaffirme avec clarté la neutralité des établissements scolaires publics. Il ne vise évidemment pas à interdire les signes d'appartenance religieuse dans la vie de tous les jours", a dit Chirac en conseil, dont les propos étaient rapportés par Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement, lors du compte rendu du conseil.
" Ce texte est nécessaire. Il protège notre école contre le communautarisme", a-t-il souligné. "Ne rien faire serait irresponsable. Ce serait une faute. Ce serait laisser les enseignants et les chefs d'établissement seuls face à des difficultés croissantes", a-t-il précisé. L'examen du texte débutera le 3 février à l'Assemblée nationale.
Source : Reuters, 28 janvier 2004

 

Matignon et l'Elysée s'efforcent de recadrer le débat sur l'interdiction du voile à l'école
par Philippe Bernard et Béatrice Gurrey, Le Monde, 28 janvier 2004


Alors que le texte de loi sera présenté mercredi 28 janvier en conseil des ministres, les conseillers de Jacques Chirac soulignent la faiblesse des réactions hostiles.
Fin du désordre ? L'UMP est " très clairement et en profondeur derrière le texte de loi sur la laïcité", estime-t-on à l'Elysée, alors que le projet de loi sera présenté en conseil des ministres, mercredi 28 janvier. " Nous n'avons aucune inquiétude sur le fait que l'UMP soutiendra au Parlement ce projet qu'elle a porté", ajoutent les conseillers de Jacques Chirac. En somme, il ferait beau voir que le parti du président ait pesé de tout son poids pour obtenir une loi interdisant le voile à l'école et qu'il chipote au moment de passer au vote.
Alors que plusieurs députés de la majorité avaient exprimé doutes, hésitations et critiques, la semaine dernière (Le Monde du 22 janvier), l'Elysée considère que ce ne sont que quelques "avis individuels, pour des raisons d'histoire personnelle".
Les tergiversations de Jacques Barrot, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, qui avait assuré les députés chiraquiens de la liberté de vote sur ce texte, avant d'expliquer qu'il avait été " mal compris", sont un épisode auquel l'Elysée " n'attache pas d'importance". Les conseillers de M. Chirac observent que le député de Haute-Loire a, depuis, " rectifié" sa position. Le président du groupe s'est aussi justifié auprès de Matignon, en rappelant que les statuts prévoyaient la liberté de vote sur les grandes questions de société. Puis en arguant que, de toute façon, la position de la quasi totalité du groupe était clairement favorable à la loi.
Les déclarations de Luc Ferry, ministre de l'éducation nationale, expliquant en commission des lois que la barbe et le bandana pouvaient être "un signe religieux" ont beaucoup agacé à l'UMP et à l'Elysée. En décidant de présenter lui même le texte de loi à l'Assemblée, le 3 février, M. Raffarin semble vouloir mettre fin aux arguties même si l'entourage du premier ministre se garde de désavouer M. Ferry. Il était prévu qu'il en soit ainsi, explique-t-on, " au moins depuis le mois de décembre". Autre explication donnée à l'implication de M. Raffarin : " C'est une marque de considération pour les parlementaires."
Quant aux manifestations pro-voile, elles n'inquiètent pas beaucoup l'entourage du président. " Il faut remettre les choses à leur place. La réaction est extrêmement faible : quelques milliers de personnes tout au plus", font valoir les conseillers de M. Chirac. Dernier élément de la " sérénité" élyséenne, l'avis favorable du Conseil d'Etat, rendu jeudi 22 janvier (Le Monde du 27 janvier). Rien n'est à changer dans le projet de loi, et les conseillers du président se réjouissent particulièrement que le texte soit conforme à la Déclaration européenne des droits de l'homme. "Il faut se rappeler les prises de position de l'an dernier", soulignent les proches de M. Chirac, allusion à peine voilée à M. Ferry qui ne voulait pas d'une loi, au motif qu'elle serait anticonstitutionnelle.

 

"APPORTER UNE RÉPONSE"
Pour autant, les conseillers du président admettent que l'affaire n'est ni simple, ni définitivement réglée. La situation, en particulier dans les établissements scolaires, jugent les collaborateurs du président, " risquait de devenir très préoccupante, avec des risques de dérive communautaire : il fallait apporter une réponse". C'est fait, de manière équilibrée à leurs yeux, puisque la loi donne un outil clair au monde éducatif et protège les jeunes filles. " Cela dit, il est normal qu'un fort débat ait lieu. Mais il ne s'est pas enflammé dans le milieu scolaire. Les enseignants et les chefs d'établissement appliqueront la loi", estime l'entourage du chef de l'Etat.
La controverse sur la laïcité risque-t-elle de "polluer" la campagne des régionales ? A Matignon, on souhaite que la loi soit votée au plus vite afin que le débat " ne parte pas dans tous les sens". A l'UMP, certains assument tranquillement le télescopage avec les élections régionales, en assurant qu'il ne risque pas de faire le jeu du Front national. En effet, selon cette analyse, en s'opposant à la loi sur la laïcité, la direction du parti d'extrême droite serait en contradiction avec ses électeurs qui la souhaitent. Le débat devrait d'ailleurs se poursuivre au printemps, notamment sur la question de la laïcité à l'hôpital. L'Elysée confirme ce dernier point, mais jure qu'aucune considération électorale n'est entrée dans la décision du président de légiférer sur l'école.
Quand le chef de l'Etat a-t-il définitivement penché pour une loi ? " Aucune idée !", prétendent ses conseillers. Il est certain, en tout cas, qu'il a hésité. Notamment sur une hypothèse que lui avait soumise l'un de ses amis proches et fin juriste, consistant à modifier le règlement intérieur des établissements scolaires. " La première fois qu'il m'a parlé de son projet de commission sur la laïcité, confie Bernard Stasi, son président, il n'avait pas de position tranchée. Il souhaitait susciter un débat d'ampleur et sûrement pas enterrer l'affaire."
La passion inattendue soulevée par ce débat et l'intervention d'Alain Juppé en faveur d'une loi, alors que la commission n'avait pas terminé ses travaux, explique M. Stasi, ont emporté la conviction du président. A quelques jours du débat parlementaire, la remise en ordre de la majorité ne fait qu'appuyer ce scénario.

Les protestants déçus par le projet de loi
Le président de la Fédération protestante de France, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, s'en est pris une nouvelle fois au projet de loi sur les signes religieux à l'école, lundi 26 décembre, lors de la cérémonie des v¦ux du protestantisme. Evoquant le rapport de la commission Stasi, il s'est étonné que "le travail intense de réflexion, d'auditions, qui devrait se prolonger dans la double direction de l'élaboration d'un code de la laïcité et d'un observatoire de la laïcité, semble n'accoucher que d'une souris : un projet de loi, copié-collé d'une petite partie d'un propos présidentiel, qui ne résout rien et dont la précipitation semble contredire la volonté affichée de dialogue et de concertation. (...) J'ai le triste sentiment de voir s'estomper tout le bénéfice du débat conduit par la commission Stasi, des ouvertures qu'elle a permises, et cela au bénéfice d'une querelle de chiffonniers." La Fédération protestante, qui s'inquiète que "l'extrême droite française" s'allie avec "des mouvements extrémistes musulmans", organise, du 29 janvier au 1er février, à Strasbourg, un colloque sur le thème "Foi chrétienne et extrême droite".

 

Une "mise au point" du Collectif laïco-islamique...


Le collectif unitaire « Une Ecole pour tou-te-s, contre les lois d'exclusion », qui regroupe des groupes de gauche, d'extrême-gauche et les adeptes de Tariq Ramadan, prépare 3 rassemblements et manifestations les 4, 6 et 14 février dont le but essentiel est de contrer les initiatives musulmanes (la manifestation du 17 janvier à l'appel du PMF et celle du 7 février du Mouvement Justice et Dignité). Ce collectif qui considère ces Musulmans comme des "intégristes" infréquentables, vient de publier une mise au point qui mérite d'être lue :
À l'heure où est annoncée une loi visant la prohibition des
« signes religieux ostensibles » à l'école et où des
manifestations ont lieu pour exprimer l'inquiétude que
suscite cette loi, le collectif unitaire « Une Ecole pour
tou-te-s, contre les lois d'exclusion » tient à préciser
certains points : Nous nous sommes constitués en collectif
regroupant des forces laïques, féministes et démocratiques
pour réagir ensemble face à un projet de loi d'exclusion et
nous y opposer au nom du combat pour la liberté et
l'égalité. Un texte d'appel à la mobilisation précise nos
principes et nos objectifs. Nous affirmons notre entière
solidarité avec toutes les femmes et tous les hommes,
musulman-e-s ou non, qui partagent ces principes
fondamentaux et qui descendent dans la rue pour
manifester leur inquiétude et leur refus. Nous tenons en
revanche à nous démarquer radicalement des personnes
ou des groupes qui s'opposent à cette loi sur d'autres
bases et notamment ceux, qu'ils se réclament de l'Islam ou
pas, qui ne partagent pas notre orientation : la lutte pour
l'égalité des droits entre les femmes et les hommes, le
combat contre le racisme sous toutes ses formes, et
quelles que soient ses cibles, le combat contre les
discriminations , le combat contre l'homophobie. Nous
refusons notamment toute forme de complaisance vis-à-vis
de l'extrême droite, du nationalisme, de l'antisémitisme ou
du négationnisme. Nous, collectif unitaire « Une Ecole pour
tous-es et contre les lois d'exclusion », dénonçons
fermement les déclarations des orateurs tenues lors de la
manifestation du samedi 17 janvier, propos irresponsables
et contraires aux valeurs et principes que nous défendons.
Nous sommes convaincus que seule la mobilisation de
toutes et tous, femmes et hommes épris de liberté et de
justice, nous permettra de faire barrage à une loi
profondément injuste, et empêchera les groupuscules les
plus réactionnaires et obscurantistes de récupérer un
mouvement légitime de refus contre une loi d'exclusion, et
d'instrumentaliser ainsi la juste cause du combat pour
l'accès aux savoir pour toutes et tous.
Sans commentaire !

 

Étudiant-e-s, Lycéen-ne-s, opposons nous aux lois d'exclusion !


Un tract du Collectif rennais contre les lois d'exclusion
Alors que les cas de litiges liés au voile à l'école n'ont jamais été aussi peu nombreux, le gouvernement cherche à nous faire croire à un danger intégriste. Alors que le débat est le gage du développement individuel et une condition nécessaire de l'éducation, le gouvernement refuse toute reflexion politique et religieuse au sein des établissements scolaires.
Mais la mémoire gouvernementale est sélective : les aumoneries catholiques dans les lycées publiques ne sont pas concernées par la loi, pas plus que le concordat dans l'Est de la France qui oblige les établissements publics à dispenser des cours de religion. Ce gouvernement qui se redécouvre opportunément féministe cherche à exclure grâce à une loi raciste une catégorie de la population déjà dûrement touchée par la précarité et la ghettoïsation..
Le prosélytisme est interdit au sein de l'éducation nationale et cela est suffisant pour lutter contre toute dérive. Parce que nous luttons contre les intégrismes, contre le communautarisme, la discrimination et le racisme, parce que nous nous battons pour la liberté de conscience et l'égalité des droits, pour une école de la République ouverte à toutes et à tous, nous nous opposons à la loi Stasi-Ferry sur le port des signes visibles.
Oui à la laïcité ! Non aux lois d 'exclusions ! Liberté-Egalité-Fraternité
Manifestation le samedi 14 février à Rennes Réunion tous les mardi à 19h salle F7 à l'université de Rennes 2.
Des lycéens et étudiants membres du collectif contre les lois d'exclusion
Source : http://lmsi.net