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6 dhil hajj 1424 28 janvier 2004
 
Résistances - Un voile, une voix !
 
 

Le Voile de la République
par Ginette Hess Skandrani, Paris, 27 janvier 2004

 

Ce voile, qu'on l'appelle foulard ou hidjab, ce petit bout de tissu qui déchaîne toutes les passions, n'est que la pointe de l'iceberg qui encombre toute la classe politique et les fait réagir souvent sournoisement, d'autres fois en accusant celles ou ceux qui manifestent d'être des islamistes, des extrémistes ou pire des antisémites. Qu'ils soient de gauche, de droite, du centre ou dans les extrêmes, aucun d'entre eux, n'arrive à admettre que la société française est aussi musulmane et qu'elle le restera et qu'il est temps de faire aux musulmans la place qu'ils méritent. Ne nous voilons pas la face, vous n'arriverez plus à les ignorer comme vous avez ignoré leurs parents et grands -parents qui ont été si utiles à la France. Ils l'ont défendue pendant la dernière guerre, puis ils ont construit nos routes, nos immeubles et fait tous les boulots subalternes (dont les Français ne voulaient pas).  En même temps, ils se sont tus, sont restés discrets, à peine syndiqués. Ils pensaient toujours retourner chez eux plus tard. Mais la vie se charge toujours de casser des illusions bien ancrées. Les enfants ont grandi et se sont émancipés de cette idée de retour, les petits-enfants se sont sentis chez eux, n'ayant plus besoin d'être intégrés puisqu'ils étaient aussi la France.  Ils sont devenus en peu de temps aussi fiers et effrontés que les descendants des Gaulois tout en étant musulmans et voulant être reconnus comme tels. Et, ce sont ces enfants, ces petits-enfants qui sont aussi les nôtres qui veulent s'affirmer et ne plus jamais être traités d'étrangers, ne plus être suspectés, ne plus être contrôlés, ne plus être rejetés. En un mot : être citoyen/nes et enfants de la république à part entière, avec des droits et des devoirs reconnus.

 

La laïcité républicaine

Si l'Etat français est un Etat laïc et garant de la séparation des églises, temples, synagogues, mosquées de l'Etat, la société, elle, ne l'est pas. Elle est composée de différentes communautés religieuses ou non, et cette laïcité conjuguée sur tous les tons, devrait être le garant du respect de toutes ces communautés. Ce qui malheureusement est loin d'être effectif et est encore largement à construire. Certains se servent de cette laïcité pour l'opposer à la religion musulmane, comme si les Musulmans ne pouvaient pas s'y adapter alors que la majorité d'entre eux ont grandi à l'ombre des valeurs de cette république et en sont tout autant garants que le reste de la société. La diversité de la société française Se mobiliser pour les femmes musulmanes qui ont choisi de porter librement le foulard est aussi un moyen de faire reconnaître le côté divers de la société française. Nous devons reconnaître que ces boubous, ces foulards, ces turbans, ces bandeaux, ces chapeaux et bérets que nous croisons dans nos rues et nos parcs sont un régal pour les yeux. Il y a déjà plusieurs années que certain/es d'entre nous ont compris et essayé de faire comprendre que l'immigration a été une richesse pour la société française non seulement au niveau financier ou social, mais également au niveau culturel, artistique ou culinaire. Le foulard porté librement Je ne pourrai jamais suivre les féministes sur leur analyse : foulard = domination de la femme, tout en reconnaissant, et je ne l'ai jamais nié, que certaines femmes le portent car la famille, la tradition l'exige dans certains pays musulmans. Mais je ne permets pas de faire une généralité de ces arguments. J'ai toujours affirmé, et celles et ceux qui m'ont entendue sur Radio Méditerranée le savent bien, que je me prononçais autant contre les gouvernements qui, comme l'Arabie saoudite, les pétro-monarchies ou l'Iran et l'Afghanistan forçaient les femmes à porter le foulard, que contre ceux qui, comme la Tunisie ou la Turquie, les forçaient à l'enlever. Je pense que ce n'est pas à un gouvernement, ni au papa, à l'oncle, au frère et encore moins à l'Éducation nationale de décider de ce que les femmes et jeunes filles doivent se mettre ou ne pas se mettre sur la tête. Surtout que ces jeunes Françaises qui sont devenues la cible de toutes les manipulations politiques sont par ailleurs de très bonnes élèves et ont toutes choisi de le porter librement, souvent contre l'avis de leurs parents. Certaines, parce qu'elles sont très pratiquantes, d'autres par pudeur ou timidité et d'autres encore pour s'affirmer et s'émanciper en tant que musulmanes. Chacune a sa raison et les raisons divergent souvent. Qui a essayé d'entendre ces jeunes filles avant de les accuser d'être des provocatrices, des islamistes ou pire encore, de mettre la république en danger? Où et quand ont-elles été consultées sur cette loi inique qui devra décider du sort qui leur est réservé? Ne pensez-vous pas qu'étant les premières concernées, elles avaient leur mot à dire et qu'il aurait été logique qu'elles participent à cette à  cette fameuse consultation ? Ne leur laisser d'autre choix que d'enlever le foulard ou de quitter l'école publique n'est-ce pas une atteinte aux libertés publiques et privées? Et puis quelqu'un peut -il me dire quelle est la différence entre un signe ostensible, ostentatoire ou visible? Lors de mes séjours dans les pays arabes, en Tunisie, Algérie, Libye, Iraq ou dans les camps palestiniens, j'ai souvent vécu dans des familles musulmanes, y compris traditionnelles. Dans ces familles, certaines jeunes filles portaient le hidjab, d'autres préféraient s'habiller à l'occidentale et elles cohabitaient bien. Et, je n'ai jamais trouvé que celles qui portaient le foulard étaient moins femmes que les autres. Avant de se prononcer sur ce sujet, je pense que ceux ou celles qui n'ont jamais séjourné dans les pays arabes et nous inondent de toutes sortes d'âneries en évitant de dire que le monde arabo-musulman est aussi divers que l'est l'Europe, ont perdu une bonne occasion de se taire.

 

Nous avons encore une chance, cette loi qui va être votée par nos élus de tous bords et pas si sûrs d'eux, peut encore être combattue. La mobilisation doit continuer et nous pouvons toujours nous donner rendez-vous pour le 7 février à 13 heures place Denfert-Rochereau, tout en participant à d'autres mobilisations qui se prononcent clairement contre cette loi et contre l'islamophobie.