Contre la Guerre Mondiale (résistances et insoumission)

Hugo Chávez : "J'annonce notre sortie de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (...). Ils doivent nous rendre les fonds"


Le Venezuela a décidé de se retirer, avec effet immédiat, de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, a annoncé le président Hugo Chavez, qualifiant ces organismes de "mécanismes de l'impérialisme" destinés à exploiter les pays pauvres.

"J'annonce notre sortie de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (...). Ils doivent nous rendre les fonds", a déclaré Hugo Chavez dans un message transmis lundi par la télévision nationale à l'occasion de la Fête du 1er mai.

"Il vaut mieux que nous sortions avant qu'on nous ait pillés. Pourquoi? Parce que (ces institutions) sont en crise. J'ai lu dans la presse que le FMI ne pouvait pas payer les salaires", a ajouté le président vénézuélien dans un discours à la nation.

"Ici (au Venezuela) c'est le FMI qui commandait, ce mécanisme aux mains de l'impérialisme nord-américain (...) afin de lui imposer des politiques économiques et sociales brutales", a poursuivi le chef de file de la gauche radicale latino-américaine réélu en décembre, qui a également annoncé une hausse de 20% du salaire mimimum.

Selon lui, les ministres des Finances vénézuéliens des cabinets précédents répondaient à des intérêts étrangers. "Ils vivaient pratiquement là-bas à Washington et c'était presque une condition requise qu'ils parlent anglais. Moi j'ai un ministre des Finances qui parle espagnol", a-t-il souligné.

Créé au lendemain de la guerre mondiale, le FMI est confronté à une crise de légitimité, notamment en Amérique latine, où il fait face à une vague de mécontentement grandissante.

Après avoir vécu comme une tutelle pesante les cures d'austérité imposées par le Fonds dans les années 1980 et 1990, les pays d'Amérique du Sud s'en sont largement affranchi en remboursant par anticipation une grande partie de leurs dettes (Brésil, Uruguay, Argentine) grâce à la croissance économique retrouvée. Et ils demandent à présent des compte à des institutions dominées depuis toujours par les Etats-Unis et l'Europe.

Le président socialiste d'Equateur Rafael Correa, allié de Hugo Chavez, a récemment expulsé le représentant de la Banque mondiale dans le pays.

Et le projet de "Banque du Sud", lancé par le président vénézuélien pour donner plus d'autonomie aux pays d'Amérique latine à l'égard des institutions internationales, a reçu le soutien de l'Argentine, la Bolivie, l'Equateur et depuis peu du Brésil.

Le président vénézuélien a par ailleurs posé un nouveau jalon dans la nationalisation des activités stratégiques du pays mardi en faisant occuper symboliquement par l'armée et le "peuple", les gigantesques gisements pétroliers de l'Orénoque, jusqu'à présent aux mains de multinationales étrangères.

Après sa réélection triomphale en décembre, M. Chavez, au pouvoir depuis 1999, a accéléré la prise de contrôle de secteurs stratégiques tels l'électricité ou les télécommunications annonçant aussi des réquisitions de terres aux profits de paysans pauvres et la refonte d'un système de santé largement privatisé.

Concrètement, la nationalisation du pétrole de l'Orénoque passe par une montée du groupe public vénézuélien PDVSA à 60% du capital des quatre entreprises mixtes exploitant le brut extra-lourd de cette région.

M. Chavez a organisé à l'occasion du 1er mai un grand rassemblement populaire avec déploiement de l'armée, sur le complexe de José (à 250 km à l'est de Caracas) où ces quatre firmes pré-raffinent le pétrole non conventionnel et très visqueux de la Ceinture de l'Orénoque. Cette zone, qui s'étend sur 55.300 km2, est considérée comme l'un des plus riches réservoirs pétroliers de la planète.

L'occupation est surtout symbolique puisque la quasi totalité des firmes étrangères engagées dans la zone ont donné cette semaine leur accord de principe pour céder la majorité de leurs filiales à Petroleos de Venezuela (PDVSA).

Source : AFP, 1er mai 2007

 

Démocratie libérale et socialisme du XXIe siècle : le débat vénézuélien


par Margarita López Maya, 29 avril 2007

Immergés dans le débat sur la société à laquelle nous aspirons, que le président Chavez a dénommé « socialisme du XXIe siècle », et que nous comprenons comme un approfondissement de notre démocratie, il est nécessaire de poser le débat autour de la question de savoir s'il y a lieu de rejeter les principes et institutions de la démocratie libérale comme étant propres aux sociétés capitalistes.
Avant de tenter de répondre à cette question il convient d'expliquer pourquoi nous voulons dépasser le capitalisme.
Je considère que le capitalisme a deux défauts structurels qui justifient les efforts que font aujourd'hui les peuples et divers acteurs socio-politiques pour le dépasser. En premier lieu, il engendre de manière permanente inégalité et exclusion, ce qui fait qu'il ne peut être ni libérateur ni émancipateur - donc il ne peut être authentiquement démocratique – pour la majorité de l'humanité. En second lieu il se caractérise par une prédation de la nature qui, comme l'a dit le philosophe Hinkelammert, va en finir avec l'humanité et la planète.
En partant de ces hypothèses, il est légitime de chercher à construire des alternatives au capitalisme qui favorisent des changements dans les sociétés pour les rendre plus justes, incluantes, égalitaires, démocratiques et équilibrées dans leur rapport avec la nature. Par ailleurs, comme le socialisme du XXIe siècle, selon ce qu'a déclaré le Président, est un processus ouvert et en construction, je le comprends comme étant un modèle alternatif, post ou anti-capitaliste. Ou comme le pose le sociologue chilien Tomas Moulian, ce n'est ni une restauration ni une reconstruction du socialisme du XXe siècle, mais une réponse nouvelle apportée aux défauts du capitalisme.
Dans le cadre de la recherche du modèle alternatif, un des aspects importants dans le débat au Venezuela est d'élucider s'il est utile ou nécessaire de maintenir les principes et institutions de la démocratie libérale.
Ces derniers sont-ils inséparables du capitalisme et devons nous les abolir peu à peu ? Y en a t-il que l'on peut maintenir et d'autres que l'on doit supprimer ? Pour commencer à répondre à cette question il est nécessaire de revenir à l'expérience historique de l'instauration et de la consolidation de la démocratie libérale. L'économiste argentin Claudio Katz souligne, dans L’avenir du socialisme, que la démocratie dans les sociétés capitalistes, que ce soit dans son acception procédurale comme système pour élire les gouvernants, ou comprise comme un processus évolutif de conquêtes et d'élargissements de droits humains, d'abord civils, ensuite sociaux et économiques, est un bien de l'humanité et n'est pas intrinsèque au capitalisme. Il fut instauré dans les sociétés capitalistes d'Occident après des luttes populaires des exclus, sanglantes et soutenues. Le suffrage universel et le système politique qui lui est lié, le système représentatif, n'est pas une forme naturelle de gouvernement des sociétés capitalistes. Il a émergé des luttes sociales, de secteurs exclus de droits, bourgeois ou populaires, comme dans la révolution anglaise et ensuite française, ou bien comme au XXe siècle, des secteurs comme les noirs aux USA, les femmes et les peuples latino-américains. Le capitalisme a cinq siècles alors que le droit universel d'élire les gouvernants et les systèmes politiques pluriels de partis a commencé à s'étendre dans le monde après les deux guerres mondiales du XXe siècle et comme produit tant de la lutte sociale que de la crainte du socialisme qui s’es cristallisé en Russie en 1917. Dans les siècles précédents le capitalisme vivait avec diverses formes autoritaires, y compris des monarchies.
Le Venezuela n'échappe pas à ce processus mondial. Les libertés civiles et politiques, un gouvernement élu au suffrage universel, un système politique représentatif, ne s'installèrent de manière stable qu'à partir de 1958 grâce à la mobilisation soutenue et la lutte populaire pour renverser les gouvernements de type autoritaire et militaire. Ceux-ci, jusqu'à cette date, avaient fait partie de notre idiosyncrasie politique héritée du système colonial, de notre position subalterne dans le capitalisme global, et de la culture politique de nos élites.
Les institutions de la démocratie libérale cependant démontrèrent de plus en plus leurs limites pour démocratiser en profondeur une société. Le droit pour tous de décider se limita à certains espaces de la sphère politique. Dans la sphère économique, accentuée dans la phase néolibérale actuelle qui la laissa à la main invisible du marché, dans certains espaces de l'État et de la vie privée, est niée la possibilité d'exercer des méthodes démocratiques. En vertu de cela, le système représentatif tend à transférer de plus en plus de décisions qui affectent toute la société à des espaces non démocratiques.
Les institutions et pratiques politiques de la démocratie libérale servent à préserver les intérêts du capital, créant des mécanismes pour neutraliser les droits politiques des majorités. Sous l'argument de la complexité et/ou de la nécessité de connaissances sophistiquées pour les décisions importantes, le pouvoir de décision est déposé dans les mains des politiques et des technocrates, et cela lèse les intérêts de la majorité. La professionnalisation de la politique, si tant est qu’elle soit nécessaire, éloigne ceux qui décident du citoyen ordinaire, ouvrant le chemin à la constitution de bureaucraties insensibles et centrées sur des intérêts éloignés des peuples. Ces développements perpétuent et aussi approfondissent l'inégalité, créant un contexte où la démocratie profonde ou substantielle ne peut se développer.
Au Venezuela, l'expérience de la démocratie représentative a suivi la norme générale. Avec des pactes excluants comme celui de Puntofijo, ou le Pacte Institutionnel, les grandes majorités ont été de plus en plus exclues de la prise de décisions qui affectaient leurs vies. Les partis multiclassistes, représentants du citoyen ordinaire, s'isolèrent de leurs bases, se bureaucratisèrent, faisant un usage particulier de l'accès privilégié à l'État qu'ils avaient, diminuant les droits civils et humains de la majorité, se mettant au service des intérêts de groupes économiques et détériorant la qualité démocratique, à laquelle aspirait le peuple, de la Constitution de 1961.

Néanmoins, les développements socio-politiques sont distincts de la nature même des principes et institutions de la démocratie libérale. Suffrage universel, pouvoirs publics indépendants et égaux entre eux, représentation proportionnelle, alternance politique, partis politiques, pluralisme et tolérance de la diversité, ne sont pas en soi des principes qui favorisent le capitalisme, qui promeuvent structurellement l'exploitation et la domination. Au contraire, ils coexistent avec le capitalisme, où ils introduisent une tension permanente entre le caractère exploiteur de celui-ci et les tendances libératrices. Ils furent incorporés aux sociétés capitalistes comme des conquêtes des exclus pour élargir la citoyenneté, octroyées par le capitalisme du XXe siècle défié par le socialisme.
En ce sens, ils doivent être maintenus, reconquis, élargis et complétés pour avancer vers une société plus égalitaire et libertaire.

Margarita López Maya est docteur en Sciences sociales de l’Université centrale du Venezuela, professeur invitée à l'Institute of Latine American Studies (ILAS) de l'Université Columbia (New York) et auteur de nombreux ouvrages.
Original : http://www.aporrea.org/ideologia/a33927.html
Traduit de l'espagnol par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non commercial ; elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2550&lg=fr


Somalie : l'Afrique et l'Europe doivent se ressaisir
Par Salim Lone, 28 avril 2007

La seule manière pour les USA de soutenir le régime somalien, leur client, c’est le non-respect des lois et le massacre
C’est la guerre la plus illégale de notre génération. Toutes les guerres d’agression manquent de légitimité, mais aucun conflit n’a, de mémoire récente, accumulé autant d’illégalités que celui qui se déroule en Somalie. Les violations de la charte des Nations unies et des lois humanitaires internationales sont malheureusement banales de nos jours, et elles abondent dans le carnage que le monde tolère à Mogadiscio, mais en plus cette guerre viole les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Pour compléter le tableau, une de ces résolutions viole la Charte elle-même.
L’impunité totale avec laquelle l’Éthiopie et le gouvernement de transition somalien ont été autorisés à violer ces résolutions explique le caractère impitoyable des attaques militaires qui ont eu lieu ces dernières six semaines. Les particularités des atrocités commises ont été formellement reconnues pour la première fois par un gouvernement occidental lorsque l’Allemagne, actuellement présidente de l’UE, a fait écrire par son ambassadeur en Somalie, Walter Lindner,une lettre dure –rendue publique mercredi – au président somalien  Abdullahi Yusuf.

 


Soldats éthiopiens, Kismayo, janvier 2007

La lettre condamne l’usage indiscriminé de frappes aériennes et d’artillerie lourde dans les zones densément peuplées de Mogadiscio, le blocage délibéré d’aliments et de fournitures humanitaires dont il y a un besoin urgent, et le bombardement d’hôpitaux. Il s’agit là de gestes visant de manière implacable à terroriser et intimider les civils appartenant à des clans dont sont issus les combattants qui défient l’occupation.
Il fut un temps où les résolutions du Conseil de sécurité étaient respectées par presque le monde entier, comme par exemple la résolution 242 demandant le retour du territoire palestinien occupé en échange de la paix. Mais dans notre nouvel ordre mondial, ce sont les puissants qui décident quelles résolutions de l’ONU doivent être adoptées et s’il est nécessaire de les honorer. Ainsi les USA, qui ont violé l’embargo sur les armes à destination de la Somalie, ont fait passer en force en décembre dernier une autre résolution, dont ils pensaient qu’elle servirait mieux leurs intérêts – puis ils l’ont allègrement violée
La nouvelle résolution interdisait aux pays voisins de participer à la force régionale de maintien de la paix que le Conseil de sécurité avait autorisé pour la Somalie ; mais l’Éthiopie est allée beaucoup plus loin et a envahi unilatéralement, avec l’assistance secrète des USA, qui se sont joints à la guerre en bombardant la Somalie.
Cett
e résolution de décembre contrevenait d’ailleurs à la Charte elle-même, car elle faisait du Conseil de sécurité l’agresseur et transformait une situation clairement pacifique en guerre. La résolution liait le gouvernement des Tribunaux islamiques au terrorisme international et mandatait une force de maintien de la paix, sur la base du Chapitre VII de la Charte de l’ONU, pour affronter la « menace à la paix et à la sécurité internationales » constituée par la Somalie – alors que tous les rapports d’observateurs indépendants, le dernier en date étant celui de Chatham House de mercredi, indiquaient que le pays vivait sa première période de paix et de sécurité depuis 1991.
La résolution a frayé la voie à l’invasion éthiopienne qui a déclenché ce conflit cruel dont de nombreux analystes indépendants, y compris ceux réunis à Addis Abeba par le groupe inter-africain de l’Éthiopie, avaient averti qu’il serait le résultat inévitable. Un gouvernement imposé par la force par l’ennemi juré éthiopien ne pourrait jamais tenir la route.
Le long silence et le refus, même maintenant, d’annoncer des mesures qui pourraient arrêter le massacre marquent le niveau le plus bas atteint dans l’abdication par les grandes puissances de leur mandat de “responsabilité de protection” , adopté à l’initiative britannique à une réunion au sommet de Conseil de sécurité il y a deux ans. Le peuple le plus appauvri de la planète est maintenant réduit en lambeaux sans que qui ce soit ne tente d’amener ceux qui perpètrent ce crime à cesser.
Une grande campagne doit être lancée pour pousser les gouvernements occidentaux à mettre fin à ce massacre, qui est presque entièrement l’oeuvre de ceux qui contrôlent le pays. L’Union européenne a averti il y a un mois que des crimes de guerre auraient pu avoir été commis dans l’attaque contre la capitale le mois dernier – crimes dont l’UE pourrait être rendue complice, vu son soutien à grande échelle apporté à ceux qui sont accusés de ces crimes.  Human Rights Watch a documenté la manière dont le Kenya et l’Éthiopie ont transformé cette région en version africaine de Guantánamo Bay, par les kidnappings, les transferts extraordinaires, les prisons secrètes et le grand nombre de « disparus » : un projet qui porte sa marque de fabrique, Made in America. Le fait de permettre que règne une telle loi de la jungle est une tache sur tous ceux qui, qui auraient du, au minimum, y mettre un frein.

 


Le dessinateur somalien Amin Amir exprime bien la perception qu'ont les Somaliens de la
"force régionale de maintien de la paix", qui n'est qu'une feuille de vigne des envahisseurs éthiopiens.

Il faut se mettre au travail pour faire échouer l’incroyable proposition du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, qui doit être discutée par le Conseil de sécurité à la mi-juin. Il voudrait mettre en place une « coalition des volontaires » sanctionnée par l’ONU pour instaurer la paix et restaurer l’ordre en Somalie. En clair, l’ONU aiderait l’Éthiopie et les USA à réussir ce à quoi leur propre intervention militaire illégale a échoué : sauver un régime client poussé dans ses retranchements et sans aucun soutien populaire. Une telle opération est de toute façon peu susceptible de réussir, mais elle pourrait menacer encore plus cette turbulente Corne de l’Afrique, qui est déjà au bord du chaos.
Le gouvernement somalien ne cesse de crier à « Al Qaïda » à chaque occasion et est en train d’offrir des deals lucratifs à des compagnies pétrolières, dans le but d’engranger du soutien occidental. Mais cette guerre a été perdue depuis longtemps. En se tournant vers l’ennemi juré éthiopien, le gouvernement de transition a scellé son sort : la nation n’acceptera jamais une occupation éthiopio-US.
Seule une solution politique pourra résoudre la crise. L’Afrique doit monter au créneau et faire preuve de détermination pour prendre en main la protection de ses civils, et travailler avec l’Europe et les Nations unies pour convaincre les USA de mettre en douceur un terme à leur dernière aventure déstabilisatrice.

Source : The Guardian Titre original : Inside Africa's Guantánamo
Salim Lone
,ancien porte-parole de la mission de l’ONU en Irak après l’invasion de 2003, est chroniqueur du quotidien Daily Nation de Nairobi (Kenya)
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article :
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Un coup d’épée dans l’eau

par Serge Thion, 30 mars 2007

A l'appel des gens du Camps anti-impérialiste, coordonnés par Willi Langthaler et Leonardo Mazzei, il s'est tenu une conférence intitulée "Avec la Résistance — Pour une paix juste au Moyen-Orient", les 24 et 25 mars 2007, à Chianciano Terme, petite station thermale qui se trouve à une heure de Rome. Des représentants des mouvements de résistance venus d'Iraq, du Liban, des Philippines, d'Afghanistan, de Palestine, etc. étaient annoncés. Ce projet de conférence avait été mis en échec par le gouvernement Berlusconi, qui avait refusé en bloc les visas aux différents intervenants. Cette année, le gouvernement Prodi a laissé faire. Il s'agissait donc de la première rencontre internationale en Europe à laquelle pouvaient participer des représentants dument accrédités de ces mouvements de résistance, généralement qualifiés de "terroristes" par la presse servile qui bat les tambours de l'invasion américaine dans cette région du monde. En principe, cela aurait dû êre un événement politique considérable.

Le flop en a été d'autant plus net. La presse italienne qui avait violemment critiqué le Campo pour cette initiative qualifiée de subversive, à l'heure où les contingents militaires italiens, ayant quitté l'Iraq, se débattent en Afghanistan, et au Liban (dans le cadre de la Finul), a fait un grand silence sur la tenue et les résultats de la conférence elle-même. Une délégation de la Gazette du Golfe et des banlieues a pu observer sur place les débats. Voici son sentiment :

 

Le titre était trompeur : il s'agissait non pas des résistances, mouvements populaires engagés dans des luttes armées de libération nationale, mais de groupuscules communistes dont l'existence fantomatique est elle-même douteuse. Ainsi l'Afghanistan était représenté par les "Radicaux de gauche" et non par le moindre taliban. Que représentent les "radicaux de gauche" à Kaboul ? Sans doute trois personnes dans un bistrot. Les Irakiens étaient, pour la plupart, membre d'une "Alliance patriotique" qui n'a jamais fait parler d'elle, sinon par l'intermédiaire du Campo. On pourrait analyser la liste des intervenants et celle des "soutiens" à la conférence. Il en ressort qu'on a affaire à des fantômes issus de l'éclatement et de la disparition des partis communistes, certains autrefois fort importants, qui ne représentent que des drapeaux fanés. On avait affaire à une image virtuelle de ce qu'ont été les composantes du mouvement communiste international vers les années 50, ou, remontant plus loin, pour ceux qui ont de bonnes lectures, le Congrès des Peuples d'Orient, qui s'est tenu à Bakou en 1920. On percevait la lancinante nostalgie des organisateurs et leur refus de voir que ce mouvement, plutôt que de préfigurer l'avenir, s'enfonce dans les ombres du passé.

 

On aurait supporté le ressassement de théories politique disparues du terrain depuis trente ans si elles ne s'étaient accompagnées, chez les Irakiens, de virulentes attaques contre l'Iran. Voilà des gens, qui passent sans doute leur vie dans les cafés de Damas ou d'Amman, fragments d'une direction communiste en exil depuis presque un demi-siècle, qui viennent en Italie pour exploser de haine contre leur voisin. Ces gens n'ont pas eu une seule parole pour exposer de supposées activités de résistance et il est apparu clairemment qu'ils étaient, à cet égard, des imposteurs purs et simples. Leurs accès de chauvinisme ont d'ailleurs provoqué des remous dans l'assistance et les organisateurs ont eu du mal à colmater les brèches. Si, d'un côté, personne n'était là pour chanter les louanges du régime iranien, ou celles d'un Etat quelconque, personne non plus ne souhaitait reprendre l'antienne américaine d'une "agression" iranienne en Iraq. Si on ne comprend pas que la politique iranienne est d'abord déterminée par le souci d'empêcher que l'Iraq serve à nouveau de base à une offensive contre la République islamique, on  se condamne à l'aveuglement. La critique est une chose, le déferlement du chauvinisme en est une autre qui explique que Téhéran cherche à prendre des gages.

 

Il y avait quelque chose de suranné dans ce que nous avons entendu. Les mouvements maoïstes (Inde, Népal, Shri Lanka, Pérou) n'étaient pas là. Les autres, vaguement staliniens ou trotskisants, n'étaient pas en prise sur les événements. En ce qui concerne le Moyen-Orient, il est clair depuis 15-20 ans, que la résistance est animée par les islamistes, que ce fait plaise ou non. Les communistes, crypto-communistes, "progressistes" de tous poils ont disparu de l'environnement politique du Moyen-Orient, principalement à cause de la disparition de l'URSS. Ceux qui, dans le monde, sont engagés dans le combat anti-impérialistes doivent pratiquer une solidarité étroite et indéfectible avec les islamistes qui se battent sur le terrain. Tout le reste est baratin, fumée, illusion, irréalisme et auto-satisfaction. Le seul représentant qui pouvait parler au nom du Hezbollah s'est vu refuser la parole au prétexte qu'il ne fallait pas relancer la polémique avec les chauvins irakiens. Ce fut une grave erreur politique qui a annulé complètement l'objectif de la conférence. On avait l'impresion d'être dans un musée où l'on entendait les paroles gelées, conservées dans la glace, qui avaient été déjà prononcées au temps de la guerre du Viêt-Nam, souvent évoquée par ailleurs. A l'époque, ce communisme bureaucratique chevauchait le tigre nationaliste. Les jeunes Viêtnamiens acceptaient de mourir pour la libération de leur pays. Par la suite, le communisme s'est évaporé et n'est plus resté que comme principe d'une confiscation du pouvoir au profit d'une bureaucratie corrompue. Les Viêtnamiens réels étaient absents. Seules les références flottaient dans l'air humide.

Les organisateurs de la conférence de Chianciano doivent tirer les leçons de l'histoire récente et écaerter l'espoir de la reconstruction d'un mouvement communiste international mythique. Leur bonne volonté, leur travail inlassable, leurs personnalités attachantes n'y pourront rien. Ceux qui ne comprennent pas l'histoire qui se déroule sous nos pieds sont impitoyablement marginalisés. Une vraie rencontre des mouvements de résistance (réelle) reste à imaginer. Elle est sûrement possible. La seule condition est de regarder la réalité en face.

 

Noor Inayat Khan: la princesse qui devint une espionne
par Boyd Tonkin, 20 février 2006


Elle était une pacifiste qui combattit pour la Grande-Bretagne et mourut entre les mains de la Gestapo. Alors qu’une nouvelle biographie fait la part de la vérité et du mythe, Boyd Tonkin célèbre Noor  Inayat Khan, une femme remarquable

C’est l’histoire d’une jeune femme indienne et musulmane qui rejoignit une organisation secrète dédiée à des actes de sabotage, de subversion et de terrorisme à travers l’Europe. Critique féroce de l’impérialisme britannique, elle travaille avec passion et audace à nuire et à perturber les forces de l’ordre. Une fois capture, elle se montra i:pénitente et incontrôlable. Elle mourut dans des conditions atroces en captivité. Et il et peut-être temps de revisiter la vie de la princesse Noor-un-nisa Inayat Khan, Croix de Saint-Georges, Croix de Guerre avec étoile d’or, membre de l’Orde de l’Empire britannique : l’agente secrète britannique transformée en une bouillie sanglante sur le sol pavé du camp de concentration de   Dachau dans la nuit du 13 Septembre 1944, puis fusillée avec le mot “Liberté” aux lèvres. Son histoire est après tout un chapitre remarquable de l’histoire des Musulmans en Grande-Bretagne et en Occident.
Pendant plus d’un demi-siècle, des mythes, des idées fausses et absolument imaginaires ont obscurci la mémoire de Noor Inayat Khan. Elle fut la première femme opératrice de radio envoyée dans la France sous occupation nazie par la Direction des opérations spéciales [Special Operations Executive (SOE)]. Durant le terrible et frénétique été 1943, cette espionne inexpérimentée de 29 ans se retrouva virtuellement responsable des communications de la Résistance dans la région parisienne, alors que la Gestapo arrêtait les cellules autour d’elle l’une après l’autre.  Fille d’un mystique soufi et musicien célèbre, et d’une mère américaine indianisée, tout le monde se la rappelait comme une enfant “rêveuse” et sensible.  Mais Noor l’espionne se révéla une tigresse dont la bravoure et l’attitude de défi choqua et scandalisa ses geôliers et tortionnaires allemands.  Certains d’ente eux réagirent différemment. Apprenant, lors d’un interrogatoire mené après-guerre, sa mort à Dachau, Hans-Josef Kieffer – chef du QG de la Gestapo à Paris – éclata apparemment en larmes.
Les controverses et les rumeurs sont encore nombreuses. La carrière posthume de Noor comme héroïne de guerre a vraiment commencé en 1952, quand son amie et camarade Jean Overton Fuller fit de son mieux pour dissiper les brumes de confusion et de désinformation laissées par sa mort, dans un livre,  Madeleine – le nom de code de Noor dans la Résistance. Maurice Buckmaster, le colonel de Noor au SOE, et le cryptographe en chef Leo Marks l’évoquaient tous deux dans leurs mémoires avec une affection intense, possessive – mais plutôt condescendante – qui ne contribua pas à apporter de lumière sur le personnage. Marks, briefé pour réceptionner comme sa dernière apprentie une “princesse dingo”, commence de manière typique l’évocation de leur première rencontre en écrivant : « personne n’avait mentionné l’extraordinaire beauté de Noor ».
De ses formateurs du SOE au manoir de Beaulieu, tombés sous le charme, au gouverneur de la prison de Pforzheim, qui en vint presque à révérer celle qu’il tenait enchaînée, Noor n’a laissé personne indifférent. Mais son charisme tranquille a amené l’imagination à corrompre la vérité des faits. Ces dernières années, deux romans pittoresques ont enjolivé son histoire au gré des intérêts et des penchants de leurs auteurs : la version fanchementt romancée de Laurent Joffrin (All That I Have, titre original La princesse oubliée )  et le livre plus engagé politiquement de Shauna Singh Baldwin The Tiger Claw (La griffe du tigre).
Cependant, la déclassification récente de fichiers personnels ont permis de faire émerger à la lumière historique les faits et gestes toujours opaques du SOE et des agents de sa « Section F », qui espionnaient (et mouraient) en France.
Du matériel frais a fait surface lorsque, l’année dernière, Sarah Helm, dans A Life in Secrets, a retracé la biographie de Vera Atkins, l’officier d’État-major du SOE qui, rongée par le remords pour le sort si atroce de tant de ses “filles” de la Section F, a mené une enquête secrète, après-guerre, sur les conditions dans lesquelles elles avaient été trahies et capturées.  Et maintenant, Shrabani Basu – historienne et journaliste basée à Londres, où elle est correspondante d’un groupe de presse indien – a reconstitué l’histoire de Noor de la manière la plus complète et fiable à ce jour, dans une nouvelle biography intitulée  Spy Princess (Princesse espionne).
Pour Basu, “60 ans après la guerre, la vision et le courage de Noor sont une source d’inspiration”.  Elle a proposé à l’organisation English Heritage qu’une plaque bleue soit apposée là où Noor vécut, au  4 Taviton Street à Bloomsbury, et une décision sera prise à ce sujet en juin. Grâce à ce livre, une nouvelle génération peut saisir ce que Noor a fait, et comment elle l’a fait, avec beaucoup plus de clarté. Mais le « pourquoi » reste, dans une certaine mesure, tout aussi insaisissable.
Noor Inayat Khan était l’arrière-arrière-arrière-petite-fille de Tipu Sultan, le prince musulman  régnant de Mysore, dont les prouesses militaires tant vantées retardèrent l’avancée des forces de la Compagnie des Indes orientales à la fin du XVIIIème siècle.  Même après (la conquête), les Britanniques en Inde tinrent la famille en extrême suspicion. Mais le père de Noor, Hazrat, tourna le dos à cette tradition rebelle et guerrière en devenant un maître soufi et en fondant un ordre pour diffuser –par la musique - sa foi pacifique, tolérante et non-dogmatique. Chanteur et instrumentaliste doué d’une famille de virtuoses, il rencontra son épouse américaine lors d’une tournée en  Californie. Au moment de la naissance de Noor, en janvier 1914, les Inayat Khan vivaient et se produisaient à Moscou, et sa mère, avait changé son nom - Ora Ray Baker – en celui d’Amina Begum, adoptant le sari et le voile.
Après une enfance dans les squares froids de Bloomsbury en temps de guerre, Noor grandit dans la banlieue parisienne, à “Fazal Manzil”, une maison très chère à Suresnes, devant laquelle une fanfare militaire joue encore en son honneur chaque 14 Juillet. L’aînée de quatre enfants, considérée par tout le monde comme gentille, distraite et artiste par tempérament, elle eut soudain à prendre en charge la famille lorsque son père mourut lors d’une visite en Inde en 1927, laissant sa mère paralysée par la douleur. Pour la première, mais non la dernière fois, une crise fit de Noor la rêveuse Noor la leader.
Dans les années 30, Noor étudia la musique (particulièrement la harpe) au Conservatoire de Paris, et la psychologie infantile à la Sorbonne. Elle devint aussi un écrivain de talent et auteur d’histoires radiophoniques pour enfants. On peut trouver sur amazon.com ses Twenty Jataka Tales (1939) (Vingt contes jataka): des charmantes fables bouddhistes, dans lesquelles, étrangement, des animaux surmontent leur fragilité pour réaliser des exploits de bravoure et de sacrifice. À cette époque, elle se lia à un pianiste d’origine juive, un aspect – avec les rumeurs d’une liaison plus tard, durant la guerre, avec un camarade, officier britannique – d’une vie émotionnelle qui reste encore mystérieuse.
Après l’invasion de la France par l’Allemagne en 1940, Noor, la pacifiste musulmane soufie – qui croyait passionnément au droit à l’indépendance de l’Inde du joug colonial -, fit le choix moral qui décida du cours de sa vie, et de sa mort. Elle et son frère Vilayat décidèrent que face à l’agression nazie, la non-violence ne suffisait plus. Ensemble, ils firent le vœu de travailler – comme Vilayat le dit à Shrabani Basu en 2003 - “pour contrer l’agression du tyran ”.
Survivant au chaos de l’exode de masse de Paris vers Bordeaux, ils firent une dramatique évasion par voie maritime vers l’Angleterre. Là, Noor s’engagea comme volontaire dans la WAAF (Women’s Auxiliary Air Force-Auxiliaires féminines de l’aviation) et commença un long chemin de formation à la signalisation et à la TSF qui devait la conduire, elle - une femme grandie en France, parfaitement bilingue, et avec des compétences radio poussées – à être recrutée comme agent secret novembre 1942.  Selwyn Jepson, le romancier devenu espion, qui fut le premier à l’interviewer pour le SOE, se souviendra plus tard de Noor  « avec une vivacité toute personnelle, des traits menus et calmes, des yeux sombres et tranquilles, une voix douce, et une belle énergie bouillant en elle ». Personne n’oubliait jamais Noor, ou ne restait indifférent, même si certains formateurs du SOE doutaient de ses capacités d’espionne et tentèrent de bloquer ses progrès sur le terrain.
Mais ils échouèrent et dans les jours qui suivirent son arrivée en France, en juin 1943, elle prouva qu’ils se trompaient. Quand le Réseau Prosper de cellules de la résistance s’effondra, Noor se faufila de planque en planque dans Paris, déjouant la Gestapo et transmettant ses messages avec une énorme rapidité et précision, dans des conditons hostiles. « À elle seule », selon  Basu, « elle fit le travail de six opérateurs radio ». À Londres le chef du code Leo Marks nota que « ses transmissions étaient irréprochables, avec tous leurs contrôles de sécurité intacts ».
Avec une Section F encore désorganisée mais qui commençait à se reconstituer grâce à son travail, Noor fut finalement trahie en octobre, probablement par Renée Garry, la sœur de son premier contact à Paris. Dans les minutes précédant son arrestation par la Gestapo qui devait la conduire à son QG au 84 avenue Foch, elle avait grimpé sur le rebord d’une fenêtre de salle de bains pour tenter de s’échapper. Forcée par les Allemands à poursuivre ses transmissions radio (le « jeu radio » infligé aux agents capturés), Noor envoya comme prévu le signal en 18 lettres pour alerter le SOE qu’elle avait été capturée. Il fut ignoré : une des bourdes dans la longue liste du SOE.  Plus tard, pendant ses interrogatoires, elle retrouva d’autres agents avec lesquels elle planifia une autre évasion audacieuse qui impliquait de desceller les barreaux de sa fenêtre. Cela faillit réussir mais, par ironie du sort, un raid aérien de la RAF sur Paris provoqua un soudain contrôle de sécurité. 
Désormais considérée comme incorrigiblement dangereuse et non-coopérative, Noor fut envoyée en novembre 1942 à la prison de Pforzheim où, attachée par trois chaînes, à l’isolement total, elle endura pendant dix mois des sévices médiévaux. Elle était classée comme détenue Nacht und Nebel (“Nuit et brouillard”), destinée à l’oubli et à la mort. Enchaînée, affamée, battue, elle ne parla jamais. Puis en septembre 1944, ce fut le transfert à Dachau, avec trois femmes détenues, et la fin de ses souffrances.
Le fait de connaître toute la vérité –ou presque toute la vérité – sur Noor ne la rend pas moins paradoxale. Basu, qui fait voler en éclats tant de mythes sur cette “femme musulmane d’origine indienne qui a fait le sacrifice suprême pour la Gande-Bretagne”, souligne aussi qu’elle était une ardente partisane de la liberté indienne. Noor choqua – et sans doute impressionna plutôt – le panel qui l’interviewa lorsqu’elle posa sa candidature à la WAAF en 1942, en déclarant qu’après la guerre, elle pourrait se sentir obligée de combattre les Britanniques en Inde. Cela fait d’elle – bien qu’officier britannique et titulaire de la Croix de Saint-Georges – une bien curieuse héroïne nationale. Et pour ce qui est de son identité musulmane, le type de soufisme oecuménique à la Inayat Khan serait considéré comme une hérésie ou même pire aux yeux des tenants d’une ligne dure qui sont censés parler au nom de l’Islam en et à l’Occident.

La clé de sa carrière est peut-être que cet enfant d’un foyer libéral et cultivé a choisi son destin librement. Elle a choisi de combattre le nazisme ; elle a choisi de le faire aux côtés des Britanniques; elle a choisi les risques de l’espionnage; et elle a choisi de rester à Paris quand le SOE lui avait ordonné de rentrer. Lors d’une cérémonie du souvenir à Paris, la nièce du Général de Gaulle résuma ainsi son parcours sans faute : « Rien, ni sa nationalité ni les traditions de sa famille, rien de cela ne l’obligeait à prendre son poste dans la guerre. Pourtant, elle l’a choisi. C’est notre combat qu’elle a choisi, qu’elle a mené avec courage admirable et invincible. »
Quand elle est morte, avec le mot « liberté » aux lèvres, c’était de la sienne qu’elle parlait. Et aussi de la nôtre.


Spy Princess: the life of Noor Inayat Khan, de Shrabani Basu, est paru chez Sutton Publishing.

 

Original : http://enjoyment.independent.co.uk/books/features/article346472.ece
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
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