Contre la guerre
mondiale (résistances et insoumission)

Dessin de Garnotte, Le Devoir, 14 avril
2007
À qui profite la guerre d'occupation en Afghanistan?
Par Jules Dufour, Le Devoir, Montréal,
14 avril 2007
L’auteur est Président d l’Association canadienne pour les Nations unies
(ACNU), Section du Saguenay-Lac-Saint-Jean
Le Canada, sous la gouverne du premier
ministre Stephen Harper, a pris des engagements concernant l'occupation
militaire de l'Afghanistan qui vont à l'encontre des traditions et des
valeurs pacifistes promues par les citoyens du pays. Le Canada est en
guerre. Les dernières déclarations du ministre de la Défense nationale sont de nature à ne rassurer personne.
Le bilan de l'intervention militaire du Canada dans ce pays qu'il vient
de présenter n'est pas crédible. Comment peut-on croire qu'une société
puisse se développer sous occupation militaire? Est-ce qu'on peut construire
la paix en poursuivant la guerre? L'histoire nous a démontré que les
guerres n'entraînent que la destruction et la mort.
Que faisons-nous en Afghanistan? Pourquoi cette attention si grande
pour ce pays ou cette affection particulière pour les Afghans? On répond
à cette question de manière évasive en prétendant assurer la sécurité
et reconstruire le pays. On sait très bien que la reconstruction d'un
pays dévasté par les guerres n'est pas une tâche que des pays étrangers
sont en mesure d'assumer dans un contexte d'instabilité, dans le désordre
ou le chaos. D'ailleurs, le programme de l'aide publique internationale
du Canada a toujours biffé de sa liste les pays aux régimes politiques
instables ou les pays en guerre. Il y a lieu d'être encore sceptiques
devant les velléités officielles exprimées en ce qui concerne cette
intervention militaire.
Qu'est-ce qui motive vraiment le gouvernement Harper à poursuivre cette
aventure? On sait maintenant avec certitude que ce gouvernement le fait
en collusion avec les industries de guerre. Les interventions publiques
récentes de quelques ministres de ce gouvernement vont en ce sens. Neuf
cents millions de dollars sur cinq ans pour la
RD annoncés à Montréal récemment sous la mouture d'un
nouveau programme appelé Initiative stratégique pour l'aérospatiale
et la défense (ISAD) et l'acquisition d'équipements militaires «luxueux»
et sophistiqués tels que le seront les nouveaux hélicoptères commandés
par l'armée.
Explosion des coûts
Nous le savons. Il aurait été difficile de justifier la hausse vertigineuse
annoncée des dépenses militaires et l'acquisition de nouveaux équipements
sans l'existence de cette «mission» en Asie centrale. Le Canada n'a
pas d'ennemi déclaré à ce que je sache et je ne crois pas que des soulèvements
populaires majeurs sont susceptibles de se produire au pays. Nous n'avons
donc pas besoin d'une armée puissante et suréquipée et même d'une armée
tout court. Maintenant, on laisse entrevoir la possibilité que le Canada
poursuivra cette mission jusqu'en 2011 en précisant qu'à partir de 2009,
la priorité sera surtout donnée à l'aide humanitaire. Il y a lieu d'en
douter. Il ne faut pas être surpris d'apprendre que les coûts de cette
opération ont «explosé» et qu'ils atteindront la somme de 4,3 milliards
de dollars pour la période s'étendant entre 2001 et 2009 et que le budget
pour l'aide humanitaire et l'aide à la reconstruction jusqu'en 2011
s'élèvera, pour sa part, à 1,2 milliard de dollars. Plus une opération
militaire coûte cher, plus elle plaît aux industries de guerre, notamment
à celles de l'aérospatiale et de la défense.
Le Canada est en Afghanistan pour des raisons politiques et économiques,
pour se conformer aux diktats de Washington et pour servir les intérêts
des industries de la mort. Il s'agit donc d'une aventure guerrière préparée
en collusion avec ces industries. Il n'y a rien de mieux que de participer
à une guerre dite «juste» pour avoir la conscience tranquille.
Il est toujours temps, je dirais qu'il est urgent, d'exiger le retrait
immédiat des troupes canadiennes engagées en Afghanistan et de répondre
ainsi aux appels répétés lancés en ce sens par le collectif Échec à
la guerre.
Source : http://www.ledevoir.com/2007/04/14/139402.html
Mourir
en Afghanistan
par James
Dormeyer, Le Devoir, Montréal, le 12 avril 2007
L'été
dernier, j'ai parcouru les plages de Juno Beach en Normandie, celles
du débarquement des troupes canadiennes en juin 1944.
Çà et là, entre des touffes d'herbe folle fouettées par le vent, il
y avait de petits drapeaux canadiens plantés dans le sable par des mains
anonymes, comme si elles avaient su que chacun de ces petits lieux pouvait
être une tombe tant ils furent nombreux à y mourir.
Hier et avant-hier, huit de nos soldats sont morts en Afghanistan, s'ajoutant
à d'autres avant eux. Mais le regard perdu de l'officier canadien évoquant
ces morts m'a frappé, comme si ces morts à eux seuls avaient pesé autant,
et même plus, que les milliers de soldats tombés sur les plages de France...
La mort est un mystère, et on essaie toujours de lui donner un sens...
Sur les champs de bataille, aux sonneries claironnantes, aux drapeaux
frémissants, quand l'ennemi est envahisseur et qu'il faut défendre la
patrie ou celle de ses alliés, tout est clair: la mort est héroïque!
Dans le regard perdu de l'officier canadien, il m'a semblé que plus
rien n'était clair: quelle est cette patrie à défendre, et contre quel
envahisseur? Donc, sur ce champ de bataille, quel est le sens de la
mort?
Les soldats du Vietnam se sont retirés parce qu'ils ne savaient plus
pourquoi ils mouraient...
Source : http://www.ledevoir.com/2007/04/14/139409.html
Des pacifistes texans s’engagent pour les femmes irakiennes
Le 17 avril,
une délégation de 4 membres de l’organisation « Texans for Peace »
(Texans pour la Paix)
commence un séjour de deux semaines en Jordanie, pour y rencontrer des
réfugiés irakiens, en particulier des femmes, fin de mieux comprendre
leur situation et de construire des ponts entre Irakiens et texans.
La délégation est composée de :
Peggy Kelsey, 55 ans, d’Austin, photographe professionnelle, qui a realise
en 2003 un travail de documentation sur les femmes afghanes. Voir son site http://www.kelseys.net/
Carla Mercado, 64 ans, de San Antonio, infirmière
et enseignante. Elle
a été active à Camp Casey, le camp
de pacifists installé par Cindy Sheehan, la
mere d’un soldat US tué
en Irak, en face de la ferme de George
Bush.
Belinda Subramanian, 53 ans, d’El Paso
, écrivaine et infirmière. Voir son site http://belinda_subraman.podomatic.com
Charlie Jackson, 47 ans, d’Austin, consultant international en technologie
et fondateur de Texans for Peace.
Texans for Peace (http://www.texansforpeace.org)
est une ONG ans but lucrative regroupant des Texans qui croient dans
la paix et la justice sociale. Ils prennent au pied de la lettre la
devise de l’État du texas, qui proclame la “friendship”, l’amitié. Cette
ONG soutient notamment le Women's Business Center of Baghdad,
un centre qui aide des femmes irakiennes à créer leur propre entreprise.
"Contraire
à ma conscience"
Un officier allemand contre l’engagement des Tornados en Afghanistan
Par
le Lieutenant-colonel Jürgen Rose, 15 mars 2007
Le
lieutenant-colonel Jürgen Rose n’a aucune intention d’être impliqué
dans la guerre afghane qui fait rage au sud du pays. Même indirectement.
Il a pour cette raison présenté à ses supérieurs une demande expresse
d’être muté du service de support logistique des missions extérieures
de l’armée allemande. «L’utilisation du Tornado est contraire au droit
international. On soutient la croisade du président étasunien Bush contre
le terrorisme avec les avions de chasse allemands», a déclaré l’officier,
âgé de 48 ans. Le lieutenant-colonel fait référence aux six Tornado-Recce
de la Bundeswehr qui seront
utilisés à partir de mi-avril dans des missions de reconnaissance au
sud de l’Afghanistan, comme l’a décidé le parlement allemand le 9 mars,
malgré 74 votes contre, à l’intérieur même de la majorité de la Grande coalition.
Pour Rose la décision du Bundestag
serait «décisivement antidémocratique», alors que la majorité de la
population – 77%, selon les sondages – est opposée à l’envoi des Tornado.
«La guerre qui est menée au sud du pays n’a rien à voir avec la protection
de la population civile et les troupes étasuniennes qui se battent au
sud n’ont pas de mandat du Conseil de sécurité», avait déclaré le lieutenant-colonel.
La nouvelle de son transfert,
dans la division administrative des biens immobiliers de la même caserne,
est arrivée le 16 mars. Le ministre de la
Défense, le chrétien-démocrate Frantz Joseph Jung,
avait recommandé au 4e Commandement militaire en Bavière une décision
rapide sur l’épineuse affaire, afin d’éviter que la discussion ne prenne
de l’ampleur dans l’opinion publique. Il n’a fallu que trois jours.
Mais le problème n’est pas résolu
parce que Rose n’est pas seul. Selon des informations du Bureau central
pour le droit et la défense des objecteurs au service militaire, pendant
ces deux dernières semaines, quatre autres réservistes, âgés de 40 à
50 ans, ont présenté une demande d’exemption du service. «Pour ce que
j’en sais, a déclaré le lieutenant-colonel objecteur, de nombreux soldats
pensent la même chose que moi».
L’opposition aux décisions du
gouvernement et au parlement est en train de se radicaliser chez les
militaires. Dans une lettre ouverte écrite aux parlementaires avant
le vote du 9 mars, et reprise hier par tous les médias allemands, le
Arbeitskreis Darmstädter Signal (Ak DS) – une association d’«officiers
et ex-officiers critiques» – avait accusé le ministre Jung et les parlementaires
favorables à l’engagement des Tornados en Afghanistan de «tromper» leurs
électeurs. Le lieutenant-colonel Rose est aussi un membre de cette association.
Le groupe, fondé en 1983, pour tenter de ralentir la course aux armements
nucléaires, travaille depuis lors pour la réduction des effectifs de
l’armée allemande, et pour l’élimination de tout moyen de destruction
de masse. En Afghanistan, la Ak DS soutient le remplacement
de troupes de l’ISAF par des Casques bleus.
Se cacher derrière le fait que
les jets allemands n’accomplissent que des actions de reconnaissance
va à l’encontre de toute logique, ont écrit les militaires de l’Ak DS:
la reconnaissance est une partie fondamentale des actions militaires
«pour soutenir les mouvements des troupes et des chasseurs bombardiers».
Les informations recueillies par les pilotes allemands seront fournies
au contingent ISAF et, avec quelques limitations, aux militaires étasuniens
impliqués dans l’opération Enduring Freedom.
La nouvelle qualité de l’engagement
guerrier allemand plonge de plus en plus le pays dans la guerre, ont
écrit les militaires, selon lesquels l’Allemagne devrait au contraire
commencer à organiser le retrait progressif d’Afghanistan avec les autres
pays de l’OTAN.
Un soutien décisif aux accusations
de «tromperie» est arrivé du groupe de la gauche parlementaire die Linke.
Après la tentative de deux parlementaires démocrates-chrétiens, qui
a échoué pour vice de forme, die Linke a décidé de présenter un recours
à la cour constitutionnelle de Karlsruhe, contre l’emploi des Tornado,
comme étant contraire à la
Constitution et au droit international.
Selon les requérants, l’Allemagne
avaliserait ainsi la violation des principes défensifs de l’OTAN, violation
perpétrée par la guerre préventive du président étasunien. Si le recours
était accepté, les avions de chasse devraient rester dans leurs hangars
jusqu’à la décision définitive de la cour.
Pour le compte de son gouvernement,
le ministre Jung s’est jusqu’à présent contenté de réaffirmer la position
inconfortable de la
Grande Coalition: il s’agit «seulement de reconnaissance».
Pour les six avions de chasse, la décision du gouvernement d’Angela
Merkel était arrivée à la suite de pressions répétées de l’OTAN pour
l’envoi des troupes en Afghanistan.
Matteo
Alviti, il manifesto, 17 mars 2007
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

«Je déclare par la présente qu’il est contraire à ma conscience de
soutenir, sous quelque forme que ce soit, l’usage des systèmes d’armes
de type Tornado en Afghanistan»
Extraits
de la déclaration de service du 15 mars 2007 du lieutenant-colonel et
enseignant Jürgen Rose, de Munich
Au Colonel
de l’état-major Bernhard Frank
Chef d’état-major de la
WBK IV – Allemagne du Sud
[...]
Monsieur,
Eu égard à la décision du gouvernement fédéral d’envoyer des systèmes
d’armes de type Tornado pour soutenir les opérations militaires en Afghanistan
[...]; eu égard au vote favorable du Parlement allemand du 9 mars 2007
sur cet arrêté gouvernemental; eu égard également aux ordres issus entre-temps
du commandement de soutien interarmées concernant l’exécution de ladite
décision, je déclare par la présente qu’il est contraire à ma conscience
de soutenir, sous quelque forme que ce soit, l’usage des systèmes d’armes
de type Tornado en Afghanistan, puisque je ne puis exclure de contribuer
ainsi, par mon action, à une opération de la
Bundeswehr contre laquelle il existe de graves réserves
par rapport à la Constitution, au droit
international et au droit pénal. Je demande donc à être dispensé de
toute autre mission susceptible de soutenir l’«Opération liberté immuable»
en général et l’envoi des Tornados en particulier.
Je justifie ma demande de la manière suivante:
Dans les attendus de l’arrêt relatif au jugement de la Deuxième Chambre
de la Cour
fédérale disciplinaire du 21 juin 2005, le Tribunal administratif allemand
écrit notamment:
«2. L’obligation fondamentale pour tout soldat de
la Bundeswehr d’exécuter
les ordres donnés ’consciencieusement’ (de son mieux, complètement et
immédiatement), telle qu’elle est stipulée à l’article 11-1 de la Loi sur le Service national,
n’exige pas une obéissance inconditionnelle mais une obéissance réfléchie
qui tient compte notamment des conséquences de l’exécution des ordres
donnés, et cela eu égard précisément aux limites fixées par le droit
en vigueur et en application des limites éthiques dictées par sa conscience.
3. La Loi
fondamentale aussi bien que la
Loi sur le service national fixent des limites juridiques
à l’obéissance. [...] Un soldat n’est pas contraint d’exécuter un ordre
jugé inacceptable s’il peut invoquer le droit fondamental à la liberté
de conscience (Art. 4-1 de la Constitution). [...]»
Considérant l’arrêt sus-mentionné ainsi que le serment d’obéissance
à la Constitution que j’ai
prêté, j’avais précisé, dans ma déclaration de service du 1er mai 2006,
que «ma conscience m’interdit d’exécuter des ordres qui constituent
une violation du droit international et du droit allemand (...) et que,
par conséquent, je ne participerai et n’apporterai mon soutien en particulier
aux interventions internationales de la
Bundeswehr, même dans le cadre des troupes internationales
de l’OTAN ou de l’UE (notamment les Response Forces de l’OTAN, le Battle
Group de l’UE et l’Eurocorps) que si celles-ci sont pleinement conformes
au droit international et à la loi allemande.» Cette déclaration a été
versée à mon dossier militaire sans susciter d’objections.
[...]
– L’intervention des Tornados en Afghanistan implique nécessairement
la participation de l’Allemagne à des opérations militaires contraires
au droit international et non couvertes par le Traité de l’Atlantique
Nord. En effet,
– Les résultats des reconnaissances faites par les Tornados sont
transmis au haut-commandement américain et malgré les restrictions du
plan opérationnel de la
FIAS, il n’est pas garanti que ces résultats ne seront
pas utilisés à d’autres fins qu’à celles prévues par l’Opération Liberté
immuable (OLI).
– Les opérations militaires menées par les Etats-Unis dans le
cadre de l’OLI sont contraires au droit international à plusieurs égards:
• Elles ne peuvent plus être justifiées par la légitime
défense et ne reposent pas sur un mandat du Conseil de sécurité.
• Elles outrepassent même, en particulier par leurs effets
sur la population civile, les compétences du gouvernement Karzai.
• Vu les «dommages collatéraux» dont la population civile
est la victime, elles ne sont pas compatibles avec les règles du droit
international relatives à la protection de la population.
• En ce qui concerne le traitement des prisonniers, elle
viole les règles fondamentales du droit humanitaire.
En décidant d’envoyer des Tornados en Afghanistan, notre gouvernement
fédéral participe activement à un engagement militaire incompatible
avec les principes fondamentaux de la
Charte des Nations Unies et avec l’art. 1 du Traité
de l’Atlantique Nord.
[...]
De plus, en contribuant à une opération de la Bundeswehr contre laquelle
il existe de graves réserves au regard de la Constitution, du droit
international et du droit pénal national et international, je risquerais
fort d’agir à l’encontre du serment que j’ai prêté autrefois et qui
exige notamment que je «défende courageusement le droit [...] du peuple
allemand», et non pas que je le foule aux pieds. Il est évident que
le droit international et la
Constitution comptent parmi les textes juridiques capitaux
du peuple allemand.
Original : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2416&lg=de
Traduit de l’allemand par Horizons et
débats , 2 avril 2007, 7e année, N°12
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2417&lg=fr
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