La Galaxie guantánamo
Abou Omar, kidnappé à Milan en 2003, a été libéré en Égypte
après 4 ans de prison
Hassan
Mustafa Osama Nasr, alias Abou Omar, avait été enlevé dans une rue de
Milan par un commando de la
CIA en février 2003 et livré à la police égyptienne.
Après avoir été brièvement relâché, il avait été de nouveau incarcéré
en avril 2004 et on n’avait plus de nouvelles de lui depuis lors. Son
avocat Montasser Al Zayat vient d’annoncer au Caire que Abou Omar était
de nouveau libre et avait rejoint sa famille.
Quatre
années de détention sans inculpation, « à la guantanamo ».
Abou Omar pourra donc théoriquement être entendu par les magistrats
milanais qui ont lancé en décembre 2005 un mandat d’arrêt contre 22
agents de la CIA identifiés, étendu en juillet
2006 à 4 autres ainsi qu’à plusieurs responsables ses services de renseignement
italiens pour ce kidnapping. Seul problème : le ministre de la Justice « de gauche » Clemente Mastella, tout
comme son prédécesseur berlusconien, refuse de transmettre la demande
d’extradition aux USA. C’est pourquoi le Camp antiimpérialiste, une
organisation italienne, a lancé une pétition adressée à Mastella pour
lui demander de procéder à cette transmission.
Signatures
à envoyer à estradare@email.it
Le compte à rebours a commencé en Bosnie
- Des centaines d’hommes de
femmes et d’enfants sont menacés
par Luiza Toscane, reveiltunisen.org, février 2007
Imad Al Houssine |
Première
partie : Imad Al Houssine
Il s’appelle
Imad Al Houssine. Arrivé en Bosnie dans les années quatre-vingt, ce
Syrien a étudié la médecine générale. Il s’est marié avec une Bosniaque,
veuve d’un imam bosniaque, et mère de trois enfants. Il a combattu dans
l’armée bosniaque. En 1994, après la naissance de son fils Hamza, il
a obtenu la nationalité bosniaque et a fait souche dans ce pays. Il
est maintenant père de trois enfants, de nationalité bosniaque eux aussi,
et a la charge d’une famille de six enfants bosniaques.
Mais le couperet
de la nouvelle loi sur la nationalité est tombé, qui préconise la révision
des naturalisations obtenues entre 1992 et 2006. La commission qui examine
au cas par cas la situation des étrangers naturalisés, présidée par
Vjekoslav Vukovic, a annoncé que trois cent trente naturalisés se verraient
retirer la nationalité bosniaque. Imad Al Houssine est de ceux-là.
Il vient de recevoir
la lettre recommandée lui annonçant la décision [1] :
« Ils me reprochent d’avoir obtenu la nationalité à deux reprises,
en 1992 et en 1994, mais je ne l’ai obtenue qu’en 1994 ». Il lui
est reproché une erreur portant sur deux mois et demi de présence dans
l’armée bosniaque dans ses déclarations à l’appui de sa demande, et
autres broutilles. Ce qu’il va faire ? Demander l’asile ? :
« Impossible, tous ceux qui l’ont fait se sont heurtés à un refus
systématique de leur demande », affirme-t-il.
Trouver un pays
d’accueil relève du fantasme, étant donné la réputation qui est systématiquement
attachée aux volontaires musulmans. « Toutefois, précise-t-il,
parmi les personnes qui se sont vues retirer leur nationalité, il y
a aussi des Russes et de Roumains, mais ces derniers ont quitté la Bosnie et sont retournés chez
eux et n’ont rencontré aucun problème ». Le problème se poserait
uniquement pour les Arabes et/ou les Musulmans : « Tous les
Egyptiens qui sont rentrés en Egypte ont été systématiquement jetés
en prison », affirme-t-il « Ceux qui ont le plus à craindre
d’un renvoi dans leur pays sont les Syriens, les Tunisiens et les Egyptiens,
ce sont la torture, l’emprisonnement qui les attendent, voire la peine
de mort pour les Syriens ». Quant à faire opposition de cette décision
devant la Cour Suprême
de Bosnie, il affirme que c’est possible mais que cette démarche n’est
pas suspensive du renvoi. Imad Al Houssine, dont le cas est similaire
et emblématique de centaines d’autres, ne baisse pas les bras.
Son association,
Al Ansar, a été fondée pour défendre les intérêts de ceux qui ne sont
déjà plus des Bosniaques, -une cinquantaine d’entre eux ayant déjà reçu
comme lui, la décision de déchéance de nationalité-, mais cette association
n’a jamais reçu son visa de légalisation. Pour autant, Imad Al Houssine,
dit aussi Abou Hamza, se démène pour informer, multiplier les contacts
auprès des organisations de défense des droits de l’homme, les conférences
de presse, pour dévoiler le caractère politique de ces décisions, pour
que le monde prenne conscience de la catastrophe qui s’annonce, car
au-delà les risques de renvoi vers des pays peu démocratiques, ce seront
des centaines de familles qui seront brisées, tous les naturalisés ayant
épousé des femmes bosniaques et ayant eu des enfants bosniaques.
[1] Bosna
i Hercegovina, Drzavna komisija/poverenstvo za reviziju odluka o naturalizaiji
stranih drzavljana, Broj : UP-01-07-99-2/06, Datum : 09.01.2007.godine,
Rjesenje
Source :
http://www.reveiltunisien.org/article.php3?id_article=2459
Seconde partie : la Loi relative aux modifications
à la Loi
sur la citoyenneté [1]
Adoptée
le 27 juillet 1999 par le parlement bosniaque, la loi sur la nationalité
a été amendée le 22 avril 2003. Elle prévoyait le retrait possible de
la nationalité pour les étrangers qui avaient demandé la nationalité
bosniaque et l’avaient acquise entre le 6 avril 1992 et l’entrée en
vigueur de la Constitution. Une
nouvelle loi est entrée en vigueur en 2005 qui prévoit la révision de
la nationalité pour tous les étrangers ayant acquis cette dernière entre
le 6 avril 1992 et le 1er janvier 2006 [2].
|
"Touche pas à mon
père"
"Le renvoyer, c’est l’envoyer en prison,
quel est son crime ?" |
Une
commission est chargée d’examiner les dossiers au cas par cas [3] et de relever les irrégularités, fraudes, fausses
informations et autres torts pouvant être reprochés à la personne concernée [4]
Cette
commission, composée de neuf membres, deux Bosniaques, deux Croates
et deux Serbes de Bosnie et trois personnes autres que des citoyens
de Bosnie ou d’un pays voisin, est présidée par un fonctionnaire du
ministère de la Sûreté. Elle
a commencé ses travaux en mars 2006,
a rendu ses conclusions et a décidé de retirer
la nationalité bosniaque à 330 de ses détenteurs d’origine étrangère.
Souvent
présentée comme un sous produit ou inspirée par les accords de Dayton,
qui disposaient : « Foreign combatant forces currently in
Bosnia are to be withdrawn within 30 days » [5] cette loi paraît néanmoins englober beaucoup
plus de personnes, à savoir combattants, personnels d’associations humanitaires
et étudiants ou résidants en Bosnie.
Aucun
décompte ne permet de chiffrer cette population, certains ne prenant
en compte que les « combattants » ou les « arabes »
et la plupart des chiffres s’avérant provisoires et/ou fantaisistes [6]. Les Syriens, les Tunisiens, les Egyptiens,
Soudanais, Jordaniens et Marocains, Libanais, Irakiens, Palestiniens
en constitueraient l’essentiel. Un autre groupe est formé des ressortissants
des pays de l’Est : Russes, Moldaves, Ukrainiens, ressortissants
de l’UE et de la Suisse.
Les
chiffres sont d’autant plus fluctuants que l’annonce et le début de
cette application ont entraîné des réflexes de fuite vers des pays considérés
comme plus amènes. Officiellement, la commission aurait retiré la nationalité
à 38 personnes dès le mois de juin dernier [7], puis à 120 en septembre 2006 [8], puis à trois cent trente en janvier 2007, et
cinquante d’entre eux avaient reçu au mois de janvier le courrier leur
annonçant cette décision [9]. Pour autant, les travaux de cette commission
ne sont pas terminés. Son mandat s’achève, mais le Parlement pourra
prolonger son mandat. Son président, Vjeloslav Vukovic, a affirmé que
500 dossiers étaient encore à l’étude [10]. Ce seront donc des milliers de personnes qui
vont voir leur avenir compromis, leurs familles brisées.
Les possibilités de recours
Privés
de leur nationalité, ces Syriens, Tunisiens, et autres ressortissants
de pays arabes et ou musulmans auront deux mois pour trouver un pays
d’accueil. Aucun pays au monde ne se précipitera pour souhaiter la bienvenue
à des « moujahidins », « vétérans de la guerre de Bosnie »
et autres « jihadistes internationaux » pour ne reprendre
que les qualificatifs les moins négatifs. Il leur reste la possibilité
de contester la décision devant la justice dans les deux mois [11]. A ce jour, seul un Bosniaque d’origine irakienne,
Fadil Hamdani, aurait obtenu gain de cause.
Les conséquences de la loi
Elles
sont de deux ordres : des renvois vers les pays d’origine entraîneraient
des risques pour les intéressés d’être soumis à la torture ou à l’emprisonnement,
voire à la peine capitale. Or la Bosnie a ratifié la convention
contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains
et dégradants dont l’article 3 dispose : « Aucun Etat partie
n’expulsera ni n’extradera une personne vers un autre Etat où il y a
des motifs sérieux de croire qu’elle risque d’être soumise à la torture »
ainsi que la Convention européenne
des droits de l’Homme depuis 2002.
|
Vais-je rester orphelin ?
Manifestation à Sarajevo
devant l’Assemblée le 1er octobre 2006 |
La
majorité écrasante des hommes ayant obtenu la nationalité bosniaque
sont mariés avec des femmes bosniaques et ont des enfants de nationalité
bosniaque. Les renvois des pères entraîneraient des dislocations de
ces familles, contrevenant avec l’article 10 du Pacte international
aux droits civils et politiques auquel la
Bosnie est partie : « Une protection et une
assistance aussi large que possible doivent être accordées à la famille
qui est l’élément naturel et fondamental de la société (...) »
De dangereux précédents
En
la matière, ces craintes ne relèvent pas de l’hypothèse. Des précédents
laissent craindre que la
Bosnie ne s’embarrasse guère de tels considérants :
Dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme », tous
les coups semblent permis, puisque six algériens ont été remis par la
police bosniaque à des représentants américains en janvier 2002, qui
les a transférés à Guantanamo Bay [12].
Idem
en ce qui concerne deux Bosniaques d’origine égyptienne, Ussama Farag
Allah et Al Sharif Hassan Saad, expulsés vers l’Egypte à la demande
des autorités de ce dernier pays en octobre 2001 [13].
Si
ces autorités ne défendent pas leurs nationaux, on voit mal, toujours
dans ce même contexte, pourquoi elles se soucieraient de personnes contre
lesquelles elles viennent de concocter une loi ad hoc.
Ainsi,
Badreddine Ferchichi, un Tunisien à qui l’asile avait été refusé en
Bosnie, a-t-il été renvoyé en Tunisie, au mépris total des conventions
et pactes précités, sans attendre que la justice ne réponde à l’appel
déposé par son avocat le 25 juillet 2006. Il n’existe pas de liaison
directe entre Sarajevo et Tunis, et la police bosniaque l’a dans un
premier temps renvoyé à Istamboul, où le pilote de la
Tunis Air aurait refusé de le compter parmi ses passagers
pour Tunis, compte tenu de l’absence de documents de voyage en règle
de monsieur Ferchichi. Il a donc été réacheminé à Sarajevo, où la police
bosniaque a affrété un petit avion spécial qui l’a expulsé à l’aéroport
de Tunis Carthage le 29 août 2006 [14]. Maltraitance et emprisonnement [15], rien n’a été épargné à Badreddine Ferchichi,
actuellement dans l’attente de son procès devant un tribunal militaire
à la prison de Mornaguia. L’empressement et l’acharnement mis par les
autorités bosniaques à se débarrasser de ce ressortissant tunisien augurent
mal du devenir des étrangers désormais sans titre de séjour en Bosnie.
Notes :
[1] « Zakon o izmejenama i dopunama zakona
o drzavljanstvu Bosne
i Hecegovine », « Law
on Amendments to the Law on Citizenship Of
Bosnia and Herzegovina »,
BH Official Gazette n°.14/2003 Dated 29 mai
2003
[2] Article 6 :
« In article 37 of the Law, second sentence, the words « the
entry into force of the Constitution » shall be replaced by the
text « january 1, 2006 ».
[3] Drzavna
komisija/prvrenstvo za
reviziju olduka o naturalizaciji stranih drzavaljana, Sarajevo,
Trg BiH 1, tel :
033 213 686, Fax : 033 213 686
[4] Article 8, b "If the citizenship
of BiH was acquired by means of fraudulent
conduct, false information, or concealment of any relevant fact attributable
to the person concerned » or c) « in the case of a lack of
genuine link between Bosnia and Herzegovina and a citizen habitually
not residing in Bosnia and Herzegovina »
[5] Annex1-4 :
Military Aspects, Dayton
Peace Agreement on Bosnia-Herzegovina, November 30, 1995
[6] « Etablis entre 1992 et 2006, 75 Algériens
ont la nationalité bosniaque », Le Quotidien d’Oran, 8 juin 2006.
[7] « Albosna teshabou jensiyyataha min 38
arabiyyan », eshark alawsat, 7 haziran 2007
[8] « Oduzeli
120 drzavljanstava », San, utorak
5. rujna 2006.
[9] Se reporter à : « Albosna tashabou jensiyyataha min ennatiq essabiq bism elmouqatilin
elarab », ashark
alawsat, 2 yanayer 2007 aladad 10284
[10] « Do
sada oduzeta 330
drzavljanstava », SRNA, 9.1.2007, http://www.ntvhayat ;com/home/vijesti/index.php ?
[11] clanu 19. Zakona
o upravnim sporovima
Bosne i Hercegovine
[12] « Mesures de lutte contre le terrorisme
violant les droits humains » in Rapport 2003, Bosnie Herzégovine,
Amnesty International « Bosnie : arrestations contestées d’islamistes »,
Le Courrier des Balkans, 22 janvier 2002
[13] « Détentions arbitraires » in Rapport
2002, Bosnie-Herzégovine, Amnesty International.
[14] « Ilegalno boravio u BiH »in « Bez
drzavljanstva ostalo 120 naturaliziranih Arapa », Dnevnlist, Srijeda
6. rujna 2006.
« Deportovan
Fersisi » in « Vlasti BiH cine zlocine prema naturaliziranim
drzavljanima », Oslobodenje, Petak, 1. rujna 2006.
[15] « U
Tunisu izlozen mucenjima zbog pogresne adrese u BiH » Saff, 15.12.2006
Source :
http://www.reveiltunisien.org/article.php3?id_article=2467
Relations transatlantiques, la déroute
européenne
Par Marianne
Ranke-Cormier , newropeans-magazine, 8 février 2007
(Editorial) - Mais si, mais si, les Etats-Unis et le gouvernement
Bush, avec la très active Mme Rice ont encore des choses à dire en Europe.
Guantánamo et les scandales qui
entourent les retours des premiers prisonniers européens, ne sont que
feux de paille, des tempêtes dans un verre d’eau. D’ailleurs qui dans
la presse européenne vient vous raconter les déboires du ministre des
affaires étrangères allemand Frank-Walter Steinmeier dans l’affaire
Murat Kurnaz ? - Né en Allemagne mais d’origine turque, Murat Kurnaz
est ressorti récemment de Guantánamo
après plus de 4 ans d’enfermement, sans aucune charge retenue
contre lui. Oh pardon, vous étiez au Pakistan en 2002, vous aviez
un nom étranger et nous avons cru que vous étiez un terroriste… Nos
services ne nous ont pas avertis que vous pouviez être libérable…
On croit rêver quand la classe politique allemande et les médias, se
permettent malgré les défaillances avérées du système allemand et de
ses responsables politiques, à retourner la situation. Car après tout
le tort de Murat Kurnaz est de ne pas avoir opté à 18 ans pour la nationalité
allemande (vous n’êtes pas allemand, vous êtes turc…)
et d’avoir été soupçonné par les services secrets américains d’avoir
l’intention de perpétrer des actes terroristes… (à l’époque, en 2002, les seules informations qui avaient filtré étaient
que cet homme est « dangereux »).
Ou encore de l’affaire El Masri, cet allemand d’origine libanaise, enlevé
en Serbie en janvier 2003 par les agents de la CIA. Il sera transporté en Afghanistan, interrogé,
torturé, et relâché quelques 6 mois après de retour sur le continent
européen, en Albanie: Erreur sur la personne… Une affaire qui a d’ailleurs
déclenché récemment, et sans doute suite aux pressions publiques, de
la part de la justice allemande (bavaroise) une demande d’extradition
auprès des États-Unis de 13 agents de la
CIA, ravisseurs présumés…
Nous ne savions pas,
a déclaré Steinmeier, qui était à l’époque déjà Secrétaire d’état aux
affaires étrangères… Personne
ne savait vraiment ce que représentait Guantánamo
à l’époque. Personne ? A quoi servaient donc nos
services secrets en Europe ?
Le très inquiétant rapport du Parlement européen rendu fin janvier,
sur les quelques 1.200 vols secrets de la CIA, les enlèvements sur le territoire
européen et les prisons secrètes américaines en Pologne et en Roumanie,
n’a trouvé aucun écho dans la presse européenne(1).
Ce rapport, étayé par des investigations très poussées auxquelles a
procédé le Parlement européen pendant plus de 12 mois, malgré l’opposition
ouverte et le refus de coopérer de certains états-membres, du Conseil
et des hauts responsables communautaires, comme Mr Solana, qui tient
actuellement le rôle de Super Ministre aux Affaires Etrangères de l’UE,
met directement en cause et à l’index plusieurs états membres dont l’Allemagne,
la Grande Bretagne,
la Pologne, l’Italie, pour violation
des droits de l’homme, principes fondamentaux de l’Union européenne
auxquels ils ont pourtant adhéré et dont ils sont les garants… Ayant
pourtant rassemblé un consensus droite/gauche au sein des parlementaires
européens, ce rapport semble voué à être enterré corps et biens, accusations
et sanctions. Comment se fait-il que ce rapport soit passé autant inaperçu
auprès du public européen ? Nos leaders politiques sont-ils à ce
point là irresponsables et déresponsabilisés ? Nos députés européens
sont-ils à ce point muselés par les enjeux politiques nationaux et la
bureaucratie bruxelloise ? Nos médias, et nos agences de communication
sont ils à ce point manipulés ?
Enfin, depuis ces derniers mois on peut assister à des tractations
dans le plus grand secret de la diplomatie trans-atlantique, c'est-à-dire
bilatérales, d’état à état, entre les Etats-Unis et leur partenaire
privilégié en Europe, sous bien entendu la sainte bénédiction des instances
exécutives de l’UE, Conseil et Commission, qui ne semblent pas s’offusquer outre
mesure de ces petites tractations entre amis…
Un coup c’est l’Italie, un autre ce sera la Pologne et la République tchèque,
hier c’était l’Allemagne.
Après les concluantes négociations avec Prodi et son gouvernement, pourtant
bien mâtiné de gauche, pour le renforcement de la base américaine de
Vicence, en Italie (promesse qui soit dit en passant avait été faite
par son prédécesseur Berlusconi), celles pour l’implantation de nouvelles
bases (boucliers) antimissiles en République tchèque et en Pologne,
donc de nouvelles bases pour leurs services secrets, appelez-les CIA,
FBI ou ce que vous voulez, ce sont les mêmes, Rice vient de conclure
avec succès l’implantation de l’Africom, une nouvelle (encore !)
base anti-terroriste dont le nouveau commandement régional spécifique
pour l’Afrique a été implanté à Stuttgart, en Allemagne… Décidément
l’Allemagne est de retour sur la grande scène atlantique, et Merkel
n’économise pas ses efforts. Bientôt ce ne sera plus seulement une base
dont elle autorise l’implantation, des avions Tornado qu’elle va engager,
mais aussi des hommes qu’elle va envoyer en Afghanistan pour venir appuyer
les forces américaines.
Bush et son gouvernement, après un semblant de pause dans la conquête
de l’espace et de l’esprit européen, réimplantent à force de grandes
manœuvres de diversion la stratégie de guerre américaine. A croire que
le renversement de la majorité dans les chambres américaines, lui a
donné un souffle nouveau. Pendant qu’elles se débattent avec des questions
de politique intérieure, au moins a-t-il le champ libre en matière de
politique internationale.
La pression des Etats-Unis pour obtenir des partenaires européens qu’ils
s’engagent dans les conflits dans lesquels ils ne peuvent pas s’en sortir
seuls, est très forte, elle vient de tous les fonts, Irak, Liban, Moyen
Orient, Afghanistan, dernièrement Somalie… aujourd’hui la région trans-saharienne…
et il semble qu’elle paye…
Ce que Bush a compris c’est que rien ne sert de prendre l’Europe de
front. Il vaut mieux diviser pour mieux régner, et une UE divisée sur
ses engagements envers son partenaire atlantique, est plus facilement
malléable et gérable qu’une UE qui sait se positionner en tant que force
politique stratégique.
Et effectivement l’état de déroute dans lequel nous nous trouvons actuellement
en Europe, laisse le champ libre sur le territoire européen. Sans aucune
unité pour défendre nos valeurs et nos droits communs, qui font que
les dossiers comme Guantánamo , les vols secrets, les enlèvements secrets,
les prisons secrètes… ne sont pas tolérables, sans définition urgente
d’une Europe politique capable de mettre en place et de défendre une
politique étrangère et de la défense commune, qui font que la violation
flagrante de l’intégrité territoriale européenne n’est pas acceptable,
les états-membres iront toujours en braves soldats jouer au héros à
l’ombre du géant. Malheureusement ce géant s’effondre et dans quelques
années il nous aura inexorablement entraînés dans sa chute, tous, toute
l’Europe, pas seulement ceux qui veulent bien le suivre. On le voit
bien, ce n'est pas la stratégie de résurrection d'une constitution européenne
qui va nous sortir de là. Aujourd'hui nous en sommes beaucoup plus loin
qu'une simple redistribution des pouvoirs et réaffirmation des principes
qui nous gouvernent déjà... Et à bien y regarder ce que font Merkel,
la Commission européenne,
le Conseil et Solana, ce n'est rien d'autre que de secouer un épouvantail
pour détourner notre attention...
Des pays comme la France
qui ont su ou pu dire non, ne seront pas éternellement les porte-parole
d’une Europe alternative (les prochaines présidentielles d’ailleurs
risquent d’en marquer la fin) si les autres citoyens européens ne les
rejoignent pas. Or il nous appartient à nous citoyens européens de redéfinir
ce partenariat trans-atlantique qui pèse tant sur l’équilibre démocratique
de l’Union européenne, des Etats-Unis et aussi du monde.
« Europe's denial of its autonomy
vis-à-vis the United States is unnatural, prevents European political
maturation, hurts its interests, and distorts its dealings with America
in ways that do a disservice to both. » - Michael Brenner
(3)
Notes:
1) En ce qui concerne ces deux affaires, vous trouverez
tous les éléments dans la presse allemande ;
2) Rendons à EUobserver ce qui lui appartient, c’est l’un des seuls magazines
à avoir publié les deux articles de référence sur le rapport du Parlement
européen concernant les vols secrets de la CIA, adopté le 23 janvier 2007 :
MEPs in political
infighting ahead of final CIA report
& MEPs roast EU states
and Solana for 'lies' on CIA
3) Voir l'invitation à la conférence "Why
Europe Should Liberate Itself From The United
States" - The Center for Transatlantic Relations (source:
Tiesweb)
Source : http://www.newropeans-magazine.org/index.php?option=com_content&task=view&id=5277&Itemid=85
«GUANTÁNAMO NORD» :
Inquiétudes pour les grévistes de la faim
Par Laura-Julie
Perreault, La
Presse, Montréal, 8 fevrier 2007
Le ministre de
la
Sécurité publique, Stockwell Day, refuse d’accéder
aux demandes des grévistes de la faim détenus au centre de surveillance
de l’Immigration de Kingston. «Tous les détenus sont traités selon
les plus hautes normes de respect et de soins auxquelles on peut
s’attendre de la part d’un pays comme le Canada», a-t-il affirmé.
Photo PC |
La
grève de la faim maintenue depuis plus de deux mois par les trois détenus
du centre de surveillance de l’Immigration de Kingston, surnommé «Guantánamo
Nord» par leurs supporteurs, fait de plus en plus d’inquiets, et ce,
jusque dans les rangs du Parti conservateur.
Le sénateur Hugh Segal, ancien chef de cabinet de Brian Mulroney, a
exhorté cette semaine le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, à négocier avec
les trois hommes que le gouvernement soupçonne d’appartenir à des organisations
terroristes.
«Nous ne laissons pas les gens mourir de faim dans nos prisons. (Le
ministre) ne peut pas regarder de l’autre côté. Ce n’est pas ce que
nous sommes. Nous avons des valeurs humanitaires qui nous distinguent
des autres», a dit le sénateur Segal dans une entrevue au Kingston Whig
Standard cette semaine. «Est-ce que les demandes des détenus sont tellement
extravagantes que nous préférons les voir mourir?» a ajouté M. Segal.
Les
trois hommes sont détenus en vertu de certificats de sécurité. Cette
mesure d’exception permet au gouvernement canadien d’expulser du pays
des individus qui ne sont pas citoyens canadiens s’il juge qu’ils représentent
une menace à la sécurité du pays. Pendant la période de révision du
certificat de sécurité par la Cour fédérale, le Canada peut
détenir indéfiniment les individus qui en font l’objet sans déposer
d’accusations formelles et sans intenter de procès.
Emprisonné depuis 2000, Mohammed Mahjoub a entamé une grève de la faim
il y a 77 jours pour protester contre ses conditions de détention. Ses
deux codétenus, Hassan Almrei et Mahmoud Jaballah, se sont joints à
lui 11 jours plus tard. Ils survivent en buvant de l’eau et du jus de
fruits.
Les trois hommes, qui sont gardés à l’écart des autres détenus dans
une aile de la prison fédérale de Millhaven administrée par l’Agence
des services frontaliers du Canada et non par les Services correctionnels,
veulent notamment obtenir des visites conjugales, privilège auquel ont
droit les détenus fédéraux. Ils veulent aussi qu’un ombudsman supervise
leur détention et demandent l’accès aux médias sans supervision.
Le ministre de la
Sécurité publique, Stockwell Day, refuse d’accéder
à leurs demandes. Interrogée hier, l’attachée de presse du ministre,
Mélisa Leclerc, soutenait que ce dernier ne peut commenter le cas des
trois hommes puisque les certificats de sécurité justifiant leur détention
sont présentement à l’étude par la
Cour suprême.
Hier, M. Day a cependant fait parvenir une lettre aux médias dans laquelle
il décrit les conditions de détention dans l’aile spéciale de Millhaven.
«Personne ne croit qu’il s’agit d’une expérience agréable. Cependant,
tous les détenus sont traités selon les plus hautes normes de respect
et de soins auxquelles on peut s’attendre de la part d’un pays comme
le Canada, qui accorde la priorité absolue au respect des droits de
la personne et au traitement humanitaire de tout un chacun», a écrit
le ministre de la Sécurité publique.
Le ministre note aussi qu’un professionnel de la santé se rend dans
l’unité de détention tous les jours à 10 h pour offrir des soins
aux détenus qui en ont besoin.
Les supporteurs des trois détenus démentent avec véhémence cette affirmation.
«Je parle aux (trois grévistes) tous les jours, ils sont très mal en
point et ils n’ont pas d’assistance médicale», a dit à La Presse Matthew Behrens,
porte-parole de la
Campagne pour mettre fin aux procès secrets, une coalition
qui demande l’abolition des certificats de sécurité.
«À tout moment, un des hommes pourrait avoir une arythmie cardiaque
ou un autre incident potentiellement mortel. Le danger croît de jour
en jour», ajoute la psychologue Janet Cleveland, qui a écrit une lettre
au ministre au nom de spécialistes de la santé.
Un comité parlementaire
s’en mêle
La situation des
trois grévistes a aussi eu des échos cette semaine au sein du Comité
permanent de la Citoyenneté et
de l’Immigration, instance composée de parlementaires. Le comité demande
au gouvernement du Canada de mandater le bureau de l’enquêteur correctionnel
afin qu’il fasse enquête sur les plaintes des prisonniers.
Source : http://www.cyberpresse.ca/article/20070208/CPACTUALITES/70208321/1019/CPACTUALITES
Murat Kurnaz
– une victime de l’État
par Nicolas Richter, Süddeutsche Zeitung , 23 janvier 2007
Alors
que Murat Kurnaz était abandonné à l’arbitraire
américain pendant de nombreuses années, on s’empressa
en Allemagne, avec une ardeur toute bureaucratique, de s’assurer qu’il
ne puisse pas revenir dans notre pays. Cela a été décidé
par un petit groupe de fonctionnaires allemands haut placés et
de politiciens qui ont perdu tout sentiment de droit et de décence
dans la lutte contre le terrorisme.
Le gouvernement rouge-vert a traité Murat Kurnaz pendant des
années comme un proscrit, comme quelqu’un que la société
avait rejeté. Pourtant, l’on savait qu’à Guantánamo,
il était dépouillé de ses droits, maltraité
et humilié alors que, très tôt, tout indiquait son
innocence.
Kurnaz n’a pas de passeport allemand, mais il est né et a grandi
à Brême, et donc il est chez lui en Allemagne. L’ancien
gouvernement de Berlin – qui a toujours publiquement manifesté
ses soucis quant au camp américain de Guantánamo – a abandonné
Kurnaz à l’arbitraire américain pendant de nombreuses
années et oeuvré avec une ardeur toute bureautique pour
qu’il ne puisse pas revenir en Allemagne.
Cela a été décidé par un petit groupe de
fonctionnaires haut-placés et de politiciens qui ont apparemment
perdu tout sentiment de droit et de décence dans la lutte contre
le
terrorisme.
Le groupe était formé du chef du service fédéral
de renseignements August Hanning, du coordinateur des services secrets
Ernst Uhrlau, et de plusieurs secrétaires d’État. Les
ministres Frank-Walter Steinmeier (Chancellerie) et Otto Schily (Intérieur)
en étaient les responsables politiques.
On peut seulement essayer de deviner les motifs des experts de la sécurité.
Qui sait s’ils
trouvaient Kurnaz dangereux, repoussant ou seulement gênant; en
tout cas, en automne 2002, ils entreprirent un combat défensif
minutieusement planifié. Déjà à l’époque
ils savaient
par leurs propres services secrets que Kurnaz était innocent,
adolescent naïf qui avait voulu étudier le Coran au Pakistan,
et qui fut happé dans le tourbillon de la guerre contre la terreur.
L’idée que Kurnaz puisse revenir à Brême doit avoir
paru aux intéressés si insupportable qu’ils ont même
brusqué les Américains, lesquels voulaient à l’époque
renvoyer Kurnaz. Les Allemands voulaient éloigner un potentiel
trouble-fête et pour cela tous les moyens étaient bons.
Le fait que Kurnaz était juridiquement un étranger simplifiait
infiniment l’argumentation: permis de séjour périmé,
l’Allemagne n’est pas compétente. A partir de là, Kurnaz
était considéré comme le problème des Américains
– et de la Turquie où Kurnaz n’a jamais résidé.
Une ligne de défense douteuse
Dans les milieux gouvernementaux, il est dit pour la défense
de Steinmeier qu’il n’y a pas eu d’offre de la part des Américains
de libérer Kurnaz. Et même si cela était le cas,
cela aurait été lié à des conditions irréalisables.
Cette ligne de défense semble peu crédible: Si les Américains
ne voulaient absolument pas renvoyer Kurnaz, alors pourquoi les cercles
de la Chancellerie auraient-ils décidé d’interdire à
Kurnaz l’entrée au pays ? Pourquoi le Ministère de l’Intérieur
aurait-il esquissé un plan pour ôter de son passeport la
permission de séjour?
Les démarches effectuées en 2005 sont encore aggravantes.
Entre-temps, Guantánamo indignant le monde entier, même
la justice américaine et la police criminelle fédérale
avaient rejeté tous les chefs d’accusation contre Kurnaz. Mais
le gouvernement fédéral allemand suppliait carrément
les Américains de livrer de nouveaux indices de suspicion à
son égard afin de pouvoir lui refuser le visa.
La Chancellerie sous les ordres de Steinmeier était, d’après
les actes de l’époque, également contre le retour de Kurnaz.
Steinmeier craignait qu’avec son retour au pays des révélations
embarrassantes puissent s’ensuivre. L’idée que Kurnaz devait
rester à l’extérieur du pays avait en même temps
progressé. Chaque émigrant en Allemagne doit souhaiter
n’être jamais tributaire de l’aide du gouvernement fédéral.
Ce que chaque otage allemand à l’étranger est en droit
d’attendre et de recevoir n’a même pas été pris
en considération par les milieux du cabinet rouge-vert de sécurité.[…]
Steinmeier et ses collaborateurs croyaient apparemment qu’ils n’auraient
jamais à justifier leur mépris pour Kurnaz. De telles
idées ne peuvent venir qu’à des gens qui siègent
trop souvent dans des réunions secrètes. Ce sont les mêmes
gens qui jusqu’à aujourd’hui remettent en question l’intégrité
des victimes d’enlèvement de la CIA, comme Khaled El Masri par
exemple, ceci sur la base de médisances et de fausses affirmations.
Ils savent qu’ils attisent ainsi des ressentiments répandus dans
la population contre des Musulmans suspects d’une manière ou
d’une autre. Un jugement politique sur Frank- Walter Steinmeier n’est
possible que s’il fait une déposition devant la commission d’enquête.
Il ne peut cependant pas nier sa responsabilité politique dans
le cas scandaleux de Kurnaz. Cela pèse lourd pour un ministre
qui doit rappeler les Droits de l’Homme lors de ses voyages à
l’étranger. Si Steinmeier n’informe pas les critiques, il doit
démissionner.
Cela peut être inopportun pendant les six mois de la présidence
allemande de l’UE. Mais la conclusion serait encore plus abstruse si
le cas Kurnaz devait rester sans suite parce que l’intérêt
de l’État l’exige. A cause de prétendus intérêts
supérieurs de l’État, un innocent a souffert presque cinq
années durant!
Source: Süddeutsche Zeitung
Traduit de l’allemand par Horizons et débats N° 5, 8 février
2007 et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle
est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité
et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2030&lg=fr
|