La Galaxie guantánamo

Le procès du lieutenant-colonel Steven Jordan s’ouvre aujourd’hui à Fort Meade

À Abou Ghraib, les mauvais traitements étaient « codifiés », estime une experte


Steven JordanLe procès du lieutenant-colonel Steven Jordan, le seul officier américain poursuivi après le scandale des sévices infligés à des prisonniers à la prison d’Abou Ghraib en Irak, doit s’ouvrir aujourd’hui devant une cour martiale à Fort Meade (Maryland, Est). Plus de trois ans après la publication des photos montrant des prisonniers irakiens humiliés par leurs gardiens américains, seulement une poignée de soldats ont été jugés (et condamnés à des peines allant de quelques heures de travaux d’intérêt général à 10 ans de prison), et aucun des hauts responsables civils et militaires de la défense n’a été poursuivi. Mais parmi les gradés de haut rang, seule la commandante des prisons américaines en Irak à l’époque, l’ex-général Janis Karpinski, a été sanctionnée par une rétrogradation, sans passer devant la justice militaire. Retournée à la vie civile, elle a expliqué dans un livre paru fin 2005 que les sévices « étaient le résultat d’ordres contradictoires et de règles confuses venant des commandants militaires en Irak jusqu’au sommet du pouvoir civil à Washington ».
Selon les différents rapports d’enquête de l’armée sur le scandale, le lieutenant-colonel Jordan, 51 ans, a participé à cette confusion. Officiellement responsable du centre des interrogatoires, il s’est consacré uniquement à l’amélioration des conditions de vie des soldats affectés à la prison. Cet officier de réserve spécialisé dans l’analyse du renseignement, et non dans sa collecte, n’a pas cherché à superviser les interrogatoires, livrant à eux-mêmes des soldats en sous-effectifs, mal formés, et soumis à une forte pression de la hiérarchie pour obtenir des résultats. Devant la justice militaire, il est accusé d’avoir, au cours d’une nuit, forcé des prisonniers à se dénuder et de les avoir menacés avec des chiens d’attaque, un incident qui n’a pas été photographié, et d’avoir ensuite menti aux enquêteurs en affirmant qu’il n’avait pas été témoin de sévices ni vu de prisonniers nus.
Certains abus ont toutefois été photographiés. Les clichés qui ont été publiés, sur lesquels on voit, entre autres, des détenus nus, empilés sur le carrelage de la prison devant des gardiennes américaines, ont définitivement coupé l’élan de sympathie internationale envers les États-Unis suscité par les attentats du 11-Septembre. Le ministre de la Défense d’alors, le controversé Donald Rumsfeld, a assuré avoir présenté sa démission à deux reprises au plus fort du scandale, tout en maintenant que les sévices n’étaient le fait que de « quelques pommes pourries » au sein d’une armée de centaines de milliers de soldats.

Toutefois, selon Tara McKelvey*, chercheuse à l’Université de New York interrogée par l’AFP, les excès d’Abou Ghraib étaient « codifiés », et non pas le fait de quelques soldats mal encadrés. D’où la nécessité, pour elle, de voir les conseillers juridiques du gouvernement Bush répondre de leurs actes.

Q : Qui est responsable de ce qui s’est passé à Abou Ghraib ?
« C’est la question à un million de dollars. Les gens accusent (le président George W.) Bush, ils accusent (le vice-président Dick) Cheney, ils accusent (l’ancien ministre de la Défense Donald) Rumsfeld. S’il y a quelqu’un qui a quelque chose à se reprocher, je pencherais pour John Yoo (un ancien conseiller juridique du ministère de la Justice). Il a reconnu être l’un des auteurs du document d’août 2002 qui a redéfini la torture et autorisé toutes sortes de techniques d’interrogatoire abusives. Les gens disent souvent qu’il y a eu de la torture et des excès dans toutes les guerres. C’est vrai, mais la différence c’est qu’aujourd’hui ces choses sont codifiées. »

Q : Que peut-on attendre du procès du colonel Steven Jordan ?
« Des réponses sur ce qui s’est passé à Abou Ghraib. Ces procès devant des cours martiales ont été très utiles parce qu’ils ont permis aux gens de poser des questions. C’est l’une des rares occasions où cela se passe au grand jour. Le colonel Jordan n’est pas poursuivi pour les faits qui ont été photographiés, mais il peut donner un aperçu de ce qui se passait là-bas. C’est vrai que l’on peut dire que le scandale existe parce qu’il y a eu des photos, mais ce que vous avez vu sur les photos ne représente qu’une fraction de ce qui s’est passé. Et certainement pas le pire. »

Q : Le scandale ne représente-t-il alors que la partie émergée de l’iceberg ?
« Je ne doute pas une seconde que les exactions étaient bien plus répandues que ce que l’armée a reconnu à l’époque où les photos sont apparues. En décembre 2003, il y avait environ 12 000 prisonniers en Irak, sans compter les milliers de détenus qui n’ont pas été enregistrés parce qu’ils sont restés moins de 15 jours dans des prisons provisoires. Un poste de police à Samarra, un gymnase scolaire ou un préfabriqué près de l’aéroport de Bagdad... Certains des pires sévices ont eu lieu dans ces prisons provisoires. Aujourd’hui, les sondages montrent qu’un nombre important de soldats disent que la torture est justifiée dans certains cas et qu’ils ne dénonceront pas les éventuels excès. Et je pense que la triste réalité est que ces excès continuent mais que la différence entre maintenant et avril-mai 2004, c’est que les gens ne prennent pas de photos. »

*Tara McKelvey est l’auteur de 
Monstering: Inside America's Policy of Secret Interrogations and Torture in the Terror War (Au cœur de la politique américaine d’interrogatoires secrets et de torture dans la guerre contre le terrorisme), sorti en juin aux États-Unis.

Source : http://www.lorient-lejour.com.lb/page.aspx?page=article&id=350038

 

 

Documents accablants sur les prisons irakiennes


BAGDAD (Reuters) - Un haut responsable irakien a promis que les conditions de détention des prisonniers du pays seraient améliorées, quelques jours après avoir rapporté des clichés de centaines de détenus entassés dans des tentes entourées de barbelés.

Pénétrer dans une geôle irakienne pour en rapporter des images est un fait assez rare dans le pays pour que le vice-président sunnite Tarek al Hachémi s'en soit chargé personnellement.

Les images réalisées par Hachémi montrent des tentes alignées, de la taille d'un terrain de basket, recouvertes d'une simple bâche en plastique et où sont parqués des dizaines de détenus.

Derrière le grillage de la prison de Roussafa, dans un des quartiers de la capitale, certains détenus à peine vêtus crient leur innocence. D'autres entonnent des chants nationalistes de l'époque de Saddam Hussein.

"Cela fait deux ans que je me trouve en prison et on ne m'a toujours pas présenté devant un avocat ni jugé dans un tribunal", a confié l'un d'entre eux.

"Nous ne demandons ni nourriture, ni eau. Juste la liberté", s'exclame un autre dans la vidéo capturée par Hachémi.

Le vice-président a assuré les détenus que les autorités irakiennes travaillaient de concert afin d'améliorer la situation des détenus.

"Nous n'accepterons pas cette injustice. C'est une honte pour nous tous. Soyez patients. Vous serez tous entendus par la jsutice", a assuré l'homme politique sunnite.

L'armée américaine et les forces de sécurité irakiennes ont emprisonné des dizaines de milliers de personnes sans preuve de culpabilité depuis le début de l'intervention militaire en 2003, phénomène accéléré après la chute du régime de Saddam Hussein.

Voir la vidéo

 

Prison et éducation pour 800 mineurs irakiens détenus par l’armée US


Vêtus d’une combinaison orange rappelant l’uniforme des prisonniers de la base de Guantanamo Bay, près de 800 mineurs irakiens, parfois à peine sortis de l’enfance, sont détenus par l’armée américaine dans une prison près de Bagdad où ils suivent un programme intensif d’éducation.
Réveillés à 05h00, les jeunes délinquants, âgés de 10 à 17 ans, du camp Cropper, où tous les mineurs irakiens sont détenus, sont conduits tous les jours à l’école américaine. Invariablement, sept jours sur sept, huit heures par jour.
L’objectif ? Éduquer et améliorer le comportement de ces enfants et adolescents, illettrés, tombés dans la criminalité après n’avoir connu que la misère et les atrocités de la guerre. Ils ont souvent vu mourir sous leurs yeux père, mère, frères ou sœurs.
Selon les militaires américains, la majorité a été arrêtée pour avoir fabriqué et posé des engins artisanaux qui explosent sur les routes. D’autres pour transport d’armes, d’autres encore sont considérés comme des combattants présumés. Bien que ce soit illégal, certains sont détenus depuis plus d’un an.
Le général Douglas Stone, commandant américain chargé de la sécurité des prisons en Irak, affirme que tous ces mineurs représentaient une menace pour la sécurité du pays. Mais il est déterminé à leur donner une éducation avec un programme scolaire classique : arabe, anglais, maths, sciences, géographie, mais aussi droits civiques pour combattre leur ignorance, exploitée, selon lui, par les extrémistes. L’école, dix-huit classes et une bibliothèque, dispose de tout le matériel nécessaire, y compris des DVD et des livres, dont Harry Potter en arabe.
Courant pieds nus sur les terrains de sport bétonnés, pantalon relevé aux genoux, des élèves prisonniers frappent la balle, crient de joie pendant que les soldats veillent. La partie est finie ! Les soldats américains ordonnent aux jeunes de s’accroupir, mains sur la tête, et les amènent de force à leur prochaine leçon. À l’intérieur, des soldats américains prêts à réagir aux débordements, spray poivré à la main. Ils surveillent les adolescents alors que les professeurs, des civils irakiens, s’efforcent de leur instiller les bases du savoir. « Où sont les montagnes en Irak ? » interroge la prof de géographie devant quelque 30 garçons enthousiastes. « Au nord de Bagdad. »
« Nombre d’entre eux n’avaient jamais été à l’école auparavant. Ils ne savent même pas écrire leur nom », explique une enseignante sous le couvert de l’anonymat. « Certains ont fait de vilaines choses, mais la plupart ont été attrapés par hasard parce que leur pères, leurs oncles ou leurs frères ont été arrêtés », ajoute-t-elle. Sourire chaleureux sous son voile fleuri rouge et jaune, elle leur communique son savoir comme elle le ferait à ses propres enfants, leur inculquant des valeurs telles que la liberté et la démocratie.
Ici, chiites et sunnites, l’écrasante majorité des détenus, travaillent côte à côte, déjeunent ensemble. Mais l’enseignante désespère de l’avenir de ces jeunes-là. Leurs familles, heureuses de savoir leurs enfants dans un tel environnement, peuvent leur rendre visite, mais bien souvent y renoncent en raison de l’insécurité à Bagdad.
Le nombre de détenus en Irak a bondi ces six derniers mois depuis le déploiement de 165 000 soldats pour réprimer les conflits interconfessionnels. Ils sont aujourd’hui 24 000 détenus, tous âges confondus, contre 16 000 avant les renforts. Depuis le début de l’année, seuls 2 251 d’entre eux ont été condamnés. En moyenne, une centaine de mineurs sont arrêtés chaque mois contre 25 l’an passé. Le 1er février, ils étaient 272 jeunes détenus, 787 cette semaine, selon le capitaine John Flemming.
La visite a été organisée par l’armée américaine et les élèves n’étaient pas autorisés à parler à la presse.

Source : http://www.lorient-lejour.com.lb/page.aspx?page=article&id=350039

 
Chronique de guantánamo

Deubelyou  prend les gens pour des cons


Lors de sa conférence de presse du 9 août, le squatter de la Maison blanche  a déclaré que "certains pays (étaient) réticents" à accueillir leurs ressortissants détenus à Guantánamo.
"J'ai déjà dit que nous devrions avoir pour objectif la fermeture de Guantánamo", a-t-il déclaré. "Mais j'ai aussi expliqué qu'une des raisons de ce retard est la réticence de certains pays à rapatrier certains des prisonniers", a-il dit, ajoutant que "pour que cela marche il faut qu'ils aient un endroit où aller".
"C'est un problème très compliqué", a-t-il ajouté, car "de nombreux pays qui devraient recevoir ces prisonniers n'en veulent pas".
"Nous voulons nous assurer lorsque que nous les renvoyons qu'ils sont traités aussi humainement que possible" a affirmé George W. Bush. Sans rire.
Source : http://tempsreel.nouvelobs.com, 10 août 2007

Statut spécial pour les 14 « gros poissons »
Les 14 détenus considérés par les États-Unis comme les plus importants de la prison de Guantánamo Bay, transférés l'année dernière vers la base militaire à Cuba en provenance de prisons secrètes de la CIA, ont reçu le statut de «combattants ennemis», ce qui permet leur détention indéfinie et leur poursuite pour crimes de guerre.

Le département américain de la Défense a fait cette annonce jeudi, après l'examen ces six derniers mois des dossiers des 14 prisonniers, parmi lesquels figurent des personnes accusées d'avoir participé aux attentats du 11-Septembre, de l'USS Cole et des ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998.

Les 14 détenus seront désormais jugés par les tribunaux militaires mis en place par l'administration du président George W. Bush. Mais ce système judiciaire a été remis en question par des jugements récents, dont la décision du juge Peter Brownsback de rejeter tout simplement le procès d'Omar Khadr, au motif que ce dernier avait le statut de «combattant ennemi» et non de «combattant ennemi étranger illégal», appellation exigée selon le juge par la loi sur les tribunaux militaires promulguée par M. Bush l'année dernière.

Interrogé sur ce point précis, le porte-parole du département de la Défense Chito Peppler a souligné que la décision de qualifier les 14 détenus de «combattants ennemis» n'avait pas pris en compte leur qualité d'«illégal» ou non.
Source : AP, 9 août 2007


La Cour suprême US rejette le recours d’Ahmed Belbacha contre son rapatriement forcé en Algérie

La Cour suprême US a refusé vendredi d'intervenir pour interdire au gouvernement de rapatrier Ahmed Belbacha, un détenu algérien de Guantánamo qui redoute d'être torturé dans son pays.
Arrêté au Pakistan et détenu sur la base navale américaine à Cuba depuis février 2002, Ahmed Belbacha est aujourd'hui désigné comme un "ancien combattant ennemi", un statut qui autorise son renvoi en Algérie.
Craignant des "tortures presque certaines" dans son pays, qu'il a fui dans les années 1990 pour échapper à la fois à l'armée et aux Groupes islamiques armés (GIA), il a saisi la justice américaine pour rester à Guantánamo le temps qu'un autre pays accepte de l'accueillir.
Vendredi, la plus haute juridiction du pays a rejeté son recours, sans explication, tout comme elle avait fait en mai pour un détenu libyen, Abdul Ra’ouf al-Qassim, qui se trouve encore à Guantánamo.
Le gouvernement américain assure qu'il ne renvoie aucun détenu avant d'avoir reçu l'assurance qu'il serait bien traité, mais des avocats et des associations ont régulièrement dénoncé cette position comme hypocrite.
Dans un document déposé jeudi devant la Cour suprême, les avocats de M. Belbacha avaient appuyé leur requête en rappelant les conditions de vie infernales de leur client.
Source : AFP, 11 août 2007

 

La famille d’ Omar Deghayes dénonce la torture et les sévices subis à Guantánamo

La famille d'un résident britannique détenu sur la base américaine de Guantánamo à Cuba dénonce les tortures et sévices réguliers qu'il a subis depuis son arrestation au Pakistan, rapporte samedi le Guardian.

Omar Deghayes, un Libyen de 37 ans, est l'un des cinq prisonniers au camp de Guantánamo, tous résidents au Royaume-Uni avant leur incarcération, dont Londres a demandé officiellement la libération à Washington mardi. Deghayes, arrivé en 1980 à Brighton en Angleterre, a été arrêté au Pakistan fin 2001- début 2002 avant d'être transféré à Bagram en Afghanistan puis à la prison de Guantánamo, résume le journal.

Sa famille a rendu public un dossier détaillant les sévices sexuels et violences répétés dont il a été victime et qu'il a détaillés à un avocat qui lui avait rendu visite à Guantánamo, écrit le Guardian. Selon le quotidien britannique, Omar Deghayes dit avoir reçu des décharges électriques dans la prison de Kaboul, été privé de nourriture pendant 45 jours lors de son transfert de Bagram vers Guantánamo où il aurait été battu à plusieurs reprises depuis. Près de 800 prisonniers, capturés dans le cadre de la guerre américaine contre le terrorisme, la plupart en Afghanistan et au Pakistan sont passés par le camp de Guantánamo depuis son ouverture dans les mois ayant suivi les attentats du 11-Septembre.

Source : AFP, 11 août 2007

 

Lotfi Lagha a été amputé de 8 doigts à Bagram avant d’être envoyé à Guantánamo

Un Tunisien récemment rapatrié de la base de Guantánamo, Lotfi Lagha, a accusé les militaires américains de lui avoir sectionné les doigts après l'avoir drogué, a déclaré vendredi son avocat, Me Samir Ben Amor.

Les autorités américaines n'ont fait aucun commentaire dans l'immédiat. Me Ben Amor a accordé un entretien à l'Associated Press après avoir rencontré jeudi son client pour la première fois la veille à la prison de Mornaguia, à 30km de Tunis, où il est incarcéré depuis son retour en Tunisie fin juin dernier.

Selon le récit fait par Me Ben Amor, Lotfi Lagha avait immigré clandestinement en 1998 en Italie où il est devenu musulman pratiquant. C'est au début de 2001 qu'il est parti pour l'Afghanistan, a indiqué l'avocat sans en préciser les motivations.

Au plus fort de l'offensive américaine, il s'était réfugié à Tora-Bora, en Afghanistan, pendant un mois, avant de fuir le pays. Il a été arrêté début 2002 à la frontière pakistanao-afghane dans un état très précaire. "J'avais les mains et les pieds gelés par le froid glacial", a-t-il relaté à son avocat.

Après une hospitalisation pendant trois mois et demi, les services de sécurité pakistanais l'ont remis à l'armée américaine qui l'a transféré à la base de Bagram, en Afghanistan.

Pendant le mois qu'il y resté, les militaires américains lui avaient dit que son état nécessitait qu'on lui coupe les doigts des deux mains affectés. Il a déclaré s'y être farouchement opposé, d'autant que les médecins pakistanais lui avaient assuré qu'il pouvait être soigné par un traitement ordinaire.

C'est alors que médecins américains de la base de Bagram l'ont drogué le soir pour qu'il se trouve le lendemain avec quatre doigts de chaque main sectionnés, excepté les pouces, affirme-t-il.

"A mon réveil et malgré mon état, les militaires n'ont pas arrêté de m'asséner des coups partout sur le corps avec des matraques et leurs brodequins", ajoute-t-il. Il a également dénoncé les mauvais traitements qu'il dit avoir subi dans la base militaire de Kandahar.

Pendant les cinq ans qu'il devait passer ensuite dans la base de Guantánamo, Lotfi Lagha a dit avoir été victime, avec d'autres détenus, de "tortures et autres pratiques humiliantes".

Lotfi Lagha qui affirme avoir été rapatrié malgré lui, fait l'objet de poursuites pénales sous l'accusation d'appartenance à association de malfaiteurs. Il encourt une peine de six ans de prison, selon le code pénal tunisien. Il a été interrogé pendant trois jours au ministère de l'intérieur sans faire l'objet de maltraitements, selon son avocat qui prévoit que son procès aura lieu vers novembre prochain.
Source : AP, 10 août 2007

Gordon Brown demande la libération des cinq résidents britanniques

Par Mali Ilse Paquin, La Presse, 9 août 2007

Gordon Brown prouve une fois de plus qu'il ne sera pas le caniche de George Bush.

Son ministre des Affaires étrangères, David Miliband, a demandé mardi la libération de cinq résidents britanniques de Guantánamo à Condoleezza Rice. Une démarche que Tony Blair avait toujours balayée d'un revers de main.

Sous son règne, Downing Street avait seulement tenté de rapatrier neuf citoyens britanniques de la prison américaine. Et ce, malgré les pressions des familles des cinq résidents. Ils auraient tous reçu de mauvais traitements, selon leurs avocats.

«Le gouvernement applaudit les pas faits par le gouvernement américain pour réduire le nombre de détenus à Guantánamo, et pour aboutir à la fermeture du centre de détention», a déclaré le ministère des Affaires étrangères britannique. Il a par contre précisé que les procédures pourraient prendre plusieurs mois.

Le cas de Jamil El Banna, d'origine jordanienne, avait été fortement médiatisé depuis deux ans. Il a été arrêté en 2002 avec son meilleur ami en Gambie lors d'un voyage d'affaires. L'agence de sécurité MI5 lui avait demandé peu avant de l'aider à espionner Abou Qatada, soupçonné d'être lié à Al-Qaeda. Le père de famille aurait refusé.

La députée de la circonscription de la famille d'El Banna célébrait leur victoire à Londres hier. «C'est un soulagement énorme pour toute la famille, a dit Sarah Teather. La fille cadette de Jamil pourra enfin rencontrer son père pour la première fois.»

 

Geste symbolique

 

Sous Blair, Guantánamo n'était qu'une «anomalie». Les temps ont changé depuis son départ en juin.

Plusieurs analystes interprètent cette volte-face comme une nouvelle preuve que Gordon Brown veut se distancier de George Bush. À leur rencontre à Camp David la semaine dernière, le premier ministre britannique avait pris soin de louanger la politique américaine de lutte contre le terrorisme sans mentionner le président lui-même.

«C'est un geste très symbolique, dit l'expert en sécurité internationale, Bob Ayers. Il envoie un message très clair. Les relations entre les États-Unis et la Grande-Bretagne seront différentes maintenant qu'il est aux commandes.»

Gordon Brown est déjà en campagne électorale, selon l'analyste de l'institut Chatham House. «La rumeur veut qu'il déclenche des élections au printemps prochain, dit-il à La Presse. D'ici là, il prendra des décisions populaires auprès des électeurs, comme celles-ci.»

La presse britannique a applaudi le premier ministre tout en rappelant la responsabilité morale de la Grande-Bretagne face à ces détenus.

 

Fermera? Fermera pas?

 

Selon le Financial Times, cette décision fait l'affaire de l'administration Bush. Elle cherche par tous les moyens à réduire le nombre de prisonniers à Guantánamo.

Le centre de détention ne ferait plus l'unanimité dans l'entourage de Bush. Robert Gates, le secrétaire de la Défense, et Condoleezza Rice seraient favorables à sa fermeture. Le vice-président Dick Cheney et le procureur général Alberto Gonzalez s'y opposeraient.

Une chose est certaine pour Bob Ayers: Guantánamo ne disparaîtra pas demain. «Les pays d'origine des détenus, comme la Libye ou la Jordanie, ne veulent pas d'eux, explique-t-il. Les pays tiers, encore moins. Les États-Unis seront pris avec eux pour un bon moment.»

Les cinq détenus sont le Saoudien Chaker Aamer, le Jordanien Djamil el Banna, l'Algérien Abdennour Sameur, le Libyen Omar Deghayes et l'Ethiopien Binyam Mohamed.
L'un des cinq est déjà libérable, mais il ne sera pas renvoyé dans son pays d'origine… de crainte qu'il n'y soit maltraité, a déclaré jeudi une responsable du Pentagone. Sans rire.

 

 

Omar Khadr : le Canada invité à suivre l'exemple de Londres

Par Alexandre Sirois, La Presse, 9 août 2007

Alors que Londres se démène pour que Washington libère les résidants britanniques détenus à Guantánamo, l'immobilisme semble toujours être la position d'Ottawa dans le dossier Omar Khadr.
De nombreuses voix se sont élevées pour demander au gouvernement fédéral de rapatrier ce Canadien détenu à Guantánamo. En vain.

Khadr est derrière les barreaux de la prison américaine depuis tout près de cinq ans. Il y a été transféré à l'âge de 15 ans, en novembre 2002.

«Nous avons très clairement demandé au Canada qu'il hausse le ton, qu'il soit beaucoup plus ferme. Qu'il suive l'exemple de la Grande-Bretagne et qu'il fasse revenir Omar Khadr», a affirmé hier Anne Sainte-Marie, porte-parole de la section québécoise d'Amnistie internationale.

«Le Canada surveille, attend, écoute, a-t-elle ajouté, résumant la position d'Ottawa. Honnêtement, le Canada n'a pas fait grand-chose dans ce dossier.»

Il y a quelques semaines, l'un des avocats militaires américains du jeune homme, William Kuebler, a lui aussi interpellé Ottawa. Selon lui, Khadr devrait être jugé au Canada.

Le ministère des Affaires étrangères n'a pas rappelé La Presse à ce sujet hier. Le ministre Peter MacKay a récemment dit souhaiter attendre que tous les recours en justice de Khadr soient épuisés avant de prendre une quelconque initiative.

En juin dernier, un juge militaire a annulé le procès de Khadr. Il a affirmé que les tribunaux militaires d'exception mis sur pied par la Maison-Blanche n'ont pas la compétence pour juger les «combattants ennemis». Le Pentagone a fait appel de cette décision.

 

Tunisie: Abdallah Ben Amor sera rejugé 12 ans après sa condamnation par contumace

Rapatrié en Tunisie fin juin après cinq ans de détention sur la base militaire américaine de Guantánamo, Abdallah ben Amor est toujours emprisonné et regrette d'avoir accepté de retrouver son pays. Il y sera rejugé pour une affaire qui lui a valu une condamnation par contumace, selon son épouse Khadija Bousaïdi.

Cette entrevue à l'Associated Press, la première qu'elle accorde à la presse, s'est déroulée samedi dans les bureaux de l'avocat de son époux, Me Samir ben Amor, Mme Bousaïdi ayant tenu à éviter de rencontrer le correspondant de l'AP à son domicile.

Agé de 51 ans, Abdallah ben Amor avait été condamné par contumace en 1995 à dix ans de prison dans l'affaire dite du «Front islamique de Tunisie», auquel il nie avoir appartenu. Il doit être rejugé par le tribunal militaire de Tunis le 26 septembre.

Son parcours commence au Pakistan, où il s'était installé en 1988 avec son épouse, ses enfants ainsi que son beau-fils Hédi Hammami, époux de sa fille aînée. Pendant 14 ans, il y a fait commerce de textiles et a travaillé dans le cadre d'organisations de secours islamiques, selon son épouse.

Mais en 2002, Abdallah ben Amor a été arrêté par les services de sécurité pakistanais, en compagnie de son beau-fils. Ils ont été transférés vers la base militaire de Bagram, en Afghanistan, puis vers Guantánamo.

Le jour de sa remise aux autorités tunisiennes, l'ex-pensionnaire de Guantánamo a été conduit au ministère de l'Intérieur où il a été interrogé par les services de sécurité. «Ils voulaient savoir à quelles organisations il appartenait et lui faire signer un document contenant des aveux dans ce sens, qu'il a du reste refusé de signer», rapporte Mme Bousaïdi.

Les autorités tunisiennes nient que le détenu ait subi des mauvais traitements ou fait l'objet de menaces.
Source : AP, 7 août 2007

 

Plongée au cœur des prisons secrètes de la CIA
par Benoît Vitkine, Le Monde, 7 août 2007


Q Que s'est-il passé dans les prisons secrètes de la CIA où ont été enfermés nombre de suspects de terrorisme après les attentats du 11 septembre ? Dans son édition datée du 13 août, le magazine américain New Yorker propose une plongée dans ces sites secrets où, malgré les dénégations officielles, la torture semble avoir été pratiquée à grande échelle et de façon systématique. La journaliste, Jane Mayer, appuie son enquête sur un rapport confidentiel du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui a eu accès aux témoignages de quinze suspects désormais détenus à Guantánamo. Le rapport du CICR est confidentiel, l'organisation estimant la discrétion nécessaire à la poursuite de son travail.

Ses conclusions sont sans appel. Les responsables américains impliqués dans le programme de la CIA ont commis des "crimes sérieux", en violation de la convention de Genève et de la législation américaine, selon l'auteure de l'article. Au point que de nombreux agents de la CIA commenceraient à s'inquiéter et chercheraient à couvrir leurs arrières sur le plan judiciaire.

INTERROGATEURS FORMÉS SUR LE TAS AUX TECHNIQUES DU KGB

La genèse du programme des prisons secrètes remonte, selon la journaliste, au 17 septembre 2001, date à laquelle le président Bush a autorisé la formation d'unités paramilitaires chargées de capturer ou de tuer des cibles désignées comme terroristes dans le monde entier. A cette époque, la CIA manquait d'agents aguerris dans le domaine des interrogatoires. Des officiers ont alors épluché les archives de l'agence jusqu'à retrouver trace du plan Phoenix, utilisé par l'armée américaine au Vietnam entre 1970 et 1971, et devenu une source d'inspiration pour l'agence. Les responsables du renseignement se sont aussi tournés vers leurs alliés plus expérimentés dans la lutte antiterroriste, demandant particulièrement des conseils à l'Egypte, à la Jordanie et à l'Arabie saoudite, des pays régulièrement pointés du doigt par le département d'Etat pour leurs manquements en matière de droits de l'homme.

Quand les premiers suspects ont été capturés, la CIA n'était pas prête, et ses chefs ont alors fait appel à des "sous-traitants" extérieurs, aux méthodes décrites par le monde du renseignement comme "proches du film Orange mécanique [de Stanley Kubrick]", rapporte Jane Mayer. Ces hommes, des anciens psychologues militaires, n'avaient jamais pratiqué la torture mais avaient enseigné aux soldats comment y résister. Sous le commandement américain, ils ont pratiqué simulation de noyade, privation de sommeil, isolement, exposition à des températures extrêmes, exposition à des bruits assourdissants, humiliations sexuelles et religieuses.

Le Pakistanais Abou Zoubaydah, arrêté en mars 2002, fut soumis, rapporte Jane Mayer, à des simulations de noyade et confiné dans une cage – "la niche" – si petite qu'il ne pouvait pas se lever. Ces experts diplômés employaient un schéma de torture calqué sur les méthodes du KGB. L'objectif final du processus était de donner aux détenus la certitude que rien ni personne ne pourrait plus les sauver. Un objectif atteint, notamment, en retirant au suspect sa capacité à envisager le futur – quand sera son prochain repas, quand il pourra aller aux toilettes – et en le privant au maximum de toute perception sensorielle – en le confinant, par exemple, dans une pièce sans odeur, sans lumière, sans son. "Le KGB utilisait ces méthodes contre des individus qui s'étaient retournés contre l'Etat et obtenir d'eux des aveux inventés. Le KGB ne cherchait pas du renseignement", s'insurge dans le New Yorker Steve Kleinman, un colonel de réserve opposé au programme secret de la CIA.

"RETIRER TOUTE DIGNITÉ AU DÉTENU"

Au fil des mois, les méthodes se sont affinées, explique Jane Mayer. Chaque étape pour casser un homme était prévue, codifiée. A tel point qu'avant chaque nouvelle torture, "vous savez ce que va dire chaque détenu, parce que vous l'avez déjà entendu", confie un expert extérieur à la CIA, qui avait connaissance du protocole employé. Ce qui fait dire à la journaliste qu'aucune comparaison n'est possible entre le programme de la CIA et les abus – sanctionnés – de Guantánamo ou Abou Ghraïb, commis par des agents mal entraînés ou déséquilibrés. Chaque transfert, chaque interrogatoire a fait l'objet de plusieurs autorisations et rapports détaillés remontant au plus haut niveau de responsabilité.

Les tortures pratiquées par les agents de la CIA auraient poussé un détenu yéménite à tenter de se suicider trois fois. Pendant des semaines, voire des mois, dans sa cellule étaient diffusés des bruits assourdissants, de la musique ou des ricanements tirés de films d'horreur. Ces pressions psychologiques, de l'avis de tous les détenus interrogés, étaient plus difficiles à supporter que les abus physiques.

Autre cas cité par la journaliste, celui de Khalid Cheikh Mohammed, considéré comme l'architecte des attentats du 11 septembre. Après son arrestation, en mars 2003, Mohammed est transféré dans une prison secrète sur le sol polonais. Il subit alors maintes humilitations. Gardé nu pendant sept jours, il aurait ensuite été interrogé par un nombre inhabituel d'agents femmes, avant d'être suspendu par les bras au plafond de sa cellule, ses orteils touchant à peine le sol.

KHALID CHEIKH MOHAMMED TRANSFÉRÉ EN POLOGNE

Le témoignage de Khalid Cheikh Mohammed permet aussi d'apporter un éclairage sur un autre point. Lors de sa détention, il affirme avoir vu une bouteille d'eau minérale portant des inscriptions en polonais, ce qui viendrait corroborer les accusations du Conseil de l'Europe, qui estime que Varsovie a accueilli sur son territoire des lieux de détention gérés par la CIA.

Pour quels résultats a été mis en place ce dispositif complexe, secret, qui a suscité nombre de débats au sein de l'administration américaine ? Le général Michael Hayden, directeur de la CIA, a affirmé à plusieurs reprises que le programme des prisons secrètes était "irremplaçable". Quant au président Bush, il estime que le travail réalisé par la CIA a permis de "sauver des vies", en "empêchant de nouvelles attaques".

Mais l'exemple de Khalid Cheikh Mohammed, qui a subi plusieurs des tortures prévues par la CIA et connu les prisons de l'agence sur les sols afghan, polonais et cubain (à Guantánamo), est troublant. En tout, Mohammed a endossé la responsabilité de trente et un complots terroristes, un chiffre que les experts jugent "improbable", même pour un terroriste de haut rang. Parmi les crimes dont il s'est attribué la paternité, outre les attentats du 11 septembre, des projets d'attentats contre Bill Clinton, Jimmy Carter ou le pape Jean Paul II. Mais aussi l'assassinat du journaliste américain Daniel Pearl en 2002 au Pakistan. La version des faits donnée par Khalid Cheikh Mohammed est réfutée par les proches de Pearl. Son père, Judea, résume l'opinion de la famille : "Mohammed peut bien affirmer qu'il a tué Jésus, il n'a rien à perdre." La torture, au final, ne semble pas conduire à la vérité.

Selon Jane Mayer, le programme des "black sites" de la CIA a bien été abandonné à l'automne 2006, après les annonces en ce sens de George Bush et le transfert des derniers détenus des prisons secrètes vers Guantánamo. Mais la Maison Blanche se refuse toujours à désavouer les "interrogatoires améliorés", pourtant illégaux sur le sol des Etats-Unis. Ce qui signifie, selon la journaliste, que les agences de renseignement américaines peuvent continuer à détenir indéfiniment des suspects sur des sites secrets, sans aucune base juridique.