La Galaxie guantánamo
Le procès
du lieutenant-colonel Steven Jordan s’ouvre aujourd’hui à Fort Meade
À Abou Ghraib, les mauvais traitements étaient
« codifiés », estime une experte
Le procès
du lieutenant-colonel Steven Jordan, le seul officier américain poursuivi
après le scandale des sévices infligés à des prisonniers à la prison
d’Abou Ghraib en Irak, doit s’ouvrir aujourd’hui devant une cour martiale
à Fort Meade (Maryland, Est). Plus de trois ans après la publication
des photos montrant des prisonniers irakiens humiliés par leurs gardiens
américains, seulement une poignée de soldats ont été jugés (et condamnés
à des peines allant de quelques heures de travaux d’intérêt général
à 10 ans de prison), et aucun des hauts responsables civils et militaires
de la défense n’a été poursuivi. Mais parmi les gradés de haut rang,
seule la commandante des prisons américaines en Irak à l’époque, l’ex-général
Janis Karpinski, a été sanctionnée par une rétrogradation, sans passer
devant la justice militaire. Retournée à la vie civile, elle a expliqué
dans un livre paru fin 2005 que les sévices « étaient le résultat
d’ordres contradictoires et de règles confuses venant des commandants
militaires en Irak jusqu’au sommet du pouvoir civil à Washington ».
Selon les différents rapports d’enquête de l’armée sur le scandale,
le lieutenant-colonel Jordan, 51 ans, a participé à cette confusion.
Officiellement responsable du centre des interrogatoires, il s’est
consacré uniquement à l’amélioration des conditions de vie des soldats
affectés à la prison. Cet officier de réserve spécialisé dans l’analyse
du renseignement, et non dans sa collecte, n’a pas cherché à superviser
les interrogatoires, livrant à eux-mêmes des soldats en sous-effectifs,
mal formés, et soumis à une forte pression de la hiérarchie pour obtenir
des résultats. Devant la justice militaire, il est accusé d’avoir,
au cours d’une nuit, forcé des prisonniers à se dénuder et de les
avoir menacés avec des chiens d’attaque, un incident qui n’a pas été
photographié, et d’avoir ensuite menti aux enquêteurs en affirmant
qu’il n’avait pas été témoin de sévices ni vu de prisonniers nus.
Certains abus ont toutefois été photographiés. Les clichés qui ont
été publiés, sur lesquels on voit, entre autres, des détenus nus,
empilés sur le carrelage de la prison devant des gardiennes américaines,
ont définitivement coupé l’élan de sympathie internationale envers
les États-Unis suscité par les attentats du 11-Septembre. Le ministre
de la Défense d’alors, le controversé Donald Rumsfeld,
a assuré avoir présenté sa démission à deux reprises au plus fort
du scandale, tout en maintenant que les sévices n’étaient le fait
que de « quelques pommes pourries » au sein d’une armée
de centaines de milliers de soldats.
Toutefois,
selon Tara McKelvey*, chercheuse à l’Université de New York interrogée
par l’AFP, les excès d’Abou Ghraib étaient « codifiés »,
et non pas le fait de quelques soldats mal encadrés. D’où la nécessité,
pour elle, de voir les conseillers juridiques du gouvernement Bush
répondre de leurs actes.
Q : Qui est responsable de ce qui s’est passé à Abou Ghraib ?
« C’est la question à un million de dollars. Les gens accusent
(le président George W.) Bush, ils accusent (le vice-président Dick)
Cheney, ils accusent (l’ancien ministre de la Défense Donald) Rumsfeld. S’il y a quelqu’un qui
a quelque chose à se reprocher, je pencherais pour John Yoo (un ancien
conseiller juridique du ministère de la Justice). Il a reconnu être l’un des auteurs du
document d’août 2002 qui a redéfini la torture et autorisé toutes
sortes de techniques d’interrogatoire abusives. Les gens disent souvent
qu’il y a eu de la torture et des excès dans toutes les guerres. C’est
vrai, mais la différence c’est qu’aujourd’hui ces choses sont codifiées. »
Q : Que peut-on attendre du procès du colonel Steven Jordan ?
« Des réponses sur ce qui s’est passé à Abou Ghraib. Ces procès
devant des cours martiales ont été très utiles parce qu’ils ont permis
aux gens de poser des questions. C’est l’une des rares occasions où
cela se passe au grand jour. Le colonel Jordan n’est pas poursuivi
pour les faits qui ont été photographiés, mais il peut donner un aperçu
de ce qui se passait là-bas. C’est vrai que l’on peut dire que le
scandale existe parce qu’il y a eu des photos, mais ce que vous avez
vu sur les photos ne représente qu’une fraction de ce qui s’est passé.
Et certainement pas le pire. »
Q : Le scandale ne représente-t-il alors que la partie émergée
de l’iceberg ?
« Je ne doute pas une seconde que les exactions étaient bien
plus répandues que ce que l’armée a reconnu à l’époque où les photos
sont apparues. En décembre 2003, il y avait environ 12 000 prisonniers
en Irak, sans compter les milliers de détenus qui n’ont pas été enregistrés
parce qu’ils sont restés moins de 15 jours dans des prisons provisoires.
Un poste de police à Samarra, un gymnase scolaire ou un préfabriqué
près de l’aéroport de Bagdad... Certains des pires sévices ont eu
lieu dans ces prisons provisoires. Aujourd’hui, les sondages montrent
qu’un nombre important de soldats disent que la torture est justifiée
dans certains cas et qu’ils ne dénonceront pas les éventuels excès.
Et je pense que la triste réalité est que ces excès continuent mais
que la différence entre maintenant et avril-mai 2004, c’est que les
gens ne prennent pas de photos. »
*Tara McKelvey est l’auteur de Monstering:
Inside America's Policy of Secret Interrogations and Torture in the
Terror War (Au cœur de la politique américaine d’interrogatoires secrets
et de torture dans la guerre contre le terrorisme), sorti en juin
aux États-Unis.
Source :
http://www.lorient-lejour.com.lb/page.aspx?page=article&id=350038
Documents accablants sur les prisons irakiennes
BAGDAD (Reuters) - Un haut responsable irakien a promis
que les conditions de détention des prisonniers du pays seraient améliorées,
quelques jours après avoir rapporté des clichés de centaines de détenus
entassés dans des tentes entourées de barbelés.
Pénétrer dans une geôle irakienne pour
en rapporter des images est un fait assez rare dans le pays pour que
le vice-président sunnite Tarek al Hachémi s'en soit chargé personnellement.
Les images réalisées par Hachémi montrent
des tentes alignées, de la taille d'un terrain de basket, recouvertes
d'une simple bâche en plastique et où sont parqués des dizaines de
détenus.
Derrière le grillage de la prison de
Roussafa, dans un des quartiers de la capitale, certains détenus à
peine vêtus crient leur innocence. D'autres entonnent des chants nationalistes
de l'époque de Saddam Hussein.
"Cela fait deux ans que je me trouve
en prison et on ne m'a toujours pas présenté devant un avocat ni jugé
dans un tribunal", a confié l'un d'entre eux.
"Nous ne demandons ni nourriture,
ni eau. Juste la liberté", s'exclame un autre dans la vidéo capturée
par Hachémi.
Le vice-président a assuré les détenus
que les autorités irakiennes travaillaient de concert afin d'améliorer
la situation des détenus.
"Nous n'accepterons pas cette injustice.
C'est une honte pour nous tous. Soyez patients. Vous serez tous entendus
par la jsutice", a assuré l'homme politique sunnite.
L'armée américaine et les forces de
sécurité irakiennes ont emprisonné des dizaines de milliers de personnes
sans preuve de culpabilité depuis le début de l'intervention militaire
en 2003, phénomène accéléré après la chute du régime de Saddam Hussein.
Voir
la vidéo
Prison et éducation pour 800 mineurs irakiens
détenus par l’armée US
Vêtus
d’une combinaison orange rappelant l’uniforme des prisonniers de la
base de Guantanamo Bay, près de 800 mineurs irakiens, parfois à peine
sortis de l’enfance, sont détenus par l’armée américaine dans une
prison près de Bagdad où ils suivent un programme intensif d’éducation.
Réveillés à 05h00, les jeunes délinquants, âgés de 10 à 17 ans, du
camp Cropper, où tous les mineurs irakiens sont détenus, sont conduits
tous les jours à l’école américaine. Invariablement, sept jours sur
sept, huit heures par jour.
L’objectif ? Éduquer et améliorer le comportement de ces enfants
et adolescents, illettrés, tombés dans la criminalité après n’avoir
connu que la misère et les atrocités de la guerre. Ils ont souvent
vu mourir sous leurs yeux père, mère, frères ou sœurs.
Selon les militaires américains, la majorité a été arrêtée pour avoir
fabriqué et posé des engins artisanaux qui explosent sur les routes.
D’autres pour transport d’armes, d’autres encore sont considérés comme
des combattants présumés. Bien que ce soit illégal, certains sont
détenus depuis plus d’un an.
Le
général Douglas Stone, commandant
américain chargé de la sécurité des prisons en Irak, affirme que tous
ces mineurs représentaient une menace pour la sécurité du pays. Mais
il est déterminé à leur donner une éducation avec un programme scolaire
classique : arabe, anglais, maths, sciences, géographie, mais
aussi droits civiques pour combattre leur ignorance, exploitée, selon
lui, par les extrémistes. L’école, dix-huit classes et une bibliothèque,
dispose de tout le matériel nécessaire, y compris des DVD et des livres,
dont Harry Potter en arabe.
Courant pieds nus sur les terrains de sport bétonnés, pantalon relevé
aux genoux, des élèves prisonniers frappent la balle, crient de joie
pendant que les soldats veillent. La partie est finie ! Les soldats
américains ordonnent aux jeunes de s’accroupir, mains sur la tête,
et les amènent de force à leur prochaine leçon. À l’intérieur, des
soldats américains prêts à réagir aux débordements, spray poivré à
la main. Ils surveillent les adolescents alors que les professeurs,
des civils irakiens, s’efforcent de leur instiller les bases du savoir.
« Où sont les montagnes en Irak ? » interroge la prof
de géographie devant quelque 30 garçons enthousiastes. « Au nord
de Bagdad. »
« Nombre d’entre eux n’avaient jamais été à l’école auparavant.
Ils ne savent même pas écrire leur nom », explique une enseignante
sous le couvert de l’anonymat. « Certains ont fait de vilaines
choses, mais la plupart ont été attrapés par hasard parce que leur
pères, leurs oncles ou leurs frères ont été arrêtés », ajoute-t-elle.
Sourire chaleureux sous son voile fleuri rouge et jaune, elle leur
communique son savoir comme elle le ferait à ses propres enfants,
leur inculquant des valeurs telles que la liberté et la démocratie.
Ici, chiites et sunnites, l’écrasante majorité des détenus, travaillent
côte à côte, déjeunent ensemble. Mais l’enseignante désespère de l’avenir
de ces jeunes-là. Leurs familles, heureuses de savoir leurs enfants
dans un tel environnement, peuvent leur rendre visite, mais bien souvent
y renoncent en raison de l’insécurité à Bagdad.
Le nombre de détenus en Irak a bondi ces six derniers mois depuis
le déploiement de 165 000 soldats pour réprimer les conflits
interconfessionnels. Ils sont aujourd’hui 24 000 détenus, tous
âges confondus, contre 16 000 avant les renforts. Depuis le début
de l’année, seuls 2 251 d’entre eux ont été condamnés. En moyenne,
une centaine de mineurs sont arrêtés chaque mois contre 25 l’an passé.
Le 1er février, ils étaient 272 jeunes détenus, 787 cette semaine,
selon le capitaine John Flemming.
La visite a été organisée par l’armée américaine et les élèves n’étaient
pas autorisés à parler à la presse.
Source :
http://www.lorient-lejour.com.lb/page.aspx?page=article&id=350039
Chronique de guantánamo
Deubelyou prend les gens pour des cons
Lors de sa conférence de presse du 9 août,
le squatter de la
Maison blanche a
déclaré que "certains pays (étaient) réticents" à accueillir
leurs ressortissants détenus à Guantánamo.
"J'ai déjà dit que nous devrions avoir pour objectif la fermeture de Guantánamo",
a-t-il déclaré. "Mais j'ai aussi expliqué qu'une des raisons
de ce retard est la
réticence de certains pays à rapatrier certains des
prisonniers", a-il dit, ajoutant que "pour que cela marche
il faut qu'ils aient un endroit où aller".
"C'est un problème très compliqué", a-t-il ajouté, car "de
nombreux pays qui devraient recevoir ces prisonniers n'en veulent
pas".
"Nous voulons nous assurer lorsque que nous les renvoyons qu'ils
sont traités aussi humainement que possible" a affirmé George
W. Bush. Sans rire.
Source : http://tempsreel.nouvelobs.com,
10 août 2007
Statut spécial pour les 14 « gros poissons »
Les 14 détenus considérés par les États-Unis comme les plus importants
de la prison de
Guantánamo Bay, transférés l'année dernière vers la base militaire à Cuba
en provenance de prisons secrètes de la CIA, ont reçu le statut de «combattants ennemis»,
ce qui permet leur détention indéfinie et leur poursuite pour crimes
de guerre.
Le département
américain de la Défense
a fait cette annonce jeudi, après l'examen ces six derniers mois des
dossiers des 14 prisonniers, parmi lesquels figurent des personnes
accusées d'avoir participé aux attentats du 11-Septembre, de l'USS
Cole et des ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998.
Les 14 détenus seront désormais jugés par les tribunaux militaires
mis en place par l'administration du président George W. Bush. Mais
ce système judiciaire a été remis en question par des jugements récents,
dont la décision du juge Peter Brownsback de rejeter tout simplement
le procès d'Omar Khadr, au motif que ce dernier avait le statut de
«combattant ennemi» et non de «combattant ennemi étranger illégal»,
appellation exigée selon le juge par la loi sur les tribunaux militaires
promulguée par M. Bush l'année dernière.
Interrogé sur ce point précis, le porte-parole du département de la Défense Chito Peppler
a souligné que la décision de qualifier les 14 détenus de «combattants
ennemis» n'avait pas pris en compte leur qualité d'«illégal» ou non.
Source : AP, 9 août 2007
La Cour suprême US rejette
le recours d’Ahmed Belbacha contre son rapatriement forcé en Algérie
La Cour suprême US a refusé
vendredi d'intervenir pour interdire au gouvernement de rapatrier
Ahmed Belbacha, un détenu algérien de Guantánamo qui redoute d'être
torturé dans son pays.
Arrêté au Pakistan et détenu sur la base navale américaine
à Cuba depuis février 2002, Ahmed Belbacha est aujourd'hui désigné
comme un "ancien combattant ennemi", un statut qui autorise
son renvoi en Algérie.
Craignant des "tortures presque certaines"
dans son pays, qu'il a fui dans les années 1990 pour échapper à la
fois à l'armée et aux Groupes islamiques armés (GIA), il a saisi la
justice américaine pour rester à Guantánamo le temps qu'un autre pays
accepte de l'accueillir.
Vendredi, la plus haute juridiction du pays a rejeté
son recours, sans explication, tout comme elle avait fait en mai pour
un détenu libyen, Abdul Ra’ouf al-Qassim, qui se trouve encore à Guantánamo.
Le gouvernement américain assure qu'il ne renvoie
aucun détenu avant d'avoir reçu l'assurance qu'il serait bien traité,
mais des avocats et des associations ont régulièrement dénoncé cette
position comme hypocrite.
Dans un document déposé jeudi devant la Cour suprême, les avocats de
M. Belbacha avaient appuyé leur requête en rappelant les conditions
de vie infernales de leur client.
Source : AFP, 11 août 2007
La famille d’ Omar Deghayes dénonce la torture
et les sévices subis à Guantánamo
La famille d'un résident britannique
détenu sur la base américaine de Guantánamo à Cuba dénonce les tortures
et sévices réguliers qu'il a subis depuis son arrestation au Pakistan,
rapporte samedi le Guardian.
Omar Deghayes, un Libyen de 37 ans, est l'un des cinq prisonniers
au camp de Guantánamo, tous résidents au Royaume-Uni avant leur incarcération,
dont Londres a demandé officiellement la libération à Washington mardi.
Deghayes, arrivé en 1980 à Brighton en Angleterre, a été arrêté au
Pakistan fin 2001- début 2002 avant d'être transféré à Bagram en Afghanistan
puis à la prison de Guantánamo, résume le journal.
Sa famille a rendu public un dossier détaillant les sévices sexuels
et violences répétés dont il a été victime et qu'il a détaillés à
un avocat qui lui avait rendu visite à Guantánamo, écrit le Guardian.
Selon le quotidien britannique, Omar Deghayes dit avoir reçu des décharges
électriques dans la prison de Kaboul, été privé de nourriture pendant
45 jours lors de son transfert de Bagram vers Guantánamo où il aurait
été battu à plusieurs reprises depuis. Près de 800 prisonniers, capturés
dans le cadre de la guerre américaine contre le terrorisme, la plupart
en Afghanistan et au Pakistan sont passés par le camp de Guantánamo
depuis son ouverture dans les mois ayant suivi les attentats du 11-Septembre.
Source : AFP, 11 août 2007
Lotfi Lagha a été amputé de 8 doigts à Bagram avant d’être envoyé
à Guantánamo
Un Tunisien récemment rapatrié de la base de Guantánamo, Lotfi
Lagha, a accusé les militaires américains de lui avoir sectionné les
doigts après l'avoir drogué, a déclaré vendredi son avocat, Me Samir
Ben Amor.
Les autorités américaines n'ont fait aucun commentaire dans l'immédiat.
Me Ben Amor a accordé un entretien à l'Associated Press après avoir
rencontré jeudi son client pour la première fois la veille à la prison
de Mornaguia, à 30km de Tunis, où il est incarcéré depuis son retour
en Tunisie fin juin dernier.
Selon le récit fait par Me Ben Amor, Lotfi Lagha avait immigré
clandestinement en 1998 en Italie où il est devenu musulman pratiquant.
C'est au début de 2001 qu'il est parti pour l'Afghanistan, a indiqué
l'avocat sans en préciser les motivations.
Au plus fort de l'offensive américaine, il s'était réfugié à Tora-Bora,
en Afghanistan, pendant un mois, avant de fuir le pays. Il a été arrêté
début 2002 à la frontière pakistanao-afghane dans un état très précaire.
"J'avais les mains et les pieds gelés par le froid glacial",
a-t-il relaté à son avocat.
Après une hospitalisation pendant trois mois et demi, les services
de sécurité pakistanais l'ont remis à l'armée américaine qui l'a transféré
à la base de Bagram, en Afghanistan.
Pendant le mois qu'il y resté, les militaires américains lui avaient
dit que son état nécessitait qu'on lui coupe les doigts des deux mains
affectés. Il a déclaré s'y être farouchement opposé, d'autant que
les médecins pakistanais lui avaient assuré qu'il pouvait être soigné
par un traitement ordinaire.
C'est alors que médecins américains de la base de Bagram l'ont
drogué le soir pour qu'il se trouve le lendemain avec quatre doigts
de chaque main sectionnés, excepté les pouces, affirme-t-il.
"A mon réveil et malgré mon état, les militaires n'ont pas
arrêté de m'asséner des coups partout sur le corps avec des matraques
et leurs brodequins", ajoute-t-il. Il a également dénoncé les
mauvais traitements qu'il dit avoir subi dans la base militaire de
Kandahar.
Pendant les cinq ans qu'il devait passer ensuite dans la base de
Guantánamo, Lotfi Lagha a dit avoir été victime, avec d'autres détenus,
de "tortures et autres pratiques humiliantes".
Lotfi Lagha qui affirme avoir été rapatrié malgré lui, fait l'objet
de poursuites pénales sous l'accusation d'appartenance à association
de malfaiteurs. Il encourt une peine de six ans de prison, selon le
code pénal tunisien. Il a été interrogé pendant trois jours au ministère
de l'intérieur sans faire l'objet de maltraitements, selon son avocat
qui prévoit que son procès aura lieu vers novembre prochain.
Source : AP, 10 août 2007
Gordon Brown demande la
libération des cinq résidents britanniques
Par Mali Ilse Paquin, La
Presse, 9 août 2007
Gordon Brown prouve une fois de plus qu'il
ne sera pas le caniche de George Bush.
Son ministre des Affaires étrangères, David Miliband, a demandé mardi
la libération de cinq résidents britanniques de Guantánamo à Condoleezza
Rice. Une démarche que Tony Blair avait toujours balayée d'un revers
de main.
Sous son règne, Downing Street avait seulement tenté de rapatrier
neuf citoyens britanniques de la prison américaine. Et ce, malgré
les pressions des familles des cinq résidents. Ils auraient tous reçu
de mauvais traitements, selon leurs avocats.
«Le gouvernement applaudit les pas faits par le gouvernement américain
pour réduire le nombre de détenus à Guantánamo, et pour aboutir à
la fermeture du centre de détention», a déclaré le ministère des Affaires
étrangères britannique. Il a par contre précisé que les procédures
pourraient prendre plusieurs mois.
Le cas de Jamil El Banna, d'origine jordanienne, avait été fortement
médiatisé depuis deux ans. Il a été arrêté en 2002 avec son meilleur
ami en Gambie lors d'un voyage d'affaires. L'agence de sécurité MI5
lui avait demandé peu avant de l'aider à espionner Abou Qatada, soupçonné
d'être lié à Al-Qaeda. Le père de famille aurait refusé.
La députée de la circonscription de la famille d'El Banna célébrait
leur victoire à Londres hier. «C'est un soulagement énorme pour toute
la famille, a dit Sarah Teather. La fille cadette de Jamil pourra
enfin rencontrer son père pour la première fois.»
Geste symbolique
Sous Blair, Guantánamo n'était qu'une «anomalie». Les temps ont changé
depuis son départ en juin.
Plusieurs analystes interprètent cette volte-face comme une nouvelle
preuve que Gordon Brown veut se distancier de George Bush. À leur
rencontre à Camp David la semaine dernière, le premier ministre britannique
avait pris soin de louanger la politique américaine de lutte contre
le terrorisme sans mentionner le président lui-même.
«C'est un geste très symbolique, dit l'expert en sécurité internationale,
Bob Ayers. Il envoie un message très clair. Les relations entre les
États-Unis et la Grande-Bretagne seront
différentes maintenant qu'il est aux commandes.»
Gordon Brown est déjà en campagne électorale, selon l'analyste de
l'institut Chatham House. «La rumeur veut qu'il déclenche des élections
au printemps prochain, dit-il à La
Presse. D'ici là, il prendra des décisions populaires
auprès des électeurs, comme celles-ci.»
La presse britannique a applaudi le premier ministre tout en rappelant
la responsabilité morale de la
Grande-Bretagne face à ces détenus.
Fermera? Fermera pas?
Selon le Financial Times, cette décision fait l'affaire de l'administration
Bush. Elle cherche par tous les moyens à réduire le nombre de prisonniers
à Guantánamo.
Le centre de détention ne ferait plus l'unanimité dans l'entourage
de Bush. Robert Gates, le secrétaire de la
Défense, et Condoleezza Rice seraient favorables
à sa fermeture. Le vice-président Dick Cheney et le procureur général
Alberto Gonzalez s'y opposeraient.
Une chose est certaine pour Bob Ayers: Guantánamo ne disparaîtra pas
demain. «Les pays d'origine des détenus, comme la Libye ou la Jordanie, ne veulent pas d'eux, explique-t-il. Les
pays tiers, encore moins. Les États-Unis seront pris avec eux pour
un bon moment.»
Les cinq détenus
sont le Saoudien Chaker Aamer, le Jordanien Djamil el Banna, l'Algérien
Abdennour Sameur, le Libyen Omar Deghayes et l'Ethiopien Binyam Mohamed.
L'un des cinq est déjà libérable, mais il ne sera pas renvoyé dans
son pays d'origine… de crainte qu'il n'y soit maltraité, a déclaré
jeudi une responsable du Pentagone. Sans rire.
Omar Khadr : le Canada
invité à suivre l'exemple de Londres
Par Alexandre Sirois, La
Presse, 9 août 2007
Alors que Londres
se démène pour que Washington libère les résidants britanniques détenus
à Guantánamo, l'immobilisme semble toujours être la position d'Ottawa
dans le dossier Omar Khadr.
De nombreuses voix
se sont élevées pour demander au gouvernement fédéral de rapatrier
ce Canadien détenu à Guantánamo. En vain.
Khadr est derrière les barreaux de la prison américaine depuis tout
près de cinq ans. Il y a été transféré à l'âge de 15 ans, en novembre
2002.
«Nous avons très clairement demandé au Canada qu'il hausse le ton,
qu'il soit beaucoup plus ferme. Qu'il suive l'exemple de la Grande-Bretagne et
qu'il fasse revenir Omar Khadr», a affirmé hier Anne Sainte-Marie,
porte-parole de la section québécoise d'Amnistie internationale.
«Le Canada surveille, attend, écoute, a-t-elle ajouté, résumant la
position d'Ottawa. Honnêtement, le Canada n'a pas fait grand-chose
dans ce dossier.»
Il y a quelques semaines, l'un des avocats militaires américains du
jeune homme, William Kuebler, a lui aussi interpellé Ottawa. Selon
lui, Khadr devrait être jugé au Canada.
Le ministère des Affaires étrangères n'a pas rappelé La Presse à ce sujet hier. Le
ministre Peter MacKay a récemment dit souhaiter attendre que tous
les recours en justice de Khadr soient épuisés avant de prendre une
quelconque initiative.
En juin dernier, un juge militaire a annulé le procès de Khadr. Il
a affirmé que les tribunaux militaires d'exception mis sur pied par
la Maison-Blanche n'ont
pas la compétence pour juger les «combattants ennemis». Le Pentagone
a fait appel de cette décision.
Tunisie: Abdallah Ben Amor sera rejugé 12 ans
après sa condamnation par contumace
Rapatrié en
Tunisie fin juin après cinq ans de détention sur la base militaire
américaine de Guantánamo, Abdallah ben Amor est toujours emprisonné
et regrette d'avoir accepté de retrouver son pays. Il y sera rejugé
pour une affaire qui lui a valu une condamnation par contumace, selon
son épouse Khadija Bousaïdi.
Cette entrevue
à l'Associated Press, la première qu'elle accorde à la presse, s'est
déroulée samedi dans les bureaux de l'avocat de son époux, Me Samir
ben Amor, Mme Bousaïdi ayant tenu à éviter de rencontrer le correspondant
de l'AP à son domicile.
Agé de 51 ans,
Abdallah ben Amor avait été condamné par contumace en 1995 à dix ans
de prison dans l'affaire dite du «Front islamique de Tunisie», auquel
il nie avoir appartenu. Il doit être rejugé par le tribunal militaire
de Tunis le 26 septembre.
Son parcours
commence au Pakistan, où il s'était installé en 1988 avec son épouse,
ses enfants ainsi que son beau-fils Hédi Hammami, époux de sa fille
aînée. Pendant 14 ans, il y a fait commerce de textiles et a travaillé
dans le cadre d'organisations de secours islamiques, selon son épouse.
Mais en 2002,
Abdallah ben Amor a été arrêté par les services de sécurité pakistanais,
en compagnie de son beau-fils. Ils ont été transférés vers la base
militaire de Bagram, en Afghanistan, puis vers Guantánamo.
Le jour de
sa remise aux autorités tunisiennes, l'ex-pensionnaire de Guantánamo
a été conduit au ministère de l'Intérieur où il a été interrogé par
les services de sécurité. «Ils voulaient savoir à quelles organisations
il appartenait et lui faire signer un document contenant des aveux
dans ce sens, qu'il a du reste refusé de signer», rapporte Mme Bousaïdi.
Les autorités
tunisiennes nient que le détenu ait subi des mauvais traitements ou
fait l'objet de menaces.
Source : AP, 7 août 2007
Plongée au cœur des prisons secrètes de la CIA
par
Benoît Vitkine, Le
Monde, 7 août 2007
Que s'est-il
passé dans les prisons secrètes de la
CIA où ont été enfermés nombre de suspects de terrorisme
après les attentats du 11 septembre ? Dans son édition datée du 13
août, le magazine américain New Yorker propose une plongée dans ces sites
secrets où, malgré les dénégations officielles, la torture semble
avoir été pratiquée à grande échelle et de façon systématique. La
journaliste, Jane Mayer, appuie son enquête sur un rapport confidentiel
du Comité international de la
Croix-Rouge (CICR), qui a eu accès aux témoignages
de quinze suspects désormais détenus à Guantánamo. Le rapport du CICR
est confidentiel, l'organisation estimant la discrétion nécessaire
à la poursuite de son travail.
Ses conclusions
sont sans appel. Les responsables américains impliqués dans le programme
de la CIA
ont commis des "crimes sérieux", en violation de
la convention de Genève et de la législation américaine, selon l'auteure
de l'article. Au point que de nombreux agents de la
CIA commenceraient à s'inquiéter et chercheraient
à couvrir leurs arrières sur le plan judiciaire.
INTERROGATEURS
FORMÉS SUR LE TAS AUX TECHNIQUES DU KGB
La genèse du
programme des prisons secrètes remonte, selon la journaliste, au 17
septembre 2001, date à laquelle le président Bush a autorisé la formation
d'unités paramilitaires chargées de capturer ou de tuer des cibles
désignées comme terroristes dans le monde entier. A cette époque,
la CIA manquait d'agents aguerris
dans le domaine des interrogatoires. Des officiers ont alors épluché
les archives de l'agence jusqu'à retrouver trace du plan Phoenix,
utilisé par l'armée américaine au Vietnam entre 1970 et 1971, et devenu
une source d'inspiration pour l'agence. Les responsables du renseignement
se sont aussi tournés vers leurs alliés plus expérimentés dans la
lutte antiterroriste, demandant particulièrement des conseils à l'Egypte,
à la Jordanie et à l'Arabie saoudite,
des pays régulièrement pointés du doigt par le département d'Etat
pour leurs manquements en matière de droits de l'homme.
Quand les premiers
suspects ont été capturés, la
CIA n'était pas prête, et ses chefs ont alors fait
appel à des "sous-traitants" extérieurs, aux méthodes décrites
par le monde du renseignement comme "proches du film Orange
mécanique [de Stanley Kubrick]", rapporte Jane Mayer.
Ces hommes, des anciens psychologues militaires, n'avaient jamais
pratiqué la torture mais avaient enseigné aux soldats comment y résister.
Sous le commandement américain, ils ont pratiqué simulation de noyade,
privation de sommeil, isolement, exposition à des températures extrêmes,
exposition à des bruits assourdissants, humiliations sexuelles et
religieuses.
Le Pakistanais
Abou Zoubaydah, arrêté en mars 2002, fut soumis, rapporte Jane Mayer,
à des simulations de noyade et confiné dans une cage – "la
niche" – si petite qu'il ne pouvait pas se lever. Ces experts
diplômés employaient un schéma de torture calqué sur les méthodes
du KGB. L'objectif final du processus était de donner aux détenus
la certitude que rien ni personne ne pourrait plus les sauver. Un
objectif atteint, notamment, en retirant au suspect sa capacité à
envisager le futur – quand sera son prochain repas, quand il pourra
aller aux toilettes – et en le privant au maximum de toute perception
sensorielle – en le confinant, par exemple, dans une pièce sans odeur,
sans lumière, sans son. "Le KGB utilisait ces méthodes contre
des individus qui s'étaient retournés contre l'Etat et obtenir d'eux
des aveux inventés. Le KGB ne cherchait pas du renseignement",
s'insurge dans le New Yorker Steve Kleinman, un colonel de
réserve opposé au programme secret de la
CIA.
"RETIRER
TOUTE DIGNITÉ AU DÉTENU"
Au fil des
mois, les méthodes se sont affinées, explique Jane Mayer. Chaque étape
pour casser un homme était prévue, codifiée. A tel point qu'avant
chaque nouvelle torture, "vous savez ce que va dire chaque
détenu, parce que vous l'avez déjà entendu", confie un expert
extérieur à la CIA, qui avait connaissance du
protocole employé. Ce qui fait dire à la journaliste qu'aucune comparaison
n'est possible entre le programme de la
CIA et les abus – sanctionnés – de Guantánamo ou
Abou Ghraïb, commis par des agents mal entraînés ou déséquilibrés.
Chaque transfert, chaque interrogatoire a fait l'objet de plusieurs
autorisations et rapports détaillés remontant au plus haut niveau
de responsabilité.
Les tortures
pratiquées par les agents de la
CIA auraient poussé un détenu yéménite à tenter de
se suicider trois fois. Pendant des semaines, voire des mois, dans
sa cellule étaient diffusés des bruits assourdissants, de la musique
ou des ricanements tirés de films d'horreur. Ces pressions psychologiques,
de l'avis de tous les détenus interrogés, étaient plus difficiles
à supporter que les abus physiques.
Autre
cas cité par la journaliste, celui de Khalid Cheikh Mohammed, considéré
comme l'architecte des attentats du 11 septembre. Après son arrestation,
en mars 2003, Mohammed est transféré dans une prison secrète sur le
sol polonais. Il subit alors maintes humilitations. Gardé nu pendant
sept jours, il aurait ensuite été interrogé par un nombre inhabituel
d'agents femmes, avant d'être suspendu par les bras au plafond de
sa cellule, ses orteils touchant à peine le sol.
KHALID CHEIKH
MOHAMMED TRANSFÉRÉ EN POLOGNE
Le
témoignage de Khalid Cheikh Mohammed permet aussi d'apporter un éclairage
sur un autre point. Lors de sa détention, il affirme avoir vu une
bouteille d'eau minérale portant des inscriptions en polonais, ce
qui viendrait corroborer les accusations du Conseil de l'Europe, qui
estime que Varsovie a accueilli sur son territoire des lieux de détention
gérés par la CIA.
Pour quels
résultats a été mis en place ce dispositif complexe, secret, qui a
suscité nombre de débats au sein de l'administration américaine ?
Le général Michael Hayden, directeur de la
CIA, a affirmé à plusieurs reprises que le programme
des prisons secrètes était "irremplaçable". Quant
au président Bush, il estime que le travail réalisé par la
CIA a permis de "sauver des vies",
en "empêchant de nouvelles attaques".
Mais l'exemple
de Khalid Cheikh Mohammed, qui a subi plusieurs des tortures prévues
par la CIA
et connu les prisons de l'agence sur les sols afghan, polonais et
cubain (à Guantánamo), est troublant. En tout, Mohammed a endossé
la responsabilité de trente et un complots terroristes, un chiffre
que les experts jugent "improbable", même pour un
terroriste de haut rang. Parmi les crimes dont il s'est attribué la
paternité, outre les attentats du 11 septembre, des projets d'attentats
contre Bill Clinton, Jimmy Carter ou le pape Jean Paul II. Mais aussi
l'assassinat du journaliste américain Daniel Pearl en 2002 au Pakistan.
La version des faits donnée par Khalid Cheikh Mohammed est réfutée
par les proches de Pearl. Son père, Judea, résume l'opinion de la
famille : "Mohammed peut bien affirmer qu'il a tué Jésus,
il n'a rien à perdre." La torture, au final, ne semble pas
conduire à la vérité.
Selon Jane
Mayer, le programme des "black sites" de la CIA a bien été abandonné à l'automne
2006, après les annonces en ce sens de George Bush et le transfert
des derniers détenus des prisons secrètes vers Guantánamo. Mais la Maison Blanche se
refuse toujours à désavouer les "interrogatoires améliorés",
pourtant illégaux sur le sol des Etats-Unis. Ce qui signifie, selon
la journaliste, que les agences de renseignement américaines peuvent
continuer à détenir indéfiniment des suspects sur des sites secrets,
sans aucune base juridique.
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