La galaxie guantánamo

 

L’itinéraire tragique de Rouslan Odijev, tué à Naltchik


Lorsqu'il est interrogé sur les violations des droits de l'homme en Russie, Vladimir Poutine, champion du renvoi de balle, a coutume d'évoquer la prison américaine de Guantánamo. L'histoire ténébreuse et tragique de Rouslan Odijev renvoie les présidents russe et américain dos à dos. Rouslan Odijev, 34 ans, a été abattu mercredi par les forces spéciales russes, qui ont attaqué l'appartement où il se trouvait à Naltchik, capitale de la république de Kabardino-Balkarie, dans le Caucase russe.
Selon le FSB (ex-KGB) qui a divulgué l'information, Odijev aurait participé à l'insurrection armée de Naltchik (139 morts en octobre 2005). Il était aussi accusé d'être impliqué dans des attentats en Russie en 1999. Odijev faisait partie des sept Russes arrêtés en Afghanistan ou au Pakistan en 2001, incarcérés par les Américains à Guantánamo (Cuba) puis relâchés en 2004. Depuis leur libération, ils n'avaient cessé d'être interpellés par les autorités russes, et certains avaient été torturés, dénonçait l'ONG Human Rights Watch en mars dernier. Odijev était en fuite.
Sa mort risque d'attiser encore les tensions en Kabardino-Balkarie entre la population et les forces de l'ordre. En Ingouchie, autre république du Caucase, des événements similaires (exécution d'un « terroriste » le 17 juin) ont déclenché une manifestation d'habitants contre les « escadrons de la mort ». Il est si facile d'accuser de tous les crimes un mort, déplorent les proches des hommes abattus.

Source : Le Figaro, 30 juin 2007

Rasoul Koudaïev, prisonnier des talibans puis des Américains et des Russes

Combattant islamiste ou espion antitaliban? Ni l'un ni l'autre, ou plutôt les deux: Rasoul Koudaïev fait partie d'un groupe de détenus qui, après avoir été délivrés des geôles talibanes en Afghanistan, se sont retrouvés à la prison de Guantanamo Bay (Cuba), où les autorités américaines détiennent des suspects de terrorisme.

Koudaïev a le parcours le plus incroyable. Cet ancien champion de lutte quitte sa région natale de Kabardino-Balkarie en 2000 pour, prétend-il, se rendre par voie terrestre en Iran, où il souhaitait étudier dans une université islamique. Mais il est arrêté près de Hérat, dans l'ouest de l'Afghanistan, accusé d'être un espion russe.

Après l'invasion américaine fin 2001, il tombe aux mains de l'Alliance du Nord, la résistance afghane, qui l'enferme dans la sinistre prison de Qalaï Janghi, près de Mazar-e-Charif (nord). Au terme d'une émeute de prisonniers, qui lui coûtera une balle dans la hanche, il est remis aux Américains et transféré à Guantanamo.

Les Etats-Unis n'ont jamais fourni d'explications concernant les anciens prisonniers des talibans détenus ensuite à Guantanamo. Mais une enquête de l'Associated Press a permis d'identifier au moins neuf hommes ayant subi ce sort. Emprisonnés, battus et torturés par le régime islamiste afghan qui les accusait d'être des ennemis, des espions ou des assassins, ils ont rejoint le centre de détention américain à Cuba au lieu d'être remis en liberté après la chute des talibans.

"Les mots me manquent pour décrire ce qui leur est arrivé. C'est kafkaïen. C'est Alice au pays des merveilles", s'indigne Clive Stafford Smith, directeur juridique de l'ONG de défense des droits humains Reprieve, qui représente 39 détenus de Guantanamo.

Koudaïev dit avoir été victime de mauvais traitements et avoir subi des injections dont il ne connaît pas la composition. Il déclare aussi avoir vu des gardes profaner le Coran, avoir été déshabillé et forcé à faire ses besoins devant des gardiennes, et avoir été atouché sexuellement par des interrogatrices légèrement vêtues.

Selon lui, les même questions revenaient toutes les heures: "Quel est ton lien avec les attentats du 11-Septembre? Connais-tu Ousama ben Laden? Où as-tu combattu aux côtés des talibans?"

"Non, non, non. Je leur ai dit que c'était des questions stupides", raconte-t-il.

Il est impossible pour l'AP de le confirmer, mais son récit est conforme aux allégations d'abus faites par d'autres prisonniers de Guantanamo.

En 2004, Koudaïev est remis aux autorités russes avec plusieurs de ses compatriotes. Ils resteront détenus plusieurs mois à la prison hautement sécurisée de Piatigorsk.

Même après sa remise en liberté, il affirme avoir été victime de harcèlement de la part des autorités russes. En 2005, est arrêté au motif qu'il aurait participé à une attaque de militants islamistes contre la police dans la ville de Naltchik, dans le Nord-Caucase. Selon sa mère, il a fini par avouer sous la torture, alors qu'il assure aujourd'hui qu'il se trouvait chez lui au moment de l'assaut.

Parmi les neuf prisonniers de Guantanamo autrefois détenus par les talibans (deux Russes, deux Saoudiens, deux Afghans, un Britannique, un Syrien et un Irakien qui se disent tous innocents), quatre ont été renvoyés dans leur pays d'origine sans être inculpés et trois sont toujours emprisonnés à Cuba. Le sort des deux autres est incertain.

Les deux Russes sont mentionnés dans un rapport de l'ONG Human Rights Watch, selon lequel des prisonniers remis à la Russie ont bien subi des abus. Le rapport fustige leur rapatriement sur décision des Etats-Unis.

Parmi les 750 personnes qui ont été détenues à Guantanamo depuis 2001, plus de la moitié ont été relâchées. Seule une infime fraction des prisonniers restants ont été inculpés.
Source : AP, 2 juillet 2007

Depuis sa prison tunisienne, Abdullah Ben Omar dénonce «les conditions inhumaines» de guantánamo

 

Un ex-détenu tunisien de Guantanamo, Abdullah Ben Omar Hajji, récemment remis aux autorités tunisiennes, a dénoncé mardi «les conditions inhumaines» dans lesquelles s'est déroulé son rapatriement et «les tortures» qu'il dit avoir subies pendant les cinq ans de sa détention sur la base militaire américaine à Cuba.

L'ex-pensionnaire de Guantanamo a fait ces révélations lors d'un entretien avec Me Samir Ben Amor, qui lui a rendu visite pendant une heure dans la prison de Mornaguia, à environ 30km de Tunis, où il est actuellement incarcéré, en attendant d'être rejugé le 26 septembre prochain par le tribunal militaire de Tunis.

Il avait été condamné en 1995 par contumace par cette juridiction à 20 ans de prison dans l'affaire dite du «Front islamique».

«Le voyage du retour qui a duré plus de dix heures à bord d'un avion de l'armée américaine s'est déroulé dans des conditions inhumaines. J'avais les pieds et les mains ligotés, les yeux bandés et les oreilles obstruées par des écouteurs», a déclaré l'avocat à l'Associated Press, en relatant le récit fait par son client.

Selon Me Ben Amor, Abdullah Ben Omar a nié avoir jamais adhéré à une quelconque organisation terroriste.

Il affirme s'être rendu au Pakistan avec sa femme Aïcha et ses huit enfants ainsi que son beau-fils Hédi Hammami pour faire du commerce et travailler dans le cadre d'organisations de secours islamique.

Il a confié que cette idée lui a été inspirée après un séjour de deux ans en Arabie saoudite à la fin des années 80.

Il a été arrêté en avril 2002 par la police pakistanaise à son domicile, en même temps que son beau-fils encore en détention à Guantanamo dans le contexte qui a suivi les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

Deux mois après, les services de sécurité pakistanais l'ont remis aux forces américaines qui l'ont envoyé sur la base de Bagram (Afghanistan) avant de le transférer à Guantanamo à la fin de l'été 2002.

Pendant le transfert des prisonniers du Pakistan en Afghanistan, les militaires américains leurs faisaient porter des cagoules asphyxiantes qui ont causé la mort de certains d'entre eux, selon Abdullah Ben Omar.

«Dans le centre de détention de Guantanamo, les prisonniers étaient soumis à diverses pratiques de torture: on les plaçait durant de longues périodes dans des tonneaux remplis d'eau, d'autres étaient suspendus aux portes ligotés ou encore traînés dénudés comme des animaux avant leur interrogatoire», a encore raconté l'ex-détenu.

Il a cité le cas d'un de ses compatriotes indentifié seulement par son prénom, Abdallah, qui, a-t-il dit, a perdu ses facultés mentales du fait des tortures subies.

«Plus que les maltraitements physiques, c'est plutôt au niveau mental que Abdullah Ben Omar souffrait», a encore rapporté Me Ben Amor.

«Pour provoquer les détenus qui sont musulmans, les geôliers jetaient le Coran dans les toilettes ou avec les habits sales», a-t-il dénoncé.

Source : AP, 29 juin 2007

 

La Cour suprême US  se penchera à nouveau sur Guantánamo à l’automne

La Cour suprême américaine a annoncé vendredi qu'elle examinerait, probablement à l'automne, le recours de dizaines de prisonniers de Guantanamo qui demandent à pouvoir contester devant un juge fédéral leur détention sans inculpation.
Après avoir rejeté l'affaire en avril, la Cour a finalement accepté vendredi, sans donner d'explication, d'examiner la question qui devrait la pousser à décider si la Constitution s'applique aux détenus de la base navale américaine à Cuba. En février, la Cour d'appel fédérale de Washington avait validé une récente loi interdisant aux prisonniers de saisir un juge fédéral avant d'avoir été jugés par un tribunal militaire d'exception, affirmant que ces hommes étrangers détenus à l'étranger n'étaient pas protégés par la Constitution.

La Cour s'est déjà penchée à deux reprises sur le cas des détenus de Guantanamo, infligeant deux défaites à l'administration du président George W. Bush sans pour autant ordonner la fermeture de la prison contestée dans le monde entier.

En 2004, elle a estimé que les prisonniers devaient avoir un moyen de contester leur détention, et en 2006, elle a invalidé, par 5 voix contre 4, les tribunaux militaires d'exception instaurés par le président pour les juger.

Après la première décision, l'administration a mis en place une procédure administrative remplissant selon elle les conditions fixées par la Cour. Après la deuxième décision, l'administration s'est tournée vers le Congrès, alors à majorité républicaine, pour obtenir la création de nouveaux tribunaux spéciaux aujourd'hui au point mort en raison d'un vice de forme.

Source : AFP, 29 juin 2007

 

 

Informations du Collectif guantánamo France

Un « malentendu sémantique »

Le gouvernement américain va demander aux deux juges des tribunaux militaires d’exception de revoir leur décision de rejeter les poursuites contre deux détenus de Guantanamo, une démarche plus rapide mais aussi plus aléatoire qu’un appel. "Une demande de réexamen (des décisions) va revenir devant les deux juges qui se sont prononcés dans chacune des deux affaires", a déclaré vendredi un porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman.
Lundi, les deux juges militaires avaient annulé les poursuites contre Omar Khadr, un Canadien de 20 ans, et Salim Hamdan, ancien chauffeur d’Oussama Ben Laden, au motif qu’il n’était pas établi que les deux hommes étaient des "combattants ennemis illégaux" (CEI). Hamdan et Khadr, comme la plupart des quelque 380 détenus de la base navale américaine à Cuba, ont reçu le statut de "combattants ennemis" (CE), ce qui justifie leur détention jusqu’à la fin théorique du conflit, mais pas leur comparution devant un tribunal militaire d’exception.
Pour le gouvernement, il ne s’agit que d’un malentendu sémantique qui devrait être rapidement dissipé.
La procédure administrative mise en place en 2004 pour établir le statut des détenus ne prévoit que deux dénominations : "CE" ou "ancien CE". Mais aux yeux du gouvernement, si un "CE" a des liens avec Al-Qaïda ou une autre organisation déjà déclarée illégale, il est automatiquement un "CEI", même si la procédure ne le signale pas formellement.
"Nous pensons qu’il n’y a aucune différence matérielle" entre les deux termes tels que définis dans la procédure administrative de révision du statut et dans la procédure judiciaire devant les tribunaux militaires d’exception, a expliqué M. Whitman.
Si les deux juges maintiennent leur position, le gouvernement aura encore la possibilité de faire appel devant une juridiction supérieure, prévue par la loi promulguée à l’automne dernier pour établir les tribunaux militaires d’exception mais pas encore mise en place concrètement.
Le Pentagone pourrait aussi modifier le règlement de la procédure administrative pour permettre d’établir formellement que les détenus qu’il souhaite traduire en justice sont bien des CEI.
Les décisions des deux juges lundi, totalement inattendue, a porté un nouveau coup à l’administration Bush, révélant notamment que des juges des tribunaux militaires d’exception, choisis par le Pentagone, n’étaient pas enclins à suivre aveuglément la position du gouvernement.
Elles ont également relancé les critiques contre l’ensemble de l’édifice juridique établi autour des détenus de la base navale américaine à Cuba. Jeudi, une commission du Sénat a adopté une proposition de loi visant à rendre aux prisonniers le droit de saisir un juge fédéral pour contester leur détention.
Cette disposition concerne surtout les 200 à 250 détenus que le gouvernement ne prévoit pour l’instant ni de libérer ni de traduire devant un tribunal d’exception. Mais elle permettrait aussi à Omar Khadr et Salim Hamdan de porter devant la justice civile le débat sur les règles contestées de ces tribunaux.
Si le gouvernement obtient gain de cause devant les deux juges, les poursuites seront rétablies et les procès des deux hommes, chargés de défricher le terrain avant ceux de détenus plus importants comme Khaled Cheik Mohammed, cerveau présumé des attentats du 11-Septembre, pourraient avoir lieu dans quelques mois.
Source : AFP, 8 juin 2007

 


Cent parlementaires suisses s'engagent pour la fermeture de Guantánamo

A l’appel d’Amnesty International, cent parlementaires fédéraux ont signé une déclaration publique demandant aux autorités américaines de fermer sans délai le camp de détention de Guantánamo. Cette déclaration, ainsi que la liste des signataires, a été publiée le 9 juin dans la presse, à la veille de l’anniversaire de la mort par suicide de trois détenus l’an dernier.
La déclaration sera transmise au Parlement des États-Unis le 26 juin, journée mondiale en faveur des victimes de la torture.
Déclaration publique pour la fermeture de Guantánamo
Depuis plus de 5 ans, environ 770 hommes ont été détenus sans procès, et dans un non-respect total du droit international humanitaire et des droits humains, dans le camp de détention de Guantánamo. Près de 400 d’entre eux de plus de 30 nationalités étaient toujours incarcérés début 2007. La plupart d’entre eux ont été torturés, tous sont victimes de mauvais traitements. Aucun détenu de Guantánamo n’a été reconnu coupable d’une infraction pénale par un tribunal américain. Le camp de détention de Guantánamo est devenu le symbole de l’injustice ; il porte atteinte à la dignité humaine et à l’état de droit. C’est pourquoi les membres ci-contre du Parlement appellent le gouvernement des Etats-Unis à fermer sans délai le camp de détention de Guantánamo, à libérer sans conditions les détenus ou à les inculper et à les juger devant une juridiction civile, conformément aux normes internationales d’équité.

Liste des cent parlementaires fédéraux

 


Le 2ème rapport de Dick Marty sur les détentions secrètes et les transferts illégaux de détenus par la CIA rendu public

Détentions secrètes et transferts illégaux de détenus impliquant des Etats membres du Conseil de l’Europe : Le 2e rapport de Dick Marty à la Commission des questions juridiques et des droits de l'homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe est en ligne. Cliquer sur http://assembly.coe.int/CommitteeDocs/2007/FMarty_20070608_NoEmbargo.pdf

 

Sale temps pour la CIA


L'ambiance est à la déprime à Langley, Virginie, au siège de la Central Intelligence Agency, à la veille de ce deuxième week-end de juin, où on suit avec effarement les nouvelles en provenance de la vieille Europe.
À Milan, commence en effet aujourd'hui le procès - en contumace, malheureusement - des 26 agents de la CIA impliqués dans l'enlèvement de l'imam égyptien Abou Omar, ensuite livré aux services égyptiens, qui le torturèrent pour lui faire avouer on ne sait quoi. Une première que ce procès. Car la CIA a l'habitude d'être impunie pour ses agissements ou bien d'être présente dans les procès, mais du bon côté de la barre.
À Paris, le Suisse Dick Marty, rapporteur de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), doit présenter aujourd'hui son deuxième rapport sur les “Allégations de détentions secrètes et de transferts interétatiques de détenus concernant les Etats membres du Conseil de l’Europe” à la Commission des questions juridiques et des droits de l’homme de l’Assemblée.
La réunion n’est pas ouverte à la presse mais, si le rapport est approuvé par la commission, il sera rendu public à cette occasion. En outre, M. Marty tiendra une conférence de presse à 14h.
M. Marty commente ainsi le projet : “ Mon premier rapport portait essentiellement sur les transferts illégaux de détenus entre États et les restitutions extraordinaires. Ce deuxième rapport concernera surtout l’autre partie de mon mandat : les détentions secrètes.”
S’il est approuvé, le rapport sera débattu par l’Assemblée (qui compte 318 parlementaires des 47 Etats membres du Conseil de l’Europe), le mercredi 27 juin 2007, lors de sa session plénière de juin à Strasbourg.
Et pendant ce temps , la CIA est aussi sur la sellette aux USA mêmes, pour une autre affaire : les agents de l'ATF, une des agences concurrentes du FBI et de la CIA, a arrêté le 4 juin dix hommes accusés de préparer une vaste opération de terrorisme et de déstabilisation au Laos. le principal suspect est l'ancien général Vang Pao, vieux cheval de retour, qui dirigea l'Armée clandestine hmong dans les années 60 et 70, sous les ordres de la CIA, qui acheminait l'opium produit par les troupes de Vang Pao ver sles laboratoires de Thaïlande et de Birmanie d'où, transformée en héroïne, la denrée précieuse était ensuite livrée aux troupes US au Vietnam. Selon les enquêteurs, Vang Pao préparait une opération du style 11 septembre au Laos, comme élément déclencheur de sa prise de pouvoir. Le Pentagone et le CIA étaient apparemment dans le coup. Alors, y aurait-t-il une cage de libre pour accueillir Vang Pao à guantánamo ?
Lire à ce sujet
http://azls.blogspot.com/2007/06/un-complot-assist-par-la-cia-contre-le.html

 

Prisons secrètes de la CIA : 39 personnes à l'ombre de la démocratie

De Londres, le compte-rendu audio d'Ève Castillan (Radio-Canada)


C'est un autre rapport accablant pour l'administration Bush qui est rendu public, jeudi, par six organisations de défense des droits de l'homme, dont Human Rights Watch et Amnistie internationale.
En effet, les auteurs du rapport soutiennent, noms à l'appui, qu'au moins 39 individus qui auraient été détenus dans des prisons secrètes de la CIA disséminées à travers le monde ont, depuis, littéralement disparu.
Les associations ont d'ailleurs saisi la justice américaine pour obtenir des renseignements sur ces 39 prisonniers qui rappellent, comme elles le soulignent, les heures les plus sombres des régimes militaires sud-américains dans les années 1970.
Réagissant à la publication du rapport, un porte-parole des services secrets américains a soutenu que la CIA agissait dans « le strict respect de la loi américaine » et que leurs opérations antiterroristes étaient « soumises à un examen et à un contrôle approfondis ».
Il n'en demeure pas moins que le président américain a lui-même reconnu, en septembre dernier, l'existence de prisons secrètes de la CIA, précisant que 14 individus qui y étaient détenus ont même été transférés au centre de détention de Guantanamo.
Les auteurs du rapport affirment toutefois que la Maison-Blanche a menti en prétendant que ses controversées prisons avaient toutes été démantelées depuis l'automne 2006, comme en fait foi le transfert, reconnu par les autorités américaines, en avril dernier, d'un militant islamiste à Guantanamo.
Des 39 personnes disparues après avoir été détenues par les États-Unis, seules trois d'entre elles ont vu leur détention confirmée par la CIA. Les auteurs du rapport disent, quant à eux, détenir des informations solides concernant au moins 18 autres, alors que des 18 derniers, nul ne possède bien des détails.
Le rapport mentionne aussi que les États-Unis ont à plusieurs reprises procédé à l'arrestation et à la détention de la famille d'individus soupçonnés de terrorisme. Ainsi, la CIA aurait détenu et interrogé dans une prison secrète pendant au moins quatre mois les enfants âgés de 7 et 9 ans de Khalid Cheikh Mohammad, considéré comme le cerveau des attentats du 11 septembre.
« Le devoir des gouvernements de protéger les gens des actes de terrorisme n'est pas en question, mais capturer des hommes, des femmes et même des enfants, et les placer dans des endroits secrets sans les protections les plus basiques l'est sans aucun doute. L'administration américaine doit mettre une fois pour toutes un terme à cette pratique illégale et moralement répugnante », a estimé Claudio Cordone d'Amnistie internationale.

Lire le rapport en anglais

Off the Record
U.S. Responsibility for Enforced Disappearances in the "War on Terror"

Source : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2007/06/07/002-prison-cia-disparu.shtml

 

Le Pentagone ouvre un nouveau marché d’approvisionnement pour guantánamo et crée un nouveau sigle à cette occasion : EAAQ

Un membre important d'Al-Qaïda a été capturé en Afrique de l'Est et transféré à Guantanamo (Cuba), a annoncé mercredi le Pentagone. Abdullahi Sudi Arale est "soupçonné d'être un membre du réseau terroriste Al-Qaïda en Afrique de l'Est et d'avoir servi d'intermédiaire entre Al-Qaïda en Afrique de l'Est (EAAQ) et Al-Qaïda au Pakistan", a affirmé le ministère américain de la Défense dans un communiqué, sans préciser la date de la capture ni celle du transfert."Depuis son retour du Pakistan en Somalie en septembre 2006, il a occupé un rôle dirigeant au sein des tribunaux islamiques somaliens affiliés à l'EAAQ", a a ajouté le Pentagone.

D'après le ministère, les informations dont il dispose indiquent que Arale "a aidé divers extrémistes affiliés à l'EAAQ à acquérir des armes et des explosifs et il a facilité les voyages de terroristes en fournissant de faux documents" à des gens et des combattants liés à Al-Qaïda et à sa branche en Afrique de l'Est."Arale a joué un rôle important dans la résurgence des tribunaux islamiques à Mogadiscio", a ajouté le Pentagone.

Fin décembre 2006, les tribunaux islamiques somaliens avaient été défaits lors d'une vaste offensive de l'armée éthiopienne alliée aux troupes somaliennes.
L'armée américaine a renforcé son activité en Afrique de l'Est cette année. Un navire américain a pilonné dans la nuit de vendredi à samedi plusieurs cibles d'Al-Qaïda dans une zone côtière du nord-est de la Somalie, selon des responsables somaliens.
En janvier, l'aviation américaine avait mené au moins deux raids dans le sud de la Somalie contre des membres présumés d'Al-Qaïda, faisant au moins cent morts selon des chefs coutumiers.

En février, le New York Times, citant des responsables américains sous couvert d'anonymat, a affirmé que des commandos américains avaient mené des opérations au sol dans le sud de la Somalie, depuis des bases secrètes en Éthiopie et au Kenya voisins.

Source : AFP, 6 juin 2007