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La galaxie guantánamo
En persécutant la communauté musulmane, le gouvernement britannique
s'aliène ceux là même dont il a besoin pour éviter de nouvelles atrocités
Les efforts incessants du gouvernement pour extrader vers leur pays
un certain nombre d'Algériens suspectés de terrorisme sur la base de
garanties diplomatiques devraient connaître un tournant majeur cette
semaine lorsque l'affaire de Mustafa Taleb, connu du public comme Y,
sera présentée devant la cour d'appel. Craignant pour sa vie, Taleb avait fui l'Algérie dans les années
90 et avait obtenu le statut de réfugié politique au Royaume-Uni. Il
avait ensuite travaillé dans une librairie. Dans l'après-11 septembre,
l'opinion publique avait eu à le connaître comme une des personnes arrêtées
et inculpées dans ce qui a été connu sous le nom de procès de la ricine
dans lequel on n'avait pas trouvé de ricine. En avril 2005, Taleb avait
été un des quatre Algériens acquittés de tous les chefs d'inculpation
par le jury. Après les attentats de Londres, Taleb et les trois autres figurèrent
à nouveau parmi les personnes interpellées et qui firent l'objet d'arrêtés
d'expulsion en tant que menace pour la sécurité nationale. Ils furent
d'abord incarcérés avant d'être relâchés un peu plus tard sous le coup
d'un arrêté d'expulsion, ce qui signifiait qu'ils faisaient l'objet
d'un contrôle judiciaire strict. En août dernier, le recours de Taleb devant la commission spéciale
d'appel pour l'immigration (Special immigration appeals commission,
SIAC) fut rejeté et on le renvoya en prison en attendant son expulsion
vers l'Algérie. Précédemment, Depuis la décision pour Taleb, quatre autres Algériens ont été renvoyés
en Algérie, deux ayant été immédiatement arrêtés et inculpés. Ils attendent
maintenant leur jugement. Un des hommes, désigné comme H, est détenu
dans la prison de Serkadji à Alger. Il rapporte avoir entendu les cris
de personnes torturées dans d'autres cellules et les cris de douleur
d'une femme "écartelée" dans une cellule proche de la sienne
avant de voir les gardiens qui transportaient la femme inconsciente
passer devant sa cellule. Plus largement, la question se pose de savoir si ce que le gouvernement
a fait depuis le 11 septembre a été efficace dans la dissuasion du terrorisme
ou a rendu la situation plus dangereuse. Il ne semble guère faire de doute qu'il y a un petit groupe de ressortissants
étrangers que, sur le conseil des services de sécurité, le gouvernement
a ciblé particulièrement en revenant continuellement à la charge depuis
décembre 2001. Algériens pour la plupart, dix de ces hommes avaient
initialement été arrêtés sans inculpation au titre de la loi anti-terroriste
(Anti-Terrorism Crime and Security Act, ATCSA) avant d'être placés sous
contrôle judiciaire suite à l'arrêt de Après les attentats de Londres, les membres de ce groupe, en dépit
du fait qu'ils disposaient des meilleurs alibis qui soient, étant sous
contrôle judiciaire à l'époque, avaient été interpellés et mis en prison.
Ils firent l'objet d'arrêtés d'expulsion au motif qu'ils représentaient
des menaces pour la sécurité nationale. Ce groupe d'individus "suspects" est effectivement devenu
ce que l'avocat Gareth Pierce décrit comme des cobayes. ""L'expérimentation
permanente est dangereuse et insidieuse à plusieurs titres. Il est devenu
évident que quand un objectif a été atteint, les limites sont repoussées
et un nouveau système se met en place," explique Pierce. Amnesty International considère que les mesures adoptées par le gouvernement
au nom de la guerre contre le terrorisme ont sapé les règles du droit
au niveau national et nui à la réputation de Malheureusement le temps passe et fort peu d'attention est accordée
à la situation critique de ces hommes et d'autres qui sont arrêtés de
manière routinière tandis que chaque jour qui passe nous aliène de nombreux
membres de la communauté musulmane. Alors que le débat porte sur la sécurité ou d'autres questions relatives
à l'expulsion de personnes vers des pays qui pratiquent la torture ou
sur l'efficacité du contrôle judiciaire, il n'y a aucun débat sur l'essentiel
qu'est la disparition de la règle de droit que représentent les dispositions
actuelles. La question longtemps oubliée est : pourquoi, si ces gens
sont dangereux, ne sont-ils pas déférés devant un véritable tribunal
pour répondre de chefs d'accusations? Un système kafkaïen a été créé dans lequel des gens peuvent être
détenus, apparemment indéfiniment, sur la base d'informations dont eux-mêmes
ou leurs avocats n'ont pas eu connaissance et qu’ils n'ont pu remettre
en cause. Des questions essentielles telles que la manière dont les
informations ont été obtenues, si de l'argent a circulé etc. ne peuvent
jamais être examinées dans le cadre d'une procédure publique. Au lieu de remettre en cause cette situation, le gouvernement affiche
parmi ses priorités la nécessité de plus de législations visant à restreindre
encore plus les droits des citoyens sacrifiés sur l'autel des besoins
en matière de sécurité. Le problème à présent est que tout ce qui se passe en matière de
persécution de la communauté musulmane aliène tout simplement les personnes
mêmes dont le soutien est nécessaire pour éviter de nouvelles atrocités
terroristes. Pierce fait le parallèle avec ce qui s'est passé en Irlande
du nord quand les membres de la communauté suspectée ont complètement
perdu confiance dans le recours au droit et ont donc été plus enclins
à aller vers la confrontation violente. L'avocat Clive Stafford Smith qui exerce aux USA a fait le parallèle
entre ce qui s'est passé à Guantanamo Bay, où il représente un certain
nombre de clients, et le régime de détention élaboré au Royaume-Uni.
Il a déclaré : "Les USA et le Royaume-Uni
cherchent à répondre à une mauvaise question et apportent donc une mauvaise
réponse. L'accent est mis sur la manière de neutraliser des individus
qui pourraient à l'avenir commettre un crime. Les opérations de Guantanamo
et de Belmarsh signifient que nous jetons par dessus bord les valeurs
que nous sommes supposés défendre. Ce qui provoque la radicalisation
de milliers de personnes... Appliquer les droit de l'homme est la meilleure
manière d'affronter le terrorisme." |
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