La Galaxie guantánamo


Pris dans la nasse

Prisonniers de la guerre contre le terrorisme dans la Corne de l’Afrique

Un rapport de Cageprisoners

Traduit en français par Fausto Giudice

Le conflit fratricide qui déchire la Corne de l’Afrique continue de faire rage entre l’Union des tribunaux islamiques et ses opposants : l’opposition somalienne, l’armée éthiopienne et, fait inquiétant, le gouvernement US. Les hostilités son entrées dans une nouvelle phase inquiétante dans cette partie la plus accablée et appauvrie du monde : la « Guerre contre le terrorisme », les transferts extraordinaires et les détentions arbitraires.

Cageprisoners a été alarmée par l’apparition de prisons du type Guantánamo, utilisées dans la Corne de l’Afrique, après avoir recueilli des documents sur une série d’enlèvements d’hommes, de femmes et même d’enfants, détenus illégalement. La capture de civils, l’utilisation de navires porte-containers convertis en prisons et le recours à des procédures judiciaires pour inculper les personnes remises à l’Éthiopie comme « combattants illégaux » rappellent de manière sinistre les « procès » pratiqués à Guantánamo.

Après la libération de plusieurs citoyens européens, dont quatre Britanniques et une Suédoise, des preuves d’une implication étrangère des les interrogatoires ont rapidement fait surface. Des allégations récurrentes et répétées de violations grossières des droits humains, dont des tortures, ont été faites par ceux qui sont rentrés, ainsi que par des témoins interviewés à proximité de la zone de conflit.

La Corne de l’Afrique, déjà accablée par des décennies de guerre, de famine, d’exodes, de sécheresse et d’une pauvreté inimaginable est sans aucun doute susceptible d’être exploitée par des nations puissantes.

La guerre contre le terrorisme dirigée par les USA a déjà montré comment, dans des pays en développement comme le Pakistan et l’Afghanistan, des gens peuvent être attirés par les promesses de récompenses pour la remise de suspects de terrorisme

Il est d’une importance capitale que Ia communauté internationale reconnaisse ce danger et agisse maintenant avant que nous nous trouvions face à de nouveaux Bagram et de nouveaux Guantánamo dans la Corne de l’Afrique.

[Moazzam Begg – porte-parole, Cageprisoners]

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Français de Guantánamo: procès renvoyé en décembre 2007 

 Le  tribunal correctionnel de Paris a renvoyé mercredi 2 mai au mois de décembre prochain le procès des six Français détenus à Guantánamo et poursuivis en France pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste".

Ils seront jugés les 3, 4, 5, 10, 11 et 12 décembre par la 16e chambre du tribunal correctionnel.

En septembre 2006, la 16e chambre du tribunal, au lieu de rendre sa décision à l'issue de quinze jours de procès en juillet, avait ordonné un supplément d'information afin de déterminer le cadre légal dans lequel sont intervenus les enquêteurs français.

En effet, lors du procès, le 5 juillet 2006, le quotidien "Libération" publiait une note du 1er avril 2002 de l'ambassade de France à Washington, classée confidentiel diplomatie, selon laquelle une mission conjointe de la DGSE et de la DST (renseignements extérieurs et contre-espionnage) avait interrogé les Français détenus à Cuba.

Des auditions qui n'apparaissent pas dans la procédure judiciaire. Lors de leur premier interrogatoire, les six Français avaient fait état d'auditions par des policiers français pendant leur incarcération sur la base américaine à Cuba, sans que cela puisse être prouvé.

Dans le cadre de ce supplément d'information, le président du tribunal, Jean-Claude Kross, a entendu notamment le rédacteur de ce télex, l'ancien sous-directeur de la DST à l'époque des faits.

En février 2007, il a reçu un courrier anonyme lui révélant les noms de deux enquêteurs français ayant participé aux interrogatoires des six détenus de Guantánamo. Leurs identité étant couverte par le secret-défense, le tribunal a refusé leur audition comme le demandaient les avocats qui ont fait appel de cette décision.

Par ailleurs, le ministère de l'Intérieur a fait savoir au tribunal qu'il avait l'avis de la Commission nationale consultative du secret de la défense nationale (CNCSDN) sur la levée ou non du secret-défense sur des documents pouvant intéresser le dossier.

Rapatriés en France en 2004 et 2005, les six hommes ont passé entre deux et trois ans à Guantánamo après leur arrestation fin 2001 par les troupes américaines en Afghanistan. A leur arrivée en France, ils ont été mis en examen et placés en détention provisoire pour une durée de 11 à 17 mois.
Source : AP, 2 mai 2007

 

George Tenet : "Nous ne torturons personne, OK ?"

Sur 505 pages, George Tenet n'en consacre que trois à ce qui restera au centre de son bilan : la détention de suspects d'Al-Qaida dans des prisons secrètes et l'usage de techniques d'interrogatoire dites "améliorées". Il refuse d'employer le mot torture, tout en reconnaissant que le programme mis en place a fait entrer les Etats-Unis "sur un nouveau terrain, sur le plan moral et légal".
Dans les interviews de promotion du livre, il a en revanche été longuement interrogé sur le sujet, notamment par Scott Pelley dans l'émission "Sixty Minutes" de CBS. "L'image qu'on nous a collée, c'est que nous nous sommes assis autour d'un feu de camp et nous nous sommes dit : "Allez, maintenant nous allons torturer les gens". Mais le fait est que nous ne torturons personne. Laissez-moi vous répéter cela : nous ne torturons personne, OK ?" "Allons, George !", dit Scott Pelley, d'un ton incrédule. "Nous ne torturons personne", répète M. Tenet.
Le journaliste lance le nom du maître d'oeuvre présumé des attaques du 11 septembre 2001, Khaled Cheikh Mohammed, transféré à Guantánamo en septembre 2006 après avoir été détenu quatre ans dans un endroit secret. "Nous ne torturons personne", répète M. Tenet. "Waterboarding ?" (le "sous-marin", technique qui consiste à faire croire au prisonnier qu'il se noie), insiste le journaliste. Selon la presse, le Pakistanais est l'un de ceux qui ont subi ce simulacre de noyade. "Nous ne..., commence M. Tenet. Je ne parle pas de techniques." "C'est de la torture", remarque le journaliste.
"Maintenant, écoutez, s'impatiente M. Tenet. Le contexte est celui de l'après-11-Septembre. J'ai des rapports qui font état d'armes nucléaires dans New York, des immeubles qui vont sauter, des avions qui vont s'écraser sur les aéroports. Des scénarios que je ne connais pas. Et je me bats pour découvrir où la prochaine catastrophe va arriver. Tout le monde oublie le contexte : la peur palpable que nous avons ressentie sur la base du fait qu'il y avait tant de choses que nous ignorions. Je sais que ce programme a sauvé des vies. Je sais qu'il a perturbé des plans." "Ce que vous dites, c'est qu'il y a des gens qu'il est nécessaire de torturer", conclut le journaliste. "Non, je n'ai pas dit cela, je n'ai pas dit cela", dément M. Tenet.
Selon Human Rights Watch, une centaine de "détenus de haute importance" sont passés par des prisons secrètes. La semaine dernière, les autorités ont reconnu que le programme était toujours en activité. Le Pentagone a annoncé qu'un Irakien accusé d'avoir été un responsable d'Al-Qaida en Afghanistan, Abd Al-Hadi Al-Iraqi, avait été transféré à Guantánamo après avoir été détenu par la CIA dans un lieu tenu secret.

Source : Corine Lesnes, Le Monde, 2 mai 2007

 

 

À lire : Angela Y. Davis, Les Goulags de la démocratie
par Séverine Capeille, http://sistoeurs.net/ss/ , 4 mai 2007

S’il est un livre à lire, en cette période électorale qui préconise la « tolérance zéro » et les « encadrements militaires », c’est celui d’Angela Davis.

Dans « Les Goulags de la démocratie », cette érudite féministe connue pour ses combats contre toutes les formes d’oppression, envisage le rôle joué par la prison dans la reproduction du racisme et de la répression politique.

Quand Angela Davis évoque le système carcéral, elle sait de quoi elle parle. Inscrite sur la liste des dix personnes les plus recherchées du FBI suite à de fausses accusations, elle fut d’abord condamnée à la peine capitale puis acquittée en 1972 après seize mois de détention provisoire à New York. Elle a été amenée à réfléchir « à la prison en tant qu’institution - non seulement à l’emprisonnement politique, mais également aux rapports entre les processus interdépendants que sont la criminalisation et la racialisation. » (p.122)

Le combat de cette ancienne ennemie de l’état désormais devenue l’une des intellectuelles publiques les plus importantes aux Etats-Unis trouve toute sa force au cours des entretiens contenus dans cet ouvrage, lesquels ont été échangés durant la période qui révéla au monde entier l’usage de la torture à Guantánamo et Abou Ghraïb.

Angela Davis analyse brillamment les traitements des prisonniers dans les établissements américains, le racisme institutionnalisé, les violences sexuelles, la pauvreté...

Elle décrit la « manière dont l’esclavage continue de perdurer dans les institutions contemporaines » par le biais de la prison (notamment avec le retrait du droit de vote des prisonniers. Il est, à ce propos, significatif de rappeler que « Bush n’aurait pas été élu si l’on avait permis aux prisonniers de voter. ») et de la peine de mort.

Elle détaille la « boulimie d’emprisonnement » de la société états-unienne

« Au lieu de construire des maisons, jetons les sans-abri en prison. Au lieu de développer le système éducatif, jetons les analphabètes en prison. Jetons en prison ceux qui perdent leur travail à cause de la désindustrialisation, de la mondialisation du capital et du démantèlement de l’état providence. Débarrassons-nous de tous ces gens-là. Libérons la société de toutes ces populations dont on peut se passer. En vertu de cette logique, la prison devient un moyen de faire disparaître les problèmes sociaux sous-jacents qu’ils incarnent. » (p.47)

Ne se contentant pas d’éliminer les gens, le complexe carcéro-industriel fait écho au complexe militaro-industriel

« En fait, de nombreux jeunes qui s’engagent dans l’armée - en particulier parmi les jeunes de couleur - le font souvent pour échapper à une trajectoire de pauvreté, de toxicomanie et d’analphabétisme qui les mènerait directement en prison. Brève observation, enfin, dont les implications sont énormes. Au moins une entreprise de l’industrie de la défense a recruté activement de la main d’œuvre carcérale. Représentez-vous cette image : des prisonniers fabriquent des armements qui aident le gouvernement dans sa quête de domination mondiale. » (p.45)

C’est un processus global qu’il faut discerner :

« Les prisons, leur architecture, leurs technologies, leurs régimes, les marchandises que les détenus consomment et produisent, et la rhétorique qui légitime leur prolifération, tout cela voyage des Etats-Unis vers le reste du monde » (p.132)

Angela Davis montre avec clarté les liens étroits qui unissent la politique carcérale et la politique étrangère des Etats-Unis.

Face aux révélations médiatiques concernant Abou Ghraïb en Irak, il faut se rendre à l’évidence et admettre que les mauvais traitements et les viols des détenus sont issus de « techniques de châtiment qui s’inscrivent profondément dans l’histoire de l’institution de la prison » (p.56). Il ne s’agit pas seulement de constater la dégradation des conditions carcérales, mais d’observer « la manière dont ces institutions peuvent être déployées dans le contexte de la guerre des Etats-Unis pour la domination planétaire » (p.83). Par-delà la thématique carcérale, c’est « au type de démocratie auquel on nous demande de consentir » (p.53) qu’Angela Davis nous invite à réfléchir.

« Comment devons-nous interpréter la violence liée à l’exportation de la démocratie à la sauce états-unienne en Iraq ? Quel genre de démocratie est disposée à traiter des êtres humains comme des déchets ? » (p.56)

Angela Davis nous alerte sur cette notion de démocratie « façonnée en quelque chose comme une marchandise qui peut être exportée, vendue ou imposée à des populations entières » (p.97) et rappelle

qu’une démocratie ne peut émerger de l’oppression d’un groupe par un autre.

Dans le prolongement de l’abolition de l’esclavage, il faut désormais « souligner le caractère désuet de l’emprisonnement comme mode dominant de châtiment » (p.87) et envisager l’abolition du système carcéral. Cela nous permettrait d’imaginer « d’autres versions de la démocratie, de futures démocraties (...) dans lesquelles les problèmes sociaux qui ont permis l’émergence du complexe carcéro-industriel seront, sinon totalement résolus, tout au moins affrontés et reconnus. » (p.54)

Les changements révolutionnaires sont toujours possibles.

Angela Davis, symbole des mouvements contestataires dans les années 60-70, porte aujourd’hui l’espoir de luttes radicales :

« Nous devrions adopter un vigoureux multiculturalisme à teneur politique qui mette l’accent sur l’unité communautaire transraciale et sur la poursuite des luttes pour l’égalité et la justice. C’est-à-dire une unité communautaire transraciale non dans le but de créer un beau « bouquet de fleurs » ou un alléchant « bol de salade » - voilà certaines des représentations métaphoriques du multiculturalisme - mais comme moyen de combattre les inégalités structurelles et de lutter pour la justice. Ce type de multiculturalisme est doté de potentialités radicales. » (p. 36)

Ces potentialités, il faut les tenter. Ce défi, oh combien dérangeant et provocant pour certains, est celui qu’il nous faut relever, sur Sistoeurs et ailleurs, au quotidien. Angela Davis nous montre le chemin. Et peu importent les erreurs que nous pourrions commettre, puisqu’elles contribuent à l’émergence de rapports plus humains et « font avancer la lutte pour la paix et la justice sociale ».

  Les Goulags de la démocratie, Angela Y. Davis
Editeur : Au Diable Vauvert

Traduit de l’américain par Louis de Bellefeuille
ISBN : 2846261156
176 pages
Prix : 15.00 euros

 

La Cour suprême US refuse de se saisir d'une requête de 2 détenus de Guantánamo


La Cour suprême des Etats-Unis a refusé lundi 30 avril de se saisir de la requête de deux détenus de Guantánamo qui voulaient contester la légalité des tribunaux d'exception.
La Cour suprême n'a pas donné d'explications sur son refus mais a précisé que trois juges sur neuf (David Souter, Ruth Ginsburg et Stephen Breyer) étaient pour que la Cour se saisisse du dossier.
Dans leur requête, le Yéménite Salim Ahmed Hamdan et le Canadien Omar Khadr demandaient s'ils bénéficiaient des protections de la Constitution américaine, notamment en matière de droits de la défense et faisaient valoir qu'ils n'avaient pas le temps d'attendre d'être condamnés pour le savoir.
Début avril, la Cour suprême avait refusé d'examiner le recours de dizaines d'autres prisonniers qui contestaient leur détention, estimant qu'il leur restait encore un recours possible devant la cour d'appel fédérale de Washington en vertu d'une loi de 2005.
Source : AFP,  30 avril 2007  

 

Farouk Ksentini à propos des sept Algériens extradés : «Guantanamo est un goulag tropical»

Sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale dont il était l’invité de la rédaction, Me Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme, a confirmé le prochain rapatriement de 7 Algériens sur les 25 qui font partie des 558 détenus (NDLR Chronique de guantánamo : ils ne sont plus que 385, mais la presse algérienne n’est pas à jour dans ses fiches) qui se trouvent dans la base américaine de Guantanamo.
Me Ksentini a fortement insisté sur le fait qu’il s’agit d’un rapatriement et non pas d’une extradition, parce que les personnes concernées sont détenues arbitrairement par les Américains et qu’elles n’ont fait l’objet ni d’un mandat d’arrêt lancé par l’Algérie ni d’une demande d’extradition. Les 7 Algériens sont tout simplement renvoyés à leurs foyers, précise Me Ksentini qui estime que les Américains ont certainement choisi les cas les plus simples et que le reste va suivre. Il qualifie Guantanamo de goulag américain tropical, illégal et estime que sous la pression internationale et de l’opinion publique américaine qui s’est retournée contre l’Administration Bush dont la fin de mandat pointe à l’horizon, celle-ci est revenue à de meilleurs sentiments et prend des mesures d’urgence. C’est ainsi qu’elle a, notamment, envoyé un émissaire à Alger. Pour Me Ksentini, Guantanamo est un camp de concentration où les conditions de détention sont effroyables comme l’ont montré certaines images qui ont fait le tour du monde. Des détenus se sont suicidés dans cette prison installée dans la base américaine de Guantanamo et, souligne, Me Ksentini, quand on sait que ces personnes sont des musulmans, on devine les conditions inhumaines dans lesquelles elles ont été placées. «C’est la force qui prime le droit», constate-t-il.
L’Administration Bush, rappelle Me Ksentini, a agi par des procédures illégales, de façon arbitraire contre des personnes, s’agissant des Algériens, qui avaient des convictions religieuses, «peut-être extrémistes», ajoute-t-il, mais «rien de plus», affirme-t-il. Ils ont, rappelle-t-il, été enlevés de Bosnie et détenus illégalement, c’est une voie de fait contre eux et, souligne Me Ksentini, ils sont en droit d’obtenir des dédommagements conséquents suite à des démarches personnelles auprès des juridictions américaines.
La Commission nationale que préside Me Farouk Ksentini interviendra publiquement, haut et fort, dit-il, pour dénoncer les tortures qui auraient été infligées aux Algériens détenus à Guantanamo si elles sont dévoilées par les concernés.
Il fera remarquer que l’Algérie ne peut refuser le rapatriement de nationaux, mais que notre pays peut demander des renseignements sur ces personnes dans une démarche tout à fait naturelle, ajoute-t-il. «A ma connaissance, dit-il, aucune de ces personnes n’était recherchée en Algérie, mais il est tout à fait naturel que la police vérifie leur situation, et s’il n’y a rien, elles retourneront à leurs foyers». De toutes les façons, elles bénéficient des mesures de la Charte sur la réconciliation, sauf si elles entrent dans les dispositions d’exclusion prévues dans cette charte.
Source : http://www.lanouvellerepublique.com/actualite/lire.php?ida=50162&idc=4&refresh=1


NDLR Chronique de guantánamo : Les rodomontades de Me Ksentini, qui a couvert tous les crimes commis par le régime algérien depuis le massacre d'octobre 1988, font franchement rigoler. Pendant 5 ans, l'Alger s'est tu sur les 30 détenus algériens de guantánamo. On peut donc se demander ce qui a soudaint réveillé l'intérêt officiel algérien pour ces hommes. Quel deal a eu lieu ? Qu'a offert Alger à Washington en échange des détenus "rapatriés" ? Une base militaire dans le Sahara ? Une zone d'exploitation pétrolière ? Des nouveaux contrats pour Halliburton ?

Où est Ahmed Errachidi ?

 

Ahmed Errachidi, le détenu marocain de guantánamo que le gouvernemnt brtannique refusait d ‘autoriser à revenir au Royaume-Uni, où il était résident permanent, a été remis mardi 24 avril aux autorités marocaines, qui l’ont fait immédiatement disparaître dans une geôle. Ni sa famille, ni son avocat londonien n’ont depuis lors aucune nouvelle de lui. Ahmed Errachidi est atteint de trouble bipolaire (maniaco-dépression). Me Clive Stafford Smith a déclaré qu’il était du devoir du gouvernement britannique de demander de ses nouvelles au gouvernement marocain et de s’assurer qu’il était bien traité. Une forfaiture de plus à mettre au passif du gouvernement de Tony Bliar, le menteur.

 

 

 


 

 

 

 

À Tinton Falls, on attend toujours Amir
Amir Meshal aurait du rentrer chez lui, à Tinton Falls,  sur la côté du New Jersey (à 80 km au sud de New York), depuis plusieurs semaines. Ce guide touristique de 24 ans avait été kidnappé par la police kényane et remis à l’armée éthiopienne en janvier dernier. Il y a quelques semaines, un tribunal éthiopien l’avait relaxé. L’ambassade US d’Addis Abeba aurait normalement du se charger de son rapatriement, après l’avoir interrogé et s’être assurée qu’il ne constituait aucun danger pour les USA. Ce qui fut fait. Le seul problème qui restait à régler était qu’Amir figurait sur les listes dressées par le FBI d’indésirables à bord des vols aériens des compagnies US. C’état il y a presque un mois. Depuis, plus aucune nouvelle. Sa famille fait plus que s’inquiéter et le représentant de sa circonscription au Congrès vient de demander à Condoleezza Rice d’intervenir.


« Abdelhadi Al Iraqi », un nouveau « gros poisson » détenu à Guantánamo

Le Pentagone a annoncé vendredi 27 avril qu'un « haut responsable d'Al Qaïda » était détenu dans sa prison à Guantánamo (Cuba).
L'homme, connu sous le nom d'Abdelhadi Al Iraqi, était détenu par la CIA avant d'être transféré à Guantánamo, a fait savoir le Pentagone dans un communiqué.
Al Hadi "était l'un des plus hauts reponsables d'Al Qaïda et l'un de ses plus anciens membres au moment de son arrestation", selon le communiqué.
Il avait été arrêté par la CIA l'année dernière, après le discours du président George W. Bush en septembre 2006 sur le programme de l'agence d'interroger les prisonniers de haute valeur, selon des sources des services de renseignements américains.
Des responsables américains ont qualifié l'arrestation d'Al Hadi de "significative", affirmant qu'il avait "fourni de l'information sur la présence d'Al Qaïda dans un certain nombre de pays" alors qu'il était en détention par la CIA.
Al-Hadi
serait né en 1961 à Mossoul, en Irak, et se serait joint à Al- Qaïda à la fin des années 90.
Il aurait obtenu la confiance d'Oussama ben Laden, dirigeant d'Al Qaïda, et d'Ayman Al Zawahiri, le numéro 2 de l'organisation, et aurait été en contact direct avec d'autres hauts cerveaux et décideurs d'Al Qaïda, selon le communiqué.

Une fois de plus, l’administration Bush s’est donc rendue coupable de violations graves des lois internationales, en maintenant au secret une personne kidnappée, ce qui entre dans la catégorie des disparitions forcées, comme l’a fait remarquer l’organisation Human Rights Watch.

Washington veut limiter le rôle des avocats de détenus à Guantánamo

Le gouvernement américain veut limiter l'intervention de la centaine d'avocats qui défendent des détenus de la base américaine de Guantánamo, selon des informations publiées, jeudi 26 avril, par le New York Times. Estimant que les visites d'avocats civils ont causé "d'importants problèmes et des menaces pour la sécurité du camp", le département de la justice a déposé, selon le quotidien américain, une requête devant la cour d'appel des Etats-Unis visant à remplacer les dispositions actuelles, mises en place en 2004, régissant l'intervention des avocats sur la base de Cuba.

Selon les éléments de cette requête, le gouvernement voudrait réduire à trois le nombre de visites qu'un avocat pourrait rendre à son client à Guantánamo, alors que les règles actuelles ne limitent pas le nombre de visites autorisées. Toujours concernant ces visites, un avocat qui souhaiterait prendre la défense d'un détenu ne disposerait plus que d'un seul entretien. Une mesure dénoncée par certains magistrats, qui ont souligné avoir besoin de temps pour convaincre leurs clients, souvent suspicieux et repliés sur eux-mêmes, de leur bonne foi.

"TROU NOIR LÉGAL"

Des avocats militaires et des agents des services de renseignement pourraient également avoir accès aux e-mails envoyés par les avocats à leurs clients. Jusqu'à présent, selon le NYT, ces messages étaient "inspectés" sans être lus. Les nouvelles mesures permettraient enfin à des représentants du gouvernement de refuser aux avocats l'accès à des preuves utilisées par des commissions militaires pour déterminer si les détenus sont des "combattants ennemis".

Beaucoup d'avocats ont indiqué que ces nouvelles restrictions rendraient leur travail impossible. Pour Jonathan Hefetz, un avocat new-yorkais ayant aidé à coordonner les stratégies de défense des détenus de la base cubaine, le gouvernement essaie de perturber les relations entre les avocats et leurs clients et de limiter les informations sortant de Guantánamo. Cette prison était, souligne-t-il, un "trou noir légal" avant que la justice américaine autorise, en 2004, l'accès des avocats à la base. "Avec ces nouvelles règles, le gouvernement veut refaire de Guantánamo un trou noir légal", a-t-il précisé au NYT.

La requête du département de la justice doit être débattue devant la cour d'appel le 15 mai.

Source : Raphaëlle Besse Desmoulières, Le Monde, 26 avril 2007

 

La Cour suprême du Canada autorise la procédure secrète et la détention arbitraire

Par François Tremblay, World socialist web site, 26 avril 2007

La Cour suprême du Canada a rendu le 23 février dernier une décision unanime qui reconnaît à l’État le droit de violer, au nom de la sécurité publique, des principes démocratiques fondamentaux inscrits dans la Charte canadienne des droits et libertés. Bien que la Cour ait invalidé l’une des dispositions les plus controversées qu’elle était appelée à réviser, le procès secret, l’ensemble de son jugement vise à recouvrir d’un semblant de légalité l’assaut tous azimuts de l’élite dirigeante sur les libertés civiles.

Le plus haut tribunal du pays avait à statuer sur la légalité du certificat de sécurité, décret ministériel permettant d’emprisonner indéfiniment un non-citoyen (visiteur, réfugié ou immigrant reçu) soupçonné par les agences de renseignement d’être une menace potentielle à la « sécurité nationale », et ce, sans que la moindre preuve soit fournie pour étayer un tel soupçon.

En 2005, la Cour fédérale avait conclu que ces certificats étaient constitutionnels, signifiant du même coup qu'au nom de la sécurité nationale et de la bienséance diplomatique (c’est-à-dire le maintien de relations cordiales avec des pays pratiquant la torture), des pans entiers de la preuve pouvaient être soustraits à l'examen public.

Cette décision a fait l’objet d’un appel par Adil Charkaoui, Hassan Almrei et Mohamed Harkat, qui ont demandé à la Cour suprême d’invalider les certificats de sécurité parce qu’ils violent les articles de la Charte qui garantissent à chacun le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne; la protection contre la détention arbitraire; le droit de faire contrôler promptement la légalité de sa détention; et le droit à la protection contre tout traitement cruel et inusité.

C’est sur la base de tels certificats que Charkaoui, Almrei et Harkat ont été arrêtés et détenus en 2003, 2002 et 2001 respectivement. Ils étaient soupçonnés par le ministère de la sécurité publique d’être impliqués dans des activités terroristes. Mahmoud Jaballah et Mohammad Mahjoub ont été arrêtés de la même manière durant la même période.

Charkaoui a été libéré en 2005 et Harkat en 2006. Les deux sont soumis à de sévères restrictions, notamment l’obligation de porter en tout temps un bracelet GPS et l’interdiction de sortir de leur maison sans autorisation. Jaballah et Mahjoub ont été libérés en 2007, après sept ans d’emprisonnement, sous les mêmes conditions de détention à domicile. Almrei demeure le seul à être encore détenu au centre de Millhaven, à Kingston en Ontario. Toutes ces personnes font encore face à la déportation vers leur pays d’origine où, de l’aveu même d’Ottawa, ils risquent la torture et la mort.

Origine du certificat de sécurité

Bien que le certificat de sécurité existe dans la loi sur l’immigration depuis une trentaine d’années, la Loi antiterroriste, adoptée par le gouvernement libéral au lendemain des attentats terroristes de septembre 2001, y a apporté un changement fondamental : le ministère n’a plus à se présenter devant le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS) pour fournir les raisons pour lesquelles il juge qu’un non-citoyen représente une menace à la sécurité publique et doit être placé en détention.

Avant l’adoption de la Loi antiterroriste en décembre 2001, le CSARS étudiait le dossier soumis et faisait parvenir « un résumé des informations dont il dispose » à la personne visée. Le CSARS faisait ensuite parvenir ses recommandations au ministre et une copie de ce rapport était également envoyée à la personne visée. Celle-ci pouvait alors contester la décision devant un tribunal, accompagnée de son avocat, et le tribunal devait trancher les questions concernant l’admissibilité et la divulgation de la preuve.

L’abolition de cette procédure a donné au ministre le pouvoir d’enlever et de jeter en prison la personne désignée sur le certificat de sécurité sans porter d’accusation et sans lui montrer la preuve.

La loi actuelle prévoit qu’un juge de la Cour fédérale doit décider du caractère raisonnable du certificat. Cet examen, aux conséquences potentiellement dramatiques pour la personne désignée, se fait en l’absence de la personne détenue et de son avocat, et ce n’est plus le juge qui détermine ce qui sera divulgué, mais l’accusateur.

La loi ne prévoit aucune possibilité d’appel de la décision du juge, ni aucune possibilité de contrôle judiciaire. Une fois le certificat jugé raisonnable, la loi prévoit que la mesure de renvoi s’applique immédiatement, sans égard au risque de torture. (La Cour suprême avait statué en 2002 que la déportation, malgré un risque élevé de torture ou de mort, est permise dans les cas dits exceptionnels.)

Procédure secrète

La décision unanime des neufs juges de la Cour suprême a été rédigée par la juge en chef, Beverley McLachlin. Elle introduit son raisonnement en procurant un fondement constitutionnel à l’assaut que mène l’élite dirigeante canadienne sur les droits démocratiques sous le prétexte d’une « guerre au terrorisme ». Selon la juge en chef, « l’une des responsabilités les plus fondamentales d’un gouvernement est d’assurer la sécurité de ses citoyens ».

McLachlin reconnaît que l’absence totale de divulgation de la preuve aux détenus et la procédure secrète violent le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité qui est inscrit dans la Charte et que cette violation ne peut se justifier. Mais elle ajoute du même souffle que les impératifs de sécurité rendent impossible la divulgation de la preuve. Pour solutionner cet épineux dilemme, elle suggère l’adoption du modèle britannique, dans lequel des avocats spéciaux « ayant l’habilitation de sécurité voulue » agissent au nom des détenus lors des audiences secrètes.

La Cour est forcée de reconnaître que la tenue d’audiences secrètes viole le principe démocratique de base selon lequel un accusé risquant la prison doit savoir de quel crime il est accusé. Elle fait le commentaire suivant : « [Le] juge n’est pas en mesure de compenser l’absence d’examen éclairé, de contestation et de contre‑preuve par une personne qui serait au fait de la cause. Or, pareil examen est précisément ce que requiert le principe selon lequel une personne dont la liberté est en jeu doit savoir ce qu’on lui reproche.  En l’espèce, ce principe n’a pas été simplement restreint, il a été vidé de sa substance. Comment peut‑on réfuter des allégations dont on ignore tout? »

Ayant conclu que la procédure était illégale, la juge en chef se penche sur la solution à adopter pour la rendre conforme en mentionnant tout d’abord, qu’il « se peut que la nécessité de protéger la société exclue cette possibilité (de divulgation).  Des renseignements peuvent avoir été fournis par des pays ou des informateurs à la condition qu’ils ne soient pas divulgués.  Il peut aussi arriver que des renseignements soient sensibles au point de ne pouvoir être communiqués sans que la sécurité publique soit compromise.  C’est là une réalité de la société moderne. » 

En d’autres termes,  le respect des droits fondamentaux est incompatible avec la lutte au terrorisme et la défense de la « sécurité nationale ». La Cour suggère alors de recourir aux avocats spéciaux et cite à titre d’exemple l’expérience britannique où des avocats possédant « l’habilitation de sécurité voulu » et qui reçoivent leurs instructions de la Cour agissent dans des procès secrets pour « tester » la preuve du ministère. Ce type d’avocat est contesté en Grande-Bretagne, entre autres par les avocats spéciaux eux-mêmes, qui considèrent que leur rôle devient celui d’auxiliaire de l’État. En effet, ils n’ont aucun des pouvoirs nécessaires pour présenter une preuve qui puisse valablement contredire celle présentée par le gouvernement.

Un rapport publié au Royaume-Uni en avril 2005 par le Comité sur les affaires constitutionnelles de la Chambre des communes a étudié le fonctionnement des avocats spéciaux et a relevé les faiblesses de ce type de représentation en ce qui a trait aux droits des accusés. Ce rapport a été cité dans le jugement de la Cour suprême, y compris l’extrait suivant :  « Le Comité a énuméré trois désavantages importants avec lesquels les représentants spéciaux doivent composer : 1) après avoir pris connaissance des renseignements secrets, ils ne peuvent plus, sous réserve de rares exceptions, recevoir d’instructions de l’appelant ou de son avocat; 2) pour les aider à assurer une défense pleine et entière en secret, ils ne disposent pas d’une équipe de juristes comme c’est le cas habituellement; 3) ils ne sont pas habilités à assigner des témoins. »

Ces « désavantages », que la Cour suprême rejette, vont directement au cœur de ce que le tribunal dénonçait dans ses motifs pour déclarer illégale la procédure des procès secrets. Elle disait : « Par conséquent, le juge n’est pas en mesure de compenser l’absence d’examen éclairé, de contestation et de contre‑preuve par une personne qui serait au fait de la cause. » L’impossibilité d’assigner des témoins, par exemple, et de pouvoir présenter une preuve indépendante de celle du ministre pour la contrer, enlève la principale arme de l’avocat à la Cour.

Traitement cruel

Le plus haut tribunal conclut également que la détention indéfinie et sans accusations des appelants, dans l’attente d’être expulsés vers un pays qui pratique la torture, n’est pas déraisonnable. Il est seulement prêt à reconnaître que, dans certaines circonstances, cette détention puisse constituer un traitement cruel et inusité.

Les cinq personnes ont été détenues dans des conditions atroces d’isolement et de froid, sans accès à leurs avocats, à leur famille, à des soins médicaux requis ou à des divertissements normalement offerts à tous les détenus canadiens. Plusieurs grèves de la faim ont été menées, simplement pour avoir accès à la télévision (voir: Grève de la faim des détenus du « Guantánamo canadien »).

Une prison spéciale a été construite au centre de détention de haute surveillance à Millhaven à Kingston pour les recevoir, surnommé le Guantánamo du nord, en référence à l’infâme prison américaine de Guantánamo Bay à Cuba, cet autre trou noir dans lequel pourrissent des soi-disant terroristes qualifiés de « combattant illégaux ». 

Les conditions de détention à Millhaven sont telles que la Cour a dû faire les commentaires suivants suite à une demande de remise en liberté présentée par Mohammad Mahjoub, le plus ancien détenu, qui en était à son 83ème  jour de grève de la faim, après avoir été détenu depuis 7 ans, coupé de sa famille et malade. Voici ce que mentionne la juge en chef: « Le requérant est maintenant un homme âgé et souffrant. Il est inquiet de son état de santé et préoccupé par le manque de contact avec sa famille, qui s'est limité à des appels téléphoniques et des visites occasionnelles ». Elle ajoute que « sa détention peut être raisonnablement décrite comme indéfinie ».

Indifférence de l’élite envers les principes démocratiques

La Cour donne un an au gouvernement pour modifier la loi et lui permet explicitement d’utiliser dans l’intervalle cette même procédure contre d’autres personnes ou contre les plaignants.  La Cour ajoute que si dans un an, le gouvernement n’a rien fait, ce sera aux plaignants de s’adresser de nouveau à elle pour demander l’annulation des certificats de sécurité.

La réaction des médias officiels a été de présenter le jugement comme une victoire pour les droits de la personne et un coup porté contre les procès secrets, tout en reconnaissant avec soulagement que la Cour suprême n’entamait en rien la capacité de l’État de mener la « lutte au terrorisme ».

Le New York Times soulignait dans son édition du 25 février que le jugement était la preuve qu’au Canada, la lutte au terrorisme pouvait se faire dans le respect des droits individuels.

Yves Boisvert, le commentateur judiciaire au journal La Presse, le principal quotidien de l’élite francophone au Québec, indiquait dans l’édition du 26 février que le jugement « reconnaît le droit de l’État de prendre des mesures exceptionnelles pour la sécurité publique contre des étrangers jugés simplement suspects », et que la décision « n’entame nullement notre capacité de lutter contre le terrorisme, et avec lequel même le gouvernement conservateur pourra très bien vivre. »

Le Globe and Mail, le quotidien de l’élite financière canadienne, a accueilli la solution « pragmatique » de la Cour pour résoudre le dilemme moral dans cet « âge de la terreur ».  Après avoir souligné que la Cour autorisait la détention indéfinie des non citoyens suspectés de terrorisme, le Globe poursuit en disant : « Bien que la Cour ait pris en défaut … les règles controversées de la procédure secrète, elles peuvent être facilement réparées ». L’éditorial poursuit en soulignant à juste titre que « l’impact à long terme de la décision devrait préserver la capacité du gouvernement de protéger les Canadiens des terroristes. »

Quant au gouvernement Harper, il a rapidement accepté les conclusions du jugement et annoncé qu’une nouvelle proposition de loi respectant les exigences de la Cour serait présentée. Cette nouvelle proposition fera sans doute partie d’une nouvelle panoplie de mesures législatives « antiterroristes », notamment pour contrecarrer le refus des trois autres partis au Parlement de reconduire deux dispositions controversées de la loi antiterroriste qui étaient arrivées à échéance en mars dernier. 

Ce jugement unanime, rédigé par la juge en chef, marque un important virage à droite de la part de la Cour suprême. Il sera perçu comme un feu vert à  l’assaut sur les droits démocratiques que mène l’élite dirigeante canadienne sous le prétexte de la « lutte au terrorisme ».  
Source : http://www.wsws.org/francais/News/2007/avril07/260407_supreme.shtml



Suisse : En publiant le « fax égyptien », les journalistes de Sonntagsblick n’ont pas violé de secret militaire
Par Sonntagsblick et Tlaxcala, janvier 2006-avril 2007


De gauche à droite Beat Jost, Christoph Grenacher et Sandro Brotz. Photo Michele Limina, Sonntagsblick

Christoph Grenacher, ancien rédacteur en chef, Sandro Brotz, reporter  et Beat Jost, rédacteur du quotidien de langue allemande Sonntagsblick ont été acquittés mardi 17 avril par le tribunal militaire de Saint-Gall, devant lequel ils comparaissaient pour « violation du secret militaire », charge pour laquelle ils risquaient cinq ans de prison. Les journalistes recevront des indemnités de 20 000 Francs suisses. Il leur était reproché d’avoir rendu public en janvier 2006 un fax du ministère des Affaires étrangères égyptien, intercepté par les services de renseignement suisses, et faisant état de prisons secrètes de la CIA.

La justice militaire suisse a donc donné raison à Christoph Gerlacher, qui écrivait dans son éditorial du 9 janvier 2006 : « Nous ne servons pas uniquement l’État. Nous, les journalistes du SonntagsBlick, nous considérons également comme les gardiens de l’État. Comme les gardes et défendeurs de l’État de droit. Comme les gardiens de la communauté, les chroniqueurs du temps. Bref, comme indépendants. Nous détestons autant les muselières que les prisons secrètes. Nous les détestons ici et ailleurs. »

 

Voici les articles qui ont valu aux journalistes d’être traités comme des espions.


Les révélations de Sonntagsblick (janvier 2006)

 

 

Sommaire


Scandale autour de la CIA - Les camps américains de la torture : La preuve !
Les écoutes téléphoniques - Comment des agents suisses ont détecté le fax égyptien
 Ceux qui se taisent - La réaction du chef de l’armée Christophe Keckeis se fait attendre 48 heures
 Les conséquences - Le chef du DDPS  Samuel Schmid lance une enquête administrative
 Les Enquêteurs - Comment des experts internationaux commentent ces révélations
 Petit glossaire des sigles utilisés
 Dossier CIA : Quel rôle joue la Suisse?
 Nous autres les gardiens, par Christoph Grenacher, rédacteur en chef, Sonntagsblick
 Espion & Espion - La CIA à la chasse : Dick Marty
 Enlèvements et torture : la chronologie d’un scandale
 L’enquêteur du Conseil de l’Europe et Conseiller des États Dick Marty : « Presque tous les États dissimulent la vérité dans cette affaire »

 


Scandale autour de la CIA - Les camps américains de la torture : La preuve !
 par Sandro Brotz et Beat Jost, Sonntagsblick, 9 janvier 2006


C’est la première preuve: Les Américains possèdent des prisons secrètes pratiquant la torture en Europe. Ceci peut être conclu d’un échange de télécopies entre le Ministre des Affaires étrangères égyptien et son ambassade à Londres. Le fax a été intercepté par les services secrets suisses et a été obtenu par le Sonntagsblick.
 
Les écoutes téléphoniques
Comment des agents suisses ont détecté le fax égyptien - Au milieu de la nuit une histoire sombre est éclairée par un premier rayon de lumière.
On est le 15 novembre 2005 juste avant une heure est demi du matin. La centrale des écoutes du Ministère de la Défense suisse (DDPS ) à Zimmerwald, à quelques kilomètres au sud de Berne, surveille comme d’habitude tout en respectant les règles. Le système satellite des écoutes Onyx tourne aussi à plein régime cette nuit-là. L’opérateur des services secrets avec le nom abrégé wbm rédige le rapport « Report COMINT SAT » qui porte le numéro d’ordre S160018TER00000115.
Wbm sait-il quel message explosif destiné à ses chefs de la Base d’aide au commandement de l’armée (FUB) il est en train de transcrire en français ? Le message avait été intercepté dans l’espace et retransmis par un satellite à la terre cinq jours auparavant : le 10 novembre à 20h24. C’est un échange de télécopie entre le Ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit (63 ans) au Caire et son ambassadeur à Londres. Les agents suisses titrent le message « Les Égyptiens disposent de sources qui confirment l’existence de prisons secrètes américaines ». Selon le rapport des services secrets suisses, les Égyptiens disent mot à mot:
« L’ambassade a appris de ses propres sources qu’en effet 23 citoyens irakiens et afghans ont été interrogés sur la base Mihail Kogalniceanu près de la ville de Constanza au bord de la Mer Noire (en Roumanie – remarque de l’éditeur). De tels centres d’interrogatoires existent en Ukraine, au Kosovo, en Macédoine et en Bulgarie. » En outre, ils rapportent que selon un article de presse, l’organisation des droits de l’Homme Human Rights Watch dispose de preuves pour des transports de « prisonniers le 21 et 22 septembre qui ont été transférés par des avions militaires américains de la base Salt Pit (mine de sel) à Kaboul à la base polonaise Szymany et à la base roumaine mentionnée ci-dessus ». Les Égyptiens écrivent explicitement : « Malgré tous les faits précités, les responsables roumains continuent à nier l’existence de prisons secrètes dans lesquelles les services secrets américains interrogent des membres d’Al Qaïda. Le porte-parole de la délégation européenne a accueilli positivement le démenti officiel des Roumains ».
 
La sensation
Pour la première fois un État  confirme qu’il était au courant de l’existence de prisons secrètes de la CIA en Europe La force explosive du fax du Ministre des Affaires étrangères égyptien est difficilement égalable: Un État est au courant de l’existence de prisons secrètes de la CIA sur le territoire européen. Cette information n’est pas basée sur des Open Sources, des sources officiellement accessibles, comme des articles de presse ou des rapports d’organisations non gouvernementales comme Human Rights Watch. Dans le cas présent le fax mentionne qu’il s’agit de « propres sources ». Le travail des services secrets égyptiens est estimé comme étant « extrêmement professionnel » par des experts qui souhaitent garder l’anonymat. Dans le milieu des services secrets, les informations provenant des services des renseignements du Caire sont en général considérées comme étant « absolument fiables et crédibles ». L’ambassadeur égyptien à Berne n’a pas souhaité s’exprimer face à SonntagsBlick par rapport à cet échange de télécopies. La rédaction n’a pas cédé à son souhait d’obtenir le document. Il n’a pas non plus souhaité répondre à la question de savoir s’il contestait l’authenticité du document.
Les sources égyptiennes ont confirmé ce que le monde entier ne pouvait jusque-là que soupçonner : au nom de la lutte contre le terrorisme, les USA enlèvent, cachent et interrogent systématiquement leurs prisonniers. « Nous n’avons utilisé ni les aéroports ni l’espace aérien en Europe pour transporter des personnes à des endroits afin de les torturer là-bas », affirmait la Ministre des Affaires Etrangères américaine Condoleezza Rice (51 ans) il y a environ un mois à l’occasion de la rencontre des Ministres des Affaires Etrangères de l’OTAN à Bruxelles. Mais elle a omis de confirmer que ces prisons et ces transports n’existent pas.
 
Ceux qui se taisent
La réaction du chef de l’armée Christophe Keckeis se fait attendre 48 heures
Une explication est maintenant également désespérément recherchée au Bundeshaus (Palais fédéral) depuis que SonntagsBlick a confronté mercredi les responsables de l’armée avec des questions concernant leur propre rapport d’espionnage. Comment se fait-il que les services secrets de l’armée espionnent un État ami ? Est-ce qu’on a informé le Ministre de la Défense Samuel Schmid (59 ans), la Ministre des Affaires Etrangères Micheline Calmy-Rey (60 ans) et le Ministre de la Justice Christoph Blocher (65 ans) du contenu important du message ? Est-ce qu’on a informé la Délégation des Commissions de gestion des Chambres fédérales (DélCdG)? Est-ce qu’on a transmis le document aux services secrets américains ou à d’autres États comme on le fait d’habitude avec des messages obtenus à l’aide d’Onyx ? 48 heures passent jusqu’à ce que le chef de l’armée Christophe Keckeis (60 ans) réagisse. Le commandant du corps refuse catégoriquement de répondre aux questions du SonntagsBlick mais la DélCdG sera informée de façon détaillée. Le président de la DélCdG, Conseiller des États SVP Hans Hofmann (66 ans, Zurich), déclare vendredi après-midi suite à notre demande qu’il n’avait pas eu connaissance de ce dossier délicat. Parallèlement, Hofmann désigne la révélation spontanément comme une « indiscrétion incroyable ».
Silence radio également du côté de Autorité de contrôle indépendante (ACI) chargé de la surveillance de l’espionnage radio. Ses membres, trois hauts fonctionnaires des Ministères de la Défense, de la Justice et des Transports, doivent examiner, selon le règlement, tous les ordres de surveillances des télécommunications. Si l’organisme de contrôle juge la légitimité de l’ordre comme étant insuffisante, il peut demander l’arrêt de l’ordre auprès des Conseillers Fédéraux chargés des services de renseignement, à savoir Samuel Schmid (DDPS) ou Christoph Blocher (département de justice et police, DFJP).
Est-ce qu’on a également examiné l’ordre de surveillance concernant l’Égypte  et peut-être même demandé son arrêt ? Le président de l’ACI , le professeur Luzius Mader, vice-directeur de l’agence fédérale de la justice refuse de répondre aux questions : « C’est le DDPS qui est chargé de l’information du public concernant les activités de l’ACI ». Mais là-bas on nous dit également : « no comment ». Le porte parole de Schmid, Jean-Blaise Defago : « Le DDPS  ne souhaite pas répondre aux questions ».
 
Les conséquences
Le chef du DDPS Samuel Schmid lance une enquête administrative Excitation, nervosité, dissimulation : L’excitation à Berne est compréhensible. Au maximum trois ou quatre personnes sont habilitées à lire les originaux des rapports d’écoute. Les messages importants sont transformés en rapports secrets, dont les sources sont systématiquement cachées et dissimulées.
« C’est une catastrophe que le dossier autour du fax égyptien ait été rendu public » dit un initié des services secrets de haut rang. « Moi, j’aurais transmis le message directement au Président de la République de l’époque, Samuel Schmid, qui est en tant que président du DDPS le président du Comité de Sécurité des Conseillers fédéraux.
Si et quand Schmid a informé ses deux collègues du Conseil fédéral au sein de la Délégation à la Sécurité (SiA) est préservé comme un secret d’État . Le DDPS  se tait, Le Ministère des Affaires Etrangères Calmy-Rey ne commente pas cette affaire et le Ministre de la Justice de Christoph Blocher fait également blocage. Le porte-parole du DFJP Sascha Hardegger : « Nous ne souhaitons pas prendre position par rapport à ce dossier ».
Le porte-parole du DDPS  Defago ajoute que le Conseiller fédéral Schmid allait sûrement lancer une enquête administrative afin de constater comment une telle indiscrétion a pu être commise et comment un rapport secret a pu parvenir au public.
 
Les enquêteurs
Comment des experts internationaux commentent ces révélations
Est-ce qu’un journal a le droit de publier des documents secrets concernant de potentielles prisons de la CIA ? « Bien évidemment il a le droit, c’est un sujet d’intérêt public » dit Manfred Nowak (55), rapporteur spécial de l’ONU sur la torture. « C’est un scoop », dit Dick Marty (61), agent spécial du Conseil de l’Europe chargé du dossier CIA et conseiller municipal du parti libéral de langue allemande FDP. Sous réserve qu’il ne pouvait pas confirmer l’authenticité du document il dit clairement : « Il s’agit là d’un indice supplémentaire qui confirme notre soupçon ». La vérité se dévoilait maintenant « petit à petit ». L’ancien persécuteur de la mafia Marty qui examine depuis deux mois le dossier de la CIA demande au gouvernement de « dire enfin la vérité dans cette affaire ».


Petit glossaire des sigles utilisés


COMINT (Communications Intelligence) : Ecoute électronique, évaluation et radio-transmission.
SAP ce Service d'analyse et de prévention au sein du département de justice et police est chargé de la protection de l’État  et de la sécurité intérieure. Sont concernés par ce service entre autres : terrorisme, extremisme violent, services des renseignements interdits.
FUB Base d’aide au commandement de l’armée. Le domaine phare de la FUB est la guerre électronique, c’est à dire l’utilisation de systèmes militaires de surveillance de la communication sans fil, de la détermination de ses sources et, le cas échéant, son brouillage. Ceci comprend également l’espionnage de signaux provenant de systèmes étrangers de télécommunication.
SRFA Service de renseignement des Forces aériennes qui procure les renseignements secrets nécessaires pour les actions militaires de l’armée de l’air.
SRM Service de renseignement militaire : travaille pour l’armée et est sous les ordres du chef du grand État- major de l’armée.
ONYX Depuis cinq ans le DDPS  exploite à partir de Zimmerwald (Berne) et via les stations de satellite Leuk (Valais) et Heimenschwand (Berne) le système d’écoute sophistiqué Onyx à l’aide duquel tous les conversations téléphoniques, les emails et télécopies envoyés via satellite peuvent être interceptés. Parmi les clients d’Onyx se trouvent les services secrets militaires SRS et SRFA  ainsi que le service secret intérieur SAP.
SiA La délégation responsable des questions de sécurité du Conseil fédéral. Le Ministre de la Défense Samuel Schmid (Président), le Ministre de la Justice et la Ministre des Affaires Etrangères Micheline Calmy-Rey font actuellement partie de ce collège.
SRS Service des renseignements stratégique du Ministère de