La Galaxie
guantánamo
Le compte à rebours
a commencé en Bosnie
Des
centaines d’hommes, de femmes et d’enfants sont menacés
Dossier
réalisé par Luiza Toscane, http://www.reveiltunisien.org/, mars
2007
Lire la première et la seconde partie ici
Troisième partie :
Mersija Topic
Des
centaines de Bosniaques se sont vus retirer leur nationalité ces derniers
mois. Des centaines d’autres devraient suivre. Une fois déchus de leur
nationalité, ils seront renvoyés vers leurs pays d’origine, sans leurs
épouses ni leurs enfants. Les demandeurs d’asile en Bosnie dont la demande
n’a pas été acceptée sont renvoyés de la même façon. Le renvoi du Tunisien
Badreddine Ferchichi a semé la panique chez tous les déboutés du droit
d’asile et les personnes déchues de leur citoyenneté. Ces mesures s’inscrivent
dans un cadre politique plus large incluant également des incriminations
aussi intempestives que dénuées de tout fondement. Voici le témoignage
de Mersija Topic, une femme bosniaque, restée seule en Bosnie avec ses
cinq enfants suite au départ précipité de son mari tunisien qui n’a
pas voulu subir le même sort que Badreddine Ferchichi : arrestation,
sévices et incarcération. Ce témoignage est repris et traduit d’un article
paru dans El Ouassat Et Tounisiyya [1].
Luiza Toscane
« Nous
menions une vie stable, grâce à Dieu. Mon mari vivait ici en toute légalité.
Son droit au séjour a pris fin en 2000, avec l’expiration de son passeport
qu’il n’a pu faire renouveler, l’ambassade de Tunisie à Belgrade lui
ayant opposé un refus catégorique. »
« Il m’a envoyée en Tunisie dans sa famille pour tâter le terrain.
Nous étions en 2003. Je m’y suis rendue avec nos enfants. A l’aéroport,
les autorités tunisiennes nous ont maltraités et se sont montrées grossières
parce que je suis l’épouse de Mounir Silini. Tout le temps que j’ai
passé en Tunisie, la police m’a contrôlée, suivie dans les lieux où
je séjournais, on a recensé mes moindres faits et gestes et ceux de
sa famille. J’ai été convoquée à plusieurs reprises au poste de police
et soumise à des interrogatoires. Toutes les questions portaient sur
mon mari. Ils voulaient savoir pourquoi il ne rentrait pas en Tunisie,
pourquoi il nous avait envoyés nous seulement et s’il avait des activités
politiques. »
« J’ai appris là-bas qu’il avait été condamné à quatre ans d’emprisonnement
pour sa participation à des activités politiques à l’étranger et qu’il
voulait salir le gouvernement tunisien aux yeux de l’opinion publique
en utilisant ses violations des droits de l’homme.
J’ai compris que j’étais indésirable, et que j’allais causer des soucis
à sa famille. J’ai eu peur pour mes enfants. J’ai fait mes valises et
je suis rentrée en Bosnie. Lorsque j’ai raconté à mon mari ce qui s’était
passé, il a compris qu’il ne pourrait pas faire renouveler son passeport,
et partant, son droit au séjour. Il a fait le nécessaire pour présenter
une demande d’asile à la fin de l’année 2005. Son titre de séjour était
alors renouvelable tous les trois mois. »
|
Mounir Silini |
« Le
renouvellement a eu lieu deux fois. Avant l’expiration du second trimestre,
il a reçu une convocation pour un nouvel entretien dans le cadre de
sa demande d’asile, le 12/06/2006, mais le 24/05/2006, notre maison
a été assiégée par les forces de police, au prétexte que le gouvernement
le soupçonnait de financer le terrorisme. C’était impossible, mon mari
est éleveur. Il trime à longueur de journée pour nous faire vivre, occupé
qu’il est entre l’élevage des poules et celui des abeilles. »
|
A gauche la maison de
Mersija Topic, à droite, le poulailler, et au premier plan,
ce qui reste des ruches |
« Je
pouvais tout réfuter car je connaissais mon mari et dans quelles conditions
nous vivions. Ce jour-là, lorsque la police a débarqué, je venais d’avoir
un différent avec lui, car nous n’avions plus rien à manger. Les policiers
ont bien vu que le réfrigérateur était vide de toute nourriture, de
viande, de boissons. Il n’y avait même pas de lait pour les enfants.
J’ai parlé avec les policiers des épreuves que nous traversions alors
que mon mari était là : que dire s’il était incarcéré ou renvoyé !
L’un des officiers de police a été touché par ma situation et m’a donné
50 marks, soit 25 euros. Il a répété des formules d’excuse et de regret,
car il avait reçu des ordres d’en haut.
Mon mari a été arrêté vers onze heures du matin après que la maison
ait été fouillée minutieusement, c’était sinistre. Ils ont saisi des
disquettes, des cassettes audio et tout ce qui était rédigé en arabe,
et même des photos de famille. »
|
De gauche à droite :
Mersija Topic, Jamila, Ibrahim, Chaïma, et Meriem Silini |
« Des
journaux, des télévisions locales et internationales m’ont contactée.
L’information a été diffusée que trois personnes d’origine arabe avaient
été arrêtées. C’était l’événement du jour, j’ai bien cru l’avoir perdu
pour de bon. J’étais alors enceinte de cinq mois de ma fille Esma que
j’ai mise au monde par la suite et qu’il ne connaît pas.
Moi, je sais que mon mari n’a aucune relation, ni de près, ni de loin,
avec une quelconque activité illégale. Or, l’épouse est la plus à même
de connaître les moindres secrets de son mari, et tous les voisins et
nos connaissances pourraient en témoigner. Je suis plus que convaincue
qu’il s’est agi d’un scénario ficelé par le gouvernement pour exhiber
devant le monde entier son rôle dans la lutte antiterroriste. Comme
par hasard, les services de six pays des Balkans ont tenu une réunion
à Sarajevo deux jours plus tard. »
« Mon
mari avait reçu une convocation avant son arrestation pour son entretien
pour l’asile... » « L’après-midi du même jour, alors que j’étais
noyée dans ma tristesse et les larmes de mes enfants, effrayés par ce
qui se passait, j’ai eu la surprise d’entendre mon mari frapper à la
porte. Tous les voisins accouraient pour fêter son retour sain et sauf.
L’affaire s’avérait un film concocté par les services bosniaques et
le ministère de la Sûreté. »
« Le
12 juin, mon mari s’est rendu à son entretien, tout s’est passé normalement,
comme si tout cela n’avait été qu’un mauvais rêve. Puis, il y eut le
refus de la demande d’asile présentée par Ferchichi et son expulsion
en Tunisie. Nous avons commencé à nous angoisser, d’autant plus que
les trois derniers mois arrivaient à leur terme. Lors du rendez-vous,
il a demandé comme d’habitude le renouvellement de son droit au séjour,
mais la réponse a tardé, de façon inhabituelle, cela nous a irrités.
Il craignait d’être renvoyé à l’instar de Ferchichi, qui avait été arrêté
le même jour que lui. Alors, il n’est plus resté dormir à la maison
et a demandé à un avocat de faire la lumière. On l’a informé que son
droit au séjour était acquis et qu’il devait rendre son ancien titre
pour qu’il soit archivé, mais il a su juste après qu’on lui avait refusé
l’asile et qu’il ne lui restait plus qu’à quitter le pays dans un délai
de quinze jours. »
« Sa
présence parmi nous contribuait à nous faire oublier nos conditions
de vie difficiles. Après son départ, notre vie est devenue misérable.
Les enfants sont dans un mauvais état psychologique, surtout qu’à l’école,
les autres, qui ont assisté à l’arrivée de la police disent à mes filles
Meriem et Jamila que leur père est en prison et.... Encore autre chose,
j’ai accouché de ma fille en son absence et vous voyez, elle ne va pas
bien, et pour tout arranger, elle a dû être hospitalisée. La famille
a été dispersée, moi à l’hôpital, le père dans un lieu inconnu et les
quatre enfants chez ma mère qui vit avec une retraite de 80 euros. C’est
ainsi que nous avons passé l’Aïd et le Nouvel An. Cela a joué sur le
moral des enfants. Ils ont pleuré, énormément. »
« Voyez
par vous-mêmes, l’élevage d’abeilles qu’il avait commencé et qui comptait
cinquante ruches qui faisaient notre richesse : la majorité sont
mortes, faute de soins. Moi, je n’y connais rien. En hiver, il fait
moins vingt degrés. Tout son travail, tout ce qui nous faisait vivre
a pris fin. Et je ne pouvais pas, moi, avec mes cinq enfants dont l’aînée
à 10 ans et la plus jeune qu’il avait laissée dans mon ventre. »
|
Mersija Topic et ses
5 enfants |
Nous
avons contemplé le lieu en friches que madame Silini n’était pas parvenue
à nous décrire. « Nous n’avons plus aucune ressource, sinon Dieu
et les voisins et ceux qui compatissent à notre situation lorsqu’ils
nous rendent visite, Dieu soit loué. »
« Je souhaite que toutes les organisations de droits de l’homme
nous tendent la main, pour l’aider à obtenir l’asile, pour qu’il puisse
arracher ses enfants à leur souffrance. »
Meriem (9ans et demi) était très
attachée à son père et quand nous lui avons demandé de lui envoyer un
message, elle a fondu en larmes : « Mon papa que j’aime tant,
reviens, rentre papa » Nous avons été impressionnés par ses mots
noyés dans les larmes (...) et nous lui avons promis qu’elle le reverrait
pour l’encourager à étudier. D’ailleurs ses résultats sont excellents,
d’après le bulletin scolaire que sa mère nous a montré, même si l’absence
de son père a été la cause d’une baisse de niveau. Nous en avons demandé
la raison à Meriem, qui nous a répondu : « Comment veux-tu
que j’étudie quand les autres ont décidé pour moi que mon père était
en prison ? »
Jamila (7 ans) : « Nous
souffrons d’être séparés de toi, papa, nous souffrons beaucoup ».
Son niveau scolaire à elle aussi en a beaucoup pâti.
Chaïma (5 ans et demi) qui s’était
blottie contre moi depuis notre arrivée et qui me posait de temps en
temps des questions en toute innocence : « Quand est-ce qu’il
revient mon papa ? »
Ibrahim (18 mois) commente dans sa
langue propre, incompréhensible pour nous, sinon : « papa,
papa » Esma, en mauvaise santé, si elle avait parlé, elle aurait
appelé son père, aussi.....
[1] Reportage et entrevue réalisée par Anouar Malek,
journaliste, le 24 février 2007
Quatrième partie : Manifestation à
Zenica
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« nous voulons la
clémence, nous voulons la justice ».
dzonlic.blogspot.com |
Près
de trois mille personnes se sont rassemblées place Alija Izetbegovic,
à Zenica, dimanche 25 février, sous le slogan « ne otimaj mi babu »
(N’enlevez pas mon père), protestant contre les retraits de nationalité
décidés par la commission constituée à cet effet, et dont les travaux
ne sont pas achevés.
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Beaucoup
d’hommes concernés, qui se sont vus retirer la nationalité, mais aussi
ceux dont le tour pourrait bien arriver dans les jours à venir, ainsi
que leurs enfants, et de nombreux habitants de la ville ont répondu
à l’appel lancé par quelques organisations : la section de Zenica-Doboj
de l’association Zlatni Ljiljan ( Le lys d’or), formée de vétérans de
guerre [1],
l’association Al Ansar, association constituée par les victimes de la
loi sur la nationalité [2] et qui n’a pas obtenu de visa de la part des
autorités bosniaques, et enfin l’association des aveugles et invalides
de guerre de Kaknja.
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Au
nom de la première, a longuement pris la parole le commandant Serif
Patkovic, suivi en cela par les enfants des étrangers naturalisés [3].
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Serif Patkovic, président
de l’association Zlatni Ljiljan
www.islambosna.ba |
Il
s’agissait de la seconde manifestation, la première ayant eu lieu à
Sarajevo le 1er octobre 2006 devant le Parlement [4]. La mobilisation s’est renforcée avec l’annonce
début janvier du retrait de la nationalité pour 330 personnes [5] et l’annonce par le président de la commission
que cette dernière allait continuer son travail et solliciter du Parlement
de Bosnie Herzégovine une prolongation de son mandat [6], ainsi que le prévoit la loi [7].
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dzonlic.blogspot.com |
Le
mandat de la commission, dont les travaux avaient commencé le 16 février
2006, a officiellement pris
fin vendredi 16 février dernier [8]. Selon Oleg Milisic, le représentant du OHR
(Office of the High Representative and EU special representative) il
y aurait 856 décisions prises,-il n’a pas précisé la proportion de retraits/maintien
dans la nationalité-, et il resterait à la commission 465 dossiers à
examiner. A cette occasion, Oleg Milisic, a dit avoir demandé au Parlement
de prolonger le mandat de la
Commission, à ceci près que ce dernier n’était pas
encore élu. [9]
Les
victimes de la loi ont porté plainte devant la cour constitutionnelle,
puisque la loi ne prévoit pas d’appel. A ce jour, seul Fadhil Al Hamdani,
un Bosniaque d’origine irakienne, a vu la décision de retrait de sa
nationalité bosniaque, prise au début des années 2000, cassée par la
plus haute juridiction du pays, mais la commission de révision des naturalisations
a décidé une nouvelle fois de le priver de sa nationalité bosniaque,
anticonstitutionnellement, donc, et provoquant l’ire de l’association
Al Ansar.
En
effet Fadhil Al Hamdani, aujourd’hui âgé de 46 ans, vit en Bosnie depuis
27 ans, il y a fait et terminé ses études de métallurgie dans les années
80. Militaire de carrière, il a participé à la guerre au sein de l’armée
bosniaque [10]. Il est marié avec une femmes bosniaque et
père de cinq enfants bosniaques.
Ainsi,
la mobilisation ne faiblit pas et certains manifestants envisagent d’ores
et déjà de nouvelles manifestations de rue si la commission envisage
de nouveaux retraits de nationalité. Aucun renvoi n’a été effectué à
ce jour. Le président de la
Commission, Vjekoslav Vukovic, interrogé à ce sujet,
a eu beau jeu de botter en touche et de déclarer que « l’expulsion
des personnes concernées n’entrait pas dans le mandat de la commission
dont la mission était de rassembler la documentation et de procéder
aux révisions », et qu’il s’agissait « de deux missions relevant
de deux lois différentes »( [11].
|
dzonlic.blogspot.com |
L’acharnement
à refouler dans l’illégalité l’association Al Ansar sous les prétextes
les plus fantaisistes est un indice de plus de la volonté des autorités
bosniaques de parvenir à leurs fins coûte que coûte. Or, si la mobilisation
est toujours de mise, elle reste circonscrite aux intéressés. L’élargissement
de la solidarité reste l’exigence de l’heure, y compris au niveau international.
[1]
Le Lys d’Or est la plus haute distinction dans l’Armée de Bosnie Herzégovine.
[2] Cette association, présidée par Aymen Awad,
regroupe les victimes de cette loi résidant dans la fédération croato-musulmane.
[3] « Skup
podrske », http://dzonlic.blogspot.com/
[4] « Djeca
Mudzahedina u BIH :
Ne dirajte nom oceve », www.24sata.hr/articles/view/34728/
[5] « Komisija
za reviziju drzavljanstava BiH : Do sada oduzeto 330 drzavljanstava »,
www.24sata/info/2659
[6] « Komisija
BiH za reviziju
drzavljanstava trazila
produzenje mandata », Dnevni avaz, 09/01/07
[7] Se reporter à « Le compte à rebours a commencé
en Bosnie, des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants sont menacés »,
deuxième partie www.reveiltunisien.org
[8] « Mandat Komisije Za reviziju drzavljanstva »,
Nicolas Foster, EUFOR, OHR, 13/02/07
[9] « Mandat Komisije Za reviziju drzavljanstva »,
Nicolas Foster, EUFOR, OHR, 13/02/07
[10] « Rasizam pod naskom terorizma »,
Saff, br. 62.
[11] « Do sada smo oduzeli 330 drzavljanstava »,
9/01/07, Patriotska Liga Bosne i Hercegovine, 13/01/07, www.plbih.org
Cinquième partie : « ni rester, ni partir »
par Afra
Weidmann, mandataire des familles, Co-fondatrice du groupe Augenauf (Ouvrez les yeux) pour
les droits de l’homme
Des
centaines de familles en Bosnie sont menacées de séparation forcée par
l’expulsion du mari et père dont le passeport bosniaque est confisqué
ou auquel le prolongement de l’autorisation de séjour est refusé.
Et
en Suisse, pays qui se targue de respecter les droits de l’homme ?
Six
familles - mère bosniaque et père d’origine tunisienne, ont quitté la Bosnie quand la pression et
les menaces contre "ces arabes" sont devenues de plus en plus
inquiétantes.
Pendant
la guerre et encore quelques temps après, ils étaient les bienvenus
pour travailler dans le cadre des organisations humanitaires.
Retourner
vers le pays d’origine était impossible, tous avaient fui de sévères
persécutions pour des raisons politiques.
Ont-ils
trouvé l’asile en Suisse, après toutes ces années de passages de pays
en pays, sans jamais trouver un lieu de calme et de sécurité ?
L’article
52,1 a.
de la loi d’asile en Suisse permet de refuser l’asile à une personne
qui a séjourné quelque temps dans un pays tiers où elle peut retourner,
sans que les motivations de sa demande d’asile soient examinées. Le
renvoi vers le pays d’origine est exclu.
Ces
six Tunisiens avaient sans doute passé du temps dans un pays tiers,
ayant contracté mariage avec des femmes bosniaques.
Et
la deuxième partie de l’article ? " .....si elle peut y retourner"
Ils ne le peuvent pas, parce que l’ambassade de Bosnie Herzégovine refuse
l’entrée et le séjour aux hommes d’une autre nationalité sans passeport
en cours de validité. Cela nous étonne pas, si on voit ce que se passe
en Bosnie.
En
revanche, la réaction des autorités suisses est plus qu’étonnante. Au
lieu de tirer les conséquences qui s’imposent de l’impossibilité de
retour de ces familles et de traiter enfin leurs demandes d’asile, elles
restent muettes. Rien ne bouge, c’est l’impasse. Les parents et surtout
les enfants souffrent de cette situation de "ni rester ni partir" :
interdiction de travail, réduction de l’assistance sociale, une vie
sans perspective.
De
nombreuses interventions juridiques, une action de grève de faim l’année
passée [1],
tous ces efforts n’ont pas débloqué l’affaire.
Qu’est-ce
que se cache derrière se blocage bizarre ? Espère-t-on que ces
familles vont disparaître d’un jour à l’autre dans la nature ?
Attend-on l’entrée de la
Bosnie et de la
Suisse dans l’Union Européenne dans un futur incertain ?
Ou y a-t-il simplement une perte du sens des réalités dans les têtes
des responsables ?
Il
n’y a pas lieu de spéculer sur leurs motivations - leur comportement
est tout simplement indigne d’un État de droit.
La famille G. trois enfants, demande d’asile 2001, date prévue
pour quitter : 26.4.2005
La
famille B. trois enfants, demande d’asile 1999, date prévue pour quitter :
12.9.2003
La famille G. trois enfants, demande d’asile 2001, date prévue
pour quitter : 25.4.2004
La
famille B. deux enfants, demande d’asile 2003, date prévue pour quitter :
7.6.2005, dossier en cours de révision - renvoi suspendu
La
famille S. trois enfants, demande d’asile 2002, date prévue pour quitter :
30.5.2005, dossier en cours de révision - renvoi suspendu
La
famille B. cinq enfants, demande d’asile 2002, date prévue pour quitter :
3.2005, dossier en cours de révision - renvoi suspendu
Des
chiffres secs, un voile qui cache la peur, les soucis, la dépression
et la crainte d’une déportation séparée des femmes et des enfants.
L’indifférence
du public face aux problèmes de quelques familles est une triste réalité.
Le drame en Bosnie est resté sans écho dans la presse européenne, le
drame silencieux de ces familles en Suisse est resté sans écho dans
la presse suisse - on pourrait parler d’”épaves” de la guerre de Bosnie,
“épaves” aussi de la repression en Tunisie des années 1990. Des êtres
humains indésirables partout. Et nous, qui sommes toujours minoritaires
en tant que porteurs de cette idée fixe que chaque être humain a le
droit d’avoir des droits, où en sommes nous ?
[1]
”Ni rester, ni partir” fut le slogan de notre action menée du 22 au
25 août 2006, une grève de la faim symbolique menée par les familles
et moi-même, sur le terrain d’une église située au centre ville de Zurich.
Le pasteur nous en avait prêté le lieu. Pour nous avoir donné l’hospitalité,
il a reçu des e-mails hostiles. L’écho dans la presse est resté marginal.
A la conférence de presse, deux journalistes se sont déplacés :
un petit article a été publié dans le Tages-Anzeiger. Pour les grévistes,
ce fut l’occasion de devenir actif, de sortir de cette situation interminable
d’attente et de participer.
Sixième partie : communiqué de l’Aassociation Al Ansar, Sarajevo
Au
nom d’Allah le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux
Communiqué
du 21 mars 2007 / 2 Rabi elawwel 1428
L’association
Al Ansar a été fondée en Bosnie Herzégovine pour défendre les droits
des Bosniaques par naturalisation après que le gouvernement bosniaque
ait mis sur pied une commission spéciale de révision des nationalités
accordées aux personnes étrangères durant la période allant du 6 avril
1992 au 1er janvier 2006. Malheureusement, l’association n’a pu être
enregistrée alors que nous en avions fait la demande le 9 mars 2006
au ministère de la Justice bosniaque à Sarajevo,
la capitale. Ce ministre, un Serbe, a refusé de signer la décision d’enregistrement
de l’association dans les registres de l’État. Le dossier est dans son
bureau depuis le 20 avril 2006, mais il refuse de signer sans motif
ou sinon parce que les membres de l’association sont des musulmans étrangers
naturalisés bosniaques et d’autres sont des Bosniaques de souche. La
majorité des membres de l’association sont des combattants « moujahidine »
venus en Bosnie en 1992 pour défendre les musulmans. Le ministre est
serbe et fait partie de ceux qui ont approuvé le nettoyage ethnique
des musulmans de Bosnie Herzégovine mené indifféremment par les Serbes
et les Croates. Les combattants étrangers ont soutenu le peuple bosniaque
musulman face à l’agression et au nettoyage ethnique, ce qui a déplu
aux Serbes et aux Croates qui ont senti les répercussions de cette aide
au travers de la peur et de la crainte qui se faisait jour dans leurs
rangs. Ils avaient l’habitude de tuer les musulmans sans rencontrer
de résistance et là ils ont été surpris par des soldats qui ne craignaient
pas les attaques des Serbes et des Croates et qui, au contraire, ont
contribué à remonter le moral des musulmans et qui sont passés de la
défense à l’attaque et ont infligé des pertes aux Serbes et aux Croates.
Pour s’en venger, ainsi que de leur défaite, l’ensemble des responsables,
qu’ils soient Serbes ou Croates, et quel que soit leur poste, ont exigé
que soit mis fin à la naturalisation des combattants étrangers (uniquement
musulmans) et ont bloqué leurs dossiers dans les commissions gouvernementales.
C’est ce qu’a fait ce ministre serbe (Slobodan Kovac) en refusant de
signer la décision permettant l’enregistrement de l’association Al Ansar.
Cela a bloqué l’activité de l’association puisque nous n’avons pas d’agrément
pour faire un tampon, ni pour des documents à l’en-tête de l’association,
ni pour ouvrir un compte au nom de l’association pour recevoir des contributions
de façon officielle, de même que nous ne pouvons correspondre en tant
que tels avec les associations et les organisations de droits de l’homme,
c’est à dire au nom des membres de l’association. C’est à titre individuel
que nous correspondons, afin de ne pas tomber sous le coup de la loi,
qui y trouverait là une raison légale de nous retirer la nationalité
bosniaque, pour activités illégales. Pour cette raison nous ne disposons
pas des dossiers officiels de tous les cas de retraits de nationalités
et renvoi illégal d’individus contrevenant aux usages, aux lois et aux
droits de l’homme. Nous sommes sur le point de consigner tous ces cas
dans des dossiers spéciaux que nous présenterons aux organisations de
droits de l’homme et à la Cour européenne de Strasbourg
et à la Cour
de Bosnie Herzégovine. L’association Al Ansar ne regroupe pas seulement
ceux qui ont combattu, mais beaucoup de personnes ayant travaillé dans
des structures de secours et qui ont offert une aide humanitaire pendant
et après la guerre, ainsi que des étudiants qui ont étudié en Bosnie
Herzégovine et encore d’autres personnes ayant obtenu la nationalité
bosniaque après 1992 et qui sont visés par la nouvelle loi sur la nationalité
et les activités de la commission nouvellement mise en place. Pour rappel,
dans le passé et à deux reprises, des commissions de révision de la
nationalité avaient été formées, avant la promulgation de la nouvelle
loi et ces commissions n’avaient pas trouvé de contraventions à la loi
sur lesquelles s’appuyer pour retirer une seule nationalité. Que pourrait
bien trouver cette commission nouvelle dont les prérogatives se bornent
à revoir les documents d’acquisition de la nationalité bosniaque pour
vérifier si cette dernière était conforme à la loi et s’il y a eu fraude
ou falsification, etc., auquel cas elle a le droit de retirer la nationalité ?
Mais si la nationalité a été obtenue légalement et que toutes les conditions
légales ont été remplies, cette commission ne peut ôter la nationalité.
C’est ce qu’a confirmé la
Cour suprême de Bosnie lors de l’examen de la plainte
administrative déposée par le citoyen Fadhil Hamdani devant cette dernière
juridiction, contestant la décision de la commission raciste de lui
retirer la nationalité sur des bases fallacieuses. Nous ne manquerons
pas de rappeler que la commission prive les personnes du droit à s’opposer
à ses décisions mais leur laisse celui de porter une plainte administrative
auprès de la Cour suprême de Bosnie Herzégovine,
en sachant que cette plainte n’est pas suspensive de l’exécution du
retrait de nationalité, ni de ses conséquences. La décision de la commission
est légalement définitive (en vertu du texte) et n’est pas susceptible
d’opposition, en d’autres termes elle est exécutoire, mais n’est pas
irrévocable, puisqu’il est possible de porter plainte sans que cela
empêche l’exécution dans la mesure où les instances exécutives, une
fois en possession d’un exemplaire de la décision, commencent à l’exécuter,
annulant l’enregistrement des personnes à l’état civil, supprimant leur
matricule national, retirant les documents personnels tels que passeport
et carte d’identité et exigeant des individus qu’ils régularisent leur
situation au regard du droit au séjour en tant qu’étrangers. Mais l’administration
de l’émigration et des passeports refuse de leur délivrer un permis
de séjour tant que la Cour n’a pas statué définitivement
sur leur affaire et les considère encore en tant que Bosniaques alors
que l’administration de l’état civil et du statut personnel considère,
elle, qu’ils sont devenus des étrangers, et supprime leur inscription
des registres d’état civil. Cela plonge les personnes concernées dans
des difficultés énormes et un vide juridique. Ils ne sont ni Bosniaques
ni étrangers jusqu’à ce que les services de la
Sûreté soient en mesure de les renvoyer en raison de
leur situation illégale. Cela s’est passé à maintes reprises, les services
de la Sûreté se basant
sur la décision du ministère de l’Intérieur leur retirant leur nationalité
et n’attendant pas la décision de la
Cour, par ailleurs généralement positive en ce qu’elle
confirme la nationalité bosniaque des individus, mais qui intervient
tardivement. Ainsi les services de la Sûreté ont renvoyé des personnes qui ont été remises
aux forces américaines en Bosnie Herzégovine, lesquelles les ont livrées
à leur tour à Cuba et les ont fait incarcérer au pénitencier de sinistre
réputation de Guantanamo. L’activité de cette commission contrevient
dans l’ensemble à la loi qui a prévu sa constitution et elle a outrepassé
ses prérogatives. Complotent avec elle des exécutifs tels que le ministère
de la Sécurité et
l’administration de l’état civil et du statut personnel, ces derniers
s’estimant au-dessus des lois. Qui leur demanderait des comptes ou les
traduire en justice puisqu’il s’agit d’une volonté conjointe américano-européenne ?
Pour autant cela ne leur confère aucunement le droit de piétiner les
droits des individus et d’enfreindre la
Convention européenne des Droits de l’Homme et des
Libertés fondamentales qui s’applique directement et prioritairement
sur toute autre loi en Bosnie Herzégovine. Encore un autre dépassement
commis par cette commission qui s’appuie pour agir et retirer les nationalités,
sur l’accord de paix de Dayton, sur la base de ce traité odieux qui
dispose par l’un de ses articles que devront avoir quitté le pays tous
les combattants étrangers, quel que soit le camp dans lequel ils ont
combattu : Serbes, Croates et musulmans. Dans le cas de ces derniers
cela a été appliqué et il n’en est resté qu’un petit nombre qui avaient
acquis la nationalité bosniaque, s’étaient mariés et avaient fondé des
familles, et n’étaient pas étrangers au moment de la signature de l’accord
de Dayton. Ainsi, la Cour
suprême de Bosnie Herzégovine a confirmé que la commission ne pouvait
se prévaloir de l’accord de Dayton ni considérer le commandant des forces
de l’OTAN comme référence suprême pour l’accord de Dayton. Ainsi, la
Cour confirme que la commission a outrepassé ses prérogatives
mais l’exécutif continue d’appliquer les décisions de la commission
en retirant la nationalité bosniaque aux individus, viole leur droits,
œuvre à leur renvoi de façon injustifiée, plonge leur famille dans l’errance
puisqu’ils ne peuvent pas emmener avec eux les membres de leur famille,
n’ayant aucun lieu où les mener. Ils seraient sujets à la torture et
à l’emprisonnement dans la plupart des cas. Et quand bien même ils ne
seraient pas jetés en prison, ils seraient sans abri. Quand ils ont
quitté leur pays, pour défendre les valeurs de la vie, ils ont laissé
leurs maisons. Ils appartenaient, en tant que célibataires, à des familles
ayant leur logement à elles et maintenant ils devraient revenir dans
leur pays avec une famille composée de quatre personnes au bas mot,
et à laquelle ils ne sont pas en mesure d’assurer un logement ;
de leur côté, leurs familles n’ont aucune possibilité non plus. Ainsi
ces familles ne pourraient plus vivre ensemble, ce qui contreviendrait
aux droits de l’homme, car tout individu quel qu’il soit, a le droit
de vivre en famille et de jouir de tous ses droits civiques. Citons
notamment les déclarations réitérées à la presse du président de la
Commission et de son vice président, affirmant qu’étaient
visés par les révisions de nationalités les individus d’origine afro-asiatique,
confirmant le caractère éminemment raciste de cette structure. Il y
a des Russes, des Bulgares, des Roumains, des Ukrainiens et bien d’autres
de diverses nationalités qui ont combattu aux côtés des Serbes et des
Croates et ont obtenu la nationalité sur la base de leur présence dans
les rangs des forces de ces derniers. Aucun d’eux ne s’est vu retirer
la nationalité et on ne sache que leur citoyenneté ait été revue comme
cela a été le cas pour d’autres. Au point qu’un médecin d’origine ghanéenne
qui a combattu dans les rangs croates a été nommé ambassadeur de Bosnie
Herzégovine au Japon à la fin de la guerre. Il s’agit donc d’une discrimination
raciste scandaleuse visant la partie bosniaque musulmane en général
et les ex combattants en particulier, alors qu’ils n’ont jamais enfreint
les lois de la Bosnie Herzégovine. Ils y vivent même dans des conditions
difficiles. La plupart d’entre eux n’ont pas de travail fixe dont ils
pourraient vivre et faire vivre leurs familles. Certains vendent ce
qu’ils peuvent sur les marchés et ont de la peine à être autosuffisants,
d’autres travaillent avec les familles de leurs épouses dans l’agriculture
et l’élevage et certains n’ont pas de travail et sont à la charge d’autrui.
Pourtant, les Américains et les Européens ne souhaitent pas les voir
se maintenir en Bosnie Herzégovine, tout simplement parce qu’ils sont
d’origine afro asiatique. Retenons les points essentiels : 1- Le
refus d’autorisation pour l’association Al Ansar parce que ses membres
sont d’origine afro asiatique 2- l’illégalité de la commission de révision
des nationalités parce qu’elle est raciste et se considère au-dessus
des lois 3- La commission a outrepassé ses prérogatives telles que prévues
par la loi sur la nationalité 4- Le refus de la commission d’avaliser
les décisions de la Cour suprême 5- Les individus ne sont pas autorisés
à faire opposition aux décisions de la commission 6- L’exécution par
l’administration de l’état civil et du statut personnel et le ministère
de la Sûreté des décisions
de la commission avant que la
Cour suprême n’ait rendu son avis. 7- L’activité de
la commission contrevient à la convention des droits de l’Homme signée
et ratifiée par l’Etat de Bosnie Herzégovine 8- La commission informe
les instances officielles de ses décisions de retrait de nationalité
mais ne les informe pas en cas de décision positive de la
Cour suprême, causant des difficultés aux personnes
concernées. C’est aux individus d’informer les instances officielles
de décisions de la Cour
suprême annulant les décisions de la commission mais les responsables
refusent de collaborer alors et rétorquent qu’ils ne tiennent compte
que de ce qui leur parvient des instances officielles ayant émis des
décisions.
Le président de l’Association Aymen Awad (traduction : LT)
Guantanamo
mon amour
Le
théâtre du Chêne Noir est en tournée dans l’île de La Réunion avec Guantanamour,
une pièce qui met en scène un prisonnier soupçonné d’être un terroriste
et son geôlier, un soldat américain. Écrite quelques mois après la création
du tristement célèbre centre de détention à Cuba. Son propos reste toujours
d’actualité.
Pour Guantanamour, il y a eu un avant et un après la guerre en Irak.
Avant, on acquiesçait timidement au propos mais rechignait à programmer
la pièce, après on plébiscitait le visionnaire. Gérard Gelas, fondateur
du théâtre du Chêne Noir (Avignon), a écrit le texte seulement trois
mois après l’ouverture de la prison de Guantanamo à Cuba. Mise à part
quelques entrefilets dans la presse, il n’avait pratiquement aucune
information sur les conditions de détention des prisonniers. Qui sont-ils ?
Comment sont-ils arrivés là ? Sont-ils coupables de quelque chose ?
Il ne savait rien et a bâti ses personnages sur un imaginaire qui s’est
tristement révélé juste. Guantanamour est l’histoire de deux hommes,
Rassoul et Billy Harst, que tout oppose : la culture, l’âge, la
religion et même le physique. Deux hommes rassemblés par les circonstances
et que finalement, seule l’humanité rassemble. Elle s’insufflera, petit
à petit, dans leurs rapports, dans leurs échanges et parfois, même,
au détour d’un regard, d’une phrase à la volée, ils vont se comprendre.
Au départ, il y a la haine, réciproque et violente entre un prisonnier
soupçonné de terrorisme et son geôlier américain. Tous les deux n’ont
rien à faire là. Tous les deux sont victimes d’une guerre qui les dépasse.
Ils sont les pantins d’intérêts bien supérieurs : le pétrole, l’argent,
rien à voir avec une quelconque liberté à conquérir. Ils aiment à se
torturer, physiquement ou mentalement. Ils s’ennuient alors ils se parlent.
“DU MÊME ENDROIT”
Ils s’apprivoisent, se découvrent. Rassoul, joué par Damien Rémy, est
en fait là suite à un malentendu. “Il n’est pas celui qu’on croyait.
Il y a certainement des prisonniers à Guantanamo qui méritent d’être
arrêtés et jugés, mais beaucoup sont là parce qu’ils passaient par là...
Il y a même des enfants de 12 à 15 ans”, explique le comédien. Quand
au GI, pauvre type qui passait par là aussi, son histoire raconte celle
de milliers de soldats américains dont le moral fléchit. Beaucoup ont
dit non, mais certains y sont allés. Pourquoi ? “L’intérêt de la
pièce est aussi de comprendre pourquoi quelqu’un peut devenir méchant.
Il a oublié d’où il venait. Il n’avait pas de travail, pas de carte
de sécurité sociale et s’ils font couler leur sang pour la nation, ces
types ont tous les avantages qu’ils n’avaient pas”, analyse Guillaume
Lanson. C’est donc la rencontre de deux misères. “Finalement, ils viennent
du même endroit”, poursuit Damien Rémy. Banlieues à vif mais contenues,
qui expriment leurs frustrations où elles le peuvent. Après la Réunion, le Théâtre
du Chêne repart en tournée à travers la France. Ils rêvent d’aller jouer leur pièce aux
États-Unis mais pour l’instant, les contacts sont au point mort.
M.V.
• Guantanamour ce soir vendredi 30 mars au théâtre de
Champ Fleuri à Saint-Denis de La
Réunion à 20 heures, samedi 31 au théâtre Luc Donat
à 20 heures.
Source : www.clicanoo.com
Guantanamo
plus que jamais au coeur de la controverse
Les
aveux de détenus de Guantanamo arrange bien l'administration Bush en
plein marasme irakien, mais jette le trouble dans l'opinion et chez
les spécialistes judiciaires quant à la manière dont ils été obtenus.
A Guantanamo, on le sait depuis longtemps, il n'y a a pas d'avocats
pour les détenus. Mais désormais, des tribunaux militaires d'exception
chargés de juger ceux qu'on appelle "les combattants ennemis".
Comme Cheik Mohamed qui avouait la semaine dernière être le cerveau
du 11 septembre et d'une trentaine d'autres actions terroristes dans
le monde. Pour ce spécialiste, les jeux sont faits avant même la moindre
audience: "Les dés sont jetés d'emblée, dès que vous rentrez dans
ce genre de tribunal spécial, des tribunaux je dois le dire irréguliers,
vous êtes déjà désigné comme tel, comme "ennemi combattant",
et le but de ces étranges tribunaux, c'est de confirmer cela."
Confirmer ce statut de "combattant ennemi", à n'importe quel
prix, par n'importe quel moyen et à l'écart de tout processus judiciaire
transparent. Voilà ce que pensent les spécialistes du droit, tout comme
les associations de défense des droits de l'homme : "L'administration
a agi de façon quasiment pathologique en voulant empêcher ces gens de
bénéficier d'un vrai procès ou d'un vrai avocat. Et les raisons sont
évidentes. L'une d'elle, c'est qu'il est parfaitement clair qu'on les
a torturés, et le président Bush sait qu'on les a torturés, on a sûrement
ordonné d'appliquer certaines tortures comme celle du "sous- marin"...
Deuxième raison, c'est que le plus gros de ce qu'ils ont dit sous la
torture ne serait considéré recevable par aucun vrai tribunal."
De l'autre côté, on évoque une nécessité historique induite par la fameuse
guerre contre la terreur : "Dans 50 ans, quand on reparlera de
Guantanamo, on dira que l'Amérique a fait ce qu'il fallait, qu'elle
l'a fait malgré les nombreuses critiques, parce que c'était la bonne
chose à faire." Quatorze "combattants ennemis" doivent
comparaître devant ces tribunaux. Ils sont 395 à Guantanamo. Qu'adviendra-t-il
des autres?
Source : http://www.euronews.net/index.php?page=info&article=413876&lng=2,
29 mars 2007
Les
États-Unis ont renvoyé des détenus de Guantanamo en Russie où ils ont
été torturés
Un nouveau rapport montre pourquoi les « assurances
diplomatiques » ne sont pas fiables
(New
York, 29 mars 2007) – D’anciens détenus de Guantanamo qui ont été renvoyés
chez eux en Russie en 2004 ont été soumis à la torture et à d’autres
abus malgré l’engagement de Moscou pris envers le gouvernement américain
de les traiter humainement, selon un
nouveau rapport de Human Rights Watch publié aujourd’hui.
L’expérience
des prisonniers russes prouve que les Etats-Unis doivent cesser de compter
sur les « assurances diplomatiques » promettant un juste traitement
pour justifier le transfert de prisonniers de Guantanamo Bay vers des
pays où ils risquent d’être torturés.
Les sept Russes se sont tous retrouvés en détention après l’invasion
américaine de l’Afghanistan et ont fini par passer près de deux années
à Guantanamo. Bien qu’ils se soient plaints de mauvais traitements de
la part des autorités américaines, tous les détenus ont à maintes reprises
demandé aux autorités à Guantanamo de ne pas être renvoyés en Russie
parce qu’ils s’attendaient à y subir un traitement encore pire. Et de
fait, trois d’entre eux ont subi de graves tortures et mauvais traitements
après avoir arrêtés en Russie dans le passé. Deux d’entre eux avaient
été reconnus coupables à l’issue de procès non équitables, et tous ont
été harcelés et traqués par les forces russes du maintien de l’ordre.
Le rapport de 43 pages, intitulé « La ‘marque de Guantanamo’: L’histoire
de sept hommes trahis par les assurances diplomatiques de la Russie aux les États-Unis
» (« The ‘Stamp
of Guantanamo:’ The Story of Seven Men Betrayed by Russia’s Diplomatic
Assurances to the United States »), retrace les expériences
des détenus après leur renvoi en Russie en mars 2004, sur la base d’interviews
avec trois d’entre eux, des membres de leurs familles, des avocats ainsi
que d’autres personnes. L’accès aux ex-détenus est limité parce que
trois d’entre eux sont en prison et les autres sont soit parvenus à
quitter le pays, soit entrés en clandestinité.
« L’expérience russe démontre pourquoi les ‘assurances diplomatiques’
ne fonctionnent simplement pas », a déclaré Carroll Bogert, Directrice
associée de Human Rights Watch et auteur du rapport. « Les gouvernements
avec des antécédents de recours à la torture ne changent pas soudainement
leur comportement parce que le gouvernement américain prétend leur avoir
arraché une forme d’assurance. »
La Convention
contre la torture stipule que nul ne peut être renvoyé dans un pays
où il encourt un risque réel d’être torturé, et ne permet aucune exception
basée sur la sécurité nationale ou d’autres motifs. Les États-Unis sont
partie à cette convention et enfreignent donc le droit international
en transférant des prisonniers vers des pays où ils risquent d’être
torturés. Une déclaration du gouvernement américain à Human Rights Watch
a clairement démontré que Washington était au courant de la menace de
la torture en Russie.
De nombreux autres pays, dont le Royaume-Uni, le Canada, l’Autriche,
les Pays-Bas et la Suisse,
tentent également de déporter ou d’extrader des personnes suspectées
de terrorisme par le biais d’« assurances diplomatiques ».
Human Rights Watch a pressé le gouvernement américain d’établir des
procédures de contrôle afin que toute personne transférée de Guantanamo
Bay ait une opportunité effective de contester son transfert devant
un organisme impartial. De telles procédures devraient aussi permettre
à un détenu de contester la fiabilité de toute assurance diplomatique
que le gouvernement américain aurait pu se procurer.
Le gouvernement américain a ouvert la voie à la libération ou au transfert
de 80 détenus de Guantanamo, mais continue néanmoins à les maintenir
en détention. Human Rights Watch a insisté que toute procédure visant
à évaluer la crainte des détenus d’être torturés n’entrave ni la vitesse
des départs, ni l’objectif final de fermer entièrement le centre de
détention de Guantanamo.
Le gouvernement américain affirme que les autorités russes ont promis
de poursuivre les détenus sur la base d’inculpations de terrorisme et
de les traiter humainement. Elles n’ont tenu aucune de ces promesses.
Après trois mois de détention en Russie, durant lesquels ils n’ont pas
été maltraités, tous les sept ex-détenus ont été relâchés et ont tenté
de reprendre des vies normales en Russie, ce qui s’est avéré impossible.
Rasul Kudaev, un résident de Kabardino-Balkarie dans le sud de la Russie, a été mis en détention
après une insurrection armée dans la capitale provinciale en octobre
2005. Selon des photographies, des attestations médicales, des documents
du tribunal ainsi que des témoignages d’avocats et de membres de sa
famille, Kudaev a été battu à de nombreuses reprises lors de sa détention
afin de le contraindre à avouer une participation à l’insurrection.
Il n’a toujours pas été poursuivi pour son prétendu rôle dans l’insurrection,
mais demeure en détention près d’un an et demi plus tard.
Ravil Gumarov et Timur Ishmuratov, tous deux résidents de la république
russe du Tatarstan, ont été détenus en avril 2005 à la suite d’une explosion
ayant touché un gazoduc local et dans laquelle il n’y a eu ni mort ni
blessé. Ils ont été battus lors de leur détention jusqu'à ce qu’ils
avouent; Gumarov a été privé de sommeil pendant près d’une semaine et
a été enchaîné à une petite cage avec ses mains au-dessus de sa tête,
parmi d’autres exactions.
Gumarov et Ishmuratov ont rétracté leurs aveux lors de leur procès et
ont été acquittés par le jury en septembre 2005. Néanmoins des procureurs
locaux ont obtenu une « annulation » du verdict et une condamnation
en mai 2006.
« Ce qui est arrivé aux anciens détenus est assez habituel pour de nombreux
suspects en détention policière en Russie », a déclaré Bogert. “Mais
c’est justement le point clé. Le gouvernement américain savait que ces
hommes seraient probablement torturés, et les a néanmoins renvoyés en
Russie.”
Deux des détenus ont indiqué à Human Rights Watch que des interrogateurs
américains à Guantanamo les avaient menacés de les renvoyer en Russie
s’ils ne divulguaient pas d’information sur leurs prétendues activités
terroristes.
Les détenus et leurs familles ont décrit un harcèlement fréquent par
la police russe et les services de sécurité, en particulier le Service
fédéral de sécurité qui a succédé au KGB, ainsi que par le Département
du crime organisé du Ministère de l’Intérieur. « [Les autorités russes]
m’ont dit à plusieurs reprises qu’après ma détention à Guantanamo, il
n’était pas nécessaire de prouver que j’étais un terroriste,” a déclaré
l’ancien détenu Airat Vakhitov à Human Rights Watch. « Que chacun d’entre
nous pouvait être jeté en prison parce que nous étions des terroristes.
»
Source : http://hrw.org/french/docs/2007/03/29/russia15590.htm
Arabiya : http://hrw.org/arabic/docs/2007/03/29/russia15583.htm
English :
http://hrw.org/english/docs/2007/03/29/russia15576.htm
Russky : http://hrw.org/russian/docs/2007/03/29/russia15585.htm
Español : http://hrw.org/spanish/docs/2007/03/29/russia15591.htm
Deutsch : http://hrw.org/german/docs/2007/03/29/russia15592.htm
Bisher Al Rawi en passe d'être
libéré à Guantanamo
Un
ressortissant irakien résidant en Grande-Bretatgne doit être relâché
après pratiquement cinq ans de captivité sur la base américaine de Guantanamo
à Cuba, a annoncé jeudi le Foreign Office.
Bisher Al Rawi est détenu sur la base de Guantanamo depuis son ouverture
en 2002.
Dans un communiqué, la ministre des Affaires étrangères Margaret Beckett
déclare qu'il a été convenu avec les autorités américaines que M. Al
Rawi" rentrera "prochainement au Royaume-Uni" dès que
les détails pratiques auront été arrêtés.
Elle a ajouté que cette décision fait suite à des discussions sur les
implications du retour de Bicher Al Rawi en matière de sécurité.
Bisher Al
Rawi a été arrêté en Gambie avec Jamil El Banna en 2002 et remis sans
autre forme de procès aux autorités US.
Source :
AP, 29 mars 2007
L'affaire
Kurnaz continue d'embarasser le chef de la diplomatie allemande
Frank
Walter Steinmeier a une nouvelle fois défendu la décision de Berlin
de ne pas accueillir Murat Kurnaz en Allemagne en cas de libération
de Guantanamo. Le ministre des Affaires Etrangères s'expliquait ce jeudi
29 mars devant une commission parlementaire.
A l'époque Steinmeier était le coordinateur des services secrets à la
chancellerie. On lui reproche d'avoir freiné voire empêché la libération
de Kurnaz de Guantanamo. Selon lui il s'agissait de prévenir tout risque
pour les citoyens allemands...
Le ministre de l'Intérieur de l'époque Otto Schilly a indiqué qu'il
avait basé sa décision sur l'analyse minutieuse des informations qu'il
possédait : "La décision revenait au ministère de l'Intérieur et
aux autorités subalternes. Et la responsabilité est d'autant plus facile
à assumer que le ministère a agi correctement" a déclaré Schilly
devant la commission parlementaire. Murat Kurnaz, né en Allemagne de
parents turcs, avait été arrêté en décembre 2001 au Pakistan avant d'être
livré aux forces américaines. Jugé innofensif, il a été libéré de Guantanamo
en 2006 après quatre années de captivité.
Voir le
reportage d’Euronews
RSF rencontre la famille de Sami Al Haj à Khartoum
Cuba semble être devenu par les hasards de l'histoire
une terre de non droit. Le gouvernement cubain emprisonne opposants
et journalistes après un simulacre de procès. Le gouvernement américain
utilise la base de Guantanamo (louée à Cuba depuis 1903 avec un bail
qui ne peut être résilié sans l'accord des deux parties) pour en faire
un zone américaine de non droit, où sont détenus des prisonniers sans
jugement.
Le secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, a
rencontré, le 19 mars 2007 à Khartoum, capitale du Soudan, le frère,
la soeur et la cousine de Sami Al-Haj, assistant cameraman de la chaîne
privée qatarie Al-Jazira. Arrêté par les forces armées pakistanaises
à la frontière afghane en décembre 2001, il est détenu depuis le 13
juin 2002 par l'armée américaine à la base de Guantanamo (Cuba).
Ses proches ont discuté pendant une trentaine de minutes avec une délégation
de Reporters sans frontières au siège du Khartoum Center for Human rights
and Environmental development (KCHRE), une organisation locale de défense
des droits de l'homme.
Robert Ménard a fait part de la solidarité de l'organisation avec la
famille du journaliste incarcéré. Il a par ailleurs assuré ses proches
que Reporters sans frontières continuerait à mener une campagne active
pour obtenir sa remise en liberté. Il leur a enfin demandé s'ils avaient
des nouvelles, et s'est engagé à relayer l'appel qu'ils souhaitaient
lancer pour réclamer sa libération.
Les trois membres de sa famille, après avoir remercié les organisations
nationales et internationales de défense de la liberté de la presse
pour leur mobilisation, ont notamment fait part de leur inquiétude concernant
l'état de santé de Sami Al-Haj, après que le journaliste a entamé une
grève de la faim, le 7 janvier 2007.
Il a désormais du mal à se tenir debout. Les contacts du journaliste
avec ses proches sont toujours extrêmement rares et les nouvelles de
Guantanamo sont "très inquiétantes", selon son frère. Au total,
la famille du journaliste n'a reçu que six lettres par l'intermédiaire
de la Croix-Rouge, l'une d'elles
leur étant parvenue près de deux ans après sa rédaction.
Ses proches ont lancé un appel à l'ONU, et notamment au Conseil des
droits de l'homme, pour permettre à Sami Al-Haj de recouvrer la liberté.
La s¦ur du journaliste a indiqué que l'émir du Qatar leur avait promis
d'intervenir en sa faveur. Elle a également appelé les autorités américaines
à reconnaître que "Sami Al-Haj est innocent, qu'il était présent
en Afghanistan en sa qualité de journaliste".
Elle a indiqué que sa famille dépendait financièrement de lui et que
son fils unique "le réclamait beaucoup". Son frère, pour sa
part, a déclaré, à l'intention des autorités américaines : "Si
vous n'avez rien de sérieux à reprocher à mon frère, pourquoi maintenir
le poids écrasant du secret sur son cas ?"
Source : RSF, 29 mars 2007
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