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La Galaxie guantánamo

 

Le compte à rebours a commencé en Bosnie


Des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants sont menacés


Dossier réalisé par Luiza Toscane, http://www.reveiltunisien.org/, mars 2007
Lire la première et la seconde partie ici

Troisième partie : Mersija Topic

Des centaines de Bosniaques se sont vus retirer leur nationalité ces derniers mois. Des centaines d’autres devraient suivre. Une fois déchus de leur nationalité, ils seront renvoyés vers leurs pays d’origine, sans leurs épouses ni leurs enfants. Les demandeurs d’asile en Bosnie dont la demande n’a pas été acceptée sont renvoyés de la même façon. Le renvoi du Tunisien Badreddine Ferchichi a semé la panique chez tous les déboutés du droit d’asile et les personnes déchues de leur citoyenneté. Ces mesures s’inscrivent dans un cadre politique plus large incluant également des incriminations aussi intempestives que dénuées de tout fondement. Voici le témoignage de Mersija Topic, une femme bosniaque, restée seule en Bosnie avec ses cinq enfants suite au départ précipité de son mari tunisien qui n’a pas voulu subir le même sort que Badreddine Ferchichi : arrestation, sévices et incarcération. Ce témoignage est repris et traduit d’un article paru dans El Ouassat Et Tounisiyya [1].
Luiza Toscane

« Nous menions une vie stable, grâce à Dieu. Mon mari vivait ici en toute légalité. Son droit au séjour a pris fin en 2000, avec l’expiration de son passeport qu’il n’a pu faire renouveler, l’ambassade de Tunisie à Belgrade lui ayant opposé un refus catégorique. »
« Il m’a envoyée en Tunisie dans sa famille pour tâter le terrain. Nous étions en 2003. Je m’y suis rendue avec nos enfants. A l’aéroport, les autorités tunisiennes nous ont maltraités et se sont montrées grossières parce que je suis l’épouse de Mounir Silini. Tout le temps que j’ai passé en Tunisie, la police m’a contrôlée, suivie dans les lieux où je séjournais, on a recensé mes moindres faits et gestes et ceux de sa famille. J’ai été convoquée à plusieurs reprises au poste de police et soumise à des interrogatoires. Toutes les questions portaient sur mon mari. Ils voulaient savoir pourquoi il ne rentrait pas en Tunisie, pourquoi il nous avait envoyés nous seulement et s’il avait des activités politiques. »
« J’ai appris là-bas qu’il avait été condamné à quatre ans d’emprisonnement pour sa participation à des activités politiques à l’étranger et qu’il voulait salir le gouvernement tunisien aux yeux de l’opinion publique en utilisant ses violations des droits de l’homme.
J’ai compris que j’étais indésirable, et que j’allais causer des soucis à sa famille. J’ai eu peur pour mes enfants. J’ai fait mes valises et je suis rentrée en Bosnie. Lorsque j’ai raconté à mon mari ce qui s’était passé, il a compris qu’il ne pourrait pas faire renouveler son passeport, et partant, son droit au séjour. Il a fait le nécessaire pour présenter une demande d’asile à la fin de l’année 2005. Son titre de séjour était alors renouvelable tous les trois mois. »

Mounir Silini - 3.6 ko

Mounir Silini

« Le renouvellement a eu lieu deux fois. Avant l’expiration du second trimestre, il a reçu une convocation pour un nouvel entretien dans le cadre de sa demande d’asile, le 12/06/2006, mais le 24/05/2006, notre maison a été assiégée par les forces de police, au prétexte que le gouvernement le soupçonnait de financer le terrorisme. C’était impossible, mon mari est éleveur. Il trime à longueur de journée pour nous faire vivre, occupé qu’il est entre l’élevage des poules et celui des abeilles. »

A gauche la maison de Mersija Topic, à droite, le poulailler, et au premier plan, ce qui reste des ruches - 4 ko

A gauche la maison de Mersija Topic, à droite, le poulailler, et au premier plan, ce qui reste des ruches

« Je pouvais tout réfuter car je connaissais mon mari et dans quelles conditions nous vivions. Ce jour-là, lorsque la police a débarqué, je venais d’avoir un différent avec lui, car nous n’avions plus rien à manger. Les policiers ont bien vu que le réfrigérateur était vide de toute nourriture, de viande, de boissons. Il n’y avait même pas de lait pour les enfants. J’ai parlé avec les policiers des épreuves que nous traversions alors que mon mari était là : que dire s’il était incarcéré ou renvoyé ! L’un des officiers de police a été touché par ma situation et m’a donné 50 marks, soit 25 euros. Il a répété des formules d’excuse et de regret, car il avait reçu des ordres d’en haut.
Mon mari a été arrêté vers onze heures du matin après que la maison ait été fouillée minutieusement, c’était sinistre. Ils ont saisi des disquettes, des cassettes audio et tout ce qui était rédigé en arabe, et même des photos de famille. »

De gauche à droite : Mersija Topic, Jamila, Ibrahim, Chaïma, et Meriem Silini - 42.6 ko

De gauche à droite : Mersija Topic, Jamila, Ibrahim, Chaïma, et Meriem Silini

« Des journaux, des télévisions locales et internationales m’ont contactée. L’information a été diffusée que trois personnes d’origine arabe avaient été arrêtées. C’était l’événement du jour, j’ai bien cru l’avoir perdu pour de bon. J’étais alors enceinte de cinq mois de ma fille Esma que j’ai mise au monde par la suite et qu’il ne connaît pas.
Moi, je sais que mon mari n’a aucune relation, ni de près, ni de loin, avec une quelconque activité illégale. Or, l’épouse est la plus à même de connaître les moindres secrets de son mari, et tous les voisins et nos connaissances pourraient en témoigner. Je suis plus que convaincue qu’il s’est agi d’un scénario ficelé par le gouvernement pour exhiber devant le monde entier son rôle dans la lutte antiterroriste. Comme par hasard, les services de six pays des Balkans ont tenu une réunion à Sarajevo deux jours plus tard. »

« Mon mari avait reçu une convocation avant son arrestation pour son entretien pour l’asile... » « L’après-midi du même jour, alors que j’étais noyée dans ma tristesse et les larmes de mes enfants, effrayés par ce qui se passait, j’ai eu la surprise d’entendre mon mari frapper à la porte. Tous les voisins accouraient pour fêter son retour sain et sauf. L’affaire s’avérait un film concocté par les services bosniaques et le ministère de la Sûreté. »

« Le 12 juin, mon mari s’est rendu à son entretien, tout s’est passé normalement, comme si tout cela n’avait été qu’un mauvais rêve. Puis, il y eut le refus de la demande d’asile présentée par Ferchichi et son expulsion en Tunisie. Nous avons commencé à nous angoisser, d’autant plus que les trois derniers mois arrivaient à leur terme. Lors du rendez-vous, il a demandé comme d’habitude le renouvellement de son droit au séjour, mais la réponse a tardé, de façon inhabituelle, cela nous a irrités. Il craignait d’être renvoyé à l’instar de Ferchichi, qui avait été arrêté le même jour que lui. Alors, il n’est plus resté dormir à la maison et a demandé à un avocat de faire la lumière. On l’a informé que son droit au séjour était acquis et qu’il devait rendre son ancien titre pour qu’il soit archivé, mais il a su juste après qu’on lui avait refusé l’asile et qu’il ne lui restait plus qu’à quitter le pays dans un délai de quinze jours. »

« Sa présence parmi nous contribuait à nous faire oublier nos conditions de vie difficiles. Après son départ, notre vie est devenue misérable. Les enfants sont dans un mauvais état psychologique, surtout qu’à l’école, les autres, qui ont assisté à l’arrivée de la police disent à mes filles Meriem et Jamila que leur père est en prison et.... Encore autre chose, j’ai accouché de ma fille en son absence et vous voyez, elle ne va pas bien, et pour tout arranger, elle a dû être hospitalisée. La famille a été dispersée, moi à l’hôpital, le père dans un lieu inconnu et les quatre enfants chez ma mère qui vit avec une retraite de 80 euros. C’est ainsi que nous avons passé l’Aïd et le Nouvel An. Cela a joué sur le moral des enfants. Ils ont pleuré, énormément. »

« Voyez par vous-mêmes, l’élevage d’abeilles qu’il avait commencé et qui comptait cinquante ruches qui faisaient notre richesse : la majorité sont mortes, faute de soins. Moi, je n’y connais rien. En hiver, il fait moins vingt degrés. Tout son travail, tout ce qui nous faisait vivre a pris fin. Et je ne pouvais pas, moi, avec mes cinq enfants dont l’aînée à 10 ans et la plus jeune qu’il avait laissée dans mon ventre. »

Photo de Mersija Topic et de ses  5 enfants - 4.1 ko

Mersija Topic et ses 5 enfants

Nous avons contemplé le lieu en friches que madame Silini n’était pas parvenue à nous décrire. « Nous n’avons plus aucune ressource, sinon Dieu et les voisins et ceux qui compatissent à notre situation lorsqu’ils nous rendent visite, Dieu soit loué. »
« Je souhaite que toutes les organisations de droits de l’homme nous tendent la main, pour l’aider à obtenir l’asile, pour qu’il puisse arracher ses enfants à leur souffrance. »

Meriem (9ans et demi) était très attachée à son père et quand nous lui avons demandé de lui envoyer un message, elle a fondu en larmes : « Mon papa que j’aime tant, reviens, rentre papa » Nous avons été impressionnés par ses mots noyés dans les larmes (...) et nous lui avons promis qu’elle le reverrait pour l’encourager à étudier. D’ailleurs ses résultats sont excellents, d’après le bulletin scolaire que sa mère nous a montré, même si l’absence de son père a été la cause d’une baisse de niveau. Nous en avons demandé la raison à Meriem, qui nous a répondu : « Comment veux-tu que j’étudie quand les autres ont décidé pour moi que mon père était en prison ? »

Jamila (7 ans) : « Nous souffrons d’être séparés de toi, papa, nous souffrons beaucoup ». Son niveau scolaire à elle aussi en a beaucoup pâti.

Chaïma (5 ans et demi) qui s’était blottie contre moi depuis notre arrivée et qui me posait de temps en temps des questions en toute innocence : « Quand est-ce qu’il revient mon papa ? »

Ibrahim (18 mois) commente dans sa langue propre, incompréhensible pour nous, sinon : « papa, papa » Esma, en mauvaise santé, si elle avait parlé, elle aurait appelé son père, aussi.....


[1] Reportage et entrevue réalisée par Anouar Malek, journaliste, le 24 février 2007

Quatrième partie : Manifestation à Zenica

« nous voulons la clémence, nous voulons la justice ». - 9.2 ko

« nous voulons la clémence, nous voulons la justice ».

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Près de trois mille personnes se sont rassemblées place Alija Izetbegovic, à Zenica, dimanche 25 février, sous le slogan « ne otimaj mi babu » (N’enlevez pas mon père), protestant contre les retraits de nationalité décidés par la commission constituée à cet effet, et dont les travaux ne sont pas achevés.

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Beaucoup d’hommes concernés, qui se sont vus retirer la nationalité, mais aussi ceux dont le tour pourrait bien arriver dans les jours à venir, ainsi que leurs enfants, et de nombreux habitants de la ville ont répondu à l’appel lancé par quelques organisations : la section de Zenica-Doboj de l’association Zlatni Ljiljan ( Le lys d’or), formée de vétérans de guerre [1], l’association Al Ansar, association constituée par les victimes de la loi sur la nationalité [2] et qui n’a pas obtenu de visa de la part des autorités bosniaques, et enfin l’association des aveugles et invalides de guerre de Kaknja.

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Au nom de la première, a longuement pris la parole le commandant Serif Patkovic, suivi en cela par les enfants des étrangers naturalisés [3].

Serif Patkovic, président de l’association Zlatni Ljiljan - 2.8 ko

Serif Patkovic, président de l’association Zlatni Ljiljan

www.islambosna.ba

Il s’agissait de la seconde manifestation, la première ayant eu lieu à Sarajevo le 1er octobre 2006 devant le Parlement [4]. La mobilisation s’est renforcée avec l’annonce début janvier du retrait de la nationalité pour 330 personnes [5] et l’annonce par le président de la commission que cette dernière allait continuer son travail et solliciter du Parlement de Bosnie Herzégovine une prolongation de son mandat [6], ainsi que le prévoit la loi [7].

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Le mandat de la commission, dont les travaux avaient commencé le 16 février 2006, a officiellement pris fin vendredi 16 février dernier [8]. Selon Oleg Milisic, le représentant du OHR (Office of the High Representative and EU special representative) il y aurait 856 décisions prises,-il n’a pas précisé la proportion de retraits/maintien dans la nationalité-, et il resterait à la commission 465 dossiers à examiner. A cette occasion, Oleg Milisic, a dit avoir demandé au Parlement de prolonger le mandat de la Commission, à ceci près que ce dernier n’était pas encore élu. [9]

Les victimes de la loi ont porté plainte devant la cour constitutionnelle, puisque la loi ne prévoit pas d’appel. A ce jour, seul Fadhil Al Hamdani, un Bosniaque d’origine irakienne, a vu la décision de retrait de sa nationalité bosniaque, prise au début des années 2000, cassée par la plus haute juridiction du pays, mais la commission de révision des naturalisations a décidé une nouvelle fois de le priver de sa nationalité bosniaque, anticonstitutionnellement, donc, et provoquant l’ire de l’association Al Ansar.

En effet Fadhil Al Hamdani, aujourd’hui âgé de 46 ans, vit en Bosnie depuis 27 ans, il y a fait et terminé ses études de métallurgie dans les années 80. Militaire de carrière, il a participé à la guerre au sein de l’armée bosniaque [10]. Il est marié avec une femmes bosniaque et père de cinq enfants bosniaques.

Ainsi, la mobilisation ne faiblit pas et certains manifestants envisagent d’ores et déjà de nouvelles manifestations de rue si la commission envisage de nouveaux retraits de nationalité. Aucun renvoi n’a été effectué à ce jour. Le président de la Commission, Vjekoslav Vukovic, interrogé à ce sujet, a eu beau jeu de botter en touche et de déclarer que « l’expulsion des personnes concernées n’entrait pas dans le mandat de la commission dont la mission était de rassembler la documentation et de procéder aux révisions », et qu’il s’agissait « de deux missions relevant de deux lois différentes »( [11].

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L’acharnement à refouler dans l’illégalité l’association Al Ansar sous les prétextes les plus fantaisistes est un indice de plus de la volonté des autorités bosniaques de parvenir à leurs fins coûte que coûte. Or, si la mobilisation est toujours de mise, elle reste circonscrite aux intéressés. L’élargissement de la solidarité reste l’exigence de l’heure, y compris au niveau international.

[1] Le Lys d’Or est la plus haute distinction dans l’Armée de Bosnie Herzégovine.

[2] Cette association, présidée par Aymen Awad, regroupe les victimes de cette loi résidant dans la fédération croato-musulmane.

[3] « Skup podrske », http://dzonlic.blogspot.com/

[4] « Djeca Mudzahedina u BIH : Ne dirajte nom oceve », www.24sata.hr/articles/view/34728/

[5] « Komisija za reviziju drzavljanstava BiH : Do sada oduzeto 330 drzavljanstava », www.24sata/info/2659

[6] « Komisija BiH za reviziju drzavljanstava trazila produzenje mandata », Dnevni avaz, 09/01/07

[7] Se reporter à « Le compte à rebours a commencé en Bosnie, des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants sont menacés », deuxième partie www.reveiltunisien.org

[8] « Mandat Komisije Za reviziju drzavljanstva », Nicolas Foster, EUFOR, OHR, 13/02/07

[9] « Mandat Komisije Za reviziju drzavljanstva », Nicolas Foster, EUFOR, OHR, 13/02/07

[10] « Rasizam pod naskom terorizma », Saff, br. 62.

[11] « Do sada smo oduzeli 330 drzavljanstava », 9/01/07, Patriotska Liga Bosne i Hercegovine, 13/01/07, www.plbih.org

Cinquième partie : « ni rester, ni partir »
par Afra Weidmann, mandataire des familles, Co-fondatrice du groupe Augenauf (Ouvrez les yeux)  pour les droits de l’homme

Des centaines de familles en Bosnie sont menacées de séparation forcée par l’expulsion du mari et père dont le passeport bosniaque est confisqué ou auquel le prolongement de l’autorisation de séjour est refusé.

Et en Suisse, pays qui se targue de respecter les droits de l’homme ?

Six familles - mère bosniaque et père d’origine tunisienne, ont quitté la Bosnie quand la pression et les menaces contre "ces arabes" sont devenues de plus en plus inquiétantes.

Pendant la guerre et encore quelques temps après, ils étaient les bienvenus pour travailler dans le cadre des organisations humanitaires.

Retourner vers le pays d’origine était impossible, tous avaient fui de sévères persécutions pour des raisons politiques.

Ont-ils trouvé l’asile en Suisse, après toutes ces années de passages de pays en pays, sans jamais trouver un lieu de calme et de sécurité ?

L’article 52,1 a. de la loi d’asile en Suisse permet de refuser l’asile à une personne qui a séjourné quelque temps dans un pays tiers où elle peut retourner, sans que les motivations de sa demande d’asile soient examinées. Le renvoi vers le pays d’origine est exclu.

Ces six Tunisiens avaient sans doute passé du temps dans un pays tiers, ayant contracté mariage avec des femmes bosniaques.

Et la deuxième partie de l’article ? " .....si elle peut y retourner" Ils ne le peuvent pas, parce que l’ambassade de Bosnie Herzégovine refuse l’entrée et le séjour aux hommes d’une autre nationalité sans passeport en cours de validité. Cela nous étonne pas, si on voit ce que se passe en Bosnie.

En revanche, la réaction des autorités suisses est plus qu’étonnante. Au lieu de tirer les conséquences qui s’imposent de l’impossibilité de retour de ces familles et de traiter enfin leurs demandes d’asile, elles restent muettes. Rien ne bouge, c’est l’impasse. Les parents et surtout les enfants souffrent de cette situation de "ni rester ni partir" : interdiction de travail, réduction de l’assistance sociale, une vie sans perspective.

De nombreuses interventions juridiques, une action de grève de faim l’année passée [1], tous ces efforts n’ont pas débloqué l’affaire.

Qu’est-ce que se cache derrière se blocage bizarre ? Espère-t-on que ces familles vont disparaître d’un jour à l’autre dans la nature ? Attend-on l’entrée de la Bosnie et de la Suisse dans l’Union Européenne dans un futur incertain ? Ou y a-t-il simplement une perte du sens des réalités dans les têtes des responsables ?

Il n’y a pas lieu de spéculer sur leurs motivations - leur comportement est tout simplement indigne d’un État de droit.

La famille G. trois enfants, demande d’asile 2001, date prévue pour quitter : 26.4.2005

La famille B. trois enfants, demande d’asile 1999, date prévue pour quitter : 12.9.2003

La famille G. trois enfants, demande d’asile 2001, date prévue pour quitter : 25.4.2004

La famille B. deux enfants, demande d’asile 2003, date prévue pour quitter : 7.6.2005, dossier en cours de révision - renvoi suspendu

La famille S. trois enfants, demande d’asile 2002, date prévue pour quitter : 30.5.2005, dossier en cours de révision - renvoi suspendu

La famille B. cinq enfants, demande d’asile 2002, date prévue pour quitter : 3.2005, dossier en cours de révision - renvoi suspendu

Des chiffres secs, un voile qui cache la peur, les soucis, la dépression et la crainte d’une déportation séparée des femmes et des enfants.

L’indifférence du public face aux problèmes de quelques familles est une triste réalité. Le drame en Bosnie est resté sans écho dans la presse européenne, le drame silencieux de ces familles en Suisse est resté sans écho dans la presse suisse - on pourrait parler d’”épaves” de la guerre de Bosnie, “épaves” aussi de la repression en Tunisie des années 1990. Des êtres humains indésirables partout. Et nous, qui sommes toujours minoritaires en tant que porteurs de cette idée fixe que chaque être humain a le droit d’avoir des droits, où en sommes nous ?


[1] ”Ni rester, ni partir” fut le slogan de notre action menée du 22 au 25 août 2006, une grève de la faim symbolique menée par les familles et moi-même, sur le terrain d’une église située au centre ville de Zurich. Le pasteur nous en avait prêté le lieu. Pour nous avoir donné l’hospitalité, il a reçu des e-mails hostiles. L’écho dans la presse est resté marginal. A la conférence de presse, deux journalistes se sont déplacés : un petit article a été publié dans le Tages-Anzeiger. Pour les grévistes, ce fut l’occasion de devenir actif, de sortir de cette situation interminable d’attente et de participer.

Sixième partie : communiqué de l’Aassociation Al Ansar, Sarajevo
Au nom d’Allah le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux
Communiqué du 21 mars 2007 / 2 Rabi elawwel 1428

L’association Al Ansar a été fondée en Bosnie Herzégovine pour défendre les droits des Bosniaques par naturalisation après que le gouvernement bosniaque ait mis sur pied une commission spéciale de révision des nationalités accordées aux personnes étrangères durant la période allant du 6 avril 1992 au 1er janvier 2006. Malheureusement, l’association n’a pu être enregistrée alors que nous en avions fait la demande le 9 mars 2006 au ministère de la Justice bosniaque à Sarajevo, la capitale. Ce ministre, un Serbe, a refusé de signer la décision d’enregistrement de l’association dans les registres de l’État. Le dossier est dans son bureau depuis le 20 avril 2006, mais il refuse de signer sans motif ou sinon parce que les membres de l’association sont des musulmans étrangers naturalisés bosniaques et d’autres sont des Bosniaques de souche. La majorité des membres de l’association sont des combattants « moujahidine » venus en Bosnie en 1992 pour défendre les musulmans. Le ministre est serbe et fait partie de ceux qui ont approuvé le nettoyage ethnique des musulmans de Bosnie Herzégovine mené indifféremment par les Serbes et les Croates. Les combattants étrangers ont soutenu le peuple bosniaque musulman face à l’agression et au nettoyage ethnique, ce qui a déplu aux Serbes et aux Croates qui ont senti les répercussions de cette aide au travers de la peur et de la crainte qui se faisait jour dans leurs rangs. Ils avaient l’habitude de tuer les musulmans sans rencontrer de résistance et là ils ont été surpris par des soldats qui ne craignaient pas les attaques des Serbes et des Croates et qui, au contraire, ont contribué à remonter le moral des musulmans et qui sont passés de la défense à l’attaque et ont infligé des pertes aux Serbes et aux Croates. Pour s’en venger, ainsi que de leur défaite, l’ensemble des responsables, qu’ils soient Serbes ou Croates, et quel que soit leur poste, ont exigé que soit mis fin à la naturalisation des combattants étrangers (uniquement musulmans) et ont bloqué leurs dossiers dans les commissions gouvernementales. C’est ce qu’a fait ce ministre serbe (Slobodan Kovac) en refusant de signer la décision permettant l’enregistrement de l’association Al Ansar. Cela a bloqué l’activité de l’association puisque nous n’avons pas d’agrément pour faire un tampon, ni pour des documents à l’en-tête de l’association, ni pour ouvrir un compte au nom de l’association pour recevoir des contributions de façon officielle, de même que nous ne pouvons correspondre en tant que tels avec les associations et les organisations de droits de l’homme, c’est à dire au nom des membres de l’association. C’est à titre individuel que nous correspondons, afin de ne pas tomber sous le coup de la loi, qui y trouverait là une raison légale de nous retirer la nationalité bosniaque, pour activités illégales. Pour cette raison nous ne disposons pas des dossiers officiels de tous les cas de retraits de nationalités et renvoi illégal d’individus contrevenant aux usages, aux lois et aux droits de l’homme. Nous sommes sur le point de consigner tous ces cas dans des dossiers spéciaux que nous présenterons aux organisations de droits de l’homme et à la Cour européenne de Strasbourg et à la Cour de Bosnie Herzégovine. L’association Al Ansar ne regroupe pas seulement ceux qui ont combattu, mais beaucoup de personnes ayant travaillé dans des structures de secours et qui ont offert une aide humanitaire pendant et après la guerre, ainsi que des étudiants qui ont étudié en Bosnie Herzégovine et encore d’autres personnes ayant obtenu la nationalité bosniaque après 1992 et qui sont visés par la nouvelle loi sur la nationalité et les activités de la commission nouvellement mise en place. Pour rappel, dans le passé et à deux reprises, des commissions de révision de la nationalité avaient été formées, avant la promulgation de la nouvelle loi et ces commissions n’avaient pas trouvé de contraventions à la loi sur lesquelles s’appuyer pour retirer une seule nationalité. Que pourrait bien trouver cette commission nouvelle dont les prérogatives se bornent à revoir les documents d’acquisition de la nationalité bosniaque pour vérifier si cette dernière était conforme à la loi et s’il y a eu fraude ou falsification, etc., auquel cas elle a le droit de retirer la nationalité ? Mais si la nationalité a été obtenue légalement et que toutes les conditions légales ont été remplies, cette commission ne peut ôter la nationalité. C’est ce qu’a confirmé la Cour suprême de Bosnie lors de l’examen de la plainte administrative déposée par le citoyen Fadhil Hamdani devant cette dernière juridiction, contestant la décision de la commission raciste de lui retirer la nationalité sur des bases fallacieuses. Nous ne manquerons pas de rappeler que la commission prive les personnes du droit à s’opposer à ses décisions mais leur laisse celui de porter une plainte administrative auprès de la Cour suprême de Bosnie Herzégovine, en sachant que cette plainte n’est pas suspensive de l’exécution du retrait de nationalité, ni de ses conséquences. La décision de la commission est légalement définitive (en vertu du texte) et n’est pas susceptible d’opposition, en d’autres termes elle est exécutoire, mais n’est pas irrévocable, puisqu’il est possible de porter plainte sans que cela empêche l’exécution dans la mesure où les instances exécutives, une fois en possession d’un exemplaire de la décision, commencent à l’exécuter, annulant l’enregistrement des personnes à l’état civil, supprimant leur matricule national, retirant les documents personnels tels que passeport et carte d’identité et exigeant des individus qu’ils régularisent leur situation au regard du droit au séjour en tant qu’étrangers. Mais l’administration de l’émigration et des passeports refuse de leur délivrer un permis de séjour tant que la Cour n’a pas statué définitivement sur leur affaire et les considère encore en tant que Bosniaques alors que l’administration de l’état civil et du statut personnel considère, elle, qu’ils sont devenus des étrangers, et supprime leur inscription des registres d’état civil. Cela plonge les personnes concernées dans des difficultés énormes et un vide juridique. Ils ne sont ni Bosniaques ni étrangers jusqu’à ce que les services de la Sûreté soient en mesure de les renvoyer en raison de leur situation illégale. Cela s’est passé à maintes reprises, les services de la Sûreté se basant sur la décision du ministère de l’Intérieur leur retirant leur nationalité et n’attendant pas la décision de la Cour, par ailleurs généralement positive en ce qu’elle confirme la nationalité bosniaque des individus, mais qui intervient tardivement. Ainsi les services de la Sûreté ont renvoyé des personnes qui ont été remises aux forces américaines en Bosnie Herzégovine, lesquelles les ont livrées à leur tour à Cuba et les ont fait incarcérer au pénitencier de sinistre réputation de Guantanamo. L’activité de cette commission contrevient dans l’ensemble à la loi qui a prévu sa constitution et elle a outrepassé ses prérogatives. Complotent avec elle des exécutifs tels que le ministère de la Sécurité et l’administration de l’état civil et du statut personnel, ces derniers s’estimant au-dessus des lois. Qui leur demanderait des comptes ou les traduire en justice puisqu’il s’agit d’une volonté conjointe américano-européenne ? Pour autant cela ne leur confère aucunement le droit de piétiner les droits des individus et d’enfreindre la Convention européenne des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales qui s’applique directement et prioritairement sur toute autre loi en Bosnie Herzégovine. Encore un autre dépassement commis par cette commission qui s’appuie pour agir et retirer les nationalités, sur l’accord de paix de Dayton, sur la base de ce traité odieux qui dispose par l’un de ses articles que devront avoir quitté le pays tous les combattants étrangers, quel que soit le camp dans lequel ils ont combattu : Serbes, Croates et musulmans. Dans le cas de ces derniers cela a été appliqué et il n’en est resté qu’un petit nombre qui avaient acquis la nationalité bosniaque, s’étaient mariés et avaient fondé des familles, et n’étaient pas étrangers au moment de la signature de l’accord de Dayton. Ainsi, la Cour suprême de Bosnie Herzégovine a confirmé que la commission ne pouvait se prévaloir de l’accord de Dayton ni considérer le commandant des forces de l’OTAN comme référence suprême pour l’accord de Dayton. Ainsi, la Cour confirme que la commission a outrepassé ses prérogatives mais l’exécutif continue d’appliquer les décisions de la commission en retirant la nationalité bosniaque aux individus, viole leur droits, œuvre à leur renvoi de façon injustifiée, plonge leur famille dans l’errance puisqu’ils ne peuvent pas emmener avec eux les membres de leur famille, n’ayant aucun lieu où les mener. Ils seraient sujets à la torture et à l’emprisonnement dans la plupart des cas. Et quand bien même ils ne seraient pas jetés en prison, ils seraient sans abri. Quand ils ont quitté leur pays, pour défendre les valeurs de la vie, ils ont laissé leurs maisons. Ils appartenaient, en tant que célibataires, à des familles ayant leur logement à elles et maintenant ils devraient revenir dans leur pays avec une famille composée de quatre personnes au bas mot, et à laquelle ils ne sont pas en mesure d’assurer un logement ; de leur côté, leurs familles n’ont aucune possibilité non plus. Ainsi ces familles ne pourraient plus vivre ensemble, ce qui contreviendrait aux droits de l’homme, car tout individu quel qu’il soit, a le droit de vivre en famille et de jouir de tous ses droits civiques. Citons notamment les déclarations réitérées à la presse du président de la Commission et de son vice président, affirmant qu’étaient visés par les révisions de nationalités les individus d’origine afro-asiatique, confirmant le caractère éminemment raciste de cette structure. Il y a des Russes, des Bulgares, des Roumains, des Ukrainiens et bien d’autres de diverses nationalités qui ont combattu aux côtés des Serbes et des Croates et ont obtenu la nationalité sur la base de leur présence dans les rangs des forces de ces derniers. Aucun d’eux ne s’est vu retirer la nationalité et on ne sache que leur citoyenneté ait été revue comme cela a été le cas pour d’autres. Au point qu’un médecin d’origine ghanéenne qui a combattu dans les rangs croates a été nommé ambassadeur de Bosnie Herzégovine au Japon à la fin de la guerre. Il s’agit donc d’une discrimination raciste scandaleuse visant la partie bosniaque musulmane en général et les ex combattants en particulier, alors qu’ils n’ont jamais enfreint les lois de la Bosnie Herzégovine. Ils y vivent même dans des conditions difficiles. La plupart d’entre eux n’ont pas de travail fixe dont ils pourraient vivre et faire vivre leurs familles. Certains vendent ce qu’ils peuvent sur les marchés et ont de la peine à être autosuffisants, d’autres travaillent avec les familles de leurs épouses dans l’agriculture et l’élevage et certains n’ont pas de travail et sont à la charge d’autrui. Pourtant, les Américains et les Européens ne souhaitent pas les voir se maintenir en Bosnie Herzégovine, tout simplement parce qu’ils sont d’origine afro asiatique. Retenons les points essentiels : 1- Le refus d’autorisation pour l’association Al Ansar parce que ses membres sont d’origine afro asiatique 2- l’illégalité de la commission de révision des nationalités parce qu’elle est raciste et se considère au-dessus des lois 3- La commission a outrepassé ses prérogatives telles que prévues par la loi sur la nationalité 4- Le refus de la commission d’avaliser les décisions de la Cour suprême 5- Les individus ne sont pas autorisés à faire opposition aux décisions de la commission 6- L’exécution par l’administration de l’état civil et du statut personnel et le ministère de la Sûreté des décisions de la commission avant que la Cour suprême n’ait rendu son avis. 7- L’activité de la commission contrevient à la convention des droits de l’Homme signée et ratifiée par l’Etat de Bosnie Herzégovine 8- La commission informe les instances officielles de ses décisions de retrait de nationalité mais ne les informe pas en cas de décision positive de la Cour suprême, causant des difficultés aux personnes concernées. C’est aux individus d’informer les instances officielles de décisions de la Cour suprême annulant les décisions de la commission mais les responsables refusent de collaborer alors et rétorquent qu’ils ne tiennent compte que de ce qui leur parvient des instances officielles ayant émis des décisions.
Le président de l’Association Aymen Awad (traduction : LT)


Guantanamo mon amour

Le théâtre du Chêne Noir est en tournée dans l’île de La Réunion avec Guantanamour, une pièce qui met en scène un prisonnier soupçonné d’être un terroriste et son geôlier, un soldat américain. Écrite quelques mois après la création du tristement célèbre centre de détention à Cuba. Son propos reste toujours d’actualité.
Pour Guantanamour, il y a eu un avant et un après la guerre en Irak. Avant, on acquiesçait timidement au propos mais rechignait à programmer la pièce, après on plébiscitait le visionnaire. Gérard Gelas, fondateur du théâtre du Chêne Noir (Avignon), a écrit le texte seulement trois mois après l’ouverture de la prison de Guantanamo à Cuba. Mise à part quelques entrefilets dans la presse, il n’avait pratiquement aucune information sur les conditions de détention des prisonniers. Qui sont-ils ? Comment sont-ils arrivés là ? Sont-ils coupables de quelque chose ? Il ne savait rien et a bâti ses personnages sur un imaginaire qui s’est tristement révélé juste. Guantanamour est l’histoire de deux hommes, Rassoul et Billy Harst, que tout oppose : la culture, l’âge, la religion et même le physique. Deux hommes rassemblés par les circonstances et que finalement, seule l’humanité rassemble. Elle s’insufflera, petit à petit, dans leurs rapports, dans leurs échanges et parfois, même, au détour d’un regard, d’une phrase à la volée, ils vont se comprendre. Au départ, il y a la haine, réciproque et violente entre un prisonnier soupçonné de terrorisme et son geôlier américain. Tous les deux n’ont rien à faire là. Tous les deux sont victimes d’une guerre qui les dépasse. Ils sont les pantins d’intérêts bien supérieurs : le pétrole, l’argent, rien à voir avec une quelconque liberté à conquérir. Ils aiment à se torturer, physiquement ou mentalement. Ils s’ennuient alors ils se parlent.
“DU MÊME ENDROIT”
Ils s’apprivoisent, se découvrent. Rassoul, joué par Damien Rémy, est en fait là suite à un malentendu. “Il n’est pas celui qu’on croyait. Il y a certainement des prisonniers à Guantanamo qui méritent d’être arrêtés et jugés, mais beaucoup sont là parce qu’ils passaient par là... Il y a même des enfants de 12 à 15 ans”, explique le comédien. Quand au GI, pauvre type qui passait par là aussi, son histoire raconte celle de milliers de soldats américains dont le moral fléchit. Beaucoup ont dit non, mais certains y sont allés. Pourquoi ? “L’intérêt de la pièce est aussi de comprendre pourquoi quelqu’un peut devenir méchant. Il a oublié d’où il venait. Il n’avait pas de travail, pas de carte de sécurité sociale et s’ils font couler leur sang pour la nation, ces types ont tous les avantages qu’ils n’avaient pas”, analyse Guillaume Lanson. C’est donc la rencontre de deux misères. “Finalement, ils viennent du même endroit”, poursuit Damien Rémy. Banlieues à vif mais contenues, qui expriment leurs frustrations où elles le peuvent. Après la Réunion, le Théâtre du Chêne repart en tournée à travers la France. Ils rêvent d’aller jouer leur pièce aux États-Unis mais pour l’instant, les contacts sont au point mort.
M.V.
• Guantanamour
ce soir vendredi 30 mars au théâtre de Champ Fleuri à Saint-Denis de La Réunion à 20 heures, samedi 31 au théâtre Luc Donat à 20 heures.
Source : www.clicanoo.com

 
Guantanamo plus que jamais au coeur de la controverse


Les aveux de détenus de Guantanamo arrange bien l'administration Bush en plein marasme irakien, mais jette le trouble dans l'opinion et chez les spécialistes judiciaires quant à la manière dont ils été obtenus.
A Guantanamo, on le sait depuis longtemps, il n'y a a pas d'avocats pour les détenus. Mais désormais, des tribunaux militaires d'exception chargés de juger ceux qu'on appelle "les combattants ennemis". Comme Cheik Mohamed qui avouait la semaine dernière être le cerveau du 11 septembre et d'une trentaine d'autres actions terroristes dans le monde. Pour ce spécialiste, les jeux sont faits avant même la moindre audience: "Les dés sont jetés d'emblée, dès que vous rentrez dans ce genre de tribunal spécial, des tribunaux je dois le dire irréguliers, vous êtes déjà désigné comme tel, comme "ennemi combattant", et le but de ces étranges tribunaux, c'est de confirmer cela."
Confirmer ce statut de "combattant ennemi", à n'importe quel prix, par n'importe quel moyen et à l'écart de tout processus judiciaire transparent. Voilà ce que pensent les spécialistes du droit, tout comme les associations de défense des droits de l'homme : "L'administration a agi de façon quasiment pathologique en voulant empêcher ces gens de bénéficier d'un vrai procès ou d'un vrai avocat. Et les raisons sont évidentes. L'une d'elle, c'est qu'il est parfaitement clair qu'on les a torturés, et le président Bush sait qu'on les a torturés, on a sûrement ordonné d'appliquer certaines tortures comme celle du "sous- marin"... Deuxième raison, c'est que le plus gros de ce qu'ils ont dit sous la torture ne serait considéré recevable par aucun vrai tribunal."
De l'autre côté, on évoque une nécessité historique induite par la fameuse guerre contre la terreur : "Dans 50 ans, quand on reparlera de Guantanamo, on dira que l'Amérique a fait ce qu'il fallait, qu'elle l'a fait malgré les nombreuses critiques, parce que c'était la bonne chose à faire." Quatorze "combattants ennemis" doivent comparaître devant ces tribunaux. Ils sont 395 à Guantanamo. Qu'adviendra-t-il des autres?
Source : http://www.euronews.net/index.php?page=info&article=413876&lng=2, 29 mars 2007

 

Les États-Unis ont renvoyé des détenus de Guantanamo en Russie où ils ont été torturés
Un nouveau rapport montre pourquoi les « assurances diplomatiques » ne sont pas fiables

(New York, 29 mars 2007) – D’anciens détenus de Guantanamo qui ont été renvoyés chez eux en Russie en 2004 ont été soumis à la torture et à d’autres abus malgré l’engagement de Moscou pris envers le gouvernement américain de les traiter humainement, selon un nouveau rapport de Human Rights Watch publié aujourd’hui.

L’expérience des prisonniers russes prouve que les Etats-Unis doivent cesser de compter sur les « assurances diplomatiques » promettant un juste traitement pour justifier le transfert de prisonniers de Guantanamo Bay vers des pays où ils risquent d’être torturés.  
 
Les sept Russes se sont tous retrouvés en détention après l’invasion américaine de l’Afghanistan et ont fini par passer près de deux années à Guantanamo. Bien qu’ils se soient plaints de mauvais traitements de la part des autorités américaines, tous les détenus ont à maintes reprises demandé aux autorités à Guantanamo de ne pas être renvoyés en Russie parce qu’ils s’attendaient à y subir un traitement encore pire. Et de fait, trois d’entre eux ont subi de graves tortures et mauvais traitements après avoir arrêtés en Russie dans le passé. Deux d’entre eux avaient été reconnus coupables à l’issue de procès non équitables, et tous ont été harcelés et traqués par les forces russes du maintien de l’ordre.  
 
Le rapport de 43 pages, intitulé « La ‘marque de Guantanamo’: L’histoire de sept hommes trahis par les assurances diplomatiques de la Russie aux les États-Unis » (« The ‘Stamp of Guantanamo:’ The Story of Seven Men Betrayed by Russia’s Diplomatic Assurances to the United States »), retrace les expériences des détenus après leur renvoi en Russie en mars 2004, sur la base d’interviews avec trois d’entre eux, des membres de leurs familles, des avocats ainsi que d’autres personnes. L’accès aux ex-détenus est limité parce que trois d’entre eux sont en prison et les autres sont soit parvenus à quitter le pays, soit entrés en clandestinité.  
 
« L’expérience russe démontre pourquoi les ‘assurances diplomatiques’ ne fonctionnent simplement pas », a déclaré Carroll Bogert, Directrice associée de Human Rights Watch et auteur du rapport. « Les gouvernements avec des antécédents de recours à la torture ne changent pas soudainement leur comportement parce que le gouvernement américain prétend leur avoir arraché une forme d’assurance. »  
 
La Convention contre la torture stipule que nul ne peut être renvoyé dans un pays où il encourt un risque réel d’être torturé, et ne permet aucune exception basée sur la sécurité nationale ou d’autres motifs. Les États-Unis sont partie à cette convention et enfreignent donc le droit international en transférant des prisonniers vers des pays où ils risquent d’être torturés. Une déclaration du gouvernement américain à Human Rights Watch a clairement démontré que Washington était au courant de la menace de la torture en Russie.  
 
De nombreux autres pays, dont le Royaume-Uni, le Canada, l’Autriche, les Pays-Bas et la Suisse, tentent également de déporter ou d’extrader des personnes suspectées de terrorisme par le biais d’« assurances diplomatiques ».  
 
Human Rights Watch a pressé le gouvernement américain d’établir des procédures de contrôle afin que toute personne transférée de Guantanamo Bay ait une opportunité effective de contester son transfert devant un organisme impartial. De telles procédures devraient aussi permettre à un détenu de contester la fiabilité de toute assurance diplomatique que le gouvernement américain aurait pu se procurer.  
 
Le gouvernement américain a ouvert la voie à la libération ou au transfert de 80 détenus de Guantanamo, mais continue néanmoins à les maintenir en détention. Human Rights Watch a insisté que toute procédure visant à évaluer la crainte des détenus d’être torturés n’entrave ni la vitesse des départs, ni l’objectif final de fermer entièrement le centre de détention de Guantanamo.  
 
Le gouvernement américain affirme que les autorités russes ont promis de poursuivre les détenus sur la base d’inculpations de terrorisme et de les traiter humainement. Elles n’ont tenu aucune de ces promesses. Après trois mois de détention en Russie, durant lesquels ils n’ont pas été maltraités, tous les sept ex-détenus ont été relâchés et ont tenté de reprendre des vies normales en Russie, ce qui s’est avéré impossible.  
 
Rasul Kudaev, un résident de Kabardino-Balkarie dans le sud de la Russie, a été mis en détention après une insurrection armée dans la capitale provinciale en octobre 2005. Selon des photographies, des attestations médicales, des documents du tribunal ainsi que des témoignages d’avocats et de membres de sa famille, Kudaev a été battu à de nombreuses reprises lors de sa détention afin de le contraindre à avouer une participation à l’insurrection. Il n’a toujours pas été poursuivi pour son prétendu rôle dans l’insurrection, mais demeure en détention près d’un an et demi plus tard.  
 
Ravil Gumarov et Timur Ishmuratov, tous deux résidents de la république russe du Tatarstan, ont été détenus en avril 2005 à la suite d’une explosion ayant touché un gazoduc local et dans laquelle il n’y a eu ni mort ni blessé. Ils ont été battus lors de leur détention jusqu'à ce qu’ils avouent; Gumarov a été privé de sommeil pendant près d’une semaine et a été enchaîné à une petite cage avec ses mains au-dessus de sa tête, parmi d’autres exactions.  
 
Gumarov et Ishmuratov ont rétracté leurs aveux lors de leur procès et ont été acquittés par le jury en septembre 2005. Néanmoins des procureurs locaux ont obtenu une « annulation » du verdict et une condamnation en mai 2006.  
 
« Ce qui est arrivé aux anciens détenus est assez habituel pour de nombreux suspects en détention policière en Russie », a déclaré Bogert. “Mais c’est justement le point clé. Le gouvernement américain savait que ces hommes seraient probablement torturés, et les a néanmoins renvoyés en Russie.”  
 
Deux des détenus ont indiqué à Human Rights Watch que des interrogateurs américains à Guantanamo les avaient menacés de les renvoyer en Russie s’ils ne divulguaient pas d’information sur leurs prétendues activités terroristes.  
 
Les détenus et leurs familles ont décrit un harcèlement fréquent par la police russe et les services de sécurité, en particulier le Service fédéral de sécurité qui a succédé au KGB, ainsi que par le Département du crime organisé du Ministère de l’Intérieur. « [Les autorités russes] m’ont dit à plusieurs reprises qu’après ma détention à Guantanamo, il n’était pas nécessaire de prouver que j’étais un terroriste,” a déclaré l’ancien détenu Airat Vakhitov à Human Rights Watch. « Que chacun d’entre nous pouvait être jeté en prison parce que nous étions des terroristes. »
Source : http://hrw.org/french/docs/2007/03/29/russia15590.htm

Arabiya : http://hrw.org/arabic/docs/2007/03/29/russia15583.htm

English : http://hrw.org/english/docs/2007/03/29/russia15576.htm

Russky : http://hrw.org/russian/docs/2007/03/29/russia15585.htm

Español : http://hrw.org/spanish/docs/2007/03/29/russia15591.htm

Deutsch : http://hrw.org/german/docs/2007/03/29/russia15592.htm

 


 

Bisher Al Rawi en passe d'être libéré à Guantanamo


 
Un ressortissant irakien résidant en Grande-Bretatgne doit être relâché après pratiquement cinq ans de captivité sur la base américaine de Guantanamo à Cuba, a annoncé jeudi le Foreign Office.
Bisher Al Rawi est détenu sur la base de Guantanamo depuis son ouverture en 2002.
Dans un communiqué, la ministre des Affaires étrangères Margaret Beckett déclare qu'il a été convenu avec les autorités américaines que M. Al Rawi" rentrera "prochainement au Royaume-Uni" dès que les détails pratiques auront été arrêtés.
Elle a ajouté que cette décision fait suite à des discussions sur les implications du retour de Bicher Al Rawi en matière de sécurité.

Bisher Al Rawi a été arrêté en Gambie avec Jamil El Banna en 2002 et remis sans autre forme de procès aux autorités US.

Source : AP, 29 mars 2007

 

L'affaire Kurnaz continue d'embarasser le chef de la diplomatie allemande


Frank Walter Steinmeier a une nouvelle fois défendu la décision de Berlin de ne pas accueillir Murat Kurnaz en Allemagne en cas de libération de Guantanamo. Le ministre des Affaires Etrangères s'expliquait ce jeudi 29 mars devant une commission parlementaire.
A l'époque Steinmeier était le coordinateur des services secrets à la chancellerie. On lui reproche d'avoir freiné voire empêché la libération de Kurnaz de Guantanamo. Selon lui il s'agissait de prévenir tout risque pour les citoyens allemands...
Le ministre de l'Intérieur de l'époque Otto Schilly a indiqué qu'il avait basé sa décision sur l'analyse minutieuse des informations qu'il possédait : "La décision revenait au ministère de l'Intérieur et aux autorités subalternes. Et la responsabilité est d'autant plus facile à assumer que le ministère a agi correctement" a déclaré Schilly devant la commission parlementaire. Murat Kurnaz, né en Allemagne de parents turcs, avait été arrêté en décembre 2001 au Pakistan avant d'être livré aux forces américaines. Jugé innofensif, il a été libéré de Guantanamo en 2006 après quatre années de captivité.
Voir le reportage d’Euronews 

 

 

RSF rencontre la famille de Sami Al Haj à Khartoum  

Cuba semble être devenu par les hasards de l'histoire une terre de non droit. Le gouvernement cubain emprisonne opposants et journalistes après un simulacre de procès. Le gouvernement américain utilise la base de Guantanamo (louée à Cuba depuis 1903 avec un bail qui ne peut être résilié sans l'accord des deux parties) pour en faire un zone américaine de non droit, où sont détenus des prisonniers sans jugement.
Le secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, a rencontré, le 19 mars 2007 à Khartoum, capitale du Soudan, le frère, la soeur et la cousine de Sami Al-Haj, assistant cameraman de la chaîne privée qatarie Al-Jazira. Arrêté par les forces armées pakistanaises à la frontière afghane en décembre 2001, il est détenu depuis le 13 juin 2002 par l'armée américaine à la base de Guantanamo (Cuba).
Ses proches ont discuté pendant une trentaine de minutes avec une délégation de Reporters sans frontières au siège du Khartoum Center for Human rights and Environmental development (KCHRE), une organisation locale de défense des droits de l'homme.
Robert Ménard a fait part de la solidarité de l'organisation avec la famille du journaliste incarcéré. Il a par ailleurs assuré ses proches que Reporters sans frontières continuerait à mener une campagne active pour obtenir sa remise en liberté. Il leur a enfin demandé s'ils avaient des nouvelles, et s'est engagé à relayer l'appel qu'ils souhaitaient lancer pour réclamer sa libération.
Les trois membres de sa famille, après avoir remercié les organisations nationales et internationales de défense de la liberté de la presse pour leur mobilisation, ont notamment fait part de leur inquiétude concernant l'état de santé de Sami Al-Haj, après que le journaliste a entamé une grève de la faim, le 7 janvier 2007.
Il a désormais du mal à se tenir debout. Les contacts du journaliste avec ses proches sont toujours extrêmement rares et les nouvelles de Guantanamo sont "très inquiétantes", selon son frère. Au total, la famille du journaliste n'a reçu que six lettres par l'intermédiaire de la Croix-Rouge, l'une d'elles leur étant parvenue près de deux ans après sa rédaction.
Ses proches ont lancé un appel à l'ONU, et notamment au Conseil des droits de l'homme, pour permettre à Sami Al-Haj de recouvrer la liberté. La s¦ur du journaliste a indiqué que l'émir du Qatar leur avait promis d'intervenir en sa faveur. Elle a également appelé les autorités américaines à reconnaître que "Sami Al-Haj est innocent, qu'il était présent en Afghanistan en sa qualité de journaliste".
Elle a indiqué que sa famille dépendait financièrement de lui et que son fils unique "le réclamait beaucoup". Son frère, pour sa part, a déclaré, à l'intention des autorités américaines : "Si vous n'avez rien de sérieux à reprocher à mon frère, pourquoi maintenir le poids écrasant du secret sur son cas ?"
Source : RSF, 29 mars 2007