le quotidien online francophone et multilingue pour les Musulmans libres et actifs et leurs alliés !
Actualisé chaque jour avec des documents de référence sur tous les dossiers chauds !

29 safar 1428 - 19 mars 2007 - Couriel : redactionquibla@yahoo.fr

La Galaxie guantánamo

Suite à un deal avec l’accusation, David Hicks plaide coupable

Il en va de la justice militaire d’exception instaurée par Bush avec l’accord du Congrès en octobre dernier comme de toute la justice usaméricaine : tout peut s’y négocier. Ainsi, David Hicks, comparaissant devant la première commission militaire siégeant à Guantánamo, a plaidé coupable pour le premier chef d’inculpation : fourniture de soutien matériel à une organisation terroriste. Il a en revanche plaidé non coupable pour le deuxième chef d’inculpation : préparation ou exécution d’un acte terroriste. En échange de sa reconnaissance de sa « demi-culpabilité », il verra son procès réduit à quelques formalités et sera condamné à une peine relativement légère puis transféré en Australie pour y purger sa peine. C’était pour lui la seule solution pour échapper à une prison US. C’est ce qu’on appelle la justice au pays de l’Oncle George.

Éventuel rapatriement du dernier détenu russe de Guantánamo: Moscou « vérifie les informations »

La Russie vérifie les informations sur la décision de rapatrier le seul détenu russe de la prison américaine de Guantánamo, a indiqué à RIA Novosti mardi le conseiller du ministre russe de la Défense Vladimir Chamanov.
Pour le moment, la partie russe n'a pas encore reçu de documents concernant ce prisonnier, Ravil Mingazov, a précisé M. Chamanov, président de la commission interdépartementale pour les affaires des prisonniers de guerre et des personnes portées disparues, en visite de travail aux Etats-Unis.
De même que les autres prisonniers de guerre, Ravil Mingazov a été enfermé à Guantánamo en automne 2001, pendant les opérations militaires américaines lancées en Afghanistan contre le régime des talibans.
Huit Russes (originaires de Kabardino-Balkarie, du Bachkortostan, du Tatarstan, de la région de Tioumen et de Tcheliabinsk) ont été alors arrêtés. Au début de 2002, le Parquet général russe a confirmé la nationalité des personnes arrêtées et a adressé aux autorités américaines des demandes d'extradition. Sept détenus ont été finalement rapatriés en Russie le 28 février 2004.
Source : RIA Novosti, 27 mars 2007

Guantánamo fait débat à la Maison Blanche


Par Philippe GRANGEREAU, Libération, 24 mars 2007
La légitimité du camp de détention de Guantánamo Bay prend un nouveau coup. Le secrétaire à la Défense Robert Gates et la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice ont plaidé pendant des semaines, fin décembre, pour sa fermeture, a révélé vendredi le New York Times en citant des sources anonymes. Ils ont demandé que les 385 «combattants ennemis illégaux» soient transférés dans des prisons militaires sur le territoire américain pour y être jugés. Le président Bush a refusé. Lors de ce débat interne, Gates et Rice ont noté que les jugements de détenus en préparation sur la base américaine de Cuba «seront perçus comme illégitimes». Ces propositions ont été écartées par la Maison Blanche, car elles reviendraient à un mea culpa et pourraient déboucher sur des demandes de jugement devant des tribunaux civils, où les accusations de torture des détenus referaient surface.

 

L'auteur présumé de l’attentat contre l’hôtel israélien « Paradise Mombasa » au Kenya déporté à Guantánamo


Un homme suspecté d'être lié à l'attentat contre un hôtel au Kenya en 2002 et à l'attaque au missile ratée contre un avion de ligne israélien a été arrêté en Afrique de l'Est et transféré à Guantánamo (Cuba), a déclaré lundi un porte-parole du Pentagone.

Cet homme s'appelle Abdul Malik et a admis avoir participé en 2002 à l'attaque contre le Paradise Hotel à Mombasa (Kenya), entraînant la mort de 13 personnes, et à la tentative d'abattre un avion de ligne israélien également à Mombasa, a dit ce porte-parole, Bryan Whitman. "Il a été capturé dans le cadre de la bataille contre Al-Qaïda. Il était impliqué dans les attaques terroristes en Afrique de l'Est", a dit M. Whitman.

"Étant donné la menace importante que représente ce suspect de terrorisme, il a été transféré à Guantánamo ", a-t-il ajouté. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a été informé de sa capture et aura accès au détenu, a-t-il ajouté. Le porte-parole du Pentagone a indiqué qu'Abdul Malik avait été capturé en Afrique de l'Est mais n'a pas été plus précis sur la date, le lieu et les circonstances de la capture.

"Le succès dans la guerre contre le terrorisme exige de travailler étroitement mais aussi en secret avec nombre de nos alliés dans la région", a-t-il dit. Abdul Malik a rejoint 14 prisonniers qui ont été transférés à Guantánamo en septembre après avoir été détenus au secret absolu par la CIA pendant des années.
Source : belga, 26 mars 2007

Quand le mensonge est trop gros…

Ma Maman aurait donnée une bonne fessée à Bush

Par Ali Baghdadi, 20 mars 2007
Traduit par Fausto Giudice


Seuls des idiots pouvaient inventer l’étonnante confession de  Khalid Cheikh
Mohamed. Seuls des idiots peuvent croire cette histoire hilarante.

Mohamed, qui arrive en troisième position dans la hiérarchie d’Al Qaïda, juste après Ben Laden et Al Zawahiri, comme le gouvernement US veut nous le faire croire,  ne s’est pas contenté d’assumer tout seul la responsabilité de la planification, de la conspiration, et/ou de l’exécution d’une longue liste de crimes terroristes préparée par l’administration Bush , mais il a de son propre gré rappelé à la cour d’autres incidents meurtriers qui ne figuraient pas dans l’accusation contre lui. Tous les actes terroristes « musulmans » des vingt dernières années, réels et imaginaires, sont de son fait. Le peuple américain peut désormais dormir en paix. Le monde est maintenant plus sûr. Vive le Président George W. Bush II !

Ce conte de fées me rappelle un aspect de ma propre enfance que je m’en vais révéler pour la première fois. Je dois avouer que quand j’étais petit, je mentais à ma Maman. Apparemment je n’étais pas un « bon » menteur.  Je me faisais prendre souvent. Ma Maman étaitméchante”. Elle n’acceptait de bêtises ni de moi ni qui que ce soit. Elle faisait preuve de zéro tolérance pour mon « mauvais » comportement. Immédiatement après chaque mensonge, elle m’ordonnait de baisser mon pantalon et me donnait la fessée. Son arme de destruction massive était notre bon vieux balai. Elle était une excellente planificatrice. Elle avait coutume d’emprunter le balai de nos voisins d’à côté, au cas où notre balai se serait cassé pendant son acte de « discipline impitoyable ». Le coin de notre chambre (nous n’avions pas de maison, juste une petite pièce) était mon lieu de confinement pendant le reste de la journée. Jamais nos voisins ne purent me sauver du châtiment ou l’adoucir. Ils avaient tous peur du balai de ma Maman. Elle gardait aussi la pièce fermée à clé contre toute intrusion. Comme je l’ai déjà dit, elle était une « méchante » mère, vraiment « méchante ».

Quand j’étais enfant, j’étais persuade qu’un djinn, une sorte d’esprit invisible qui m’accompagnait partout où j’allais, avait du m’espionner. Mais en grandissant, je commençai à remettre en cause l’existence de ces esprits.
Même s’ils existaient vraiment, comme nous l’avaient enseigné à la madrasa nos “maîtres de religion” qui récitaient le Coran par coeur et “savaient tout”, je doutais que ma Maman eût vraiment un canal de communication avec eux. 

Après le lycée, une fois entré dans la vie adulte, et comme ma maman était dans de bonnes dispositions à l’égard de son fils unique grâce à ses “grandes” réussites, j’osai, après moult hésitations, enfin lui poser la question qu me taraudait depuis le jour de ma naissance. Oh bien sûr, je lui souhaitai d’abord une place de choix et confortable au Paradis, aux côtés de mon Papa qui nous avait quitté des années auparavant. Puis je baisai ses deux mains pour lui faire prévue de respect et montrer mes remords pour tous les “crimes” et mauvaises actions que j’avais commis ou pourrais commettre involontairement à l’avenir.

« Comment est-ce que tu faisais pour découvrir la plupart de mes mensonges, chère Maman ? Il n’y avait pas de témoins oculaires et j’avais pris soin de ne laisser aucune preuve qui pourrait être retenue contre moi. »

Elle me regarda avec un sourire et des larmes dans les yeux et dit : « C’est simple, mon fils chéri : Les mensonges étaient trop gros. Ils étaient flagrants. Pas besoin d’être un scientifique pour les découvrir.”

George W. Bush n’a pas eu de chance! Apparemment, Barbara Pierce Bush, une descendante du Président Franklin Pierce, n’était pas une « méchante » maman. Cela peut expliquer pourquoi son fils, le « pauvre » George, a tourné comme il a tourné, à savoir, ente autres choses, un menteur pathétique, un meurtrier de mass et un criminel de guerre.
William John Cox, écrit dans son livre intitulé A Brief on The Bush Presidency:
 « Comment se fait-il qu’un alcoolique menteur et négationniste, ayant à son actif des arrestations pour vol et trouble à l’ordre public, et une condamnation pour conduite en état d’ivresse; quelqu’un qui est né avec une cuillère d’argent dans la bouche, sans aucune empathie pour les souffrances des gens ordinaires; un marmot gâté, pourri et invertébré qui n’a pas su tirer parti d’une bonne éducation, un hommes d’affaires chroniquement en faillite qui n’a jamais gagné un salaire pour un travail ; et un chef de claque scolaire qui a évité les service militaire au Vietnam…  
Son frère plus jeune  Neil se souvient que quand il avait sept ans et son petit frère Marvin six, George Jr., qui en avait seize, leur donnait dix secondes pour descendre dans le hall avant qu’il commence à leur tirer dessus avec son fusil à air comprimé…
Terry Throckmorton, un ami d’enfance de Bush, se souvient comment Bush et lui capturait des grenouilles dans un paln d’eau derrière les maison des Bush :”Nous mettions des pétards dans les grenouilles et nous les lancions en les faisant exploser…
 »

 J’ai une dette vis-à-vis de mon “illettrée” de mère. Je l’aimerai et honorerai tant que je vivrai. Elle restera dans ma mémoire la plus grande et la meilleure mère qui ait jamais existé. Une chose est sûre : personne ne m’a jamais traité de « marmot gâté ».
Ma mère est disparue il y a 25 ans. Si elle avait été en vie aujourd’hui, le Président des USA et son administration auraient eu grand avantage à l’embaucher comme conseillère. Elle les aurait tous tenus à l’oeil et leur aurait évité des ennuis. Chaque fois qu’ils auraient été assis dans le Bureau ovale pour prépare un mensonge, comme ils le font souvent, ils l’auraient invitée à les écouter. Je dois vous dire la vérité : si le mensonge est trop gros, ma Maman aurait crié à la gueule du Président : « Tu es un idiot. Il n’y aura que les idiots qui te croieront. Essaye autre chose », aurait-elle insisté. Elle aurait traité George comme son propre fils. Elle aurait même demandé au Président des USA, l’homme le plus puissant sur terre, de baisser son pantalon et lui aurait fessé l’arrière-train. Après avoir rejeté tous ses mensonges, ma mère se serait tournée vers le Président et lui aurait dit : « C’est pour le pétrole, imbécile. Vire tous tes f.d.p. de conseillers, à commencer par le vice-Présiden Cheney.
Dis la vérité au peuple américain. Dis ce qu’il en est vraiment, mon garcon. »  Et s’il l’avait écoutée, la paix aurait régné sur le monde. Les gens de par le monde auraient adoré George W. Bush. Et Barbara Pierce Bush aurait partagé les éloges avec son vilain rejeton .

Rappelez-vous ce que je vous ai dit plus haut : bien qu’elle ne soit jamais allée à l’école, ma mère, que la grâce de Dieu soit sur elle, n’était pas une femme idiote. Personne, pas même le Commandant en chef des USA, n’était grand à ses yeux.
Elle priait cinq fois par jour à la Mosquée Al Aqsa de Jérusalem. Elle jeûnait pour le mois de Ramadan et aussi pour Shaa'ban et Zul-Hijjah, donnait le peu qu’elle avait pour les pauvres et fit le pèlerinage à La Mecque, non pas une ni deux, mais trois fois. Durant son voyage de retour à Jérusalem, elle mourut à Médine, non loin de l’homme qu’elle aimait le plus, le Prophète Mohamed. Quelle femme chanceuse ! Elle a été enterrée à Al Baqi, le cimetière le plus sacré et le plus honoré de tout le monde musulman, rejoignant les compagnons du Prophète, qui ont porté l’étendard de l’Islam dans presque chaque coin du globe.  Sa tombe, qu’elle avait supervisée et faite creuser à l’avance, près de l’ancienne muraille de la ville de Jéruslaem, fut donnée, en accord avec ses volontés, à . Said et à son frère  Ishaq Al Nemr, nos deux voisins pauvres. Bref, comme vous l’aurez compris , ma Maman ne craignait qu’ « Allah » , le Dieu de l’Univers, de tous les hommes et de toutes les femmes, de tous les animaux, de toutes les plantes, de toutes les planètes et de toutes les galaxies.
Ma maman est maintenant au paradis. Elle ne peut donc être d’aucun secours pour le Président  George W. Bush.
Malheureusement, Petit George a été pris avec les deux mains –pas une, mais les deux ! - dans le pot de confiture, et pas qu’une fois. Ses conseillers idiots lui ont causé des ennuis, pas une, pas deux mais tant de fois. Il continue à mentir. Une fois de plus, seuls des idiots pourraient croire à la liste des crimes terroristes attribués à Khalid Cheikh Mohamd. Le mensonge est trop gros.


Original : http://www.axisoflogic.com/artman/publish/article_24136.shtml

Ali Baghdadi vit à Chicago

Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article :

Calvaire
Le jour de la publication des aveux de Khaled Sheikh Mohamed, Shaker Aamer en était à sa 100ème et Sami Al Haj à sa 67ème journée de grève de la faim

Par Reprieve, 15 mars 2007

Aujourd’hui, le jeudi 15 mars 2007, est le centième jour de grève de la faim de Shaker Aamer, un étranger résident en Grande-Bretagne détenu à Guantanamo. Deux fois par jour,  Shaker Aamer est attaché à une chaise de torture pendant dix heures et nourri de force par un tube introduit dans son nez.
Shaker vient de passer la cinquième année de sa détention à Guantanamo. Pour avoir défendu les droits d’autres prisonniers, il a été maintenu à l’isolement total au Camp Echo depuis le 24 septembre 2005.
Le centième jour de son calvaire coïncide avec la publication des transcriptions de l’interrogatoire de Khalid Cheikh Mohamed, qui fournissent de nouvelles informations sur les conditions à Guantanamo. Dans ces transcriptions, celui-ci dit :

-          qu’il a été torturé ;
-          que sous la torture il a accusé faussement  d’autres détenus de crimes
-          qu’il y a beaucoup d’hommes à Guantanamo qui n’ont rien à voir avec un quelconque complot terroriste.
Pour illustrer la détresse des détenus de Guantanamo, Reprieve, - une association qui oeuvre en faveur de la justice pour les personnes détenues sans inculpation ni procès – et en tain de reconstituer la torture à Guantanamo avec un acteur sur une réplique de la chaise d’alimentation forcée. Notre association est aussi en train de préparer un nouveau rapport sur ce centre de détention off shore, comprenant une information actualisée sur les résidents étrangers de Grande-Bretagne détenus et le journal de Sami Al Haj, le journaliste d’Al Jazeera qui en est à son 67ème jour de grève de la faim.

  
Shaker Aamer                          Sami Al Haj

Clive Stafford Smith, fondateur de Reprieve, a dit: « Les révélations d’aujourd’hui apportent une nouvelle preuve accablante de la nature injuste, inhumaine et illégale de Guantanamo. Nous vivons actuellement une situation dans laquelle un résident de Grande-Bretagne est torturé 20 heures par jour – et notre gouvernement ne veut toujours pas intervenir sur des bases humanitaires. Au centième jour de son calvaire, ils doivent maintenant se réveiller et combattre pour les droits humains de Shaker. La transcription de l’audition de Khalid Cheikh Mohamed confirme que les preuves qu’il a fourni volontairement de sa culpabilité – y compris par le biais d’une interview à Al Jazeera – infirment toute justification des commissions militaires. Il y a suffisamment de preuves des crimes commis par Mohamed pour qu’il soit jugé par un tribunal ordinaire US. C’est une tragédie que la torture de Mohamed ait sérieusement compromis les possibilités pour un quelconque tribunal de le juger. »
Dans l’audition du Tribunal d’examen du statut de combattant, Khalid Cheikh Mohamed déclare également : « Je vous demande à nouveau d’être corrects avec les nombreux détenus qui ne sont pas des combattants ennemis. Parce que beaucoup d’entre eux ont été arrêtés injustement. Beaucoup et pas juste deux ou trois. » Mohamed en nomme un et en suggère d ‘autres.
En attendant, 380 détenus (dont beaucoup sont innocents, selon Mohamed) continuent à être détenus sans procès à Guantanamo, souffrant d’un abus terrible.

Original : Reprieve
Source : Chronique de Guantánamo

Balayer le Sahara
Une visite à Nouakchott

Par Clive Stafford Smith, 1er février 2007

Il y a quelques semaines, en visite à Guantánamo, je me préparais pour une rencontre avec Jamil El Banna, qui y est détenu. J’étais en train d’essayer de trouver comment lui annoncer la mort de sa mère. L’enterrement avait déjà eu lieu et il pourrait se passer des années avant qu’il puisse se rendre sur sa tombe. Naturellement, quand nous avons parlé, il s’est mis à pleurer, et à 80000 km de sa famille, il s’est senti encore plus seul.La semaine dernière, j’étais à Nouakchott, en Mauritanie, pour essayer d’obtenir le rapatriement de deux autres prisonniers de Guantánamo. Je regardais mes emails durant un court break avant une rencontre avec le ministre de la Justice, quand j’ai appris que mon père était mort le matin même, dans sa maison de soins près de Cambridge. Je n’aurais pas un avion pour rentrer à Londres de sitôt, ce qui n’a fait qu’aggraver mon sentiment que le monde qui m’entourait m’était étranger.
La chambre d’hôtel me rendait claustrophobe. Assis sur le balcon, j’entendais l’appel à la prière résonner à travers la ville. Je regardai le désert du Sahara, qui s’étend des lisières de la ville à travers tout le continent africain. Pendant un moment, j’ai senti une analogie poignante entre la situation du client et celle de son avocat. Mais, en dernière analyse, la souffrance du client était plus grande.
Étant dans l’impossibilité de quitter la Mauritanie dans les 36 prochaines heures, je suis allé, avec deux collègues américains, rendre visite à la famille d’un autre prisonnier de Guantánamo, Mohammed Amin. Nous sommes allés dans une Toyota Landcruiser  noire à leur maison – un trois-pièces avec toilettes à l’extérieur de la ville. Sur la route, nous avons doublé des caravanes d’ânes trottinant devant des charrettes charges de bidons d’eau, la seule “eau courante” que l’on connaisse dans leur quartier.
Mohammed a cinq soeurs et une maman mal en point. Son père est mort, et il n’y a pas d’autres frères. La famille est pauvre, dans un pays où le revenu moyen par tête est de moins de 250 £ [=365 €] par.
Mohammed n’est pas censé avoir fait quelque chose contre l’Amérique – et d’ialleurs personne ne le prétend. Il n’avait jamais été en Afghanistan jusqu’à ce que les US l’achètent à des Pakistanais pour une prime, et l’emmènent enchaîné à la base aérienne de Bagram. IL est néanmoins considéré comme un trublion par les US, car il a été parmi les grévistes de la faim les plus déterminés, se laissant dépérir en refusant de manger, pour demander un procès équitable pour tous.
Assis jambes croisées par terre dans la pièce principale, nous avons raconté son action courageuse à sa famille. Leur réponse nous a stupéfaits.
 “Dites-lui d’arrêter sa grève de la faim ! Dites-lui d’obéir à ses geôliers ! Nous avons besoin de lui ici !”, s’est exclamée la sœur aînée de Mohammed. Elle a montré la terrasse de leur petite maison où elles prévoient de lui construire une chambre et le bâtiment de l’autre côté de la route, où elles espèrent qu’il pourra démarrer une boutique. “ Il n’aura jamais besoin de repartir d’ici. Même pas d’aller au centre-ville.”
Ce sont six femmes seules au monde. Elles parlent bien l’anglais, ce qui normalement devrait leur donner accès à de bons jobs. Mais leur peau est d’un noir foncé dans un pays où l’on favorise les Arabes dominants à la peau plus claire, et la discrimination à laquelle elles font face n’a fait que s’aggraver depuis que l’on sait qu’elles ont un frère à Guantánamo. Ces femmes doivent se battre pour trouver le moindre boulot subalterne.
J’ai alors pensé à mon frère et à ma sœur en Australie. Si j’étais moi-même enfermé à Guantánamo, ils n’auraient de cesse de me voir libéré. Mais ces femmes n’ont pas l’influence nécessaire pour pouvoir traverser Nouakchott et rencontrer les ministres mauritaniens, et encore moins de traverser l’Atlantique pour demander aux tribunaux de libérer leur frère. Et voilà que nous autres avocats avions traversé l’Océan pour les voir : elles se démenaient pour nous offrir un repas – du couscous, du mouton et des fruits étalés sur le tapis devant nous.
Dehors, lorsque nous repartions, nous avons vu un petit garçon de quatre ou cinq ans, tout de bleu vêtu. Il frottait frénétiquement avec une brosse de brindilles, faisant voler la poussière.
Il avait l’air de vouloir balayer tout le Sahara. Dans quinze ans, où sera ce garçon ? Sera-t-il encore en train de balayer le sable dans quelque McJob, pour essayer de maintenir sa famille ? Ou arrivera-t-il, par miracle, à arracher une éducation et devenir une voix pour la démocratie dans cette partie du monde ? Ou plutôt, frustré par la futilité de son existence et l’inéquité du monde qui éclate sur les écrans de télévision même dans la rue la plus pauvre, rejoindra-t-il le Jihad contre ceux qu’il percevra comme ses oppresseurs ?

 

 


Original : Reprieve
Clive Stafford Smith est l’avocat de plusieurs détenus de Guantánamo et directeur juridique de l’ONG américano-britannique Reprieve.

Source : Chronique de Guantánamo