La Galaxie guantánamo
Suite à un deal avec l’accusation, David
Hicks plaide coupable
Il en va de la justice militaire d’exception instaurée
par Bush avec l’accord du Congrès en octobre dernier comme de
toute la justice usaméricaine : tout peut s’y négocier.
Ainsi, David Hicks, comparaissant devant la première commission
militaire siégeant à Guantánamo, a plaidé
coupable pour le premier chef d’inculpation : fourniture de soutien
matériel à une organisation terroriste. Il a en revanche
plaidé non coupable pour le deuxième chef d’inculpation
: préparation ou exécution d’un acte terroriste. En échange
de sa reconnaissance de sa « demi-culpabilité »,
il verra son procès réduit à quelques formalités
et sera condamné à une peine relativement légère
puis transféré en Australie pour y purger sa peine. C’était
pour lui la seule solution pour échapper à une prison
US. C’est ce qu’on appelle la justice au pays de l’Oncle George.
Éventuel rapatriement du dernier détenu
russe de Guantánamo: Moscou « vérifie les informations
»
La Russie vérifie les informations sur la décision
de rapatrier le seul détenu russe de la prison américaine
de Guantánamo, a indiqué à RIA Novosti mardi le
conseiller du ministre russe de la Défense Vladimir Chamanov.
Pour le moment, la partie russe n'a pas encore reçu de documents
concernant ce prisonnier, Ravil Mingazov, a précisé M.
Chamanov, président de la commission interdépartementale
pour les affaires des prisonniers de guerre et des personnes portées
disparues, en visite de travail aux Etats-Unis.
De même que les autres prisonniers de guerre, Ravil Mingazov a
été enfermé à Guantánamo en automne
2001, pendant les opérations militaires américaines lancées
en Afghanistan contre le régime des talibans.
Huit Russes (originaires de Kabardino-Balkarie, du Bachkortostan, du
Tatarstan, de la région de Tioumen et de Tcheliabinsk) ont été
alors arrêtés. Au début de 2002, le Parquet général
russe a confirmé la nationalité des personnes arrêtées
et a adressé aux autorités américaines des demandes
d'extradition. Sept détenus ont été finalement
rapatriés en Russie le 28 février 2004.
Source : RIA Novosti, 27 mars 2007
Guantánamo fait débat
à la Maison Blanche
Par Philippe GRANGEREAU, Libération, 24 mars 2007
La légitimité du camp de détention de Guantánamo
Bay prend un nouveau coup. Le secrétaire à la Défense
Robert Gates et la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice ont plaidé
pendant des semaines, fin décembre, pour sa fermeture, a révélé
vendredi le New York Times en citant des sources anonymes. Ils ont demandé
que les 385 «combattants ennemis illégaux» soient
transférés dans des prisons militaires sur le territoire
américain pour y être jugés. Le président
Bush a refusé. Lors de ce débat interne, Gates et Rice
ont noté que les jugements de détenus en préparation
sur la base américaine de Cuba «seront perçus comme
illégitimes». Ces propositions ont été écartées
par la Maison Blanche, car elles reviendraient à un mea culpa
et pourraient déboucher sur des demandes de jugement devant des
tribunaux civils, où les accusations de torture des détenus
referaient surface.
L'auteur présumé de l’attentat contre l’hôtel
israélien « Paradise Mombasa » au Kenya déporté
à Guantánamo
Un homme suspecté d'être lié à l'attentat
contre un hôtel au Kenya en 2002 et à l'attaque au missile
ratée contre un avion de ligne israélien a été
arrêté en Afrique de l'Est et transféré à
Guantánamo (Cuba), a déclaré lundi un porte-parole
du Pentagone.
Cet homme s'appelle Abdul Malik et a admis avoir participé en
2002 à l'attaque contre le Paradise Hotel à Mombasa (Kenya),
entraînant la mort de 13 personnes, et à la tentative d'abattre
un avion de ligne israélien également à Mombasa,
a dit ce porte-parole, Bryan Whitman. "Il a été capturé
dans le cadre de la bataille contre Al-Qaïda. Il était impliqué
dans les attaques terroristes en Afrique de l'Est", a dit M. Whitman.
"Étant donné la menace importante que représente
ce suspect de terrorisme, il a été transféré
à Guantánamo ", a-t-il ajouté. Le Comité
international de la Croix-Rouge (CICR) a été informé
de sa capture et aura accès au détenu, a-t-il ajouté.
Le porte-parole du Pentagone a indiqué qu'Abdul Malik avait été
capturé en Afrique de l'Est mais n'a pas été plus
précis sur la date, le lieu et les circonstances de la capture.
"Le succès dans la guerre contre le terrorisme exige de
travailler étroitement mais aussi en secret avec nombre de nos
alliés dans la région", a-t-il dit. Abdul Malik a
rejoint 14 prisonniers qui ont été transférés
à Guantánamo en septembre après avoir été
détenus au secret absolu par la CIA pendant des années.
Source : belga, 26 mars 2007
Quand
le mensonge est trop gros…
Ma
Maman aurait donnée une bonne fessée à Bush
Par
Ali Baghdadi, 20 mars 2007
Traduit par Fausto Giudice
Seuls
des idiots pouvaient inventer l’étonnante confession de Khalid Cheikh
Mohamed. Seuls des idiots peuvent croire cette histoire hilarante.
Mohamed, qui arrive en troisième position dans la hiérarchie d’Al
Qaïda, juste après Ben Laden et Al Zawahiri, comme le gouvernement US
veut nous le faire croire, ne
s’est pas contenté d’assumer tout seul la responsabilité de la planification,
de la conspiration, et/ou de l’exécution d’une longue liste de crimes
terroristes préparée par l’administration Bush , mais il a de son propre
gré rappelé à la cour d’autres incidents meurtriers qui ne figuraient
pas dans l’accusation contre lui. Tous les actes terroristes « musulmans »
des vingt dernières années, réels et imaginaires, sont de son fait.
Le peuple américain peut désormais dormir en paix. Le monde est
maintenant plus sûr.
Vive le Président George W. Bush II
!
Ce
conte de fées me rappelle un aspect de ma propre enfance que je m’en
vais révéler pour la première fois. Je dois avouer que quand j’étais
petit, je mentais à ma Maman. Apparemment je n’étais pas un « bon »
menteur. Je me faisais prendre souvent. Ma Maman était “méchante”. Elle n’acceptait de bêtises ni de moi ni qui
que ce soit. Elle faisait preuve de zéro tolérance pour mon « mauvais »
comportement. Immédiatement après chaque mensonge, elle m’ordonnait
de baisser mon pantalon et me donnait la fessée. Son arme de destruction
massive était notre bon vieux balai. Elle était une excellente planificatrice.
Elle avait coutume d’emprunter le balai de nos voisins d’à côté, au
cas où notre balai se serait cassé pendant son acte de « discipline
impitoyable ». Le coin de notre chambre (nous n’avions pas de maison,
juste une petite pièce) était mon lieu de confinement pendant le reste
de la journée. Jamais nos voisins ne purent me sauver du châtiment ou
l’adoucir. Ils avaient tous peur du balai de ma Maman. Elle gardait
aussi la pièce fermée à clé contre toute intrusion. Comme je l’ai déjà
dit, elle était une « méchante » mère, vraiment « méchante ».
Quand j’étais enfant, j’étais persuade qu’un djinn, une sorte d’esprit
invisible qui m’accompagnait partout où j’allais, avait du m’espionner.
Mais en grandissant, je commençai à remettre en cause l’existence de
ces esprits.
Même s’ils existaient vraiment, comme nous l’avaient enseigné à la madrasa
nos “maîtres de religion” qui récitaient le Coran par coeur et “savaient
tout”, je doutais que ma Maman eût vraiment un canal de communication
avec eux.
Après le lycée, une fois entré dans la vie adulte, et comme ma
maman était dans de bonnes dispositions à l’égard de son fils unique
grâce à ses “grandes” réussites, j’osai, après moult hésitations, enfin
lui poser la question qu me taraudait depuis le jour de ma naissance.
Oh bien sûr, je lui souhaitai d’abord une place de choix et confortable
au Paradis, aux côtés de mon Papa qui nous avait quitté des années auparavant.
Puis je baisai ses deux mains pour lui faire prévue de respect et montrer
mes remords pour tous les “crimes” et mauvaises actions que j’avais
commis ou pourrais commettre involontairement à l’avenir.
« Comment est-ce que tu faisais pour découvrir la plupart
de mes mensonges, chère Maman ? Il n’y avait pas de témoins oculaires
et j’avais pris soin de ne laisser aucune preuve qui pourrait être retenue
contre moi. »
Elle me regarda avec un sourire et des larmes dans les yeux et
dit : « C’est simple, mon fils chéri : Les mensonges
étaient trop gros. Ils étaient
flagrants. Pas besoin
d’être un scientifique
pour les découvrir.”
George W. Bush n’a pas eu de chance! Apparemment, Barbara Pierce
Bush, une descendante du Président Franklin Pierce, n’était pas une
« méchante » maman. Cela peut expliquer pourquoi son fils,
le « pauvre » George, a tourné comme il a tourné, à savoir,
ente autres choses, un menteur pathétique, un meurtrier de mass et un
criminel de guerre.
William John Cox, écrit dans son livre intitulé A Brief on The Bush Presidency:
« Comment se fait-il
qu’un alcoolique menteur et négationniste, ayant à son actif des arrestations
pour vol et trouble à l’ordre public, et une condamnation pour conduite
en état d’ivresse; quelqu’un qui est né avec une cuillère d’argent dans
la bouche, sans aucune empathie pour les souffrances des gens ordinaires;
un marmot gâté, pourri et invertébré qui n’a pas su tirer parti d’une
bonne éducation, un hommes d’affaires chroniquement en faillite qui
n’a jamais gagné un salaire pour un travail ; et un chef de claque
scolaire qui a évité les service militaire au Vietnam…
Son frère plus jeune Neil se
souvient que quand il avait sept ans et son petit frère Marvin six,
George Jr., qui en avait seize, leur donnait dix secondes pour descendre
dans le hall avant qu’il commence à leur tirer dessus avec son fusil
à air comprimé…
Terry Throckmorton, un ami d’enfance de Bush, se souvient comment Bush
et lui capturait des grenouilles dans un paln d’eau derrière les maison
des Bush :”Nous mettions des pétards dans les grenouilles et nous les
lancions en les faisant exploser… »
J’ai une dette vis-à-vis
de mon “illettrée” de mère. Je l’aimerai et honorerai tant que je vivrai.
Elle restera dans ma mémoire la plus grande et la meilleure mère qui
ait jamais existé. Une chose est sûre : personne ne m’a jamais
traité de « marmot gâté ».
Ma mère est disparue il y a 25 ans. Si elle avait été en vie aujourd’hui,
le Président des USA et son administration auraient eu grand avantage
à l’embaucher comme conseillère. Elle les aurait tous tenus à l’oeil
et leur aurait évité des ennuis. Chaque fois qu’ils auraient été assis
dans le Bureau ovale pour prépare un mensonge, comme ils le font souvent,
ils l’auraient invitée à les écouter. Je dois vous dire la vérité :
si le mensonge est trop gros, ma Maman aurait crié à la gueule du Président :
« Tu es un idiot. Il n’y aura que les idiots qui te croieront.
Essaye autre chose », aurait-elle insisté. Elle aurait traité George
comme son propre fils. Elle aurait même demandé au Président des USA,
l’homme le plus puissant sur terre, de baisser son pantalon et lui aurait
fessé l’arrière-train. Après avoir rejeté tous ses mensonges, ma mère
se serait tournée vers le Président et lui aurait dit : « C’est
pour le pétrole, imbécile. Vire tous tes f.d.p. de conseillers, à commencer
par le vice-Présiden Cheney. Dis la vérité au peuple
américain. Dis ce qu’il en est vraiment, mon garcon. »
Et s’il l’avait écoutée, la paix aurait régné sur le monde. Les
gens de par le monde auraient adoré George W. Bush. Et Barbara Pierce
Bush aurait partagé les éloges avec son vilain rejeton .
Rappelez-vous ce que je vous ai dit plus haut : bien qu’elle
ne soit jamais allée à l’école, ma mère, que la grâce de Dieu soit sur
elle, n’était pas une femme idiote. Personne, pas même le Commandant
en chef des USA, n’était grand à ses yeux.
Elle priait cinq fois par jour à la Mosquée Al Aqsa de Jérusalem. Elle jeûnait pour
le mois de Ramadan et aussi pour Shaa'ban et Zul-Hijjah, donnait le
peu qu’elle avait pour les pauvres et fit le pèlerinage à La Mecque, non pas une ni deux,
mais trois fois. Durant son voyage de retour à Jérusalem, elle mourut
à Médine, non loin de l’homme qu’elle aimait le plus, le Prophète Mohamed.
Quelle femme chanceuse ! Elle a été enterrée à Al Baqi, le cimetière
le plus sacré et le plus honoré de tout le monde musulman, rejoignant
les compagnons du Prophète, qui ont porté l’étendard de l’Islam dans
presque chaque coin du globe. Sa
tombe, qu’elle avait supervisée et faite creuser à l’avance, près de
l’ancienne muraille de la ville de Jéruslaem, fut donnée, en accord
avec ses volontés, à . Said et à son frère
Ishaq Al Nemr, nos deux voisins pauvres. Bref, comme vous l’aurez
compris , ma Maman ne craignait qu’ « Allah » , le Dieu
de l’Univers, de tous les hommes et de toutes les femmes, de tous les
animaux, de toutes les plantes, de toutes les planètes et de toutes
les galaxies.
Ma maman est maintenant au paradis. Elle ne peut donc être d’aucun secours
pour le Président George W. Bush.
Malheureusement, Petit George a été pris avec les deux mains –pas une,
mais les deux ! - dans le pot de confiture, et pas qu’une fois.
Ses conseillers idiots lui ont causé des ennuis, pas une, pas deux mais
tant de fois. Il continue à mentir. Une fois de plus, seuls des idiots
pourraient croire à la liste des crimes terroristes attribués à Khalid
Cheikh Mohamd. Le mensonge est trop gros.
Original : http://www.axisoflogic.com/artman/publish/article_24136.shtml
Ali Baghdadi vit à Chicago
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice,
membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs
pour la diversité linguistique.
Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle
est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et
d’en mentionner sources et auteurs.
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Calvaire
Le
jour de la publication des aveux de Khaled Sheikh Mohamed, Shaker Aamer
en était à sa 100ème et Sami Al Haj à sa 67ème journée de grève de la
faim
Par
Reprieve, 15 mars 2007
Aujourd’hui,
le jeudi 15 mars 2007, est le centième jour de grève de la faim de Shaker
Aamer, un étranger résident en Grande-Bretagne détenu à Guantanamo.
Deux fois par jour, Shaker Aamer
est attaché à une chaise de torture pendant dix heures et nourri de
force par un tube introduit dans son nez.
Shaker vient de passer la cinquième année de sa détention à Guantanamo.
Pour avoir défendu les droits d’autres prisonniers, il a été maintenu
à l’isolement total au Camp Echo depuis le 24 septembre 2005.
Le centième jour de son calvaire coïncide avec la publication des transcriptions
de l’interrogatoire de Khalid Cheikh Mohamed, qui fournissent de nouvelles
informations sur les conditions à Guantanamo. Dans ces transcriptions,
celui-ci dit :
- qu’il a été torturé ;
- que sous la torture il a accusé faussement d’autres détenus de crimes
- qu’il y a beaucoup d’hommes à Guantanamo qui n’ont rien à voir avec
un quelconque complot terroriste.
Pour
illustrer la détresse des détenus de Guantanamo, Reprieve, - une association
qui oeuvre en faveur de la justice pour les personnes détenues sans
inculpation ni procès – et en tain de reconstituer la torture à Guantanamo
avec un acteur sur une réplique de la chaise d’alimentation forcée.
Notre association est aussi en train de préparer un nouveau rapport
sur ce centre de détention off shore, comprenant une information actualisée
sur les résidents étrangers de Grande-Bretagne détenus et le journal
de Sami Al Haj, le journaliste d’Al Jazeera qui en est à son 67ème
jour de grève de la faim.

Shaker Aamer
Sami Al Haj
Clive
Stafford Smith, fondateur de Reprieve, a dit: « Les révélations
d’aujourd’hui apportent une nouvelle preuve accablante de la nature
injuste, inhumaine et illégale de Guantanamo. Nous vivons actuellement
une situation dans laquelle un résident de Grande-Bretagne est torturé
20 heures par jour – et notre gouvernement ne veut toujours pas intervenir
sur des bases humanitaires. Au centième jour de son calvaire, ils doivent
maintenant se réveiller et combattre pour les droits humains de Shaker. La
transcription de l’audition de Khalid Cheikh Mohamed confirme que les
preuves qu’il a fourni volontairement de sa culpabilité – y compris
par le biais d’une interview à Al Jazeera – infirment toute justification
des commissions militaires. Il y a suffisamment de preuves des crimes
commis par Mohamed pour qu’il soit jugé par un tribunal ordinaire US.
C’est une tragédie que la torture de Mohamed ait sérieusement compromis
les possibilités pour un quelconque tribunal de le juger. »
Dans l’audition du Tribunal d’examen du statut de combattant, Khalid
Cheikh Mohamed déclare également : « Je vous demande
à nouveau d’être corrects avec les nombreux détenus qui ne sont pas
des combattants ennemis. Parce que beaucoup d’entre eux ont été arrêtés
injustement. Beaucoup et pas juste deux ou trois. » Mohamed en
nomme un et en suggère d ‘autres.
En attendant, 380 détenus (dont beaucoup sont innocents, selon Mohamed)
continuent à être détenus sans procès à Guantanamo, souffrant d’un abus
terrible.
Original : Reprieve
Source : Chronique de Guantánamo
Balayer le Sahara
Une
visite à Nouakchott
Par
Clive Stafford Smith, 1er février 2007
Il y a quelques semaines, en visite à Guantánamo, je me préparais
pour une rencontre avec Jamil El Banna, qui y est détenu. J’étais en
train d’essayer de trouver comment lui annoncer la mort de sa mère.
L’enterrement avait déjà eu lieu et il pourrait se passer des années
avant qu’il puisse se rendre sur sa tombe. Naturellement, quand nous
avons parlé, il s’est mis à pleurer, et à 80000
km de sa famille, il s’est senti encore plus seul.La
semaine dernière, j’étais à Nouakchott, en Mauritanie, pour essayer
d’obtenir le rapatriement de deux autres prisonniers de Guantánamo.
Je regardais mes emails durant un court break avant une rencontre avec
le ministre de la Justice, quand j’ai appris que mon père était mort
le matin même, dans sa maison de soins près de Cambridge. Je n’aurais
pas un avion pour rentrer à Londres de sitôt, ce qui n’a fait qu’aggraver
mon sentiment que le monde qui m’entourait m’était étranger.
La chambre d’hôtel me rendait claustrophobe. Assis sur le balcon, j’entendais
l’appel à la prière résonner à travers la ville. Je regardai le désert
du Sahara, qui s’étend des lisières de la ville à travers tout le continent
africain. Pendant un moment, j’ai senti une analogie poignante entre
la situation du client et celle de son avocat. Mais, en dernière analyse,
la souffrance du client était plus grande.
Étant dans l’impossibilité de quitter la Mauritanie dans les 36 prochaines heures, je suis
allé, avec deux collègues américains, rendre visite à la famille d’un
autre prisonnier de Guantánamo, Mohammed Amin. Nous sommes allés dans
une Toyota Landcruiser noire
à leur maison – un trois-pièces avec toilettes à l’extérieur de la ville.
Sur la route, nous avons doublé des caravanes d’ânes trottinant devant
des charrettes charges de bidons d’eau, la seule “eau courante” que
l’on connaisse dans leur quartier.
Mohammed a cinq soeurs et une maman mal en point. Son père est mort,
et il n’y a pas d’autres frères. La famille est pauvre, dans un pays
où le revenu moyen par tête est de moins de 250 £ [=365 €] par.
Mohammed n’est pas censé avoir fait quelque chose contre l’Amérique
– et d’ialleurs personne ne le prétend. Il n’avait jamais été en Afghanistan
jusqu’à ce que les US l’achètent à des Pakistanais pour une prime, et
l’emmènent enchaîné à la base aérienne de Bagram. IL est néanmoins considéré
comme un trublion par les US, car il a été parmi les grévistes de la
faim les plus déterminés, se laissant dépérir en refusant de manger,
pour demander un procès équitable pour tous.
Assis jambes croisées par terre dans la pièce principale, nous avons
raconté son action courageuse à sa famille. Leur réponse nous a stupéfaits.
“Dites-lui d’arrêter sa grève
de la faim ! Dites-lui d’obéir à ses geôliers ! Nous avons besoin
de lui ici !”, s’est exclamée la sœur aînée de Mohammed. Elle a
montré la terrasse de leur petite maison où elles prévoient de lui construire
une chambre et le bâtiment de l’autre côté de la route, où elles espèrent
qu’il pourra démarrer une boutique. “ Il n’aura jamais besoin de repartir
d’ici. Même pas d’aller au centre-ville.”
Ce sont six femmes seules au monde. Elles parlent bien l’anglais, ce
qui normalement devrait leur donner accès à de bons jobs. Mais leur
peau est d’un noir foncé dans un pays où l’on favorise les Arabes dominants
à la peau plus claire, et la discrimination à laquelle elles font face
n’a fait que s’aggraver depuis que l’on sait qu’elles ont un frère à
Guantánamo. Ces femmes doivent se battre pour trouver le moindre boulot
subalterne.
J’ai alors pensé à mon frère et à ma sœur en Australie. Si j’étais moi-même
enfermé à Guantánamo, ils n’auraient de cesse de me voir libéré. Mais
ces femmes n’ont pas l’influence nécessaire pour pouvoir traverser Nouakchott
et rencontrer les ministres mauritaniens, et encore moins de traverser
l’Atlantique pour demander aux tribunaux de libérer leur frère. Et voilà
que nous autres avocats avions traversé l’Océan pour les voir :
elles se démenaient pour nous offrir un repas – du couscous, du mouton
et des fruits étalés sur le tapis devant nous.
Dehors, lorsque nous repartions, nous avons vu un petit garçon de quatre
ou cinq ans, tout de bleu vêtu. Il frottait frénétiquement avec une
brosse de brindilles, faisant voler la poussière.
Il avait l’air de vouloir balayer tout le Sahara. Dans quinze ans, où
sera ce garçon ? Sera-t-il encore en train de balayer le sable
dans quelque McJob, pour essayer de maintenir sa famille ? Ou arrivera-t-il,
par miracle, à arracher une éducation et devenir une voix pour la démocratie
dans cette partie du monde ? Ou plutôt, frustré par la futilité
de son existence et l’inéquité du monde qui éclate sur les écrans de
télévision même dans la rue la plus pauvre, rejoindra-t-il le Jihad
contre ceux qu’il percevra comme ses oppresseurs ?
Original : Reprieve
Clive Stafford Smith
est l’avocat de plusieurs détenus de Guantánamo et directeur juridique
de l’ONG américano-britannique Reprieve.
Source : Chronique de Guantánamo
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