25/05/06 - Ben Laden : Moussaoui
nétait pas dans le coup
Oussama ben Laden affirme dans un enregistrement audio diffusé
mardi sur Internet que le Français Zacarias Moussaoui,
seule personne condamnée aux Etats-Unis dans l'enquête
sur les attentats du 11 septembre 2001, n'avait rien à
voir avec l'opération. "J'avais la charge des
19 frères et je n'ai jamais demandé au frère
Zacarias d'être avec eux dans cette mission",
poursuit la voix, en référence aux 19 pirates
de l'air du 11-Septembre.
Le chef d'Al-Qaïda précise également
que seuls "deux" des prisonniers détenus
dans la prison américaine de Guantanamo Bay, à
Cuba, étaient impliqués dans l'attentat.
Source : AP, 24 mai 2006
PRISON
À PERPÉTUITÉ POUR ZACARIAS MOUSSAOUI
Les
12 membres du jury ont rendu leur verdict mercredi et condamné
Zacarias Moussaoui à la prison à vie.
"Amérique, tu as perdu!", a lancé
Moussaoui en quittant la salle d'audience après l'énoncé
de la sentence. Il a frappé dans ses mains et crié:
"J'ai gagné!" Pendant la lecture du verdict,
il était resté calme, assis en prières.
Sa condamnation sera formellement annoncée jeudi.
Le Français d'origine marocaine, seul accusé
poursuivi pour les attentats du 11 septembre 2001, avait
plaidé coupable de six chefs d'accusation de complot
en liaison avec ces attentats.
Les procureurs fédéraux avaient demandé
au jury de condamner Moussaoui à la peine de mort,
mais les jurés, qui ont passé environ 41 heures
à délibérer avant de rendre leur verdict,
ont été divisés avant de parvenir à
s'entendre.
Le jury appelé à se prononcer sur Zacarias
Moussaoui, âgé de 37 ans, avait le choix entre
la condamnation à mort et la réclusion à
perpétuité. Ce mois-ci, les neuf hommes et
trois femmes membres de ce jury avaient estimé que
le comportement de Moussaoui le rendait passible de la peine
de mort.
Moussaoui avait affirmé qu'il était censé
piloter un cinquième avion qui aurait eu pour cible
la Maison blanche, le 11 septembre 2001. Il avait dit au
cours du procès n'éprouver aucun remords pour
les attentats, ajoutant qu'il aurait souhaité voir
mourir davantage d'Américains. Les attentats du 11-Septembre
ont fait environ 3.000 morts.
Pour l'expert juridique David Rossman, de l'université
de droit de Boston, l'accusation a pâti des preuves
des erreurs commises par le FBI dans la gestion du dossier.
"Il est très facile de dire que le gouvernement
a perdu en termes de relations publiques (...)", argue-t-il.
"C'était une erreur de la part du gouvernement
de faire de Moussaoui le symbole du complot du 11 Septembre",
estime pour sa part Daniel Benjamin, analyste du terrorisme
et ancien membre de l'administration Clinton.
LE "MAL" VAINCU
George Bush a salué la sentence, estimant que le
"mal" avait été vaincu.
"La fin de ce procès représente la fin
de cette affaire, mais pas la fin de la lutte contre le
terrorisme", a dit Bush. "Et nous pouvons avoir
confiance. Notre cause est juste, et l'issue est certaine:
la justice sera rendue. Le mal n'aura pas le dernier mot".
Rudolf Guiliani, l'ancien maire de New York qui était
en poste au moment des attentats et a témoigné
durant le procès, a déclaré la chaîne
de télévision MSNBC qu'il aurait préféré
voir Moussaoui condamné à mort. "Mais
je suis assez impressionné par la manière
dont notre système juridique fonctionne et parvient
à déboucher sur un résultat comme celui-ci",
a-t-il déclaré.
Jim Cohen, professeur à l'université de droit
Fordham à New York, estime que le jury a recherché
une solution juste. "Ce n'est pas par compassion pour
Moussaoui. Ils pensaient que c'était la peine que
la plupart des victimes voulaient et qui serait la pire
pour lui", explique-t-il.
Le verdict a été lu simultanément
par la juge Leonie Brinkema, dans la salle d'audience, et
par le porte-parole du tribunal d'Alexandria, Edward Adams,
à l'extérieur de la salle, devant les caméras
de télévision.
"Aucun juré n'a estimé que l'exécution
de Zacarias Moussaoui ferait de lui un martyr des intégristes
musulmans et d'Al Qaïda en particulier", a dit
Adams. "Trois jurés ont estimé que le
rôle de Zacarias Moussaoui dans l'opération
du 11-Septembre, si tant est qu'il y en ait eu un, était
mineur", a-t-il ajouté.
Neuf jurés ont également été
sensibles à l'enfance difficile de Moussaoui et aux
problèmes familiaux qu'il avait connus, arguments
qu'avaient développés les avocats de la défense.
Des membres des familles des victimes, dont certains se
trouvaient dans la salle à la lecture du verdict,
se sont déclarés satisfaits de la sentence.
"Il restera en prison pour le reste de sa vie, ce
qui est exactement ce que mérite cet homme",
a déclaré Carie Lemack, dont la mère
a péri dans l'un des avions qui s'est écrasé
contre le World Trade Center à New York.
Source : Reuters, 4 mai 2006
Quand la France oublie ses principes
- Malgré la peine encourue, Paris a coopéré
sans conditions.
par Jacqueline COIGNARD, Libération,
25 avril 2006
Un citoyen français risque la peine de mort aux États-Unis,
dans une quasi-indifférence. Pourquoi? «C'est
difficile de commenter le silence», explique Robert
Badinter, l'une des rares personnalités à
avoir manifesté publiquement son inquiétude.
L'Europe autant que la France devrait se sentir concernée,
relève-t-il «Moussaoui est un citoyen de l'Union
européenne qui a proclamé le principe de l'abolition
dans l'article 2 de sa charte des droits fondamentaux.»
Les avocats français de Zacarias Moussaoui et de
sa mère, Aïcha El-Wafi, s'accordent à
constater que l'accusé fait ce qu'il peut pour décourager
les soutiens potentiels. «Il s'est donné du
mal pour se rendre antipathique: ricaner quand on évoque
le 11-septembre, appeler à la mort des Juifs et des
Américains...», soupire Patrick Baudouin, avocat
d'Aïcha El-Wafi et ancien président de la FIDH
(Fédération internationale des droits de l'Homme).
«Il en rajoute sans cesse dans la provocation et dans
l'inadmissible, parce que telle est sa stratégie
pour devenir un martyr.» Mais c'est au nom du principe
que les États et les opinions devraient réagir,
explique François Roux, l'avocat français
de Moussaoui: «Il faut combattre la peine de mort,
quoi qu'on éprouve pour le personnage.»
«Pas le choix». Les deux avocats stigmatisent
l'attitude des autorités françaises dans cette
affaire. «La France a fait pire que la passivité
et le silence: elle a fourni au procureur américain
des éléments à charge contre Moussaoui,
sur la seule garantie factice qu'ils ne seraient pas utilisés
pour requérir la peine de mort», s'indigne
Patrick Baudoin. En novembre 2002, la France et l'Allemagne
avaient conjointement décidé de fournir aux
Américains les informations sur Moussaoui. «Nous
n'avions pas le choix. Des engagements internationaux nous
obligeaient à coopérer», explique-t-on
au cabinet de Pascal Clément,le garde des Sceaux.
En recevant l'Attorney General, son homologue américain,
le 3 mars, il s'était d'ailleurs félicité
de la coopération entre les deux pays. «Nos
systèmes judiciaires comportent des différences
notables, mais ne nous empêchent pas de collaborer
sur tous les domaines d'intérêt commun, au
premier titre le terrorisme et la sécurité»,
avait-il déclaré, en plein procès.
Pour la défense des grands principes, Pascal Clément
affichait le sentiment du devoir accompli : «J'ai
rappelé à l'Attorney General la position de
la France sur la peine de mort», abolie depuis 1981
dans l'Hexagone.
Engagement écrit. «Quelle hypocrisie !»,
s'emporte François Roux. «Le traité
d'entraide judiciaire prévoit qu'on peut suspendre
la coopération lorsque des intérêts
fondamentaux sont en jeu.» Et de souligner qu'en 2001,
avant d'extrader l'Américain Ira Einhorn, accusé
d'assassinat , la France avait exigé un engagement
écrit sur le fait qu'il serait gracié si un
jury le condamnait à mort. «La France et l'Allemagne
auraient pu demander aux États-Unis de renoncer à
la peine de mort. Quitte à refuser de coopérer.
Dans tous les cas, on aurait eu un autre procès»,
regrette François Roux. Robert Badinter partage ce
point de vue «Dans ce domaine, les finesses juridiques
ne sont pas de mise. La France ne peut pas contribuer à
une procédure où la peine de mort est en jeu.»
Si le verdict de mort devait tomber, les voix officielles
européennes et les partisans de l'abolition se mobiliseront,
estime-t-il. Le combat sera encore long: «Bush ne
sera plus président lorsque la décision sera
devenue définitive. Et en France, le président,
qui soit-il, devra s'agiter».
Source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=377364
"Au-delà de la vengeance"
: des familles de victimes du 11 septembre volent au secours
de Moussaoui
Des proches de victimes du 11-Septembre ont témoigné
mercredi au tribunal fédéral d'Alexandria
(Virginie, est) en faveur de Zacarias Moussaoui, qui risque
la peine de mort pour sa complicité avec les auteurs
des attentats.
"Dans notre famille, nous avions tous un sentiment
très fort que nous ne devions pas nous laisser piéger
par la tristesse", a déclaré Marilynn
Rosenthal, invitée à témoigner par
la défense, qui a perdu son fils Josh, de 44 ans,
dans les attentats.
Zacarias Moussaoui, jugé depuis le 6 février
au tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie,
est) pour complicité avec les auteurs des attentats,
n'avait pourtant exprimé que mépris pour les
victimes, se réjouissant de la souffrance et exprimant
même son souhait d'autres attentats.
Mais cela n'a pas empêché des victimes, opposées
à la peine de mort, de venir à sa rescousse.
Les témoins de la défense comme ceux de l'accusation
n'ont pas le droit de déclarer ouvertement à
l'audience leur préférence entre la peine
de mort ou la réclusion criminelle à perpétuité,
mais leur choix de témoigner pour l'une ou l'autre
des parties donne une indication de leur souhait pour le
verdict.
"Nous voulions que quelque chose de bon (de ce drame)
soit tiré pour nous (...) et pour notre pays",
a ajouté Mme Rosenthal, qui est de confession juive,
devant les jurés.
Cette sociologue âgée de 75 ans, a d'ailleurs
depuis entrepris d'écrire un livre où elle
relate le destin de son fils et celui du kamikaze qui a
détourné l'avion projeté contre la
tour du World Trade Center où il se trouvait, avant
qu'ils se croisent dans la mort.
"La peine de mort, c'est ajouter plus de violence à
la violence. C'est un désir de vengeance, mais que
peut-on accomplir avec cela", avait-elle déclaré
dimanche à l'AFP, acceptant de répondre à
des questions à condition que ses déclarations
ne soient pas diffusées avant son audition au procès.
Le livre, qui est encore en cours de rédaction,
a pour l'instant pour titre "11-Septembre, au-delà
de la vengeance".
"Il faut avancer, et accomplir des choses positives",
avait-elle déclaré dimanche.
C'est ce même message qu'a voulu faire passer, toujours
sans s'exprimer sur la peine de mort directement, Robin
Theurkauf, veuve de Tom, tué dans l'effondrement
de la tour sud du World Trade Center, mère de trois
enfants à l'époque âgés de 9,
11 et 12 ans.
"Mes enfants avaient le coeur brisé",
a expliqué cette jolie femme à la chevelure
blonde ondulée et aux traits fins. "L'espère
humaine a des défauts, elle est déchirée
(...) mais nous sommes tous des enfants de Dieu et aimés
par Dieu", après avoir souligné que la
violence avait cours depuis toujours.
L'accusation avait exposé pendant quatre jours des
images de cadavres, de tours en feu, de corps carbonisés
et fait venir plus de trente proches de victimes, de même
que des blessés, pour exposer l'énorme souffrance
entraînée par les attaques.
La défense, dans le cadre de sa présentation
des "circonstances atténuantes" fait ainsi
passer un autre message, d'espoir et de main tendue, alors
que le procès touche à sa fin.
Dans les annales de la justice pénale américaine
de tels témoignages de victimes pour des accusés
sont sans doute très rares.
Auparavant, les avocats de Zacarias Moussaoui avaient appelé
à la barre un psychologue et un psychiatre, qui ont
assuré qu'il était atteint d'une schizophrénie,
autre circonstance atténuante.
Ils ont également exposé mercredi matin son
glissement dans un islam extrémiste à Londres,
au début des années 1990.
Il manquait d'affection, de repères et a erré
à Londres sans le sou, a expliqué le psychologue
spécialiste des phénomènes sectaires
Paul Martin.
Ce Français d'origine Marocaine avait eu une enfance
marquée par des problèmes familiaux et, comme
d'autres Français issus de l'immigration et acculturés,
il représentait une proie facile pour Al-Qaïda,
selon l'expert.
L'audience devait se poursuivre jusqu'en début de
soirée et reprendre jeudi.
Source : AFP, 19 avril 2006
Causes toujours
François Roux, 55 ans, avocat.
Après les objecteurs de conscience et les Kanaks,
Bové et Dieudonné, ce protestant convaincu
surprend en défendant Zacarias Moussaoui.
par Pascale NIVELLE et Pascal RICHE, Libération,
20 avril 2006
L'accusé Zacarias Moussaoui, avachi dans son siège,
balaie des yeux les travées du public. Il s'arrête
sur un petit homme discret, au premier rang. Visage sans
âge, costume un peu trop large, cravate jaune, cheveux
gris et longs, il semble sorti d'un film de Jean Yanne.
Lorsque leurs regards se croisent, l'homme s'interroge :
«Sait-il seulement qui je suis ?» Ne pouvoir
entrer en communication avec son client fait «souffrir»
François Roux. Depuis quatre ans, il est «l'avocat
français» de Zacarias Moussaoui. Il ne l'a
jamais rencontré, mais connaît sa vie par coeur.
L'«al-qaediste», qui vomit tous ses défenseurs,
ne l'a pas choisi. C'est sa mère qui l'a fait pour
lui fin 2001. Les amis se sont étonnés. Roux
les a habitués à d'autres combats depuis trente
ans : objecteurs de conscience, non-violents, Kanaks, faucheurs
d'OGM... Une trajectoire alignée sur les droits de
l'homme et des peuples. Même pour Dieudonné,
l'humoriste aux saillies taxées d'antisémitisme
(«Isra... Heil !»), ils avaient compris. «Roux
se bat aussi pour la liberté d'_expression»,
explique l'un d'eux. L'avocat, un peu embarrassé,
raconte qu'il a commencé à défendre
Dieudonné après qu'il a été
attaqué pour racisme «antiblanc» par
une association proche du FN. Il décrit Dieudonné
comme un «bouffon humaniste», mais on entend
un doute : «S'il est antisémite, il faudra
qu'il trouve un autre avocat. Mais jusque-là, même
si ses provocations sont clairement de mauvais goût,
j'ai considéré qu'il n'avait pas franchi la
ligne jaune.»
Et aujourd'hui voici Moussaoui le terroriste, encore plus
éloigné des tropismes de ce croyant pacifiste.
Lui-même, au début, n'était pas à
son aise. «Mais à partir du moment où
la peine de mort était en jeu, ça ne me posait
plus de problème», explique-t-il. Payé
par le département de la Justice américain,
il consacre un gros mi-temps à l'affaire depuis un
an. Son boulot a consisté à fouiller, tel
un privé, la vie de Moussaoui, et à guider
plusieurs avocats américains dépêchés
en France. Les matins d'audience, Me Roux a mis son chapeau,
marché de son hôtel au palais de justice d'Alexandria,
pour assister aux débats en silence. Son anglais
n'étant pas formidable, c'était un peu fatigant.
Parfois, il a été agacé, comme ce jour
de «pathos orchestré par les procureurs»,
qui ont passé des vidéos inédites de
corps explosant au pied des Twin Towers. Agacé, et
aussi bouleversé. Il a souvent plaidé des
affaires sanglantes, en Nouvelle-Calédonie ou au
Tribunal pénal international pour le Rwanda : «Mais
je ne m'y ferai jamais.» Il est presque timide, parle
avec l'accent de Montpellier, et use d'expressions comme
«Oh, pétard» ou «bon sang de bois».
François Roux a du sang révolutionnaire dans
les veines. Ses ancêtres étaient des camisards,
ces protestants cévenols en guerre contre le pouvoir
royal vers 1700. «Il a été élevé
là-dedans, dit son ami et mentor Jean-Jacques de
Felice, cette éducation, chez lui, c'est la poutre
de la maison.» Adolescent, Roux se promettait de devenir
pasteur. Très actif dans le scoutisme protestant,
il obtient son bac, «un bac 68», précise-t-il,
à 17 ans : trop jeune pour la fac de théologie.
«En attendant», sur les conseils de son père,
avocat et fils d'un procureur fils de juriste, il fait son
droit à Montpellier. A 20 ans, déjà
marié, il part à l'aventure en 2 CV jusqu'en
Afghanistan. Quatre ans plus tard, il ouvre un cabinet à
Lunel, près de Montpellier. Sa vie prend un tournant
: il assiste, subjugué, à une conférence
du patriarche de l'Arche, Lanza del Vasto, apôtre
de la non-violence et disciple de Gandhi. «Je voyais
des gens qui vivaient vraiment ce qu'ils disaient, ils s'appropriaient
les principes de l'évangile, une vie de simplicité.»
Sa deuxième rencontre fondatrice est Jean-Jacques
de Felice, protestant comme lui, ex-avocat du FLN algérien,
en résistance perpétuelle. Roux devient un
pilier des milieux non violents, bientôt recruté
par Felice pour la défense des paysans du Larzac
en lutte contre leur expropriation par l'armée. Dans
la prison de Rodez, il rencontre le berger José Bové,
lui aussi marqué par un maître, le philosophe
Jacques Ellul. Ils deviennent amis. Encore un protestant,
fait-on remarquer. «Eh oui, bizarre, hein ?»
Sur les photos d'époque, Roux ne porte pas de barbe.
Mais déjà un costume beige, une cravate. Pendant
le Larzac, il a découvert qu'on pouvait être
avocat «d'une autre manière». Sous entendu
: autrement que son père, qui était spécialisé
dans les baux commerciaux, «du côté des
propriétaires». Longtemps spécialiste
de la défense des objecteurs de conscience, lui qui
a été réformé, jamais il ne
s'est considéré comme un «gauchiste».
Autrefois dans la mouvance du PSU, il se sent bien parmi
les alter d'aujourd'hui, même si sa quête est
plus spirituelle que politique.
Le pasteur en lui n'a pas disparu, ne disparaîtra
jamais. Lorsqu'il plaide, Dieu n'est jamais loin. A la fin
des années 70, à Tahiti pour défendre
des militants antinucléaires, il découvre
le colonialisme, «le drapeau français à
18 000 kilomètres de la France». Il écoute,
s'imprègne. Le jour du procès, il plaide sur
le pardon. «C'était très étrange.
Certains dans la salle m'ont dit que j'étais...»
Il bute sur le mot. Brillant ? «Non, plus que cela.
En état second. Quelqu'un a parlé d'état
d'élation.» Roux ne pratique pas régulièrement,
il est heureux au temple mais il ne veut pas s'«enfermer
dans une chapelle». Il s'est mis au zen et fréquente
parfois la messe des dominicains. Il vit simplement : un
quatre-vingts mètres carrés loué, une
Volvo break, et des virées fréquentes dans
sa maison familiale, près de Florac, dans les Cévennes.
«C'est mon refuge. Je suis un paysan du dimanche,
heureux sur mon tracteur. J'ai besoin de ça.»
Il a quatre enfants et cinq petits-enfants, qui l'appellent
«papy tracteur». Longtemps, il a médité
vingt minutes par jour. Deux fois par an, il participe à
une retraite zen, organisée par un père dominicain.
Quatre jours de complet silence, sept heures de méditation
quotidienne. Il a aussi organisé son propre séminaire
dans son pays cévenol, à la saison des transhumances.
On monte derrière un berger et ses moutons, et en
haut, au col, «on refait le monde». Une année,
il a emmené des Hutus et des Tutsis. Une autre, des
Israéliens et des Palestiniens. L'an dernier, il
a fait marcher la veuve de Jean-Marie Tjibaou, celle de
Yeiwéné Yeiwéné, et celle de
Djubelly Wéa, l'assassin des deux dirigeants indépendantistes,
lui-même abattu par la garde de Tjibaou. Les trois
femmes couronnaient la réconciliation des clans.
François Roux, lui, planait en haute altitude. Sa
devise zen : «Mieux vaut allumer une bougie, si petite
qu'elle soit, que maudire l'obscurité.»
Pourquoi faut-il sauver Moussaoui
?
par la rédaction du blog "Sauvons Zakarias Moussaoui
de la peine de mort !", http://sauvons-moussaoui.over-blog.com/
Parce que le rejet du terrorisme ne doit pas nous faire
oublier notre opposition toute aussi résolue à
la peine de mort.
Parce qu'une sentence édictant la mort pour intention
criminelle, sans qu'il y ait eu passage à l'acte,
constituerait un précédent aux USA et dans
les pays se réclamant de l'état de droit.
Zakarias -rappelons-le - était en prison au moment
des faits (depuis août 2001 pour expiration de visa)
Parce que la justice, où qu'elle s'exerce, doit être
équitable et transparente, fondée sur la recherche
de la vérité, et non sur une quelconque vengeance
d'un État frustré de n'avoir pu trouver plus
de coupables.
Parce que la France l'a lâché, pire, elle a
accepté l'entraide judiciaire avec les USA alors
même que la peine de mort est requise.
Parce que Zakarias Moussaoui qui s'est ainsi fourvoyé
dans l'islam radical, se trouvera sans doute peu de défenseurs.
Parce que condamner à mort Moussaoui serait en faire
un martyr. Quel effet la peine de mort peut-elle avoir sur
des personnes la souhaitant plus que tout ? Ou souhaite-t-on
générer de nouvelles vocations ?
Contact : moussaouiblog@yahoo.fr
Derrière Moussaoui et le
11 septembre, le procès de la peine de mort !
par Michel Taube, Président d' Ensemble Contre la
Peine de Mort, 30 mars 2006
LE procès du 11 septembre ! Voilà ce qu'est
en train de devenir le procès du Français
Zakarias Moussaoui en Virginie (USA).
Voilà ce dont rêvait Moussaoui dans son délire
suicidaire, voilà ce que désirent une majorité
d'Américains avec l'administration Bush à
leur tête. D'ici quelques jours, les jurés
devront prendre une première décision : Moussaoui
est-il éligible à la peine de mort ? Si les
jurés y répondent négativement (principalement
parce que le Français, quand bien même en aurait-il
eu l'intention, n'a commis aucun crime), il sera automatiquement
condamné à la réclusion criminelle
à perpétuité sans possibilité
de remise de peine ni de sortie (aux USA, les détenus
condamnés aux plus longues peines finissent leurs
jours en prison !).
Si les jurés décident que Moussaoui est éligible
à la peine capitale, alors commencera une ultime
phase du procès, celle des « mitigations »,
des circonstances atténuantes. Alors la vie du Français
(lire l'article de Sébastien Poulet-Goffard) sera
étalée sur la place publique, ses avocats
(dont le Français François Roux) devront convaincre
les jurés que le passé, le parcours, la psychologie
de Moussaoui offrent des raisons d'atténuer la sentence.
Et à nouveau, dans quelques semaines, les jurés
devront définitivement trancher : la vie (en prison)
ou la mort.
Mais l'essentiel est-il vraiment là ? S'il ne s'était
trouvé une juge courageuse et scrupuleusement attachée
aux droits de la défense (même contre l'avis
du prévenu et contre les pressions de l'administration
fédérale), on peut raisonnablement craindre
que Moussaoui aurait été jugé de façon
expéditive par une justice militaire, accusatrice
et opaque. En matière de justice pénale, dans
la lutte contre le terrorisme (Guantanamo entache sérieusement
la démocratie américaine) et les jugements
d'autres crimes politiques (on pense au procès de
Saddam Hussein), les USA croient encore et toujours que
la peine de mort est la peine adéquate et juste contre
les pires criminels qui soient.
Mais Moussaoui nous le prouve lui-même : comme tous
les fanatiques, il veut mourir ! De la façon la plus
spectaculaire et en provoquant le maximum de dommages. Mettre
à mort un terroriste, c'est lui offrir sur un plateau
ce qu'il cherche. Il en va de même pour les dictateurs
que la justice pénale internationale ne condamne
plus à mort. Ne partageons pas cette quête
eschatologique avec nos ennemis ! Sachons retenir le glaive
de la justice et opposer aux excès de ces criminels
la pondération et l'intelligence de la justice des
hommes. La peine de mort est vaine et contre-productive
; là où la justice devrait calmer les passions,
la peine capitale ajoute de la haine à la haine.
Telle est la position des Européens et de la majorité
des démocraties dans le monde. Juger et punir, oui
! Mais dans le respect de nos valeurs fondamentales.
De tout cela, les avocats de Moussaoui sont certainement
convaincus. Si le procès va jusqu'à l'étude
des circonstances atténuantes éventuelles,
posons la question : y aura-t-il un avocat pour poser ces
questions de principe aux jurés et devant les caméras
du monde entier, pour instruire le procès de la peine
de mort, pour expliquer aux Américains que, quand
bien même leur émotion et les faits rapportés
à l'audience les inclineraient à condamner
Moussaoui à mort, ils devraient, ils pourraient écarter
la peine capitale ? Dans l'intérêt supérieur
des USA, dans le but de renforcer les assises de nos démocraties,
à cause de la vanité et de la contre-productivité
de cette peine barbare, Moussaoui ne doit pas être
condamné à mort. En Europe, nul doute qu'un
Robert Badinter aurait développé un tel argumentaire.
La justice américaine se prête moins aux combats
d'idées mais un tel procès, exceptionnel et
si sensible, pourrait aider à sensibiliser l'opinion
publique américaine à des arguments partagés
par une majorité d'Européens.
Avec les avocats qui essaient de sauver Moussaoui contre
lui-même et la vengeance d'une nation meurtrie, c'est
le combat pour la justice et contre la peine de mort qui
est en train de se jouer aux USA, dans des proportions médiatiques
et un écho psychodramatique rarement atteints. Verdict
dans quelques semaines.
Source : http://www.abolition.fr/ecpm/french/article-dossier.php?dossier=11
Un "narcissique destructeur" qui est
sûr que Bush ordonnera sa libération
L'attitude adoptée par Zakarias Moussaoui face à
ses juges déconcerte tout le monde : mythomane, suicidaire
? A-t-il été victime d'un lavage de cerveau
à coups de produits chimiques ? A-til passé
un accord avec l'accusation ? Personne ne peut aujourd'hui
répondre à ces questions. (NDLR Quibla)
Le procès de Zakarias Moussaoui a atteint de nouveaux
sommets cette semaine alors que le Français, passible
de la peine de mort en lien avec les attentats du 11-Septembre,
a répondu aux larmes des victimes par du dégoût
et de la haine.
"Cela me fait plaisir de voir que leurs familles souffrent
et j'espère qu'il y aura plus de souffrance",
a dit très calmement jeudi Zakarias Moussaoui, installé
dans le box réservé aux témoins de
la chambre 700 du tribunal fédéral d'Alexandria
(Virginie, est).
La veille encore et pendant quatre journées d'audience,
des proches de victimes et rescapés étaient
venus s'installer dans ce même box pour évoquer
les attentats qui ont fait près de 3.000 morts de
quinze nationalités.
Mardi, le lieutenant Nancy McKeown, météorologiste
à la Marine, a fait preuve, dans un premier temps,
d'un sang-froid tout militaire.
Bardée de médailles et sans jamais quitter
ses gants blancs, cette femme frêle a ensuite sangloté
en parlant de ses "gars", les deux jeunes militaires
qu'elle supervisait ce matin-là.
Le lieutenant les a cherchés dans l'obscurité
d'un bureau du Pentagone, frappé par l'un des avions
du 11-Septembre. Elle a survécu. Pas eux.
"C'était dégoûtant de la part
d'une militaire de prétendre qu'ils n'auraient pas
dû être tués dans un acte de guerre",
a commenté Moussaoui, après avoir longuement
disserté sur la guerre "contre les juifs et
les croisés" d'Al-Qaïda, à laquelle
il a dit avoir adhéré sans hésiter.
Les procureurs avaient fait revivre les attentats du 11-Septembre
au tribunal, en lui montrant notamment des vidéos
de gens se jetant dans le vide des tours jumelles de New
York, pour échapper aux flammes.
Moussaoui n'a exprimé que fierté face au drame.
"J'aurais juste souhaité que cela se produise
aussi le 12, le 13, le 14, le 15, le 16, le 17 (septembre)...
et je peux continuer", a commenté le Français.
Paradoxalement, Moussaoui a déclaré qu'il
ne cherchait pas à être condamné à
mort. "Vous n'aurez jamais mon sang car je serai libre",
a-t-il dit, en assurant que le président George W.
Bush ordonnerait sa libération.
Le public assistant régulièrement au procès
a quitté la salle, entre incrédulité
et horreur, sans comprendre où l'accusé, qui
risque la peine de mort ou la prison à vie, veut
en venir.
Des spécialistes estiment que le Français
aspire à la mort, en dépit de ses déclarations.
"Il veut l'immortalité", a déclaré
Harold Bursztajn, psychiatre et expert auprès des
tribunaux.
Moussaoui est un "narcissique destructeur", car
il semble ne se "sentir bien qu'en traitant les gens
qui ne partagent pas son idéologie avec mépris",
estime-t-il.
Son narcissisme l'amène peut-être à
considérer qu'il peut "manipuler" les jurés
en leur faisant croire qu'il ne veut pas être un martyr...
pour obtenir justement qu'ils le condamnent à l'injection
mortelle.
Son avis est partagé par Jeffrey Frederick, spécialiste
en psychologie des jurés: "Il ne faut pas oublier
qu'au départ, il souhaitait participer à un
attentat suicide", note-t-il avant d'estimer qu'après
son témoignage "la probabilité qu'il
ne soit pas condamné à mort est très
faible".
En dépit des insultes de Moussaoui, qui a été
jusqu'à souhaiter l'"extermination" des
juifs en regardant son avocat Gerald Zerkin, lui-même
juif, la défense n'a pas jeté l'éponge.
Elle évoquera la semaine prochaine des "circonstances
atténuantes", dont une probable schizophrénie
de Moussaoui, pour lui épargner l'injection mortelle.
"Nous défendons ce garçon contre lui-même",
a résumé Me François Roux, l'avocat
français qui a assisté ses défenseurs
américains.
Les délibérations des jurés en vue
d'un verdict commenceront dès la semaine prochaine,
a indiqué la juge chargée de l'affaire.
Source : AFP, 14 avril
Moussaoui attaque ses avocats
Le Français, seul inculpé pour les attentats
du 11 septembre, leur reproche de ne pas l'avoir suffisamment
défendu.
ZACARIAS MOUSSAOUI qui, dans la première phase de
son procès, avait consciencieusement démoli
la stratégie de ses avocats, leur a, dans une seconde
phase, reproché de «ne pas avoir ses intérêts
à coeur». En février dernier, il avait
proposé au procureur de témoigner contre lui-même
et de prouver son implication dans les attentats du 11 Septembre.
«Or, vous n'avez pas adapté votre défense
en fonction de cela. Vous avez fait comme si vous étiez
surpris par mes déclarations.» Le 27 mars dernier,
Moussaoui, inculpé de complicité dans les
attentats du 11 septembre 2001, avait apporté sur
un plateau à l'accusation ce qu'elle peinait à
démontrer : qu'il faisait partie du complot.
«Qu'est-ce que vous aviez anticipé comme défense
?», lui demande son avocat Gerald Zerkin. «Je
n'ai rien à vous dire.» Zerkin reformule sa
question. «Comme ça de tête, je ne vois
pas de réponse. Mais le frère Charles Freeman
aurait su me défendre.» «Vous savez que
Charles Freeman est mort ?», lui rétorque Zerkin.
C'est l'autre objet de contentieux. Moussaoui reproche à
ses avocats de ne pas avoir cherché à lui
obtenir d'avocat musulman. Il avait contacté cet
avocat qui s'était dit prêt à travailler
pour lui. Mais les avocats commis d'office voulaient superviser
la défense. Inacceptable pour Moussaoui. «Parce
que vous êtes américains. Parce que vous êtes
juifs. Parce que vous n'avez pas mes intérêts
à coeur. Cela vous disqualifie d'un point de vue
islamique comme d'un point de vue rationnel.»
Le match entre l'accusé et ses avocats était
annoncé dès l'ouverture de l'audience, où
après l'examen des circonstances aggravantes par
l'accusation, la défense devait présenter
les circonstances atténuantes. Lorsque la défense
avait lu à la juge les noms du trio d'avocats qui
allait tenter de lui épargner la peine de mort, Moussaoui
avait tourné son pouce vers le bas.
«Coupable de non-assistance criminelle»
Lorsqu'il s'est installé à la barre, Zerkin
lui a d'abord demandé s'il pensait que ses avocats
étaient engagés dans un complot visant à
le tuer. «Je crois que, depuis quatre ans, vous êtes
coupables de non-assistance criminelle.» Les jurés
se sont avancés sur leurs sièges pour écouter
la suite. «Par exemple, quand j'étais à
New York, vous m'aviez dit que je serais jugé dans
ce district parce que c'était le deuxième
des USA après le Texas en matière de condamnation
à mort. Vous m'avez expliqué que (le procureur)
ne voulait pas que je sois jugé à New York
parce qu'il n'avait pas réussi à y obtenir
la peine de mort pour les auteurs des attentats de l'ambassade
du Kenya. Je vous avais alors dit que je souhaitais un autre
endroit parce qu'on était trop proche du Pentagone
et que le procès serait trop chargé d'émotion.»
Moussaoui accuse ses avocats «de ne jamais avoir cherché
à faire changer le lieu du procès».
Puis, il qualifie l'Amérique de «tête
de serpent», qu'il faut «détruire d'abord»,
avant son autre cible, «l'Etat juif de Palestine».
Pour lui, les attentats du 11 Septembre auraient dû
se reproduire tous les jours, «le 12, le 13, le 14,
le 15, le 16, le 17», ajoute le Français.
Les accusations de Moussaoui finiront peut-être par
nourrir les circonstances atténuantes que la défense
compte présenter : l'instabilité mentale de
l'accusé. La juge, Leonie Brinkema, a suspendu l'audience
de manière inattendue en annonçant aux jurés
qu'ils seraient probablement appelés à délibérer
dès la semaine prochaine.
Source : Le Figaro, 14 avril 2006
Reid ne témoignera pas au
procès de Moussaoui
L'homme aux chaussures piégées, Richard Reid,
membre autoproclamé d'Al-Qaïda, ne témoignera
pas au procès de Zakarias Moussaoui, la présidente
du tribunal Léonie Brinkema ayant annulé vendredi
l'ordre de comparution de Reid comme témoin de la
défense.
La présidente du tribunal a limité ses explications
à l'évocation d'une lettre écrite vendredi
par les avocats commis d'office de Zakarias Moussaoui, et
d'une motion déposée par les représentants
de Reid. Elle a précisé que les deux documents
étaient sous scellés.
Le mois dernier, Moussaoui avait affirmé qu'il devait,
avec Richard Reid comme partenaire, détourner un
cinquième avion et le lancer sur la Maison Blanche
le 11 septembre 2001.
Les avocats de Moussaoui tentent de démontrer que
le Français d'origine marocaine n'a joué qu'un
rôle limité dans les attentats de 2001, qu'il
s'agit d'un malade mental et que l'exécuter reviendrait
à réaliser son rêve de martyre.
Reid effectue quant à lui une peine de prison à
perpétuité au Colorado, après une tentative
avortée de faire exploser un avion américain
en 2001.
Source : AP , 15 avril 2006
Moussaoui écoute les témoins
du 11-Septembre, ricane et chante
par Alain Salles, Le Monde, 7 avril 2006
Elles sont dans la salle d'audience, enveloppées
dans un drap blanc, comme un linceul. Quand l'ancien maire
de New York, Rudolph Giuliani s'assoit au banc des témoins,
jeudi 6 avril, le procureur David Novak demande de dévoiler
sa première pièce à conviction : une
maquette des tours jumelles du World Trade Center. La reproduction
est placée sur une table à côté
des témoins. Pendant toute la journée, ils
parlent à l'ombre des deux tours disparues. C'est
le début d'une longue série de témoignages
poignants qui plongent la salle et le jury quelques années
en arrière, vers un jour jamais oublié : le
11 septembre 2001.
Avec la deuxième phase du procès de Zacarias
Moussaoui, le Français membre d'Al-Qaida, jugé
passible de la peine de mort, lundi 3 avril, c'est le procès
du 11-Septembre qui commence. "Maintenant, il est temps
pour vous d'entendre ces voix", déclare aux
jurés du tribunal fédéral d'Alexandria
le procureur Robert Spencer. Celles des familles qui viennent
à la barre, celles des victimes qui téléphonent
avant que l'avion ne s'écrase et même la voix
de Mohammed Atta, le chef des pirates de l'air, dont les
instructions au passager ont été enregistrées,
une dizaine de minutes avant qu'il n'atteigne la première
tour : "Nous revenons à l'aéroport, n'essayez
pas de faire de mouvements stupides !"
Rudolph Giuliani retrace son jour le plus long. "Ça
ressemblait à une zone de guerre". Autour du
World Trade Center, il regarde en l'air pour éviter
les débris qui tombent des tours : "C'est alors
que j'ai vu un homme vers le 104e étage." Il
montre avec une règle l'endroit où il a vu
cet homme. "J'ai alors réalisé que je
voyais un homme qui tombait. A peu près là",
ajoute-t-il en désignant sur la maquette l'endroit
où il s'est écrasé. "J'ai vu plusieurs
personnes sauter. Il y en avait deux qui semblaient se donner
la main. C'est une des images qui me revient tous les jours."
Sur les écrans on voit ces corps qui tombent, mais
aussi leur impact sur le sol, plus rarement montré.
L'ancien pompier Anthony Sanseverino est venu parler de
son collègue Danny Suhr, mort le 11 septembre 2001
après avoir reçu un de ces corps sur la tête.
Mais Rudolph Giuliani n'était pas seulement là
pour retracer la journée de l'ancien maire-courage,
devenu aujourd'hui un candidat potentiel du Parti républicain
à l'élection présidentielle de 2008.
Il a raconté une histoire personnelle : celle d'un
pompier, Terence Hutton, qui était le mari de son
assistante, et surtout celle de leur fille "Little
Terrie", née après le 11-Septembre. Le
jour de sa mort, le couple ne savait pas qu'il attendait
un enfant. "C'est une histoire multipliée par
des milliers", commente M. Giuliani.
L'accusation a décidé de raconter quelques-unes
de ces histoires. Quarante-cinq témoins vont venir
à la barre pour témoigner de leur vie brisée.
M. Moussaoui écoute avec attention ces témoignages.
Il prend quelques notes. Plus la journée avance,
moins il rit. Il ricanait le matin, quand son avocat Gerald
Zerkin expliquait, parmi les circonstances atténuantes,
qu'il souffrait de paranoïa schizophrénique.
Il riait encore en regardant les images des avions qui s'écrasent
sur les tours. En sortant pour la première pause,
il a fredonné, en modifiant les paroles de la chanson
de Bruce Springsteen, "Born (né) in the USA"
: "Burn (brûlé) in the USA !"
Zacarias Moussaoui risque d'être
condamné à l'injection mortelle
Le Français Zacarias Moussaoui, 37 ans, est passible
de la peine de mort pour complicité avec les auteurs
des attentats du 11-Septembre, a décidé lundi
son jury au tribunal fédéral d'Alexandria
(Virginie, est).
Le procès, qui va reprendre jeudi, doit désormais
se poursuivre avec l'examen de circonstances aggravantes
- notamment la souffrance des victimes - ou atténuantes,
comme l'enfance difficile et la santé mentale de
Moussaoui.
"Vous n'aurez jamais mon sang! Que Dieu vous maudisse
tous!", a crié Zacarias Moussaoui après
la lecture de ce texte, alors que la juge Leonie Brinkema
et les jurés avaient déjà quitté
la salle d'audience.
La lecture de la décision des jurés a été
faite par la juge peu après 16h00 (20h00 GMT), devant
une salle plongée dans un silence solennel, en présence
de plusieurs hauts responsables du ministère américain
de la Justice.
Moussaoui est resté immobile, se limitant à
murmurer dans sa longue barbe noire. Les jurés n'ont
pas semblé le regarder.
Pour les neuf hommes et trois femmes qui forment le jury,
Moussaoui a causé "directement" la mort
d'au moins une des quelque 3.000 victimes des attentats
en ayant menti lors de son arrestation en 2001 et permis
ainsi, comme l'affirme l'accusation, que ses "frères
d'Al-Qaïda" réussissent les attentats.
A l'issue de la seconde phase du procès, les jurés
décideront si oui ou non le Français doit
être condamné à l'injection mortelle.
S'il n'est pas condamné à mort, il sera condamné
à la prison à vie, en raison de sa reconnaissance
de culpabilité.
Depuis le début de son procès le 6 février,
Moussaoui n'a guère fait d'éclat à
l'exception de sa prise de parole le 27 mars.
"J'ai finalement eu la chance de voir le World Trade
Center s'effondrer. En un mot: splendide. J'étais
ravi". Moussaoui a écrit ces mots le 12 août
2002 et n'a pas hésité à les confirmer
lors de sa déposition. "Vous étiez ravi?",
lui a demandé le procureur Robert Spencer. "Parfaitement",
avait répondu le Français.
Il a ajouté ce jour-là ce qu'il avait toujours
nié: qu'il devait participer aux attentats du 11-Septembre
en lançant un avion contre la Maison Blanche. Et,
avec ces déclarations froides, il a mis en pièces
les arguments de sa défense et déroulé
un tapis rouge pour ses accusateurs.
Le Français, a-t-on appris à l'audience, a
été au contact des "hautes sphères"
du terrorisme islamiste international dont Oussama ben Laden
et Khalid Cheikh Mohammed, cerveau présumé
des attentats du 11-Septembre.
Mais Cheikh Mohammed l'avait décrit comme étant
un apprenti terroriste maladroit, jamais impliqué
dans les attentats du 11-Septembre et peu digne de confiance.
Ses avocats ont aussi tenté sans succès de
convaincre les jurés que l'on ne pourrait "jamais"
savoir si les attentats auraient pu être évités
avec des aveux de Moussaoui.
Après la lecture de la décision, le ministère
de la Justice s'est félicité: "Nos efforts
au nom des victimes du 11-Septembre continueront avec la
prochaine phase du procès" a déclaré
la responsable de la communication Tasia Scolinos.
"Je pense que Moussaoui mérite la mort. C'est
difficile à décrire, je croyais que je serai
ravi mais ce n'est pas le cas. Je suis désolé
pour lui", a réagi Abraham Scott, qui a perdu
dans les attentats sa femme Janice, employée au Pentagone.
Le chef de la majorité républicaine au Sénat
Bill Frist a salué "le pouvoir libérateur
de la justice et de l'Etat de droit", armes "précieuses"
selon lui contre le terrorisme.
Un ancien membre, démocrate, de la commission nationale
d'enquête sur les attentats, Tim Roemer, a lui estimé
que les procureurs s'étaient montrés convaincants,
ajoutant que le procès prouvait que le système
judiciaire pouvait se montrer efficace pour lutter contre
le terrorisme.
François Roux, avocat français de Moussaoui,
a pour sa part promis que sa défense ferait "tout"
pour lui éviter une condamnation à mort.
Source : AFP, 4 avril 2006
Le procès surréaliste
de Zacarias Moussaoui entre les mains des jurés
Les jurés au procès de Zacarias Moussaoui
reprendront lundi leur délibération pour décider
s'il est passible de la peine de mort après des audiences
surréalistes où un témoin de l'accusation
a aidé la défense, tandis que le prévenu
témoignait pour ses accusateurs.
Tout dans ce procès, dont les débats au fond
ont commencé le 6 mars au tribunal fédéral
d'Alexandria (Virginie, est), non loin de Washington, est
hors norme: la construction intellectuelle de départ,
avec un accusé qui risque la peine de mort pour avoir
"menti" et protégé ainsi ses "frères
d'Al-Qaïda", qui ont perpétré les
attentats du 11-Septembre.
Et surtout, Moussaoui. Le Français a offert dès
le 8 mars une tranche d'absurde aux jurés, lorsqu'ils
ont assisté à la diffusion vidéo de
l'interrogatoire d'un témoin à charge qu'il
a mené en 2002, alors qu'il assurait sa propre défense.
Faiz Abou Bakar Bafana, membre de l'organisation affiliée
à Al-Qaïda Jemaah Islamiyah (JI) l'avait mis
en cause, affirmant qu'un certain "John" ressemblant
comme deux gouttes d'eau à Moussaoui lui avait dit
qu'il "rêvait de lancer un avion contre la Maison
Blanche".
"Comment identifiez-vous ce John?", l'a interrogé
Moussaoui. "Il est exactement comme vous", a répondu
le détenu de Singapour. A l'écran, Moussaoui,
mauvais avocat, poursuit: "Vous vous référez
à moi ?". "Oui". "Etes-vous sûr?"
(...) "C'est vous !".
Puis, presque quatre ans plus tard, lundi, l'accusé
a offert cette fois volontairement un blanc-seing à
l'accusation pour convaincre les jurés de le considérer
passible de la peine de mort.
Il a affirmé sans ciller qu'il devait piloter lui-même
un avion et le projeter contre la Maison Blanche le 11-Septembre,
ce qu'il avait toujours nié auparavant, affirmant
qu'il devait participer à une opération ultérieure.
Il a dit qu'il savait à l'époque que les attentats,
dont il s'était réjoui, viseraient les tours
jumelles.
Ce sont ensuite les procureurs qui ont alimenté l'absurde:
après avoir avoir sans relâche argumenté
que le Français reconnu coupable de complicité
avec les auteurs des attentats du 11-Septembre devait mourir
pour ses "mensonges meurtriers", ils ont imploré
les jurés de le croire lorsqu'il a affirmé
qu'il devait participer aux attentats.
Dans un éditorial publié vendredi, le Washington
Post évoque l'étrange consensus entre les
procureurs et l'accusé et la tâche "peu
enviable (des jurés) de trier dans cette affaire
ce qui relève de la confession réelle et des
fanfaronnades chimériques".
Les neuf hommes et trois femmes du jury, qui reprendront
lundi leur délibération, doivent aussi examiner
le témoignage de l'agent Harry Samit du FBI (police
fédérale), un des témoins phare de
l'accusation devenu précieux pour la défense.
L'agent, un petit homme trapu au regard vif, était
venu raconter les "mensonges" de Moussaoui pour
aider les procureurs à prouver que si ce dernier
n'avait pas nié être un terroriste lors de
son arrestation le 16 août 2001 pour un visa périmé,
les attentats auraient pu être en au moins en partie
évités.
Les avocats de la défense n'ont pourtant fait qu'une
bouchée du policier, qui ne souhaitait pas coopérer
avec eux, mais n'a pu qu'admettre qu'il avait à 70
reprises qualifié Zacarias Moussaoui de terroriste
en puissance planifiant peut-être de détourner
un avion, dans des rapports à sa hiérarchie
qui ont été ignorés.
La défense cherche à prouver que les attentats
n'auraient pu être évités, même
si Moussaoui avait parlé, car la lutte antiterroriste
américaine était pendant l'été
2001 structurellement inefficace.
Source : AFP, 1er avril 2006
Moussaoui contredit par des membres
d'Al Qaïda en détention
Des membres d'Al Qaïda détenus par les Américains
ont contredit les allégations formulées la
veille à son procès par Zacarias Moussaoui
en affirmant qu'il n'était pas fiable et qu'il n'était
pas impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001
aux États-Unis.
Le Français d'origine marocaine, seule personne
à avoir été inculpée aux États-Unis
d'implication dans les attentats du 11 septembre, avait
affirmé lundi que, s'il n'avait pas été
interpellé plus tôt, il aurait dû participer
à ces attentats à bord d'un cinquième
avion lancé contre la Maison blanche.
La plupart des témoignages des détenus ont
été lus au tribunal, les autorités
américaines ayant exclu qu'ils viennent témoigner
à la barre pour des raisons de sécurité
nationale. La plupart d'entre eux ont contesté la
compétence de Moussaoui et l'homme présenté
comme le financier des attentats du 11 septembre a dit n'avoir
aucun lien avec lui.
Moussaoui plaide coupable d'implication dans les attentats
qui ont fait quelque 3.000 morts à New York et Washington.
Le tribunal doit se prononcer sur son éventuelle
condamnation à mort.
S'efforçant d'atténuer les effets dévastateurs
des propos tenus la veille par Moussaoui, la défense
a présenté une déclaration de Sayf
al Adl, un responsable de la commission militaire d'Al Qaïda,
qui a dit qu'il n'était "absolument pas"
question que le Français participe à la mission
du 11 septembre.
Mustafa al Haoussaoui, le financier qui a donné
à plusieurs pirates de l'air leur billet d'avion
pour les États-Unis, a dit n'avoir "aucune connaissance"
des transactions financières de Moussaoui.
"EXASPÉRANT"
Un autre membre d'Al Qaïda, du nom de Khallad, a accusé
Moussaoui d'avoir enfreint les règles de sécurité
en lui téléphonant quotidiennement pendant
un voyage en Malaisie, en 2000.
Khallad, qui était impliqué dans les attentats
d'août 1998 contre les ambassades des États-Unis
à Nairobi et Dar-es-Salaam, et a été
le "cerveau" de l'attaque du contre-torpilleur
américain "USS Cole", en 2000 dans le port
d'Aden, a finalement été contraint d'éteindre
son téléphone.
Le témoignage de Riduan Isamuddin, mieux connu sous
le nom de Hambali, dirigeant de la Jemaah Islamiah, groupe
asiatique lié à Al Qaïda, accuse Moussaoui
"de n'être pas une lumière et d'avoir
mauvais caractère".
"Selon Hambali, Moussaoui réussissait à
exaspérer tout qui entrait en contact avec lui",
dit le témoignage, ajoutant que Hambali ne faisait
pas confiance à Moussaoui.
Moussaoui ne cessait de parler de rêves qu'il avait
de précipiter un avion sur la Maison blanche. Il
proposait aussi constamment des opérations jugées
"ridicules" par les membres du Jemmah Islamiah,
ajoute le témoignage.
Hambali a expliqué qu'il avait finalement offert
à Moussaoui un billet d'avion pour l'Europe afin
de lui faire quitter la Malaisie.
Moussaoui a reconnu lundi avoir eu des problèmes
en Malaisie, mais il a assuré qu'Oussama ben Laden
avait dit qu'il pouvait néanmoins participer aux
détournements d'avion.
Le Français, arrêté le 16 août
2001, a dit qu'il n'avait pas beaucoup de précisions
sur ce complot mais qu'il savait qu'il aurait à précipiter
un avion sur la Maison blanche et que les tours jumelles
du World Trade Center seraient aussi prises pour cibles.
L'an dernier, lorsqu'il a plaidé coupable de conspiration
dans le cadre des attentats, Moussaoui a dit qu'il aurait
dû faire partie d'une seconde vague d'attentats.
Source : AFP, 28 mars 2006
Moussaoui dit qu'il devait attaquer
la Maison Blanche le 11 septembre 2001
Le Français Zacarias Moussaoui a affirmé lundi
à son procès aux Etats-Unis qu'Oussama ben
Laden lui avait demandé d'attaquer avec un avion
la Maison Blanche, le 11 septembre 2001, mettant en pièces
les arguments de sa défense visant à lui éviter
la mort.
Interrogé par son avocat, Gerald Zerkin, pour savoir
s'il devait participer aux attentats de 2001, Moussaoui,
37 ans, qui a plaidé coupable de complicité
avec les auteurs des attentats, a répondu en anglais:
"Oui (...) Je devais projeter un avion sur la Maison
Blanche".
L'avocat, contraint par le détenu à lui poser
certaines questions, lui a demandé qui lui avait
donné un tel ordre: "Oussama ben Laden",
a-t-il dit.
"L'un des membres définitifs de mon équipe
était Richard Reid", a-t-il aussi indiqué.
Ce Britannique qui avait tenté de faire exploser
sa chaussure piégée à bord d'un vol
Paris-Miami, le 22 décembre 2001, purge une peine
de prison à vie aux Etats-Unis.
Moussaoui a aussi précisé qu'il savait que
les attentats auraient lieu "après le mois d'août"
2001 et qu'il avait guetté les informations dans
la prison où il était détenu pour un
visa périmé: "Lorsque j'ai vu le World
Trade Center en flammes, j'ai immédiatement su".
Inculpé en décembre 2001 et jugé depuis
le 6 février au tribunal fédéral d'Alexandria
(est) pour complicité, Moussaoui avait jusqu'à
présent déclaré qu'il savait qu'Al-Qaïda
prévoyait "de projeter des avions contre des
immeubles des Etats-Unis", mais que son opération
contre la Maison blanche devait avoir lieu plus tard.
Le détenu, interrogé ensuite par le procureur
Robert Spencer, a reconnu qu'il s'était réjoui
de la mort de citoyens américains le 11-Septembre,
et qu'il avait menti à la police fédérale
afin de ne pas compromettre le déroulement des attentats.
Le procureur, renforcé par les déclarations
de Moussaoui, lui a posé la question au moins cinq
fois: "La raison pour laquelle vous avez menti était
de permettre le déroulement des opérations
?". "C'est correct", a répondu le
prisonnier en combinaison verte.
Il a aussi déclaré qu'il savait que "les
deux tours du World Trade Center" seraient visées
et que l'emploi de couteaux pour détourner les avions
était "probable".
"Vous vouliez tuer des Américains"?, lui
a demandé Robert Spencer: "Oui", a répondu
Moussaoui. "Vous étiez prêt à utiliser
un couteau pour trancher la gorge d'un passager ou d'une
hôtesse", a ajouté le procureur. "Oui",
a répondu Moussaoui, "trancher la gorge de quelqu'un
n'est pas difficile".
Les jurés ont observé la scène avec
attention, sans pour autant exprimer d'émotion particulière.
La déposition du Français devant les jurés
complique singulièrement la tâche de sa défense,
qui tente depuis la fin de la semaine dernière de
convaincre les jurés que Moussaoui disposait de bien
moins d'informations sur les attentats que les autorités
américaines.
Lundi matin, ils ont essayé en vain de lui interdir
de déposer.
Dans quelques jours, les jurés devront déterminer
si Moussaoui est passible de la peine de mort. Si c'est
le cas, le procès entrera dans une seconde phase
consacrée à l'examen de circonstances atténuantes
et agravantes. Sinon, il sera condamné d'office à
la prison à vie.
Après avoir passé près de 3 heures
à répondre, avec calme, aux questions de son
avocat et du procureur, Moussaoui a conclu: "Je suis
reconnaissant d'être un membre d'Al-Qaïda",
"Je suis reconnaissant" d'avoir été
choisi pour être le pilote du 5e avion.²
Source : AFP, 27 mars 2006
Peine de mort pour M. Zacarias Moussaoui
?
par Patrick Baudouin, Le Monde diplomatique, février
2006
L'auteur est avocat, président d'honneur de la Fédération
internationale des droits de l'homme (FIDH).
Français d'origine marocaine, M. Zacarias Moussaoui,
devenu militant islamiste radical, avait notamment effectué
des séjours en Afghanistan et au Pakistan. Le 23
février 2001, il quitte Londres, où il se
trouve depuis le 9 février précédent,
pour Chicago. Il obtient un visa touristique d'une durée
de trois mois. Ensuite, il suit des cours de pilotage dans
une école aéronautique proche de Minneapolis,
afin de s'initier au maniement d'un Boeing sur simulateur
de vol. Le 16 août, il est interpellé par le
service de l'immigration pour infraction au droit de séjour
en raison de l'expiration de son visa, et placé en
détention à la prison de Minneapolis. Il résulte
d'une information judiciaire ouverte en France par le juge
Jean-Louis Bruguière que les autorités américaines
font alors part de leur intention d'expulser le ressortissant
français Zacarias Moussaoui à l'issue de leur
enquête.
Les attentats du 11 septembre 2001 modifient la donne.
Certes, M. Moussaoui ne peut être accusé d'avoir
participé directement aux assassinats puisqu'il était
incarcéré dans le Minnesota depuis près
d'un mois. Mais la justice fédérale américaine
le présente comme celui qui aurait dû être
le vingtième pirate de l'air kamikaze et le cinquième
membre du commando ayant détourné le vol d'United
Airlines qui s'est écrasé dans un champ près
de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Alors que les auteurs des
attentats ont tous trouvé la mort, M. Moussaoui devient
un coupable idéal. Après son transfert à
la prison d'Alexandria, en Virginie, ses conditions de détention
et d'isolement sont extrêmement éprouvantes.
Le 11 décembre 2001, un réquisitoire retient
six chefs d'accusation à l'encontre de M. Moussaoui,
qui se voit reprocher d'avoir conspiré avec M. Oussama
Ben Laden et d'autres membres d'Al-Qaida pour tuer des milliers
de personnes à New York, en Virginie et en Pennsylvanie.
Le 18 juillet 2002, la chambre de mise en accusation fédérale
de Virginie (« grand jury ») annonce que M.
Moussaoui encourt la peine de mort pour les crimes visés.
Sous la houlette de la juge Leonie Brinkema, présidente
de la juridiction saisie du dossier, la procédure
connaît péripéties et rebondissements.
M. Moussaoui, desservi par son comportement fantasque et
provocateur, exige d'assurer lui-même sa défense,
ce qui lui est accordé dans un premier temps par
la juge, puis refusé compte tenu de ses outrances.
Il proclame qu'il rejette le concours des avocats commis
d'office, lesquels continuent néanmoins à
l'assister avec ténacité. Après avoir
contesté toute responsabilité pour les faits
incriminés, M. Moussaoui décide, un peu plus
tard, de plaider coupable, admettant avoir joué un
rôle dans le réseau terroriste Al-Qaida, tout
en niant être impliqué dans les attentats du
11 septembre 2001 : il soutient qu'il préparait une
action séparée. Mais il revient aussitôt
sur cette position et renonce à plaider coupable.
Faisant valoir qu'il n'aurait commis aucun délit
sur le territoire américain, s'efforçant de
prouver son innocence, il réclame l'audition de trois
responsables d'Al-Qaida mis au secret par l'armée
américaine et susceptibles de le disculper. Il s'agit
de M. Khaled Cheikh Mohammed, considéré comme
le maître d'¦uvre des attentats du 11 septembre
2001 ; de M. Ramzi Ben Al-Shaiba, également impliqué
à un niveau élevé ; et de M. Moustafa
Ahmed Al-Hawsawi, qui aurait participé au financement
de l'opération.
Le rôle des autorités françaises
Début 2003, la juge Brinkema estime nécessaire
de recueillir les trois dépositions, en se fondant
sur le sixième amendement de la Constitution des
Etats-Unis, selon lequel « dans toute poursuite criminelle,
l'accusé aura le droit (...) d'exiger par des moyens
légaux la comparution de témoins à
décharge ». Devant le refus opposé par
l'exécutif américain, la juge, estimant que
M. Moussaoui se trouve privé de la faculté
de produire des témoignages à l'appui de sa
défense, exclut la possibilité de demander
l'application de la peine de mort. Le 22 avril 2004, la
juridiction d'appel rend une décision désavouant
la juge Brinkema sur ce point.
Le 13 septembre 2004, la cour d'appel dite de la quatrième
circonscription judiciaire ouvre la voie à un procès
de M. Moussaoui incluant la possibilité d'une peine
capitale. Elle tente par ailleurs de trouver un compromis
visant à la déposition par voie écrite
des trois responsables d'Al-Qaida dont le témoignage
est sollicité par la défense. Le 21 mars 2005,
la Cour suprême rejette l'appel de cette décision
interjeté par M. Moussaoui, qui continuait à
réclamer une confrontation directe avec les trois
détenus. Un mois plus tard, le 22 avril 2005, M.
Moussaoui rejette l'avis de ses défenseurs et indique
qu'il plaidera coupable des chefs d'accusation de complicité
dans les attentats du 11 septembre 2001, tout en niant son
implication directe. Il continue de soutenir qu'il a été
préparé pour une affaire différente,
à savoir un attentat ultérieur contre la Maison
Blanche. L'accusé affirme n'attendre aucune indulgence,
alors qu'il n'ignore pas que son aveu de complicité
l'expose à la peine de mort. Malgré les requêtes
de la défense, la juge Brinkema déclare M.
Moussaoui mentalement apte à plaider coupable et
conscient des conséquences du choix ainsi opéré.
Cette décision met un terme à la recherche
d'une culpabilité, désormais considérée
comme acquise, pour les six chefs d'accusation retenus de
conspiration en vue de l'accomplissement d'actes de terrorisme,
de piraterie aérienne, de destruction d'avions, d'usage
d'armes de destruction massive, de meurtres d'employés
de l'administration américaine, et de destruction
de biens. Le jury composant la cour du district de Virginie,
qui va siéger à Alexandria, devra donc uniquement
se prononcer sur la sanction, sachant que le ministre américain
de la justice a déclaré à plusieurs
reprises « vouloir la peine de mort » dans cette
affaire. Une fois conclue la sélection des jurés,
susceptible de durer un mois, les débats devraient
s'ouvrir le 6 mars 2006. La première phase, essentielle,
aura pour objet de déterminer si M. Moussaoui est
passible de la peine capitale. Pour la requérir,
les procureurs feront valoir qu'en plaidant coupable, le
22 avril 2005, l'accusé a lui-même admis avoir
menti aux agents fédéraux en dissimulant,
après son arrestation, sa connaissance de la préparation
des attentats du 11 septembre 2001, lesquels n'avaient pas
encore été perpétrés. Sur ce
point, les avocats de M. Moussaoui ont l'intention d'objecter,
pièces et déclarations probantes à
l'appui, que les autorités américaines disposaient
de bien d'autres éléments d'information sur
les attentats projetés, qu'elles se sont cependant
révélées incapables d'empêcher.
Les conditions de déroulement du procès de
M. Moussaoui suscitent une légitime inquiétude.
Alors que l'une des certitudes du dossier est qu'il n'a
pas participé directement aux attentats du 11 septembre
2001 puisqu'il se trouvait alors emprisonné
depuis près d'un mois , l'acharnement manifesté
par les autorités américaines pour le présenter
comme le « vingtième pirate de l'air »
jette d'emblée la suspicion sur le respect du droit
à un procès équitable. Le risque est
évident de voir l'accusé utilisé comme
un bouc émissaire livré en pâture à
l'opinion publique, avec l'avantage supplémentaire
de permettre ainsi d'éluder la question de la responsabilité
de l'administration Bush dans la prévention défectueuse
des attentats. Sous une apparence de procédure régulière,
les dés sont en réalité pipés.
Les limites à ne pas dépasser pour demeurer
dans le cadre circonscrit par le pouvoir américain
ont été mises en évidence par le refus
d'audition des trois membres d'Al-Qaida dont les témoignages
auraient pu disculper M. Moussaoui.
De leur côté, les autorités françaises
n'ont pas hésité à livrer aux Etats-Unis
des renseignements sur M. Moussaoui sans avoir obtenu préalablement
la garantie qu'il ne serait pas passible de la peine de
mort, se contentant d'un engagement du procureur de n'utiliser
les éléments fournis que pour établir
la culpabilité, et non pour requérir la peine...
Enfin, l'accusé lui-même ne facilite pas la
tenue d'un procès serein : en lançant des
imprécations contre la juge, qui s'est pourtant efforcée
d'instruire équitablement, en contestant des avocats
qui accomplissent un énorme travail pour sa défense,
en tenant des propos contradictoires sur son implication
pour finalement plaider coupable sur des chefs d'inculpation
par ailleurs non reconnus, puisqu'il dénie avoir
été préparé pour les attentats
du 11 septembre 2001, en défiant une opinion américaine
chauffée à blanc quand il revendique la légitimité
du combat d'Al-Qaida ou refuse toute clémence face
à la peine capitale, il paraît contribuer à
sa propre perte.
La vraie justice repose sur une instruction rationnelle,
pas sur des éléments passionnels. La volonté
légitime de punir les responsables de la mort de
milliers de victimes ne doit pas se traduire par la condamnation
exemplaire d'un faux coupable devenant alors lui-même
victime de l'arbitraire. M. Moussaoui n'a directement commis
aucun crime de sang sur le territoire américain.
Or, à supposer même qu'on soit favorable à
la peine de mort, jamais elle n'a été infligée
aux Etats-Unis hors l'accomplissement d'un crime de sang
depuis le rétablissement du châtiment suprême
en 1976. Une exécution de M. Moussaoui, qu'il semble
parfois souhaiter, en ferait un martyr de référence,
suscitant de nouvelles vocations de kamikazes.
Le gouvernement français, qui s'est fort peu dépensé
en faveur de son ressortissant, s'honorerait de son côté
à réclamer avec fermeté que son sort
soit conforme aux normes internationales des droits humains.
Le président Jacques Chirac vient de proposer d'inscrire
dans le marbre de la Constitution l'abolition de la peine
de mort. Sauf à pratiquer le double langage qui lui
est souvent reproché, il pourrait s'impliquer davantage
face à la menace qui pèse sur la vie de M.
Moussaoui.
Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2006/02/BAUDOUIN/13203
Procès Moussaoui : témoin
à charge contre le FBI
Un agent a vainement tenter d'alerter ses chefs sur le suspect
arrêté.
par Pascal RICHE, Libération, 22 mars 2006
Alexandria envoyé spécial - Chaque jour, entre
le 16 août 2001 et le 11 septembre 2001, à
Minneapolis, dans le Minnesota, l'agent du FBI Harry Samit
a poussé son rocher. Et chaque jour, il l'a vu redégringoler
la pente, repoussé par une hiérarchie frileuse.
A plus de soixante-dix reprises en moins d'un mois, Samit
a tenté d'alerter Washington : Zacarias Moussaoui,
qu'il venait d'arrêter, avait le parfait profil du
terroriste conspirant pour détourner un avion ; il
fallait d'urgence demander à la justice un mandat
pour perquisitionner son ordinateur. Jamais ses supérieurs
n'ont pris au sérieux sa requête. Sauf, bien
sûr, le 11 septembre...
Petites lâchetés. Harry Samit, trentenaire
posé aux cheveux ras, est un témoin choisi
par l'accusation dans le procès de Moussaoui, dont
l'enjeu est la peine de mort de l'accusé. Le gouvernement
cherche à démontrer que si Moussaoui n'avait
pas menti au FBI, s'il avait avoué qu'il était
membre d'Al-Qaeda et qu'il se préparait à
détourner un avion, les attentats qui ont fait 3
000 morts auraient été évités.
Mais les procureurs doivent se mordre les doigts d'avoir
appelé Samit à la barre. Lundi, interrogé
avec minutie par un avocat de la défense, le policier
a déroulé la chronique terrible des petites
lâchetés bureaucratiques qui l'ont empêché
de découvrir le pot aux roses. Par comparaison, le
mensonge par omission de Moussaoui apparaît comme
secondaire. Pendant toute la journée, ses mails et
ses lettres ont défilé sur les écrans
du tribunal. Chaque fois, ils se sont heurtés à
un mur. Selon lui, ses supérieurs «ne voulaient
pas prendre de risques», ils «protégeaient
leur carrière». Et au final, dit-il, ils sont
coupables de «négligence criminelle».
Assez vite après l'arrestation de Moussaoui, dont
le comportement suspect avait été signalé
au FBI par l'école de pilotage d'avions où
il s'était inscrit, Harry Samit se rend compte qu'il
a mis la main sur un islamiste radical. L'ami du suspect,
Hussein al-Attas, arrêté avec lui, a confié
à l'agent que le Français vantait le jihad,
le martyr, et louait Oussama ben Laden. Samit transmet ces
infos à ses supérieurs, en vain. L'avocat
de la défense s'impatiente : «Faut-il attendre
que les terroristes déclarent qu'ils sont des terroristes
pour pouvoir demander un mandat ?» Les leçons
de pilotage, les couteaux, les talkies-walkies, le passeport
et ses tampons «malencontreusement» passés
à la machine à laver, les réponses
évasives, et maintenant l'apologie du martyr... Tous
ces indices ne suffisent pas aux yeux de Washington.
Via les agents du FBI à Paris, Samit apprend le 22
août que Moussaoui est connu des services secrets
français : il a été lié à
un «groupe radical islamiste opérant en Tchétchénie
et dont le leader [Ibn al-Khattab] a des connexions avec
Ben Laden». Le policier croit tenir la preuve qui
débloquera la situation. Il doit déchanter.
Un de ses supérieurs, Michael Maltbie, demande qu'on
vérifie dans l'annuaire de téléphone
parisien si par hasard Zacarias Moussaoui n'est pas un nom
courant ; il s'inquiète aussi de savoir quelle administration
va payer le billet de l'expulsion probable de l'encombrant
Français.
Le 30 août, les services français informent
le FBI que Moussaoui a été endoctriné
à la mosquée londonienne fondamentaliste de
Finsbury Park et qu'il est passé par l'Afghanistan.
Cela ne déclenche pas plus l'alarme à Washington.
Fin août, à court de munitions, Samit rédige
lui-même une note pour mettre en garde l'administration
fédérale de la sécurité des
aéroports. Cette note, qui apparaît sur les
écrans du tribunal, n'a pas quitté Minneapolis.
Maltbie a interdit à Samit de l'envoyer : «Je
m'occuperai de les prévenir moi-même»,
lui a-t-il dit.
Désespéré. Le 10 septembre, alors que
Moussaoui est sur le point d'être expulsé en
France, Harry Samit se bagarre encore. Il écrit à
une de ses amies, travaillant pour un service de renseignement,
de chercher ce qu'elle peut trouver : «Je suis si
désespéré de ne pouvoir ouvrir son
ordinateur...»
Pendant toute cette quête, seul Greg Jones, le chef
du bureau de Minneapolis, soutenait l'agent. Un jour, au
téléphone, Jones déclare, énervé,
aux gens de Washington : «On essaye juste d'éviter
qu'un terroriste écrase un avion contre le World
Trade Center !» Samit sourit amèrement : «Il
n'y avait aucune base pour soupçonner cela. Il a
lancé cela en l'air, juste pour tenter de les faire
bouger.»
Source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=368953
Zacarias Moussaoui promet de répondre
à ses accusateurs
L'accusation au procès de Zacarias Moussaoui à
Alexandria (Virginie, est des Etats-Unis) a terminé
jeudi de présenter son argumentaire en vue de prouver
qu'il est passible de la peine de mort, alors que Moussaoui
a promis d'user de son droit de prendre la parole.
"Je témoignerai, Zerkin!", a crié
jeudi après-midi le Français à l'intention
de l'un de ses avocats, Gerald Zerkin, juste avant une suspension
d'audience au tribunal fédéral d'Alexandria,
où se tient ce procès destiné uniquement
à déterminer s'il doit être exécuté
ou condamné à la prison à vie.
"Que vous soyez d'accord ou non, je témoignerai!",
a encore lancé Moussaoui, qui a plaidé coupable
en avril de complicité avec les auteurs des attentats.
Moussaoui a le droit constitutionnel de prendre la parole
pendant la phase réservée à la présentation
des témoins de la défense qui a démarré
jeudi après-midi.
Ce témoignage pourrait donc intervenir dans les jours
qui viennent.
Avant cette promesse, l'accusation avait appelé son
témoin-phare, réservé pour le dernier
jour: Aaron Zebley, ancien membre de l'unité du FBI
(police fédérale) qui a enquêté
sur les attentats du 11-Septembre.
Les procureurs veulent prouver que si Moussaoui avait rév&eacu