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Dossier Moussaoui

25/05/06 - Ben Laden : Moussaoui nétait pas dans le coup


Oussama ben Laden affirme dans un enregistrement audio diffusé mardi sur Internet que le Français Zacarias Moussaoui, seule personne condamnée aux Etats-Unis dans l'enquête sur les attentats du 11 septembre 2001, n'avait rien à voir avec l'opération. "J'avais la charge des 19 frères et je n'ai jamais demandé au frère Zacarias d'être avec eux dans cette mission", poursuit la voix, en référence aux 19 pirates de l'air du 11-Septembre.
Le chef d'Al-Qaïda précise également que seuls "deux" des prisonniers détenus dans la prison américaine de Guantanamo Bay, à Cuba, étaient impliqués dans l'attentat.
Source : AP, 24 mai 2006

 

PRISON À PERPÉTUITÉ POUR ZACARIAS MOUSSAOUI

Les 12 membres du jury ont rendu leur verdict mercredi et condamné Zacarias Moussaoui à la prison à vie.

"Amérique, tu as perdu!", a lancé Moussaoui en quittant la salle d'audience après l'énoncé de la sentence. Il a frappé dans ses mains et crié: "J'ai gagné!" Pendant la lecture du verdict, il était resté calme, assis en prières.

Sa condamnation sera formellement annoncée jeudi.

Le Français d'origine marocaine, seul accusé poursuivi pour les attentats du 11 septembre 2001, avait plaidé coupable de six chefs d'accusation de complot en liaison avec ces attentats.

Les procureurs fédéraux avaient demandé au jury de condamner Moussaoui à la peine de mort, mais les jurés, qui ont passé environ 41 heures à délibérer avant de rendre leur verdict, ont été divisés avant de parvenir à s'entendre.

Le jury appelé à se prononcer sur Zacarias Moussaoui, âgé de 37 ans, avait le choix entre la condamnation à mort et la réclusion à perpétuité. Ce mois-ci, les neuf hommes et trois femmes membres de ce jury avaient estimé que le comportement de Moussaoui le rendait passible de la peine de mort.

Moussaoui avait affirmé qu'il était censé piloter un cinquième avion qui aurait eu pour cible la Maison blanche, le 11 septembre 2001. Il avait dit au cours du procès n'éprouver aucun remords pour les attentats, ajoutant qu'il aurait souhaité voir mourir davantage d'Américains. Les attentats du 11-Septembre ont fait environ 3.000 morts.

Pour l'expert juridique David Rossman, de l'université de droit de Boston, l'accusation a pâti des preuves des erreurs commises par le FBI dans la gestion du dossier.

"Il est très facile de dire que le gouvernement a perdu en termes de relations publiques (...)", argue-t-il.

"C'était une erreur de la part du gouvernement de faire de Moussaoui le symbole du complot du 11 Septembre", estime pour sa part Daniel Benjamin, analyste du terrorisme et ancien membre de l'administration Clinton.

 

LE "MAL" VAINCU

George Bush a salué la sentence, estimant que le "mal" avait été vaincu.

"La fin de ce procès représente la fin de cette affaire, mais pas la fin de la lutte contre le terrorisme", a dit Bush. "Et nous pouvons avoir confiance. Notre cause est juste, et l'issue est certaine: la justice sera rendue. Le mal n'aura pas le dernier mot".

Rudolf Guiliani, l'ancien maire de New York qui était en poste au moment des attentats et a témoigné durant le procès, a déclaré la chaîne de télévision MSNBC qu'il aurait préféré voir Moussaoui condamné à mort. "Mais je suis assez impressionné par la manière dont notre système juridique fonctionne et parvient à déboucher sur un résultat comme celui-ci", a-t-il déclaré.

Jim Cohen, professeur à l'université de droit Fordham à New York, estime que le jury a recherché une solution juste. "Ce n'est pas par compassion pour Moussaoui. Ils pensaient que c'était la peine que la plupart des victimes voulaient et qui serait la pire pour lui", explique-t-il.

Le verdict a été lu simultanément par la juge Leonie Brinkema, dans la salle d'audience, et par le porte-parole du tribunal d'Alexandria, Edward Adams, à l'extérieur de la salle, devant les caméras de télévision.

"Aucun juré n'a estimé que l'exécution de Zacarias Moussaoui ferait de lui un martyr des intégristes musulmans et d'Al Qaïda en particulier", a dit Adams. "Trois jurés ont estimé que le rôle de Zacarias Moussaoui dans l'opération du 11-Septembre, si tant est qu'il y en ait eu un, était mineur", a-t-il ajouté.

Neuf jurés ont également été sensibles à l'enfance difficile de Moussaoui et aux problèmes familiaux qu'il avait connus, arguments qu'avaient développés les avocats de la défense.

Des membres des familles des victimes, dont certains se trouvaient dans la salle à la lecture du verdict, se sont déclarés satisfaits de la sentence.

"Il restera en prison pour le reste de sa vie, ce qui est exactement ce que mérite cet homme", a déclaré Carie Lemack, dont la mère a péri dans l'un des avions qui s'est écrasé contre le World Trade Center à New York.

Source : Reuters, 4 mai 2006

 

Quand la France oublie ses principes - Malgré la peine encourue, Paris a coopéré sans conditions.


par Jacqueline COIGNARD, Libération, 25 avril 2006


Un citoyen français risque la peine de mort aux États-Unis, dans une quasi-indifférence. Pourquoi? «C'est difficile de commenter le silence», explique Robert Badinter, l'une des rares personnalités à avoir manifesté publiquement son inquiétude. L'Europe autant que la France devrait se sentir concernée, relève-t-il «Moussaoui est un citoyen de l'Union européenne qui a proclamé le principe de l'abolition dans l'article 2 de sa charte des droits fondamentaux.»
Les avocats français de Zacarias Moussaoui et de sa mère, Aïcha El-Wafi, s'accordent à constater que l'accusé fait ce qu'il peut pour décourager les soutiens potentiels. «Il s'est donné du mal pour se rendre antipathique: ricaner quand on évoque le 11-septembre, appeler à la mort des Juifs et des Américains...», soupire Patrick Baudouin, avocat d'Aïcha El-Wafi et ancien président de la FIDH (Fédération internationale des droits de l'Homme). «Il en rajoute sans cesse dans la provocation et dans l'inadmissible, parce que telle est sa stratégie pour devenir un martyr.» Mais c'est au nom du principe que les États et les opinions devraient réagir, explique François Roux, l'avocat français de Moussaoui: «Il faut combattre la peine de mort, quoi qu'on éprouve pour le personnage.»
«Pas le choix». Les deux avocats stigmatisent l'attitude des autorités françaises dans cette affaire. «La France a fait pire que la passivité et le silence: elle a fourni au procureur américain des éléments à charge contre Moussaoui, sur la seule garantie factice qu'ils ne seraient pas utilisés pour requérir la peine de mort», s'indigne Patrick Baudoin. En novembre 2002, la France et l'Allemagne avaient conjointement décidé de fournir aux Américains les informations sur Moussaoui. «Nous n'avions pas le choix. Des engagements internationaux nous obligeaient à coopérer», explique-t-on au cabinet de Pascal Clément,le garde des Sceaux. En recevant l'Attorney General, son homologue américain, le 3 mars, il s'était d'ailleurs félicité de la coopération entre les deux pays. «Nos systèmes judiciaires comportent des différences notables, mais ne nous empêchent pas de collaborer sur tous les domaines d'intérêt commun, au premier titre le terrorisme et la sécurité», avait-il déclaré, en plein procès. Pour la défense des grands principes, Pascal Clément affichait le sentiment du devoir accompli : «J'ai rappelé à l'Attorney General la position de la France sur la peine de mort», abolie depuis 1981 dans l'Hexagone.
Engagement écrit. «Quelle hypocrisie !», s'emporte François Roux. «Le traité d'entraide judiciaire prévoit qu'on peut suspendre la coopération lorsque des intérêts fondamentaux sont en jeu.» Et de souligner qu'en 2001, avant d'extrader l'Américain Ira Einhorn, accusé d'assassinat , la France avait exigé un engagement écrit sur le fait qu'il serait gracié si un jury le condamnait à mort. «La France et l'Allemagne auraient pu demander aux États-Unis de renoncer à la peine de mort. Quitte à refuser de coopérer. Dans tous les cas, on aurait eu un autre procès», regrette François Roux. Robert Badinter partage ce point de vue «Dans ce domaine, les finesses juridiques ne sont pas de mise. La France ne peut pas contribuer à une procédure où la peine de mort est en jeu.» Si le verdict de mort devait tomber, les voix officielles européennes et les partisans de l'abolition se mobiliseront, estime-t-il. Le combat sera encore long: «Bush ne sera plus président lorsque la décision sera devenue définitive. Et en France, le président, qui soit-il, devra s'agiter».
Source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=377364

"Au-delà de la vengeance" : des familles de victimes du 11 septembre volent au secours de Moussaoui


Des proches de victimes du 11-Septembre ont témoigné mercredi au tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est) en faveur de Zacarias Moussaoui, qui risque la peine de mort pour sa complicité avec les auteurs des attentats.

"Dans notre famille, nous avions tous un sentiment très fort que nous ne devions pas nous laisser piéger par la tristesse", a déclaré Marilynn Rosenthal, invitée à témoigner par la défense, qui a perdu son fils Josh, de 44 ans, dans les attentats.

Zacarias Moussaoui, jugé depuis le 6 février au tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est) pour complicité avec les auteurs des attentats, n'avait pourtant exprimé que mépris pour les victimes, se réjouissant de la souffrance et exprimant même son souhait d'autres attentats.

Mais cela n'a pas empêché des victimes, opposées à la peine de mort, de venir à sa rescousse.

Les témoins de la défense comme ceux de l'accusation n'ont pas le droit de déclarer ouvertement à l'audience leur préférence entre la peine de mort ou la réclusion criminelle à perpétuité, mais leur choix de témoigner pour l'une ou l'autre des parties donne une indication de leur souhait pour le verdict.

"Nous voulions que quelque chose de bon (de ce drame) soit tiré pour nous (...) et pour notre pays", a ajouté Mme Rosenthal, qui est de confession juive, devant les jurés.

Cette sociologue âgée de 75 ans, a d'ailleurs depuis entrepris d'écrire un livre où elle relate le destin de son fils et celui du kamikaze qui a détourné l'avion projeté contre la tour du World Trade Center où il se trouvait, avant qu'ils se croisent dans la mort.


"La peine de mort, c'est ajouter plus de violence à la violence. C'est un désir de vengeance, mais que peut-on accomplir avec cela", avait-elle déclaré dimanche à l'AFP, acceptant de répondre à des questions à condition que ses déclarations ne soient pas diffusées avant son audition au procès.

Le livre, qui est encore en cours de rédaction, a pour l'instant pour titre "11-Septembre, au-delà de la vengeance".

"Il faut avancer, et accomplir des choses positives", avait-elle déclaré dimanche.

C'est ce même message qu'a voulu faire passer, toujours sans s'exprimer sur la peine de mort directement, Robin Theurkauf, veuve de Tom, tué dans l'effondrement de la tour sud du World Trade Center, mère de trois enfants à l'époque âgés de 9, 11 et 12 ans.

"Mes enfants avaient le coeur brisé", a expliqué cette jolie femme à la chevelure blonde ondulée et aux traits fins. "L'espère humaine a des défauts, elle est déchirée (...) mais nous sommes tous des enfants de Dieu et aimés par Dieu", après avoir souligné que la violence avait cours depuis toujours.

L'accusation avait exposé pendant quatre jours des images de cadavres, de tours en feu, de corps carbonisés et fait venir plus de trente proches de victimes, de même que des blessés, pour exposer l'énorme souffrance entraînée par les attaques.

La défense, dans le cadre de sa présentation des "circonstances atténuantes" fait ainsi passer un autre message, d'espoir et de main tendue, alors que le procès touche à sa fin.

Dans les annales de la justice pénale américaine de tels témoignages de victimes pour des accusés sont sans doute très rares.


Auparavant, les avocats de Zacarias Moussaoui avaient appelé à la barre un psychologue et un psychiatre, qui ont assuré qu'il était atteint d'une schizophrénie, autre circonstance atténuante.

Ils ont également exposé mercredi matin son glissement dans un islam extrémiste à Londres, au début des années 1990.

Il manquait d'affection, de repères et a erré à Londres sans le sou, a expliqué le psychologue spécialiste des phénomènes sectaires Paul Martin.

Ce Français d'origine Marocaine avait eu une enfance marquée par des problèmes familiaux et, comme d'autres Français issus de l'immigration et acculturés, il représentait une proie facile pour Al-Qaïda, selon l'expert.


L'audience devait se poursuivre jusqu'en début de soirée et reprendre jeudi.
Source : AFP, 19 avril 2006

 

 

Causes toujours

 

François Roux, 55 ans, avocat. Après les objecteurs de conscience et les Kanaks, Bové et Dieudonné, ce protestant convaincu surprend en défendant Zacarias Moussaoui.

 

par Pascale NIVELLE et Pascal RICHE, Libération, 20 avril 2006

 

L'accusé Zacarias Moussaoui, avachi dans son siège, balaie des yeux les travées du public. Il s'arrête sur un petit homme discret, au premier rang. Visage sans âge, costume un peu trop large, cravate jaune, cheveux gris et longs, il semble sorti d'un film de Jean Yanne. Lorsque leurs regards se croisent, l'homme s'interroge : «Sait-il seulement qui je suis ?» Ne pouvoir entrer en communication avec son client fait «souffrir» François Roux. Depuis quatre ans, il est «l'avocat français» de Zacarias Moussaoui. Il ne l'a jamais rencontré, mais connaît sa vie par coeur. L'«al-qaediste», qui vomit tous ses défenseurs, ne l'a pas choisi. C'est sa mère qui l'a fait pour lui fin 2001. Les amis se sont étonnés. Roux les a habitués à d'autres combats depuis trente ans : objecteurs de conscience, non-violents, Kanaks, faucheurs d'OGM... Une trajectoire alignée sur les droits de l'homme et des peuples. Même pour Dieudonné, l'humoriste aux saillies taxées d'antisémitisme («Isra... Heil !»), ils avaient compris. «Roux se bat aussi pour la liberté d'_expression», explique l'un d'eux. L'avocat, un peu embarrassé, raconte qu'il a commencé à défendre Dieudonné après qu'il a été attaqué pour racisme «antiblanc» par une association proche du FN. Il décrit Dieudonné comme un «bouffon humaniste», mais on entend un doute : «S'il est antisémite, il faudra qu'il trouve un autre avocat. Mais jusque-là, même si ses provocations sont clairement de mauvais goût, j'ai considéré qu'il n'avait pas franchi la ligne jaune.»

 

Et aujourd'hui voici Moussaoui le terroriste, encore plus éloigné des tropismes de ce croyant pacifiste. Lui-même, au début, n'était pas à son aise. «Mais à partir du moment où la peine de mort était en jeu, ça ne me posait plus de problème», explique-t-il. Payé par le département de la Justice américain, il consacre un gros mi-temps à l'affaire depuis un an. Son boulot a consisté à fouiller, tel un privé, la vie de Moussaoui, et à guider plusieurs avocats américains dépêchés en France. Les matins d'audience, Me Roux a mis son chapeau, marché de son hôtel au palais de justice d'Alexandria, pour assister aux débats en silence. Son anglais n'étant pas formidable, c'était un peu fatigant. Parfois, il a été agacé, comme ce jour de «pathos orchestré par les procureurs», qui ont passé des vidéos inédites de corps explosant au pied des Twin Towers. Agacé, et aussi bouleversé. Il a souvent plaidé des affaires sanglantes, en Nouvelle-Calédonie ou au Tribunal pénal international pour le Rwanda : «Mais je ne m'y ferai jamais.» Il est presque timide, parle avec l'accent de Montpellier, et use d'expressions comme «Oh, pétard» ou «bon sang de bois». François Roux a du sang révolutionnaire dans les veines. Ses ancêtres étaient des camisards, ces protestants cévenols en guerre contre le pouvoir royal vers 1700. «Il a été élevé là-dedans, dit son ami et mentor Jean-Jacques de Felice, cette éducation, chez lui, c'est la poutre de la maison.» Adolescent, Roux se promettait de devenir pasteur. Très actif dans le scoutisme protestant, il obtient son bac, «un bac 68», précise-t-il, à 17 ans : trop jeune pour la fac de théologie. «En attendant», sur les conseils de son père, avocat et fils d'un procureur fils de juriste, il fait son droit à Montpellier. A 20 ans, déjà marié, il part à l'aventure en 2 CV jusqu'en Afghanistan. Quatre ans plus tard, il ouvre un cabinet à Lunel, près de Montpellier. Sa vie prend un tournant : il assiste, subjugué, à une conférence du patriarche de l'Arche, Lanza del Vasto, apôtre de la non-violence et disciple de Gandhi. «Je voyais des gens qui vivaient vraiment ce qu'ils disaient, ils s'appropriaient les principes de l'évangile, une vie de simplicité.» Sa deuxième rencontre fondatrice est Jean-Jacques de Felice, protestant comme lui, ex-avocat du FLN algérien, en résistance perpétuelle. Roux devient un pilier des milieux non violents, bientôt recruté par Felice pour la défense des paysans du Larzac en lutte contre leur expropriation par l'armée. Dans la prison de Rodez, il rencontre le berger José Bové, lui aussi marqué par un maître, le philosophe Jacques Ellul. Ils deviennent amis. Encore un protestant, fait-on remarquer. «Eh oui, bizarre, hein ?» Sur les photos d'époque, Roux ne porte pas de barbe. Mais déjà un costume beige, une cravate. Pendant le Larzac, il a découvert qu'on pouvait être avocat «d'une autre manière». Sous entendu : autrement que son père, qui était spécialisé dans les baux commerciaux, «du côté des propriétaires». Longtemps spécialiste de la défense des objecteurs de conscience, lui qui a été réformé, jamais il ne s'est considéré comme un «gauchiste». Autrefois dans la mouvance du PSU, il se sent bien parmi les alter d'aujourd'hui, même si sa quête est plus spirituelle que politique.
Le pasteur en lui n'a pas disparu, ne disparaîtra jamais. Lorsqu'il plaide, Dieu n'est jamais loin. A la fin des années 70, à Tahiti pour défendre des militants antinucléaires, il découvre le colonialisme, «le drapeau français à 18 000 kilomètres de la France». Il écoute, s'imprègne. Le jour du procès, il plaide sur le pardon. «C'était très étrange. Certains dans la salle m'ont dit que j'étais...» Il bute sur le mot. Brillant ? «Non, plus que cela. En état second. Quelqu'un a parlé d'état d'élation.» Roux ne pratique pas régulièrement, il est heureux au temple mais il ne veut pas s'«enfermer dans une chapelle». Il s'est mis au zen et fréquente parfois la messe des dominicains. Il vit simplement : un quatre-vingts mètres carrés loué, une Volvo break, et des virées fréquentes dans sa maison familiale, près de Florac, dans les Cévennes. «C'est mon refuge. Je suis un paysan du dimanche, heureux sur mon tracteur. J'ai besoin de ça.» Il a quatre enfants et cinq petits-enfants, qui l'appellent «papy tracteur». Longtemps, il a médité vingt minutes par jour. Deux fois par an, il participe à une retraite zen, organisée par un père dominicain. Quatre jours de complet silence, sept heures de méditation quotidienne. Il a aussi organisé son propre séminaire dans son pays cévenol, à la saison des transhumances. On monte derrière un berger et ses moutons, et en haut, au col, «on refait le monde». Une année, il a emmené des Hutus et des Tutsis. Une autre, des Israéliens et des Palestiniens. L'an dernier, il a fait marcher la veuve de Jean-Marie Tjibaou, celle de Yeiwéné Yeiwéné, et celle de Djubelly Wéa, l'assassin des deux dirigeants indépendantistes, lui-même abattu par la garde de Tjibaou. Les trois femmes couronnaient la réconciliation des clans. François Roux, lui, planait en haute altitude. Sa devise zen : «Mieux vaut allumer une bougie, si petite qu'elle soit, que maudire l'obscurité.»

 

Pourquoi faut-il sauver Moussaoui ?


par la rédaction du blog "Sauvons Zakarias Moussaoui de la peine de mort !", http://sauvons-moussaoui.over-blog.com/
Parce que le rejet du terrorisme ne doit pas nous faire oublier notre opposition toute aussi résolue à la peine de mort.
Parce qu'une sentence édictant la mort pour intention criminelle, sans qu'il y ait eu passage à l'acte, constituerait un précédent aux USA et dans les pays se réclamant de l'état de droit. Zakarias -rappelons-le - était en prison au moment des faits (depuis août 2001 pour expiration de visa)
Parce que la justice, où qu'elle s'exerce, doit être équitable et transparente, fondée sur la recherche de la vérité, et non sur une quelconque vengeance d'un État frustré de n'avoir pu trouver plus de coupables.
Parce que la France l'a lâché, pire, elle a accepté l'entraide judiciaire avec les USA alors même que la peine de mort est requise.
Parce que Zakarias Moussaoui qui s'est ainsi fourvoyé dans l'islam radical, se trouvera sans doute peu de défenseurs.
Parce que condamner à mort Moussaoui serait en faire un martyr. Quel effet la peine de mort peut-elle avoir sur des personnes la souhaitant plus que tout ? Ou souhaite-t-on générer de nouvelles vocations ?
Contact : moussaouiblog@yahoo.fr

 

 

Derrière Moussaoui et le 11 septembre, le procès de la peine de mort !

 


par Michel Taube, Président d' Ensemble Contre la Peine de Mort, 30 mars 2006

LE procès du 11 septembre ! Voilà ce qu'est en train de devenir le procès du Français Zakarias Moussaoui en Virginie (USA).
Voilà ce dont rêvait Moussaoui dans son délire suicidaire, voilà ce que désirent une majorité d'Américains avec l'administration Bush à leur tête. D'ici quelques jours, les jurés devront prendre une première décision : Moussaoui est-il éligible à la peine de mort ? Si les jurés y répondent négativement (principalement parce que le Français, quand bien même en aurait-il eu l'intention, n'a commis aucun crime), il sera automatiquement condamné à la réclusion criminelle à perpétuité sans possibilité de remise de peine ni de sortie (aux USA, les détenus condamnés aux plus longues peines finissent leurs jours en prison !).
Si les jurés décident que Moussaoui est éligible à la peine capitale, alors commencera une ultime phase du procès, celle des « mitigations », des circonstances atténuantes. Alors la vie du Français (lire l'article de Sébastien Poulet-Goffard) sera étalée sur la place publique, ses avocats (dont le Français François Roux) devront convaincre les jurés que le passé, le parcours, la psychologie de Moussaoui offrent des raisons d'atténuer la sentence. Et à nouveau, dans quelques semaines, les jurés devront définitivement trancher : la vie (en prison) ou la mort.
Mais l'essentiel est-il vraiment là ? S'il ne s'était trouvé une juge courageuse et scrupuleusement attachée aux droits de la défense (même contre l'avis du prévenu et contre les pressions de l'administration fédérale), on peut raisonnablement craindre que Moussaoui aurait été jugé de façon expéditive par une justice militaire, accusatrice et opaque. En matière de justice pénale, dans la lutte contre le terrorisme (Guantanamo entache sérieusement la démocratie américaine) et les jugements d'autres crimes politiques (on pense au procès de Saddam Hussein), les USA croient encore et toujours que la peine de mort est la peine adéquate et juste contre les pires criminels qui soient.
Mais Moussaoui nous le prouve lui-même : comme tous les fanatiques, il veut mourir ! De la façon la plus spectaculaire et en provoquant le maximum de dommages. Mettre à mort un terroriste, c'est lui offrir sur un plateau ce qu'il cherche. Il en va de même pour les dictateurs que la justice pénale internationale ne condamne plus à mort. Ne partageons pas cette quête eschatologique avec nos ennemis ! Sachons retenir le glaive de la justice et opposer aux excès de ces criminels la pondération et l'intelligence de la justice des hommes. La peine de mort est vaine et contre-productive ; là où la justice devrait calmer les passions, la peine capitale ajoute de la haine à la haine. Telle est la position des Européens et de la majorité des démocraties dans le monde. Juger et punir, oui ! Mais dans le respect de nos valeurs fondamentales.
De tout cela, les avocats de Moussaoui sont certainement convaincus. Si le procès va jusqu'à l'étude des circonstances atténuantes éventuelles, posons la question : y aura-t-il un avocat pour poser ces questions de principe aux jurés et devant les caméras du monde entier, pour instruire le procès de la peine de mort, pour expliquer aux Américains que, quand bien même leur émotion et les faits rapportés à l'audience les inclineraient à condamner Moussaoui à mort, ils devraient, ils pourraient écarter la peine capitale ? Dans l'intérêt supérieur des USA, dans le but de renforcer les assises de nos démocraties, à cause de la vanité et de la contre-productivité de cette peine barbare, Moussaoui ne doit pas être condamné à mort. En Europe, nul doute qu'un Robert Badinter aurait développé un tel argumentaire. La justice américaine se prête moins aux combats d'idées mais un tel procès, exceptionnel et si sensible, pourrait aider à sensibiliser l'opinion publique américaine à des arguments partagés par une majorité d'Européens.
Avec les avocats qui essaient de sauver Moussaoui contre lui-même et la vengeance d'une nation meurtrie, c'est le combat pour la justice et contre la peine de mort qui est en train de se jouer aux USA, dans des proportions médiatiques et un écho psychodramatique rarement atteints. Verdict dans quelques semaines.
Source : http://www.abolition.fr/ecpm/french/article-dossier.php?dossier=11

 

 


Un "narcissique destructeur" qui est sûr que Bush ordonnera sa libération

 


L'attitude adoptée par Zakarias Moussaoui face à ses juges déconcerte tout le monde : mythomane, suicidaire ? A-t-il été victime d'un lavage de cerveau à coups de produits chimiques ? A-til passé un accord avec l'accusation ? Personne ne peut aujourd'hui répondre à ces questions. (NDLR Quibla)
Le procès de Zakarias Moussaoui a atteint de nouveaux sommets cette semaine alors que le Français, passible de la peine de mort en lien avec les attentats du 11-Septembre, a répondu aux larmes des victimes par du dégoût et de la haine.
"Cela me fait plaisir de voir que leurs familles souffrent et j'espère qu'il y aura plus de souffrance", a dit très calmement jeudi Zakarias Moussaoui, installé dans le box réservé aux témoins de la chambre 700 du tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est).
La veille encore et pendant quatre journées d'audience, des proches de victimes et rescapés étaient venus s'installer dans ce même box pour évoquer les attentats qui ont fait près de 3.000 morts de quinze nationalités.
Mardi, le lieutenant Nancy McKeown, météorologiste à la Marine, a fait preuve, dans un premier temps, d'un sang-froid tout militaire.
Bardée de médailles et sans jamais quitter ses gants blancs, cette femme frêle a ensuite sangloté en parlant de ses "gars", les deux jeunes militaires qu'elle supervisait ce matin-là.
Le lieutenant les a cherchés dans l'obscurité d'un bureau du Pentagone, frappé par l'un des avions du 11-Septembre. Elle a survécu. Pas eux.

"C'était dégoûtant de la part d'une militaire de prétendre qu'ils n'auraient pas dû être tués dans un acte de guerre", a commenté Moussaoui, après avoir longuement disserté sur la guerre "contre les juifs et les croisés" d'Al-Qaïda, à laquelle il a dit avoir adhéré sans hésiter.

Les procureurs avaient fait revivre les attentats du 11-Septembre au tribunal, en lui montrant notamment des vidéos de gens se jetant dans le vide des tours jumelles de New York, pour échapper aux flammes.


Moussaoui n'a exprimé que fierté face au drame. "J'aurais juste souhaité que cela se produise aussi le 12, le 13, le 14, le 15, le 16, le 17 (septembre)... et je peux continuer", a commenté le Français.

Paradoxalement, Moussaoui a déclaré qu'il ne cherchait pas à être condamné à mort. "Vous n'aurez jamais mon sang car je serai libre", a-t-il dit, en assurant que le président George W. Bush ordonnerait sa libération.


Le public assistant régulièrement au procès a quitté la salle, entre incrédulité et horreur, sans comprendre où l'accusé, qui risque la peine de mort ou la prison à vie, veut en venir.

Des spécialistes estiment que le Français aspire à la mort, en dépit de ses déclarations. "Il veut l'immortalité", a déclaré Harold Bursztajn, psychiatre et expert auprès des tribunaux.

Moussaoui est un "narcissique destructeur", car il semble ne se "sentir bien qu'en traitant les gens qui ne partagent pas son idéologie avec mépris", estime-t-il.

Son narcissisme l'amène peut-être à considérer qu'il peut "manipuler" les jurés en leur faisant croire qu'il ne veut pas être un martyr... pour obtenir justement qu'ils le condamnent à l'injection mortelle.

Son avis est partagé par Jeffrey Frederick, spécialiste en psychologie des jurés: "Il ne faut pas oublier qu'au départ, il souhaitait participer à un attentat suicide", note-t-il avant d'estimer qu'après son témoignage "la probabilité qu'il ne soit pas condamné à mort est très faible".

En dépit des insultes de Moussaoui, qui a été jusqu'à souhaiter l'"extermination" des juifs en regardant son avocat Gerald Zerkin, lui-même juif, la défense n'a pas jeté l'éponge.

Elle évoquera la semaine prochaine des "circonstances atténuantes", dont une probable schizophrénie de Moussaoui, pour lui épargner l'injection mortelle.

"Nous défendons ce garçon contre lui-même", a résumé Me François Roux, l'avocat français qui a assisté ses défenseurs américains.

Les délibérations des jurés en vue d'un verdict commenceront dès la semaine prochaine, a indiqué la juge chargée de l'affaire.
Source : AFP, 14 avril


Moussaoui attaque ses avocats


Le Français, seul inculpé pour les attentats du 11 septembre, leur reproche de ne pas l'avoir suffisamment défendu.
ZACARIAS MOUSSAOUI qui, dans la première phase de son procès, avait consciencieusement démoli la stratégie de ses avocats, leur a, dans une seconde phase, reproché de «ne pas avoir ses intérêts à coeur». En février dernier, il avait proposé au procureur de témoigner contre lui-même et de prouver son implication dans les attentats du 11 Septembre. «Or, vous n'avez pas adapté votre défense en fonction de cela. Vous avez fait comme si vous étiez surpris par mes déclarations.» Le 27 mars dernier, Moussaoui, inculpé de complicité dans les attentats du 11 septembre 2001, avait apporté sur un plateau à l'accusation ce qu'elle peinait à démontrer : qu'il faisait partie du complot.

«Qu'est-ce que vous aviez anticipé comme défense ?», lui demande son avocat Gerald Zerkin. «Je n'ai rien à vous dire.» Zerkin reformule sa question. «Comme ça de tête, je ne vois pas de réponse. Mais le frère Charles Freeman aurait su me défendre.» «Vous savez que Charles Freeman est mort ?», lui rétorque Zerkin. C'est l'autre objet de contentieux. Moussaoui reproche à ses avocats de ne pas avoir cherché à lui obtenir d'avocat musulman. Il avait contacté cet avocat qui s'était dit prêt à travailler pour lui. Mais les avocats commis d'office voulaient superviser la défense. Inacceptable pour Moussaoui. «Parce que vous êtes américains. Parce que vous êtes juifs. Parce que vous n'avez pas mes intérêts à coeur. Cela vous disqualifie d'un point de vue islamique comme d'un point de vue rationnel.»

Le match entre l'accusé et ses avocats était annoncé dès l'ouverture de l'audience, où après l'examen des circonstances aggravantes par l'accusation, la défense devait présenter les circonstances atténuantes. Lorsque la défense avait lu à la juge les noms du trio d'avocats qui allait tenter de lui épargner la peine de mort, Moussaoui avait tourné son pouce vers le bas.

«Coupable de non-assistance criminelle»

Lorsqu'il s'est installé à la barre, Zerkin lui a d'abord demandé s'il pensait que ses avocats étaient engagés dans un complot visant à le tuer. «Je crois que, depuis quatre ans, vous êtes coupables de non-assistance criminelle.» Les jurés se sont avancés sur leurs sièges pour écouter la suite. «Par exemple, quand j'étais à New York, vous m'aviez dit que je serais jugé dans ce district parce que c'était le deuxième des USA après le Texas en matière de condamnation à mort. Vous m'avez expliqué que (le procureur) ne voulait pas que je sois jugé à New York parce qu'il n'avait pas réussi à y obtenir la peine de mort pour les auteurs des attentats de l'ambassade du Kenya. Je vous avais alors dit que je souhaitais un autre endroit parce qu'on était trop proche du Pentagone et que le procès serait trop chargé d'émotion.»

Moussaoui accuse ses avocats «de ne jamais avoir cherché à faire changer le lieu du procès». Puis, il qualifie l'Amérique de «tête de serpent», qu'il faut «détruire d'abord», avant son autre cible, «l'Etat juif de Palestine». Pour lui, les attentats du 11 Septembre auraient dû se reproduire tous les jours, «le 12, le 13, le 14, le 15, le 16, le 17», ajoute le Français.

Les accusations de Moussaoui finiront peut-être par nourrir les circonstances atténuantes que la défense compte présenter : l'instabilité mentale de l'accusé. La juge, Leonie Brinkema, a suspendu l'audience de manière inattendue en annonçant aux jurés qu'ils seraient probablement appelés à délibérer dès la semaine prochaine.
Source : Le Figaro, 14 avril 2006

 

 

Reid ne témoignera pas au procès de Moussaoui


L'homme aux chaussures piégées, Richard Reid, membre autoproclamé d'Al-Qaïda, ne témoignera pas au procès de Zakarias Moussaoui, la présidente du tribunal Léonie Brinkema ayant annulé vendredi l'ordre de comparution de Reid comme témoin de la défense.
La présidente du tribunal a limité ses explications à l'évocation d'une lettre écrite vendredi par les avocats commis d'office de Zakarias Moussaoui, et d'une motion déposée par les représentants de Reid. Elle a précisé que les deux documents étaient sous scellés.
Le mois dernier, Moussaoui avait affirmé qu'il devait, avec Richard Reid comme partenaire, détourner un cinquième avion et le lancer sur la Maison Blanche le 11 septembre 2001.
Les avocats de Moussaoui tentent de démontrer que le Français d'origine marocaine n'a joué qu'un rôle limité dans les attentats de 2001, qu'il s'agit d'un malade mental et que l'exécuter reviendrait à réaliser son rêve de martyre.
Reid effectue quant à lui une peine de prison à perpétuité au Colorado, après une tentative avortée de faire exploser un avion américain en 2001.
Source : AP , 15 avril 2006


Moussaoui écoute les témoins du 11-Septembre, ricane et chante


par Alain Salles, Le Monde, 7 avril 2006

Elles sont dans la salle d'audience, enveloppées dans un drap blanc, comme un linceul. Quand l'ancien maire de New York, Rudolph Giuliani s'assoit au banc des témoins, jeudi 6 avril, le procureur David Novak demande de dévoiler sa première pièce à conviction : une maquette des tours jumelles du World Trade Center. La reproduction est placée sur une table à côté des témoins. Pendant toute la journée, ils parlent à l'ombre des deux tours disparues. C'est le début d'une longue série de témoignages poignants qui plongent la salle et le jury quelques années en arrière, vers un jour jamais oublié : le 11 septembre 2001.

Avec la deuxième phase du procès de Zacarias Moussaoui, le Français membre d'Al-Qaida, jugé passible de la peine de mort, lundi 3 avril, c'est le procès du 11-Septembre qui commence. "Maintenant, il est temps pour vous d'entendre ces voix", déclare aux jurés du tribunal fédéral d'Alexandria le procureur Robert Spencer. Celles des familles qui viennent à la barre, celles des victimes qui téléphonent avant que l'avion ne s'écrase et même la voix de Mohammed Atta, le chef des pirates de l'air, dont les instructions au passager ont été enregistrées, une dizaine de minutes avant qu'il n'atteigne la première tour : "Nous revenons à l'aéroport, n'essayez pas de faire de mouvements stupides !"

Rudolph Giuliani retrace son jour le plus long. "Ça ressemblait à une zone de guerre". Autour du World Trade Center, il regarde en l'air pour éviter les débris qui tombent des tours : "C'est alors que j'ai vu un homme vers le 104e étage." Il montre avec une règle l'endroit où il a vu cet homme. "J'ai alors réalisé que je voyais un homme qui tombait. A peu près là", ajoute-t-il en désignant sur la maquette l'endroit où il s'est écrasé. "J'ai vu plusieurs personnes sauter. Il y en avait deux qui semblaient se donner la main. C'est une des images qui me revient tous les jours." Sur les écrans on voit ces corps qui tombent, mais aussi leur impact sur le sol, plus rarement montré. L'ancien pompier Anthony Sanseverino est venu parler de son collègue Danny Suhr, mort le 11 septembre 2001 après avoir reçu un de ces corps sur la tête.

Mais Rudolph Giuliani n'était pas seulement là pour retracer la journée de l'ancien maire-courage, devenu aujourd'hui un candidat potentiel du Parti républicain à l'élection présidentielle de 2008. Il a raconté une histoire personnelle : celle d'un pompier, Terence Hutton, qui était le mari de son assistante, et surtout celle de leur fille "Little Terrie", née après le 11-Septembre. Le jour de sa mort, le couple ne savait pas qu'il attendait un enfant. "C'est une histoire multipliée par des milliers", commente M. Giuliani.

L'accusation a décidé de raconter quelques-unes de ces histoires. Quarante-cinq témoins vont venir à la barre pour témoigner de leur vie brisée. M. Moussaoui écoute avec attention ces témoignages. Il prend quelques notes. Plus la journée avance, moins il rit. Il ricanait le matin, quand son avocat Gerald Zerkin expliquait, parmi les circonstances atténuantes, qu'il souffrait de paranoïa schizophrénique. Il riait encore en regardant les images des avions qui s'écrasent sur les tours. En sortant pour la première pause, il a fredonné, en modifiant les paroles de la chanson de Bruce Springsteen, "Born (né) in the USA" : "Burn (brûlé) in the USA !"

 

Zacarias Moussaoui risque d'être condamné à l'injection mortelle


Le Français Zacarias Moussaoui, 37 ans, est passible de la peine de mort pour complicité avec les auteurs des attentats du 11-Septembre, a décidé lundi son jury au tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est).
Le procès, qui va reprendre jeudi, doit désormais se poursuivre avec l'examen de circonstances aggravantes - notamment la souffrance des victimes - ou atténuantes, comme l'enfance difficile et la santé mentale de Moussaoui.
"Vous n'aurez jamais mon sang! Que Dieu vous maudisse tous!", a crié Zacarias Moussaoui après la lecture de ce texte, alors que la juge Leonie Brinkema et les jurés avaient déjà quitté la salle d'audience.
La lecture de la décision des jurés a été faite par la juge peu après 16h00 (20h00 GMT), devant une salle plongée dans un silence solennel, en présence de plusieurs hauts responsables du ministère américain de la Justice.
Moussaoui est resté immobile, se limitant à murmurer dans sa longue barbe noire. Les jurés n'ont pas semblé le regarder.
Pour les neuf hommes et trois femmes qui forment le jury, Moussaoui a causé "directement" la mort d'au moins une des quelque 3.000 victimes des attentats en ayant menti lors de son arrestation en 2001 et permis ainsi, comme l'affirme l'accusation, que ses "frères d'Al-Qaïda" réussissent les attentats.
A l'issue de la seconde phase du procès, les jurés décideront si oui ou non le Français doit être condamné à l'injection mortelle.
S'il n'est pas condamné à mort, il sera condamné à la prison à vie, en raison de sa reconnaissance de culpabilité.
Depuis le début de son procès le 6 février, Moussaoui n'a guère fait d'éclat à l'exception de sa prise de parole le 27 mars.
"J'ai finalement eu la chance de voir le World Trade Center s'effondrer. En un mot: splendide. J'étais ravi". Moussaoui a écrit ces mots le 12 août 2002 et n'a pas hésité à les confirmer lors de sa déposition. "Vous étiez ravi?", lui a demandé le procureur Robert Spencer. "Parfaitement", avait répondu le Français.
Il a ajouté ce jour-là ce qu'il avait toujours nié: qu'il devait participer aux attentats du 11-Septembre en lançant un avion contre la Maison Blanche. Et, avec ces déclarations froides, il a mis en pièces les arguments de sa défense et déroulé un tapis rouge pour ses accusateurs.
Le Français, a-t-on appris à l'audience, a été au contact des "hautes sphères" du terrorisme islamiste international dont Oussama ben Laden et Khalid Cheikh Mohammed, cerveau présumé des attentats du 11-Septembre.
Mais Cheikh Mohammed l'avait décrit comme étant un apprenti terroriste maladroit, jamais impliqué dans les attentats du 11-Septembre et peu digne de confiance.
Ses avocats ont aussi tenté sans succès de convaincre les jurés que l'on ne pourrait "jamais" savoir si les attentats auraient pu être évités avec des aveux de Moussaoui.
Après la lecture de la décision, le ministère de la Justice s'est félicité: "Nos efforts au nom des victimes du 11-Septembre continueront avec la prochaine phase du procès" a déclaré la responsable de la communication Tasia Scolinos.
"Je pense que Moussaoui mérite la mort. C'est difficile à décrire, je croyais que je serai ravi mais ce n'est pas le cas. Je suis désolé pour lui", a réagi Abraham Scott, qui a perdu dans les attentats sa femme Janice, employée au Pentagone.
Le chef de la majorité républicaine au Sénat Bill Frist a salué "le pouvoir libérateur de la justice et de l'Etat de droit", armes "précieuses" selon lui contre le terrorisme.
Un ancien membre, démocrate, de la commission nationale d'enquête sur les attentats, Tim Roemer, a lui estimé que les procureurs s'étaient montrés convaincants, ajoutant que le procès prouvait que le système judiciaire pouvait se montrer efficace pour lutter contre le terrorisme.
François Roux, avocat français de Moussaoui, a pour sa part promis que sa défense ferait "tout" pour lui éviter une condamnation à mort.
Source : AFP, 4 avril 2006

 

 

Le procès surréaliste de Zacarias Moussaoui entre les mains des jurés


Les jurés au procès de Zacarias Moussaoui reprendront lundi leur délibération pour décider s'il est passible de la peine de mort après des audiences surréalistes où un témoin de l'accusation a aidé la défense, tandis que le prévenu témoignait pour ses accusateurs.
Tout dans ce procès, dont les débats au fond ont commencé le 6 mars au tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est), non loin de Washington, est hors norme: la construction intellectuelle de départ, avec un accusé qui risque la peine de mort pour avoir "menti" et protégé ainsi ses "frères d'Al-Qaïda", qui ont perpétré les attentats du 11-Septembre.
Et surtout, Moussaoui. Le Français a offert dès le 8 mars une tranche d'absurde aux jurés, lorsqu'ils ont assisté à la diffusion vidéo de l'interrogatoire d'un témoin à charge qu'il a mené en 2002, alors qu'il assurait sa propre défense.
Faiz Abou Bakar Bafana, membre de l'organisation affiliée à Al-Qaïda Jemaah Islamiyah (JI) l'avait mis en cause, affirmant qu'un certain "John" ressemblant comme deux gouttes d'eau à Moussaoui lui avait dit qu'il "rêvait de lancer un avion contre la Maison Blanche".
"Comment identifiez-vous ce John?", l'a interrogé Moussaoui. "Il est exactement comme vous", a répondu le détenu de Singapour. A l'écran, Moussaoui, mauvais avocat, poursuit: "Vous vous référez à moi ?". "Oui". "Etes-vous sûr?" (...) "C'est vous !".
Puis, presque quatre ans plus tard, lundi, l'accusé a offert cette fois volontairement un blanc-seing à l'accusation pour convaincre les jurés de le considérer passible de la peine de mort.
Il a affirmé sans ciller qu'il devait piloter lui-même un avion et le projeter contre la Maison Blanche le 11-Septembre, ce qu'il avait toujours nié auparavant, affirmant qu'il devait participer à une opération ultérieure.
Il a dit qu'il savait à l'époque que les attentats, dont il s'était réjoui, viseraient les tours jumelles.
Ce sont ensuite les procureurs qui ont alimenté l'absurde: après avoir avoir sans relâche argumenté que le Français reconnu coupable de complicité avec les auteurs des attentats du 11-Septembre devait mourir pour ses "mensonges meurtriers", ils ont imploré les jurés de le croire lorsqu'il a affirmé qu'il devait participer aux attentats.
Dans un éditorial publié vendredi, le Washington Post évoque l'étrange consensus entre les procureurs et l'accusé et la tâche "peu enviable (des jurés) de trier dans cette affaire ce qui relève de la confession réelle et des fanfaronnades chimériques".
Les neuf hommes et trois femmes du jury, qui reprendront lundi leur délibération, doivent aussi examiner le témoignage de l'agent Harry Samit du FBI (police fédérale), un des témoins phare de l'accusation devenu précieux pour la défense.
L'agent, un petit homme trapu au regard vif, était venu raconter les "mensonges" de Moussaoui pour aider les procureurs à prouver que si ce dernier n'avait pas nié être un terroriste lors de son arrestation le 16 août 2001 pour un visa périmé, les attentats auraient pu être en au moins en partie évités.
Les avocats de la défense n'ont pourtant fait qu'une bouchée du policier, qui ne souhaitait pas coopérer avec eux, mais n'a pu qu'admettre qu'il avait à 70 reprises qualifié Zacarias Moussaoui de terroriste en puissance planifiant peut-être de détourner un avion, dans des rapports à sa hiérarchie qui ont été ignorés.
La défense cherche à prouver que les attentats n'auraient pu être évités, même si Moussaoui avait parlé, car la lutte antiterroriste américaine était pendant l'été 2001 structurellement inefficace.
Source : AFP, 1er avril 2006

 

Moussaoui contredit par des membres d'Al Qaïda en détention


Des membres d'Al Qaïda détenus par les Américains ont contredit les allégations formulées la veille à son procès par Zacarias Moussaoui en affirmant qu'il n'était pas fiable et qu'il n'était pas impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

Le Français d'origine marocaine, seule personne à avoir été inculpée aux États-Unis d'implication dans les attentats du 11 septembre, avait affirmé lundi que, s'il n'avait pas été interpellé plus tôt, il aurait dû participer à ces attentats à bord d'un cinquième avion lancé contre la Maison blanche.

La plupart des témoignages des détenus ont été lus au tribunal, les autorités américaines ayant exclu qu'ils viennent témoigner à la barre pour des raisons de sécurité nationale. La plupart d'entre eux ont contesté la compétence de Moussaoui et l'homme présenté comme le financier des attentats du 11 septembre a dit n'avoir aucun lien avec lui.

Moussaoui plaide coupable d'implication dans les attentats qui ont fait quelque 3.000 morts à New York et Washington. Le tribunal doit se prononcer sur son éventuelle condamnation à mort.

S'efforçant d'atténuer les effets dévastateurs des propos tenus la veille par Moussaoui, la défense a présenté une déclaration de Sayf al Adl, un responsable de la commission militaire d'Al Qaïda, qui a dit qu'il n'était "absolument pas" question que le Français participe à la mission du 11 septembre.

Mustafa al Haoussaoui, le financier qui a donné à plusieurs pirates de l'air leur billet d'avion pour les États-Unis, a dit n'avoir "aucune connaissance" des transactions financières de Moussaoui.

"EXASPÉRANT"

Un autre membre d'Al Qaïda, du nom de Khallad, a accusé Moussaoui d'avoir enfreint les règles de sécurité en lui téléphonant quotidiennement pendant un voyage en Malaisie, en 2000.

Khallad, qui était impliqué dans les attentats d'août 1998 contre les ambassades des États-Unis à Nairobi et Dar-es-Salaam, et a été le "cerveau" de l'attaque du contre-torpilleur américain "USS Cole", en 2000 dans le port d'Aden, a finalement été contraint d'éteindre son téléphone.

Le témoignage de Riduan Isamuddin, mieux connu sous le nom de Hambali, dirigeant de la Jemaah Islamiah, groupe asiatique lié à Al Qaïda, accuse Moussaoui "de n'être pas une lumière et d'avoir mauvais caractère".

"Selon Hambali, Moussaoui réussissait à exaspérer tout qui entrait en contact avec lui", dit le témoignage, ajoutant que Hambali ne faisait pas confiance à Moussaoui.

Moussaoui ne cessait de parler de rêves qu'il avait de précipiter un avion sur la Maison blanche. Il proposait aussi constamment des opérations jugées "ridicules" par les membres du Jemmah Islamiah, ajoute le témoignage.

Hambali a expliqué qu'il avait finalement offert à Moussaoui un billet d'avion pour l'Europe afin de lui faire quitter la Malaisie.

Moussaoui a reconnu lundi avoir eu des problèmes en Malaisie, mais il a assuré qu'Oussama ben Laden avait dit qu'il pouvait néanmoins participer aux détournements d'avion.

Le Français, arrêté le 16 août 2001, a dit qu'il n'avait pas beaucoup de précisions sur ce complot mais qu'il savait qu'il aurait à précipiter un avion sur la Maison blanche et que les tours jumelles du World Trade Center seraient aussi prises pour cibles.

L'an dernier, lorsqu'il a plaidé coupable de conspiration dans le cadre des attentats, Moussaoui a dit qu'il aurait dû faire partie d'une seconde vague d'attentats.
Source : AFP, 28 mars 2006

 

Moussaoui dit qu'il devait attaquer la Maison Blanche le 11 septembre 2001


Le Français Zacarias Moussaoui a affirmé lundi à son procès aux Etats-Unis qu'Oussama ben Laden lui avait demandé d'attaquer avec un avion la Maison Blanche, le 11 septembre 2001, mettant en pièces les arguments de sa défense visant à lui éviter la mort.
Interrogé par son avocat, Gerald Zerkin, pour savoir s'il devait participer aux attentats de 2001, Moussaoui, 37 ans, qui a plaidé coupable de complicité avec les auteurs des attentats, a répondu en anglais: "Oui (...) Je devais projeter un avion sur la Maison Blanche".
L'avocat, contraint par le détenu à lui poser certaines questions, lui a demandé qui lui avait donné un tel ordre: "Oussama ben Laden", a-t-il dit.
"L'un des membres définitifs de mon équipe était Richard Reid", a-t-il aussi indiqué. Ce Britannique qui avait tenté de faire exploser sa chaussure piégée à bord d'un vol Paris-Miami, le 22 décembre 2001, purge une peine de prison à vie aux Etats-Unis.
Moussaoui a aussi précisé qu'il savait que les attentats auraient lieu "après le mois d'août" 2001 et qu'il avait guetté les informations dans la prison où il était détenu pour un visa périmé: "Lorsque j'ai vu le World Trade Center en flammes, j'ai immédiatement su".
Inculpé en décembre 2001 et jugé depuis le 6 février au tribunal fédéral d'Alexandria (est) pour complicité, Moussaoui avait jusqu'à présent déclaré qu'il savait qu'Al-Qaïda prévoyait "de projeter des avions contre des immeubles des Etats-Unis", mais que son opération contre la Maison blanche devait avoir lieu plus tard.
Le détenu, interrogé ensuite par le procureur Robert Spencer, a reconnu qu'il s'était réjoui de la mort de citoyens américains le 11-Septembre, et qu'il avait menti à la police fédérale afin de ne pas compromettre le déroulement des attentats.
Le procureur, renforcé par les déclarations de Moussaoui, lui a posé la question au moins cinq fois: "La raison pour laquelle vous avez menti était de permettre le déroulement des opérations ?". "C'est correct", a répondu le prisonnier en combinaison verte.
Il a aussi déclaré qu'il savait que "les deux tours du World Trade Center" seraient visées et que l'emploi de couteaux pour détourner les avions était "probable".
"Vous vouliez tuer des Américains"?, lui a demandé Robert Spencer: "Oui", a répondu Moussaoui. "Vous étiez prêt à utiliser un couteau pour trancher la gorge d'un passager ou d'une hôtesse", a ajouté le procureur. "Oui", a répondu Moussaoui, "trancher la gorge de quelqu'un n'est pas difficile".
Les jurés ont observé la scène avec attention, sans pour autant exprimer d'émotion particulière.
La déposition du Français devant les jurés complique singulièrement la tâche de sa défense, qui tente depuis la fin de la semaine dernière de convaincre les jurés que Moussaoui disposait de bien moins d'informations sur les attentats que les autorités américaines.
Lundi matin, ils ont essayé en vain de lui interdir de déposer.
Dans quelques jours, les jurés devront déterminer si Moussaoui est passible de la peine de mort. Si c'est le cas, le procès entrera dans une seconde phase consacrée à l'examen de circonstances atténuantes et agravantes. Sinon, il sera condamné d'office à la prison à vie.
Après avoir passé près de 3 heures à répondre, avec calme, aux questions de son avocat et du procureur, Moussaoui a conclu: "Je suis reconnaissant d'être un membre d'Al-Qaïda", "Je suis reconnaissant" d'avoir été choisi pour être le pilote du 5e avion.²
Source : AFP, 27 mars 2006

 


Peine de mort pour M. Zacarias Moussaoui ?


par Patrick Baudouin, Le Monde diplomatique
, février 2006
L'auteur est avocat, président d'honneur de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).
Français d'origine marocaine, M. Zacarias Moussaoui, devenu militant islamiste radical, avait notamment effectué des séjours en Afghanistan et au Pakistan. Le 23 février 2001, il quitte Londres, où il se trouve depuis le 9 février précédent, pour Chicago. Il obtient un visa touristique d'une durée de trois mois. Ensuite, il suit des cours de pilotage dans une école aéronautique proche de Minneapolis, afin de s'initier au maniement d'un Boeing sur simulateur de vol. Le 16 août, il est interpellé par le service de l'immigration pour infraction au droit de séjour en raison de l'expiration de son visa, et placé en détention à la prison de Minneapolis. Il résulte d'une information judiciaire ouverte en France par le juge Jean-Louis Bruguière que les autorités américaines font alors part de leur intention d'expulser le ressortissant français Zacarias Moussaoui à l'issue de leur enquête.

Les attentats du 11 septembre 2001 modifient la donne. Certes, M. Moussaoui ne peut être accusé d'avoir participé directement aux assassinats puisqu'il était incarcéré dans le Minnesota depuis près d'un mois. Mais la justice fédérale américaine le présente comme celui qui aurait dû être le vingtième pirate de l'air kamikaze et le cinquième membre du commando ayant détourné le vol d'United Airlines qui s'est écrasé dans un champ près de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Alors que les auteurs des attentats ont tous trouvé la mort, M. Moussaoui devient un coupable idéal. Après son transfert à la prison d'Alexandria, en Virginie, ses conditions de détention et d'isolement sont extrêmement éprouvantes. Le 11 décembre 2001, un réquisitoire retient six chefs d'accusation à l'encontre de M. Moussaoui, qui se voit reprocher d'avoir conspiré avec M. Oussama Ben Laden et d'autres membres d'Al-Qaida pour tuer des milliers de personnes à New York, en Virginie et en Pennsylvanie. Le 18 juillet 2002, la chambre de mise en accusation fédérale de Virginie (« grand jury ») annonce que M. Moussaoui encourt la peine de mort pour les crimes visés.

Sous la houlette de la juge Leonie Brinkema, présidente de la juridiction saisie du dossier, la procédure connaît péripéties et rebondissements. M. Moussaoui, desservi par son comportement fantasque et provocateur, exige d'assurer lui-même sa défense, ce qui lui est accordé dans un premier temps par la juge, puis refusé compte tenu de ses outrances. Il proclame qu'il rejette le concours des avocats commis d'office, lesquels continuent néanmoins à l'assister avec ténacité. Après avoir contesté toute responsabilité pour les faits incriminés, M. Moussaoui décide, un peu plus tard, de plaider coupable, admettant avoir joué un rôle dans le réseau terroriste Al-Qaida, tout en niant être impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001 : il soutient qu'il préparait une action séparée. Mais il revient aussitôt sur cette position et renonce à plaider coupable.

Faisant valoir qu'il n'aurait commis aucun délit sur le territoire américain, s'efforçant de prouver son innocence, il réclame l'audition de trois responsables d'Al-Qaida mis au secret par l'armée américaine et susceptibles de le disculper. Il s'agit de M. Khaled Cheikh Mohammed, considéré comme le maître d'¦uvre des attentats du 11 septembre 2001 ; de M. Ramzi Ben Al-Shaiba, également impliqué à un niveau élevé ; et de M. Moustafa Ahmed Al-Hawsawi, qui aurait participé au financement de l'opération.

Le rôle des autorités françaises

Début 2003, la juge Brinkema estime nécessaire de recueillir les trois dépositions, en se fondant sur le sixième amendement de la Constitution des Etats-Unis, selon lequel « dans toute poursuite criminelle, l'accusé aura le droit (...) d'exiger par des moyens légaux la comparution de témoins à décharge ». Devant le refus opposé par l'exécutif américain, la juge, estimant que M. Moussaoui se trouve privé de la faculté de produire des témoignages à l'appui de sa défense, exclut la possibilité de demander l'application de la peine de mort. Le 22 avril 2004, la juridiction d'appel rend une décision désavouant la juge Brinkema sur ce point.

Le 13 septembre 2004, la cour d'appel dite de la quatrième circonscription judiciaire ouvre la voie à un procès de M. Moussaoui incluant la possibilité d'une peine capitale. Elle tente par ailleurs de trouver un compromis visant à la déposition par voie écrite des trois responsables d'Al-Qaida dont le témoignage est sollicité par la défense. Le 21 mars 2005, la Cour suprême rejette l'appel de cette décision interjeté par M. Moussaoui, qui continuait à réclamer une confrontation directe avec les trois détenus. Un mois plus tard, le 22 avril 2005, M. Moussaoui rejette l'avis de ses défenseurs et indique qu'il plaidera coupable des chefs d'accusation de complicité dans les attentats du 11 septembre 2001, tout en niant son implication directe. Il continue de soutenir qu'il a été préparé pour une affaire différente, à savoir un attentat ultérieur contre la Maison Blanche. L'accusé affirme n'attendre aucune indulgence, alors qu'il n'ignore pas que son aveu de complicité l'expose à la peine de mort. Malgré les requêtes de la défense, la juge Brinkema déclare M. Moussaoui mentalement apte à plaider coupable et conscient des conséquences du choix ainsi opéré.

Cette décision met un terme à la recherche d'une culpabilité, désormais considérée comme acquise, pour les six chefs d'accusation retenus de conspiration en vue de l'accomplissement d'actes de terrorisme, de piraterie aérienne, de destruction d'avions, d'usage d'armes de destruction massive, de meurtres d'employés de l'administration américaine, et de destruction de biens. Le jury composant la cour du district de Virginie, qui va siéger à Alexandria, devra donc uniquement se prononcer sur la sanction, sachant que le ministre américain de la justice a déclaré à plusieurs reprises « vouloir la peine de mort » dans cette affaire. Une fois conclue la sélection des jurés, susceptible de durer un mois, les débats devraient s'ouvrir le 6 mars 2006. La première phase, essentielle, aura pour objet de déterminer si M. Moussaoui est passible de la peine capitale. Pour la requérir, les procureurs feront valoir qu'en plaidant coupable, le 22 avril 2005, l'accusé a lui-même admis avoir menti aux agents fédéraux en dissimulant, après son arrestation, sa connaissance de la préparation des attentats du 11 septembre 2001, lesquels n'avaient pas encore été perpétrés. Sur ce point, les avocats de M. Moussaoui ont l'intention d'objecter, pièces et déclarations probantes à l'appui, que les autorités américaines disposaient de bien d'autres éléments d'information sur les attentats projetés, qu'elles se sont cependant révélées incapables d'empêcher.

Les conditions de déroulement du procès de M. Moussaoui suscitent une légitime inquiétude. Alors que l'une des certitudes du dossier est qu'il n'a pas participé directement aux attentats du 11 septembre 2001 ­ puisqu'il se trouvait alors emprisonné depuis près d'un mois ­, l'acharnement manifesté par les autorités américaines pour le présenter comme le « vingtième pirate de l'air » jette d'emblée la suspicion sur le respect du droit à un procès équitable. Le risque est évident de voir l'accusé utilisé comme un bouc émissaire livré en pâture à l'opinion publique, avec l'avantage supplémentaire de permettre ainsi d'éluder la question de la responsabilité de l'administration Bush dans la prévention défectueuse des attentats. Sous une apparence de procédure régulière, les dés sont en réalité pipés. Les limites à ne pas dépasser pour demeurer dans le cadre circonscrit par le pouvoir américain ont été mises en évidence par le refus d'audition des trois membres d'Al-Qaida dont les témoignages auraient pu disculper M. Moussaoui.

De leur côté, les autorités françaises n'ont pas hésité à livrer aux Etats-Unis des renseignements sur M. Moussaoui sans avoir obtenu préalablement la garantie qu'il ne serait pas passible de la peine de mort, se contentant d'un engagement du procureur de n'utiliser les éléments fournis que pour établir la culpabilité, et non pour requérir la peine... Enfin, l'accusé lui-même ne facilite pas la tenue d'un procès serein : en lançant des imprécations contre la juge, qui s'est pourtant efforcée d'instruire équitablement, en contestant des avocats qui accomplissent un énorme travail pour sa défense, en tenant des propos contradictoires sur son implication pour finalement plaider coupable sur des chefs d'inculpation par ailleurs non reconnus, puisqu'il dénie avoir été préparé pour les attentats du 11 septembre 2001, en défiant une opinion américaine chauffée à blanc quand il revendique la légitimité du combat d'Al-Qaida ou refuse toute clémence face à la peine capitale, il paraît contribuer à sa propre perte.

La vraie justice repose sur une instruction rationnelle, pas sur des éléments passionnels. La volonté légitime de punir les responsables de la mort de milliers de victimes ne doit pas se traduire par la condamnation exemplaire d'un faux coupable devenant alors lui-même victime de l'arbitraire. M. Moussaoui n'a directement commis aucun crime de sang sur le territoire américain. Or, à supposer même qu'on soit favorable à la peine de mort, jamais elle n'a été infligée aux Etats-Unis hors l'accomplissement d'un crime de sang depuis le rétablissement du châtiment suprême en 1976. Une exécution de M. Moussaoui, qu'il semble parfois souhaiter, en ferait un martyr de référence, suscitant de nouvelles vocations de kamikazes.

Le gouvernement français, qui s'est fort peu dépensé en faveur de son ressortissant, s'honorerait de son côté à réclamer avec fermeté que son sort soit conforme aux normes internationales des droits humains. Le président Jacques Chirac vient de proposer d'inscrire dans le marbre de la Constitution l'abolition de la peine de mort. Sauf à pratiquer le double langage qui lui est souvent reproché, il pourrait s'impliquer davantage face à la menace qui pèse sur la vie de M. Moussaoui.
Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2006/02/BAUDOUIN/13203

 

Procès Moussaoui : témoin à charge contre le FBI


Un agent a vainement tenter d'alerter ses chefs sur le suspect arrêté.
par Pascal RICHE, Libération, 22 mars 2006
Alexandria envoyé spécial - Chaque jour, entre le 16 août 2001 et le 11 septembre 2001, à Minneapolis, dans le Minnesota, l'agent du FBI Harry Samit a poussé son rocher. Et chaque jour, il l'a vu redégringoler la pente, repoussé par une hiérarchie frileuse. A plus de soixante-dix reprises en moins d'un mois, Samit a tenté d'alerter Washington : Zacarias Moussaoui, qu'il venait d'arrêter, avait le parfait profil du terroriste conspirant pour détourner un avion ; il fallait d'urgence demander à la justice un mandat pour perquisitionner son ordinateur. Jamais ses supérieurs n'ont pris au sérieux sa requête. Sauf, bien sûr, le 11 septembre...

Petites lâchetés. Harry Samit, trentenaire posé aux cheveux ras, est un témoin choisi par l'accusation dans le procès de Moussaoui, dont l'enjeu est la peine de mort de l'accusé. Le gouvernement cherche à démontrer que si Moussaoui n'avait pas menti au FBI, s'il avait avoué qu'il était membre d'Al-Qaeda et qu'il se préparait à détourner un avion, les attentats qui ont fait 3 000 morts auraient été évités. Mais les procureurs doivent se mordre les doigts d'avoir appelé Samit à la barre. Lundi, interrogé avec minutie par un avocat de la défense, le policier a déroulé la chronique terrible des petites lâchetés bureaucratiques qui l'ont empêché de découvrir le pot aux roses. Par comparaison, le mensonge par omission de Moussaoui apparaît comme secondaire. Pendant toute la journée, ses mails et ses lettres ont défilé sur les écrans du tribunal. Chaque fois, ils se sont heurtés à un mur. Selon lui, ses supérieurs «ne voulaient pas prendre de risques», ils «protégeaient leur carrière». Et au final, dit-il, ils sont coupables de «négligence criminelle».

Assez vite après l'arrestation de Moussaoui, dont le comportement suspect avait été signalé au FBI par l'école de pilotage d'avions où il s'était inscrit, Harry Samit se rend compte qu'il a mis la main sur un islamiste radical. L'ami du suspect, Hussein al-Attas, arrêté avec lui, a confié à l'agent que le Français vantait le jihad, le martyr, et louait Oussama ben Laden. Samit transmet ces infos à ses supérieurs, en vain. L'avocat de la défense s'impatiente : «Faut-il attendre que les terroristes déclarent qu'ils sont des terroristes pour pouvoir demander un mandat ?» Les leçons de pilotage, les couteaux, les talkies-walkies, le passeport et ses tampons «malencontreusement» passés à la machine à laver, les réponses évasives, et maintenant l'apologie du martyr... Tous ces indices ne suffisent pas aux yeux de Washington.

Via les agents du FBI à Paris, Samit apprend le 22 août que Moussaoui est connu des services secrets français : il a été lié à un «groupe radical islamiste opérant en Tchétchénie et dont le leader [Ibn al-Khattab] a des connexions avec Ben Laden». Le policier croit tenir la preuve qui débloquera la situation. Il doit déchanter. Un de ses supérieurs, Michael Maltbie, demande qu'on vérifie dans l'annuaire de téléphone parisien si par hasard Zacarias Moussaoui n'est pas un nom courant ; il s'inquiète aussi de savoir quelle administration va payer le billet de l'expulsion probable de l'encombrant Français.

Le 30 août, les services français informent le FBI que Moussaoui a été endoctriné à la mosquée londonienne fondamentaliste de Finsbury Park et qu'il est passé par l'Afghanistan. Cela ne déclenche pas plus l'alarme à Washington. Fin août, à court de munitions, Samit rédige lui-même une note pour mettre en garde l'administration fédérale de la sécurité des aéroports. Cette note, qui apparaît sur les écrans du tribunal, n'a pas quitté Minneapolis. Maltbie a interdit à Samit de l'envoyer : «Je m'occuperai de les prévenir moi-même», lui a-t-il dit.

Désespéré. Le 10 septembre, alors que Moussaoui est sur le point d'être expulsé en France, Harry Samit se bagarre encore. Il écrit à une de ses amies, travaillant pour un service de renseignement, de chercher ce qu'elle peut trouver : «Je suis si désespéré de ne pouvoir ouvrir son ordinateur...»

Pendant toute cette quête, seul Greg Jones, le chef du bureau de Minneapolis, soutenait l'agent. Un jour, au téléphone, Jones déclare, énervé, aux gens de Washington : «On essaye juste d'éviter qu'un terroriste écrase un avion contre le World Trade Center !» Samit sourit amèrement : «Il n'y avait aucune base pour soupçonner cela. Il a lancé cela en l'air, juste pour tenter de les faire bouger.»
Source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=368953

 

Zacarias Moussaoui promet de répondre à ses accusateurs


L'accusation au procès de Zacarias Moussaoui à Alexandria (Virginie, est des Etats-Unis) a terminé jeudi de présenter son argumentaire en vue de prouver qu'il est passible de la peine de mort, alors que Moussaoui a promis d'user de son droit de prendre la parole.
"Je témoignerai, Zerkin!", a crié jeudi après-midi le Français à l'intention de l'un de ses avocats, Gerald Zerkin, juste avant une suspension d'audience au tribunal fédéral d'Alexandria, où se tient ce procès destiné uniquement à déterminer s'il doit être exécuté ou condamné à la prison à vie.
"Que vous soyez d'accord ou non, je témoignerai!", a encore lancé Moussaoui, qui a plaidé coupable en avril de complicité avec les auteurs des attentats.
Moussaoui a le droit constitutionnel de prendre la parole pendant la phase réservée à la présentation des témoins de la défense qui a démarré jeudi après-midi.
Ce témoignage pourrait donc intervenir dans les jours qui viennent.
Avant cette promesse, l'accusation avait appelé son témoin-phare, réservé pour le dernier jour: Aaron Zebley, ancien membre de l'unité du FBI (police fédérale) qui a enquêté sur les attentats du 11-Septembre.
Les procureurs veulent prouver que si Moussaoui avait rév&eacu