Cent prisonniers de Guantanamo prêts
à être libérés
Une centaine de prisonniers de Guantanamo sont prêts
à être libérés mais soit les
pays d'origine ne sont pas pressés de les récupérer,
soit il est difficile de leur trouver un pays d'accueil,
a déclaré jeudi à Paris une responsable
usaméricaine.
S'adressant à la presse à l'ambassade usaméricaine
Sandra Hodgkinson, directrice-adjointe du bureau des crimes
de guerre au Département d'Etat, a assuré
qu'une "centaine de prisonniers de Guantanamo sont
prêts à partir vers leurs pays quand ils seront
prêts à les accueillir".
"Cela prend du temps d'obtenir l'accord de leurs pays
d'origine: nous voulons avoir des assurances qu'ils seront
traités humainement et aussi qu'ils seront surveillés",
a-t-elle indiqué.
"Où vont-ils quand ils sont libéréas
? Pour les Afghans, par exemple, ils rentrent en Afghanistan
? Mais le président Karzaï n'en veut pas".
Sandra Hodgkinson a cité l'exemple de seize chinois
ouïgours pour lesquels "nous cherchons depuis
près de deux ans un endroit pour les libérer.
Nous avons décidé qu'ils peuvent l'être,
mais personne ne veut les accueillir".
Washington ne veut pas les envoyer en Chine "parce
qu'ils vont y être torturés", a-t-elle
ajouté.
Le quotidien allemand Die Welt a rapporté samedi
que les USA font pression sur l'Allemagne (où vit
un groupe de chinois ouïgours en exil) pour qu'elle
accepte de les recevoir, mais que Berlin s'y oppose pour
ne pas froisser Pékin.
"Nous avons déjà libéré
environ un tiers des quelque 700 prisonniers passés
par Guantanamo", a ajouté la responsable américaine.
"Nous savons qu'une quinzaine en ont profité
pour retourner sur le champ de bataille. Donc nous devons
être prudents".
Source : AFP, 20 avril 2006
Le Pentagone diffuse une nouvelle
liste de 558 détenus de guantanamo
Pour consulter la liste, cliquer sur Liste détenus
Gitmo
Le Pentagone a rendu publique mercredi une liste de 558
prisonniers, issus de 41 pays, ayant été ou
étant actuellement détenus à Guantanamo
(Cuba). Cette liste représente le décompte
le plus approfondi de la population carcérale de
Guantanamo fourni jusqu'ici par l'administration américaine.
Ces documents ont été rendus publics sur
injonction d'un juge fédéral américain
suite à une plainte de l'Associated Press (AP) exigeant
l'accès aux informations concernant les détenus
de Guantanamo.
Ils listent les noms des détenus ayant été
auditionnés de juillet 2004 à janvier 2005
par des commissions militaires chargées de déterminer
s'ils sont des "combattants ennemis", terme utilisé
par Washington pour désigner les individus arrêtés
dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.
Les prisonniers figurant sur la liste de mercredi sont
originaires de 41 pays. Le plus gros contingent est issu
d'Arabie Saoudite (132 détenus). Viennent ensuite
l'Afghanistan (125) et le Yémen (107).
Trois ressortissants français sont recensés:
Ridouane Khalid, Khaled ben Moustafa et Moustaq Ali Patel.
Au total, sept Français ont été détenus
à Guantanamo. Ils ont tous été expulsés
vers la France.
Sur la liste figurent notamment les noms de David Hicks,
le "taliban australien", l'un des dix qui doivent
bientôt être jugés par un tribunal militaire.
Ou encore Muhammed al-Qahtani, un Saoudien qu'on considère
comme ayant dû être le "20ème pirate
de l'air" du 11 Septembre 2001, mentionné par
le Français d'origine marocaine Zacarias Moussaoui
au cours de son procès: l'armée avait jusqu'à
présent toujours refusé de confirmer qu'il
était bien détenu à Guantanamo.
La publication de ces noms a déclenché des
appels de militants des droits de l'homme de plusieurs pays,
qui réclament l'intervention de leurs gouvernements
pour faire libérer "leurs" prisonniers
de Guantanamo: c'est le cas notamment de la Mauritanie et
du Bahrein, tandis que le Pakistan a accusé Washington
de rétention d'information, affirmant que 22 de ses
ressortissants étaient toujours détenus à
Guantanamo, et non pas sept comme on le pensait auparavant.
Selon le Comité international de la Croix-Rouge
(CICR), qui avait déjà eu accès à
cette liste, il se pourrait en outre que sa diffusion fournisse
à certaines familles de détenus la première
confirmation depuis des années que les leurs sont
bien derrière les barreaux à Guantanamo...
Aujourd'hui, environ 490 hommes suspectés de liens
avec Al-Qaïda ou l'ancien régime Taliban en
Afghanistan sont encore détenus à Guantanamo,
certains depuis plus de quatre ans.
Porte-parole du CICR, Antonella Notari note que plus récemment,
les détenus arrivant à Guantanamo "ont
été arrêtés dans des situations
variées et en général pas dans un conflit
armé international".
Le CICR, qui s'est chargé depuis l'ouverture du
camp de détention de transmettre plus de 20.000 messages
de détenus de Guantanamo à leurs familles,
exhorte une nouvelle fois Washington à "inculper
et juger, libérer, ou placer dans un cadre juridique
légal les détenus restant à Guantanamo".
Des listes partielles des détenus de Guantanamo
avaient déjà été fournies par
le Pentagone. Ainsi, l'identité de nombreux prisonniers
avait été révélée publiquement
pour la première fois le 3 mars, date à laquelle
le Pentagone avait fourni les retranscriptions des auditions
des détenus, sur injonction d'un juge fédéral
américain.
Sur les 558 détenus ayant été entendus
par ces commissions, 38 ont été considérés
comme n'étant "plus des combattants ennemis",
et 29 d'entre eux libérés. Parmi les neuf
toujours détenus bien qu'innocentés, reste
un nombre non précisé de Ouïgours, musulmans
chinois, qui ne peuvent être renvoyés en Chine
où ils risquent des persécutions: ces détenus
spéciaux bénéficient de privilèges
particuliers et résident dans une section spéciale
du centre, Camp Iguana, a précisé un porte-parole
militaire.
Mais, même avec la liste rendue publique mercredi,
le Pentagone n'a jamais révélé la totalité
des noms des quelque 750 prisonniers passés, selon
l'armée américaine, par Guantanamo.
Source : AP, 21 avril 2006
Le Pentagone révèle
l'identité des 25 Algériens détenus
à guantanamo
par Zouaoui Mouloud, Le Jeune Indépendant, 22 avril
2006
Ils sont officiellement 25 Algériens qui croupissent
sans jugement dans la sinistre prison américaine
de Guantanamo Bay à Cuba, un chiffre tout à
fait identique de celui qui a été fourni par
des associations de défense des droits de l'homme.
C'est ce qu'a révélé la liste de 558
prisonniers rendue publique mercredi soir par le Pentagone.
Ce chiffre global des détenus de X-Ray Camp tient
des individus libérés et dont il ne reste
que 490 aujourd'hui. Dès lors, il s'agit du décompte
le plus approfondi de la population carcérale de
Guantanamo fourni jusqu'ici par l'administration américaine.
Le Pentagone avait tout le temps refusé de fournir
l'identité des pensionnaires de Guantanamo Bay, la
prison la plus décriée de par le monde, imposant
une chape de plomb et une opacité déconcertante
sur ce qui se passait dans cette prison.
Cette situation a ouvert la voie aux interrogations et
aux spéculations quant au nombre d'Algériens
qui sont emprisonnés sous le vocable de «combattants
ennemis» sans le moindre procès en étant
livrés à l'arbitraire de leurs geôliers.
Le président de la Commission nationale consultative
de promotion et de protection des droits de l'homme, Me
Farouk Ksentini, avait déclaré que 16 Algériens
se trouvaient à Guantanamo, un chiffre qui contrastait
avec celui publié par le Pentagone et qui confirme
le nombre fourni par des ONG de droits de l'homme en mars
dernier lors de la publication des documents de 5 000 pages
sur 317 pensionnaires de la prison américaine.
Les Algériens dont l'identité est publiée,
selon la transcription américaine, dans la liste
ci-dessous(voir encadré) sont identifiés parfois
avec leurs noms et prénoms ainsi que les prénoms
leurs pères. La liste ne présente ni leurs
lieux de résidence ni ceux de leurs arrestations.
Belkacem Bensayeh, Mahfoudh Saber Lahmer, Mohamed Nechal,
Aït-Idir Mustapha, Lakhdar Boumedienne et El Hadj Boudella
avaient été enlevés par les services
de renseignements américains (CIA) en janvier 2002
à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine).
Ils avaient alors la nationalité bosniaque et avaient
été arrêtés par la police locale
et présenté devant la justice en étant
accusés de «complot terroriste» contre
les ambassades américaine et britannique à
Sarajevo, une accusation rejetée par la cour suprême
qui les a remis en liberté le jour de leur kidnapping.
Leur incarcération avait suscité une indignation
dans les milieux de défense des droits de l'homme
et depuis leurs familles réclamaient leur libération.
L'un d'eux, Mustapha Aït-Idir, avait été
à plusieurs reprises torturé par les soldats
américains, selon ses avocats.
Un septième, Ahcène Zemiri, est présenté
par des associations comme résidant au Canada tandis
que Sofiane Barhoumi, qui avait été entendu
par les tribunaux d'exception américains mis en place
à Guantanamo, avait été arrêté
en mars 2002 au Pakistan.
Des listes indépendantes avaient fait état
de la présence de 24 Algériens identifiés
sur des recoupements effectués par des ONG grâce
aux correspondances adressées par leurs familles
par le biais de la Croix-Rouge internationale. Les prisonniers
figurant sur la liste sont originaires de 41 pays y compris
la Chine.
Le plus gros contingent est issu d'Arabie saoudite (132
détenus), suivi de l'Afghanistan (125), du Yémen
(107) et de l'Algérie (25). Plusieurs ONG militaient
depuis quatre ans en faveur de leur libération tandis
que la Croix Rouge internationale (CICR) demandait au gouvernement
américain de les juger ou de les libérer.
Toutefois, la publication de cette liste démontre,
selon des experts de la lutte contre le terrorisme, qu'il
s'agit d'individus sans valeur voire de parfaits inconnus.
«Ces gars-là ne savent rien. Et de toutes façons,
même ceux qui savaient un petit peu, au bout de quatre
ans, que voulez-vous que leurs informations valent ?»,
s'est indigné le chercheur français Olivier
Roy, spécialiste reconnu de l'Asie centrale interrogé
par des médias français suite à la
publication de cette liste.
Après l'invasion de l'Afghanistan, tous les étrangers
étaient arrêtés et «vendus»
pour 500 dollars aux forces américaines, selon des
experts.
Source : http://www.jeune-independant.com/display.php?articleId=22641
Sami Al-Arian déporté
des USA : nul ne sait où il est
Le professeur d'informatique de Tampa, en Floride, Sami
Al-Arian, jugé pour soutien au Jihad islamique, croyait
avoir gagné son procès puisque le jury avait
été incapable de se prononcer sur la plupart
des chefs d'inculpation. On espérait donc sa libération.
mais la justice aux ordres du Pentagone, du FBI et de la
Maison Blanche, ne l'a pas entendu de cette oreille. On
a appris soudain samedi 15 avril, que Sami Al-Arian avait
accepté de plaider coupable pour les chefs d'inculpatio,
pour lesquels il courait le risque d'être jugé
une nouvelle fois, et qu'il a aussitôt été
déporté des USA, dont il est pourtant citoyen
depuis de longues années. On ignore vers quelle destination
il a été déporté. Il était,
avant de devenir citoyen US dans les années 1980,
Palestinien apatride né au Koweit. On voit mal Israël
l'autoriser à aller en Cisjordanie pour se mettre
sous la protection de l'Autorité palestinienne, mais
cela ne serait pas impossible.
Source : quibla.net, 17 avril 2006
Brahim Yadel reste en prison
La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris
a ordonné vendredi le maintien en détention
de Brahim Yadel, mis en examen dans la procédure
française sur les six Français qui ont été
détenus sur la base américaine de Guantanamo,
a-t-on appris de source judiciaire.
Brahim Yadel est l'unique détenu de ce dossier, les
cinq autres ayant été remis en liberté
ces derniers mois par le juge d'instruction Jean-Louis Bruguière
ou le juge des libertés et de la détention.
Le parquet général s'était opposé
à son possible élargissement, précise-t-on
de même source.
Brahim Yadel a été rapatrié en France
en juillet 2004 après trois ans de détention
à Guantanamo. Il avait été arrêté
en Afghanistan après l'intervention américaine.
Incarcéré dans le cadre de l'enquête
sur de possibles attentats lors de la Coupe du monde de
football à Paris en 1998, Brahim Yadel avait été
remis en liberté sous contrôle judiciaire avant
de partir en Afghanistan en mars 2000. En décembre
2000, il était condamné à un an d'emprisonnement.
Les sept Français détenus sur la base américaine
de Guantanamo à Cuba ont été rapatriés
en deux temps. En juillet 2004 et mars 2005, quatre sont
revenus après trois ans de détention: Imad
Kanouni, Nizar Sassi, Mourad Benchellali et Brahim Yadel.
Les trois derniers ont été expulsés
en mars 2005: Ridouane Khalid, Khaled ben Mustafa et le
Franco-Indien Mustaq Ali Patel. Sans lien avec la mouvance
islamiste, ce dernier a été libéré
dès son retour sans être mis en examen.
Les six ont été mis en examen pour "association
de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste"
et incarcérés dans le cadre de l'enquête
sur les Français de Guantanamo ouverte à Paris
en 2002.
Le juge d'instruction a notifié la fin de son enquête
au début du mois de mars 2005.
Source : AP, 7 avril 2006
Un Éthiopien comparaît
devant un tribunal militaire à Guantanamo
Un Éthiopien accusé d'avoir voulu commettre
des attentats aux États-Unis a comparu jeudi devant
un tribunal militaire d'exception à Guantanamo, alors
que ses avocats affirment que ses aveux ont été
obtenus sous la torture.
Binyam Ahmed Muhammad, un ingénieur en électricité
éthiopien, récemment converti à l'islam,
est accusé d'avoir reçu une formation en explosifs
dans un camp du réseau terroriste Al-Qaeda pour déposer
des bombes dans des immeubles et des stations service aux
États-Unis.
M. Muhammad, qui a vécu pendant des années
en Grande-Bretagne, a été arrêté
en avril 2002 à Karachi par les autorités
pakistanaises alors qu'il essayait de retourner à
Londres à l'aide d'un faux passeport.
Selon ses avocats, l'Éthiopien a été
victime après son arrestation d'interrogatoires violents
au Maroc avant d'être transféré au centre
de détention militaire américain de Guantanamo,
sur l'île de Cuba.
Pendant 14 semaines au Maroc, M. Muhammad affirme avoir
été battu, enchaîné et maintenu
dans des positions douloureuses. Il dit que des coupures
à l'aide d'un couteau ont été faites
sur sa poitrine et son pénis.
Selon ses avocats, il a avoué s'être préparé
à commettre des attentats pour arrêter les
sévices.
Selon l'accusation, M. Muhammad est lié à
Jose Padilla, un Américain accusé d'être
lié à Al-Qaeda et dont le cas suscite une
bataille juridique sur le droit du gouvernement américain
de détenir un citoyen américain sans inculpation.
MM. Muhammad et Padilla auraient été chargés
de commettre des attentats aux États-Unis et des
agents d'Al-Qaeda auraient discuté avec eux d'éventuelles
attaques contre des pétroliers et de projets consistant
à «disperser du cyanure dans des boîtes
de nuit», selon l'acte d'accusation.
L'audience préliminaire de Binyam Ahmed Muhammad
intervient au lendemain de la comparution d'un autre détenu,
un jeune Canadien, Omar Ahmed Khadr, qui a protesté
contre ses conditions de détention à Guantanamo
et a affirmé qu'il boycotterait son procès
devant un tribunal militaire d'exception.
Source : AFP, 6 avril 2006
A Guantanamo, les droits de la défense
d'un Yéménite soulevés
L'avocat de la défense d'un Yéménite,
détenu sur la base navale américaine de Guantanamo,
a estimé vendredi que le tribunal militaire d'exception
perdrait sa légitimité s'il ne reconnaissait
pas à son client le droit de se défendre lui-même.
"Le droit à assurer sa propre défense
est un droit fondamental", a déclaré
le commandant Thomas Fleener, l'avocat commis d'office d'Ali
Hamza Ahmad al-Balhoul. Le Yéménite, âgé
de 37 ans, est présenté comme un membre de
l'entourage d'Oussama ben Laden, à la fois garde
du corps et spécialiste en propagande.
Le détenu, poursuivi pour complot dans la préparation
d'attentats d'Al-Qaïda contre des civils, a choisi
de ne pas comparaître vendredi à l'audience
préliminaire, en protestation contre le refus du
tribunal d'exception de lui permettre d'assurer sa propre
défense.
En vertu des règles mises en place pour cette justice
d'exception, un prévenu ne peut se défendre
seul, contrairement aux dispositions prévues devant
la justice civile.
L'avocat a estimé que les règles du tribunal
d'exception allaient à l'encontre de la Constitution
américaine et des principes fondamentaux de la justice
occidentale appliqués depuis des siècles.
Dans les tribunaux américains, les avocats peuvent
être commis d'office quand l'accusé est déclaré
irresponsable, trop jeune ou trop malade pour se défendre
lui même, mais ces critères ne s'appliquent
pas dans ce cas, a souligné le commandant Fleener.
"Quand le monde regardera ce système, il n'aura
aucune légitimité" à moins que
le tribunal lève l'interdiction et autorise al-Balhoul
"à se défendre tout seul", a-t-il
lancé.
Il est peu probable que le tribunal change le règlement
car cela exigerait de modifier une autre de ses règles
extraordinaires qui impose au prévenu de sortir de
la salle d'audience quand des éléments classifiés
ou confidentiels sont présentés.
Le procureur militaire a estimé que cette interdiction
de se défendre tout seul était nécessaire
pour protéger les informations sensibles liées
à la sécurité nationale en temps de
guerre.
"Nous sommes un pays en guerre", a dit le procureur,
dont l'identité est tenue secrète, estimant
que "l'intérêt de la sécurité
nationale" primait.
Source : AFP, 7 avril 2006
Audience préliminaire des
commissions militaires de Guantánamo - Observations
d'Amnesty International lors du procès, 2e journée
Index AI : AMR 51/064/2006 - ÉFAI, 6 avril 2006
DÉCLARATION PUBLIQUE
Les audiences préliminaires devant les commissions
militaires de Guantánamo continuent, malgré
l'attente d'une décision de la Cour suprême
concernant leur légalité. Un représentant
d'Amnesty International observe ces audiences.
Amnesty International demande depuis longtemps que les procès
devant les commissions militaires soient annulés
et que le décret militaire instituant ces procès
soit abrogé, car ce décret comporte des failles
fondamentales, et tout procès organisé suivant
ses dispositions violerait les normes internationales pour
un procès équitable. Ainsi, Amnesty International
exprime ses profonds regrets à chaque étape
de ces procès, notamment les audiences préliminaires.
Voici un résumé des conclusions initiales
d'Amnesty International, sur le deuxième jour de
ces audiences (mercredi 5 avril).
Omar Khadr : conditions de détention et traitement
inhumains à Guantánamo
L'audience s'est ouverte ce mercredi 5 avril sur une déclaration
d'Omar Khadr, ressortissant canadien âgé de
quinze ans à l'époque de son crime présumé
: il est accusé d'avoir tué un soldat des
États-Unis lors d'une bataille en Afghanistan. Amnesty
International constate avec une inquiétude particulière
qu'Omar Khadr est jugé par une commission militaire
pour des faits présumés qu'il aurait commis
étant mineur, et que pendant toute sa détention,
Omar Khadr a été traité en violation
des normes internationales qui reconnaissent aux mineurs
le droit à une protection et un traitement particuliers.
Omar Khadr a été récemment transféré
du Camp quatre, le lieu de détention le moins dur,
au Camp cinq, le plus fermé de Guantánamo.
Le Camp cinq correspond au modèle des lieux de détention
à sécurité maximale des États-Unis,
où les détenus sont maintenus jusqu'à
vingt-trois heures par jour dans une cellule à l'isolement,
sans lumière naturelle.
Dans la déclaration écrite qu'il a lue, Omar
Khadr a affirmé avoir été traité
de manière inhumaine, même s'il avait coopéré
avec les commissions. Il a déclaré son intention
de boycotter la procédure jusqu'à ce qu'il
soit remédié à cette situation.
Omar Khadr est représenté par deux avocats
militaires et deux avocats civils. Ces avocats ont demandé
que l'officier présidant le tribunal entende une
requête pour remédier à la situation
d'Omar Khadr. L'un des avocats de la défense, le
lieutenant-colonel Vokey, a expliqué que son client
leur avait demandé de ne pas participer à
la procédure jusqu'à ce que la question de
ses conditions de vie soit abordée. L'officier président
a refusé d'entendre la motion jusqu'à ce que
la défense ait l'occasion de lui signifier le droit
applicable, et que l'accusation ait pu apprendre pourquoi
Omar Khadr avait été déplacé
du Camp quatre au Camp cinq. Le président a alors
demandé à l'avocat de la défense de
poursuivre l'ordre du jour. Le lieutenant-colonel Vokey
a exprimé son inquiétude de devoir poursuivre
ainsi, contrairement au souhait de son client, en expliquant
au président qu'en poursuivant, il violerait ses
obligations éthiques et celles des autres avocats
de la défense, et qu'ils risqueraient d'être
radiés du barreau. La défense devait alors
interroger le président de la commission et soumettre
deux requêtes. Le président a déclaré
à Omar Khadr que si ses avocats ne suivaient pas
la procédure prévue, il considérerait
qu'Omar Khadr avait renoncé à l'interroger
et à soumettre ses requêtes. Face à
cette forfaiture des droits de leur client, les avocats
de la défense ont alors suivi le déroulement
de la procédure en protestant.
Ce n'est pas la première fois qu'un avocat de la
défense reçoit l'ordre de continuer à
représenter son client malgré lui. Ali Hamza
al Bahlul, ressortissant yéménite jugé
par une commission militaire, a récusé son
avocat militaire à plusieurs reprises et demandé
à se représenter lui-même. Protestant
contre ce refus de son droit à se représenter
lui-même, Ali al Bahlul a boycotté la procédure.
Son avocat militaire a demandé à se retirer,
arguant du désir de son client et de ses obligations
professionnelles et éthiques. L'officier présidant
la commission pour cette affaire a également ordonné
à l'avocat de continuer à représenter
le détenu.
L'officier président a déclaré que
la question des conditions de détention d'Omar Khadr
serait abordée plus tard dans la semaine. Amnesty
International continue d'observer la procédure qui
se déroule à Guantánamo, notamment
dans l'affaire d'Omar Khadr.
Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter
le Service de presse d'Amnesty International à Londres,
au +44 20 7413 5566, ou consulter le site http://www.amnesty.org
Source : http://web.amnesty.org/library/index/fraamr510642006
Hors de portée des radars :
vols secrets, torture et «disparition»
Rapport d'Amnesty International sur les ³transferts
extraordinaires² de la CIA, Londres, 5 avril 2006
Rapport intégral en anglais : http://web.amnesty.org/library/index/engamr510512006
Résumé en français : http://web.amnesty.org/library/index/fraamr510512006
Moussaoui écoute les témoins
du 11-Septembre, ricane et chante
par Alain Salles, Le Monde, 7 avril 2006
Elles sont dans la salle d'audience, enveloppées
dans un drap blanc, comme un linceul. Quand l'ancien maire
de New York, Rudolph Giuliani s'assoit au banc des témoins,
jeudi 6 avril, le procureur David Novak demande de dévoiler
sa première pièce à conviction : une
maquette des tours jumelles du World Trade Center. La reproduction
est placée sur une table à côté
des témoins. Pendant toute la journée, ils
parlent à l'ombre des deux tours disparues. C'est
le début d'une longue série de témoignages
poignants qui plongent la salle et le jury quelques années
en arrière, vers un jour jamais oublié : le
11 septembre 2001.
Avec la deuxième phase du procès de Zacarias
Moussaoui, le Français membre d'Al-Qaida, jugé
passible de la peine de mort, lundi 3 avril, c'est le procès
du 11-Septembre qui commence. "Maintenant, il est temps
pour vous d'entendre ces voix", déclare aux
jurés du tribunal fédéral d'Alexandria
le procureur Robert Spencer. Celles des familles qui viennent
à la barre, celles des victimes qui téléphonent
avant que l'avion ne s'écrase et même la voix
de Mohammed Atta, le chef des pirates de l'air, dont les
instructions au passager ont été enregistrées,
une dizaine de minutes avant qu'il n'atteigne la première
tour : "Nous revenons à l'aéroport, n'essayez
pas de faire de mouvements stupides !"
Rudolph Giuliani retrace son jour le plus long. "Ça
ressemblait à une zone de guerre". Autour du
World Trade Center, il regarde en l'air pour éviter
les débris qui tombent des tours : "C'est alors
que j'ai vu un homme vers le 104e étage." Il
montre avec une règle l'endroit où il a vu
cet homme. "J'ai alors réalisé que je
voyais un homme qui tombait. A peu près là",
ajoute-t-il en désignant sur la maquette l'endroit
où il s'est écrasé. "J'ai vu plusieurs
personnes sauter. Il y en avait deux qui semblaient se donner
la main. C'est une des images qui me revient tous les jours."
Sur les écrans on voit ces corps qui tombent, mais
aussi leur impact sur le sol, plus rarement montré.
L'ancien pompier Anthony Sanseverino est venu parler de
son collègue Danny Suhr, mort le 11 septembre 2001
après avoir reçu un de ces corps sur la tête.
Mais Rudolph Giuliani n'était pas seulement là
pour retracer la journée de l'ancien maire-courage,
devenu aujourd'hui un candidat potentiel du Parti républicain
à l'élection présidentielle de 2008.
Il a raconté une histoire personnelle : celle d'un
pompier, Terence Hutton, qui était le mari de son
assistante, et surtout celle de leur fille "Little
Terrie", née après le 11-Septembre. Le
jour de sa mort, le couple ne savait pas qu'il attendait
un enfant. "C'est une histoire multipliée par
des milliers", commente M. Giuliani.
L'accusation a décidé de raconter quelques-unes
de ces histoires. Quarante-cinq témoins vont venir
à la barre pour témoigner de leur vie brisée.
M. Moussaoui écoute avec attention ces témoignages.
Il prend quelques notes. Plus la journée avance,
moins il rit. Il ricanait le matin, quand son avocat Gerald
Zerkin expliquait, parmi les circonstances atténuantes,
qu'il souffrait de paranoïa schizophrénique.
Il riait encore en regardant les images des avions qui s'écrasent
sur les tours. En sortant pour la première pause,
il a fredonné, en modifiant les paroles de la chanson
de Bruce Springsteen, "Born (né) in the USA"
: "Burn (brûlé) in the USA !"
Le “procès” d’Omar
Khadr à guantanamo : du Grand-Guignol - devant les
cris de l’avocat de la défense, le juge suspend
l’audience
Des cris ont ponctué mercredi à la base américaine
de Guantanamo Bay, à Cuba, les audiences, devant
un tribunal militaire, du Torontois Omar Khadr, accusé
d'avoir tué un soldat américain en Afghanistan.
Le juge et l'avocat de la défense se sont disputés
au sujet de l'absence de règles établies dans
le cadre des procédures. Tôt au cours de l'audience,
Khadr, âgé de 19 ans, a dit vouloir boycotter
les procédures parce qu'il se trouvait en isolement
cellulaire depuis le 30 mars. Le juge, le colonel Robert
Chester, a ensuite réprimandé l'avocat de
la défense, le lieutenant-colonel Colby Vokey, lui
reprochant de ne pas lui avoir fait part plus tôt
de la situation.
Alors que les deux hommes haussaient le ton, M. Vokey a
frappé la table de sa main, et crié qu'il
n'avait pas eu l'occasion de prévenir le magistrat.
"Chaque fois que nous venons ici, il est terriblement
difficile de faire mon travail", a lancé le
lieutenant-colonel Vokey. Le juge Chester a alors suspendu
les procédures.
M. Vokey et le juge ont également eu un échange
de mots au sujet des étapes du procès. Il
s'agit des premiers procès militaires organisés
par les Etats-Unis depuis l'époque de la Seconde
Guerre mondiale, et les procédures ne sont pas claires.
Khadr, qui était âgé de 15 ans au moment
de sa capture, a demandé à être défendu
par un avocat canadien.
Le juge Chester a demandé à M. Vokey s'il
avait déposé un document réclamant
la présence d'un avocat canadien en tant que consultant.
Néanmoins, seuls les avocats qui sont des ressortissants
américains sont autorisés à prendre
directement part aux procédures, et le juge a affirmé
au défenseur de Khadr que même si un document
avait été remis, il n'était pas certain
de détenir le pouvoir de permettre la présence
d'un avocat canadien dans la salle d'audience.
"Il n'y a pas de règles ici", a rétorqué
M. Vokey.
Khadr a été accusé de meurtre, de tentative
de meutre, d'aide à l'ennemi et de complot pour avoir
prétendument lancé une grenade ayant tué
un militaire américain, tandis qu'il combattait aux
côtés des Talibans en Afghanistan, mais aussi
pour avoir posé des mines visant les convois américains.
Il avait lu une déclaration à l’ouverture
de l’audience, déclarant : «Je boycotterai
ces procédures jusqu'à ce que je sois traité
humainement et avec justice».
Les audiences ont repris depuis mardi pour répondre
aux critiques contestant la légitimité des
détentions des quelque 490 prisonniers qui y sont
enfermés. Seuls 10 ont été jusqu'à
présent formellement accusés, quatre ans après
l'installation de la prison par l'armée américaine.
Mardi, un Afghan accusé d'attaque à la grenade
sur des journalistes étrangers en 2002 en Afghanistan
avait comparu devant le tribunal militaire d'exception,
lors d'une audience préliminaire.
Abdul Zahir, accusé d’avoir été
chargé de transporter de l'argent pour le réseau
Al Qaïda, est accusé d'avoir lancé une
grenade en mars 2002 sur une voiture où se trouvait
des journalistes étrangers, dont la Canadienne Kathleen
Kenna du Toronto Star qui a été blessée
à la jambe.
Source : Presse canadienne & AFP, 5 avril 2005
Un ancien d’Afghanistan condamné
à 46 ans d’emprisonnement à Tunis
Le tribunal militaire de Tunis a condamné à
une peine de 46 ans d’emprisonnement le citoyen Saïfallah
Ben Hassine pour appartenance à une organisation
terroriste opérant à l’étranger
en temps de paix et incitation à la haine, et ce,
à la suite de son voyage en Afghanistan en 2000 où
il était resté pendant la guerre menée
par les Américains contre le régime des Talibans.
Les forces de sécurités turques avaient livré
Ben Hassine aux autorités tunisiennes, après
l’avoir arrêté en territoire turc où
il s’était fixé suite à son départ
d’Afghanistan, consécutif à la chute
du régime des Talibans.
Ben Hassine a nié devant la commission du tribunal
appartenir à l’organisation Al Qaïda ou
à une quelconque organisation terroriste, bien qu’il
eut avoué avoir rencontré son chef, Oussama
Ben Laden et son second, Aymen Zouahaïri. L’accusé
a dit avoir été soumis à une torture
féroce dans les postes de police, et que tous ses
aveux consignés dans les procès verbaux lui
avaient été arrachés par la force et
la contrainte.
On se rappelle que le tribunal l’avait déjà
condamné à une peine d’emprisonnement
de 22 ans pour des faits similaires, ce qui porte sa peine
à 68 ans.
Le procès de Ben Hassine repose sur la loi «
de lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent
» promulguée par le gouvernement tunisien en
décembre 2003, loi combattue par toutes les organisations
de droits de l’homme qui la considèrent dangereuse,
contenant des articles d’exception, limitant le champ
d’action des avocats, et réduisant les conditions
d’un procès équitable.
Commentant ce jugement, Maitre Abderraouf Ayadi a considéré
dans une déclaration à Al Jazeera qu’il
s’agissait d’un jugement politique dont l’objectif
était de mettre son client au supplice en le condamnant
trois fois pour les mêmes faits, contrevenant ainsi
à la loi qui prévoit la jonction des affaires,
en d’autres termes qu’on ne peut être
jugé qu’une seule fois pour un même crime.
Source : aljazeera.net, 26 mars 2006. Traduit de l’arabe
par LT
Zacarias Moussaoui risque d'être
condamné à l'injection mortelle
Le Français Zacarias Moussaoui, 37 ans, est passible
de la peine de mort pour complicité avec les auteurs
des attentats du 11-Septembre, a décidé lundi
son jury au tribunal fédéral d'Alexandria
(Virginie, est).
Le procès, qui va reprendre jeudi, doit désormais
se poursuivre avec l'examen de circonstances aggravantes
- notamment la souffrance des victimes - ou atténuantes,
comme l'enfance difficile et la santé mentale de
Moussaoui.
"Vous n'aurez jamais mon sang! Que Dieu vous maudisse
tous!", a crié Zacarias Moussaoui après
la lecture de ce texte, alors que la juge Leonie Brinkema
et les jurés avaient déjà quitté
la salle d'audience.
La lecture de la décision des jurés a été
faite par la juge peu après 16h00 (20h00 GMT), devant
une salle plongée dans un silence solennel, en présence
de plusieurs hauts responsables du ministère américain
de la Justice.
Moussaoui est resté immobile, se limitant à
murmurer dans sa longue barbe noire. Les jurés n'ont
pas semblé le regarder.
Pour les neuf hommes et trois femmes qui forment le jury,
Moussaoui a causé "directement" la mort
d'au moins une des quelque 3.000 victimes des attentats
en ayant menti lors de son arrestation en 2001 et permis
ainsi, comme l'affirme l'accusation, que ses "frères
d'Al-Qaïda" réussissent les attentats.
A l'issue de la seconde phase du procès, les jurés
décideront si oui ou non le Français doit
être condamné à l'injection mortelle.
S'il n'est pas condamné à mort, il sera condamné
à la prison à vie, en raison de sa reconnaissance
de culpabilité.
Depuis le début de son procès le 6 février,
Moussaoui n'a guère fait d'éclat à
l'exception de sa prise de parole le 27 mars.
"J'ai finalement eu la chance de voir le World Trade
Center s'effondrer. En un mot: splendide. J'étais
ravi". Moussaoui a écrit ces mots le 12 août
2002 et n'a pas hésité à les confirmer
lors de sa déposition. "Vous étiez ravi?",
lui a demandé le procureur Robert Spencer. "Parfaitement",
avait répondu le Français.
Il a ajouté ce jour-là ce qu'il avait toujours
nié: qu'il devait participer aux attentats du 11-Septembre
en lançant un avion contre la Maison Blanche. Et,
avec ces déclarations froides, il a mis en pièces
les arguments de sa défense et déroulé
un tapis rouge pour ses accusateurs.
Le Français, a-t-on appris à l'audience, a
été au contact des "hautes sphères"
du terrorisme islamiste international dont Oussama ben Laden
et Khalid Cheikh Mohammed, cerveau présumé
des attentats du 11-Septembre.
Mais Cheikh Mohammed l'avait décrit comme étant
un apprenti terroriste maladroit, jamais impliqué
dans les attentats du 11-Septembre et peu digne de confiance.
Ses avocats ont aussi tenté sans succès de
convaincre les jurés que l'on ne pourrait "jamais"
savoir si les attentats auraient pu être évités
avec des aveux de Moussaoui.
Après la lecture de la décision, le ministère
de la Justice s'est félicité: "Nos efforts
au nom des victimes du 11-Septembre continueront avec la
prochaine phase du procès" a déclaré
la responsable de la communication Tasia Scolinos.
"Je pense que Moussaoui mérite la mort. C'est
difficile à décrire, je croyais que je serai
ravi mais ce n'est pas le cas. Je suis désolé
pour lui", a réagi Abraham Scott, qui a perdu
dans les attentats sa femme Janice, employée au Pentagone.
Le chef de la majorité républicaine au Sénat
Bill Frist a salué "le pouvoir libérateur
de la justice et de l'Etat de droit", armes "précieuses"
selon lui contre le terrorisme.
Un ancien membre, démocrate, de la commission nationale
d'enquête sur les attentats, Tim Roemer, a lui estimé
que les procureurs s'étaient montrés convaincants,
ajoutant que le procès prouvait que le système
judiciaire pouvait se montrer efficace pour lutter contre
le terrorisme.
François Roux, avocat français de Moussaoui,
a pour sa part promis que sa défense ferait "tout"
pour lui éviter une condamnation à mort.
Source : AFP, 4 avril 2006
Le Pentagone rend public de nouveaux
documents sur Guantanamo
Le Pentagone a décidé de rendre public 2.600
pages de documents concernant les prisonniers de Guantanamo
après avoir déjà publié 5.000
pages il y a un mois, a déclaré lundi un porte-parole
du ministère américain de la Défense.
Avec la publication de ces nouveaux documents, les noms
de tous les 490 prisonniers actuellement tenus au centre
de détention militaire de Guantanamo, sur l'île
de Cuba, auront été rendus public, a ajouté
ce porte-parole, Bryan Whitman.
Ces 2600 pages sont des comptes-rendus d'auditions de commissions
d'examen du statut d'«ennemi combattant» des
prisonniers qui se sont déroulées après
juin 2005 et des documents rédigés par les
défenseurs des détenus.
Les commissions d'examen du statut d'«ennemi combattant»
ont été mises en place à Guantanamo
pour déterminer si les prisonniers représentent
encore une menace pour les États-Unis et un intérêt
en matière de renseignement.
Début mars, après en avoir reçu l'ordre
par un juge fédéral de New York, le Pentagone
avait rendu public 5000 pages de comptes-rendus où
apparaissaient pour la première fois le nom et la
nationalité de centaines de prisonniers de Guantanamo.
Selon M. Whitman, le ministère de la Défense
a jugé prudent de rendre public de sa propre initiative
le reste des documents même s'il n'était pas
obligé de le faire.
Le camp de Guantanamo a été ouvert en janvier
2002. Les détenus, originaires d'une trentaine de
pays, ont été capturés pour la plupart
en Afghanistan à l'automne 2001.
Source : AFP, 3 avril 2006
La Cour suprême US refuse
d'examiner la détention sans inculpation de José
Padilla
La Cour suprême américaine a refusé
lundi par 6 voix contre 3 de se saisir du cas de l'Américain
Jose Padilla, soupçonné de terrorisme et détenu
pendant trois ans sans inculpation au nom des pouvoirs «de
guerre» du président George W. Bush.
Alors que les juges ne commentent d'ordinaire pas leur choix
de se saisir ou non d'une affaire, trois des neuf sages
ont expliqué que l'affaire soulevait «des questions
fondamentales sur la séparation des pouvoirs»,
mais que la saisine de la Cour n'aurait pas d'effet à
cette étape de la procédure.
Jose Padilla, 35 ans, est aujourd'hui détenu en attente
d'un jugement civil, et une décision de la Cour en
sa faveur serait sans effet sur son incarcération
actuelle, fait valoir un texte du juge Anthony Kennedy,
signé par les juges John Roberts et John Paul Stevens.
Les avocats de Jose Padilla, New-Yorkais d'origine porto-ricaine
converti à l'islam et un temps accusé d'avoir
cherché à fabriquer une bombe radiologique,
avaient déposé en décembre une requête
devant la Cour lui demandant d'examiner l'affaire.
Ils souhaitaient que la plus haute juridiction américaine
se prononce sur la légalité de sa détention
sans inculpation pendant trois ans, détention que
le gouvernement justifiait en qualifiant le détenu
de «combattant ennemi», le statut des prisonniers
de Guantanamo.
Cette longue détention d'un citoyen américain,
sans accès à un juge et pendant longtemps
sans accès à un avocat, découlait selon
le gouvernement des pouvoirs élargis dont dispose
George W. Bush, président d'un pays en «état
de guerre» permanent contre Al-Qaeda et le terrorisme.
«La détention de Padilla comme +ennemi combattant+
(...) soulève des questions d'une importance profondément
constitutionnelle concernant le pouvoir militaire du gouvernement
sur les citoyens sur le territoire américain»,
avaient écrit les avocats de Padilla en demandant
à la Cour de se saisir de l'affaire pour éviter
le «danger d'un exécutif hors de contrôle».
Pour le gouvernement, la Cour suprême n'avait aucune
raison de se saisir de l'affaire dans la mesure où
Padilla a obtenu gain de cause le jour où il a été
inculpé.
Jose Padilla, qui se fait aussi appeler Abdullah al-Mujahir,
a été interpellé à Chicago (Illinois,
nord) en mai 2002 par le FBI (police fédérale)
alors qu'il revenait du Pakistan. Détenu plusieurs
années dans une prison militaire, il a finalement
été inculpé en novembre devant la justice
civile pour son appartenance à une cellule terroriste
à l'étranger.
L'acte d'accusation ne mentionne pas la présumée
tentative d'attentat à la «bombe sale»,
qui avait été citée pour justifier
sa longue détention dans une prison militaire, sur
laquelle les avocats de Padilla souhaitaient que la Cour
suprême prononce.
Ancien membre d'un gang de Chicago, Jose Padilla a été
transféré en janvier dans un centre de détention
civil à Miami (Floride, sud-est). Il a plaidé
non coupable et doit comparaître dans quelques mois
devant le tribunal fédéral de Miami.
«Nous sommes de toute évidence déçus»,
a déclaré à l'AFP Andrew Patel, avocat
de Jose Padilla, tout en estimant que les juges avaient
lancé un avertissement clair: «Ils suivent
l'affaire, et si le gouvernement décidait de recommencer,
cela ne leur prendra pas quatre ans» pour se prononcer.
Source : AFP, 3 avril 2006
L’étrange aventure
de Nizar Sassi
par Fausto Giudice, 2 avril 2006
Nizar Sassi est ce que les Américains appellent un
“home boy”, un “gars du quartier”:
un petit gars de la banlieue lyonnaise la plus célèbre
du monde, les Minguettes, où il a passé la
quasi-totalité de ses vingt-sept années de
vie. Ce fils d’un ouvrier immigré tunisien
analphabète aurait pu se retrouver sous l’uniforme
comme militaire ou policier, car sa grande passion, c’était
les armes à feu. Mais la perspective de s’engager
dans l’armée pour trois ans l’avait découragé
et pour ce qui est d’entrer dans la police, il a raté
son coup. Ce garçon banal qui n’avait aucune
passion politique ou religieuse s’est retrouvé
embarqué dans une étrange aventure par un
concours de circonstances. Il rencontre à la mosquée
un gars qui est le frère d’un ami. Le gars
le recrute et voici Nizar embarqué dans ce qui deviendra
une odyssée, ensemble avec son ami Mourad Benchellali.
Cette odyssée le conduira de Londres au Pakistan
et de là en Afghanistan, pour finir à Guantanamo,
où il a été détenu pendant trente
mois, avant d’être rapatrié en France
et d’y passser un an et demi en détention préventive,
pour être remis en liberté en janvier 2006.
Il vient de raconter cette étrange aventure dans
un livre écrit avec Guy Benhamou, Prisonnier 325,
Camp Delta, De Vénissieux à Guantanamo, aux
éditions Denoël.
Le récit de Sassi et Benhamou est simple et linéaire.
Il ne contient aucune révélation explosive
et quelques petites erreurs factuelles, sans doute dues
aux conditions de la production de livres à notre
époque. Ainsi, Youssef Yee, l’aumônier
musulman de Guantanamo, n’est pas, comme ils l’écrivent
“d’origine indonésienne”, mais
chinoise.
Nizar n’est pas un jihadiste, à peine un Musulman
pratiquant. Il ne parle pas l’arabe - ni l’anglais.
Il n’apprend qu’il fait partie d’Al Qaïda
qu’après le 11 septembre 2001, dont il suit
les retombées par Rado France internationale, sur
la petite radio qu’il s’est acheté juste
avant les “événements”. Il est
alors depuis plusieurs semaines dans le camp d’entrâinement
militaire Al Farouq, près de Kandahar, où
il s’initie péniblement au maniement des armes
et à la lutte armée, sous les ordres d’un
instructeur iraquien, dont il ne comprend même pas
les explications, données en arabe. Ce camp Al Farouq
où sont passés tous les jeunes gens recrutés
par le réseau dont le centre était la mosquée
londonienne de Finsbury Park, dirigée par le fameux
“imam crochet”, Abou Hamza El Masri.
Début décembre 2001, Nizar et ses compagnons
sont évacués vers le Pakistan. Ils passent
quelques semaines à se terrer dans les montagnes
de Tora Bora, pilonnées par l’aviation US,
puis, une fois arrivés au Pakistan, ils sont livrés
à l’armée, qui les remet aux US. Emprisonné
à Kandahar, il est dans le premier lot livré
à Guantanamo en janvier 2002.
Le récit sur le séjour à Guantanamo
- que Nizar appelle ironiquement sa “villégiature
cubaine” - est, disons, minimaliste et ne fait que
confirmer tous les autres témoiganges déjà
rendus publics. Une particularité dans le récit
de Nizar : les quelques rencontres humaines qu’il
a faites durant son enfermement. Avec Hamza, l’aumônier
musulman auquel succèdera Youssef Yee, avec Eke,
un jeune d’origine turque chargé de la “bibliohèque”
du camp et avec un soldat noir qui vient le voir après
le boulot pour discuter avec lui. Le reste est connu : les
tabassages, les humiliations, les interrogatoires épuisants
et stériles, la solidarité des détenus
et leurs combats d’autodéfense. Extrait :
«Pas un jour ne passe sans que que les incidents éclatent
entre détenus et gardiens. Lorsqu’un détenu,
pour une raison ou une autre, refsue de sortir de sa cage,
le Américains font entrer les chiens. D’autres
fois, pour venir à bout d’un récalcitrant,
ils arrievnt à cinq géants, en tenue de combat.
Casqués, vêtus de gilets pare-balles, équipés
de genouillères noires et de boucliers, ils commencent
par asperger le détenu de gaz lacrymogène
à travers le grillage. Puis ils ouvrent la porte,
se jettent sur le type en le coinçant avec un bouclier
contre la paroi. Après, c’est la dérouillée
générale. Le gars est frappé, mis à
terre, ligoté et traîné dehors. Le tout
sous les cris et les hurlements des autres détenus.
Ce genre d’exaction donne évidemment lieu à
des mesures de rétorsion. Des vengeances à
hauteur de nos moyens. Il y a le crachat, le lancer de seau
d’eau, les jets d’urine et les tirs d’excréments
au passage des gardiens. Terribles, mais pas sans risques
pour les compagnons de cellule qui font face au tireur.
Les erreurs de trajectoire ont des conséquences assez
déplaisantes.
Plus pacifique, mais très pénalisant, les
confettis. On récupère les assiettes et les
gobelets en palstique des plateaux repas, on les découpe
en mille morceaux et, quelques minutes avant la relève,
on répand le tout dans l’allée centrale.
Quand on veut vraiment être plus vaches encore, on
enduit les débris avec de la pâte dentifrice,
de façon qu’ils collent au sol. Pour les gradiens,
c’est la corvée assurée. leur service
est terminé, mais ils n’ont pas le droit de
laisser les lieux dans cet état. C’est le règlement.
Alors ils sont obligés de fare des heures sup et
de tout nettoyer, sous nos quolibets. »
Finalement, en juillet 2004, Nizar et trois autres détenus
français seront rapatriés en France, suivis
en mars 2005 par les trois derniers. Tous, sauf un, seront
à nouveau emprisonnés, mais, comme l’écrit
Nizar, la prison en France, après Kandahar et Guantanamo,
c’est “la liberté”.
On referme ce livre avec la conviction que Nizar a suffisamment
payé pour cette “erreur de jeunesse”,
due à un mélange d’inconscience et d’esprit
d’aventure. Puissent les juges français qui
auront à le juger prochainement partager cette conviction.
Nizar Sassi, avec la collaboration de Guy Benhamou, Prisonnier
325, Camp Delta, De Vénissieux à Guantanamo,
éditions Denoël, mars 2006, 215 ages, 17 €
Le procès surréaliste
de Zacarias Moussaoui entre les mains des jurés
Les jurés au procès de Zacarias Moussaoui
reprendront lundi leur délibération pour décider
s'il est passible de la peine de mort après des audiences
surréalistes où un témoin de l'accusation
a aidé la défense, tandis que le prévenu
témoignait pour ses accusateurs.
Tout dans ce procès, dont les débats au fond
ont commencé le 6 mars au tribunal fédéral
d'Alexandria (Virginie, est), non loin de Washington, est
hors norme: la construction intellectuelle de départ,
avec un accusé qui risque la peine de mort pour avoir
"menti" et protégé ainsi ses "frères
d'Al-Qaïda", qui ont perpétré les
attentats du 11-Septembre.
Et surtout, Moussaoui. Le Français a offert dès
le 8 mars une tranche d'absurde aux jurés, lorsqu'ils
ont assisté à la diffusion vidéo de
l'interrogatoire d'un témoin à charge qu'il
a mené en 2002, alors qu'il assurait sa propre défense.
Faiz Abou Bakar Bafana, membre de l'organisation affiliée
à Al-Qaïda Jemaah Islamiyah (JI) l'avait mis
en cause, affirmant qu'un certain "John" ressemblant
comme deux gouttes d'eau à Moussaoui lui avait dit
qu'il "rêvait de lancer un avion contre la Maison
Blanche".
"Comment identifiez-vous ce John?", l'a interrogé
Moussaoui. "Il est exactement comme vous", a répondu
le détenu de Singapour. A l'écran, Moussaoui,
mauvais avocat, poursuit: "Vous vous référez
à moi ?". "Oui". "Etes-vous sûr?"
(...) "C'est vous !".
Puis, presque quatre ans plus tard, lundi, l'accusé
a offert cette fois volontairement un blanc-seing à
l'accusation pour convaincre les jurés de le considérer
passible de la peine de mort.
Il a affirmé sans ciller qu'il devait piloter lui-même
un avion et le projeter contre la Maison Blanche le 11-Septembre,
ce qu'il avait toujours nié auparavant, affirmant
qu'il devait participer à une opération ultérieure.
Il a dit qu'il savait à l'époque que les attentats,
dont il s'était réjoui, viseraient les tours
jumelles.
Ce sont ensuite les procureurs qui ont alimenté l'absurde:
après avoir avoir sans relâche argumenté
que le Français reconnu coupable de complicité
avec les auteurs des attentats du 11-Septembre devait mourir
pour ses "mensonges meurtriers", ils ont imploré
les jurés de le croire lorsqu'il a affirmé
qu'il devait participer aux attentats.
Dans un éditorial publié vendredi, le Washington
Post évoque l'étrange consensus entre les
procureurs et l'accusé et la tâche "peu
enviable (des jurés) de trier dans cette affaire
ce qui relève de la confession réelle et des
fanfaronnades chimériques".
Les neuf hommes et trois femmes du jury, qui reprendront
lundi leur délibération, doivent aussi examiner
le témoignage de l'agent Harry Samit du FBI (police
fédérale), un des témoins phare de
l'accusation devenu précieux pour la défense.
L'agent, un petit homme trapu au regard vif, était
venu raconter les "mensonges" de Moussaoui pour
aider les procureurs à prouver que si ce dernier
n'avait pas nié être un terroriste lors de
son arrestation le 16 août 2001 pour un visa périmé,
les attentats auraient pu être en au moins en partie
évités.
Les avocats de la défense n'ont pourtant fait qu'une
bouchée du policier, qui ne souhaitait pas coopérer
avec eux, mais n'a pu qu'admettre qu'il avait à 70
reprises qualifié Zacarias Moussaoui de terroriste
en puissance planifiant peut-être de détourner
un avion, dans des rapports à sa hiérarchie
qui ont été ignorés.
La défense cherche à prouver que les attentats
n'auraient pu être évités, même
si Moussaoui avait parlé, car la lutte antiterroriste
américaine était pendant l'été
2001 structurellement inefficace.
Source : AFP, 1er avril 2006
Moussaoui contredit par des membres
d'Al Qaïda en détention
Des membres d'Al Qaïda détenus par les Américains
ont contredit les allégations formulées la
veille à son procès par Zacarias Moussaoui
en affirmant qu'il n'était pas fiable et qu'il n'était
pas impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001
aux États-Unis.
Le Français d'origine marocaine, seule personne
à avoir été inculpée aux États-Unis
d'implication dans les attentats du 11 septembre, avait
affirmé lundi que, s'il n'avait pas été
interpellé plus tôt, il aurait dû participer
à ces attentats à bord d'un cinquième
avion lancé contre la Maison blanche.
La plupart des témoignages des détenus ont
été lus au tribunal, les autorités
américaines ayant exclu qu'ils viennent témoigner
à la barre pour des raisons de sécurité
nationale. La plupart d'entre eux ont contesté la
compétence de Moussaoui et l'homme présenté
comme le financier des attentats du 11 septembre a dit n'avoir
aucun lien avec lui.
Moussaoui plaide coupable d'implication dans les attentats
qui ont fait quelque 3.000 morts à New York et Washington.
Le tribunal doit se prononcer sur son éventuelle
condamnation à mort.
S'efforçant d'atténuer les effets dévastateurs
des propos tenus la veille par Moussaoui, la défense
a présenté une déclaration de Sayf
al Adl, un responsable de la commission militaire d'Al Qaïda,
qui a dit qu'il n'était "absolument pas"
question que le Français participe à la mission
du 11 septembre.
Mustafa al Haoussaoui, le financier qui a donné
à plusieurs pirates de l'air leur billet d'avion
pour les États-Unis, a dit n'avoir "aucune connaissance"
des transactions financières de Moussaoui.
"EXASPÉRANT"
Un autre membre d'Al Qaïda, du nom de Khallad, a accusé
Moussaoui d'avoir enfreint les règles de sécurité
en lui téléphonant quotidiennement pendant
un voyage en Malaisie, en 2000.
Khallad, qui était impliqué dans les attentats
d'août 1998 contre les ambassades des États-Unis
à Nairobi et Dar-es-Salaam, et a été
le "cerveau" de l'attaque du contre-torpilleur
américain "USS Cole", en 2000 dans le port
d'Aden, a finalement été contraint d'éteindre
son téléphone.
Le témoignage de Riduan Isamuddin, mieux connu sous
le nom de Hambali, dirigeant de la Jemaah Islamiah, groupe
asiatique lié à Al Qaïda, accuse Moussaoui
"de n'être pas une lumière et d'avoir
mauvais caractère".
"Selon Hambali, Moussaoui réussissait à
exaspérer tout qui entrait en contact avec lui",
dit le témoignage, ajoutant que Hambali ne faisait
pas confiance à Moussaoui.
Moussaoui ne cessait de parler de rêves qu'il avait
de précipiter un avion sur la Maison blanche. Il
proposait aussi constamment des opérations jugées
"ridicules" par les membres du Jemmah Islamiah,
ajoute le témoignage.
Hambali a expliqué qu'il avait finalement offert
à Moussaoui un billet d'avion pour l'Europe afin
de lui faire quitter la Malaisie.
Moussaoui a reconnu lundi avoir eu des problèmes
en Malaisie, mais il a assuré qu'Oussama ben Laden
avait dit qu'il pouvait néanmoins participer aux
détournements d'avion.
Le Français, arrêté le 16 août
2001, a dit qu'il n'avait pas beaucoup de précisions
sur ce complot mais qu'il savait qu'il aurait à précipiter
un avion sur la Maison blanche et que les tours jumelles
du World Trade Center seraient aussi prises pour cibles.
L'an dernier, lorsqu'il a plaidé coupable de conspiration
dans le cadre des attentats, Moussaoui a dit qu'il aurait
dû faire partie d'une seconde vague d'attentats.
Source : AFP, 28 mars 2006
La première conférence
des avocats d’Algérie : «Il faut fermer
Guantanamo»
par Abdelkader HARICHANE, L'_Expression,
29 mars 2006
«La première Conférence des avocats
d’Algérie, réunie les 23 et 24 mars
2006 à Club des Pins - Alger, élargie aux
membres du Collectif historique des avocats du FLN, lance
un appel à tous les avocats du monde afin qu’ils
puissent obtenir la fermeture de tous les lieux de détention
ou de rétention tel que Guantanamo, où les
personnes sont privées de la protection des lois
nationales et internationales», indique un communiqué
de l’Unba rendu public hier. «Les avocats sont
appelés à agir auprès de leurs gouvernements
et des instances internationales pour exiger le respect
des conventions internationales contre la torture et les
traitements inhumains et dégradants», ajoute-t-on.
La Conférence a décidé la création
d’un secrétariat permanent dont le siège
est fixé à Alger. Le «Collectif»
des avocats du FLN est connu pour avoir défié
la partialité de la justice coloniale en portant
l’affaire algérienne sur l’arène
internationale, rappelle-t-on. Me Abdelmadjid Selini a estimé
que «ces espaces de non-droit doivent être fermés»,
lors d’une conférence de presse qu’il
a animée hier au Forum d’El Moudjahid à
Alger. Cet appel donne également la possibilité
aux avocats du monde à défendre les personnes
détenues arbitrairement par la plus grande puissance
militaire, explique-t-il actuellement, une délégation
officielle algérienne, constituée de représentants
des Affaires étrangères, de la Justice et
de la Défense, «s’est déplacée
entre le 12 et le 18 mars, à la base américaine
de Guantanamo, pour s’entretenir avec les détenus
algériens». Il s’agit de 26 Algériens
détenus au camp Delta dont 6 ont été
arrêtés en Bosnie, 1 en Géorgie et les
autres au Pakistan et en Afghanistan, précise-t-on.
Auparavant, un député d’El Islah avait
émis le voeu d’aller à Guantanamo pour
rencontrer les détenus algériens. Il avait
même tenu une conférence de presse en ce sens.
Mais on ne sait s’il s’y est rendu ou pas. Me
Selini, président de l’Union nationale des
barreaux d’Algérie (Unba), a fait le point
hier sur la première «journée nationale
de l’avocat et des droits de la défense»
qui a coïncidé avec l’anniversaire de
l’assassinat de Ali Boumendjel, le 23 mars 1957, suite
à une torture atroce qui a duré 43 jours,
rappelle-t-il en ayant une pensée à sa mémoire.
L’intervenant a souligné l’importance
du discours du président Bouteflika, prononcé
le jour de l’ouverture des travaux de la conférence,
qui reflète «une connaissance approfondie de
la profession».
Les recommandations de la Conférence insistent sur
la révision du statut de l’avocat, selon le
projet proposé par l’Union, la création
d’un institut pour former des avocats, la rédaction
d’une charte de l’éthique et de déontologie
commune entre les avocats et les magistrats, la création
d’une commission de suivi de la réforme de
la justice, la libération des juges des contraintes
du nombre d’affaires à traiter sans donner
le temps à l’avocat d’étudier
son dossier, l’abolition de la peine de mort, la révision
du système fiscal pour l’avocat et enfin «l’engagement
de l’avocat à prendre en charge et à
présenter son aide pour concrétiser les objectifs
de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale».
Les dérives de Bush à
Guantanamo devant les juges de la Cour suprême
par Corine Lesnes, Le Monde, 29 mars 2006
Compte tenu de son caractère "historique",
la Cour suprême a alloué 90 minutes à
l'affaire, fait rarissime pour une instance qui n'en consacre
que 60 à chacun des 90 cas dont elle accepte de se
charger chaque année sur les 8 000 qui lui sont soumis.
Elle a jugé, mardi 28 mars, l'affaire "Hamdan
versus Rumsfeld" : l'ex-chauffeur d'Oussama Ben Laden,
Salim Ahmed Hamdan, détenu à Guantanamo, contre
le secrétaire américain à la défense,
Donald Rumsfeld. L'enjeu n'est pas mince. "Il s'agit
de la répartition des pouvoirs entre le président,
le Congrès et la justice fédérale pour
ce qui concerne la guerre antiterroriste", commente
le National Law Journal.
Une chaise est vide. Le juge John Roberts s'est récusé.
Alors qu'il n'était pas encore président de
la Cour, il a statué en appel sur cette affaire.
Ils ne sont donc que huit, assis devant les immenses rideaux
rouges. A la dernière minute, l'hypothèse
a couru qu'Antonin Scalia, le juge le plus conservateur,
pourrait avoir à se récuser. Devant des étudiants
suisses, il avait tenu le 8 mars un discours mentionnant
que son fils avait servi en Irak.
Il faudrait être "fou", avait-il ajouté,
pour accorder aux terroristes des droits équivalents
à ceux de la justice civile. Six anciens officiers
ont demandé son retrait, mais il n'en a rien fait.
Détenu à Guantanamo depuis 2002, Salim Ahmed
Hamdan devait être l'un des premiers à comparaître
devant les commissions militaires, sortes de cours martiales
à moindres garanties mises en place sur ordre du
président George Bush le 13 novembre 2001. Le procès
n'a jamais abouti, pas plus que celui des neuf autres "ennemis
combattants" désignés par la Maison Blanche
- parmi les 490 prisonniers - pour passer en justice.
Les avocats de Salim Hamdan contestent la légalité
des commissions militaires. Et plus généralement
la constitutionnalité des pouvoirs pris par le président
Bush depuis le 11 septembre 2001. "Nous sommes tous
d'accord. Il faut de nouvelles règles. La question,
c'est qui doit les écrire. Cela ne peut pas être
le président", a déclaré, à
la veille de l'audience, le commandant Charles Swift, l'avocat
militaire commis d'office. Tous les cercles de réflexion
du pays attendent de voir comment va statuer la Cour. Le
procès est présenté comme le plus important
depuis le cas "Rasul vs Bush", qui a permis aux
prisonniers de contester leur détention devant les
tribunaux fédéraux, en juin 2004.
Après cette décision, les tribunaux ont été
envahis de recours. Plus de 300 avocats, autoproclamés
"barreau de Guantanamo", se sont occupés
bénévolement de la défense des détenus.
Fin décembre 2005, le Congrès s'est soudain
mêlé de la question. Il a voté une loi
sur le traitement des prisonniers ("Detainee Treatment
Act"), qui interdit la torture (amendement McCain)
mais qui retire aussi aux prisonniers ce droit de recours
en habeas corpus, un fondement du système judiciaire
anglo-saxon. Les détenus n'auraient plus qu'un recours
a posteriori contre leur condamnation.
Depuis, le système est paralysé. Que faire
de la centaine de recours ? Le gouvernement a demandé
à tous les tribunaux de s'en dessaisir. C'est aussi
cela que la Cour est appelée à démêler.
"Ce serait de la part du Congrès un acte extraordinaire"
que de mettre en cause l'autorité de cette Cour,
remarque la juge Ruth Bader Ginsburg.
SILENCE PARFAIT
Dans la salle, des ambassadeurs accompagnés de leur
épouse, des militaires en grand uniforme. Le ministre
de la justice, Alberto Gonzales, est là. Selon la
tradition, le public est autorisé à venir
s'asseoir pendant trois minutes derrière les colonnes
du fond de la salle, avant d'être reconduit dans un
silence parfait par les appariteurs.
S'ils lèvent les yeux, les spectateurs peuvent apercevoir
une frise de marbre représentant les Pères
de la loi : Moïse, Confucius, Hammourabi, Napoléon
et Mahomet, armé d'une épée. Cette
représentation du Prophète n'a pas échappé
à l'association CAIR (Council on American-Islamic
Relations), qui défend les musulmans. Il y a dix
ans, elle avait demandé sa suppression, mais le juge
Rehnquist, qui présidait alors la Cour, avait répondu
qu'il serait "illégal de retirer ou d'attenter
à un trait architectural de la Cour suprême".
Chaque avocat a droit à 45 minutes. A peine a-t-il
commencé son exposé qu'il est interrompu.
Le juge Scalia et le juge Breyer, son alter ego de gauche,
un francophone distingué, se renvoient la balle par
questions interposées. Le juge Clarence Thomas, renversé
dans son fauteuil de cuir noir, ne dit pas un mot, comme
à son habitude.
C'est une sorte de grand oral, pointilliste et érudit.
On dissèque l'épisode de 1780, lorsque George
Washington avait rassemblé un groupe d'officiers
généraux pour juger le major britannique John
André, accusé d'espionnage. Cela avait été
la première commission militaire, affirme l'avocat
général du gouvernement, Paul Clement, la
preuve de leur légitimité, même si elles
n'ont pas été utilisées depuis le procès
de 1942 contre huit saboteurs nazis.
Le défenseur du gouvernement passe un mauvais moment
quand il tente d'expliquer à une Cour qui veille
jalousement sur l'habeas corpus que le Congrès n'a,
en fait, pas voulu suspendre cette disposition, même
si sa décision en a tout l'air. "Vous nous dites
que le Congrès aurait pu suspendre l'habeas corpus
par inadvertance ?", s'étonne le juge David
Souter.
Son collègue Stephen Breyer résume l'accusation
: "Vous nous parlez de guerre contre le terrorisme,
mais ce n'est pas une guerre, au moins pas une guerre ordinaire.
Ce n'est pas un tribunal de crimes de guerre : il n'y a
pas d'urgence, pas de champ de bataille, la justice civile
fonctionne, aucun officier ne l'a réclamé.
Si le président peut faire tout cela, alors il peut
aller à Toledo (Ohio), mettre en place une commission
militaire, choisir un étranger et le juger devant
cette commission spéciale", déclare-t-il.
La décision n'est pas attendue avant juillet.
Moussaoui dit qu'il devait attaquer
la Maison Blanche le 11 septembre 2001
Le Français Zacarias Moussaoui a affirmé lundi
à son procès aux Etats-Unis qu'Oussama ben
Laden lui avait demandé d'attaquer avec un avion
la Maison Blanche, le 11 septembre 2001, mettant en pièces
les arguments de sa défense visant à lui éviter
la mort.
Interrogé par son avocat, Gerald Zerkin, pour savoir
s'il devait participer aux attentats de 2001, Moussaoui,
37 ans, qui a plaidé coupable de complicité
avec les auteurs des attentats, a répondu en anglais:
"Oui (...) Je devais projeter un avion sur la Maison
Blanche".
L'avocat, contraint par le détenu à lui poser
certaines questions, lui a demandé qui lui avait
donné un tel ordre: "Oussama ben Laden",
a-t-il dit.
"L'un des membres définitifs de mon équipe
était Richard Reid", a-t-il aussi indiqué.
Ce Britannique qui avait tenté de faire exploser
sa chaussure piégée à bord d'un vol
Paris-Miami, le 22 décembre 2001, purge une peine
de prison à vie aux Etats-Unis.
Moussaoui a aussi précisé qu'il savait que
les attentats auraient lieu "après le mois d'août"
2001 et qu'il avait guetté les informations dans
la prison où il était détenu pour un
visa périmé: "Lorsque j'ai vu le World
Trade Center en flammes, j'ai immédiatement su".
Inculpé en décembre 2001 et jugé depuis
le 6 février au tribunal fédéral d'Alexandria
(est) pour complicité, Moussaoui avait jusqu'à
présent déclaré qu'il savait qu'Al-Qaïda
prévoyait "de projeter des avions contre des
immeubles des Etats-Unis", mais que son opération
contre la Maison blanche devait avoir lieu plus tard.
Le détenu, interrogé ensuite par le procureur
Robert Spencer, a reconnu qu'il s'était réjoui
de la mort de citoyens américains le 11-Septembre,
et qu'il avait menti à la police fédérale
afin de ne pas compromettre le déroulement des attentats.
Le procureur, renforcé par les déclarations
de Moussaoui, lui a posé la question au moins cinq
fois: "La raison pour laquelle vous avez menti était
de permettre le déroulement des opérations
?". "C'est correct", a répondu le
prisonnier en combinaison verte.
Il a aussi déclaré qu'il savait que "les
deux tours du World Trade Center" seraient visées
et que l'emploi de couteaux pour détourner les avions
était "probable".
"Vous vouliez tuer des Américains"?, lui
a demandé Robert Spencer: "Oui", a répondu
Moussaoui. "Vous étiez prêt à utiliser
un couteau pour trancher la gorge d'un passager ou d'une
hôtesse", a ajouté le procureur. "Oui",
a répondu Moussaoui, "trancher la gorge de quelqu'un
n'est pas difficile".
Les jurés ont observé la scène avec
attention, sans pour autant exprimer d'émotion particulière.
La déposition du Français devant les jurés
complique singulièrement la tâche de sa défense,
qui tente depuis la fin de la semaine dernière de
convaincre les jurés que Moussaoui disposait de bien
moins d'informations sur les attentats que les autorités
américaines.
Lundi matin, ils ont essayé en vain de lui interdir
de déposer.
Dans quelques jours, les jurés devront déterminer
si Moussaoui est passible de la peine de mort. Si c'est
le cas, le procès entrera dans une seconde phase
consacrée à l'examen de circonstances atténuantes
et agravantes. Sinon, il sera condamné d'office à
la prison à vie.
Après avoir passé près de 3 heures
à répondre, avec calme, aux questions de son
avocat et du procureur, Moussaoui a conclu: "Je suis
reconnaissant d'être un membre d'Al-Qaïda",
"Je suis reconnaissant" d'avoir été
choisi pour être le pilote du 5e avion.²
Source : AFP, 27 mars 2006
Le droit international sacrifié
au combat contre le terrorisme
Violence et résistances à
Guantánamo
par Marie-Agnès Combesque, Le Monde diplomatique,
février 2006
L'auteur est membre de la Ligue des droits de l'homme, animatrice
du groupe de travail Abolition universelle de la peine de
mort.
Lors d'une rencontre avec la chancelière allemande
Angela Merkel, qui estime que le camp de détention
de Guantánamo « doit à terme cesser
d'exister », le président des Etats-Unis, M.
George W. Bush, a invoqué la guerre antiterroriste
pour répondre : « La base de Guantánamo
est nécessaire à la protection des Américains.
» Détenu aux Etats-Unis à la suite des
attentats du 11-septembre, auxquels il n'a pas participé,
M. Zacarias Moussaoui encourt la peine de mort. Son procès
commencera début mars.
Des suffragettes anglaises en 1909 aux détenus politiques
des geôles turques en 1984, 1996 et 2000, en passant
par Gandhi en 1943 et 1948, Bobby Sands en 1981 (1), mais
aussi les sans-papiers lillois en 2004, la grève
de la faim reste l'arme de la désobéissance