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La galaxie guantanamo

Cent prisonniers de Guantanamo prêts à être libérés


Une centaine de prisonniers de Guantanamo sont prêts à être libérés mais soit les pays d'origine ne sont pas pressés de les récupérer, soit il est difficile de leur trouver un pays d'accueil, a déclaré jeudi à Paris une responsable usaméricaine.
S'adressant à la presse à l'ambassade usaméricaine Sandra Hodgkinson, directrice-adjointe du bureau des crimes de guerre au Département d'Etat, a assuré qu'une "centaine de prisonniers de Guantanamo sont prêts à partir vers leurs pays quand ils seront prêts à les accueillir".
"Cela prend du temps d'obtenir l'accord de leurs pays d'origine: nous voulons avoir des assurances qu'ils seront traités humainement et aussi qu'ils seront surveillés", a-t-elle indiqué.
"Où vont-ils quand ils sont libéréas ? Pour les Afghans, par exemple, ils rentrent en Afghanistan ? Mais le président Karzaï n'en veut pas".
Sandra Hodgkinson a cité l'exemple de seize chinois ouïgours pour lesquels "nous cherchons depuis près de deux ans un endroit pour les libérer. Nous avons décidé qu'ils peuvent l'être, mais personne ne veut les accueillir".
Washington ne veut pas les envoyer en Chine "parce qu'ils vont y être torturés", a-t-elle ajouté.
Le quotidien allemand Die Welt a rapporté samedi que les USA font pression sur l'Allemagne (où vit un groupe de chinois ouïgours en exil) pour qu'elle accepte de les recevoir, mais que Berlin s'y oppose pour ne pas froisser Pékin.
"Nous avons déjà libéré environ un tiers des quelque 700 prisonniers passés par Guantanamo", a ajouté la responsable américaine. "Nous savons qu'une quinzaine en ont profité pour retourner sur le champ de bataille. Donc nous devons être prudents".
Source : AFP, 20 avril 2006

 

Le Pentagone diffuse une nouvelle liste de 558 détenus de guantanamo


Pour consulter la liste, cliquer sur Liste détenus Gitmo
Le Pentagone a rendu publique mercredi une liste de 558 prisonniers, issus de 41 pays, ayant été ou étant actuellement détenus à Guantanamo (Cuba). Cette liste représente le décompte le plus approfondi de la population carcérale de Guantanamo fourni jusqu'ici par l'administration américaine.

Ces documents ont été rendus publics sur injonction d'un juge fédéral américain suite à une plainte de l'Associated Press (AP) exigeant l'accès aux informations concernant les détenus de Guantanamo.

Ils listent les noms des détenus ayant été auditionnés de juillet 2004 à janvier 2005 par des commissions militaires chargées de déterminer s'ils sont des "combattants ennemis", terme utilisé par Washington pour désigner les individus arrêtés dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.

Les prisonniers figurant sur la liste de mercredi sont originaires de 41 pays. Le plus gros contingent est issu d'Arabie Saoudite (132 détenus). Viennent ensuite l'Afghanistan (125) et le Yémen (107).

Trois ressortissants français sont recensés: Ridouane Khalid, Khaled ben Moustafa et Moustaq Ali Patel. Au total, sept Français ont été détenus à Guantanamo. Ils ont tous été expulsés vers la France.

Sur la liste figurent notamment les noms de David Hicks, le "taliban australien", l'un des dix qui doivent bientôt être jugés par un tribunal militaire. Ou encore Muhammed al-Qahtani, un Saoudien qu'on considère comme ayant dû être le "20ème pirate de l'air" du 11 Septembre 2001, mentionné par le Français d'origine marocaine Zacarias Moussaoui au cours de son procès: l'armée avait jusqu'à présent toujours refusé de confirmer qu'il était bien détenu à Guantanamo.

La publication de ces noms a déclenché des appels de militants des droits de l'homme de plusieurs pays, qui réclament l'intervention de leurs gouvernements pour faire libérer "leurs" prisonniers de Guantanamo: c'est le cas notamment de la Mauritanie et du Bahrein, tandis que le Pakistan a accusé Washington de rétention d'information, affirmant que 22 de ses ressortissants étaient toujours détenus à Guantanamo, et non pas sept comme on le pensait auparavant.

Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui avait déjà eu accès à cette liste, il se pourrait en outre que sa diffusion fournisse à certaines familles de détenus la première confirmation depuis des années que les leurs sont bien derrière les barreaux à Guantanamo...

Aujourd'hui, environ 490 hommes suspectés de liens avec Al-Qaïda ou l'ancien régime Taliban en Afghanistan sont encore détenus à Guantanamo, certains depuis plus de quatre ans.

Porte-parole du CICR, Antonella Notari note que plus récemment, les détenus arrivant à Guantanamo "ont été arrêtés dans des situations variées et en général pas dans un conflit armé international".

Le CICR, qui s'est chargé depuis l'ouverture du camp de détention de transmettre plus de 20.000 messages de détenus de Guantanamo à leurs familles, exhorte une nouvelle fois Washington à "inculper et juger, libérer, ou placer dans un cadre juridique légal les détenus restant à Guantanamo".

Des listes partielles des détenus de Guantanamo avaient déjà été fournies par le Pentagone. Ainsi, l'identité de nombreux prisonniers avait été révélée publiquement pour la première fois le 3 mars, date à laquelle le Pentagone avait fourni les retranscriptions des auditions des détenus, sur injonction d'un juge fédéral américain.

Sur les 558 détenus ayant été entendus par ces commissions, 38 ont été considérés comme n'étant "plus des combattants ennemis", et 29 d'entre eux libérés. Parmi les neuf toujours détenus bien qu'innocentés, reste un nombre non précisé de Ouïgours, musulmans chinois, qui ne peuvent être renvoyés en Chine où ils risquent des persécutions: ces détenus spéciaux bénéficient de privilèges particuliers et résident dans une section spéciale du centre, Camp Iguana, a précisé un porte-parole militaire.

Mais, même avec la liste rendue publique mercredi, le Pentagone n'a jamais révélé la totalité des noms des quelque 750 prisonniers passés, selon l'armée américaine, par Guantanamo.
Source : AP, 21 avril 2006

 

Le Pentagone révèle l'identité des 25 Algériens détenus à guantanamo


par Zouaoui Mouloud, Le Jeune Indépendant, 22 avril 2006

Ils sont officiellement 25 Algériens qui croupissent sans jugement dans la sinistre prison américaine de Guantanamo Bay à Cuba, un chiffre tout à fait identique de celui qui a été fourni par des associations de défense des droits de l'homme.

C'est ce qu'a révélé la liste de 558 prisonniers rendue publique mercredi soir par le Pentagone. Ce chiffre global des détenus de X-Ray Camp tient des individus libérés et dont il ne reste que 490 aujourd'hui. Dès lors, il s'agit du décompte le plus approfondi de la population carcérale de Guantanamo fourni jusqu'ici par l'administration américaine.

Le Pentagone avait tout le temps refusé de fournir l'identité des pensionnaires de Guantanamo Bay, la prison la plus décriée de par le monde, imposant une chape de plomb et une opacité déconcertante sur ce qui se passait dans cette prison.

Cette situation a ouvert la voie aux interrogations et aux spéculations quant au nombre d'Algériens qui sont emprisonnés sous le vocable de «combattants ennemis» sans le moindre procès en étant livrés à l'arbitraire de leurs geôliers.

Le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'homme, Me Farouk Ksentini, avait déclaré que 16 Algériens se trouvaient à Guantanamo, un chiffre qui contrastait avec celui publié par le Pentagone et qui confirme le nombre fourni par des ONG de droits de l'homme en mars dernier lors de la publication des documents de 5 000 pages sur 317 pensionnaires de la prison américaine.

Les Algériens dont l'identité est publiée, selon la transcription américaine, dans la liste ci-dessous(voir encadré) sont identifiés parfois avec leurs noms et prénoms ainsi que les prénoms leurs pères. La liste ne présente ni leurs lieux de résidence ni ceux de leurs arrestations.

Belkacem Bensayeh, Mahfoudh Saber Lahmer, Mohamed Nechal, Aït-Idir Mustapha, Lakhdar Boumedienne et El Hadj Boudella avaient été enlevés par les services de renseignements américains (CIA) en janvier 2002 à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine).

Ils avaient alors la nationalité bosniaque et avaient été arrêtés par la police locale et présenté devant la justice en étant accusés de «complot terroriste» contre les ambassades américaine et britannique à Sarajevo, une accusation rejetée par la cour suprême qui les a remis en liberté le jour de leur kidnapping.

Leur incarcération avait suscité une indignation dans les milieux de défense des droits de l'homme et depuis leurs familles réclamaient leur libération. L'un d'eux, Mustapha Aït-Idir, avait été à plusieurs reprises torturé par les soldats américains, selon ses avocats.

Un septième, Ahcène Zemiri, est présenté par des associations comme résidant au Canada tandis que Sofiane Barhoumi, qui avait été entendu par les tribunaux d'exception américains mis en place à Guantanamo, avait été arrêté en mars 2002 au Pakistan.

Des listes indépendantes avaient fait état de la présence de 24 Algériens identifiés sur des recoupements effectués par des ONG grâce aux correspondances adressées par leurs familles par le biais de la Croix-Rouge internationale. Les prisonniers figurant sur la liste sont originaires de 41 pays y compris la Chine.

Le plus gros contingent est issu d'Arabie saoudite (132 détenus), suivi de l'Afghanistan (125), du Yémen (107) et de l'Algérie (25). Plusieurs ONG militaient depuis quatre ans en faveur de leur libération tandis que la Croix Rouge internationale (CICR) demandait au gouvernement américain de les juger ou de les libérer.

Toutefois, la publication de cette liste démontre, selon des experts de la lutte contre le terrorisme, qu'il s'agit d'individus sans valeur voire de parfaits inconnus. «Ces gars-là ne savent rien. Et de toutes façons, même ceux qui savaient un petit peu, au bout de quatre ans, que voulez-vous que leurs informations valent ?», s'est indigné le chercheur français Olivier Roy, spécialiste reconnu de l'Asie centrale interrogé par des médias français suite à la publication de cette liste.

Après l'invasion de l'Afghanistan, tous les étrangers étaient arrêtés et «vendus» pour 500 dollars aux forces américaines, selon des experts.
Source : http://www.jeune-independant.com/display.php?articleId=22641

 

Sami Al-Arian déporté des USA : nul ne sait où il est


Le professeur d'informatique de Tampa, en Floride, Sami Al-Arian, jugé pour soutien au Jihad islamique, croyait avoir gagné son procès puisque le jury avait été incapable de se prononcer sur la plupart des chefs d'inculpation. On espérait donc sa libération. mais la justice aux ordres du Pentagone, du FBI et de la Maison Blanche, ne l'a pas entendu de cette oreille. On a appris soudain samedi 15 avril, que Sami Al-Arian avait accepté de plaider coupable pour les chefs d'inculpatio, pour lesquels il courait le risque d'être jugé une nouvelle fois, et qu'il a aussitôt été déporté des USA, dont il est pourtant citoyen depuis de longues années. On ignore vers quelle destination il a été déporté. Il était, avant de devenir citoyen US dans les années 1980, Palestinien apatride né au Koweit. On voit mal Israël l'autoriser à aller en Cisjordanie pour se mettre sous la protection de l'Autorité palestinienne, mais cela ne serait pas impossible.
Source : quibla.net, 17 avril 2006

 

Brahim Yadel reste en prison


La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a ordonné vendredi le maintien en détention de Brahim Yadel, mis en examen dans la procédure française sur les six Français qui ont été détenus sur la base américaine de Guantanamo, a-t-on appris de source judiciaire.
Brahim Yadel est l'unique détenu de ce dossier, les cinq autres ayant été remis en liberté ces derniers mois par le juge d'instruction Jean-Louis Bruguière ou le juge des libertés et de la détention.
Le parquet général s'était opposé à son possible élargissement, précise-t-on de même source.
Brahim Yadel a été rapatrié en France en juillet 2004 après trois ans de détention à Guantanamo. Il avait été arrêté en Afghanistan après l'intervention américaine.
Incarcéré dans le cadre de l'enquête sur de possibles attentats lors de la Coupe du monde de football à Paris en 1998, Brahim Yadel avait été remis en liberté sous contrôle judiciaire avant de partir en Afghanistan en mars 2000. En décembre 2000, il était condamné à un an d'emprisonnement.
Les sept Français détenus sur la base américaine de Guantanamo à Cuba ont été rapatriés en deux temps. En juillet 2004 et mars 2005, quatre sont revenus après trois ans de détention: Imad Kanouni, Nizar Sassi, Mourad Benchellali et Brahim Yadel. Les trois derniers ont été expulsés en mars 2005: Ridouane Khalid, Khaled ben Mustafa et le Franco-Indien Mustaq Ali Patel. Sans lien avec la mouvance islamiste, ce dernier a été libéré dès son retour sans être mis en examen.
Les six ont été mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et incarcérés dans le cadre de l'enquête sur les Français de Guantanamo ouverte à Paris en 2002.
Le juge d'instruction a notifié la fin de son enquête au début du mois de mars 2005.
Source : AP, 7 avril 2006

 

 

Un Éthiopien comparaît devant un tribunal militaire à Guantanamo


Un Éthiopien accusé d'avoir voulu commettre des attentats aux États-Unis a comparu jeudi devant un tribunal militaire d'exception à Guantanamo, alors que ses avocats affirment que ses aveux ont été obtenus sous la torture.
Binyam Ahmed Muhammad, un ingénieur en électricité éthiopien, récemment converti à l'islam, est accusé d'avoir reçu une formation en explosifs dans un camp du réseau terroriste Al-Qaeda pour déposer des bombes dans des immeubles et des stations service aux États-Unis.
M. Muhammad, qui a vécu pendant des années en Grande-Bretagne, a été arrêté en avril 2002 à Karachi par les autorités pakistanaises alors qu'il essayait de retourner à Londres à l'aide d'un faux passeport.
Selon ses avocats, l'Éthiopien a été victime après son arrestation d'interrogatoires violents au Maroc avant d'être transféré au centre de détention militaire américain de Guantanamo, sur l'île de Cuba.
Pendant 14 semaines au Maroc, M. Muhammad affirme avoir été battu, enchaîné et maintenu dans des positions douloureuses. Il dit que des coupures à l'aide d'un couteau ont été faites sur sa poitrine et son pénis.
Selon ses avocats, il a avoué s'être préparé à commettre des attentats pour arrêter les sévices.
Selon l'accusation, M. Muhammad est lié à Jose Padilla, un Américain accusé d'être lié à Al-Qaeda et dont le cas suscite une bataille juridique sur le droit du gouvernement américain de détenir un citoyen américain sans inculpation.
MM. Muhammad et Padilla auraient été chargés de commettre des attentats aux États-Unis et des agents d'Al-Qaeda auraient discuté avec eux d'éventuelles attaques contre des pétroliers et de projets consistant à «disperser du cyanure dans des boîtes de nuit», selon l'acte d'accusation.
L'audience préliminaire de Binyam Ahmed Muhammad intervient au lendemain de la comparution d'un autre détenu, un jeune Canadien, Omar Ahmed Khadr, qui a protesté contre ses conditions de détention à Guantanamo et a affirmé qu'il boycotterait son procès devant un tribunal militaire d'exception.
Source : AFP, 6 avril 2006

 

A Guantanamo, les droits de la défense d'un Yéménite soulevés


L'avocat de la défense d'un Yéménite, détenu sur la base navale américaine de Guantanamo, a estimé vendredi que le tribunal militaire d'exception perdrait sa légitimité s'il ne reconnaissait pas à son client le droit de se défendre lui-même.


"Le droit à assurer sa propre défense est un droit fondamental", a déclaré le commandant Thomas Fleener, l'avocat commis d'office d'Ali Hamza Ahmad al-Balhoul. Le Yéménite, âgé de 37 ans, est présenté comme un membre de l'entourage d'Oussama ben Laden, à la fois garde du corps et spécialiste en propagande.


Le détenu, poursuivi pour complot dans la préparation d'attentats d'Al-Qaïda contre des civils, a choisi de ne pas comparaître vendredi à l'audience préliminaire, en protestation contre le refus du tribunal d'exception de lui permettre d'assurer sa propre défense.

En vertu des règles mises en place pour cette justice d'exception, un prévenu ne peut se défendre seul, contrairement aux dispositions prévues devant la justice civile.

L'avocat a estimé que les règles du tribunal d'exception allaient à l'encontre de la Constitution américaine et des principes fondamentaux de la justice occidentale appliqués depuis des siècles.

Dans les tribunaux américains, les avocats peuvent être commis d'office quand l'accusé est déclaré irresponsable, trop jeune ou trop malade pour se défendre lui même, mais ces critères ne s'appliquent pas dans ce cas, a souligné le commandant Fleener.

"Quand le monde regardera ce système, il n'aura aucune légitimité" à moins que le tribunal lève l'interdiction et autorise al-Balhoul "à se défendre tout seul", a-t-il lancé.

Il est peu probable que le tribunal change le règlement car cela exigerait de modifier une autre de ses règles extraordinaires qui impose au prévenu de sortir de la salle d'audience quand des éléments classifiés ou confidentiels sont présentés.

Le procureur militaire a estimé que cette interdiction de se défendre tout seul était nécessaire pour protéger les informations sensibles liées à la sécurité nationale en temps de guerre.

"Nous sommes un pays en guerre", a dit le procureur, dont l'identité est tenue secrète, estimant que "l'intérêt de la sécurité nationale" primait.
Source : AFP, 7 avril 2006

 

 

Audience préliminaire des commissions militaires de Guantánamo - Observations d'Amnesty International lors du procès, 2e journée


Index AI : AMR 51/064/2006 - ÉFAI, 6 avril 2006

DÉCLARATION PUBLIQUE
Les audiences préliminaires devant les commissions militaires de Guantánamo continuent, malgré l'attente d'une décision de la Cour suprême concernant leur légalité. Un représentant d'Amnesty International observe ces audiences.
Amnesty International demande depuis longtemps que les procès devant les commissions militaires soient annulés et que le décret militaire instituant ces procès soit abrogé, car ce décret comporte des failles fondamentales, et tout procès organisé suivant ses dispositions violerait les normes internationales pour un procès équitable. Ainsi, Amnesty International exprime ses profonds regrets à chaque étape de ces procès, notamment les audiences préliminaires.

Voici un résumé des conclusions initiales d'Amnesty International, sur le deuxième jour de ces audiences (mercredi 5 avril).

Omar Khadr : conditions de détention et traitement inhumains à Guantánamo

L'audience s'est ouverte ce mercredi 5 avril sur une déclaration d'Omar Khadr, ressortissant canadien âgé de quinze ans à l'époque de son crime présumé : il est accusé d'avoir tué un soldat des États-Unis lors d'une bataille en Afghanistan. Amnesty International constate avec une inquiétude particulière qu'Omar Khadr est jugé par une commission militaire pour des faits présumés qu'il aurait commis étant mineur, et que pendant toute sa détention, Omar Khadr a été traité en violation des normes internationales qui reconnaissent aux mineurs le droit à une protection et un traitement particuliers.

Omar Khadr a été récemment transféré du Camp quatre, le lieu de détention le moins dur, au Camp cinq, le plus fermé de Guantánamo. Le Camp cinq correspond au modèle des lieux de détention à sécurité maximale des États-Unis, où les détenus sont maintenus jusqu'à vingt-trois heures par jour dans une cellule à l'isolement, sans lumière naturelle.

Dans la déclaration écrite qu'il a lue, Omar Khadr a affirmé avoir été traité de manière inhumaine, même s'il avait coopéré avec les commissions. Il a déclaré son intention de boycotter la procédure jusqu'à ce qu'il soit remédié à cette situation.

Omar Khadr est représenté par deux avocats militaires et deux avocats civils. Ces avocats ont demandé que l'officier présidant le tribunal entende une requête pour remédier à la situation d'Omar Khadr. L'un des avocats de la défense, le lieutenant-colonel Vokey, a expliqué que son client leur avait demandé de ne pas participer à la procédure jusqu'à ce que la question de ses conditions de vie soit abordée. L'officier président a refusé d'entendre la motion jusqu'à ce que la défense ait l'occasion de lui signifier le droit applicable, et que l'accusation ait pu apprendre pourquoi Omar Khadr avait été déplacé du Camp quatre au Camp cinq. Le président a alors demandé à l'avocat de la défense de poursuivre l'ordre du jour. Le lieutenant-colonel Vokey a exprimé son inquiétude de devoir poursuivre ainsi, contrairement au souhait de son client, en expliquant au président qu'en poursuivant, il violerait ses obligations éthiques et celles des autres avocats de la défense, et qu'ils risqueraient d'être radiés du barreau. La défense devait alors interroger le président de la commission et soumettre deux requêtes. Le président a déclaré à Omar Khadr que si ses avocats ne suivaient pas la procédure prévue, il considérerait qu'Omar Khadr avait renoncé à l'interroger et à soumettre ses requêtes. Face à cette forfaiture des droits de leur client, les avocats de la défense ont alors suivi le déroulement de la procédure en protestant.

Ce n'est pas la première fois qu'un avocat de la défense reçoit l'ordre de continuer à représenter son client malgré lui. Ali Hamza al Bahlul, ressortissant yéménite jugé par une commission militaire, a récusé son avocat militaire à plusieurs reprises et demandé à se représenter lui-même. Protestant contre ce refus de son droit à se représenter lui-même, Ali al Bahlul a boycotté la procédure. Son avocat militaire a demandé à se retirer, arguant du désir de son client et de ses obligations professionnelles et éthiques. L'officier présidant la commission pour cette affaire a également ordonné à l'avocat de continuer à représenter le détenu.

L'officier président a déclaré que la question des conditions de détention d'Omar Khadr serait abordée plus tard dans la semaine. Amnesty International continue d'observer la procédure qui se déroule à Guantánamo, notamment dans l'affaire d'Omar Khadr.

Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty International à Londres, au +44 20 7413 5566, ou consulter le site http://www.amnesty.org
Source : http://web.amnesty.org/library/index/fraamr510642006

 


Hors de portée des radars : vols secrets, torture et «disparition»


Rapport d'Amnesty International sur les ³transferts extraordinaires² de la CIA, Londres, 5 avril 2006
Rapport intégral en anglais : http://web.amnesty.org/library/index/engamr510512006
Résumé en français : http://web.amnesty.org/library/index/fraamr510512006

 


Moussaoui écoute les témoins du 11-Septembre, ricane et chante


par Alain Salles, Le Monde, 7 avril 2006

Elles sont dans la salle d'audience, enveloppées dans un drap blanc, comme un linceul. Quand l'ancien maire de New York, Rudolph Giuliani s'assoit au banc des témoins, jeudi 6 avril, le procureur David Novak demande de dévoiler sa première pièce à conviction : une maquette des tours jumelles du World Trade Center. La reproduction est placée sur une table à côté des témoins. Pendant toute la journée, ils parlent à l'ombre des deux tours disparues. C'est le début d'une longue série de témoignages poignants qui plongent la salle et le jury quelques années en arrière, vers un jour jamais oublié : le 11 septembre 2001.

Avec la deuxième phase du procès de Zacarias Moussaoui, le Français membre d'Al-Qaida, jugé passible de la peine de mort, lundi 3 avril, c'est le procès du 11-Septembre qui commence. "Maintenant, il est temps pour vous d'entendre ces voix", déclare aux jurés du tribunal fédéral d'Alexandria le procureur Robert Spencer. Celles des familles qui viennent à la barre, celles des victimes qui téléphonent avant que l'avion ne s'écrase et même la voix de Mohammed Atta, le chef des pirates de l'air, dont les instructions au passager ont été enregistrées, une dizaine de minutes avant qu'il n'atteigne la première tour : "Nous revenons à l'aéroport, n'essayez pas de faire de mouvements stupides !"

Rudolph Giuliani retrace son jour le plus long. "Ça ressemblait à une zone de guerre". Autour du World Trade Center, il regarde en l'air pour éviter les débris qui tombent des tours : "C'est alors que j'ai vu un homme vers le 104e étage." Il montre avec une règle l'endroit où il a vu cet homme. "J'ai alors réalisé que je voyais un homme qui tombait. A peu près là", ajoute-t-il en désignant sur la maquette l'endroit où il s'est écrasé. "J'ai vu plusieurs personnes sauter. Il y en avait deux qui semblaient se donner la main. C'est une des images qui me revient tous les jours." Sur les écrans on voit ces corps qui tombent, mais aussi leur impact sur le sol, plus rarement montré. L'ancien pompier Anthony Sanseverino est venu parler de son collègue Danny Suhr, mort le 11 septembre 2001 après avoir reçu un de ces corps sur la tête.

Mais Rudolph Giuliani n'était pas seulement là pour retracer la journée de l'ancien maire-courage, devenu aujourd'hui un candidat potentiel du Parti républicain à l'élection présidentielle de 2008. Il a raconté une histoire personnelle : celle d'un pompier, Terence Hutton, qui était le mari de son assistante, et surtout celle de leur fille "Little Terrie", née après le 11-Septembre. Le jour de sa mort, le couple ne savait pas qu'il attendait un enfant. "C'est une histoire multipliée par des milliers", commente M. Giuliani.

L'accusation a décidé de raconter quelques-unes de ces histoires. Quarante-cinq témoins vont venir à la barre pour témoigner de leur vie brisée. M. Moussaoui écoute avec attention ces témoignages. Il prend quelques notes. Plus la journée avance, moins il rit. Il ricanait le matin, quand son avocat Gerald Zerkin expliquait, parmi les circonstances atténuantes, qu'il souffrait de paranoïa schizophrénique. Il riait encore en regardant les images des avions qui s'écrasent sur les tours. En sortant pour la première pause, il a fredonné, en modifiant les paroles de la chanson de Bruce Springsteen, "Born (né) in the USA" : "Burn (brûlé) in the USA !"

 

Le “procès” d’Omar Khadr à guantanamo : du Grand-Guignol - devant les cris de l’avocat de la défense, le juge suspend l’audience


Des cris ont ponctué mercredi à la base américaine de Guantanamo Bay, à Cuba, les audiences, devant un tribunal militaire, du Torontois Omar Khadr, accusé d'avoir tué un soldat américain en Afghanistan.
Le juge et l'avocat de la défense se sont disputés au sujet de l'absence de règles établies dans le cadre des procédures. Tôt au cours de l'audience, Khadr, âgé de 19 ans, a dit vouloir boycotter les procédures parce qu'il se trouvait en isolement cellulaire depuis le 30 mars. Le juge, le colonel Robert Chester, a ensuite réprimandé l'avocat de la défense, le lieutenant-colonel Colby Vokey, lui reprochant de ne pas lui avoir fait part plus tôt de la situation.
Alors que les deux hommes haussaient le ton, M. Vokey a frappé la table de sa main, et crié qu'il n'avait pas eu l'occasion de prévenir le magistrat.
"Chaque fois que nous venons ici, il est terriblement difficile de faire mon travail", a lancé le lieutenant-colonel Vokey. Le juge Chester a alors suspendu les procédures.
M. Vokey et le juge ont également eu un échange de mots au sujet des étapes du procès. Il s'agit des premiers procès militaires organisés par les Etats-Unis depuis l'époque de la Seconde Guerre mondiale, et les procédures ne sont pas claires.
Khadr, qui était âgé de 15 ans au moment de sa capture, a demandé à être défendu par un avocat canadien.
Le juge Chester a demandé à M. Vokey s'il avait déposé un document réclamant la présence d'un avocat canadien en tant que consultant. Néanmoins, seuls les avocats qui sont des ressortissants américains sont autorisés à prendre directement part aux procédures, et le juge a affirmé au défenseur de Khadr que même si un document avait été remis, il n'était pas certain de détenir le pouvoir de permettre la présence d'un avocat canadien dans la salle d'audience.
"Il n'y a pas de règles ici", a rétorqué M. Vokey.
Khadr a été accusé de meurtre, de tentative de meutre, d'aide à l'ennemi et de complot pour avoir prétendument lancé une grenade ayant tué un militaire américain, tandis qu'il combattait aux côtés des Talibans en Afghanistan, mais aussi pour avoir posé des mines visant les convois américains.
Il avait lu une déclaration à l’ouverture de l’audience, déclarant : «Je boycotterai ces procédures jusqu'à ce que je sois traité humainement et avec justice».
Les audiences ont repris depuis mardi pour répondre aux critiques contestant la légitimité des détentions des quelque 490 prisonniers qui y sont enfermés. Seuls 10 ont été jusqu'à présent formellement accusés, quatre ans après l'installation de la prison par l'armée américaine.
Mardi, un Afghan accusé d'attaque à la grenade sur des journalistes étrangers en 2002 en Afghanistan avait comparu devant le tribunal militaire d'exception, lors d'une audience préliminaire.
Abdul Zahir, accusé d’avoir été chargé de transporter de l'argent pour le réseau Al Qaïda, est accusé d'avoir lancé une grenade en mars 2002 sur une voiture où se trouvait des journalistes étrangers, dont la Canadienne Kathleen Kenna du Toronto Star qui a été blessée à la jambe.
Source : Presse canadienne & AFP, 5 avril 2005

 

 

Un ancien d’Afghanistan condamné à 46 ans d’emprisonnement à Tunis


Le tribunal militaire de Tunis a condamné à une peine de 46 ans d’emprisonnement le citoyen Saïfallah Ben Hassine pour appartenance à une organisation terroriste opérant à l’étranger en temps de paix et incitation à la haine, et ce, à la suite de son voyage en Afghanistan en 2000 où il était resté pendant la guerre menée par les Américains contre le régime des Talibans.
Les forces de sécurités turques avaient livré Ben Hassine aux autorités tunisiennes, après l’avoir arrêté en territoire turc où il s’était fixé suite à son départ d’Afghanistan, consécutif à la chute du régime des Talibans.
Ben Hassine a nié devant la commission du tribunal appartenir à l’organisation Al Qaïda ou à une quelconque organisation terroriste, bien qu’il eut avoué avoir rencontré son chef, Oussama Ben Laden et son second, Aymen Zouahaïri. L’accusé a dit avoir été soumis à une torture féroce dans les postes de police, et que tous ses aveux consignés dans les procès verbaux lui avaient été arrachés par la force et la contrainte.
On se rappelle que le tribunal l’avait déjà condamné à une peine d’emprisonnement de 22 ans pour des faits similaires, ce qui porte sa peine à 68 ans.
Le procès de Ben Hassine repose sur la loi « de lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent » promulguée par le gouvernement tunisien en décembre 2003, loi combattue par toutes les organisations de droits de l’homme qui la considèrent dangereuse, contenant des articles d’exception, limitant le champ d’action des avocats, et réduisant les conditions d’un procès équitable.
Commentant ce jugement, Maitre Abderraouf Ayadi a considéré dans une déclaration à Al Jazeera qu’il s’agissait d’un jugement politique dont l’objectif était de mettre son client au supplice en le condamnant trois fois pour les mêmes faits, contrevenant ainsi à la loi qui prévoit la jonction des affaires, en d’autres termes qu’on ne peut être jugé qu’une seule fois pour un même crime.
Source : aljazeera.net, 26 mars 2006. Traduit de l’arabe par LT

 

 

Zacarias Moussaoui risque d'être condamné à l'injection mortelle


Le Français Zacarias Moussaoui, 37 ans, est passible de la peine de mort pour complicité avec les auteurs des attentats du 11-Septembre, a décidé lundi son jury au tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est).
Le procès, qui va reprendre jeudi, doit désormais se poursuivre avec l'examen de circonstances aggravantes - notamment la souffrance des victimes - ou atténuantes, comme l'enfance difficile et la santé mentale de Moussaoui.
"Vous n'aurez jamais mon sang! Que Dieu vous maudisse tous!", a crié Zacarias Moussaoui après la lecture de ce texte, alors que la juge Leonie Brinkema et les jurés avaient déjà quitté la salle d'audience.
La lecture de la décision des jurés a été faite par la juge peu après 16h00 (20h00 GMT), devant une salle plongée dans un silence solennel, en présence de plusieurs hauts responsables du ministère américain de la Justice.
Moussaoui est resté immobile, se limitant à murmurer dans sa longue barbe noire. Les jurés n'ont pas semblé le regarder.
Pour les neuf hommes et trois femmes qui forment le jury, Moussaoui a causé "directement" la mort d'au moins une des quelque 3.000 victimes des attentats en ayant menti lors de son arrestation en 2001 et permis ainsi, comme l'affirme l'accusation, que ses "frères d'Al-Qaïda" réussissent les attentats.
A l'issue de la seconde phase du procès, les jurés décideront si oui ou non le Français doit être condamné à l'injection mortelle.
S'il n'est pas condamné à mort, il sera condamné à la prison à vie, en raison de sa reconnaissance de culpabilité.
Depuis le début de son procès le 6 février, Moussaoui n'a guère fait d'éclat à l'exception de sa prise de parole le 27 mars.
"J'ai finalement eu la chance de voir le World Trade Center s'effondrer. En un mot: splendide. J'étais ravi". Moussaoui a écrit ces mots le 12 août 2002 et n'a pas hésité à les confirmer lors de sa déposition. "Vous étiez ravi?", lui a demandé le procureur Robert Spencer. "Parfaitement", avait répondu le Français.
Il a ajouté ce jour-là ce qu'il avait toujours nié: qu'il devait participer aux attentats du 11-Septembre en lançant un avion contre la Maison Blanche. Et, avec ces déclarations froides, il a mis en pièces les arguments de sa défense et déroulé un tapis rouge pour ses accusateurs.
Le Français, a-t-on appris à l'audience, a été au contact des "hautes sphères" du terrorisme islamiste international dont Oussama ben Laden et Khalid Cheikh Mohammed, cerveau présumé des attentats du 11-Septembre.
Mais Cheikh Mohammed l'avait décrit comme étant un apprenti terroriste maladroit, jamais impliqué dans les attentats du 11-Septembre et peu digne de confiance.
Ses avocats ont aussi tenté sans succès de convaincre les jurés que l'on ne pourrait "jamais" savoir si les attentats auraient pu être évités avec des aveux de Moussaoui.
Après la lecture de la décision, le ministère de la Justice s'est félicité: "Nos efforts au nom des victimes du 11-Septembre continueront avec la prochaine phase du procès" a déclaré la responsable de la communication Tasia Scolinos.
"Je pense que Moussaoui mérite la mort. C'est difficile à décrire, je croyais que je serai ravi mais ce n'est pas le cas. Je suis désolé pour lui", a réagi Abraham Scott, qui a perdu dans les attentats sa femme Janice, employée au Pentagone.
Le chef de la majorité républicaine au Sénat Bill Frist a salué "le pouvoir libérateur de la justice et de l'Etat de droit", armes "précieuses" selon lui contre le terrorisme.
Un ancien membre, démocrate, de la commission nationale d'enquête sur les attentats, Tim Roemer, a lui estimé que les procureurs s'étaient montrés convaincants, ajoutant que le procès prouvait que le système judiciaire pouvait se montrer efficace pour lutter contre le terrorisme.
François Roux, avocat français de Moussaoui, a pour sa part promis que sa défense ferait "tout" pour lui éviter une condamnation à mort.
Source : AFP, 4 avril 2006

 

 

Le Pentagone rend public de nouveaux documents sur Guantanamo


Le Pentagone a décidé de rendre public 2.600 pages de documents concernant les prisonniers de Guantanamo après avoir déjà publié 5.000 pages il y a un mois, a déclaré lundi un porte-parole du ministère américain de la Défense.
Avec la publication de ces nouveaux documents, les noms de tous les 490 prisonniers actuellement tenus au centre de détention militaire de Guantanamo, sur l'île de Cuba, auront été rendus public, a ajouté ce porte-parole, Bryan Whitman.
Ces 2600 pages sont des comptes-rendus d'auditions de commissions d'examen du statut d'«ennemi combattant» des prisonniers qui se sont déroulées après juin 2005 et des documents rédigés par les défenseurs des détenus.
Les commissions d'examen du statut d'«ennemi combattant» ont été mises en place à Guantanamo pour déterminer si les prisonniers représentent encore une menace pour les États-Unis et un intérêt en matière de renseignement.
Début mars, après en avoir reçu l'ordre par un juge fédéral de New York, le Pentagone avait rendu public 5000 pages de comptes-rendus où apparaissaient pour la première fois le nom et la nationalité de centaines de prisonniers de Guantanamo.
Selon M. Whitman, le ministère de la Défense a jugé prudent de rendre public de sa propre initiative le reste des documents même s'il n'était pas obligé de le faire.
Le camp de Guantanamo a été ouvert en janvier 2002. Les détenus, originaires d'une trentaine de pays, ont été capturés pour la plupart en Afghanistan à l'automne 2001.
Source : AFP, 3 avril 2006

 

 

La Cour suprême US refuse d'examiner la détention sans inculpation de José Padilla


La Cour suprême américaine a refusé lundi par 6 voix contre 3 de se saisir du cas de l'Américain Jose Padilla, soupçonné de terrorisme et détenu pendant trois ans sans inculpation au nom des pouvoirs «de guerre» du président George W. Bush.
Alors que les juges ne commentent d'ordinaire pas leur choix de se saisir ou non d'une affaire, trois des neuf sages ont expliqué que l'affaire soulevait «des questions fondamentales sur la séparation des pouvoirs», mais que la saisine de la Cour n'aurait pas d'effet à cette étape de la procédure.
Jose Padilla, 35 ans, est aujourd'hui détenu en attente d'un jugement civil, et une décision de la Cour en sa faveur serait sans effet sur son incarcération actuelle, fait valoir un texte du juge Anthony Kennedy, signé par les juges John Roberts et John Paul Stevens.
Les avocats de Jose Padilla, New-Yorkais d'origine porto-ricaine converti à l'islam et un temps accusé d'avoir cherché à fabriquer une bombe radiologique, avaient déposé en décembre une requête devant la Cour lui demandant d'examiner l'affaire.
Ils souhaitaient que la plus haute juridiction américaine se prononce sur la légalité de sa détention sans inculpation pendant trois ans, détention que le gouvernement justifiait en qualifiant le détenu de «combattant ennemi», le statut des prisonniers de Guantanamo.
Cette longue détention d'un citoyen américain, sans accès à un juge et pendant longtemps sans accès à un avocat, découlait selon le gouvernement des pouvoirs élargis dont dispose George W. Bush, président d'un pays en «état de guerre» permanent contre Al-Qaeda et le terrorisme.
«La détention de Padilla comme +ennemi combattant+ (...) soulève des questions d'une importance profondément constitutionnelle concernant le pouvoir militaire du gouvernement sur les citoyens sur le territoire américain», avaient écrit les avocats de Padilla en demandant à la Cour de se saisir de l'affaire pour éviter le «danger d'un exécutif hors de contrôle».
Pour le gouvernement, la Cour suprême n'avait aucune raison de se saisir de l'affaire dans la mesure où Padilla a obtenu gain de cause le jour où il a été inculpé.
Jose Padilla, qui se fait aussi appeler Abdullah al-Mujahir, a été interpellé à Chicago (Illinois, nord) en mai 2002 par le FBI (police fédérale) alors qu'il revenait du Pakistan. Détenu plusieurs années dans une prison militaire, il a finalement été inculpé en novembre devant la justice civile pour son appartenance à une cellule terroriste à l'étranger.
L'acte d'accusation ne mentionne pas la présumée tentative d'attentat à la «bombe sale», qui avait été citée pour justifier sa longue détention dans une prison militaire, sur laquelle les avocats de Padilla souhaitaient que la Cour suprême prononce.
Ancien membre d'un gang de Chicago, Jose Padilla a été transféré en janvier dans un centre de détention civil à Miami (Floride, sud-est). Il a plaidé non coupable et doit comparaître dans quelques mois devant le tribunal fédéral de Miami.
«Nous sommes de toute évidence déçus», a déclaré à l'AFP Andrew Patel, avocat de Jose Padilla, tout en estimant que les juges avaient lancé un avertissement clair: «Ils suivent l'affaire, et si le gouvernement décidait de recommencer, cela ne leur prendra pas quatre ans» pour se prononcer.
Source : AFP, 3 avril 2006

 

 

L’étrange aventure de Nizar Sassi


par Fausto Giudice, 2 avril 2006
Nizar Sassi est ce que les Américains appellent un “home boy”, un “gars du quartier”: un petit gars de la banlieue lyonnaise la plus célèbre du monde, les Minguettes, où il a passé la quasi-totalité de ses vingt-sept années de vie. Ce fils d’un ouvrier immigré tunisien analphabète aurait pu se retrouver sous l’uniforme comme militaire ou policier, car sa grande passion, c’était les armes à feu. Mais la perspective de s’engager dans l’armée pour trois ans l’avait découragé et pour ce qui est d’entrer dans la police, il a raté son coup. Ce garçon banal qui n’avait aucune passion politique ou religieuse s’est retrouvé embarqué dans une étrange aventure par un concours de circonstances. Il rencontre à la mosquée un gars qui est le frère d’un ami. Le gars le recrute et voici Nizar embarqué dans ce qui deviendra une odyssée, ensemble avec son ami Mourad Benchellali. Cette odyssée le conduira de Londres au Pakistan et de là en Afghanistan, pour finir à Guantanamo, où il a été détenu pendant trente mois, avant d’être rapatrié en France et d’y passser un an et demi en détention préventive, pour être remis en liberté en janvier 2006. Il vient de raconter cette étrange aventure dans un livre écrit avec Guy Benhamou, Prisonnier 325, Camp Delta, De Vénissieux à Guantanamo, aux éditions Denoël.
Le récit de Sassi et Benhamou est simple et linéaire. Il ne contient aucune révélation explosive et quelques petites erreurs factuelles, sans doute dues aux conditions de la production de livres à notre époque. Ainsi, Youssef Yee, l’aumônier musulman de Guantanamo, n’est pas, comme ils l’écrivent “d’origine indonésienne”, mais chinoise.
Nizar n’est pas un jihadiste, à peine un Musulman pratiquant. Il ne parle pas l’arabe - ni l’anglais. Il n’apprend qu’il fait partie d’Al Qaïda qu’après le 11 septembre 2001, dont il suit les retombées par Rado France internationale, sur la petite radio qu’il s’est acheté juste avant les “événements”. Il est alors depuis plusieurs semaines dans le camp d’entrâinement militaire Al Farouq, près de Kandahar, où il s’initie péniblement au maniement des armes et à la lutte armée, sous les ordres d’un instructeur iraquien, dont il ne comprend même pas les explications, données en arabe. Ce camp Al Farouq où sont passés tous les jeunes gens recrutés par le réseau dont le centre était la mosquée londonienne de Finsbury Park, dirigée par le fameux “imam crochet”, Abou Hamza El Masri.
Début décembre 2001, Nizar et ses compagnons sont évacués vers le Pakistan. Ils passent quelques semaines à se terrer dans les montagnes de Tora Bora, pilonnées par l’aviation US, puis, une fois arrivés au Pakistan, ils sont livrés à l’armée, qui les remet aux US. Emprisonné à Kandahar, il est dans le premier lot livré à Guantanamo en janvier 2002.
Le récit sur le séjour à Guantanamo - que Nizar appelle ironiquement sa “villégiature cubaine” - est, disons, minimaliste et ne fait que confirmer tous les autres témoiganges déjà rendus publics. Une particularité dans le récit de Nizar : les quelques rencontres humaines qu’il a faites durant son enfermement. Avec Hamza, l’aumônier musulman auquel succèdera Youssef Yee, avec Eke, un jeune d’origine turque chargé de la “bibliohèque” du camp et avec un soldat noir qui vient le voir après le boulot pour discuter avec lui. Le reste est connu : les tabassages, les humiliations, les interrogatoires épuisants et stériles, la solidarité des détenus et leurs combats d’autodéfense. Extrait :
«Pas un jour ne passe sans que que les incidents éclatent entre détenus et gardiens. Lorsqu’un détenu, pour une raison ou une autre, refsue de sortir de sa cage, le Américains font entrer les chiens. D’autres fois, pour venir à bout d’un récalcitrant, ils arrievnt à cinq géants, en tenue de combat. Casqués, vêtus de gilets pare-balles, équipés de genouillères noires et de boucliers, ils commencent par asperger le détenu de gaz lacrymogène à travers le grillage. Puis ils ouvrent la porte, se jettent sur le type en le coinçant avec un bouclier contre la paroi. Après, c’est la dérouillée générale. Le gars est frappé, mis à terre, ligoté et traîné dehors. Le tout sous les cris et les hurlements des autres détenus.
Ce genre d’exaction donne évidemment lieu à des mesures de rétorsion. Des vengeances à hauteur de nos moyens. Il y a le crachat, le lancer de seau d’eau, les jets d’urine et les tirs d’excréments au passage des gardiens. Terribles, mais pas sans risques pour les compagnons de cellule qui font face au tireur. Les erreurs de trajectoire ont des conséquences assez déplaisantes.
Plus pacifique, mais très pénalisant, les confettis. On récupère les assiettes et les gobelets en palstique des plateaux repas, on les découpe en mille morceaux et, quelques minutes avant la relève, on répand le tout dans l’allée centrale. Quand on veut vraiment être plus vaches encore, on enduit les débris avec de la pâte dentifrice, de façon qu’ils collent au sol. Pour les gradiens, c’est la corvée assurée. leur service est terminé, mais ils n’ont pas le droit de laisser les lieux dans cet état. C’est le règlement. Alors ils sont obligés de fare des heures sup et de tout nettoyer, sous nos quolibets. »
Finalement, en juillet 2004, Nizar et trois autres détenus français seront rapatriés en France, suivis en mars 2005 par les trois derniers. Tous, sauf un, seront à nouveau emprisonnés, mais, comme l’écrit Nizar, la prison en France, après Kandahar et Guantanamo, c’est “la liberté”.
On referme ce livre avec la conviction que Nizar a suffisamment payé pour cette “erreur de jeunesse”, due à un mélange d’inconscience et d’esprit d’aventure. Puissent les juges français qui auront à le juger prochainement partager cette conviction.
Nizar Sassi, avec la collaboration de Guy Benhamou, Prisonnier 325, Camp Delta, De Vénissieux à Guantanamo, éditions Denoël, mars 2006, 215 ages, 17 €

 

 

Le procès surréaliste de Zacarias Moussaoui entre les mains des jurés


Les jurés au procès de Zacarias Moussaoui reprendront lundi leur délibération pour décider s'il est passible de la peine de mort après des audiences surréalistes où un témoin de l'accusation a aidé la défense, tandis que le prévenu témoignait pour ses accusateurs.
Tout dans ce procès, dont les débats au fond ont commencé le 6 mars au tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est), non loin de Washington, est hors norme: la construction intellectuelle de départ, avec un accusé qui risque la peine de mort pour avoir "menti" et protégé ainsi ses "frères d'Al-Qaïda", qui ont perpétré les attentats du 11-Septembre.
Et surtout, Moussaoui. Le Français a offert dès le 8 mars une tranche d'absurde aux jurés, lorsqu'ils ont assisté à la diffusion vidéo de l'interrogatoire d'un témoin à charge qu'il a mené en 2002, alors qu'il assurait sa propre défense.
Faiz Abou Bakar Bafana, membre de l'organisation affiliée à Al-Qaïda Jemaah Islamiyah (JI) l'avait mis en cause, affirmant qu'un certain "John" ressemblant comme deux gouttes d'eau à Moussaoui lui avait dit qu'il "rêvait de lancer un avion contre la Maison Blanche".
"Comment identifiez-vous ce John?", l'a interrogé Moussaoui. "Il est exactement comme vous", a répondu le détenu de Singapour. A l'écran, Moussaoui, mauvais avocat, poursuit: "Vous vous référez à moi ?". "Oui". "Etes-vous sûr?" (...) "C'est vous !".
Puis, presque quatre ans plus tard, lundi, l'accusé a offert cette fois volontairement un blanc-seing à l'accusation pour convaincre les jurés de le considérer passible de la peine de mort.
Il a affirmé sans ciller qu'il devait piloter lui-même un avion et le projeter contre la Maison Blanche le 11-Septembre, ce qu'il avait toujours nié auparavant, affirmant qu'il devait participer à une opération ultérieure.
Il a dit qu'il savait à l'époque que les attentats, dont il s'était réjoui, viseraient les tours jumelles.
Ce sont ensuite les procureurs qui ont alimenté l'absurde: après avoir avoir sans relâche argumenté que le Français reconnu coupable de complicité avec les auteurs des attentats du 11-Septembre devait mourir pour ses "mensonges meurtriers", ils ont imploré les jurés de le croire lorsqu'il a affirmé qu'il devait participer aux attentats.
Dans un éditorial publié vendredi, le Washington Post évoque l'étrange consensus entre les procureurs et l'accusé et la tâche "peu enviable (des jurés) de trier dans cette affaire ce qui relève de la confession réelle et des fanfaronnades chimériques".
Les neuf hommes et trois femmes du jury, qui reprendront lundi leur délibération, doivent aussi examiner le témoignage de l'agent Harry Samit du FBI (police fédérale), un des témoins phare de l'accusation devenu précieux pour la défense.
L'agent, un petit homme trapu au regard vif, était venu raconter les "mensonges" de Moussaoui pour aider les procureurs à prouver que si ce dernier n'avait pas nié être un terroriste lors de son arrestation le 16 août 2001 pour un visa périmé, les attentats auraient pu être en au moins en partie évités.
Les avocats de la défense n'ont pourtant fait qu'une bouchée du policier, qui ne souhaitait pas coopérer avec eux, mais n'a pu qu'admettre qu'il avait à 70 reprises qualifié Zacarias Moussaoui de terroriste en puissance planifiant peut-être de détourner un avion, dans des rapports à sa hiérarchie qui ont été ignorés.
La défense cherche à prouver que les attentats n'auraient pu être évités, même si Moussaoui avait parlé, car la lutte antiterroriste américaine était pendant l'été 2001 structurellement inefficace.
Source : AFP, 1er avril 2006

 

Moussaoui contredit par des membres d'Al Qaïda en détention


Des membres d'Al Qaïda détenus par les Américains ont contredit les allégations formulées la veille à son procès par Zacarias Moussaoui en affirmant qu'il n'était pas fiable et qu'il n'était pas impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

Le Français d'origine marocaine, seule personne à avoir été inculpée aux États-Unis d'implication dans les attentats du 11 septembre, avait affirmé lundi que, s'il n'avait pas été interpellé plus tôt, il aurait dû participer à ces attentats à bord d'un cinquième avion lancé contre la Maison blanche.

La plupart des témoignages des détenus ont été lus au tribunal, les autorités américaines ayant exclu qu'ils viennent témoigner à la barre pour des raisons de sécurité nationale. La plupart d'entre eux ont contesté la compétence de Moussaoui et l'homme présenté comme le financier des attentats du 11 septembre a dit n'avoir aucun lien avec lui.

Moussaoui plaide coupable d'implication dans les attentats qui ont fait quelque 3.000 morts à New York et Washington. Le tribunal doit se prononcer sur son éventuelle condamnation à mort.

S'efforçant d'atténuer les effets dévastateurs des propos tenus la veille par Moussaoui, la défense a présenté une déclaration de Sayf al Adl, un responsable de la commission militaire d'Al Qaïda, qui a dit qu'il n'était "absolument pas" question que le Français participe à la mission du 11 septembre.

Mustafa al Haoussaoui, le financier qui a donné à plusieurs pirates de l'air leur billet d'avion pour les États-Unis, a dit n'avoir "aucune connaissance" des transactions financières de Moussaoui.

"EXASPÉRANT"

Un autre membre d'Al Qaïda, du nom de Khallad, a accusé Moussaoui d'avoir enfreint les règles de sécurité en lui téléphonant quotidiennement pendant un voyage en Malaisie, en 2000.

Khallad, qui était impliqué dans les attentats d'août 1998 contre les ambassades des États-Unis à Nairobi et Dar-es-Salaam, et a été le "cerveau" de l'attaque du contre-torpilleur américain "USS Cole", en 2000 dans le port d'Aden, a finalement été contraint d'éteindre son téléphone.

Le témoignage de Riduan Isamuddin, mieux connu sous le nom de Hambali, dirigeant de la Jemaah Islamiah, groupe asiatique lié à Al Qaïda, accuse Moussaoui "de n'être pas une lumière et d'avoir mauvais caractère".

"Selon Hambali, Moussaoui réussissait à exaspérer tout qui entrait en contact avec lui", dit le témoignage, ajoutant que Hambali ne faisait pas confiance à Moussaoui.

Moussaoui ne cessait de parler de rêves qu'il avait de précipiter un avion sur la Maison blanche. Il proposait aussi constamment des opérations jugées "ridicules" par les membres du Jemmah Islamiah, ajoute le témoignage.

Hambali a expliqué qu'il avait finalement offert à Moussaoui un billet d'avion pour l'Europe afin de lui faire quitter la Malaisie.

Moussaoui a reconnu lundi avoir eu des problèmes en Malaisie, mais il a assuré qu'Oussama ben Laden avait dit qu'il pouvait néanmoins participer aux détournements d'avion.

Le Français, arrêté le 16 août 2001, a dit qu'il n'avait pas beaucoup de précisions sur ce complot mais qu'il savait qu'il aurait à précipiter un avion sur la Maison blanche et que les tours jumelles du World Trade Center seraient aussi prises pour cibles.

L'an dernier, lorsqu'il a plaidé coupable de conspiration dans le cadre des attentats, Moussaoui a dit qu'il aurait dû faire partie d'une seconde vague d'attentats.
Source : AFP, 28 mars 2006

 

 

La première conférence des avocats d’Algérie : «Il faut fermer Guantanamo»


par Abdelkader HARICHANE, L'_Expression, 29 mars 2006
«La première Conférence des avocats d’Algérie, réunie les 23 et 24 mars 2006 à Club des Pins - Alger, élargie aux membres du Collectif historique des avocats du FLN, lance un appel à tous les avocats du monde afin qu’ils puissent obtenir la fermeture de tous les lieux de détention ou de rétention tel que Guantanamo, où les personnes sont privées de la protection des lois nationales et internationales», indique un communiqué de l’Unba rendu public hier. «Les avocats sont appelés à agir auprès de leurs gouvernements et des instances internationales pour exiger le respect des conventions internationales contre la torture et les traitements inhumains et dégradants», ajoute-t-on. La Conférence a décidé la création d’un secrétariat permanent dont le siège est fixé à Alger. Le «Collectif» des avocats du FLN est connu pour avoir défié la partialité de la justice coloniale en portant l’affaire algérienne sur l’arène internationale, rappelle-t-on. Me Abdelmadjid Selini a estimé que «ces espaces de non-droit doivent être fermés», lors d’une conférence de presse qu’il a animée hier au Forum d’El Moudjahid à Alger. Cet appel donne également la possibilité aux avocats du monde à défendre les personnes détenues arbitrairement par la plus grande puissance militaire, explique-t-il actuellement, une délégation officielle algérienne, constituée de représentants des Affaires étrangères, de la Justice et de la Défense, «s’est déplacée entre le 12 et le 18 mars, à la base américaine de Guantanamo, pour s’entretenir avec les détenus algériens». Il s’agit de 26 Algériens détenus au camp Delta dont 6 ont été arrêtés en Bosnie, 1 en Géorgie et les autres au Pakistan et en Afghanistan, précise-t-on. Auparavant, un député d’El Islah avait émis le voeu d’aller à Guantanamo pour rencontrer les détenus algériens. Il avait même tenu une conférence de presse en ce sens. Mais on ne sait s’il s’y est rendu ou pas. Me Selini, président de l’Union nationale des barreaux d’Algérie (Unba), a fait le point hier sur la première «journée nationale de l’avocat et des droits de la défense» qui a coïncidé avec l’anniversaire de l’assassinat de Ali Boumendjel, le 23 mars 1957, suite à une torture atroce qui a duré 43 jours, rappelle-t-il en ayant une pensée à sa mémoire. L’intervenant a souligné l’importance du discours du président Bouteflika, prononcé le jour de l’ouverture des travaux de la conférence, qui reflète «une connaissance approfondie de la profession».
Les recommandations de la Conférence insistent sur la révision du statut de l’avocat, selon le projet proposé par l’Union, la création d’un institut pour former des avocats, la rédaction d’une charte de l’éthique et de déontologie commune entre les avocats et les magistrats, la création d’une commission de suivi de la réforme de la justice, la libération des juges des contraintes du nombre d’affaires à traiter sans donner le temps à l’avocat d’étudier son dossier, l’abolition de la peine de mort, la révision du système fiscal pour l’avocat et enfin «l’engagement de l’avocat à prendre en charge et à présenter son aide pour concrétiser les objectifs de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale».

 

 

Les dérives de Bush à Guantanamo devant les juges de la Cour suprême


par Corine Lesnes, Le Monde, 29 mars 2006

Compte tenu de son caractère "historique", la Cour suprême a alloué 90 minutes à l'affaire, fait rarissime pour une instance qui n'en consacre que 60 à chacun des 90 cas dont elle accepte de se charger chaque année sur les 8 000 qui lui sont soumis. Elle a jugé, mardi 28 mars, l'affaire "Hamdan versus Rumsfeld" : l'ex-chauffeur d'Oussama Ben Laden, Salim Ahmed Hamdan, détenu à Guantanamo, contre le secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfeld. L'enjeu n'est pas mince. "Il s'agit de la répartition des pouvoirs entre le président, le Congrès et la justice fédérale pour ce qui concerne la guerre antiterroriste", commente le National Law Journal.

Une chaise est vide. Le juge John Roberts s'est récusé. Alors qu'il n'était pas encore président de la Cour, il a statué en appel sur cette affaire. Ils ne sont donc que huit, assis devant les immenses rideaux rouges. A la dernière minute, l'hypothèse a couru qu'Antonin Scalia, le juge le plus conservateur, pourrait avoir à se récuser. Devant des étudiants suisses, il avait tenu le 8 mars un discours mentionnant que son fils avait servi en Irak.

Il faudrait être "fou", avait-il ajouté, pour accorder aux terroristes des droits équivalents à ceux de la justice civile. Six anciens officiers ont demandé son retrait, mais il n'en a rien fait.

Détenu à Guantanamo depuis 2002, Salim Ahmed Hamdan devait être l'un des premiers à comparaître devant les commissions militaires, sortes de cours martiales à moindres garanties mises en place sur ordre du président George Bush le 13 novembre 2001. Le procès n'a jamais abouti, pas plus que celui des neuf autres "ennemis combattants" désignés par la Maison Blanche - parmi les 490 prisonniers - pour passer en justice.

Les avocats de Salim Hamdan contestent la légalité des commissions militaires. Et plus généralement la constitutionnalité des pouvoirs pris par le président Bush depuis le 11 septembre 2001. "Nous sommes tous d'accord. Il faut de nouvelles règles. La question, c'est qui doit les écrire. Cela ne peut pas être le président", a déclaré, à la veille de l'audience, le commandant Charles Swift, l'avocat militaire commis d'office. Tous les cercles de réflexion du pays attendent de voir comment va statuer la Cour. Le procès est présenté comme le plus important depuis le cas "Rasul vs Bush", qui a permis aux prisonniers de contester leur détention devant les tribunaux fédéraux, en juin 2004.

Après cette décision, les tribunaux ont été envahis de recours. Plus de 300 avocats, autoproclamés "barreau de Guantanamo", se sont occupés bénévolement de la défense des détenus. Fin décembre 2005, le Congrès s'est soudain mêlé de la question. Il a voté une loi sur le traitement des prisonniers ("Detainee Treatment Act"), qui interdit la torture (amendement McCain) mais qui retire aussi aux prisonniers ce droit de recours en habeas corpus, un fondement du système judiciaire anglo-saxon. Les détenus n'auraient plus qu'un recours a posteriori contre leur condamnation.

Depuis, le système est paralysé. Que faire de la centaine de recours ? Le gouvernement a demandé à tous les tribunaux de s'en dessaisir. C'est aussi cela que la Cour est appelée à démêler. "Ce serait de la part du Congrès un acte extraordinaire" que de mettre en cause l'autorité de cette Cour, remarque la juge Ruth Bader Ginsburg.


SILENCE PARFAIT


Dans la salle, des ambassadeurs accompagnés de leur épouse, des militaires en grand uniforme. Le ministre de la justice, Alberto Gonzales, est là. Selon la tradition, le public est autorisé à venir s'asseoir pendant trois minutes derrière les colonnes du fond de la salle, avant d'être reconduit dans un silence parfait par les appariteurs.

S'ils lèvent les yeux, les spectateurs peuvent apercevoir une frise de marbre représentant les Pères de la loi : Moïse, Confucius, Hammourabi, Napoléon et Mahomet, armé d'une épée. Cette représentation du Prophète n'a pas échappé à l'association CAIR (Council on American-Islamic Relations), qui défend les musulmans. Il y a dix ans, elle avait demandé sa suppression, mais le juge Rehnquist, qui présidait alors la Cour, avait répondu qu'il serait "illégal de retirer ou d'attenter à un trait architectural de la Cour suprême".

Chaque avocat a droit à 45 minutes. A peine a-t-il commencé son exposé qu'il est interrompu. Le juge Scalia et le juge Breyer, son alter ego de gauche, un francophone distingué, se renvoient la balle par questions interposées. Le juge Clarence Thomas, renversé dans son fauteuil de cuir noir, ne dit pas un mot, comme à son habitude.

C'est une sorte de grand oral, pointilliste et érudit. On dissèque l'épisode de 1780, lorsque George Washington avait rassemblé un groupe d'officiers généraux pour juger le major britannique John André, accusé d'espionnage. Cela avait été la première commission militaire, affirme l'avocat général du gouvernement, Paul Clement, la preuve de leur légitimité, même si elles n'ont pas été utilisées depuis le procès de 1942 contre huit saboteurs nazis.

Le défenseur du gouvernement passe un mauvais moment quand il tente d'expliquer à une Cour qui veille jalousement sur l'habeas corpus que le Congrès n'a, en fait, pas voulu suspendre cette disposition, même si sa décision en a tout l'air. "Vous nous dites que le Congrès aurait pu suspendre l'habeas corpus par inadvertance ?", s'étonne le juge David Souter.

Son collègue Stephen Breyer résume l'accusation : "Vous nous parlez de guerre contre le terrorisme, mais ce n'est pas une guerre, au moins pas une guerre ordinaire. Ce n'est pas un tribunal de crimes de guerre : il n'y a pas d'urgence, pas de champ de bataille, la justice civile fonctionne, aucun officier ne l'a réclamé. Si le président peut faire tout cela, alors il peut aller à Toledo (Ohio), mettre en place une commission militaire, choisir un étranger et le juger devant cette commission spéciale", déclare-t-il. La décision n'est pas attendue avant juillet.

 

 

Moussaoui dit qu'il devait attaquer la Maison Blanche le 11 septembre 2001


Le Français Zacarias Moussaoui a affirmé lundi à son procès aux Etats-Unis qu'Oussama ben Laden lui avait demandé d'attaquer avec un avion la Maison Blanche, le 11 septembre 2001, mettant en pièces les arguments de sa défense visant à lui éviter la mort.
Interrogé par son avocat, Gerald Zerkin, pour savoir s'il devait participer aux attentats de 2001, Moussaoui, 37 ans, qui a plaidé coupable de complicité avec les auteurs des attentats, a répondu en anglais: "Oui (...) Je devais projeter un avion sur la Maison Blanche".
L'avocat, contraint par le détenu à lui poser certaines questions, lui a demandé qui lui avait donné un tel ordre: "Oussama ben Laden", a-t-il dit.
"L'un des membres définitifs de mon équipe était Richard Reid", a-t-il aussi indiqué. Ce Britannique qui avait tenté de faire exploser sa chaussure piégée à bord d'un vol Paris-Miami, le 22 décembre 2001, purge une peine de prison à vie aux Etats-Unis.
Moussaoui a aussi précisé qu'il savait que les attentats auraient lieu "après le mois d'août" 2001 et qu'il avait guetté les informations dans la prison où il était détenu pour un visa périmé: "Lorsque j'ai vu le World Trade Center en flammes, j'ai immédiatement su".
Inculpé en décembre 2001 et jugé depuis le 6 février au tribunal fédéral d'Alexandria (est) pour complicité, Moussaoui avait jusqu'à présent déclaré qu'il savait qu'Al-Qaïda prévoyait "de projeter des avions contre des immeubles des Etats-Unis", mais que son opération contre la Maison blanche devait avoir lieu plus tard.
Le détenu, interrogé ensuite par le procureur Robert Spencer, a reconnu qu'il s'était réjoui de la mort de citoyens américains le 11-Septembre, et qu'il avait menti à la police fédérale afin de ne pas compromettre le déroulement des attentats.
Le procureur, renforcé par les déclarations de Moussaoui, lui a posé la question au moins cinq fois: "La raison pour laquelle vous avez menti était de permettre le déroulement des opérations ?". "C'est correct", a répondu le prisonnier en combinaison verte.
Il a aussi déclaré qu'il savait que "les deux tours du World Trade Center" seraient visées et que l'emploi de couteaux pour détourner les avions était "probable".
"Vous vouliez tuer des Américains"?, lui a demandé Robert Spencer: "Oui", a répondu Moussaoui. "Vous étiez prêt à utiliser un couteau pour trancher la gorge d'un passager ou d'une hôtesse", a ajouté le procureur. "Oui", a répondu Moussaoui, "trancher la gorge de quelqu'un n'est pas difficile".
Les jurés ont observé la scène avec attention, sans pour autant exprimer d'émotion particulière.
La déposition du Français devant les jurés complique singulièrement la tâche de sa défense, qui tente depuis la fin de la semaine dernière de convaincre les jurés que Moussaoui disposait de bien moins d'informations sur les attentats que les autorités américaines.
Lundi matin, ils ont essayé en vain de lui interdir de déposer.
Dans quelques jours, les jurés devront déterminer si Moussaoui est passible de la peine de mort. Si c'est le cas, le procès entrera dans une seconde phase consacrée à l'examen de circonstances atténuantes et agravantes. Sinon, il sera condamné d'office à la prison à vie.
Après avoir passé près de 3 heures à répondre, avec calme, aux questions de son avocat et du procureur, Moussaoui a conclu: "Je suis reconnaissant d'être un membre d'Al-Qaïda", "Je suis reconnaissant" d'avoir été choisi pour être le pilote du 5e avion.²
Source : AFP, 27 mars 2006

 


Le droit international sacrifié au combat contre le terrorisme


Violence et résistances à Guantánamo


par Marie-Agnès Combesque, Le Monde diplomatique, février 2006
L'auteur est membre de la Ligue des droits de l'homme, animatrice du groupe de travail Abolition universelle de la peine de mort.

Lors d'une rencontre avec la chancelière allemande Angela Merkel, qui estime que le camp de détention de Guantánamo « doit à terme cesser d'exister », le président des Etats-Unis, M. George W. Bush, a invoqué la guerre antiterroriste pour répondre : « La base de Guantánamo est nécessaire à la protection des Américains. » Détenu aux Etats-Unis à la suite des attentats du 11-septembre, auxquels il n'a pas participé, M. Zacarias Moussaoui encourt la peine de mort. Son procès commencera début mars.

Des suffragettes anglaises en 1909 aux détenus politiques des geôles turques en 1984, 1996 et 2000, en passant par Gandhi en 1943 et 1948, Bobby Sands en 1981 (1), mais aussi les sans-papiers lillois en 2004, la grève de la faim reste l'arme de la désobéissance