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La galaxie guantanamo

« Ici, c’est un goulag ! » : le combat des détenus de guantanamo à travers les lettres de Sami Al Hajj


Nous poursuivons la publication de lettres du détenu de guantanamo Sami Muhydine Al Hajj, caméraman d’Al Jazeera, à son avocat britannique Clive Stafford- Smith, en date du 9 août et du 20 octobre 2005.


Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). Ces traductions sont en Copyleft.


9 Août 2005
Original : http://www.aljazeera.net/NR/exeres/08DE9B0F-391A-42B4-B391-A73AE742F133.htm/


Mon cher Clive,
Je te livre ces quelques impressions sur la grève de la faim.
J’ai commencé la grève de la faim le 12 Juillet dernier au camp N°4 et plus exactement au Bloc “Whisky”. 190 détenus y ont participé.
Nos revendications tenaient en deux points :
-L’arrêt de la main de fer à laquelle étaient soumis les détenus, surtout au camp N°5.
-La garantie de soins médicaux et l’arrêt des pratiques arbitraires systématiques qui consistaient notamment à droguer les détenus et à se jouer de leur santé mentale.
Le 15 juillet, de nombreux visiteurs sont arrivés au camp Delta. Je crois que c’étaient des membres du Congrès US. Pour des raisons connues des seules autorités du camp, les visiteurs ont été empêchés de rendre une visite normale au camp 4. C’est peut-être en raison de la tension qui y régnait. Il y a eu quand même une visite de l’hôpital proche du Bloc “Whisky”.
Abattus et désespérés, les détenus ont commencé aussitôt à hausser la voix et à crier pour attirer l’attention des visiteurs, dans l’espoir de pouvoir leur expliquer leur situation. Certains criaient des slogans « Liberté », d’autres « Bush= Hitler », ici c’est un Goulag , c’est un scandale, c’est l’esclavage ! ».
A ce moment-là, certains visiteurs ont tenté de s’approcher du Bloc “Whisky” pour mieux entendre les cris, passant outre les consignes des gardiens. Certains visiteurs se sont intéressés à nous alors que d’autres nous regardaient avec mépris.
Le 15 juillet à 17 heures, les autorités du camp Delta ont entrepris de faire évacuer les détenus du Bloc “Whisky” contre leur volonté (je crois que c’était le résultat de la visite des membres du Congrès). Ainsi, ils ont ramené 18 détenus aux camps 2 et 3, où les conditions de détention sont extrêmes. Parmi ces détenus, il y avait un de tes clients, Jamel El Bannas. Bien qu’il n’y avait aucune résistance de la part des détenus, on a fait appel aux forces de maintien de l’ordre, connues sous le nom de ERF.
À la fin de cette opération, ce sont 18 détenus qui ont été transférés aux blocs 2 et 3.et les autres détenus du Bloc “Whisky” ont demandé aussitôt à rejoindre leurs amis aux blocs 2 et 3.
Entretemps, les conditions s’étaient dégradées au bloc 4. Ses détenus ont eux aussi demandé à être transférés aux blocs 2 et 3, connus pour leurs très mauvaises conditions. En fin de compte ce sont 40 détenus qui ont été transférés en suivant la procédure pour évacuer le bloc 4 : ils ont abandonné tous leurs biens et se sont avancés devant le bloc, afin que les autorités les prennent au sérieux.
Le 18 juillet à 15 heures, les autorités ont commencé le transfert des détenus aux camps 2 et 3.
Au fil des jours de la grève, un autre slogan est apparu : Pourquoi sommes-nous des ennemis ? Scandé par tous les détenus. Le général nous a dit qu’il n’avait pas le pouvoir de changer cette situation. On nous raconté que Donald Rumsfield, le ministre de la Défense, avait envoyé une lettre de Washington demandant au général d’appliquer la convention de Genève aux détenus.
Le plus important pour nous était de faire fermer le bloc 5 parce que les conditions y étaient vraiment extrêmes.
Des officiers sont venus nous voir et nous ont promis qu’ils allaient ouvrir une cantine où nous pourrions nous approvisionner. Ils nous ont fait savoir que nos familles pouvaient nous envoyer de l’argent et qu’ils allaient donner 3 dollars par semaine à chaque détenu qui n’a pas d’argent.
Il y avait un conseil de détenus pour leur permettre de débattre de leurs problèmes, de définir leurs positions et de négocier avec les autorités. Les détenus étaient autorisés à tenir leur conseil mais non pas à débattre dans la confidentialité. Aussi, ils ont été obligés de faire passer entre eux des bouts de papier dans lesquels étaient consignées leurs observations, qu’ils avalaient après leur échange. Cela a provoqué la colère des autorités.
Le 5 août, l’affaire Hicham Sliti provoqua de graves problèmes. Ce dernier était battu pendant son interrogatoire. Le Coran était aussi profané. Il y avait beaucoup de problèmes concernant le Coran : ainsi par exemple : la police militaire a demandé quelque chose à Chamrani- originaire du Yémen- alors qu’il faisait sa prière. Il a répondu qu’il allait accomplir ce qui était demandé après avoir fini sa prière. C’est alors que la police militaire s’est ruée sur lui et l’a battu. Son visage était ensanglanté. Puis ils ont commencé à profaner et à piétiner le Coran.
Ce n’était pas la première fois que cela se produisait. On a dit à Hakim- lui aussi originaire du Yémen- qu’il constituait une grave danger pour les Américains parce qu’il apprenait par c¦ur tout le Coran. C’est une véritable humiliation pour la foi musulmane.
Il y avait aussi le cas de Sâad, originaire du Koweit, qui a été emmené par la force à l’interrogatoire. Une autre fois, il a été contraint de rester cinq heures avec une femme qui le harcelait sexuellement. Le cas aussi du jeune Omar Khadr, du Canada, lui aussi traîné de force à l’interrogatoire.
Au bloc 3, les détenus étaient emmenés dans un lieu dit Romeo, où leur dignité était bafouée et où on les obligeait à porter des shorts.
Les autorités ont coupé l’eau pendant 24 heures et ont privé les détenus de nourriture.
Le 8 août, le général a interdit les réunions du conseil des détenus. Les blocs 2 et 3 ont commencé leur grève de la faim le 7 août et le bloc 1, deux jours plus tard.
Dès la reprise de la grève, un colonel est venu avec un mégaphone demander à parler aux chefs des blocs, mais nous avons refusé.
Nous avons été contraints de reprendre cette grève quoique personnellement elle ne m’enchante pas, mais c’est le devoir de solidarité. Nous sommes obligés d’être solidaires entre nous et surtout avec les détenus du bloc 5.
Mon grand espoir est de rester en vie et je te prie de transmettre à mon épouse et à mon fils que je les aime beaucoup.
Ton ami et client.
Sami Muhydine Al Hajj


Jeudi 17/09/1426H-20/10/2005 J.C.
Original : http://www.aljazeera.net/NR/exeres/B23124B3-E716-4F1D-8DBE-C934AB849556.htm/


Mon Cher Clive, bonjour.
Je voudrais te dire encore une fois qu’au cas où je serais libéré, je décide de rentrer dans ma chère patrie le Soudan et je ne veux aller nulle part ailleurs.
Je souhaite retourner au Soudan pour y mener ma vie normale avec ma chère famille et continuer à assumer mes devoirs envers mes petits frères et s¦urs, d’autant qu’ils sont sous ma responsabilité maintenant que mes chers et regrettés parents ont été rappelés à Dieu.
Je souhaite aussi que mon fils bien aimé, Mohamed El Habib, rejoigne l’école soudanaise qui le préparera, par la Grâce de Dieu, j’en suis sûr, à un avenir radieux.
Je te remercie et je t’exprime toute ma considération et tout mon respect pour ce que tu as fait pour moi.
En fidèle amitié
Sami Mohydine Mohamed Al Hajj

Liberté pour Sami Al Arian !
Le Conseil national des Américains arabes (NCA) vint de lancer un appel exigeant que les autorités respectent le vrdict du jury de Floride qui a acquitté le professeur Sami Al Arian de 8 des principaux chefs d’inculpation et le remettent en liberté. Il a été emprisonné pndant trois ans et risque la déportation, bien qu’il soit citoyen US. les procureurs et le ministère de la Justice sont en train de chercher les voies légales pour le fair soit condamner soit expulser après l’avoir dépouillé de sa citoyenneté.
Le NCA lance donc une campagne en direction des autorités. On peut écrire à AskDOJ@usdoj.gov en demandant : Free Sami Al-Arian now ! On peut aussi écrire au procureur en chef Paul Perez en adressant un courriel à steve.cole@usdoj.gov en écrivant : “Please forward to Mr. Paul Perez - Drop all charges against Dr. Sami Al-Arian and free him !”
Source : http://www.arab-american.net. Courriel : nationaloffice@arab-american.net

 

Quand le nouveau goulag retrouve l'ancien : les USA envisagent le transfert de prisonniers de guantanamo à Pol-e-Charki, une ancienne geôle soviétique en Afghanistan, rénovée par l'ONU avec de l'argent de l'UE !


Les USA envisagent d'aménager une prison de haute sécurité en Afghanistan pour des personnes suspectées de s'être livrées à des actes terroristes, dont des prisonniers de guantanamo, rapporte jeudi le Financial Times.
Le quotidien des milieux d'affaires britanniques indique que les USA ont choisi comme lieu de détention, la prison de Pol-e-Charki, près de Kaboul, la capitale afghane, et qui date de l'occupation soviétique dans les années 80.
Certaines parties de la prison ont été récemment réaménagées dans le cadre d'un programme financé par l'Union européenne, principalement l'Italie, et sous la supervision de l'UNODC, le Bureau des Nations Unies contre les drogues et crime.
Le journal, citant des diplomates occidentaux, relève que les Nations unies, ainsi que l'UE, se sont opposées à ce que les États-Unis transforment le complexe en prison de haute sécurité pour des suspects afghans.
Le transfert des prisonniers de guantanamo vers l'Afghanistan, ajoute le quotidien, a pour but de réduire la pression sur le gouvernement US au sujet de la base de guantanamo, où se trouvent encore environ 500 détenus pour la plupart capturés en Afghanistan à l'automne 2001.
Source : AFP, 5 janvier 2006, ONU, 14 avril 2005

 

Le procès de cinq ex-détenus marocains de guantanamo reporté au 3 février


Le procès des cinq Marocains ex-détenus à la base américaine de guantanamo a été reporté vendredi au 3 février prochain. La Chambre criminelle (1er degré ) de l'annexe de la cour d'appel à Salé a pris cette décision suite à une requête de la défense. Les mis en cause Tbarek A (50 ans), Chkouri R (33 ans) , Benchekroun I. (26 ans), Mazouz M. (32 ans) et Ouzar M. (26 ans) sont poursuivis, chacun en ce qui le concerne, pour appartenance à une bande criminelle, non dénonciation de crimes d'atteinte à la sûreté de lEtat , soutien à un groupe criminel à travers le transfert de fonds remis à des Marocains formant une bande criminelle pour porter atteinte aux intérêts marocains et participation à la falsification de passeports. Les prévenus Tbarek, Ouzar, et Chkouri ont comparu en état de liberté provisoire. A ce sujet, la défense a demandé à la cour de dissocier leur dossier de celui de Mazouz M. et Benchekroun I., impliqués dans une autre affaire dans laquelle une vingtaine de prévenus sont poursuivis par la justice pour de présumés liens avec des organisations terroristes à l'étranger.
Source : www.albayane.ma, 4 janvier 2005

 

Puni pour trois grains de riz et quatre fourmis : lettre de guantanamo de Sami Al Hajj


Nous publions une lettre du détenu de guantanamo Sami Muhydine Al Hajj, caméraman d’Al Jazeera, à son avocat britannique Clive Stafford-Smith, en date du 6 novembre 2005.


Original : http://www.aljazeera.net/NR/exeres/08DE9B0F-391A-42B4-B391-A73AE742F133.htm/


Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (transtlaxcala@yahoo.com).
Cette traduction est en Copyleft.

Versión española: http://www.rebelion.org/noticia.php?id=25069
English version : http://peacepalestine.blogspot.com/
Versione italiana : http://mirumir.blogspot.com/

 

Dimanche 4/10/1426 H- 6/11/05 J.C.


Mon Cher Clive,
Permets-moi de te faire cette confidence : je suis taraudé par cette question : pourquoi suis-je puni ? Cette question obsède mon esprit et tourne en boucle dans ma tête.
Mon histoire avec les sanctions a commencé à la prison de Bagram. On ne nous autorisait à aller aux toilettes que deux fois par jour : la première juste après l’aube et la seconde avant le crépus cule et tu ne peux y aller que lorsque son tour arrive.
Je me souviens d’une fois où j’étais vraiment pressé. J’ai chuchoté alors à l’oreille de la personne qui était devant moi, de me laisser passer avant elle. C’est alors que le soldat en colère me crie au visage : ne parle pas, et il m’ordonne d’aller à la porte. Là, il m’accroche les mains à un fil de fer et je suis demeuré debout toute la journée à trembler de froid, si bien que j’ai pissé dans mon pantalon ce qui a provoqué les rires moqueurs des soldats et des putains.
Puis à Kandahar :
En plein été, sous un soleil de plomb et sur un solbrûlant, un soldat crie : toi, arrête, le deuxième, le troisième et le quatrième aussi ! Pourquoi vous parlez ? Mettez-vous à genoux, les mains sur la tête. Nous nous exécutons et il nous laisse ainsi sous une chaleur torride, les genoux sur une caillasse chauffée à blanc…jusqu’à ce que l’un d’entre nous s’évanouisse et que les autres viennent à son secours.
Une semaine après notre arrivée à Guantanamo, les soldats sont venus de très bonne heure et ont ordonné aux détenus de sortir le bras par le guichet de la porte par laquelle on nous sert d’habitude la nourriture et ce pour nous faire vacciner contre le tétanos, disaient-ils.
Quand mon tour est venu, je les ai informés qu’avant de quitter Doha, je m’étais fait vacciner contre le tétanos, la fièvre jaune, le choléra et autres maladies et que selon le médecin, ces vaccins étaient valides durant cinq ans. Je n’avais donc pas à les refaire.
L’officier me cria au nez et m’ordonna de ne pas discuter : « sors ton bras pour le vaccin, sinon on va te faire sortir de force », me dit-il. J’ai refusé.
Ils m’ont laissé puis sont revenus me voir après avoir terminé avec le bloc. Mais j’ai persisté à ne pas accepter de me refaire vacciner. Alors ils m’ont confisqué toutes mes affaires, du matelas à la brosse à dents et m’ont laissé coucher à même le sommier en fer durant trois jours et trois nuits.

Et c’est toujours la même question qui me revient et me tourmente: pourquoi suis-je puni ?


Les soins sont-ils obligatoires ? Sommes-nous devenus un troupeau de moutons qu’on conduit et parque ? Devrons-nous accepter tout sans discuter, sans émettre la moindre objection et sans même nous informer ?
Il m’est arrivé pire encore. Une nuit, je m’étais couché très tôt. J’étais exténué après avoir été interrogé à la salle d’interrogatoire durant des heures. C’est alors que j’ai commis l’erreur de me couvrir la tête et les mains. J’étais plongé dans le sommeil quand j’entendis les cris et les ordres d’un soldat : sors ta tête et les mains de sous la couverture. J e me suis réveillé en sursaut et j’ai aussitôt obéi aux ordres. Il nous était interdit en effet de dormir la tête ou les mains sous la couverture.
A peine je me rendors que le soldat est venu frapper violemment à la porte de ma cage et me crier très fort : pourquoi tu as mis la pâte dentifrice à la place de la brosse ? Il m’accusa de désobéir délibérément aux lois et règlements militaires et m’ordonna de ramasser mes affaires. Ma punition dura une semaine entière.
Et la sempiternelle question me revient : pourquoi suis-je puni ? Est-ce que cela constitue une raison suffisante pour me punir en me retirant toutes mes affaires et en me laissant dormir toute une semaine à même le fer, sans matelas ni couverture ?
Une autre fois, j’étais en train de prendre mon déjeuner qui consistait en un repas froid en boîte. Après avoir fini de manger, un soldat est venu ramasser les restes du repas et les sachets d’emballage. Il s’est arrêté à la porte de ma cage et a commencé à compter les morceaux du sac d’emballage et à les assembler. Aussitôt il me cria à la figure : où est l’autre morceau ? je commençais aussitôt à fouiller dans mes affaires, vainement. C’est alors qu’il prit contact avec son administration et revint avec la sentence : je méritais une sanction exemplaire pour dissuader d’autres détenus d’un tel écart.
Alors on me confisque mes affaires pendant 3 jours pendant lesquels je me suis creusé la tête par cette question lancinante : pourquoi suis-je puni et qu’aurai-je fait avec ce morceau d’emballage de plastique introuvable ?
Une autre fois, la providence m’a réuni dans le même bloc avec Jamel l’Ougandais, Mohamed le Tchadien et Jamel Blama le Britannique. Nous étions réunis ensemble mais aussi unis par la même couleur noire de peau et la même couleur détestable de notre tenue orange. Notre peau noire suffisait à elle seule à exciter nos gardiens blancs contre nous pour nous harceler et nous coller des sanctions avec ou sans motif.
Ils nous réveillaient souvent en pleine nuit au motif de fouiller la geôle. Une certaine nuit, ils m’ont réveillé pour une fouille. Ils n’ont rien trouvé de suspect…à part 3 grains de riz par terre qui avaient attiré quelques fourmis. Alors ils me collèrent une sanction de 7 jours. Encore une fois, je les ai mis à profit pour creuser cette obsédante question : pourquoi suis-je puni ? Il me paraissait débile en effet que je le sois à cause de 3 grains de riz et de quatre fourmis.
Une autre nuit, deux soldats s’arrêtèrent à la porte de ma cage. Ils avaient des chaînes et des menottes. Ils frappèrent violemment à la porte ce qui me réveilla terrorisé. Ils me menottèrent et me conduisirent au bloc Romeo où ils m’ont mis dans une cage après m’avoir déshabillé entièrement sauf du caleçon et du tricot de peau. Rien d’autre, ni même savon ou brosse à dents.
J’ai eu beau demander une explication à cette sanction, sans réponse jusqu’au lendemain, quand sur mon insistance, un responsable est venu me dire que j’étais puni à passer deux semaines en cage, parce qu’un soldat a trouvé un clou sur le bord extérieur de l’ouverture d’aération de ma cage !
J’ai alors dit au responsable : comment aurai-je eu ce clou, d’où me viendrait-il et comment aurai-je pu le mettre sur le bord extérieur de cette ouverture et dans quel but ? Mais il me tourna le dos et partit, ignorant mes questions.
Ainsi, je suis resté pendant 14 jours en position assise évitant, par pudeur, de faire mes prières les fesses en l’air, et j’ai dormi pendant 14 nuits froides d’hiver, à même le fer, sans couverture ni matelas.
Les harcèlements et les provocations des soldats se multiplièrent et se diversifièrent.
Une fois, nous avons appris qu’un soldat avait piétiné le Saint Coran, y imprimant les traces de ses chaussures. Tous les détenus se révoltèrent et décidèrent de rendre les exemplaires du livre Saint à l’administration américaine pour éviter qu’ils ne soient profanés sous nos yeux, surtou t que le général s’était engagé précédemment que ce genre de provocation ne se renouvellerait pas. Mais ils faillirent à leur promesse.
Suite à cela, les détenus décidèrent de ne pas quitter leurs cages, pas même pour aller en promenade et la douche dont ils avaient tant besoin, et cela pour obtenir le ramassage des exemplaires du Coran.
Comme à leur habitude, les responsables sont aussitôt venus pour donner des ordres et proférer des menaces. Au bout d’un moment, ils lâchèrent les valeureuses forces anti-émeutes qui forcèrent les geôles et se mirent à battre les détenus avant de les enchaîner et de les menotter. Ils leurs coupèrent les cheveux, les barbes et les moustaches et les jetèrent dans des cages individuelles.
Comme tout détenu, mon tour arriva. Ils m’aspergèrent les yeux d’un gaz, puis 5 soldats se mirent à me battre, me conduisirent à l’aire de promenade et me jetèrent au sol. Alors que j’étais par terre, l’un d’eux me prit la tête et la frappa contre le sol en ciment. Un autre me frappa sur l’arcade sourcilière et l’entailla. Le sang gicla et me couvrit le visage. Tout cela, alors que j’étais au sol, menotté et enchaîné. Ils me coupèrent cheveux, moustaches et barbe et me jetèrent dans une cage individuelle, baignant dans le sang.
Au bout d’une heure, un soldat est venu me demander, à travers l’ouverture, si je voulais des soins médicaux. Je refusais l’offre et plaçais ma confiance en Dieu auprès duquel je dénonçais l’injustice de mes geôliers. A un certain moment, j’ai senti que je perdais connaissance à cause de la perte de sang, je demandais alors des soins. Ils sont venus et m’ont fait trois points de suture à l’arcade sourcilière, un pansement à la tête et ils m’ont donné des somnifères, des antibiotiques disaient-ils. Tout cela à travers une lucarne de quelques centimètres de côté.
Je me suis endormi, écrasé par l’injustice criarde des hommes.
Le lendemain matin, à peine ai-je ouvert les yeux, que je me suis retrouv é confronté de nouveau à l’obsédante question : pourquoi je suis puni ?
Est-ce que la défense de ma foi et de ma religion, serait un crime puni de prison ? Nos demandes de ramasser les exemplaires du Coran afin qu’ils ne soient pas profanés devant nos yeux serait aussi un crime ? Pourquoi suis-je ici ? Est-ce que le départ en Afghanistan pour quatre semaines avec une caméra d’Aljazeera après la guerre d’agression contre un peuple afghan désarmé,, est aussi un crime pour lequel je dois être puni de prison pour plus de quatre ans ? Et même de me faire accuser de terrorisme ?
De nombreuses questions fourmillent dans ma tête, me tourmentent l’esprit et viennent toutes buter contre le fatras de slogans racoleurs dont se targuent les promoteurs de la liberté, les défenseurs de la démocratie et les protecteurs de la paix, sur toute l’étendue de la planète.

 

«Extraordinary renditions » («Transferts spéciaux ») :
« La CIA a le droit d’enfreindre toutes les lois »


Une interview de Michael Scheuer par Thomas Kleine-Brockhoff, Die Zeit, Hambourg, 29 décembre 2005, N° 1.
Original : http://www.zeit.de/2006/01/M__Scheuer?page=all .
Traduit de l’allemand par Eva, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.


Michael Scheuer est un vétéran de la CIA qui a participé au programme de “transferts spéciaux” de la CIA, lancé par Clinton en 1995. Dans cette interview, il se livre à une exercice virtuose de désinformation, mêlant le vrai et le faux. Aux lecteurs de se faire leur propre religion.
Voici comment l’hebdomadaire allemand Die Zeit présente le personnage :

« Michael Scheuer a quitté la CIA en novembre 2006 après 22 ans de service. Entre 1995 et 1999 il dirigeait l’unité qui était chargée de poursuivre Ousama Ben Laden. Depuis 2000 il était l’un des principaux agents de la lutte anti-terroriste au sein de la CIA. Pendant qu’il était encore en service, il rédigeait déjà une critique de la politique américaine contre le terrorisme (« Imperial Hubris »). Michael Scheuer est considéré au sein de la CIA comme un traître. Il vit avec sa famille en Virginie. »

Est-ce que les services secrets américains ont le droit d’enlever des terroristes présumés ? Michael Scheuer, l’un des principaux responsables, donne pour la première fois des réponses au quotidien allemand Die Zeit.
Die Zeit : Vous avez participé au sein de la CIA au développement du système des « renditions » ce qui comprenait l’enlèvement de terroristes présumés à l’étranger et leur extradition vers des pays tiers. Du point de vue de la CIA, est-ce que ces « transferts spéciaux » étaient une réussite ?
Michael Scheuer : Absolument. Pendant une décennie c’était le programme d’anti-terrorisme le plus réussi des Etats-Unis d’Amérique.
Die Zeit : Pourquoi ?
Michael Scheuer : Parce que ces objectifs étaient clairement définis. Premièrement nous voulions identifier et mettre sous les verrous des membres et personnes de contact du groupe terroriste Al Qaida, notamment ceux qui ont participé à une attaque visant les Etats-Unis d’Amérique ou un État allié ou bien qui pourraient planifier une telle attaque. Le deuxième objectif était de confisquer des documents et des composants électroniques. Les médias affirment que nous avions arrêté et enlevé des personnes sur la base d’une quelconque supposition pour les interroger. Mais ça ne correspond pas à la réalité.
Die Zeit : Vous ne vouliez donc pas les interroger ?
Michael Scheuer : Si l’occasion de les interroger se présentait, c’était la cerise sur le gâteau. A la base, nous ne voulions qu’arrêter la personne et confisquer ses documents.
Die Zeit : Pourquoi ?
Michael Scheuer : Notre expérience nous a montré que des interrogatoires musclés qui frisent la torture ne donnent pas de résultat. Les personnes disent tout ce que l’agent qui les interroge veut entendre. Soit les personnes mentaient, soit elles nous donnaient des informations précises mais obsolètes.
Die Zeit : Qui a inventé le système des « transferts spéciaux » ?
Michael Scheuer : Le président Clinton, son conseiller de sécurité Sandy Berger et son conseiller dans le domaine du terrorisme Richard Clarke ont chargé la CIA en automne 1995 de détruire Al-Qaida. Nous avons posé la question au président : Que devons-nous faire des personnes que nous arrêtons ? Clinton nous a répondu : C’est votre problème. La CIA répliquait : Mais nous ne sommes pas des gardiens de prison. Puis, on nous a suggéré une deuxième fois de trouver une solution quelconque à ce problème. Nous avons donc élaboré une procédure et moi, je faisais partie de ce groupe de travail. Nous nous sommes concentrés sur les membres d’Al-Qaida qui étaient recherchés dans leur pays d’origine respectif ou bien qui avaient déjà été jugés en leur absence.
Die Zeit : Comment avez-vous décidé qui devait être arrêté ?
Michael Scheuer : Nous devions présenter beaucoup de matériel accusatoire à un groupe d’avocats.
Die Zeit : Des avocats ? Au sein des services secrets ?
Michael Scheuer : Oui, il y a des avocats partout. Au sein de la CIA, du ministère de la Justice, du Conseil national de sécurité. Nous avons élaboré une liste de cibles sous leur surveillance. Puis nous devions trouver la personne et ce dans un pays qui était prêt à collaborer avec nous. Ensuite, la personne devait venir d’un pays qui était prêt à la reprendre. C’est une procédure très pénible visant un groupe cible très restreint.
Die Zeit : Pourquoi est-ce qu’il y a des pays qui veulent collaborer avec vous sur leur propre territoire ? Ils auraient pu faire ce travail eux-mêmes ?
Michael Scheuer : Ils croyaient que seuls les Etats-Unis d’Amérique étaient menacés. Et qu’ils ne deviendraient la cible d’actes terroristes que lorsqu’ils arrêteraient des suspects. Si nous n’avions pas amorcé le processus, personne ne l’aurait fait.
Die Zeit : Vos pays partenaires voulaient donc se décharger de ce travail auprès de la CIA ?
Michael Scheuer : Oui, mais ils ne voulaient pas garder ces personnes dans leurs pays. La CIA n’a pas arrêté ou emprisonné quelqu’un elle-même.
Die Zeit : Je vous demande pardon ?
Michael Scheuer : C’était la police locale ou bien des services secrets sur place qui s’en chargeaient. Nous nous tenions toujours à l’écart. Le gouvernement américain est rempli de lâches. Il ne permet pas à la CIA de travailler indépendamment.
Die Zeit : Les interrogatoires avaient-ils lieu dans le pays cible ?
Michael Scheuer : Nous avons toujours soumis nos questions par écrit.
Die Zeit : La CIA n’a jamais réellement assisté aux interrogatoires ?
Michael Scheuer : Je n’en ai jamais entendu parler. Les avocats nous interdisaient cette pratique.
Die Zeit : N’aviez-vous pas des doutes quant à la torture dans ces pays ?
Michael Scheuer : Non, c’était mon boulot de protéger des citoyens américains en arrêtant des membres d’Al-Qaida. Le pouvoir exécutif de notre gouvernement doit décider s’il considère ça comme hypocrite ou non. Cette opération était un succès à 90% et on n’en peut qualifier de désastre que 10%.
Die Zeit : Qu’entendez-vous par désastre ?
Michael Scheuer : Tout a été rendu public. Les Européens vont désormais réduire leur assistance car ils craignent que tout soit révélé par le Washington Post. Et puis il y a cette machine à vent au Sénat, le Sénateur John McCain, qui a quasiment avoué que la CIA appliquait la torture. À tort bien évidemment. Mais c’est ainsi que tout le programme sera détruit.
Die Zeit : Pourquoi avez-vous ramené les gens dans leur pays d’origine au lieu de les transférer aux Etats-Unis d’Amérique ? N’auriez-vous pas pu les mettre sous les verrous de façon plus sécurisée ?
Michael Scheuer : Il s’agissait toujours de crimes violents. Nous n’avions aucun doute que ces gens seraient relâchés par leurs pays. Et le président Clinton ne souhaitait pas que ces gens soient transférés aux Etats-Unis d’Amérique.
Die Zeit : Pourquoi pas ?
Michael Scheuer : Nos leaders ne souhaitaient pas les traiter comme des prisonniers de guerre mais plutôt comme des criminels. Parallèlement, on craignait ne jamais pouvoir rassembler assez de preuves pour résister devant nos cours pénales.
Die Zeit : Est-ce si difficile ?
Michael Scheuer : Pour obtenir un jugement contre quelqu’un aux USA, il faut qu’un agent de justice américain lui ait lu ses droits à l’occasion de son arrestation. Ceci est impossible à l’étranger. Deuxièmement, les investigateurs doivent confirmer l’authenticité des documents à la cour. Si personne ne peut jurer cela, la cour suppose automatiquement que les documents ne sont pas authentiques. Ainsi, il devient presque impossible d’obtenir un jugement.
Die Zeit : Comment ne peut-on pourtant pas disposer d’assez de preuves présentables à la cour mais être assez sûr de soi-même pour pouvoir arrêter quelqu’un à l’étranger ? Ceci ne rend-il pas d’office l’opération illégale et illégitime ?
Michael Scheuer : Non, car la plupart de ces gens faisaient déjà l’objet d’un mandat d’arrêt dans leurs pays d’origine. Même si nous n’apprécions pas le système de juridiction égyptien ou jordanien, il reste un système de juridiction. Nous aidons tout simplement à transférer ces personnes dans leur pays d’origine pour qu’elles puissent être punies pour des crimes commis à l’étranger.
Die Zeit : La CIA se voyait donc comme une police planétaire ?
Michael Scheuer : Non, nous sommes une agence gouvernementale américaine dont l’objet est de protéger des citoyens américains. Nous aurions préféré transférer ces personnes en tant que prisonniers de guerre aux Etats-Unis d’Amérique. Enfin, Ousama Ben Laden nous a déclaré deux fois la guerre, une fois en 1996, puis en 1998. Mais le président Clinton ne le souhaitait pas. Et le président Bush non plus. Les deux étaient d’avis qu’on donnerait une certaine légitimité aux membres d’Al-Qaida en les traitant comme des prisonniers de guerre. Mais ce n’est pas vrai. Ben Laden et ses agents sont des héros dans le monde islamique. Rien de ce que nous faisons ne pourrait les légitimer plus qu’ils ne le sont déjà. En outre c’est plus facile de laisser faire le sale boulot par les Jordaniens ou les Egyptiens .
Die Zeit : Les droits de l’homme ne jouaient donc pas un rôle pour le gouvernement Clinton ?
Michael Scheuer : La CIA a posé cette question. C’est un fait qu’au Caire les gens ne sont pas traités comme à Milwaukee. Le gouvernement Clinton nous a demandé : Pensez-vous que les prisonniers y sont traités selon les dispositions de la juridiction en vigueur sur place ? Et nous avons répondu : Oui, nous en sommes assez convaincus.
Die Zeit : Le gouvernement Clinton ne s’intéressait donc pas trop aux pratiques employées sur place ?
Michael Scheuer : Exactement. Les membres responsables de la CIA étaient dès le départ convaincus que nous serions à la fin désignés comme les coupables. Et vous pouvez le constater vous-même : Bill Clinton, Sandy Berger ou Richard Clarke ne se sont pas encore prononcés à ce sujet.
Die Zeit : Quelles lois ont été enfreintes ?
Michael Scheuer : Je ne le sais vraiment pas. En tout cas aucune loi américaine. La CIA a le droit d’enfreindre toute loi, sauf la loi américaine – comme d’ailleurs tout service secret. Et à l’étranger nous avons toujours agi avec le consentement des autorités locales.
Die Zeit : Le chef de la section anti-terroriste de la CIA Cofer Black disait après les attentats du 11 septembre qu’on allait maintenant arrêter « de mettre des gants ». Qu’est-ce que cela signifie au sein de la CIA ?
Michael Scheuer : Beaucoup plus de pression. Et nous avons commencé à caser les gens dans des institutions spécialisés – en Afghanistan, en Iraq et à Guantanamo. Le gouvernement Bush voulait arrêter les gens soi-même mais il a commis la même erreur que le gouvernement Clinton en ne les traitant pas comme des prisonniers de guerre.
Die Zeit : Combien de personnes avez-vous arrêté ?
Michael Scheuer : Je ne sais pas exactement. Juste après les attentats de septembre 2001, le directeur de la CIA George Tenet disait au congrès qu’il s’agissait d’environ 100 personnes jusque-là. Les opérations dont j’étais moi-même responsable concernaient à l’époque environ 40 personnes. Le chiffre 100 me semble beaucoup trop élevé.
Die Zeit : Et depuis ?
Michael Scheuer : La plupart des pays ne veulent plus accueillir ce genre de personnages. C’est pourquoi la plupart sont entre les mains des Américains. C’est la raison pour laquelle le nombre a augmenté et ils se chiffrent aujourd’hui à des centaines mais pas à des milliers.
Die Zeit : L’un de vos anciens collègues a considéré ces « transferts spéciaux » comme étant une « atrocité ».
Michael Scheuer : Si la défense des Etats-Unis d’Amérique est une « atrocité », ce critique se sentirait à l’aise au sein de l’aile gauche du parti démocratique. Je pense qu’il ne s’agit là que d’un manque de courage pour faire le sale boulot soi-même.
Die Zeit : Des critiques au sein de l’agence affirment que la CIA a perdu le contrôle du programme après 2001.
Michael Scheuer : Obtenir le consentement des avocats pour une opération reste une procédure pénible jusqu’à aujourd’hui. Les Européens ne devraient pas sous-estimer la nature paralysante du système d’administration américain.
Die Zeit : Qu’est-ce qui a changé au niveau législatif depuis 2001 ?
Michael Scheuer : Puisque nous enfermons les gens nous-mêmes nous ne sommes plus de tels pharisiens. Du moins on peut doner acte au gouvernement Bush qu’il se comporte de façon un peu plus virile et qu’il fait le sale boulot soi-même. Et j’ai lu dans la presse qu’il existe maintenant des « techniques d’interrogation améliorées ». On dirait qu’on peut employer un peu plus de force qu’avant.
Die Zeit : Comment vous expliquez-vous que des personnes sont mortes pendant leur période de détention par la CIA ?
Michael Scheuer : Je ne suis pas au courant. Je l’ai seulement lu dans la presse.
Die Zeit : Il y a des rapports de personnes gravement maltraitées, il y a même des photos à l’appui…
Michael Scheuer : Ma compréhension des nouvelles méthodes d’interrogation est qu’aucune ne doit être fatale. S’il y a eu des morts, je présume qu’il y a eu des excès. Et ceci n’est bien évidemment pas acceptable.
Die Zeit : Apparemment il y a eu des centaines de vols de la CIA à travers l’Europe. A quoi servaient-ils ?
Michael Scheuer (rit) : C’est quelque peu surréaliste, c’est tout. La CIA agit dans le monde entier. Nous effectuons des transports de personnes, d’équipement et d’argent au niveau planétaire. Si l’on veut approvisionner la CIA en Iraq, il faut traverser l’Europe et y approvisionner également l’avion en carburant. Cela ne veut pas dire que chacun de ces avions transporte un « méchant ».
Die Zeit : Est-ce que vous trouvez cette excitation en Europe amusante ?
Michael Scheuer : Tout à fait amusante.
Die Zeit : Pourquoi avez-vous besoin de prisons en Europe de l’Est ?
Michael Scheuer : Je ne suis pas sûr qu’il y en avait là-bas réellement. Cela m’étonnerait.
Die Zeit : J’avais espéré que vous allez me dire où elles se trouvent.
Michael Scheuer (rit) : Je vais citer Franklin D. Roosevelt et dire : Je pense qu’elles se trouvent à Shangrila. Bref, je ne sais pas pourquoi nous aurions besoin de telles prisons. Nous avons assez de capacités ailleurs, particulièrement en Iraq et à Cuba. Je ne savais rien de ces prisons en Europe de l’Est lorsque j’étais en poste. Ceci ne signifie pourtant rien. Peut-être que je n’avais pas besoin de le savoir. Et si elles existaient, je ne peux que supposer que nos alliés européens étaient convaincus de soutenir une opération qui les protégeait autant que nous.
Die Zeit : Comment se passait la coopération avec les alliés européens, particulièrement avec l’Allemagne ?
Michael Scheuer : Avant 2001 elle était changeante dans le meilleur des cas. Je ne pense pas que l’Allemagne compte parmi nos meilleurs alliés. Les Italiens ont toujours été de bons alliés et les Britanniques à peu près. Le problème principal en Europe est de nature plus essentielle : La législation sur l’immigration et le droit à l’asile a rendu possible l’établissement d’un noyau dur de terroristes jugés ailleurs et qui sont désormais des citoyens d’États européens. En outre, personne ne peut être déporté dans un pays qui pratique la peine de mort.
Die Zeit : La position concernant la peine de mort présente donc un obstacle à la coopération ?
Michael Scheuer : Elle n’est pas seulement qu’un obstacle. C’est comme un barrage routier. Nous n’avons en principe pas travaillé en Europe. Il y a des accords conclus pendant la Guerre Froide selon lesquels nous ne menons pas d’opérations nous-mêmes en Europe. De nos jours, la CIA doit toujours respecter ces accords. Nous sommes donc partis là où cela fonctionne. Ce serait insensé de taper la tête contre un mur.
Die Zeit : Pourquoi est-ce que la collaboration a été de qualité changeante outre la question de la peine de mort ?
Michael Scheuer : Churchill disait à la fin des années 30 : Les Européens espèrent toujours que l’alligator va les manger en dernier. Tant que les Etats-Unis d’Amérique étaient la cible des terroristes beaucoup de monde se demandait en Europe pour quelle raison ils devraient s’exposer au danger aux côtés des Américains.
Die Zeit : Comment avez-vous essayé d’obtenir des informations en cas de besoin, disons de vos collègues allemands?
Michael Scheuer : Parfois il n’y avait tout simplement pas de réponse, parfois la réponse n’était que partielle. Parfois on nous disait : nous n’avons pas beaucoup d’informations mais voici le peu dont nous disposons. Tout allait très lentement.
Die Zeit : Est-ce que cela a changé après les attentats de 2001 ?
Michael Scheuer : Oui, tout à fait. Mais en Europe règne toujours cette croyance, même après les attentats de New York, de Madrid et de Londres, selon laquelle il ne faut surtout pas trop se mêler. Cette croyance selon laquelle on n’est en danger que si l’on soutient les Américains.
Die Zeit : Le nombre de supporters de cette thèse a augmenté après l’invasion en Iraq.
Michael Scheuer : L’invasion en Iraq nous a sans aucun doute brisé la nuque ainsi qu’à toute notre opération anti-terrorisme. Et à long terme la guerre va sûrement entraîner le retour en Europe d’une deuxième génération de combattants bien entraînés, de musulmans européens et de convertis européens. La première génération était venue dans les années 90 des Balkans et de la Tchétchénie.
Die Zeit : Je cite le cas de l’Allemand/Syrien Mohammed Haydar Zammar qui était en relation avec la section dite « cellule de Hambourg » qui a préparé les attentats contre le World Trade Center. La justice allemande ne pouvait pas prouver qu’il avait commis un crime quelconque. La CIA a arrêté l’homme au Maroc et l’a transféré en Syrie. Comment dois-je imaginer dans un tel cas la collaboration avec les Allemands ?
Michael Scheuer : Cela m’étonnerait que personne au sein des services secrets allemands n’ait été au courant mais peut-être ont-ils été mis au courant après coup. À Washington on a très peur de la critique de la part des Européens. Cela peut étonner surtout vu notre président mais cela reste néanmoins bien réel.
Die Zeit : Le contraire ne pourrait-il pas être le cas ? Notamment que les services secrets allemands vous ont informé de la destination de l’homme lorsqu’il a quitté l’Allemagne ?
Michael Scheuer : Rien n’est impossible mais je n’ai pas de raison de supposer une telle chose.
Die Zeit : Le nouveau ministre de l’intérieur Wolfgang Schäuble a fait savoir que les interrogatoires de Zammar en Syrie avaient donné des résultats satisfaisants. Est-ce vrai ?
Michael Scheuer : C’est vrai quant au « programme de transfert spécial ». Je trouve qu’il est malhonnête de la part des Européens de critiquer aussi vivement cette opération. Car nous avons transmis toutes les informations obtenues au cours des interrogatoires les concernant aux services espagnols, italiens, allemands, français et anglais. Et si l’on demandait à ses services, ils vous diront : Les informations obtenues grâce au « programme de transferts spéciaux » de la CIA nous ont été utiles.
Die Zeit : Les Allemands ont donc profité de vos méthodes?
Michael Scheuer : Bien sûr.
Die Zeit : Le ministre allemand de l’intérieur a rapporté au parlement trois cas où des agents allemands se trouvaient dans des prisons à l’étranger auprès des citoyens allemands. Serait-ce exagéré de dire que la CIA faisait le sale boulot pour nous autres Allemands ?
Michael Scheuer : Comme je l’ai déjà dit : parfois la critique me semble hypocrite.
Die Zeit : Pouvez-vous exclure qu’il y ait eu des erreurs et que ce soit les mauvaises personnes qui aient été enlevées ?
Michael Scheuer : Je suis sûr qu’il y a eu des erreurs. Clausewitz a parlé des brouillards de la guerre. Nous sommes en plein milieu de ce brouillard. Si erreur il y a eu, un dédommagement financier s’impose.
Die Zeit : L’un de ces cas semble être celui du citoyen allemand Khaled El-Masri qui a été arrêté dans les Balkans, puis transféré en Afghanistan et relâché plusieurs mois après dans les Balkans.
Michael Scheuer : C’est justement un symbole pour la confusion qui règne en temps de guerre. Il n’aurait sûrement pas été arrêté s’il n’y avait pas eu des informations alarmantes à son encontre.
Die Zeit : Ce cas semble plutôt être un symbole qui démontre qu’il vaut mieux confier ce genre de cas aux procureurs, aux cours de justice et à la police et non à la CIA.
Michael Scheuer : Si vous voulez qu’Al-Qaida fasse l’objet de poursuites pénales et attendre jusqu’à ce que nous ayons perdu, vous avez sûrement raison. Nous nous trouvons pourtant en période de guerre. Et plus vite nous réussissons à faire sortir ce genre de choses du cadre de la poursuite pénale et à les traiter selon les règles de la convention de Genève, mieux ce sera pour les Etats-Unis d’Amérique, l’Europe et aussi pour l’Allemagne. Si ces gens sont des prisonniers de guerre, il n’y a pas de voie légale.
Die Zeit : Monsieur El-Masri indique qu’il a été torturé. Il se trouvait dans une prison de la CIA en Afghanistan.
Michael Scheuer : S’il a été détenu dans une prison de la CIA, il n’a pas été torturé. Point final.
Die Zeit : Mais c’est ce qu’il affirme.
Michael Scheuer : Cela ne m’étonne pas. Peut-être qu’il veut obtenir de l’argent. Tout le monde veut ça.
Die Zeit : Il affirme en outre avoir été interrogé en Afghanistan par un Allemand. Comment est-ce possible ?
Michael Scheuer : Je ne sais pas si cela est vrai mais c’est possible. Notre gouvernement et nos services secrets essayent justement d’aider les alliés de l’OTAN. Si les Allemands l’ont interrogé, cela veut dire qu’ils espéraient eux aussi obtenir des informations de sa part.
Die Zeit : Combien de tels cas impliquant des musulmans européens existent-ils ?
Michael Scheuer : Pas beaucoup car dans la plupart des cas les Européens ne coopèrent pas. Ainsi, nous essayions d’attraper ces gens lorsqu’ils ne se trouvaient pas sur territoire européen.
Die Zeit : El-Masri était étonné que les agents américains qui l’interrogeaient connaissaient des détails de sa vie quotidienne. Ces détails ne peuvent provenir que des services secrets allemands. Ou bien est-ce que la CIA effectue de l’espionnage en Allemagne ?
Michael Scheuer : Je suis sûr que ce genre d’informations ne provient pas de nous. Si nous disposions d’informations sur les activités d’El-Masri en Allemagnes, celles-ci provenaient de l’un des services allemands. Et ce fait suggère également que c’était plus qu’une simple rumeur ou qu’une supposition qui a mené à son arrestation.
Die Zeit : Quel est l’avenir des « transferts spéciaux » ?
Michael Scheuer : Ce programme est probablement mort. A cause des fuites, des publications et des critiques. Et l’effet est désillusionnant pour ceux qui portent la responsabilité au sein des services secrets : Aucun de ceux qui nous ont ordonné d’agir ainsi ne reconnaît aujourd’hui l’avoir fait.

 

AVEZ-VOUS ENTENDU PARLER DE GUANTANAMO ?
BIEN SÛR, DIREZ-VOUS. MAIS QU'EN SAVEZ-VOUS EXACTEMENT ?

 

Présentation de la Chronique de guantanamo, publiée par le Collectif guantanamo France


« Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé »

Article 9 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme.

 

La CHRONIQUE DE GUANTANAMO est une "newsletter" électronique publiée par le Collectif guantanamo, lancée en février 2003. Depuis avril 2004, elle paraît 2 fois par mois, le 1er et le 15 du mois. Elle entre aujourd'hui dans sa troisième année. En 23 mois, nous avons constitué la plus importante base de données en langue française sur guantanamo, soit l'équivalent d'une dizaine de livres de 220 pages, accessible à tous ceux qui savent lire sur 2 sites web. Nous entendons continuer, élargir et approfondir ce travail. Mais cela ne sera pas possible sans vous.

Le 10 janvier 2005, cela fera 3 ans que 545 hommes de 40 pays sont détenus illégalement par les USA. 202 autres ont été libérés, dont une partie ont été emprisonnés dans leur pays. Exiger qu'ils soient libérés ou jugés équitablement nous semble naturel. Ce n'est pas l'avis de la Maison blanche et du Pentagone, qui ignorent depuis 6 mois un verdict de la Cour suprême US ordonnant que ces prisonniers aient la possibilité de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire.

Le Collectif guantanamo a été créé en France en février 2003. Cette association a pour but d'organiser une campagne mondiale d'information et de solidarité pour défendre les droits de toutes les personnes détenues par les USA comme "combattants ennemis illégaux" à Guantanamo, Bagram et ailleurs.

Son appel fondateur, "guantanamo : premier camp de concentration off shore de l'Empire !", peut être lu en 9 langues [ allemand, anglais, arabe, créole, danois, espagnol, français, russe, suédois ] en allant à : http://www.gwadaoka.org/guantanamo_appel_fr.htm

Son outil principal est le travail d'information. Le Collectif publie des informations sur la "galaxie guantanamo" à un rythme quasi-quotidien sur deux sites internet. Ces informations sont reprises et diffusées tous les 15 jours dans une lettre électronique appelée CHRONIQUE DE GUANTANAMO. Si vous voulez lire, puis vous abonner à cette CHRONIQUE , il suffit de nous envoyer un mail à collectifguantanamo@yahoo.fr

Cette Chronique contient donc toutes les informations publiées au jour le jour sur les sites http://quibla.net et http://www.gwadaoka.org/guantanamo.htm

 

POUR RECEVOIR CETTE CHRONIQUE LE 1er et LE 15 DE CHAQUE MOIS, ENVOYEZ UN MAIL INTITULÉ : "OUI, JE M'ABONNE !" À : collectifguantanamo@yahoo.fr. Signalez-nous si vous souhaitez apporter une contribution financière. Nous vous indiquerons coment procéder.

Nos v¦ux pour 2005 sont simples, clairs et nets : le Pentagone et la Maison blanche doivent libérer les 545 otages détenus illégalement sur la base yankee de guantanamo depuis le 10 janvier 2002. Ou au moins, ils doivent respecter la sentence émise en juin 2004 par la Cour suprême US, stipulant que les détenus ont le droit de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire. Le martyre des hommes enfermés dans le premier camp de concentration off shore de l'Empire, entrera le 10 janvier dans sa quatrième année. C'est une insulte à l'humanité. Pensez à eux !

Merci de votre attention
pour le Collectif guantanamo,
le président
Fausto Giudice
1er janvier 2005 /20 Dhul Qa'dah 1425

 

PS : NOTRE TRAVAIL ÉTANT TOTALEMENT BÉNÉVOLE, TOUTE CONTRIBUTION FINANCIÈRE VOLONTAIRE EST LA BIENVENUE. EN NOUS SIGNALANT VOTRE ABONNEMENT, INDIQUEZ-NOUS ÉVENTUELLEMENT SI VOUS SOUHAITER VERSER UNE CONTRIBUTION. NOUS VOUS INDIQUERONS ALORS COMMENT PROCÉDER. MERCI D'AVANCE.

-> Collectif guantanamo, 5 rue de Douai, F-75009 Paris - Tél. 00 33 (0)6 13 99 28 86,
Courriel : collectifguantanamo@yahoo.fr
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