
Dossier Quibla
21/08/06 - Deux morts étranges
dans le scandale européen des écoutes téléphoniques
Par Paolo Pontoniere et Jeffrey Klein, New America
Media, 19 août 2006.
Original : http://www.alternet.org/story/40485/
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice,
membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour
la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette
traduction est en Copyleft, à condition d’en
respecter l’intégrité et de mentionner
sources et auteurs.
Jeffrey Klein est rédacteur
fondateur du magazine Mother Jones. Paolo Pontoniere est
un commentateur des affaires européenes pour New
America Media.
Les enquêteurs européens sont en train d’enquêter
sur les morts mystérieuses de deux experts en sécurité
qui avaient mis au jour un système d’espionnage
dans leurs entreprises télécommunication.
En début d’après-midi, le vendredi
21 juillet, Adamo Bove –chef de la sécurité
à Telecom Italia, la plus grande entreprise de télécommunications
du pays – dit à sa femme qu’il avait
quelques courses à faire et quitta l’appartement
familial à Naples. Quelques heures plus tard, la
police devait retrouver sa voiture garée sur une
passerelle d’autoroute. Le corps de Bove gisait sur
al chaussée 30 mètres plus bas.
Bove était un maître dans l’art de détecter
des réseaux téléphoniques secrets.
Récemment, pour des procureurs de Milan, il avait
reconstitué grâce à des traces d’appels
sur des téléphones portables comment une «
Unité spéciale d’enlèvement »
composée d’agents de la CIA et du SISMI (la
CIA italienne) avait kidnappé Abou Omar, un religieux
égyptien, et l’avaient conduit au Caire où
il avait été torturé. Le kidnapping
d’Abou Omar et l’implication présumée
de 26 agents de la CIA, que els procureurs cherchent à
faire arrêter et extrader, a électrifié
les médias italiens. Les médias US ont pris
note de l’affaire puis l’ont laissée
tomber.
Les premiers compte rendus de presse sur la mort de Bove
disaient que cet homme de 42 ans s’était suicidé.
Selon des sources non spécifiées, Bove aurait
été déprimé à cause de
l’imminence de son inculpation par les procureurs
milanais. Mais les procureurs ont immédiatement,
et de manière inhabituelle, mis les choses au point
: Bove n’était pas une cible pour eux ; de
fait, il était leur source principale d’information.
Bove, ont-ils ajouté, était en train de les
aider à enquêter sur ses propres patrons, qui
étaient en train d’orchestrer un bureau illégal
d’écoutes téléphoniques et de
détruire les preuves digitales qui auraient pu les
incriminer. Un haut responsable de Telecom avait déjà
été débusqué lorsqu’il
fut pris en train de mener une de ces opérations
illégales et de vendre des informations interceptées
à une entreprise de renseignement industriel.
16 mois auparavant, en mars 2005, un ingénieur en
informatique de Vodaphone en Grèce, Costas Tsalikidis,
38 ans, avait découvert un micro hautement sophistiqué
caché dans le réseau de téléphonie
mobile de la société. L’engin espion
captait les conversations du Premier ministre et d’autres
hauts responsables gouvernementaux sur les portables. Il
espionnait même le téléphone de voiture
du chef des services secrets grecs. Parmi les autres personnes
mises sous écoute, il y avait des militants des droits
civiques, le chef de la coalition grecque « Halte
à la guerre », des journalistes et des hommes
d’affaires arabes installés à Athènes.
Cette opération d’écoutes avait été
déclenchée deux mois avant le début
des Jeux Olympiques d’Athènes en août
2004, selon une enquête ultérieure des autorités
grecques.
Selon sa famille et ses amis, Tsalikidis était enthousiasmé
par son travail et envisageait d’épouser sa
compagne de longue date. Mais le 9 mars 2005, sa vielle
mère le trouva pendu à une corde blanche accrochée
à la tuyauterie à l’extérieur
de la salle de bains de son appartement. Ses pieds ne se
trouvaient qu’à 7 centimètres du sol.
Sa mort fut considérée comme un suicide. Tout
comme Adamo Bove, il n’avait laissé aucun message
d’adieu.
Le lendemain, le chef de Vodaphone en Grèce informa
le Premier ministre que des étrangers avaient écouté
illégalement des hauts responsables gouvernementaux.
Mais avant de faire son rapport, le PDG avait fait détruire
le matériel d’espionnage, bien que cela entraînât
évidemment la destruction des preuves.
Les enquêtes sur les suicides présumés
de Adamo Bove et Costas Tsalikidis soulèvent des
questions, et pas seulement sur les circonstance ssupectes
de leur mort. Elles pointent vers des structures de renseignement
politisées et illégales qui s’appuient
sur des responsables d’entreprise coopératifs.
Les procureurs et les journalistes européens qui
enquêtent sur ces réseaux d’espionnage
ont révélé que :
les écoutes par Vodaphone étaient transmises
en temps réel via quatre antennes situées
près de l’ambassade US d’Athènes,
selon une enquête longue de 11 mois du gouvernement
grec. Certaines de ces transmissions étaient envoyées
à un téléphone situé à
Laurel, Maryland, près du siège de l’Agence
national de sécurité.
- selon le quotidien Ta Nea grec, le PDG de Vodaphone a
dit en privé au gouvernement grec que les poseurs
de micro étaient des « agents US ». Comme
le Premier ministre grec redoutait des protestations de
l’opinion grecque et une guerre diplomatique avec
les USA, il ordonna au PDG de Vodaphone de ne pas livrer
ses conclusions aux enquêteurs officiels grecs.
- Dans les deux cas, le grec comme l’italien, l’équipement
d’espionnage était le plus camouflé
et le plus intelligent qu’on ait jamais vu. Sa création
avait requis des ingénieurs hautement expérimentés
et des laboratoires coûteux dans lesquels l’équipement
informatique avait pu être testés dans des
simulations d’un système national de téléphonie.
Les enquêteurs grecs en ont conclu que l’équipement
d’écoute de Vodaphone avait été
créé hors de Grèce.
- une fois mis en place, l’équipement d’écoute
pouvait avoir une vaste portée puisque la plupart
des sociétés incorporent leur Internet, leurs
téléphones mobiles et fixes dans une seule
et unique plateforme ;
- Le service fédéral allemand de renseignement,
le BND), a récemment espionné des journalistes
d’investigation. Selon une enquête parlementaire,
ce sopérations d’espionnage auraient pu être
menées en utilisant la base US secrète de
bad Aibling dans les Alpes bavaroises, qui héberge
le programme d’écoute global US baptisé
Echelon.
Les deux suicides présumés étaient-ils
plus qu’une étrange coïncidence ? Quelques
médias italiens –La Stampa, Dagospia et Feltrinelli
entre autres – ont noté des parallèles
troublants. Mais à ce jour aucun journaliste n’est
parvenu à surmonter les obstacles à l’enquête
posés par la total différence entre deux systèmes
d’enquête criminelle, avec comme seul point
commun une volonté des deux Premiers ministres de
ne pas provoquer le courroux de la Maison Blanche. Aux USA,
où des programmes d’écoute massive ont
été mis en place après le 11 septembre,
les enquêteurs, els reporters et les membres du Congrès
n’ont pas encore exploré la question de savoir
si les responsables de ces opérations d’espionnage
les utilisent dans des buts partisans ou pour des profits
financiers.
Alors que de nouvelles révélations troublantes
sont faites en Europe, il devient de plus en plus difficile
d’ignorer la facilité avec laquelle les programmes
d’espionnage peuvent être détournés
pour des buts illégaux. Les bonnes âmes qui
suivent cette piste d’enquête devraient craindre
pour leur vie.