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07 - 04 -1427 - 07 mai 2006 - Couriel : redactionquibla@yahoo.fr


Libérez les otages !

CIA

Dossier Quibla

 

 

07/07/06 - Miracle à Milan


par Fausto Giudice, 7 juillet 2006


Les procureurs Armando Spataro et Ferdinando Pomarici sont des hommes acharnés qui ne s'en laissent pas compter. Profitant de la nouvelle conjoncture politique - le départ de Berlusconi et de sa bande du pouvoir - ils viennent de frapper un grand coup en faisant arrêter deux pontes des services secrets militaires italiens, le SISMI : leur numéro 2 Marco Mancini, ancien responsable du service pour le nord de l'Italie, et le général Gustavo Pigneto, chef de la première division du SISMI. Ce dernier n'a pas rejoint son supérieur en prison, il a été mis simplement aux arrêts domiciliaires.
Il aura fallu un changement de régime politique pour que les procureurs, qui ont lancé leur enqête il y a un an sur l'enlèvement de l'imam égyptien Hassan Moustafa Osama Nasr, dit Abou Omar par la CIA en plein Milan, le 17 février 2003, puissent acquérir la certitude que cette opération, décidée en haut lieu, n'avait pu sa faire sans la complicité des services italiens et de leurs responsables politiques.
Le coup frappé par les procureurs milanais apporte un démenti cinglant aux affirmations lénifiantes du directeur du SISMI, le général Nicolò Pollari, qui, devant la commission d'enquête du parlement européen (dirigée par l'Italien Claudio Fava), avait benoîtement affirmé ne pas avoir été au courant de l'enlèvement d'Abou Omar. Une version considérée comme invraisemblable par Dick Marty, le Suisse chargé par le Conseil de l'Europe d'enquêter sur les "transferts extraordinaires" opérés par la CIA depuis 2001 à travers toute la planète.
Depuis l'ouverture de leur enquête sur l'enlèvement d'Abou Omar à Milan par la CIA, les procureurs s'étaient heurtés à un mur dressé par le pouvoir politique. Ainsi le ministre de la Justice berlusconien Roberto Castelli s'était opposé à la transmission aux autorités usaméricaines d'une demande d'extradition des 22 agents de la CIA identifiés par les enquêteurs comme les auteurs de l'enlèvement, qualifiant Armando Spataro de "militant".
Outre Mancini et Pigneto, Spataro et Pomarici ont lancé des mandats d'amener contre quatre nouveaux agents de la CIA dont, last but not least, celui qui était le chef de la station de Rome Jeffrey Castelli en 2003 et qui est aujourd'hui en poste au siège de la centrale à Langley. Castelli avait été identifié comme l'organisateur de l'enlèvement d'Abou Omar aussi bien par Dick Marty
[voir son rapport http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20060627/788624_fdoc10957.pdf] que par l'ancien fonctionnaire de la CIA Michael Scheuer [voir quibla.net/guantanamo2006/guantanamo1.htm].
Sept carabiniers ont été inculpés, dont le sous-officier qui a avoué avoir été présent sur les lieux de l'enlèvement en plein Milan - le maréchal Luciano Pironi, membre du ROS, une unité d'élite des carabiniers -, quatre autres agents ainsi que deux agents accusés d'avoir espionné des journalistes du quotidien La Repubblica, qui suivaient l'enquête des magistrats milanais.
Mais il y a journalistes et journalistes dans cette affaire. Les procureurs ont aussi inculpé le directeur-adjoint du quotidien Libero, dirigé par Vittorio Feltri, Renato Farina - actuellement en Allemagne pour cause de Mondial - dont ils ont fait saisir l'ordinateur, ainsi qu'un rédacteur, ancien carabinier, Claudio Antonelli. Les deux hommes sont accusés d'avoir tenté de brouiller les pistes dans l'affaire Abou Omar.
L'opération coup de poing de Spataro et Pomarici a sans aucun doute eu le feu vert du nouveau gouvernement Prodi, qui a éprouvé le besoin de déclarer qu'il conservait une "pleine confiance dans la loyauté institutionnelle" du SISMI. Les berlusconiens, qui ne cessent de ruminer leur défaite électorale, semblent décomposés devant ce rebondissement. Ils savent bien que cette affaire deviendra le premier règlement de comptes judiciaire avec le régime berlusconien. Et qu'elle risque d'en amener d'autres.
Mais c'est de "gauche" qu'est venue la déclaration la plus surréaliste : «On doit au Sismi les plus brillantes opérations de lutte contre le terrorisme à l'étranger. Attendons-nous à ce qu'Oussama Ben Laden nous adresse sous peu ses remerciements et ses plus vives félicitations.» Elle émane de Francesco Cossiga, ancien président de la République, l'un des pricnipaux cerveaux de la guerre contre le "terrorisme rouge" des années 1970 et 1980.
Sur cette affaire, lire http://quibla.net/alire/giudice3.htm


08/06/06 - Dick Marty dévoile une « toile d'araignée » mondiale de détentions et transferts pratiqués par les Etats-Unis, et évoque la collusion active de certains Etats membres du Conseil de l'Europe


Strasbourg, 07.06.2006 ­ Dick Marty, rapporteur de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, a dévoilé aujourd'hui ce qu'il appelle une « toile d'araignée » mondiale des détentions et des transferts de la CIA. Il a cité sept Etats membres du Conseil de l'Europe qui, par collusion, peuvent être tenus pour responsables, à des degrés divers, de violations des droits de personnes nommément désignées.
Dans les 67 pages de l'exposé des motifs du rapport qu'il a rendu public aujourd'hui à Paris lors d'une réunion de la Commission des questions juridiques de l'Assemblée, il déclare que des éléments de faits viennent corroborer l'hypothèse selon laquelle certains points d'atterrissage en Roumanie et en Pologne, à proximité de centres de détention secrets, servent à débarquer des détenus. « Si des preuves au sens classique du terme ne sont pas encore disponibles à ce jour, de nombreux éléments, cohérents et convergents, indiquent que de tels centres secrets de détention ont bel et bien existés en Europe ». Ces éléments justifient des enquêtes plus approfondies, ajoute-t-il.
« Il est désormais clair [] que les autorités de plusieurs pays européens ont activement participé, avec la CIA, à ces activités illégales, que d'autres les ont ignorées en connaissance de cause, ou n'ont pas voulu savoir » a-t-il déclaré.
M. Marty dit avoir utilisé des données fournies par les autorités nationales et internationales de contrôle du trafic aérien, ainsi que des informations provenant de sources internes aux services de renseignements, notamment américains, pour dresser un tableau détaillé d'un système global de détentions secrètes et de transferts illégaux y compris une nouvelle analyse révélant l'existence de ce qu'il appelle des « circuits de restitution ».
Il cite sept Etats membres du Conseil de l'Europe qui peuvent être tenus pour responsables, à des degrés divers et pas toujours établis de façon définitive, de violations des droits de personnes nommément désignées : la Suède, la Bosnie-Herzégovine, le Royaume-Uni, l'Italie, l'« ex-République yougoslave de Macédoine », l'Allemagne et la Turquie. D'autres Etats peuvent être tenus pour responsables de collusion (active ou passive) en matière de détention et de transfert de personnes dont l'identité n'est pas encore connue, ajoute-t-il.
Le rapport de M. Marty sera examiné le 27 juin 2006 à Strasbourg par les 630 parlementaires des 46 Etats membres du Conseil de l'Europe, lors de la session plénière de l'Assemblée.
Lien vers l'exposé des motifs de M. Marty > http://assembly.coe.int/Mainf.asp?Link=/CommitteeDocs/2006/20060606_Fjdoc162006PartII-FINAL.htm
Contact : Unité de Communication de l'APCE, Tel. +33 3 88 41 31 93 ; pace.com@coe.int

 

 

08/06/06 - L'Espagne rejette les conclusions du rapport sur la CIA en Europe


L'Espagne rejette "de façon catégorique" les conclusions d'un rapport incluant l'Espagne parmi les pays ayant toléré le transfèrement de terroristes présumés par des avions de la CIA, a affirmé mercredi un porte-parole du ministère espagnol des Affaires étrangères.


"Nous rejetons de façon ferme et catégorique" les conclusions du rapport, a déclaré ce porte-parole à l'AFP.

Le rapport du parlementaire suisse du Conseil de l'Europe Dick Marty qui doit être publié jeudi à Paris affirme que 14 Etats européens ont collaboré avec la CIA ou toléré le transfèrement par avions de terroristes présumés, dont l'Espagne.

"L'Espagne n'a aucunement participé, de façon active ou passive, à des opérations de transfèrement de prisonniers", a affirmé le porte-parole du ministère espagnol des Affaires étrangères, ajoutant que son pays "n'avait pas la moindre information à ce sujet".

Le rapport met en cause, pour "violations des droits de la personne" lors de transfèrements illégaux, les sept pays suivants: la Suède, la Bosnie-Herzégovine, le Royaume-Uni, l'Italie, l'ancienne république yougoslave de Macédoine, l'Allemagne et la Turquie.

"D'autres Etats peuvent être tenus pour responsables de collusion - active ou passive - en matière de détentions secrètes et de transferts interétatiques illégaux": Pologne, Roumanie, Espagne, Chypre, Irlande, Portugal, Grèce, ajoute le rapport.

La justice espagnole est censée enquêter sur dix escales d'avions affrétés par la CIA aux Baléares entre janvier 2004 et janvier 2005.

La presse espagnole a toutefois affirmé que des avions de la CIA ont également fait des escales dans l'archipel des Canaries, et Amnesty International (AI) a fait état d'escales suspectes d'avions loués par la CIA à Malaga (sud) et à Barcelone (nord-est).
Source : AFP, 7 juin 2006

 

 

Rapport d'enquête du parlement européen : plus d'un millier de vols de la CIA en Europe

 


La Commission d'enquête du Parlement européen sur les prisons secrètes de la CIA a rendu son rapport d'étape. Des prisonniers ont bien transité par l'Europe.
La commission d'enquête temporaire du Parlement européen sur les prisons présumées secrètes de la CIA en Europe a rendu public mercredi 26 avril un rapport d'étape selon lequel plus d'un millier de vols clandestins auraient transité par le vieux continent depuis 2001.
Les membres de cette commission ont également fait état d'incidents au moment où des terroristes présumés étaient remis à des agents américains, incidents qui ne semblent pas être isolés et qui sont le fait, semble-t-il, d'un même groupe de personnes.
La rapport, rédigé par le député européen italien Giovanni Fava, est le résultat de trois mois d'auditions et de plus de 50 heures de témoignages de militants pour les droits de l'Homme, de responsables de l'Union européenne et de personnes affirmant avoir été enlevées et torturées par des agents américains.
Prisons en questions
L'enquête a débuté en janvier dernier après la révélation en novembre par le Washington Post de l'existence de prisons secrètes de la CIA en Europe de l'Ouest où auraient été interrogés des individus suspectés de terrorisme.
Ces suspects auraient également été transportés dans des vols secrets ayant transité en Europe avant de rallier leur destination finale de la prison de Guantanamo.
Les enquêteurs ont rapidement concentré leurs travaux sur les vols clandestins, plusieurs personnes entendues expliquant dans les détails leur transfert vers ce qu'elles affirment être des prisons au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique du nord où elles auraient été torturées.
"En ce qui concerne les prisons, nous avons toujours plus de questions que de réponses", indiquait mardi Giovanni Fava.
La commission temporaire, qui compte 46 députés, a notamment examiné si les gouvernements européens étaient au courant de ces pratiques et si des citoyens européens y avaient pris part.
Fermeture de Guantanamo
La commission temporaire est chargée de soumettre à l'Assemblée plénière toutes les recommandations qu'elle jugera nécessaires en la matière, notamment en ce qui concerne les conséquences politiques, juridiques et administratives devant être tirées au niveau européen, ainsi que les conséquences possibles sur les relations de l'Union européenne avec des pays tiers.
La semaine dernière, le coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme, Gijs de Vries, avait affirmé devant une commission du Parlement européen que ces enquêtes n'avaient pas révélé pour l'instant des preuves d'activités illégales de la CIA.
L'Union européenne a appelé à la fermeture du camp-prison de Guantanamo Bay. Ce centre de détention situé à la pointe orientale de Cuba avait été ouvert le 11 janvier 2002 après le renversement fin 2001 par des forces conduites par les Etats-Unis du régime taliban en Afghanistan. Pour l'heure, seuls neuf des quelque 500 détenus de la base navale américaine ont été inculpés après plusieurs années de captivité. (Avec AP)
Source : nouvelobs.com, 26 avril 2006

De nouveaux vols suspects dans le ciel suisse pointés du doigt


par Ron Hochuli, Le Temps, 5 avril 2006
CIA. Selon Amnesty International, les agents américains procéderaient à des «restitutions de prisonniers» sous le couvert de sociétés bidon.

Micheline Calmy-Rey l'avait confirmé devant le National en décembre dernier: «Le Conseil fédéral a appris l'existence» de 26 survols et de quatre atterrissages suspects par la presse. Or, un rapport d'Amnesty International, qui a analysé un milier de mouvements aériens entre 2001 et 2005, vient rectifier ce dernier chiffre: ce ne sont plus quatre appareils «suspects» qui se sont posés en Suisse mais six, non seulement à Genève, mais également à Zurich.
Parmi eux figurerait un Boeing 737 de la CIA aperçu à plusieurs reprises sur des bases militaires américaines, notamment en Afghanistan, qui a atterri une fois à Genève. Un Gulfstream V, qui a effectué 114 vols à destination de Guantanamo, a également rallié Genève deux fois. Baptisé «Guantanamo Express», cet appareil aurait également été utilisé par la CIA pour la «restitution» de deux prisonniers de la Suède à l'Egypte. Enfin, un Gulfstream IV, celui-là même qui aurait servi à transporter Abou Omar (enlevé en Italie et transporté en Allemagne puis au Moyen-Orient) a également effectué deux atterrissages à Cointrin et un à Zurich.
Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) n'a pas réagi, mardi. Comme le concède Amnesty International, il n'y a encore aucune preuve formelle que ces avions transportaient des prisonniers. Or, le Ministère public de la Confédération est en train d'enquêter notamment sur le cas Abou Omar qui, selon le Parquet milanais, aurait survolé la Suisse. Il en serait «à un stade avancé» dans cette enquête qui pourrait, en Italie, prendre une autre tournure la semaine prochaine. Si Silvio Berlusconi n'était pas réélu, la collaboration judiciaire pourrait se révéler plus facile.
Système ingénieux
Mais le DFAE ne prendra pas de mesures avant les conclusions de la justice. A Berne, on souligne toujours qu'aucune trace d'activité illégale liée aux vols américains n'a été trouvée. Le Conseil fédéral s'était d'ailleurs dit satisfait par les «garanties» apportées par Washington et a autorisé, en février, les avions américains à continuer de survoler la Suisse sans autorisations spéciales. Selon Amnesty Internationale, la CIA a développé un ingénieux système pour transférer des personnes d'un pays à l'autre. Pour ne pas avoir à déclarer les vols, elle se serait servie de sociétés d'aviation privées plutôt que d'appareils officiels. Certains avions circuleraient d'ailleurs sous le couvert de sociétés bidon n'existant que sur le papier, comme Premier Executive Transport.
Enfin, l'ONG affirme avoir recueilli les témoignages de trois ressortissants yéménites détenus pendant dix-huit mois dans des centres de détention dont ils ignorent l'emplacement. Néanmoins, à partir des durées de vol, des conditions climatiques et des horaires de prières qui leur ont été donnés, il serait vraisemblable qu'ils aient séjourné en Turquie, en Roumanie, en Bulgarie ou en Albanie. Comme il le confie au Temps, Dick Marty, rapporteur spécial au Conseil de l'Europe sur le dossier, a pris connaissance d'autres témoignages «qui vont dans le même sens».

 

Actvités secrètes de la CIA en Europe :les services de sécurité étrangers pas assez surveillés


Un rapport du Conseil de l'Europe révèle la fragilité des systèmes de surveillance des activités des services de sécurité étrangers dans 46 pays.
Le Secrétaire général du Conseil de l'Europe Terry Davis a estimé mercredi 1er mars à Strasbourg que "l'Europe semble être un excellent terrain de chasse pour des services de sécurité étrangers".
Commentant devant la presse à Strasbourg les réponses envoyées par les 46 pays de l'organisation paneuropéenne à son questionnaire relatif aux activités secrètes de la CIA en Europe, M. Davis a souligné qu'"aucun pays d'Europe ou presque n'est doté de dispositions juridiques permettant d'assurer la surveillance effective des activités de services étrangers sur son territoire".
Le conseiller juridique d'Amnesty International à Londres Jill Heine a affirmé, au journal 20 minutes, regretter que "les défaillances juridiques de nombreux pays puissent faciliter les détentions secrètes; les vols clandestins et autres violations des droits de l'homme". Il estime par ailleurs que "la Bosnie-Herzégovine, l'Italie, la Pologne et la Macédoine n'ont pas encore fourni toutes les informations liées aux allégations de détention et des vols secrets sur leur sol".

"Immunité ne signifie pas impunité"
Terry Davis a jugé que le "ciel européen est par trop ouvert", relevant que "très peu de pays" possédaient un moyen "adéquat et efficace" pour savoir "qui et quoi transite dans leurs aéroports et leur espace aérien".
L'analyse des réponses des gouvernements a révélé que les procédures en vigueur "n'offrent pas de sauvegardes suffisantes contre les abus", a-t-il dit, en faisant allusion au transit de détenus soupçonnés de terrorisme.
"Il semble en fait, selon Terry Davis, qu'aucun État membre du Conseil de l'Europe n'ait établi quelque procédure que ce soit pour vérifier que les appareils civils ne servent pas à des fins qui seraient incompatibles avec les normes internationalement reconnues en matière de droits de l'homme" a-t-il dit.
Le Secrétaire Général a également indiqué que les règles en vigueur concernant l'immunité des États constituaient "des obstacles considérables" en ce qui concerne les activités des agents étrangers, notamment lorsqu'ils sont accrédités comme agents diplomatiques ou consulaires. "Immunité ne signifie pas impunité", a-t-il conclu.
Source : http://permanent.nouvelobs.com/europe/20060302.OBS9069.html, 1er mars 2006

 

À LIRE ! Le rapport des cinq rapporteurs spéciaux des Nations Unies sur guantanamo peut être lu en anglais à l'URL suvante
http://www.ohchr.org/english/bodies/chr/docs/62chr/E.CN.4.2006.120_.pdf
Il devrait paraître sous peu en français. Rechercher sur www.ohchr.org.

 

Le rapport de l'ONU sur sur les exactions commisesà guantanamo suscite la polémique en Grande-Bretagne


Peter Avis, L'Humanité, 21 février 2006
Guantanamo est une « anomalie qu'il faudra résoudre tôt ou tard ». Tony Blair a ainsi tenté ce week-end de prendre quelques distances avec Washington à la suite des révélations sur le traitement des prisonniers détenus à l'extrémité de l'île cubaine. En dire davantage aurait pu offenser sérieusement son allié (bien des Britanniques disent son maître) de la Maison-Blanche. Le premier ministre fait donc de son mieux pour calmer un débat qui redevient chaud outre-Manche.
Pour la première fois un ministre du gouvernement - Peter Hain, ministre pour l'Irlande du Nord - a ouvertement réclamé la fermeture du fameux camp Delta de Guantanamo. L'archevêque de York, le docteur John Sentamu (le numéro 2 de l'Église anglicane), a usé d'une langue plus directe et plus colorée, quelques jours plus tard, en dénonçant « l'illégalité » du comportement américain si l'on se réfère au droit international. « Les États-Unis devraient intenter des procès aux 500 détenus à Guantanamo, qui comprennent toujours 8 résidents britanniques, ou les libérer tous », a-t-il précisé et d'ajouter : « Mettre quelqu'un en garde à vue pendant quatre ans, sans véritable charge, indique clairement que l'on se dirige vers une société digne de la Ferme des animaux, de George Orwell. »
Un juge de la Haute Cour, sir Andrew Collins, a déclaré de son côté que le comportement américain ne semblait « pas coïncider avec celui de la plupart des nations civilisées ».
Quant à Sir Menzies Campbell, leader par intérim du parti libéral-démocrate, il a déclaré que Guantanamo n'était pas « une anomalie » qui serait résolue tôt ou tard, mais « un outrage » qu'il faut « stopper dès maintenant ».

La Cour suprême US reporte l'examen d'une affaire essentielle pour guantanamo
La Cour suprême américaine a décidé mardi de repousser à mars l'examen d'une affaire susceptible d'invalider les dizaines de plaintes de prisonniers de Guantanamo (Cuba) devant la justice civile.
Le gouvernement américain avait demandé à la haute Cour de se dessaisir du cas du Yéménite Salim Ahmed Hamdan, qui affirme avoir été le chauffeur d'Oussama ben Laden. Il conteste notamment la validité des tribunaux militaires d'exception, mais le gouvernement estime qu'une loi promulguée fin décembre empêche les prisonniers d'exercer ce type de recours.
Mardi, la Cour suprême a refusé de se prononcer sur la requête du gouvernement avant une audience prévue en mars.
La loi promulguée fin décembre, le «Detainee Treatment Act», dont le but annoncé était d'éviter tortures et abus, contient un article qui limite strictement les possibilités pour les détenus de saisine de la justice civile américaine.
Selon cet article, les «ennemis combattants» devront attendre d'avoir été jugés par un tribunal militaire d'exception pour pouvoir contester, peut-être après une longue attente, leur détention.
En dehors de ce cas de figure, ils peuvent, de manière très encadrée, contester leur statut d'«ennemi combattant» devant la Cour d'appel fédérale de Washington, mais celle-ci n'a pas l'obligation de se saisir.
En vertu de cette loi, ils ne pourraient pas par exemple contester leur détention sans inculpation.
Le gouvernement affirme que la loi, rétroactive, annule de ce fait l'essentiel des recours déposés aux États-Unis.
Selon un mémoire déposé vendredi par les avocats du gouvernement devant la Cour d'appel de Washington, seule cette Cour peut être compétente pour examiner une affaire liée à Guantanamo et de manière très limitée. Les autres juridictions (tribunaux de première instance ou Cour suprême) ne seraient en revanche pas compétentes.
Les avocats de Hamdan avancent au contraire qu'on ne peut annuler les affaires en cours et que les détenus ne peuvent être privés du droit constitutionnel de contester leur détention.
Fin mars, la Cour suprême examinera la question de sa compétence, puis, si elle estime qu'elle peut toujours être saisie, celle de la légalité de la justice militaire d'exception mise en place pour les détenus de Guantanamo.
Selon Me Tom Goldstein, un des avocats de Hamdan, cette affaire est la seule en lien avec Guantanamo qui soit devant la Cour suprême.
Le 16 février, des experts de l'ONU ont appelé les États-Unis à juger rapidement les prisonniers ou à les libérer, une demande rejetée par Washington.
M. Hamdan reconnaît avoir servi de chauffeur à Oussama ben Laden pour un salaire intéressant, mais dément avoir été un membre d'Al-Qaeda ou avoir participé à des actions terroristes, selon ses avocats.
Source : AFP, 21 février 2006

 

Détentions secrètes de la CIA : la justice allemande enquête sur le rôle de Berlin


L'affaire commençait à tomber dans l'oubli, loin des inquiétudes suscitées par la grippe aviaire ou par le report de l'âge du départ à la retraite. Un rebondissement judiciaire dans le dossier Khaled Al-Masri, du nom de cet Allemand d'origine libanaise qui affirme avoir été enlevé par erreur par la CIA américaine, vient néanmoins relancer les interrogations outre-Rhin.
Les autorités allemandes étaient-elles au courant du sort de ce quadragénaire durant les cinq mois de sa détention secrète en Afghanistan ? Que savaient-elles, de manière plus générale, sur les agissements des Etats-Unis dans leur lutte de l'ombre contre le terrorisme islamiste ? Jusqu'à quel point des agents allemands ont-ils assisté les Américains dans diverses missions, notamment dans leur guerre contre l'Irak ?
Autant de questions auxquelles les intéressés paraissent peu pressés de répondre, étant donné leur caractère potentiellement explosif. Le précédent gouvernement, dirigé par le Parti social-démocrate (SPD), avait bâti une partie de sa popularité sur sa dénonciation de la politique de Washington au Proche-Orient et affichait par moments un antiaméricanisme tel que les relations bilatérales en ont pâti durablement. Le fait que le SPD siège dans la nouvelle coalition aux affaires depuis novembre 2005 et que l'actuel ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, était au coeur de l'ancien pouvoir n'en rend le dossier que plus sensible.
La décision du parquet de Munich, prise lundi 20 février, d'ouvrir une enquête visant à vérifier ce que savait le précédent gouvernement de l'enlèvement de M. Al-Masri a relancé les spéculations. C'est la première fois que la justice s'intéresse formellement au comportement des autorités dans cette affaire, devenue un symbole de la politique américaine de transfert vers des prisons secrètes de personnes soupçonnées d'activités terroristes. M. Al-Masri poursuit la CIA en justice aux Etats-Unis.
Selon des indices restés confidentiels, l'ex-gouvernement allemand pourrait avoir été informé par Washington bien plus tôt qu'il ne l'a affirmé. La version officielle veut que ce soit l'ambassadeur américain alors en poste à Berlin, Daniel Coats, qui en ait officiellement avisé, le 31 mai 2004, le ministre de l'intérieur de l'époque, Otto Schily (SPD). La justice tentera aussi de savoir si l'ambassade allemande à Skopje a pu être informée de la détention de M. Al-Masri dès janvier 2004, peu après qu'il eut été arrêté à son entrée en Macédoine, où il se rendait pour des raisons privées.
Musulman ayant obtenu l'asile en Allemagne dans les années 1980, cet ancien vendeur de voitures domicilié à Neu-Ulm, en Bavière, a par ailleurs été confronté à un policier allemand dont il estime "à 90 %" qu'il s'agit d'un homme l'ayant interrogé à trois reprises durant sa détention en Afghanistan. La rencontre a eu lieu lundi, après que M. Al-Masri l'eut reconnu parmi une huitaine d'hommes, a précisé au Monde son avocat, Manfred Gnjidic, confirmant un article du New York Times qui a révélé l'information. Le policier désigné a nié en bloc, tout en montrant "des signes de grande tension", selon l'avocat.
En revanche, les passages dans les prisons américaine de Guantanamo (Cuba) et syrienne de Damas de policiers ou d'agents allemands, pour interroger des détenus allemands de confession musulmane, sont avérés. Ces informations ont été admises, ces derniers mois, de source officielle. De même le gouvernement a-t-il fini par reconnaître que deux agents secrets allemands, présents à Bagdad pendant les bombardements américains de 2003, avaient transmis des informations, via leur centrale, qui ont servi aux opérations militaires américaines.
Ces divers exemples de coopération transatlantique, s'ils n'étonnent pas les milieux du renseignement, ne "collent" pas avec l'image antiaméricaine mise en avant par le SPD et par les Verts durant ces années-là. Ces derniers ont jusqu'à présent refusé de se joindre à deux autres petits partis de l'opposition dans l'intention de créer une commission d'enquête parlementaire visant à tirer ces épisodes au clair.

Rappel chronologique
31 DÉCEMBRE 2003. Khaled Al-Masri, citoyen allemand d'origine libanaise, est arrêté à son arrivée à Skopje, en Macédoine, où il se rendait à l'occasion d'un voyage privé.
24 JANVIER 2004. M. Al-Masri est transféré, par un "vol secret" de l'Agence centrale de renseignement (CIA) américaine, de Skopje vers Bagdad (Irak), puis vers Kaboul (Afghanistan), où il est interrogé sur ses liens présumés avec des islamistes.
MAI 2004. Washington décide la libération clandestine du prisonnier, en Albanie, après cinq mois de détention en Afghanistan.
DÉCEMBRE 2004. Khaled Al-Masri accuse, pour la première fois publiquement, la CIA de l'avoir détenu.
Source : Le Monde, 22 février 2006

Robert Baer, ancien de la division des opérations clandestines de la CIA : « Je suis terrifié par l’aveuglement des services secrets américains »


par Ian Hamel, oumma.com, 21 février 2006
Ian Hamel est journaliste et prépare une biographie de Tariq Ramadan chez Flammarion.

Robert Baer a quitté la CIA fin 1997 après avoir passé plus de vingt ans au Proche-Orient. Cet arabisant a été notamment le responsable des services américains au Kurdistan irakien. Son livre « La chute de la CIA, les mémoires d’un guerrier de l’ombre sur les fronts de l’islamisme » a inspiré un film, « Syriana », qui sort le 22 février à Paris. Le rôle de Robert Baer est joué par l’acteur George Clooney. Ce long métrage produit par la Warner évite toute complaisance vis-à-vis des USA. Il dépeint au contraire une compagnie pétrolière américaine corrompue qui élimine Nasir, un jeune prince réformiste et progressiste, afin que son émirat du Golfe, riche en or noir, soit dirigé par un personnage falot, le prince Meshal, tout dévoué aux intérêts de Washington. De passage à Paris pour la promotion de « Syriana », Robert Baer nous a accordé une interview exclusive.

Dans vos deux ouvrages, « La chute de la CIA » et « Or noir et Maison Blanche » (*), vous tirez à boulets rouges sur votre ancien employeur, la CIA. Se porte-t-elle aussi mal que vous l’écrivez ?

La CIA n’existe plus, elle ne sert plus à rien, elle est aveugle. J’étais le responsable de la CIA en Irak du Nord. Je savais qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive, et Washington le savait aussi. Nous avions des satellites qui pouvaient repérer le moindre véhicule. Cela n’a pas empêché Bush et les néoconservateurs d’attaquer ce pays. Personnellement, j’étais contre cette guerre.

 


Pourquoi dites-vous que la CIA est devenue aveugle ?

 

Sur 40 chefs de section envoyés en Irak après l’intervention américaine, deux seulement s’étaient rendus précédemment dans un pays au Moyen-Orient ! Que voulez-vous que fasse un officier traitant qui ne parle pas arabe ? Il est aveugle, il n’a aucun contact sérieux, il n’a pas d’indicateur.

Dans le film « Syriana », Bob Barnes, l’agent secret incarné par George Clooney, est lâché brutalement par la CIA à laquelle il a consacré toute sa vie.

Le président Reagan a promulgué un décret en 1981 interdisant à la CIA de perpétrer des assassinats. Alors que les USA préparaient une guerre contre l’Irak, moi, responsable de la CIA dans ce pays, j’ai été soupçonné par la justice américaine d’avoir tenté d’assassiner Saddam Hussein ! Ma carrière a effectivement été compromise... Je me suis rendu compte que la CIA ne soutenait plus ses officiers sur le terrain.

Vous parlez longuement - et pas en bien - d’Ahmed Chalabi, le protégé des Américains en Irak

Ahmed Chalabi, le chef du Congrès National Irakien a été jugé et condamné en Jordanie pour avoir escroqué sa propre banque. Mais apparemment ce détail n’a jamais préoccupé les USA. La première fois que je l’ai rencontré, en août 1994 à Washington, Ahmed Chalabi portait une cravate en soie à 150 dollars, des escarpins vernis cousus main. La première chose qui m’a frappé a été l’odeur de son eau de toilette. Comment la CIA pouvait-elle imaginer qu’un tel homme puisse mener à la victoire l’opposition irakienne ?

Dans votre livre « Or noir et Maison Blanche », vous affirmez qu’il suffirait d’écraser trois avions sur des points sensibles saoudiens pour mettre à genoux toutes les économies dépendantes du pétrole, à commencer par celle des USA. Pourquoi ce scénario n’inspire-t-il pas Al Qaïda ?

La famille royale saoudienne a fait passer le message suivant aux terroristes islamistes : si vous voulez tuer des Américains, faites-le en Irak, mais ne venez pas poser des bombes chez nous.

Mais Oussama Ben Laden considère que le régime saoudien est corrompu. Pourquoi le ménagerait-il ?

Il se livre actuellement dans le monde musulman une guerre secrète beaucoup plus violente que les autres. Les sunnites - qu’il s’agisse de Ben Laden comme des princes saoudiens - redoutent les visées expansionnistes des chiites, en particulier des Iraniens. Les chiites ne représentent que 10 à 15 % de la population totale de l’Arabie Saoudite, mais ils sont très nombreux à l’Est du pays, dans les régions pétrolières. Par ailleurs, les chiites sont majoritaires en Irak, au Koweït, et dans l’émirat de Bahreïn. La priorité d’Al Qaiïda est d’abord de contenir les chiites, notamment en Irak.

Vous avez passé deux décennies au Moyen-Orient. Comment analysez-vous la situation ?

Dangereuse. Je suis pessimiste, très pessimiste. Les Américains affirment qu’ils souhaitent favoriser la démocratie dans cette région, mais ce n’est pas vrai. Si l’Arabie Saoudite organisait des élections, les islamistes en sortiraient grands vainqueurs. George Bush ne laissera jamais le premier producteur du monde de pétrole tomber aux mains de ses pires ennemis.

Pourquoi parlez-vous d’ennemis ?

Pour 90 % des Saoudiens, l’Occident et plus spécialement les USA sont en guerre contre l’islam. Ils considèrent les Américains comme des ennemis. Bien entendu, je n’avais pas prévu les attentats du 11 septembre, mais pour avoir vécu dans cette région suffisamment longtemps, je redoutais une catastrophe imminente : je sentais que la haine pour les USA était si profonde, si irréductible, si intense ! Depuis, la situation n’a pas cessé de se détériorer.

Certains extraits du film « Syriana » se déroulent en Suisse, en particulier à Genève, siège de l’Energy Trading Company, dont l’un des cadres conseille le prince d’un émirat du Golfe. Genève joue-t-elle véritablement un rôle ?

Tout à fait. Je suis souvent venu à Genève. Beaucoup d’Arabes vivent dans cette ville, s’y rendent fréquemment. Si vous souhaitez comprendre le Moyen-Orient asseyez-vous dans un salon ou un restaurant du Noga Hilton et écoutez les conversations. Je possède un appartement près du lac Léman, mais du côté français.
(*) « La chute de la CIA », Folio documents, 389 pages, « Or noir et Maison Blanche », JC Lattès, 326 pages, paru en 2003.

 

« Comment la Cia sous-traitait la torture » - Interview de Craig Murray


par Patricia Lombroso, il manifesto, 9 février 2006. Original : www.ilmanifesto.it . Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

« L’Angleterre et l’Italie, les alliés « fidèles » de Bush, sont des gouvernements européens et membres de l’Union européenne au courant, sans aucun doute, des pratiques de torture appliquées dans les prisons secrètes de la Cia, qui fait partie du programme de « extraordinary renditions » (“restitutions extraordinaires” ou “transferts spéciaux” = enlèvement de citoyens étrangers suspectés de terrorisme et leur transfert dans des pays tiers). Les gouvernements européens, officiellement, ont promis de fournir leurs données et informations à l’enquête sur les prisons secrètes lancée par le Conseil de l’Europe. En fait, ils sont en train de faire tout ce qu’ils peuvent pour bloquer et entraver l’enquête qui révélerait leur complicité dans les crimes de guerre commis par l’administration Bush ».
C’est avec ce « j’accuse » que commence l’interview au manifesto de Craig Murray, ambassadeur britannique en Ouzbékistan de 2002 à 2004, contraint par le Foreign Office à donner sa démission pour avoir publié sur son site des informations et mémos prouvant les liens sales entre les USA et la Grande-Bretagne concernant le programme de « extraordinary renditions » (“restitutions extraordinaires” ou “transferts spéciaux”).

Quelles preuves avez-vous recueilli, pendant votre mandat en Ouzbékistan, sur les opérations de la CIA ?

J’ai déjà remis à Strasbourg la totalité de la documentation et les enregistrements des transferts, en « business jet » de la Cia, de détenus provenant sûrement d’Afghanistan et d’autres régions en Europe. Parmi les documents, l’enregistrement des sigles qui prouve le passage aérien par et pour divers aéroports civils et militaires. Des documents secrets et en possession de l’Euro control (l’agence qui contrôle l’espace aérien).

Et quelles preuves avez-vous recueilli de la complicité entre la Cia et le gouvernement ouzbek en ce qui concerne la disparition et les tortures infligées à des détenus en provenance de voies aériennes européennes et d’Afghanistan ?

Les témoignages de familles entières, qui se sont adressées à moi pour assister leurs parents « disparus » et séquestrés par les services secrets ouzbeks. J’ai mené une enquête et je peux dire que, au total, plus de 7000 personnes, opposants du régime ouzbek, ont été séquestrées et torturées jusqu’à l’impensable par ordre du gouvernement. Dans certains cas les prisonniers sont morts et on a restitué aux familles les corps torturés. Cette action de répression interne féroce a « couvert » l’action de la Cia. Depuis août 2002 déjà, les Américains transféraient en Ouzbékistan les présumés terroristes capturés en Afghanistan.

Comment êtes-vous arrivé à entrer en possession de données et enregistrements qui prouvaient les parcours des avions Cia depuis l’Europe vers Tachkent ?

J’ai parlé directement avec le personnel affecté aux avions qui atterrissaient à Tachkent, et on m’a dit clairement que ces avions cargos ou « affaires » transportaient des détenus. J’ai enregistré les sigles des avions Cia. Les parcours effectués m’indiquaient l’origine et les différentes escales effectuées dans d’autres localités d’Europe jusqu’à l’atterrissage final à Tachkent.

La Cia devait-elle demander l’autorisation au gouvernement ouzbek pour atterrir sur l’aéroport civil ou bien les avions avaient-ils une autorisation tacite pour atterrir sur les bases militaires US ?

Les chargements de prisonniers atterrissaient sur l’aéroport international de Tachkent, pas à la base militaire Us, proche de l’aéroport. Les détenus provenant d’escales européennes étaient remis aux agents des services secrets ouzbeks qui les transportaient ensuite dans leur quartier général pour être soumis aux interrogatoires et torturés.

Les agents de la Cia étaient-ils présents ?

Jamais. Le travail sale, la Cia le faisait exécuter par les services secrets ouzbeks.

Quand vous avez, vous, dénoncé ces crimes à votre gouvernement, quelle a été sa réponse ?

On m’a répondu en date du 8 mars 2003 qu’il était « parfaitement légal » d’obtenir des informations de renseignements (intelligence) à travers les chambres de torture de l’Ouzbékistan.

Pensez-vous qu’aujourd’hui encore, l’Ouzbékistan soit compromis dans le programme de “renditions” ?

Je crois que l’Ouzbékistan ne joue plus le rôle de chambre de torture de la Cia, parce qu’il s’est rapproché de la Russie. Mais je ne doute pas que la Cia continue ailleurs son action, avec la connivence de nombreux gouvernements, et certainement des gouvernements européens « alliés » dans la lutte contre le terrorisme.

Parmi les gouvernements européens qui sont au courant des crimes vous citez l’Italie. Pourquoi ?

Je suis certain que le gouvernement Berlusconi était au courant. Abou Omar a été enlevé par des agents de la Cia à Milan pour être transféré en Égypte. En tant que diplomate je sais comment fonctionnent ces liaisons dangereuses (en français dans le texte, NDT) entre gouvernements. Je sais comment adviennent les connexions et les échanges d’informations. J’admire beaucoup vos magistrats pour avoir lancé le mandat d’arrêt contre 22 agents de la Cia mais je suis sûr qu’Omar n’aurait pas pu être enlevé sans que les services italiens ne soient au courant.


La série noire du témoin Murray


par Sergio Finardi, il manifesto, 9 février 2006. Original : www.ilmanifesto.it . Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Le mardi 24 janvier dernier a été une étrange journée pour Craig Murray, ex-ambassadeur britannique en Ouzbékistan. Ce même jour, devant l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe à Strasbourg, le député suisse Dick Marty rapportait les premiers résultats de l’enquête sur l’implication européenne dans le « programme » étasunien de extraordinary renditions, enquête dont il avait été chargé en novembre dernier par le Comité pour les Affaires Légales de cette même assemblée.
Murray s’était rendu à Strasbourg et avait corroboré le rapport de Marty par son témoignage et par des documents prouvant la collusion des services secrets britanniques et étasuniens avec les bourreaux de la police secrète ouzbek (SNB) pour obtenir des « confessions » sous la torture, de présumés terroristes. Avant d’être démis de sa charge pour avoir fortement critiqué dans des rapports internes ces collusions (15 octobre 2004), Murray avait défendu publiquement les droits humains de milliers de personnes arbitrairement incarcérées et horriblement torturées par ce régime, l’un des plus corrompus et néfastes d’Asie Centrale, ainsi qu’important allié de Bush.
De retour de Strasbourg, Murray avait fait escale quelques heures à l’aéroport de Paris Orly, d’où il était reparti pour Londres et avait atterri au London City, petit aéroport pour les liaisons « affaires » avec certaines autres localités européennes. Trahi peut-être par l’habitude de voyager avec des valises diplomatiques intouchables, Murray n’avait pas emmené avec lui en cabine son ordinateur portable et sa documentation, mais il les avait laissés dans ses bagages confiés à la compagnie. Au London City, cependant, les bagages n’étaient jamais arrivés, et Murray s’était mis patiemment dans la file du bureau aéroportuaire adéquat pour savoir où ils étaient passés. Pendant qu’il était confronté à la série habituelle de questions relatives à son voyage et aux caractéristiques de ses bagages, Murray avait cependant noté que, à côté de l’ordinateur de l’employé qui l’interrogeait, il y avait déjà un feuillet avec son nom et le numéro de ses bagages. Ayant fait remarquer la présence de ce feuillet, Murray avait reçu des explications confuses et embarrassées.
De retour chez lui, deux coups de téléphone successifs à la compagnie aérienne avec laquelle il avait voyagé l’informaient, d’abord, que le bagage serait arrivé par le premier vol d’Orly, puis qu’il avait été « retenu » et qu’il ne pouvait être chargé sur aucun autre vol. Personne, apparemment, ne savait « qui » l’avait retenu, mais il était clair que personne d’autre que les services de renseignements français et/ou d’autres en collusion avec eux ne pouvaient avoir fait ce genre de travail. De toute évidence, la vermine qui est en train d’être découverte autour de l’implication européenne dans les extraordinary renditions étasuniennes en est arrivée au point d’utilisation de telles intimidations contre un témoin d’une enquête officielle européenne.
Les petits mystères de l’après-rapport Marty et du témoignage de Murray ne semblent cependant pas s’arrêter là. Le rapport de Marty n’avait pas exposé de nombreux détails sur l’implication européenne, mais il avait mis fortement en évidence de quelle façon d’inquiétants mécanismes et complicités émergeaient d’enquêtes comme celle de la magistrature italienne sur l’enlèvement d’Abou Omar. Le jour même du rapport Marty, Amnesty International et il manifesto avaient publié une dénonciation circonstanciée des vols et des compagnies aériennes impliquées dans le programme étasunien, en accordant une importance particulière aux pays européens qui avaient accueillis ces vols, Italie comprise. Une dénonciation similaire était déjà arrivée en novembre dernier, cette fois aussi, d’Amnesty et du Guardian de Londres, à propos de vols effectués depuis et vers des aéroports britanniques et irlandais. Et bien, on aurait pu s’attendre à ce que l’importance donnée par Marty au cas italien suscite l’intérêt des médias italiens sur les dénonciations d’Amnesty et du manifesto. Si l’on va lire les articles publiés avec un certain relief sur les plus grands quotidiens italiens pendant les jours qui ont suivi le rapport Marty, on ne trouvera aucune trace des circonstances dénoncées ci-dessus.
A l’improviste, des médias qui pourtant avaient consacré beaucoup de place et d’enquêtes à l’inculpation des agents étasuniens pour le cas Abou Omar, décident que ce n’est pas la peine d’informer leurs lecteurs ou spectateurs sur des faits cités dans les dénonciations par Amnesty et il manifesto. Sommes-nous peut-être trop proches des élections pour mettre en ultérieures difficultés le gouvernement Berlusconi ou un possible gouvernement successif de l’Union (centre-gauche, ndt) dans leurs rapports avec l’administration étasunienne ?


Les révélations du Sonntagsblick sur un fax égyptien intercepté par les services de renseignement suisses mettent en lumière le rôle de plaque tournante de la Suisse “neutre” dans les “transferts extraordinaires” de prisonniers kidnappés par la CIA

 

Le Conseil fédéral suisse disposait d’un document qui indiquait clairement l’existence de prisons de la CIA en Europe, mais n’a rien dit

 

par Silvia Cattori, 9 janvier 2006.


Les services de renseignements suisses ont intercepté, à mi novembre 2005, un fax envoyé par le Ministère égyptien des affaires étrangères du Caire à son ambassade de Londres.
Cette information, qui a été révélée le 8 janvier 2006 par le magazine suisse de langue allemande « Sonntags-Blick », apporte une nouvelle pièce au dossier des prisons secrètes de la CIA en Europe.
Selon le Sonntag-Blick le fax intercepté par les services secrets suisses fait état de prisons de la CIA en Europe de l’Est ; il apporte des indices supplémentaires sur l’existence de prisons secrètes américaines en Europe. Prisons utilisées par les tortionnaires de la CIA pour interroger ces détenus invisibles, transportés par avions cargos à travers le monde, empaquetés dans des sacs en plastique, sans aucune considération humaine.
Le fax égyptien évoque également l’interrogatoire, en septembre 2005, de 23 prisonniers afghans et irakiens, à la base militaire Mihail Kogalniceanu, à proximité du port de la mer noire de Constanza, en Roumanie.
Les autorités roumaines pourront-elles continuer de nier, comme elles l’ont fait jusqu’ici, la présence de prisons secrètes et de centre d’interrogatoires sur leur sol ?
Le Département de la défense suisse, qui avait eu connaissance de ce document dès mi-novembre, s’est bien gardé d’en informer le conseiller aux Etats Dick Marty, chargé par le Conseil de l’Europe d’enquêter sur les prisons de la CIA. Celui-ci s’est plaint de cette rétention de l’information : « La Suisse a un comportement un peu analogue à celui de nombreux autres gouvernements européens dans cette affaire. Nombreux savent mais préfèrent détourner la tête».
Comment est-il possible qu’un document rédigé par les services de renseignements du Département fédéral de la défense, classé secret, soit arrivé entre les mains de journalistes, s’inquiète le Conseil fédéral ? Dick Marti formule cette hypothèse : « Ce pourrait être tout simplement un fonctionnaire fédéral qui, face à ce à quoi l’on assiste en matière de violations des droits humains, a voulu faire un geste de responsabilité personnelle pour combattre ce phénomène ».
Dans l’immédiat la chasse a été lancée par le Conseil fédéral pour identifier la personne qui a révélé cette information « sensible » aux journalistes de « Sonntags-Blick ».

 

Les révélations de Sonntagsblick


Traduit de l’allemand par Eva, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (Transtlaxcala@yahoo;com). Cette traduction est en Copyleft.


À lire :

> Scandale autour de la CIA - Les camps américains de la torture : La preuve !
> Les écoutes téléphoniques - Comment des agents suisses ont détecté le fax égyptien
> Ceux qui se taisent - La réaction du chef de l’armée Christophe Keckeis se fait attendre 48 heures
> Les conséquences - Le chef du VBS Samuel Schmid lance une enquête administrative
> Les Enquêteurs - Comment des experts internationaux commentent ces révélations
> Petit glossaire des sigles utilisés
> Dossier CIA : Quel rôle joue la Suisse?
> Nous autres les gardiens, par Christoph Grenacher, rédacteur en chef, Sonntagsblick
> Espion & Espion - La CIA à la chasse : Dick Marty
> Enlèvements et torture : la chronologie d’un scandale
> L’enquêteur du Conseil de l’Europe et Conseiller des États Dick Marty : « Presque tous les Etats dissimulent la vérité dans cette affaire »

Scandale autour de la CIA - Les camps américains de la torture : La preuve !

 

par Sandro Brotz et Beat Jost, Sonntagsblick, 9 janvier 2006 C’est la première preuve: Les Américains possèdent des prisons secrètes pratiquant la torture en Europe. Ceci peut être conclu d’un échange de télécopies entre le Ministre des Affaires Etrangères égyptien et son ambassade à Londres. Le fax a été intercepté par les services secrets suisses et a été obtenu par le Sonntagsblick.

 

Les écoutes téléphoniques

Comment des agents suisses ont détecté le fax égyptien Au milieu de la nuit une histoire sombre est éclairée par un premier rayon de lumière. On est le 15 novembre 2005 juste avant une heure est demi du matin. La centrale des écoutes du Ministère de la Défense suisse (VBS) à Zimmerwald, à quelques kilomètres au sud de Berne, surveille comme d’habitude tout en respectant les règles. Le système satéllite des écoutes Onyx tourne aussi à plein régime cette nuit-là. L’opérateur des services secrets avec le nom abrégé wbm rédige le rapport « Report COMINT SAT » qui porte le numéro d’ordre S160018TER00000115.

Wbm sait-il quel message explosif destiné à ses chefs de la base de support de la direction (FUB) de l’armée il est en train de transcrire en français ? Le message avait été intercepté dans l’espace et retransmis par un satellite à la terre cinq jours auparavant : le 10 novembre à 20h24. C’est un échange de télécopie entre le Ministre égyptien de l’Extérieur Ahmed Aboul Gheit (63 ans) au Caire et son ambassadeur à Londres. Les agents suisses titrent le message « Les Egyptiens disposent de sources qui confirment l’existence de prisons secrètes américaines ». Selon le rapport des services secrets suisses, les Egyptiens disent mot à mot: « L’ambassade a appris de ses propres sources qu’en effet 23 citoyens irakiens et afghans ont été interrogés sur la base Mihail Kogalniceanu près de la ville de Constanza au bord de la Mer Noire (en Roumanie – remarque de l’éditeur). De tels centres d’interrogatoires existent en Ukraine, au Kosovo, en Macédoine et en Bulgarie. » En outre, ils rapportent que selon un article de presse, l’organisation des droits de l’Homme Human Rights Watch dispose de preuves pour des transports de « prisonniers le 21 et 22 septembre qui ont été transférés par des avions militaires américains de la base Salt Pit (mine de sel) à Kaboul à la base polonaise Szymany et à la base roumaine mentionnée ci-dessus ». Les Egyptiens écrivent explicitement : « Malgré tous les faits précités, les responsables roumaines continuent à nier l’existence de prisons secrètes dans lesquelles les services secrets américains interrogent des membres d’Al Qaïda. Le porte-parole de la délégation européenne a accueilli positivement le démenti officiel des Roumains ».

 

La sensation

 

Pour la première fois un Etat confirme qu’il était au courant de l’existence de prisons secrètes de la CIA en Europe La force explosive du fax du Ministre des Affaires Etrangères égyptien est difficilement égalable: Un État est au courant de l’existence de prisons secrètes de la CIA sur le territoire européen. Cette information n’est pas basée sur des Open Sources, des sources officiellement accessibles, comme des articles de presse ou des rapports d’organisations non gouvernementales comme Human Rights Watch. Dans le cas présent le fax mentionne qu’il s’agit de « propres sources ». Le travail des services secrets égyptiens est estimé comme étant « extrêmement professionnel » par des experts qui souhaitent garder l’anonymat. Dans le milieu des services secrets, les informations provenant des services des renseignements du Caire sont en général considérées comme étant « absolument fiables et crédibles ». L’ambassadeur égyptien à Berne n’a pas souhaité s’exprimer face à SonntagsBlick par rapport à cet échange de télécopies. La rédaction n’a pas cédé à son souhait d’obtenir le document. Il n’a pas non plus souhaité répondre à la question de savoir s’il contestait l’autenticité du document.

Les sources égyptiennes ont confirmé ce que le monde entier ne pouvait jusque-là que soupçonner : au nom de la lutte contre le terrorisme, les USA enlèvent, cachent et interrogent systématiquement leurs prisonniers. « Nous n’avons utilisé ni les aéroports ni l’espace aérien en Europe pour transporter des personnes à des endroits afin de les torturer là-bas », affirmait la Ministre des Affaires Etrangères américaine Condoleezza Rice (51 ans) il y a environ un mois à l’occasion de la rencontre des Ministres des Affaires Etrangères de l’OTAN à Bruxelles. Mais elle a omis de confirmer que ces prisons et ces transports n’existent pas.

 

Ceux qui se taisent

La réaction du chef de l’armée Christophe Keckeis se fait attendre 48 heures

Une explication est maintenant également désespérément recherché au Bundeshaus (Maison fédérale) depuis que SonntagsBlick a confronté mercredi les responsables de l’armée avec des questions concernant leur propre rapport d’espionnage. Comment se fait-il que les services secrets de l’armée espionnent un État ami ? Est-ce qu’on a informé le Ministre de la Défense Samuel Schmid (59 ans), la Ministre des Affaires Etrangères Micheline Calmy-Rey (60 ans) et le Ministre de la Justice Christoph Blocher (65 ans) du contenu important du message ? Est-ce qu’on a informé la délégation pour la surveillance des affaires (GPDel) militaires des conseils fédéraux ? Est-ce qu’on a transmis le document aux services secrets américains ou à d’autres États comme on le fait d’habitude avec des messages obtenus à l’aide d’Onyx ? 48 heures passent jusqu’à ce que le chef de l’armée Christophe Keckeis (60 ans) réagisse. Le commandant du corps refuse catégoriquement de répondre aux questions du SonntagsBlick mais le GPDel sera informée de façon détaillée. Le président du GPDel, Conseiller des États SVP Hans Hofmann (66 ans, Zurich), déclare vendredi après-midi suite à notre demande qu’il n’avait pas eu connaissance de ce dossier délicat. Parallèlement, Hofmann désigne la révélation spontanément comme une « indiscrétion incroyable ».

Silence radio également du côté de l’organisme de contrôle indépendant (UKI) chargé de la surveillance de l’espionnage radio. Ses membres, trois hauts fonctionnaires des Ministères de la Défense, de la Justice et des Transports, doivent examiner, selon le règlement, tous les ordres de surveillances des télécommunications. Si l’organisme de contrôle juge la légitimité de l’odre comme étant insuffisante, il peut demander l’arrêt de l’ordre auprès des Conseillers Fédéraux chargés des services de renseignement, à savoir Samuel Schmid (VBS) ou Christoph Blocher (département de justice et de police, EJPD).

Est-ce qu’on a également examiné l’odre de surveillance concernant l’Egypte et peut-être même demandé son arrêt ? Le président de l’UKI, le professeur Luzius Mader, vice-directeur de l’agence fédérale de la justice refuse de répondre aux questions : « C’est le VBS qui est chargé de l’information du public concernant les activités du UKI ». Mais là-bas on nous dit également : « no comment ». Le porte parole de Schmid, Jean-Blaise Defago : « Le VBS ne souhaite pas répondre aux questions ».

 

Les conséquences

Le chef du VBS Samuel Schmid lance une enquête administrative Excitation, nervosité, dissimulation : L’excitation à Berne est compréhensible. Au maximum trois ou quatre personnes sont habilitées à lire les originaux des rapports d’écoute. Les messages importants sont transformés en rapports secrets, dont les sources sont systématiquement cachées et dissimulées.

« C’est une catastrophe que le dossier autour du fax égyptien ait été rendu public » dit un initié des services secrets de haut rang. « Moi, j’aurais transmis le message directement au Président de la République de l’époque, Samuel Schmid, qui est en tant que président du VBS le président du Comité de Sécurité des Conseillers d’Etat.

Si et quand Schmid a informé ses deux collègues du Conseil d’Etat au sein du Comité de Sécurité (SiA) est préservé comme un secret d’Etat. Le VBS se tait, Le Ministère des Affaires Etrangères Calmy-Rey ne commente pas cette affaire et le Ministre de la Justice de Christoph Blocher fait également blocage. Le porte-parole de l’EJPD Sascha Hardegger : « Nous ne souhaitons pas prendre position par rapport à ce dossier ».

Le porte-parole du VBS Defago ajoute que le Conseiller d’Etat Schmid allait sûrement lancer une enquête administrative afin de constater comment une telle indiscrétion a pu être commise et comment un rapport secret a pu parvenir au public.

 

Les Enquêteurs

Comment des experts internationaux commentent ces révélations Est-ce qu’un journal a le droit de publier des documents secrets concernant de potentielles prisons de la CIA ? « Bien évidemment il a le droit, c’est un sujet d’intérêt public » dit Manfred Nowak (55), rapporteur spécial de l’ONU sur la torture. « C’est un scoop », dit Dick Marty (61), agent spécial du Conseil de l’Europe chargé du dossier CIA et conseiller municipal du parti libéral de langue allemande FDP. Sous réserve qu’il ne pouvait pas confirmer l’authenticité du document il dit clairement : « Il s’agit là d’un indice supplémentaire qui confirme notre soupçon ». La vérité se dévoilait maintenant « petit à petit ». L’ancien persécuteur de la mafia Marty qui examine depuis deux mois le dossier de la CIA demande aux gouvernement de « dire enfin la vérité dans cette affaire ».

Petit glossaire des sigles utilisés COMINT (Communications Intelligence) : Ecoute électronique, évaluation et radio transmission.

DAP Ce service pour l’analyse et la prévention au sein du département de la justice et de la police est chargé de la protection de l’Etat et de la sécurité intérieure. Sont concernés par ce service entre autres : terrorisme, extremisme violent, services des renseignements interdits.

FUB Base de support de la direction de l’armée. Le domaine phare de la FUB est la guerre électronique, c’est à dire l’utilisation de systèmes militaires de surveillance de la communication sans fil, de la détermination de ses sources et, le cas échéant, son brouillage. Ceci comprend également l’espionnage de signaux provenant de systèmes étrangers de télécommunication.

LWND Les services de renseignement de l’armée de l’air procurent les renseignements secrets nécessaires pour les actions militaires de l’armée de l’air.

MND Le service des renseignements militaire travaille pour l’armée et est sous les ordres du chef du grand État- major de l’armée.

ONYX Depuis cinq ans le VBS exploite à partir de Zimmerwald (Berne) et via les stations de satellite Leuk (Valais) et Heimenschwand (Berne) le système d’écoute sophistiqué Onyx à l’aide duquel tous les conversations téléphoniques, les émails et télécopies envoyés via satéllite peuvent être interceptés. Parmi les clients d’Onyx se trouvent les services secrets militaires SND et LWND ainsi que le service secret intérieur DAP.

SiA Le comité de sécurité du Conseil d’Etat. Le Ministre de la Défense Samuel Schmid (Président), le Ministre de la Justice et la Ministre des Affaires Etrangères Micheline Calmy-Rey font actuellement partie de ce collège.

SND Le service des renseignements stratégique du Ministère de la Défense VBS.

UKI L’instance de contrôle indépendante pour la surveillance des renseignements radio. Elle surveille aussi la légitimite de tous les ordres de surveillance radio.

Dossier CIA : Quel rôle joue la Suisse?

 

Sonntagsblick, 7 janvier 2006

Lorsque la CIA pourchasse des terroristes, notre pays est aussi concerné, peut importe s’il s’agit de jets des services secrets qui traversent l’espace aérien suisse ou si des agents abusent de la Suisse en tant que refuge. La justice et le parlement à Berne sont en état d’alerte. Plus de 70 fois les avions des services secrets pour l’étranger américains CIA ont survolé la Suisse au cours des quatre dernières années. Il existe des indications selon lesquelles il y avait des détenus à bord d’une partie des vols qui avaient été kidnappés et transféré par la CIA vers des prisons de torture secrètes.

Le procureur de l’Etat a commencé son enquête car les autorités à Berne n’avaient pas été informés de ces traversées et la souveraineté de la Suisse a ainsi été violée. Parmi ces cas se trouve aussi celui de l’imam égyptien Abu Omar (45) qui a été kidnappé par la CIA le 17 février 2003 à Milan en Italie, qui a été transféré via l’espace aérien suisse en Allemagne et puis transporté en toute illégalité au Caire. Le chef du commando responsable, Rober Seldon Lady (52 ans) et au moins deux autres agents se sont rencontrés après l’enlèvement dans un hôtel à Zurich pour un briefing.

Quatre de ces avions de la CIA ont même attéri à Genève. C’est pour cette raison que la Suisse demande à savoir maintenant qui se trouvait alors à bord. La Conseillère d’Etat Micheline Calmy-Rey est intervenue en décembre auprès de l’ambassade US à Bern et a demandé des réponses. Cette demande est restée jusqu’à présent sans réponse.

Au total, ce sont trois interpellations et demandes de la part de membres du parlement qui sont en cours au Bundeshaus (Maison de l’Etat) concernant le dossier CIA. Et le Conseiller National SP Boris Banga (SO) et Josef Lang des Verts (ZG) souhaitent savoir entre autres si la Suisse était au courant de prisons secrètes de la CIA en Europe. Maintenant c’est affirmatif, la Suisse a bien été informée, c’est du moins de que démontre le fax égyptien intercepté par la Suisse.

Mais le Conseil d’Etat n’a toujours pas donné une réponse officielle aux membres du parlement et à la population suisse.

 

Nous autres les gardiens

par Christoph Grenacher, rédacteur en chef, Sonntagsblick, 7 janvier 2006 Bonjour la Suisse. Aujourd’hui on est dimanche. Et la nation a un nouveau problème. Le problème c’est que nos services secrets écoutent. Les éspions ouvrent même les oreilles là où ils ne devraient pas le faire. Ils ne surveillent pas seulement ce que les méchants planifient en Suisse ou à l’encontre de notre pays.

Un fonctionnaire zélé intercepte un message à contenu explosif : Le Ministre des Affaires Etrangères égyptien confirme expressément à son ambassade par fax l’existence de prisons secrètes américaines en Europe pour y détenir des sympathisants d’Al Qaïda. Cet écrit est comme de la dynamite. Pour la première fois il y a un pays qui dit : Oui, c’est vrai. Les prisons secrètes de la CIA existent. Même si tous les États ont jusqu’à maintenant démenti, les Américains ça va de soi, mais aussi les Européens.

Le fax que l’agent à Berne a détecté parmi toutes les données a été classifié secret par les autorités suisses ce qui signifie : Si SonntagsBlick en parle, ceci pourra entraîner des suites légales. Il s’agit de trahison d’un secret ou bien de trahison nationale. Néanmoins nous publions l’histoire de façon transparente, détaillée et ouverte.

Lorsque nous avons pris connaissance de l’existence du document, je le savais tout de suite : si d’autres pays réalisent que la Suisse surveille leur courrier ça va causer des problèmes. Les Egyptiens vont faire opposition et protester. Les Américains seront fous furieux. Les pays mentionnés dans le fax des Egyptiens ne vont pas nous embrasser de gratitude ; les services secrets amis vont fermer leurs canaux de fréquences vers la Suisse. Lorsque nous avons été sûrs que le document était authentique, ma décision était prise : Nous allons rendre public les informations secrètes. Sans foi ni loi.

Et nous le faisons par amour de la vérité. Et nous devons la vérité aussi à l’opinion publique, à nos lecteurs que nous souhaitons informer complètement. Et dans notre travail nous mettons les droits à la liberté des hommes et la dignité humaine des individus au-dessus des intérêts d’un seul État. Le pays a le droit de connaître la vérité. Nous faisons également appel à la liberté de la presse. Le fait de ne pas divulguer une action contre le droit des peuples commise par les autorités suisses ne rendra pas le monde plus paisible. Le fait d’occulter une information ne correspond pas aux traditions démocratiques et surtout pas lorsqu’une rumeur s’avère être un fait.

Nous ne servons pas uniquement l’Etat. Nous, les journalistes du SonntagsBlick, nous considérons également comme les gardiens de l’État. Comme les gardes et défendeurs de l’État de droit. Comme les gardiens de la communauté, les chroniqueurs du temps. Bref, comme indépendants.

Nous détestons autant les muselières que les prisons secrètes. Nous les détestons ici et ailleurs.

 


Espion & Espion - La CIA à la chasse : Dick Marty


par Alexander Sautter et Sandro Brotz, Sonntagsblick, 18 décembre 2005
La CIA ne l’avouera jamais mais tout l’indique pourtant: elle espionne bien le Suisse Dick Marty (60 ans) qui poursuit les tortionnaires.

Dick Marty est cet homme qui sera redouté par les services secrets les plus puissants au monde. La mission du Conseiller des Etats FDP du Tessin: L’ex-persécuteur de la mafia a été chargé par le Conseil de l’Europe à Strasbourg en France de prouver ce que le monde entier ne faisait que soupçonner jusque là. Les USA enlèvent, cachent et interrogent systématiquement leurs prisonniers au cours de leur guerre contre le terrorisme mondial. Dans ces camps secrets vers lesquels les poursuivants de la CIA transfèrent les terroristes présumés on pratique aussi la torture. « Je ne mets pas la guerre contre le terrorisme en question », dit Marty « mais il faut qu’elle soit menée par des moyens d’un État de droit ». Selon lui, la torture « n’est pas efficace et elle est contre-productive ». Maintenant la CIA a le chasseur suisse dans le collimateur. « Je ne serais pas étonné si j’étais sur écoutes » dit Marty à l’occasion de la session d’hiver à Berne au SonntagsBlick. Il présume que la CIA va essayer « d’apprendre de quelles informations je dispose ». Et Marty ajoute : « Ils pourraient aussi essayer de me discréditer ».

Le chasseur devient alors le chassé. Les experts des services secrets sont unanimes : La grande pose d’écoutes de la CIA à Marty a déjà commencé. « Les Américains vont à 100% essayer de savoir ce que Monsieur Marty sait », dit Erich Schmidt-Eenboom (53 ans), dirigeant de l’institut pour la politique de la paix à Weilheim en Allemagne.

L’expert rénommé des services secrets est convaincu que les services secrets américains « vont tenter cela par tous les moyens électroniques ». Un fonctionnaire de haut rang des services secrets suisses qui souhaite garder l’anonymat soutient ces informations. « La CIA voudra surtout savoir qui sont les sources de Marty », dit-il. Pour