
Dossier Quibla
07/07/06 - Miracle à Milan
par Fausto Giudice, 7 juillet 2006
Les procureurs Armando Spataro et Ferdinando Pomarici sont
des hommes acharnés qui ne s'en laissent pas compter.
Profitant de la nouvelle conjoncture politique - le départ
de Berlusconi et de sa bande du pouvoir - ils viennent de
frapper un grand coup en faisant arrêter deux pontes
des services secrets militaires italiens, le SISMI : leur
numéro 2 Marco Mancini, ancien responsable du service
pour le nord de l'Italie, et le général Gustavo
Pigneto, chef de la première division du SISMI. Ce
dernier n'a pas rejoint son supérieur en prison,
il a été mis simplement aux arrêts domiciliaires.
Il aura fallu un changement de régime politique pour
que les procureurs, qui ont lancé leur enqête
il y a un an sur l'enlèvement de l'imam égyptien
Hassan Moustafa Osama Nasr, dit Abou Omar par la CIA en
plein Milan, le 17 février 2003, puissent acquérir
la certitude que cette opération, décidée
en haut lieu, n'avait pu sa faire sans la complicité
des services italiens et de leurs responsables politiques.
Le coup frappé par les procureurs milanais apporte
un démenti cinglant aux affirmations lénifiantes
du directeur du SISMI, le général Nicolò
Pollari, qui, devant la commission d'enquête du parlement
européen (dirigée par l'Italien Claudio Fava),
avait benoîtement affirmé ne pas avoir été
au courant de l'enlèvement d'Abou Omar. Une version
considérée comme invraisemblable par Dick
Marty, le Suisse chargé par le Conseil de l'Europe
d'enquêter sur les "transferts extraordinaires" opérés
par la CIA depuis 2001 à travers toute la planète.
Depuis l'ouverture de leur enquête sur l'enlèvement
d'Abou Omar à Milan par la CIA, les procureurs s'étaient
heurtés à un mur dressé par le pouvoir
politique. Ainsi le ministre de la Justice berlusconien
Roberto Castelli s'était opposé à la
transmission aux autorités usaméricaines d'une
demande d'extradition des 22 agents de la CIA identifiés
par les enquêteurs comme les auteurs de l'enlèvement,
qualifiant Armando Spataro de "militant".
Outre Mancini et Pigneto, Spataro et Pomarici ont lancé
des mandats d'amener contre quatre nouveaux agents de la
CIA dont, last but not least, celui qui était le
chef de la station de Rome Jeffrey Castelli en 2003 et qui
est aujourd'hui en poste au siège de la centrale
à Langley. Castelli avait été identifié
comme l'organisateur de l'enlèvement d'Abou Omar
aussi bien par Dick Marty
[voir son rapport http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20060627/788624_fdoc10957.pdf]
que par l'ancien fonctionnaire de la CIA Michael Scheuer
[voir quibla.net/guantanamo2006/guantanamo1.htm].
Sept carabiniers ont été inculpés,
dont le sous-officier qui a avoué avoir été
présent sur les lieux de l'enlèvement en plein
Milan - le maréchal Luciano Pironi, membre du ROS,
une unité d'élite des carabiniers -, quatre
autres agents ainsi que deux agents accusés d'avoir
espionné des journalistes du quotidien La Repubblica,
qui suivaient l'enquête des magistrats milanais.
Mais il y a journalistes et journalistes dans cette affaire.
Les procureurs ont aussi inculpé le directeur-adjoint
du quotidien Libero, dirigé par Vittorio Feltri,
Renato Farina - actuellement en Allemagne pour cause de
Mondial - dont ils ont fait saisir l'ordinateur, ainsi qu'un
rédacteur, ancien carabinier, Claudio Antonelli.
Les deux hommes sont accusés d'avoir tenté
de brouiller les pistes dans l'affaire Abou Omar.
L'opération coup de poing de Spataro et Pomarici
a sans aucun doute eu le feu vert du nouveau gouvernement
Prodi, qui a éprouvé le besoin de déclarer
qu'il conservait une "pleine confiance dans la loyauté
institutionnelle" du SISMI. Les berlusconiens, qui ne cessent
de ruminer leur défaite électorale, semblent
décomposés devant ce rebondissement. Ils savent
bien que cette affaire deviendra le premier règlement
de comptes judiciaire avec le régime berlusconien.
Et qu'elle risque d'en amener d'autres.
Mais c'est de "gauche" qu'est venue la déclaration
la plus surréaliste : «On doit au Sismi les
plus brillantes opérations de lutte contre le terrorisme
à l'étranger. Attendons-nous à ce qu'Oussama
Ben Laden nous adresse sous peu ses remerciements et ses
plus vives félicitations.» Elle émane
de Francesco Cossiga, ancien président de la République,
l'un des pricnipaux cerveaux de la guerre contre le "terrorisme
rouge" des années 1970 et 1980.
Sur cette affaire, lire http://quibla.net/alire/giudice3.htm
08/06/06 - Dick Marty dévoile
une « toile d'araignée » mondiale de
détentions et transferts pratiqués par les
Etats-Unis, et évoque la collusion active de certains
Etats membres du Conseil de l'Europe

Strasbourg, 07.06.2006 Dick Marty, rapporteur de
l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe,
a dévoilé aujourd'hui ce qu'il appelle une
« toile d'araignée » mondiale des détentions
et des transferts de la CIA. Il a cité sept Etats
membres du Conseil de l'Europe qui, par collusion, peuvent
être tenus pour responsables, à des degrés
divers, de violations des droits de personnes nommément
désignées.
Dans les 67 pages de l'exposé des motifs du rapport
qu'il a rendu public aujourd'hui à Paris lors d'une
réunion de la Commission des questions juridiques
de l'Assemblée, il déclare que des éléments
de faits viennent corroborer l'hypothèse selon laquelle
certains points d'atterrissage en Roumanie et en Pologne,
à proximité de centres de détention
secrets, servent à débarquer des détenus.
« Si des preuves au sens classique du terme ne sont
pas encore disponibles à ce jour, de nombreux éléments,
cohérents et convergents, indiquent que de tels centres
secrets de détention ont bel et bien existés
en Europe ». Ces éléments justifient
des enquêtes plus approfondies, ajoute-t-il.
« Il est désormais clair [] que les autorités
de plusieurs pays européens ont activement participé,
avec la CIA, à ces activités illégales,
que d'autres les ont ignorées en connaissance de
cause, ou n'ont pas voulu savoir » a-t-il déclaré.
M. Marty dit avoir utilisé des données fournies
par les autorités nationales et internationales de
contrôle du trafic aérien, ainsi que des informations
provenant de sources internes aux services de renseignements,
notamment américains, pour dresser un tableau détaillé
d'un système global de détentions secrètes
et de transferts illégaux y compris une nouvelle
analyse révélant l'existence de ce qu'il appelle
des « circuits de restitution ».
Il cite sept Etats membres du Conseil de l'Europe qui peuvent
être tenus pour responsables, à des degrés
divers et pas toujours établis de façon définitive,
de violations des droits de personnes nommément désignées
: la Suède, la Bosnie-Herzégovine, le Royaume-Uni,
l'Italie, l'« ex-République yougoslave de Macédoine
», l'Allemagne et la Turquie. D'autres Etats peuvent
être tenus pour responsables de collusion (active
ou passive) en matière de détention et de
transfert de personnes dont l'identité n'est pas
encore connue, ajoute-t-il.
Le rapport de M. Marty sera examiné le 27 juin 2006
à Strasbourg par les 630 parlementaires des 46 Etats
membres du Conseil de l'Europe, lors de la session plénière
de l'Assemblée.
Lien vers l'exposé des motifs de M. Marty > http://assembly.coe.int/Mainf.asp?Link=/CommitteeDocs/2006/20060606_Fjdoc162006PartII-FINAL.htm
Contact : Unité de Communication de l'APCE, Tel.
+33 3 88 41 31 93 ; pace.com@coe.int
08/06/06 - L'Espagne rejette les
conclusions du rapport sur la CIA en Europe
L'Espagne rejette "de façon catégorique"
les conclusions d'un rapport incluant l'Espagne parmi les
pays ayant toléré le transfèrement
de terroristes présumés par des avions de
la CIA, a affirmé mercredi un porte-parole du ministère
espagnol des Affaires étrangères.
"Nous rejetons de façon ferme et catégorique"
les conclusions du rapport, a déclaré ce porte-parole
à l'AFP.
Le rapport du parlementaire suisse du Conseil de l'Europe
Dick Marty qui doit être publié jeudi à
Paris affirme que 14 Etats européens ont collaboré
avec la CIA ou toléré le transfèrement
par avions de terroristes présumés, dont l'Espagne.
"L'Espagne n'a aucunement participé, de façon
active ou passive, à des opérations de transfèrement
de prisonniers", a affirmé le porte-parole du
ministère espagnol des Affaires étrangères,
ajoutant que son pays "n'avait pas la moindre information
à ce sujet".
Le rapport met en cause, pour "violations des droits
de la personne" lors de transfèrements illégaux,
les sept pays suivants: la Suède, la Bosnie-Herzégovine,
le Royaume-Uni, l'Italie, l'ancienne république yougoslave
de Macédoine, l'Allemagne et la Turquie.
"D'autres Etats peuvent être tenus pour responsables
de collusion - active ou passive - en matière de
détentions secrètes et de transferts interétatiques
illégaux": Pologne, Roumanie, Espagne, Chypre,
Irlande, Portugal, Grèce, ajoute le rapport.
La justice espagnole est censée enquêter sur
dix escales d'avions affrétés par la CIA aux
Baléares entre janvier 2004 et janvier 2005.
La presse espagnole a toutefois affirmé que des
avions de la CIA ont également fait des escales dans
l'archipel des Canaries, et Amnesty International (AI) a
fait état d'escales suspectes d'avions loués
par la CIA à Malaga (sud) et à Barcelone (nord-est).
Source : AFP, 7 juin 2006
Rapport d'enquête du parlement
européen : plus d'un millier de vols de la CIA en
Europe
La Commission d'enquête du Parlement européen
sur les prisons secrètes de la CIA a rendu son rapport
d'étape. Des prisonniers ont bien transité
par l'Europe.
La commission d'enquête temporaire du Parlement européen
sur les prisons présumées secrètes
de la CIA en Europe a rendu public mercredi 26 avril un
rapport d'étape selon lequel plus d'un millier de
vols clandestins auraient transité par le vieux continent
depuis 2001.
Les membres de cette commission ont également fait
état d'incidents au moment où des terroristes
présumés étaient remis à des
agents américains, incidents qui ne semblent pas
être isolés et qui sont le fait, semble-t-il,
d'un même groupe de personnes.
La rapport, rédigé par le député
européen italien Giovanni Fava, est le résultat
de trois mois d'auditions et de plus de 50 heures de témoignages
de militants pour les droits de l'Homme, de responsables
de l'Union européenne et de personnes affirmant avoir
été enlevées et torturées par
des agents américains.
Prisons en questions
L'enquête a débuté en janvier dernier
après la révélation en novembre par
le Washington Post de l'existence de prisons secrètes
de la CIA en Europe de l'Ouest où auraient été
interrogés des individus suspectés de terrorisme.
Ces suspects auraient également été
transportés dans des vols secrets ayant transité
en Europe avant de rallier leur destination finale de la
prison de Guantanamo.
Les enquêteurs ont rapidement concentré leurs
travaux sur les vols clandestins, plusieurs personnes entendues
expliquant dans les détails leur transfert vers ce
qu'elles affirment être des prisons au Moyen-Orient,
en Asie et en Afrique du nord où elles auraient été
torturées.
"En ce qui concerne les prisons, nous avons toujours
plus de questions que de réponses", indiquait
mardi Giovanni Fava.
La commission temporaire, qui compte 46 députés,
a notamment examiné si les gouvernements européens
étaient au courant de ces pratiques et si des citoyens
européens y avaient pris part.
Fermeture de Guantanamo
La commission temporaire est chargée de soumettre
à l'Assemblée plénière toutes
les recommandations qu'elle jugera nécessaires en
la matière, notamment en ce qui concerne les conséquences
politiques, juridiques et administratives devant être
tirées au niveau européen, ainsi que les conséquences
possibles sur les relations de l'Union européenne
avec des pays tiers.
La semaine dernière, le coordinateur européen
de la lutte contre le terrorisme, Gijs de Vries, avait affirmé
devant une commission du Parlement européen que ces
enquêtes n'avaient pas révélé
pour l'instant des preuves d'activités illégales
de la CIA.
L'Union européenne a appelé à la fermeture
du camp-prison de Guantanamo Bay. Ce centre de détention
situé à la pointe orientale de Cuba avait
été ouvert le 11 janvier 2002 après
le renversement fin 2001 par des forces conduites par les
Etats-Unis du régime taliban en Afghanistan. Pour
l'heure, seuls neuf des quelque 500 détenus de la
base navale américaine ont été inculpés
après plusieurs années de captivité.
(Avec AP)
Source : nouvelobs.com, 26 avril 2006
De nouveaux vols suspects dans le
ciel suisse pointés du doigt
par Ron Hochuli, Le Temps, 5 avril 2006
CIA. Selon Amnesty International, les agents américains
procéderaient à des «restitutions de
prisonniers» sous le couvert de sociétés
bidon.
Micheline Calmy-Rey l'avait confirmé devant le National
en décembre dernier: «Le Conseil fédéral
a appris l'existence» de 26 survols et de quatre atterrissages
suspects par la presse. Or, un rapport d'Amnesty International,
qui a analysé un milier de mouvements aériens
entre 2001 et 2005, vient rectifier ce dernier chiffre:
ce ne sont plus quatre appareils «suspects»
qui se sont posés en Suisse mais six, non seulement
à Genève, mais également à Zurich.
Parmi eux figurerait un Boeing 737 de la CIA aperçu
à plusieurs reprises sur des bases militaires américaines,
notamment en Afghanistan, qui a atterri une fois à
Genève. Un Gulfstream V, qui a effectué 114
vols à destination de Guantanamo, a également
rallié Genève deux fois. Baptisé «Guantanamo
Express», cet appareil aurait également été
utilisé par la CIA pour la «restitution»
de deux prisonniers de la Suède à l'Egypte.
Enfin, un Gulfstream IV, celui-là même qui
aurait servi à transporter Abou Omar (enlevé
en Italie et transporté en Allemagne puis au Moyen-Orient)
a également effectué deux atterrissages à
Cointrin et un à Zurich.
Le Département fédéral des affaires
étrangères (DFAE) n'a pas réagi, mardi.
Comme le concède Amnesty International, il n'y a
encore aucune preuve formelle que ces avions transportaient
des prisonniers. Or, le Ministère public de la Confédération
est en train d'enquêter notamment sur le cas Abou
Omar qui, selon le Parquet milanais, aurait survolé
la Suisse. Il en serait «à un stade avancé»
dans cette enquête qui pourrait, en Italie, prendre
une autre tournure la semaine prochaine. Si Silvio Berlusconi
n'était pas réélu, la collaboration
judiciaire pourrait se révéler plus facile.
Système ingénieux
Mais le DFAE ne prendra pas de mesures avant les conclusions
de la justice. A Berne, on souligne toujours qu'aucune trace
d'activité illégale liée aux vols américains
n'a été trouvée. Le Conseil fédéral
s'était d'ailleurs dit satisfait par les «garanties»
apportées par Washington et a autorisé, en
février, les avions américains à continuer
de survoler la Suisse sans autorisations spéciales.
Selon Amnesty Internationale, la CIA a développé
un ingénieux système pour transférer
des personnes d'un pays à l'autre. Pour ne pas avoir
à déclarer les vols, elle se serait servie
de sociétés d'aviation privées plutôt
que d'appareils officiels. Certains avions circuleraient
d'ailleurs sous le couvert de sociétés bidon
n'existant que sur le papier, comme Premier Executive Transport.
Enfin, l'ONG affirme avoir recueilli les témoignages
de trois ressortissants yéménites détenus
pendant dix-huit mois dans des centres de détention
dont ils ignorent l'emplacement. Néanmoins, à
partir des durées de vol, des conditions climatiques
et des horaires de prières qui leur ont été
donnés, il serait vraisemblable qu'ils aient séjourné
en Turquie, en Roumanie, en Bulgarie ou en Albanie. Comme
il le confie au Temps, Dick Marty, rapporteur spécial
au Conseil de l'Europe sur le dossier, a pris connaissance
d'autres témoignages «qui vont dans le même
sens».
Actvités secrètes
de la CIA en Europe :les services de sécurité
étrangers pas assez surveillés
Un rapport du Conseil de l'Europe révèle la
fragilité des systèmes de surveillance des
activités des services de sécurité
étrangers dans 46 pays.
Le Secrétaire général du Conseil de
l'Europe Terry Davis a estimé mercredi 1er mars à
Strasbourg que "l'Europe semble être un excellent
terrain de chasse pour des services de sécurité
étrangers".
Commentant devant la presse à Strasbourg les réponses
envoyées par les 46 pays de l'organisation paneuropéenne
à son questionnaire relatif aux activités
secrètes de la CIA en Europe, M. Davis a souligné
qu'"aucun pays d'Europe ou presque n'est doté
de dispositions juridiques permettant d'assurer la surveillance
effective des activités de services étrangers
sur son territoire".
Le conseiller juridique d'Amnesty International à
Londres Jill Heine a affirmé, au journal 20 minutes,
regretter que "les défaillances juridiques de
nombreux pays puissent faciliter les détentions secrètes;
les vols clandestins et autres violations des droits de
l'homme". Il estime par ailleurs que "la Bosnie-Herzégovine,
l'Italie, la Pologne et la Macédoine n'ont pas encore
fourni toutes les informations liées aux allégations
de détention et des vols secrets sur leur sol".
"Immunité ne signifie pas impunité"
Terry Davis a jugé que le "ciel européen
est par trop ouvert", relevant que "très
peu de pays" possédaient un moyen "adéquat
et efficace" pour savoir "qui et quoi transite
dans leurs aéroports et leur espace aérien".
L'analyse des réponses des gouvernements a révélé
que les procédures en vigueur "n'offrent pas
de sauvegardes suffisantes contre les abus", a-t-il
dit, en faisant allusion au transit de détenus soupçonnés
de terrorisme.
"Il semble en fait, selon Terry Davis, qu'aucun État
membre du Conseil de l'Europe n'ait établi quelque
procédure que ce soit pour vérifier que les
appareils civils ne servent pas à des fins qui seraient
incompatibles avec les normes internationalement reconnues
en matière de droits de l'homme" a-t-il dit.
Le Secrétaire Général a également
indiqué que les règles en vigueur concernant
l'immunité des États constituaient "des
obstacles considérables" en ce qui concerne
les activités des agents étrangers, notamment
lorsqu'ils sont accrédités comme agents diplomatiques
ou consulaires. "Immunité ne signifie pas impunité",
a-t-il conclu.
Source : http://permanent.nouvelobs.com/europe/20060302.OBS9069.html,
1er mars 2006
À LIRE ! Le rapport des cinq rapporteurs
spéciaux des Nations Unies sur guantanamo peut être
lu en anglais à l'URL suvante
http://www.ohchr.org/english/bodies/chr/docs/62chr/E.CN.4.2006.120_.pdf
Il devrait paraître sous peu en français. Rechercher
sur www.ohchr.org.
Le rapport de l'ONU sur sur les
exactions commisesà guantanamo suscite la polémique
en Grande-Bretagne
Peter Avis, L'Humanité, 21 février 2006
Guantanamo est une « anomalie qu'il faudra résoudre
tôt ou tard ». Tony Blair a ainsi tenté
ce week-end de prendre quelques distances avec Washington
à la suite des révélations sur le traitement
des prisonniers détenus à l'extrémité
de l'île cubaine. En dire davantage aurait pu offenser
sérieusement son allié (bien des Britanniques
disent son maître) de la Maison-Blanche. Le premier
ministre fait donc de son mieux pour calmer un débat
qui redevient chaud outre-Manche.
Pour la première fois un ministre du gouvernement
- Peter Hain, ministre pour l'Irlande du Nord - a ouvertement
réclamé la fermeture du fameux camp Delta
de Guantanamo. L'archevêque de York, le docteur John
Sentamu (le numéro 2 de l'Église anglicane),
a usé d'une langue plus directe et plus colorée,
quelques jours plus tard, en dénonçant «
l'illégalité » du comportement américain
si l'on se réfère au droit international.
« Les États-Unis devraient intenter des procès
aux 500 détenus à Guantanamo, qui comprennent
toujours 8 résidents britanniques, ou les libérer
tous », a-t-il précisé et d'ajouter
: « Mettre quelqu'un en garde à vue pendant
quatre ans, sans véritable charge, indique clairement
que l'on se dirige vers une société digne
de la Ferme des animaux, de George Orwell. »
Un juge de la Haute Cour, sir Andrew Collins, a déclaré
de son côté que le comportement américain
ne semblait « pas coïncider avec celui de la
plupart des nations civilisées ».
Quant à Sir Menzies Campbell, leader par intérim
du parti libéral-démocrate, il a déclaré
que Guantanamo n'était pas « une anomalie »
qui serait résolue tôt ou tard, mais «
un outrage » qu'il faut « stopper dès
maintenant ».
La Cour suprême US reporte l'examen d'une affaire
essentielle pour guantanamo
La Cour suprême américaine a décidé
mardi de repousser à mars l'examen d'une affaire
susceptible d'invalider les dizaines de plaintes de prisonniers
de Guantanamo (Cuba) devant la justice civile.
Le gouvernement américain avait demandé à
la haute Cour de se dessaisir du cas du Yéménite
Salim Ahmed Hamdan, qui affirme avoir été
le chauffeur d'Oussama ben Laden. Il conteste notamment
la validité des tribunaux militaires d'exception,
mais le gouvernement estime qu'une loi promulguée
fin décembre empêche les prisonniers d'exercer
ce type de recours.
Mardi, la Cour suprême a refusé de se prononcer
sur la requête du gouvernement avant une audience
prévue en mars.
La loi promulguée fin décembre, le «Detainee
Treatment Act», dont le but annoncé était
d'éviter tortures et abus, contient un article qui
limite strictement les possibilités pour les détenus
de saisine de la justice civile américaine.
Selon cet article, les «ennemis combattants»
devront attendre d'avoir été jugés
par un tribunal militaire d'exception pour pouvoir contester,
peut-être après une longue attente, leur détention.
En dehors de ce cas de figure, ils peuvent, de manière
très encadrée, contester leur statut d'«ennemi
combattant» devant la Cour d'appel fédérale
de Washington, mais celle-ci n'a pas l'obligation de se
saisir.
En vertu de cette loi, ils ne pourraient pas par exemple
contester leur détention sans inculpation.
Le gouvernement affirme que la loi, rétroactive,
annule de ce fait l'essentiel des recours déposés
aux États-Unis.
Selon un mémoire déposé vendredi par
les avocats du gouvernement devant la Cour d'appel de Washington,
seule cette Cour peut être compétente pour
examiner une affaire liée à Guantanamo et
de manière très limitée. Les autres
juridictions (tribunaux de première instance ou Cour
suprême) ne seraient en revanche pas compétentes.
Les avocats de Hamdan avancent au contraire qu'on ne peut
annuler les affaires en cours et que les détenus
ne peuvent être privés du droit constitutionnel
de contester leur détention.
Fin mars, la Cour suprême examinera la question de
sa compétence, puis, si elle estime qu'elle peut
toujours être saisie, celle de la légalité
de la justice militaire d'exception mise en place pour les
détenus de Guantanamo.
Selon Me Tom Goldstein, un des avocats de Hamdan, cette
affaire est la seule en lien avec Guantanamo qui soit devant
la Cour suprême.
Le 16 février, des experts de l'ONU ont appelé
les États-Unis à juger rapidement les prisonniers
ou à les libérer, une demande rejetée
par Washington.
M. Hamdan reconnaît avoir servi de chauffeur à
Oussama ben Laden pour un salaire intéressant, mais
dément avoir été un membre d'Al-Qaeda
ou avoir participé à des actions terroristes,
selon ses avocats.
Source : AFP, 21 février 2006
Détentions secrètes
de la CIA : la justice allemande enquête sur le rôle
de Berlin
L'affaire commençait à tomber dans l'oubli,
loin des inquiétudes suscitées par la grippe
aviaire ou par le report de l'âge du départ
à la retraite. Un rebondissement judiciaire dans
le dossier Khaled Al-Masri, du nom de cet Allemand d'origine
libanaise qui affirme avoir été enlevé
par erreur par la CIA américaine, vient néanmoins
relancer les interrogations outre-Rhin.
Les autorités allemandes étaient-elles au
courant du sort de ce quadragénaire durant les cinq
mois de sa détention secrète en Afghanistan
? Que savaient-elles, de manière plus générale,
sur les agissements des Etats-Unis dans leur lutte de l'ombre
contre le terrorisme islamiste ? Jusqu'à quel point
des agents allemands ont-ils assisté les Américains
dans diverses missions, notamment dans leur guerre contre
l'Irak ?
Autant de questions auxquelles les intéressés
paraissent peu pressés de répondre, étant
donné leur caractère potentiellement explosif.
Le précédent gouvernement, dirigé par
le Parti social-démocrate (SPD), avait bâti
une partie de sa popularité sur sa dénonciation
de la politique de Washington au Proche-Orient et affichait
par moments un antiaméricanisme tel que les relations
bilatérales en ont pâti durablement. Le fait
que le SPD siège dans la nouvelle coalition aux affaires
depuis novembre 2005 et que l'actuel ministre des affaires
étrangères, Frank-Walter Steinmeier, était
au coeur de l'ancien pouvoir n'en rend le dossier que plus
sensible.
La décision du parquet de Munich, prise lundi 20
février, d'ouvrir une enquête visant à
vérifier ce que savait le précédent
gouvernement de l'enlèvement de M. Al-Masri a relancé
les spéculations. C'est la première fois que
la justice s'intéresse formellement au comportement
des autorités dans cette affaire, devenue un symbole
de la politique américaine de transfert vers des
prisons secrètes de personnes soupçonnées
d'activités terroristes. M. Al-Masri poursuit la
CIA en justice aux Etats-Unis.
Selon des indices restés confidentiels, l'ex-gouvernement
allemand pourrait avoir été informé
par Washington bien plus tôt qu'il ne l'a affirmé.
La version officielle veut que ce soit l'ambassadeur américain
alors en poste à Berlin, Daniel Coats, qui en ait
officiellement avisé, le 31 mai 2004, le ministre
de l'intérieur de l'époque, Otto Schily (SPD).
La justice tentera aussi de savoir si l'ambassade allemande
à Skopje a pu être informée de la détention
de M. Al-Masri dès janvier 2004, peu après
qu'il eut été arrêté à
son entrée en Macédoine, où il se rendait
pour des raisons privées.
Musulman ayant obtenu l'asile en Allemagne dans les années
1980, cet ancien vendeur de voitures domicilié à
Neu-Ulm, en Bavière, a par ailleurs été
confronté à un policier allemand dont il estime
"à 90 %" qu'il s'agit d'un homme l'ayant
interrogé à trois reprises durant sa détention
en Afghanistan. La rencontre a eu lieu lundi, après
que M. Al-Masri l'eut reconnu parmi une huitaine d'hommes,
a précisé au Monde son avocat, Manfred Gnjidic,
confirmant un article du New York Times qui a révélé
l'information. Le policier désigné a nié
en bloc, tout en montrant "des signes de grande tension",
selon l'avocat.
En revanche, les passages dans les prisons américaine
de Guantanamo (Cuba) et syrienne de Damas de policiers ou
d'agents allemands, pour interroger des détenus allemands
de confession musulmane, sont avérés. Ces
informations ont été admises, ces derniers
mois, de source officielle. De même le gouvernement
a-t-il fini par reconnaître que deux agents secrets
allemands, présents à Bagdad pendant les bombardements
américains de 2003, avaient transmis des informations,
via leur centrale, qui ont servi aux opérations militaires
américaines.
Ces divers exemples de coopération transatlantique,
s'ils n'étonnent pas les milieux du renseignement,
ne "collent" pas avec l'image antiaméricaine
mise en avant par le SPD et par les Verts durant ces années-là.
Ces derniers ont jusqu'à présent refusé
de se joindre à deux autres petits partis de l'opposition
dans l'intention de créer une commission d'enquête
parlementaire visant à tirer ces épisodes
au clair.
Rappel chronologique
31 DÉCEMBRE 2003. Khaled Al-Masri, citoyen allemand
d'origine libanaise, est arrêté à son
arrivée à Skopje, en Macédoine, où
il se rendait à l'occasion d'un voyage privé.
24 JANVIER 2004. M. Al-Masri est transféré,
par un "vol secret" de l'Agence centrale de renseignement
(CIA) américaine, de Skopje vers Bagdad (Irak), puis
vers Kaboul (Afghanistan), où il est interrogé
sur ses liens présumés avec des islamistes.
MAI 2004. Washington décide la libération
clandestine du prisonnier, en Albanie, après cinq
mois de détention en Afghanistan.
DÉCEMBRE 2004. Khaled Al-Masri accuse, pour la première
fois publiquement, la CIA de l'avoir détenu.
Source : Le Monde, 22 février 2006
Robert Baer, ancien de la division
des opérations clandestines de la CIA : « Je
suis terrifié par l’aveuglement des services
secrets américains »
par Ian Hamel, oumma.com, 21 février
2006
Ian Hamel est journaliste et prépare une biographie
de Tariq Ramadan chez Flammarion.
Robert Baer a quitté la CIA fin 1997 après
avoir passé plus de vingt ans au Proche-Orient. Cet
arabisant a été notamment le responsable des
services américains au Kurdistan irakien. Son livre
« La chute de la CIA, les mémoires d’un
guerrier de l’ombre sur les fronts de l’islamisme
» a inspiré un film, « Syriana »,
qui sort le 22 février à Paris. Le rôle
de Robert Baer est joué par l’acteur George
Clooney. Ce long métrage produit par la Warner évite
toute complaisance vis-à-vis des USA. Il dépeint
au contraire une compagnie pétrolière américaine
corrompue qui élimine Nasir, un jeune prince réformiste
et progressiste, afin que son émirat du Golfe, riche
en or noir, soit dirigé par un personnage falot,
le prince Meshal, tout dévoué aux intérêts
de Washington. De passage à Paris pour la promotion
de « Syriana », Robert Baer nous a accordé
une interview exclusive.
Dans vos deux ouvrages, « La chute de la CIA »
et « Or noir et Maison Blanche » (*), vous tirez
à boulets rouges sur votre ancien employeur, la CIA.
Se porte-t-elle aussi mal que vous l’écrivez
?
La CIA n’existe plus, elle ne sert plus à
rien, elle est aveugle. J’étais le responsable
de la CIA en Irak du Nord. Je savais qu’il n’y
avait pas d’armes de destruction massive, et Washington
le savait aussi. Nous avions des satellites qui pouvaient
repérer le moindre véhicule. Cela n’a
pas empêché Bush et les néoconservateurs
d’attaquer ce pays. Personnellement, j’étais
contre cette guerre.
Pourquoi dites-vous que la CIA est devenue aveugle ?
Sur 40 chefs de section envoyés en Irak après
l’intervention américaine, deux seulement s’étaient
rendus précédemment dans un pays au Moyen-Orient
! Que voulez-vous que fasse un officier traitant qui ne
parle pas arabe ? Il est aveugle, il n’a aucun contact
sérieux, il n’a pas d’indicateur.
Dans le film « Syriana », Bob Barnes, l’agent
secret incarné par George Clooney, est lâché
brutalement par la CIA à laquelle il a consacré
toute sa vie.
Le président Reagan a promulgué un décret
en 1981 interdisant à la CIA de perpétrer
des assassinats. Alors que les USA préparaient une
guerre contre l’Irak, moi, responsable de la CIA dans
ce pays, j’ai été soupçonné
par la justice américaine d’avoir tenté
d’assassiner Saddam Hussein ! Ma carrière a
effectivement été compromise... Je me suis
rendu compte que la CIA ne soutenait plus ses officiers
sur le terrain.
Vous parlez longuement - et pas en bien - d’Ahmed
Chalabi, le protégé des Américains
en Irak
Ahmed Chalabi, le chef du Congrès National Irakien
a été jugé et condamné en Jordanie
pour avoir escroqué sa propre banque. Mais apparemment
ce détail n’a jamais préoccupé
les USA. La première fois que je l’ai rencontré,
en août 1994 à Washington, Ahmed Chalabi portait
une cravate en soie à 150 dollars, des escarpins
vernis cousus main. La première chose qui m’a
frappé a été l’odeur de son eau
de toilette. Comment la CIA pouvait-elle imaginer qu’un
tel homme puisse mener à la victoire l’opposition
irakienne ?
Dans votre livre « Or noir et Maison Blanche »,
vous affirmez qu’il suffirait d’écraser
trois avions sur des points sensibles saoudiens pour mettre
à genoux toutes les économies dépendantes
du pétrole, à commencer par celle des USA.
Pourquoi ce scénario n’inspire-t-il pas Al
Qaïda ?
La famille royale saoudienne a fait passer le message suivant
aux terroristes islamistes : si vous voulez tuer des Américains,
faites-le en Irak, mais ne venez pas poser des bombes chez
nous.
Mais Oussama Ben Laden considère que le régime
saoudien est corrompu. Pourquoi le ménagerait-il
?
Il se livre actuellement dans le monde musulman une guerre
secrète beaucoup plus violente que les autres. Les
sunnites - qu’il s’agisse de Ben Laden comme
des princes saoudiens - redoutent les visées expansionnistes
des chiites, en particulier des Iraniens. Les chiites ne
représentent que 10 à 15 % de la population
totale de l’Arabie Saoudite, mais ils sont très
nombreux à l’Est du pays, dans les régions
pétrolières. Par ailleurs, les chiites sont
majoritaires en Irak, au Koweït, et dans l’émirat
de Bahreïn. La priorité d’Al Qaiïda
est d’abord de contenir les chiites, notamment en
Irak.
Vous avez passé deux décennies au Moyen-Orient.
Comment analysez-vous la situation ?
Dangereuse. Je suis pessimiste, très pessimiste.
Les Américains affirment qu’ils souhaitent
favoriser la démocratie dans cette région,
mais ce n’est pas vrai. Si l’Arabie Saoudite
organisait des élections, les islamistes en sortiraient
grands vainqueurs. George Bush ne laissera jamais le premier
producteur du monde de pétrole tomber aux mains de
ses pires ennemis.
Pourquoi parlez-vous d’ennemis ?
Pour 90 % des Saoudiens, l’Occident et plus spécialement
les USA sont en guerre contre l’islam. Ils considèrent
les Américains comme des ennemis. Bien entendu, je
n’avais pas prévu les attentats du 11 septembre,
mais pour avoir vécu dans cette région suffisamment
longtemps, je redoutais une catastrophe imminente : je sentais
que la haine pour les USA était si profonde, si irréductible,
si intense ! Depuis, la situation n’a pas cessé
de se détériorer.
Certains extraits du film « Syriana » se déroulent
en Suisse, en particulier à Genève, siège
de l’Energy Trading Company, dont l’un des cadres
conseille le prince d’un émirat du Golfe. Genève
joue-t-elle véritablement un rôle ?
Tout à fait. Je suis souvent venu à Genève.
Beaucoup d’Arabes vivent dans cette ville, s’y
rendent fréquemment. Si vous souhaitez comprendre
le Moyen-Orient asseyez-vous dans un salon ou un restaurant
du Noga Hilton et écoutez les conversations. Je possède
un appartement près du lac Léman, mais du
côté français.
(*) « La chute de la CIA », Folio documents,
389 pages, « Or noir et Maison Blanche », JC
Lattès, 326 pages, paru en 2003.
« Comment la Cia sous-traitait
la torture » - Interview de Craig Murray
par Patricia Lombroso, il manifesto, 9
février 2006. Original : www.ilmanifesto.it . Traduit
de l’italien par Marie-Ange Patrizio
« L’Angleterre et l’Italie, les alliés
« fidèles » de Bush, sont des gouvernements
européens et membres de l’Union européenne
au courant, sans aucun doute, des pratiques de torture appliquées
dans les prisons secrètes de la Cia, qui fait partie
du programme de « extraordinary renditions »
(“restitutions extraordinaires” ou “transferts
spéciaux” = enlèvement de citoyens étrangers
suspectés de terrorisme et leur transfert dans des
pays tiers). Les gouvernements européens, officiellement,
ont promis de fournir leurs données et informations
à l’enquête sur les prisons secrètes
lancée par le Conseil de l’Europe. En fait,
ils sont en train de faire tout ce qu’ils peuvent
pour bloquer et entraver l’enquête qui révélerait
leur complicité dans les crimes de guerre commis
par l’administration Bush ».
C’est avec ce « j’accuse » que commence
l’interview au manifesto de Craig Murray, ambassadeur
britannique en Ouzbékistan de 2002 à 2004,
contraint par le Foreign Office à donner sa démission
pour avoir publié sur son site des informations et
mémos prouvant les liens sales entre les USA et la
Grande-Bretagne concernant le programme de « extraordinary
renditions » (“restitutions extraordinaires”
ou “transferts spéciaux”).
Quelles preuves avez-vous recueilli, pendant votre mandat
en Ouzbékistan, sur les opérations de la CIA
?
J’ai déjà remis à Strasbourg
la totalité de la documentation et les enregistrements
des transferts, en « business jet » de la Cia,
de détenus provenant sûrement d’Afghanistan
et d’autres régions en Europe. Parmi les documents,
l’enregistrement des sigles qui prouve le passage
aérien par et pour divers aéroports civils
et militaires. Des documents secrets et en possession de
l’Euro control (l’agence qui contrôle
l’espace aérien).
Et quelles preuves avez-vous recueilli de la complicité
entre la Cia et le gouvernement ouzbek en ce qui concerne
la disparition et les tortures infligées à
des détenus en provenance de voies aériennes
européennes et d’Afghanistan ?
Les témoignages de familles entières, qui
se sont adressées à moi pour assister leurs
parents « disparus » et séquestrés
par les services secrets ouzbeks. J’ai mené
une enquête et je peux dire que, au total, plus de
7000 personnes, opposants du régime ouzbek, ont été
séquestrées et torturées jusqu’à
l’impensable par ordre du gouvernement. Dans certains
cas les prisonniers sont morts et on a restitué aux
familles les corps torturés. Cette action de répression
interne féroce a « couvert » l’action
de la Cia. Depuis août 2002 déjà, les
Américains transféraient en Ouzbékistan
les présumés terroristes capturés en
Afghanistan.
Comment êtes-vous arrivé à entrer en
possession de données et enregistrements qui prouvaient
les parcours des avions Cia depuis l’Europe vers Tachkent
?
J’ai parlé directement avec le personnel affecté
aux avions qui atterrissaient à Tachkent, et on m’a
dit clairement que ces avions cargos ou « affaires
» transportaient des détenus. J’ai enregistré
les sigles des avions Cia. Les parcours effectués
m’indiquaient l’origine et les différentes
escales effectuées dans d’autres localités
d’Europe jusqu’à l’atterrissage
final à Tachkent.
La Cia devait-elle demander l’autorisation au gouvernement
ouzbek pour atterrir sur l’aéroport civil ou
bien les avions avaient-ils une autorisation tacite pour
atterrir sur les bases militaires US ?
Les chargements de prisonniers atterrissaient sur l’aéroport
international de Tachkent, pas à la base militaire
Us, proche de l’aéroport. Les détenus
provenant d’escales européennes étaient
remis aux agents des services secrets ouzbeks qui les transportaient
ensuite dans leur quartier général pour être
soumis aux interrogatoires et torturés.
Les agents de la Cia étaient-ils présents
?
Jamais. Le travail sale, la Cia le faisait exécuter
par les services secrets ouzbeks.
Quand vous avez, vous, dénoncé ces crimes
à votre gouvernement, quelle a été
sa réponse ?
On m’a répondu en date du 8 mars 2003 qu’il
était « parfaitement légal » d’obtenir
des informations de renseignements (intelligence) à
travers les chambres de torture de l’Ouzbékistan.
Pensez-vous qu’aujourd’hui encore, l’Ouzbékistan
soit compromis dans le programme de “renditions”
?
Je crois que l’Ouzbékistan ne joue plus le
rôle de chambre de torture de la Cia, parce qu’il
s’est rapproché de la Russie. Mais je ne doute
pas que la Cia continue ailleurs son action, avec la connivence
de nombreux gouvernements, et certainement des gouvernements
européens « alliés » dans la lutte
contre le terrorisme.
Parmi les gouvernements européens qui sont au courant
des crimes vous citez l’Italie. Pourquoi ?
Je suis certain que le gouvernement Berlusconi était
au courant. Abou Omar a été enlevé
par des agents de la Cia à Milan pour être
transféré en Égypte. En tant que diplomate
je sais comment fonctionnent ces liaisons dangereuses (en
français dans le texte, NDT) entre gouvernements.
Je sais comment adviennent les connexions et les échanges
d’informations. J’admire beaucoup vos magistrats
pour avoir lancé le mandat d’arrêt contre
22 agents de la Cia mais je suis sûr qu’Omar
n’aurait pas pu être enlevé sans que
les services italiens ne soient au courant.
La série noire du témoin
Murray
par Sergio Finardi, il manifesto, 9 février
2006. Original : www.ilmanifesto.it . Traduit de l’italien
par Marie-Ange Patrizio
Le mardi 24 janvier dernier a été une étrange
journée pour Craig Murray, ex-ambassadeur britannique
en Ouzbékistan. Ce même jour, devant l’Assemblée
Parlementaire du Conseil de l’Europe à Strasbourg,
le député suisse Dick Marty rapportait les
premiers résultats de l’enquête sur l’implication
européenne dans le « programme » étasunien
de extraordinary renditions, enquête dont il avait
été chargé en novembre dernier par
le Comité pour les Affaires Légales de cette
même assemblée.
Murray s’était rendu à Strasbourg et
avait corroboré le rapport de Marty par son témoignage
et par des documents prouvant la collusion des services
secrets britanniques et étasuniens avec les bourreaux
de la police secrète ouzbek (SNB) pour obtenir des
« confessions » sous la torture, de présumés
terroristes. Avant d’être démis de sa
charge pour avoir fortement critiqué dans des rapports
internes ces collusions (15 octobre 2004), Murray avait
défendu publiquement les droits humains de milliers
de personnes arbitrairement incarcérées et
horriblement torturées par ce régime, l’un
des plus corrompus et néfastes d’Asie Centrale,
ainsi qu’important allié de Bush.
De retour de Strasbourg, Murray avait fait escale quelques
heures à l’aéroport de Paris Orly, d’où
il était reparti pour Londres et avait atterri au
London City, petit aéroport pour les liaisons «
affaires » avec certaines autres localités
européennes. Trahi peut-être par l’habitude
de voyager avec des valises diplomatiques intouchables,
Murray n’avait pas emmené avec lui en cabine
son ordinateur portable et sa documentation, mais il les
avait laissés dans ses bagages confiés à
la compagnie. Au London City, cependant, les bagages n’étaient
jamais arrivés, et Murray s’était mis
patiemment dans la file du bureau aéroportuaire adéquat
pour savoir où ils étaient passés.
Pendant qu’il était confronté à
la série habituelle de questions relatives à
son voyage et aux caractéristiques de ses bagages,
Murray avait cependant noté que, à côté
de l’ordinateur de l’employé qui l’interrogeait,
il y avait déjà un feuillet avec son nom et
le numéro de ses bagages. Ayant fait remarquer la
présence de ce feuillet, Murray avait reçu
des explications confuses et embarrassées.
De retour chez lui, deux coups de téléphone
successifs à la compagnie aérienne avec laquelle
il avait voyagé l’informaient, d’abord,
que le bagage serait arrivé par le premier vol d’Orly,
puis qu’il avait été « retenu
» et qu’il ne pouvait être chargé
sur aucun autre vol. Personne, apparemment, ne savait «
qui » l’avait retenu, mais il était clair
que personne d’autre que les services de renseignements
français et/ou d’autres en collusion avec eux
ne pouvaient avoir fait ce genre de travail. De toute évidence,
la vermine qui est en train d’être découverte
autour de l’implication européenne dans les
extraordinary renditions étasuniennes en est arrivée
au point d’utilisation de telles intimidations contre
un témoin d’une enquête officielle européenne.
Les petits mystères de l’après-rapport
Marty et du témoignage de Murray ne semblent cependant
pas s’arrêter là. Le rapport de Marty
n’avait pas exposé de nombreux détails
sur l’implication européenne, mais il avait
mis fortement en évidence de quelle façon
d’inquiétants mécanismes et complicités
émergeaient d’enquêtes comme celle de
la magistrature italienne sur l’enlèvement
d’Abou Omar. Le jour même du rapport Marty,
Amnesty International et il manifesto avaient publié
une dénonciation circonstanciée des vols et
des compagnies aériennes impliquées dans le
programme étasunien, en accordant une importance
particulière aux pays européens qui avaient
accueillis ces vols, Italie comprise. Une dénonciation
similaire était déjà arrivée
en novembre dernier, cette fois aussi, d’Amnesty et
du Guardian de Londres, à propos de vols effectués
depuis et vers des aéroports britanniques et irlandais.
Et bien, on aurait pu s’attendre à ce que l’importance
donnée par Marty au cas italien suscite l’intérêt
des médias italiens sur les dénonciations
d’Amnesty et du manifesto. Si l’on va lire les
articles publiés avec un certain relief sur les plus
grands quotidiens italiens pendant les jours qui ont suivi
le rapport Marty, on ne trouvera aucune trace des circonstances
dénoncées ci-dessus.
A l’improviste, des médias qui pourtant avaient
consacré beaucoup de place et d’enquêtes
à l’inculpation des agents étasuniens
pour le cas Abou Omar, décident que ce n’est
pas la peine d’informer leurs lecteurs ou spectateurs
sur des faits cités dans les dénonciations
par Amnesty et il manifesto. Sommes-nous peut-être
trop proches des élections pour mettre en ultérieures
difficultés le gouvernement Berlusconi ou un possible
gouvernement successif de l’Union (centre-gauche,
ndt) dans leurs rapports avec l’administration étasunienne
?
Les
révélations du Sonntagsblick sur un fax égyptien
intercepté par les services de renseignement suisses
mettent en lumière le rôle de plaque tournante
de la Suisse “neutre” dans les “transferts
extraordinaires” de prisonniers kidnappés par
la CIA
Le Conseil fédéral
suisse disposait d’un document qui indiquait clairement
l’existence de prisons de la CIA en Europe, mais n’a
rien dit
par Silvia Cattori, 9 janvier 2006.
Les services de renseignements suisses ont intercepté,
à mi novembre 2005, un fax envoyé par le Ministère
égyptien des affaires étrangères du
Caire à son ambassade de Londres.
Cette information, qui a été révélée
le 8 janvier 2006 par le magazine suisse de langue allemande
« Sonntags-Blick », apporte une nouvelle pièce
au dossier des prisons secrètes de la CIA en Europe.
Selon le Sonntag-Blick le fax intercepté par les
services secrets suisses fait état de prisons de
la CIA en Europe de l’Est ; il apporte des indices
supplémentaires sur l’existence de prisons
secrètes américaines en Europe. Prisons utilisées
par les tortionnaires de la CIA pour interroger ces détenus
invisibles, transportés par avions cargos à
travers le monde, empaquetés dans des sacs en plastique,
sans aucune considération humaine.
Le fax égyptien évoque également l’interrogatoire,
en septembre 2005, de 23 prisonniers afghans et irakiens,
à la base militaire Mihail Kogalniceanu, à
proximité du port de la mer noire de Constanza, en
Roumanie.
Les autorités roumaines pourront-elles continuer
de nier, comme elles l’ont fait jusqu’ici, la
présence de prisons secrètes et de centre
d’interrogatoires sur leur sol ?
Le Département de la défense suisse, qui avait
eu connaissance de ce document dès mi-novembre, s’est
bien gardé d’en informer le conseiller aux
Etats Dick Marty, chargé par le Conseil de l’Europe
d’enquêter sur les prisons de la CIA. Celui-ci
s’est plaint de cette rétention de l’information
: « La Suisse a un comportement un peu analogue à
celui de nombreux autres gouvernements européens
dans cette affaire. Nombreux savent mais préfèrent
détourner la tête».
Comment est-il possible qu’un document rédigé
par les services de renseignements du Département
fédéral de la défense, classé
secret, soit arrivé entre les mains de journalistes,
s’inquiète le Conseil fédéral
? Dick Marti formule cette hypothèse : « Ce
pourrait être tout simplement un fonctionnaire fédéral
qui, face à ce à quoi l’on assiste en
matière de violations des droits humains, a voulu
faire un geste de responsabilité personnelle pour
combattre ce phénomène ».
Dans l’immédiat la chasse a été
lancée par le Conseil fédéral pour
identifier la personne qui a révélé
cette information « sensible » aux journalistes
de « Sonntags-Blick ».
Les révélations
de Sonntagsblick
Traduit de l’allemand par Eva, membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique (Transtlaxcala@yahoo;com). Cette traduction
est en Copyleft.
À lire :
> Scandale autour de la CIA -
Les camps américains de la torture : La preuve !
> Les écoutes téléphoniques - Comment
des agents suisses ont détecté le fax égyptien
> Ceux qui se taisent - La réaction du chef de
l’armée Christophe Keckeis se fait attendre
48 heures
> Les conséquences - Le chef du VBS Samuel Schmid
lance une enquête administrative
> Les Enquêteurs - Comment des experts internationaux
commentent ces révélations
> Petit glossaire des sigles utilisés
> Dossier CIA : Quel rôle joue la Suisse?
> Nous autres les gardiens, par Christoph Grenacher,
rédacteur en chef, Sonntagsblick
> Espion & Espion - La CIA à la chasse : Dick
Marty
> Enlèvements et torture : la chronologie d’un
scandale
> L’enquêteur du Conseil de l’Europe
et Conseiller des États Dick Marty : « Presque
tous les Etats dissimulent la vérité dans
cette affaire »
Scandale autour de la CIA - Les
camps américains de la torture : La preuve !
par Sandro Brotz et Beat Jost, Sonntagsblick, 9 janvier
2006 C’est la première preuve: Les Américains
possèdent des prisons secrètes pratiquant
la torture en Europe. Ceci peut être conclu d’un
échange de télécopies entre le Ministre
des Affaires Etrangères égyptien et son ambassade
à Londres. Le fax a été intercepté
par les services secrets suisses et a été
obtenu par le Sonntagsblick.
Les écoutes téléphoniques
Comment des agents suisses ont détecté le
fax égyptien Au milieu de la nuit une histoire sombre
est éclairée par un premier rayon de lumière.
On est le 15 novembre 2005 juste avant une heure est demi
du matin. La centrale des écoutes du Ministère
de la Défense suisse (VBS) à Zimmerwald, à
quelques kilomètres au sud de Berne, surveille comme
d’habitude tout en respectant les règles. Le
système satéllite des écoutes Onyx
tourne aussi à plein régime cette nuit-là.
L’opérateur des services secrets avec le nom
abrégé wbm rédige le rapport «
Report COMINT SAT » qui porte le numéro d’ordre
S160018TER00000115.
Wbm sait-il quel message explosif destiné à
ses chefs de la base de support de la direction (FUB) de
l’armée il est en train de transcrire en français
? Le message avait été intercepté dans
l’espace et retransmis par un satellite à la
terre cinq jours auparavant : le 10 novembre à 20h24.
C’est un échange de télécopie
entre le Ministre égyptien de l’Extérieur
Ahmed Aboul Gheit (63 ans) au Caire et son ambassadeur à
Londres. Les agents suisses titrent le message « Les
Egyptiens disposent de sources qui confirment l’existence
de prisons secrètes américaines ». Selon
le rapport des services secrets suisses, les Egyptiens disent
mot à mot: « L’ambassade a appris de
ses propres sources qu’en effet 23 citoyens irakiens
et afghans ont été interrogés sur la
base Mihail Kogalniceanu près de la ville de Constanza
au bord de la Mer Noire (en Roumanie – remarque de
l’éditeur). De tels centres d’interrogatoires
existent en Ukraine, au Kosovo, en Macédoine et en
Bulgarie. » En outre, ils rapportent que selon un
article de presse, l’organisation des droits de l’Homme
Human Rights Watch dispose de preuves pour des transports
de « prisonniers le 21 et 22 septembre qui ont été
transférés par des avions militaires américains
de la base Salt Pit (mine de sel) à Kaboul à
la base polonaise Szymany et à la base roumaine mentionnée
ci-dessus ». Les Egyptiens écrivent explicitement
: « Malgré tous les faits précités,
les responsables roumaines continuent à nier l’existence
de prisons secrètes dans lesquelles les services
secrets américains interrogent des membres d’Al
Qaïda. Le porte-parole de la délégation
européenne a accueilli positivement le démenti
officiel des Roumains ».
La sensation
Pour la première fois un Etat confirme qu’il
était au courant de l’existence de prisons
secrètes de la CIA en Europe La force explosive du
fax du Ministre des Affaires Etrangères égyptien
est difficilement égalable: Un État est au
courant de l’existence de prisons secrètes
de la CIA sur le territoire européen. Cette information
n’est pas basée sur des Open Sources, des sources
officiellement accessibles, comme des articles de presse
ou des rapports d’organisations non gouvernementales
comme Human Rights Watch. Dans le cas présent le
fax mentionne qu’il s’agit de « propres
sources ». Le travail des services secrets égyptiens
est estimé comme étant « extrêmement
professionnel » par des experts qui souhaitent garder
l’anonymat. Dans le milieu des services secrets, les
informations provenant des services des renseignements du
Caire sont en général considérées
comme étant « absolument fiables et crédibles
». L’ambassadeur égyptien à Berne
n’a pas souhaité s’exprimer face à
SonntagsBlick par rapport à cet échange de
télécopies. La rédaction n’a
pas cédé à son souhait d’obtenir
le document. Il n’a pas non plus souhaité répondre
à la question de savoir s’il contestait l’autenticité
du document.
Les sources égyptiennes ont confirmé ce
que le monde entier ne pouvait jusque-là que soupçonner
: au nom de la lutte contre le terrorisme, les USA enlèvent,
cachent et interrogent systématiquement leurs prisonniers.
« Nous n’avons utilisé ni les aéroports
ni l’espace aérien en Europe pour transporter
des personnes à des endroits afin de les torturer
là-bas », affirmait la Ministre des Affaires
Etrangères américaine Condoleezza Rice (51
ans) il y a environ un mois à l’occasion de
la rencontre des Ministres des Affaires Etrangères
de l’OTAN à Bruxelles. Mais elle a omis de
confirmer que ces prisons et ces transports n’existent
pas.
Ceux qui se taisent
La réaction du chef de l’armée Christophe
Keckeis se fait attendre 48 heures
Une explication est maintenant également désespérément
recherché au Bundeshaus (Maison fédérale)
depuis que SonntagsBlick a confronté mercredi les
responsables de l’armée avec des questions
concernant leur propre rapport d’espionnage. Comment
se fait-il que les services secrets de l’armée
espionnent un État ami ? Est-ce qu’on a informé
le Ministre de la Défense Samuel Schmid (59 ans),
la Ministre des Affaires Etrangères Micheline Calmy-Rey
(60 ans) et le Ministre de la Justice Christoph Blocher
(65 ans) du contenu important du message ? Est-ce qu’on
a informé la délégation pour la surveillance
des affaires (GPDel) militaires des conseils fédéraux
? Est-ce qu’on a transmis le document aux services
secrets américains ou à d’autres États
comme on le fait d’habitude avec des messages obtenus
à l’aide d’Onyx ? 48 heures passent jusqu’à
ce que le chef de l’armée Christophe Keckeis
(60 ans) réagisse. Le commandant du corps refuse
catégoriquement de répondre aux questions
du SonntagsBlick mais le GPDel sera informée de façon
détaillée. Le président du GPDel, Conseiller
des États SVP Hans Hofmann (66 ans, Zurich), déclare
vendredi après-midi suite à notre demande
qu’il n’avait pas eu connaissance de ce dossier
délicat. Parallèlement, Hofmann désigne
la révélation spontanément comme une
« indiscrétion incroyable ».
Silence radio également du côté de
l’organisme de contrôle indépendant (UKI)
chargé de la surveillance de l’espionnage radio.
Ses membres, trois hauts fonctionnaires des Ministères
de la Défense, de la Justice et des Transports, doivent
examiner, selon le règlement, tous les ordres de
surveillances des télécommunications. Si l’organisme
de contrôle juge la légitimité de l’odre
comme étant insuffisante, il peut demander l’arrêt
de l’ordre auprès des Conseillers Fédéraux
chargés des services de renseignement, à savoir
Samuel Schmid (VBS) ou Christoph Blocher (département
de justice et de police, EJPD).
Est-ce qu’on a également examiné l’odre
de surveillance concernant l’Egypte et peut-être
même demandé son arrêt ? Le président
de l’UKI, le professeur Luzius Mader, vice-directeur
de l’agence fédérale de la justice refuse
de répondre aux questions : « C’est le
VBS qui est chargé de l’information du public
concernant les activités du UKI ». Mais là-bas
on nous dit également : « no comment ».
Le porte parole de Schmid, Jean-Blaise Defago : «
Le VBS ne souhaite pas répondre aux questions ».
Les conséquences
Le chef du VBS Samuel Schmid lance une enquête administrative
Excitation, nervosité, dissimulation : L’excitation
à Berne est compréhensible. Au maximum trois
ou quatre personnes sont habilitées à lire
les originaux des rapports d’écoute. Les messages
importants sont transformés en rapports secrets,
dont les sources sont systématiquement cachées
et dissimulées.
« C’est une catastrophe que le dossier autour
du fax égyptien ait été rendu public
» dit un initié des services secrets de haut
rang. « Moi, j’aurais transmis le message directement
au Président de la République de l’époque,
Samuel Schmid, qui est en tant que président du VBS
le président du Comité de Sécurité
des Conseillers d’Etat.
Si et quand Schmid a informé ses deux collègues
du Conseil d’Etat au sein du Comité de Sécurité
(SiA) est préservé comme un secret d’Etat.
Le VBS se tait, Le Ministère des Affaires Etrangères
Calmy-Rey ne commente pas cette affaire et le Ministre de
la Justice de Christoph Blocher fait également blocage.
Le porte-parole de l’EJPD Sascha Hardegger : «
Nous ne souhaitons pas prendre position par rapport à
ce dossier ».
Le porte-parole du VBS Defago ajoute que le Conseiller
d’Etat Schmid allait sûrement lancer une enquête
administrative afin de constater comment une telle indiscrétion
a pu être commise et comment un rapport secret a pu
parvenir au public.
Les Enquêteurs
Comment des experts internationaux commentent ces révélations
Est-ce qu’un journal a le droit de publier des documents
secrets concernant de potentielles prisons de la CIA ? «
Bien évidemment il a le droit, c’est un sujet
d’intérêt public » dit Manfred
Nowak (55), rapporteur spécial de l’ONU sur
la torture. « C’est un scoop », dit Dick
Marty (61), agent spécial du Conseil de l’Europe
chargé du dossier CIA et conseiller municipal du
parti libéral de langue allemande FDP. Sous réserve
qu’il ne pouvait pas confirmer l’authenticité
du document il dit clairement : « Il s’agit
là d’un indice supplémentaire qui confirme
notre soupçon ». La vérité se
dévoilait maintenant « petit à petit
». L’ancien persécuteur de la mafia Marty
qui examine depuis deux mois le dossier de la CIA demande
aux gouvernement de « dire enfin la vérité
dans cette affaire ».
Petit glossaire des sigles utilisés COMINT (Communications
Intelligence) : Ecoute électronique, évaluation
et radio transmission.
DAP Ce service pour l’analyse et la prévention
au sein du département de la justice et de la police
est chargé de la protection de l’Etat et de
la sécurité intérieure. Sont concernés
par ce service entre autres : terrorisme, extremisme violent,
services des renseignements interdits.
FUB Base de support de la direction de l’armée.
Le domaine phare de la FUB est la guerre électronique,
c’est à dire l’utilisation de systèmes
militaires de surveillance de la communication sans fil,
de la détermination de ses sources et, le cas échéant,
son brouillage. Ceci comprend également l’espionnage
de signaux provenant de systèmes étrangers
de télécommunication.
LWND Les services de renseignement de l’armée
de l’air procurent les renseignements secrets nécessaires
pour les actions militaires de l’armée de l’air.
MND Le service des renseignements militaire travaille pour
l’armée et est sous les ordres du chef du grand
État- major de l’armée.
ONYX Depuis cinq ans le VBS exploite à partir de
Zimmerwald (Berne) et via les stations de satellite Leuk
(Valais) et Heimenschwand (Berne) le système d’écoute
sophistiqué Onyx à l’aide duquel tous
les conversations téléphoniques, les émails
et télécopies envoyés via satéllite
peuvent être interceptés. Parmi les clients
d’Onyx se trouvent les services secrets militaires
SND et LWND ainsi que le service secret intérieur
DAP.
SiA Le comité de sécurité du Conseil
d’Etat. Le Ministre de la Défense Samuel Schmid
(Président), le Ministre de la Justice et la Ministre
des Affaires Etrangères Micheline Calmy-Rey font
actuellement partie de ce collège.
SND Le service des renseignements stratégique du
Ministère de la Défense VBS.
UKI L’instance de contrôle indépendante
pour la surveillance des renseignements radio. Elle surveille
aussi la légitimite de tous les ordres de surveillance
radio.
Dossier CIA : Quel rôle joue
la Suisse?
Sonntagsblick, 7 janvier 2006
Lorsque la CIA pourchasse des terroristes, notre pays
est aussi concerné, peut importe s’il s’agit
de jets des services secrets qui traversent l’espace
aérien suisse ou si des agents abusent de la Suisse
en tant que refuge. La justice et le parlement à
Berne sont en état d’alerte. Plus de 70 fois
les avions des services secrets pour l’étranger
américains CIA ont survolé la Suisse au cours
des quatre dernières années. Il existe des
indications selon lesquelles il y avait des détenus
à bord d’une partie des vols qui avaient été
kidnappés et transféré par la CIA vers
des prisons de torture secrètes.
Le procureur de l’Etat a commencé son enquête
car les autorités à Berne n’avaient
pas été informés de ces traversées
et la souveraineté de la Suisse a ainsi été
violée. Parmi ces cas se trouve aussi celui de l’imam
égyptien Abu Omar (45) qui a été kidnappé
par la CIA le 17 février 2003 à Milan en Italie,
qui a été transféré via l’espace
aérien suisse en Allemagne et puis transporté
en toute illégalité au Caire. Le chef du commando
responsable, Rober Seldon Lady (52 ans) et au moins deux
autres agents se sont rencontrés après l’enlèvement
dans un hôtel à Zurich pour un briefing.
Quatre de ces avions de la CIA ont même attéri
à Genève. C’est pour cette raison que
la Suisse demande à savoir maintenant qui se trouvait
alors à bord. La Conseillère d’Etat
Micheline Calmy-Rey est intervenue en décembre auprès
de l’ambassade US à Bern et a demandé
des réponses. Cette demande est restée jusqu’à
présent sans réponse.
Au total, ce sont trois interpellations et demandes de
la part de membres du parlement qui sont en cours au Bundeshaus
(Maison de l’Etat) concernant le dossier CIA. Et le
Conseiller National SP Boris Banga (SO) et Josef Lang des
Verts (ZG) souhaitent savoir entre autres si la Suisse était
au courant de prisons secrètes de la CIA en Europe.
Maintenant c’est affirmatif, la Suisse a bien été
informée, c’est du moins de que démontre
le fax égyptien intercepté par la Suisse.
Mais le Conseil d’Etat n’a toujours pas donné
une réponse officielle aux membres du parlement et
à la population suisse.
Nous autres les gardiens
par Christoph Grenacher, rédacteur en chef, Sonntagsblick,
7 janvier 2006 Bonjour la Suisse. Aujourd’hui on est
dimanche. Et la nation a un nouveau problème. Le
problème c’est que nos services secrets écoutent.
Les éspions ouvrent même les oreilles là
où ils ne devraient pas le faire. Ils ne surveillent
pas seulement ce que les méchants planifient en Suisse
ou à l’encontre de notre pays.
Un fonctionnaire zélé intercepte un message
à contenu explosif : Le Ministre des Affaires Etrangères
égyptien confirme expressément à son
ambassade par fax l’existence de prisons secrètes
américaines en Europe pour y détenir des sympathisants
d’Al Qaïda. Cet écrit est comme de la
dynamite. Pour la première fois il y a un pays qui
dit : Oui, c’est vrai. Les prisons secrètes
de la CIA existent. Même si tous les États
ont jusqu’à maintenant démenti, les
Américains ça va de soi, mais aussi les Européens.
Le fax que l’agent à Berne a détecté
parmi toutes les données a été classifié
secret par les autorités suisses ce qui signifie
: Si SonntagsBlick en parle, ceci pourra entraîner
des suites légales. Il s’agit de trahison d’un
secret ou bien de trahison nationale. Néanmoins nous
publions l’histoire de façon transparente,
détaillée et ouverte.
Lorsque nous avons pris connaissance de l’existence
du document, je le savais tout de suite : si d’autres
pays réalisent que la Suisse surveille leur courrier
ça va causer des problèmes. Les Egyptiens
vont faire opposition et protester. Les Américains
seront fous furieux. Les pays mentionnés dans le
fax des Egyptiens ne vont pas nous embrasser de gratitude
; les services secrets amis vont fermer leurs canaux de
fréquences vers la Suisse. Lorsque nous avons été
sûrs que le document était authentique, ma
décision était prise : Nous allons rendre
public les informations secrètes. Sans foi ni loi.
Et nous le faisons par amour de la vérité.
Et nous devons la vérité aussi à l’opinion
publique, à nos lecteurs que nous souhaitons informer
complètement. Et dans notre travail nous mettons
les droits à la liberté des hommes et la dignité
humaine des individus au-dessus des intérêts
d’un seul État. Le pays a le droit de connaître
la vérité. Nous faisons également appel
à la liberté de la presse. Le fait de ne pas
divulguer une action contre le droit des peuples commise
par les autorités suisses ne rendra pas le monde
plus paisible. Le fait d’occulter une information
ne correspond pas aux traditions démocratiques et
surtout pas lorsqu’une rumeur s’avère
être un fait.
Nous ne servons pas uniquement l’Etat. Nous, les
journalistes du SonntagsBlick, nous considérons également
comme les gardiens de l’État. Comme les gardes
et défendeurs de l’État de droit. Comme
les gardiens de la communauté, les chroniqueurs du
temps. Bref, comme indépendants.
Nous détestons autant les muselières que
les prisons secrètes. Nous les détestons ici
et ailleurs.
Espion & Espion - La CIA à
la chasse : Dick Marty
par Alexander Sautter et Sandro Brotz, Sonntagsblick, 18
décembre 2005
La CIA ne l’avouera jamais mais tout l’indique
pourtant: elle espionne bien le Suisse Dick Marty (60 ans)
qui poursuit les tortionnaires.
Dick Marty est cet homme qui sera redouté par les
services secrets les plus puissants au monde. La mission
du Conseiller des Etats FDP du Tessin: L’ex-persécuteur
de la mafia a été chargé par le Conseil
de l’Europe à Strasbourg en France de prouver
ce que le monde entier ne faisait que soupçonner
jusque là. Les USA enlèvent, cachent et interrogent
systématiquement leurs prisonniers au cours de leur
guerre contre le terrorisme mondial. Dans ces camps secrets
vers lesquels les poursuivants de la CIA transfèrent
les terroristes présumés on pratique aussi
la torture. « Je ne mets pas la guerre contre le terrorisme
en question », dit Marty « mais il faut qu’elle
soit menée par des moyens d’un État
de droit ». Selon lui, la torture « n’est
pas efficace et elle est contre-productive ». Maintenant
la CIA a le chasseur suisse dans le collimateur. «
Je ne serais pas étonné si j’étais
sur écoutes » dit Marty à l’occasion
de la session d’hiver à Berne au SonntagsBlick.
Il présume que la CIA va essayer « d’apprendre
de quelles informations je dispose ». Et Marty ajoute
: « Ils pourraient aussi essayer de me discréditer
».
Le chasseur devient alors le chassé. Les experts
des services secrets sont unanimes : La grande pose d’écoutes
de la CIA à Marty a déjà commencé.
« Les Américains vont à 100% essayer
de savoir ce que Monsieur Marty sait », dit Erich
Schmidt-Eenboom (53 ans), dirigeant de l’institut
pour la politique de la paix à Weilheim en Allemagne.
L’expert rénommé des services secrets
est convaincu que les services secrets américains
« vont tenter cela par tous les moyens électroniques
». Un fonctionnaire de haut rang des services secrets
suisses qui souhaite garder l’anonymat soutient ces
informations. « La CIA voudra surtout savoir qui sont
les sources de Marty », dit-il. Pour