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La galaxie guantanamo

84 détenus de guantanamo en grève de la faim, 32 nourris de force


Le nombre de détenus à la base de guantanamo participant à une grève de la faim déclenchée il y a près de cinq mois est passé à 84 depuis Noël, selon l'armée US.
Dimanche dernier, 46 détenus se sont joints à la grève, a précisé le lieutenant-colonel Jeremy Martin, porte-parole militaire.
Les avocats de certains détenus ont déclaré que la grève avait pour but de protester contre les conditions de détention et contre l'absence de droits légaux.
Le personnel médical nourrit de force 32 des détenus à l'aide de sondes gastriques introduites par le nez. Interrogé sur les raisons de cette alimentation forcée, Martin a répondu que la politique était de "préserver la vie".
L'armée considère comme gréviste de la faim un détenu qui a refusé neuf repas d'affilée.
Selon des avocats les représentant, les détenus ont entamé la grève début août lorsque l'armée est revenue sur sa promesse de respecter les Conventions de Genève.
La plupart d'entre eux ont été capturés en Afghanistan et sont détenus depuis près de quatre ans.
Martin a déclaré que la grève avait atteint son apogée le 11 septembre dernier, au quatrième anniversaire des attentats anti-américains orchestrés par Al Qaïda, et que 131 détenus y avaient alors participé. Selon des avocats des droits de l'homme, le nombre de participants a alors atteint ou dépassé 200.
Source : Reuters, 29 décembre 2005

 

Abdullah Khadr reste en prison au Canada en attendant son extradition aux USA


Abdullah Khadr s'est vu refuser sa remise en liberté sous caution, vendredi, à Toronto. La juge Anne Molloy, de la Cour supérieure de l'Ontario, a estimé qu'il y avait un risque que le suspect "ne prenne la fuite avec l'aide du réseau terroriste".
Khadr est détenu au Canada en vertu d'un mandat émis par les USA qui demandent son extradition.
Les autorités US accusent aussi Khadr de possession d'engins de destruction.
S'il était reconnu coupable, il serait passible d'une condamnation à vie.
Le procureur de la Couronne Robin Parker a soutenu que Khadr doit demeurer détenu au Canada pendant la procédure d'extradition, estimant que la cause est hors du commun et que les allégations contre lui sont très sérieuses.
Abdullah Khadr doit revenir devant le tribunal le 10 janvier.
Source : Presse canadienne, 23 décembre

 

L’ordalie d’un caméraman d’Aljazeera à guantanamo : Sami Al Hajj, le journaliste oublié par Reporters sans frontières


par Asim Khan & Mahmoud El Gartit, Aljazeera.net, 26 Octobre 2005
Sami Al Hajj affirme avoir été victime de violences physiques et sexuelles

Sami Muhydine Al Hajj, de nationalité soudanaise, a été arrêté par l’armée US alors qu’il travaillait pour la chaîne de télévision Aljazeera durant l’invasion US de l’Afghanistan en 2001, et a ensuite été détenu à Guantanamo pendant quatre années sans jugement.
Aljazeera.net s’est entretenue avec l’avocat d’Al Hajj, Me Clive Stafford-Smith, à propos de son cas et de ses perspectives de libération. Il dit qu’Al Hajj a souffert de violences physiques et sexuelles extrêmes, et souffert de persécution religieuse. Stafford-Smith affirme qu’en dépit des démentis du gouvernement US, les prisonniers de guantanamo sont détenus dans des conditions lamentables.


« Guantanamo est un désastre du point de vue relations publiques. C’est un des plus haut symboles de l’hypocrisie dans le monde. On a peine à admettre que les USA aient dilapidé de la sorte toute la sympathie dont ils bénéficiaient après les attaques du Onze Septembre » dit l’avocat.
Il a récemment rendu visite à des clients à guantanamo, dont Al Hajj, et a parlé à Aljazeera.net des notes que le caméraman avait écrites, qui ont été déclassifiées par les autorités US.
Ces notes révèlent en détail comment Al Hajj a été battu et violenté par ses interrogateurs, comment on lui a demandé d’espionner pour les USA en échange de la citoyenneté US et comment ses interrogateurs ont menacé sa famille, dont son fils de cinq ans, s’il ne collaborait pas, d’après l’avocat.

« Les Américains ont essayé de le retourner en informateur dans le but de lui faire dire qu’Aljazeera est liée à al-Qaïda. »
« Il est parfaitement innocent. Il est à peu près autant un terroriste que mon grand-père. La seule raison qui lui a valu d’être traité comme il l’a été est qu’il est un journaliste d’Aljazeera, » dit Stafford-Smith.
« Les USA doivent se réveiller à la réalité que la mesure la plus efficace contre le terrorisme est l’application de droits de l’homme comme la liberté de la presse, au lieu d’essayer de museler de telles libertés en persécutant des membres de chaînes câblées qu’ils désapprouvent. » déclara-t-il à Aljazeera.net.

Aljazeera.net : Quels sont les derniers développements légaux du dossier d’Al Hajj ?
Clive Stafford-Smith : Il n’y a eu aucun changement notable.
Les dossiers de Guantanamo sont une fois de plus devant le bureau de la Cour d’Appel à Washington DC avec une fois de plus l’administration Bush qui argumente sur le fait que ces prisonniers ne peuvent jouir d’aucun droit légal.
Hélas, le système judiciaire US permets aux parties en présence de retarder l’avancement des procédures d’année en année.
Un de mes clients qui a été maintenu 31 ans dans le ‘death row’, le couloir de condamnés à mort, est décédé récemment des suites de son grand âge, sans avoir encore épuisé tous les recours.
Alors que l’administration Bush s’est plainte des retards dans les cas de peine capitale, cette même administration Bush utilise les mêmes méthodes pour repousser une décision concernant les droits des prisonniers.

- Quand avez-vous rencontré Sami Al Hajj la dernière fois et comment décririez-vous son état général, de santé et son moral en particulier ?
Sami était des plus optimistes en ce qui concerne sa famille, heureux de savoir qu’Aljazeera prenait en charge sa femme et son enfant et les avait emmenés à Doha.
Il était aussi très heureux que la chaîne l’aidae à dire au monde la situation critique des prisonniers de guantanamo.
Cependant, je l’ai vu pour la dernière fois alors qu’il allait replonger dans une grève de la faim, et il s’assombrissait à l’idée que les USA allaient le forcer – juste pour affirmer ses droits fondamentaux – dans une situation où lui et beaucoup d’autres auraient à endurer des souffrances.
Je suis inquiet de ce qui a pu lui arriver depuis la dernière fois que je l’ai vu, il y a deux mois.

- Les accusations portées contre lui ont-elles la moindre base légale ?
Il n’y a techniquement aucune accusation contre Sami.
Il n’a été accusé d’aucun crime.
Il est simplement accusé d’être « enemy combatant », un combattant ennemi donc, terme ridiculement vague qui peut inclure tous ceux que les américains veulent y inclure.
Il n’y a absolument aucune base factuelle à cette allégation, et la manière dont l’état US l’emploie est simplement malhonnête.
Par exemple, il lui est reproché d’avoir été capturé alors qu’il cherchait à se rendre en Afghanistan. Bien sûr que c’est vrai.
Mais ce que l’appareil d’état ne dit pas dans ces accusations est qu’il était en mission pour Aljazeera, qu’il disposait d’un visa valide pour s’y rendre, et qu’il ne faisait rien de mal.

- On nous a beaucoup parlé de torture et de mauvais traitements à Guantanamo. Al Hajj en a-t-il été victime de quelque sorte que se soit et, si oui, à quel point ?
Sami a enduré des mauvais traitements épouvantables – abus sexuels et persécution religieuse.
Il a subi ses pires abus quand il a été capturé et détenu en Afghanistan. Il a été battu en diverses occasions, et assailli sexuellement.
Il a à coup sûr été passé à tabac. Il avait une cicatrice énorme sur le visage quand je l’ai vu.
Il a souffert à guantanamo également, surtout parce qu’il était puni d’avoir objecté à la profanation du Coran.

- A-t-il eu à faire face à des pressions US concernant sa position de journaliste ?
Sami a été interrogé environ 130 fois. Pendant une longue période, cela a été exclusivement dans le but d’en faire un indicateur contre Aljazeera.
L’armée US veut obtenir de Sami qu’il dise qu’Aljazeera est une devanture d’Al Qaida, et est financée par Al Qaida. Il refuse de le dire parce que ce n’est pas vrai.
L’armée US lui a révélé que le gouvernement enregistre les conversations téléphoniques des journalistes d’Aljazeera. (Ils enregistraient les appels personnels de Sami à son épouse pendant son affectation.)
En particulier, l’état US veut que Sami soit un indicateur contre certains de ses collègues à Aljazeera, prétendument membres d’Al Qaida.
Sami refuse résolument de faire cela, car il dit que ce n’est tout simplement pas vrai.


L’État US veut transformer Al Hajj en indicateur

 

C’est seulement quand il a demandé à être interrogé sur les ‘charges’ supposées retenues contre lui que l’état US lui a posé quelques questions sur les allégations vagues, et encore il y en a certaines sur lesquelles l’administration US n’a même pas pris la peine de le questionner.
Sur un plan personnel, j’ai un immense respect pour le courage de Sami.
Il refuse d’inventer des histoires sur ses employeurs et ses collègues pour acheter sa liberté, même s’il subit une pression énorme pour le faire, et même quand l’état US lui promet monts et merveilles en devienant un ‘indic’.

- Pensez vous qu’il s’agit en fait d’un autre fiasco ou procès de pacotille pour coincer Aljazeera et ternir sa réputation ?
Il n’y a pas de procès à paillettes ici, parce qu’il n’y a pas de procès, tout simplement.
J’aimerais qu’il y ait un procès, parce qu’au moins là il pourrait répondre à de vraies accusations.
En tant qu’Américain je suis scandalisé d’avoir à le dire, mais tout ce que nous avons ce sont des efforts de l’administration Bush pour obliger Sami à fabriquer des mensonges contre Aljazeera dans des buts politiques.

- Pensez-vous que son cas soit utilisé pour faire passer un message aux journalistes de par le monde ?
Sami est en train d’être utilisé pour envoyer un message à Aljazeera – que l’état US, tout en proclamant qu’il encourage la liberté de parole, veut fermer Aljazeera ou forcer cette chaîne à s’autocensurer dans le sens du discours de l’administration Bush.
J’ai été frustré dans mes difficiles efforts pour intéresser les agences médiatiques occidentales à la cause de Sami.
Une raison pour laquelle Sami Al Hajj n’a pas obtenu le soutien des journalistes dans le monde est que l’appareil US a mené une campagne contre Aljazeera et a amené de nombreux journalistes occidentaux à penser qu’Aljazeera n’a aucune légitimité comme média.
Evidemment, ceci est rendu possible par le fait que la plupart des journalistes ne parlent pas l’arabe, et donc ne peuvent pas juger par eux-mêmes.
Le changement viendra, je l’espère, de la création d’un canal d’Aljazeera en langue anglaise qui permettra à ces journalistes de fonder leurs propres appréciations.

- Êtes-vous optimiste sur le cas de Al Hajj et combien de temps pensez-vous que l’affaire va encore durer ?
Je suis optimiste et pense que tant que Sami recevra une aide consistante de la part d’Aljazeera il sera libéré dans les six mois à venir.


Clive Stafford-Smith dit que le dossier Al Hajj a besoin de plus d’exposition médiatique.


Mais il est crucial d’avoir à l’esprit que sa libération ne viendra pas d’une cour de justice américaine quelconque – des 248 prisonniers relâchés à ce jour, 0 ont été libérés sur décision de justice et 248 ont été libérés suite à des pressions politiques.
Il y a donc plusieurs conditions qui amèneront sa libération :
1. Que le gouvernement soudanais affirme fermement à l’appareil d’état US que Sami doit être relâché. Je suis heureux de pouvoir dire que j’ai rencontré l’ambassadeur du Soudan à Londres et qu’il m’a assuré de son soutien, mais Aljazeera doit aider à assurer ce soutien.
2. Qu’Aljazeera publicise tout ce qu’il est possible à propos de Sami, ce qui inclut un spot hebdomadaire où ses nouvelles pourront être diffusées de par le monde.
3. Que les amis et collègues de Sami dans le monde entier aident à obtenir d’autres soutiens à son endroit, pour augmenter la pression en vue de sa libération.

Tous ceux qui souhaitent aider Sami devraient me contacter, soit à l’organisation caritative où je travaille (info@reprieve.org.uk), soit à mon courriel personnel (clivess@mac.com).

- Si vous rencontriez le succès dans cette entreprise, pensez-vous qu’il serait en mesure de se retourner contre le gouvernement US pour l’avoir détenu si longtemps ?
Il va absolument engager une action légale contre les Etats-Unis, et j’ai d’ores et déjà fait en sorte que cela se produise.
Que cela résulte jamais en compensations financières, est un tout autre aspect. J’ai déjà fait sortir un certain nombre de prisonniers des couloirs de la mort de l’Amérique pénitentiaire, en prouvant qu’ils étaient innocents après des années d’emprisonnement éronés, et – c’est incroyable ! – la plus gosse somme que n’importe lequel d’entre eux ait perçu en compensation a été de... 10dollars !


Stafford-Smith veut voir Rumsfeld et Bush sur le banc des témoins

Le système est truqué contre les prisonniers sur cet aspect.
Cependant, nous porteront le litige contre l’administration Bush pour le compte de Sami, et pour le compte de tout autre prisonnier de guantanamo qui nous le demande, parce que qu’il y a un principe fondamental à l’œuvre ici.
Un jour, j’espère vraiment avoir le président George Bush et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld sur le banc des témoins expliquant précisément pourquoi il pensaient pouvoir traiter des prisonniers de la sorte.
Au minimum, nous devons nous assurer que cela ne se reproduise plus jamais.

 

 

Libertés en péril : Contre le terrorisme, la force du droit doit l'emporter sur le non-droit de la force


par Patrick BAUDOUIN, Libération, 23 décembre 2005


L’auteur est avocat, président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH).


Le phénomène du terrorisme n'est pas nouveau. Mais chacun constate que la menace terroriste se répand et s'accroît à travers le monde. Par leur ampleur et leur charge symbolique, les attaques du 11 septembre 2001 sur le territoire américain ont marqué un tournant décisif dans l'histoire du terrorisme et des mesures et pratiques antiterroristes. Elles ont constitué le point de départ d'une série de dispositions sans précédent, présentées comme relevant d'une «guerre contre le terrorisme», pour ne pas parler de la «croisade du bien contre le mal». Le langage belliqueux ainsi utilisé par le président des Etats Unis, dans la lignée de l'expression «terroriser les terroristes» utilisée en son temps par Charles Pasqua, traduit un premier dérapage avec perte de contrôle suivi de beaucoup d'autres dérives.
L'adoption de législations antiterroristes d'exception s'est répandue comme une traînée de poudre : adoption dès le 26 octobre 2001 par les Etats Unis du Patriot Act, et le 14 décembre 2001 par la Grande-Bretagne de l'Anti Terrorism Act, permettant par exemple aux autorités de ces deux pays de détenir pour une longue période indéterminée des non-ressortissants, sans aucune charge précise, sur la simple suspicion de leur participation à des activités terroristes ou de liens avec des organisations terroristes. De nombreux autres Etats ont emboîté le pas, appartenant à tous les continents, du Canada à l'Australie, en passant par divers pays européens, le Maroc et la Tunisie, ou encore l'Indonésie et les Philippines... Chaque nouvel attentat suscite en riposte une surenchère d'adoption de textes antiterroristes. La caricature en a été donnée par la Grande-Bretagne après les attentats de Londres de l'été 2005, où l'on a même vu, de manière proprement inimaginable au pays de l'habeas corpus, un Premier ministre britannique plaider pour une durée de garde à vue portée à trois mois. La France, qui a joué hélas un rôle précurseur en adoptant dès 1986 une législation d'exception largement exportée, ne demeure pas en reste avec le «durcissement de l'arsenal» mis en oeuvre par son populiste ministre de l'Intérieur prévoyant, pêle-mêle, l'accès facilité aux fichiers, le contrôle des déplacements, le développement de la vidéosurveillance ou l'accroissement des peines de prison.
Plus grave encore que ces mesures, la lutte antiterroriste a servi de prétexte à des pratiques scandaleuses. Au mépris de tous les principes des droits de l'homme et des conventions internationales, les autorités américaines, en invoquant le concept inédit de «combattant armé» ou de «combattant illégal», s'autorisent à maintenir en détention illimitée et sans inculpation des centaines de prisonniers au tristement célèbre camp de Guantanamo. La torture a été pratiquée à Abou Graib, et le recours aux mauvais traitements devient expressément recommandé. Les avions affrétés par la CIA utilisent les aéroports européens pour transporter les suspects de terrorisme vers les centres de détention secrets implantés dans divers pays où, mondialisation oblige, se trouvent externalisées les méthodes d'interrogatoire et d'incarcération les plus brutales. Et, même en Grande-Bretagne, un innocent, dont le comportement était apparu vaguement suspect, a été abattu sur un quai du métro londonien sans que cela ne suscite ni émotion particulière, ni même grande excuse.
Tous ces avatars de la lutte affichée contre le terrorisme soulèvent de nombreuses questions, au regard tant de l'efficacité que de la légitimité. Certes, le terrorisme qui vise aveuglément des populations civiles, et s'affiche quasi quotidiennement sur les écrans de télévision, ne peut susciter que révolte et condamnation. Certes, la sécurité et la vie constituent des droits essentiels du citoyen, et les Etats ont le droit et le devoir de prendre les mesures appropriées pour assurer sa protection contre le terrorisme. Mais il faut être vraiment aveugle pour ne pas voir que la multiplication des mesures et pratiques antiterroristes depuis cinq ans n'a nullement enrayé un terrorisme qui, bien au contraire, ne cesse de se développer.
Ce constat nullement étonnant était d'ailleurs parfaitement prévisible. Le terroriste n'est pas dissuadé par le renforcement de la répression : ce n'est pas parce qu'il risque vingt ans de prison au lieu de dix qu'il renoncera à accomplir son acte. Quant aux graves violations des droits de l'homme commises à Guantanamo, Abou Graib et ailleurs, elles ne font qu'attiser la haine des Etats-Unis et des pays qui les soutiennent, et susciter de nouvelles vocations de kamikazes. En ce sens, il peut être dit que George Bush est le meilleur allié de Ben Laden. Les autres effets pervers de la «guerre mondiale contre le terrorisme» sont multiples, en banalisant les exactions de la Tchétchénie à la Palestine, mais on peut évoquer particulièrement la récupération faite par de nombreux Etats autoritaires qui, sous couvert de contribuer à ce combat antiterroriste, ont adopté des législations répressives utilisées en réalité pour bâillonner les opposants et les défenseurs des droits de l'homme. S'agissant de régimes honnis par leur peuple, la seule échappatoire devient celle de l'extrémisme, lui-même générateur de terrorisme.
Les principales victimes des dérives sécuritaires de l'antiterrorisme risquent bien d'être non pas les terroristes, mais les citoyens et les démocraties. Non seulement le terrorisme reste une menace en voie d'expansion, mais ce sont les libertés individuelles de chacun qui deviennent de plus en plus malmenées. Les mesures dites dans un premier temps spécifiques au terrorisme s'étendent ensuite à d'autres domaines : ainsi en va-t-il par exemple de l'allongement des délais de garde à vue, ou des conditions de perquisition. Les atteintes à la vie privée se multiplient : du fichage à la vidéosurveillance, des contrôles en tous genres aux interceptions de communications téléphoniques et Internet. L'arbitraire administratif se développe au détriment du pouvoir judiciaire. Un climat de suspicion s'instaure, visant principalement les étrangers, soumis à interpellations et expulsions, et contribue progressivement à une détérioration du lien social, elle-même source de nouvelles tensions.
S'affranchir du respect des règles essentielles en matière de libertés et de droits de l'homme revient en fait à donner vainqueurs les terroristes. Le terrorisme vise à déstabiliser les démocraties en discréditant leurs valeurs universelles de liberté et d'humanité. Déroger à ces valeurs pour combattre ceux qui cherchent à les détruire revient à tomber dans le piège tendu, et à saper les fondements des sociétés démocratiques. Il est grand temps de se mobiliser pour rompre un engrenage infernal qui conduit, après chaque acte terroriste retentissant, à adopter, de manière irrationnelle et démagogique, sous le coup de l'émotion voire de la panique, des dispositions aussi contre-productives qu'illégitimes en contradiction avec la législation internationale des droits de l'homme.
Une analyse raisonnée impose au contraire de revendiquer une lutte antiterroriste respectueuse des droits fondamentaux, seule recevable au nom à la fois des principes et de l'efficacité. Pour satisfaire l'impératif de sécurité, les Etats démocratiques disposent le plus souvent d'ores et déjà, dans le cadre de la lutte contre la criminalité, des moyens policiers et judiciaires suffisants, sans qu'il soit nécessaire d'instaurer des mesures complémentaires de répression. En cas d'absolue nécessité, dans des situations particulières, les dispositifs internationaux de protection des droits humains prévoient la possibilité d'une limitation temporaire de certains droits, en excluant ceux dits «indérogeables», tels que le droit à la vie et à l'intégrité physique, ce qui interdit toute dérogation par exemple pour le recours à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il est essentiel d'exiger la stricte conformité des législations et pratiques antiterroristes des Etats avec leurs obligations internationales dans le domaine des droits de l'homme. Comme l'a écrit Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies : «Chacun d'entre nous devrait être pleinement conscient que la protection des droits de l'homme ne doit pas céder le pas devant l'efficacité de l'action antiterroriste. A l'inverse, si l'on se place sur le long terme, on voit que les droits de l'homme, la démocratie et la justice sociale forment l'un des meilleurs remèdes contre le terrorisme.»
Plutôt que de se cantonner dans un langage et des mesures de type «guerrier», mieux vaut essayer, en évitant les simplifications et les amalgames, de déterminer les causes du terrorisme et de s'attaquer aux racines du fléau que sont la misère et les inégalités, les discriminations de toutes sortes, les situations de conflits. On ne doit pas oublier que la terreur d'Etat fait au quotidien dans le monde beaucoup plus de victimes que le terrorisme. Plus que jamais, face au terrorisme, la force du droit doit l'emporter sur le non-droit de la force. A cette fin, le recours à la justice doit être utilisé chaque fois que cela est possible, comme le démontrent de premiers succès judiciaires obtenus. Il faut saluer ainsi les coups d'arrêt donnés par la Cour suprême des Etats Unis lorsqu'elle a, le 28 juin 2004, admis la possibilité de recours judiciaires pour les prisonniers de Guantanamo, ou par la Chambre des lords britannique qui, après avoir condamné, le 16 décembre 2004, le principe des détentions illimitées, a décidé, le 8 décembre 2005, à la différence de la Haute Cour d'appel de Londres, que toutes informations obtenues à l'étranger sous la torture sont irrecevables dans les procès de terrorisme devant les juridictions anglaises.
L'absence de réaction significative, voire le silence assourdissant, face aux atteintes aux libertés constitue un phénomène dangereux et angoissant. Citoyens, ressaisissez-vous, cessez par indifférence ou inconscience d'être passifs! Ce sont vos droits et libertés qui sont en cause, et n'attendez pas d'être vous-mêmes directement victimes pour éprouver alors le regret d'un réveil trop tardif.


Le Congrès US approuve la prorogation pour un mois de certaines dispositions du Patriot Act


Le Congrès américain a approuvé jeudi soir la prorogation pour cinq semaines de certaines dispositions du Patriot Act devant expirer le 31 décembre et jugées indispensables par l'administration Bush dans la guerre contre le terrorisme.
La prorogation de ces 16 dispositions jusqu'au 3 février doit désormais être signée par le président George W. Bush pour entrer officiellement en vigueur.
Par la voix du sénateur de Virginie John Warner, seul sénateur présent, la chambre haute du Congrès américain a approuvé jeudi soir cette extension, quatre heures après le feu vert de la Chambre des représentants.
La Chambre des représentants était elle-aussi quasiment vide au moment du vote, mais la loi américaine autorise le Congrès à voter des lois en présence de seulement quelques parlementaires tant qu'aucun représentant ou sénateur ne s'y oppose. La séance du Sénat a duré quatre minutes.
Mercredi soir, le Sénat avait approuvé une prorogation de six mois, mais cette extension a été ramenée à un mois par les représentants. James Sensenbrenner, président de la Commission judiciaire de la Chambre, a ainsi expliqué qu'une prorogation de cinq semaines seulement avait le soutien de la Maison Blanche.
La majorité des dispositions du Patriot Act -qui élargit les pouvoirs du gouvernement en matière de surveillance et de poursuites contre des terroristes présumés- avaient été entérinées lors du vote de la loi par le Congrès à une écrasante majorité après le 11 septembre 2001.
Certaines des 16 dispositions devant expirer le 31 décembre -concernant notamment les écoutes téléphoniques et la possibilité de pirater des ordinateurs pouvant être utilisés par des suspects- sont jugées cruciales par l'administration Bush et les parlementaires républicains.
Pendant les débats qui ont précédé le vote du Congrès, George W. Bush et son ministre de la Justice Alberto Gonzales avaient fait pression pour que ces dispositions soient définitivement entérinées.
Mercredi, les sénateurs démocrates, rejoints pour l'occasion par certains républicains avaient réussi à faire obstruction à un compromis entre la Chambre des représentants et le Sénat qui auraient définitivement entériné plusieurs de ces dispositions tout en prorogeant d'autres pour quatre ans.
Source : AP, 23 décembre 2005


Un tribunal de Toronto examine la demande de mise en liberté sous caution d’Abdullah Khadr : sa grand-mère offre sa maison comme garantie

 

Un Canadien soupçonné aux Etats-Unis d'avoir comploté afin d'assassiner des Américains outre-mer retournera en cour à Toronto, ce jeudi, à l'occasion de l'enquête sur sa remise en liberté sous caution.
Vêtu de l'uniforme orange des détenus, Abdullah Khadr a comparu brièvement dans la métropole canadienne, mercredi, en présence de sa mère, sa grand-mère et son frère cadet. Lorsque la juge Anne Molloy est entrée dans la salle d'audience, la mère du suspect a refusé de se lever.
Mme Molloy a accepté la requête de la Couronne, qui souhaitait obtenir un ajournement de 24 heures afin de préparer son argumentation contre la remise en liberté de Khadr.
A l'extérieur du tribunal, le frère du suspect, Abdurahman, a refusé de se prononcer sur les allégations de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) voulant que Khadr ait acheté des armes à l'intention du réseau terroriste al-QaJida, armes qui devaient servir contre les forces américaines stationnées en Afghanistan.
Lorsqu'on lui a demandé s'il était optimiste quant à l'avenir de son frère, Abdurahman Khadr est demeuré silencieux, tout en continuant sa route.
Les autorités américaines souhaitent obtenir l'extradition de Khadr, accusé de possession et d'utilisation d'un dispositif de destruction dans le but de conspirer afin d'assassiner des ressortissants américains à l'extérieur des Etats-Unis. S'il est reconnu coupable, il est passible d'une peine d'emprisonnement à perpétuité.
Dans un affidavit dévoilé lundi, la GRC avance que tandis qu'il se trouvait en prison au Pakistan, Khadr a affirmé à des enquêteurs américains avoir acheté pour al-QaJida des armes qui devaient servir contre les forces américaines en Afghanistan. Il aurait également reconnu avoir été impliqué dans un complot visant à tuer le premier ministre du Pakistan.
Khadr a reconnu s'être rendu pendant deux semaines dans un camp de formation militaire d'al-QaJida en Afghanistan. Il a cependant précisé qu'il n'était alors âgé que de 13 ans et qu'il n'entretenait aucun lien avec des terroristes.
A la demande des autorités américaines, Abdullah Khadr a été arrêté par la GRC dans l'appartement de sa famille, dans le secteur est de la métropole canadienne, samedi soir, deux semaines après avoir été remis en liberté au Pakistan et être rentré au pays.
La grand-mère d'Abdullah Khadr s’est dite prête à risquer sa maison offerte en garantie si son petit-fils est remis en liberté sous caution. Fatima Elsamnah témoignait devant la cour à Toronto jeudi, lors de l'enquête sur la remise en liberté sous caution de Khadr, soupçonné aux États-Unis d'avoir comploté afin d'assassiner des Américains.
En larmes, elle a répondu aux questions de la Couronne. Il lui a notamment été demandé à quel moment elle avait entendu pour la première fois que Khadr aurait acheté des armes pour le réseau terroriste al-Qaïda. Mme Elsamnah a modifié sa réponse à deux reprises avant de fondre en larmes, expliquant que la tristesse qu'éprouvait sa famille affectait sa mémoire. Les avocats doivent présenter leurs plaidoyers finaux e vendredi. Les autorités américaines souhaitent obtenir l'extradition de Khadr, accusé de possession et d'utilisation d'un dispositif de destruction dans le but de conspirer afin d'assassiner des ressortissants américains à l'extérieur des États-Unis. S'il est reconnu coupable, il est passible d'une peine d'emprisonnement à perpétuité.
Sources : Presse canadienne, 21 décembre & Le Devoir, 23 décembre 2005

AVEZ-VOUS ENTENDU PARLER DE GUANTANAMO ?
BIEN SÛR, DIREZ-VOUS. MAIS QU'EN SAVEZ-VOUS EXACTEMENT ?

 

Présentation de la Chronique de guantanamo, publiée par le Collectif guantanamo France


« Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé »

Article 9 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme.

 

La CHRONIQUE DE GUANTANAMO est une "newsletter" électronique publiée par le Collectif guantanamo, lancée en février 2003. Depuis avril 2004, elle paraît 2 fois par mois, le 1er et le 15 du mois. Elle entre aujourd'hui dans sa troisième année. En 23 mois, nous avons constitué la plus importante base de données en langue française sur guantanamo, soit l'équivalent d'une dizaine de livres de 220 pages, accessible à tous ceux qui savent lire sur 2 sites web. Nous entendons continuer, élargir et approfondir ce travail. Mais cela ne sera pas possible sans vous.

Le 10 janvier 2005, cela fera 3 ans que 545 hommes de 40 pays sont détenus illégalement par les USA. 202 autres ont été libérés, dont une partie ont été emprisonnés dans leur pays. Exiger qu'ils soient libérés ou jugés équitablement nous semble naturel. Ce n'est pas l'avis de la Maison blanche et du Pentagone, qui ignorent depuis 6 mois un verdict de la Cour suprême US ordonnant que ces prisonniers aient la possibilité de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire.

Le Collectif guantanamo a été créé en France en février 2003. Cette association a pour but d'organiser une campagne mondiale d'information et de solidarité pour défendre les droits de toutes les personnes détenues par les USA comme "combattants ennemis illégaux" à Guantanamo, Bagram et ailleurs.

Son appel fondateur, "guantanamo : premier camp de concentration off shore de l'Empire !", peut être lu en 9 langues [ allemand, anglais, arabe, créole, danois, espagnol, français, russe, suédois ] en allant à : http://www.gwadaoka.org/guantanamo_appel_fr.htm

Son outil principal est le travail d'information. Le Collectif publie des informations sur la "galaxie guantanamo" à un rythme quasi-quotidien sur deux sites internet. Ces informations sont reprises et diffusées tous les 15 jours dans une lettre électronique appelée CHRONIQUE DE GUANTANAMO. Si vous voulez lire, puis vous abonner à cette CHRONIQUE , il suffit de nous envoyer un mail à collectifguantanamo@yahoo.fr

Cette Chronique contient donc toutes les informations publiées au jour le jour sur les sites http://quibla.net et http://www.gwadaoka.org/guantanamo.htm

 

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Nos v¦ux pour 2005 sont simples, clairs et nets : le Pentagone et la Maison blanche doivent libérer les 545 otages détenus illégalement sur la base yankee de guantanamo depuis le 10 janvier 2002. Ou au moins, ils doivent respecter la sentence émise en juin 2004 par la Cour suprême US, stipulant que les détenus ont le droit de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire. Le martyre des hommes enfermés dans le premier camp de concentration off shore de l'Empire, entrera le 10 janvier dans sa quatrième année. C'est une insulte à l'humanité. Pensez à eux !

Merci de votre attention
pour le Collectif guantanamo,
le président
Fausto Giudice
1er janvier 2005 /20 Dhul Qa'dah 1425

 

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