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Le triomphe de la bête


par Zen Toro, http://dahrjamailiraq.com , 22 novembre 2005. Traduit de l' anglais par Jean-Marie FLEMAL

 

Les tortures infligées par les forces militaires américaines aux détenus irakiens sont indéniables. Nous savons aujourd’hui que l’administration Bush avait condamné la torture bien avant que les opérations « Enduring Freedom » et « Iraqi Freedom » ne soient lancées contre l’Afghanistan et l’Irak, dans toute l’hystérie de l’infiltration terroriste en territoire américain qui avait suivi les attentats du 11 septembre.
Le membre du Congrès, Marty Meehan (démocrate du Massachusetts), pilier de la Commission du Congrès sur les Services armés, fut horrifié à la vue des photos de la prison d’Abou Ghraïb rendues publiques par le département de la Défense. À sa sortie de la salle sombre où siège la commission, Meehan fit remarquer : « J’ai été de toute évidence choqué et horrifié de découvrir que les nouvelles photos étaient encore plus horribles que celles que nous avions vues dans les médias. Rien ne peut excuser ni justifier ce qui s’est passé là-bas. »
Au cours d’un récent voyage au Panama, le président Bush a pontifié sur le fait que les Américains « ne torturent pas » – c’était sa façon de faire valoir son autorité exécutive tout en empêchant le Congrès d’imposer des règles à la façon de traiter les prisonniers. Avec l’application de la Loi Patriot de 2001, le président Bush se faisait précisément accorder le pouvoir de déclarer « combattant ennemi » toute personne soupçonnée d’entretenir quelque rapport avec des terroristes ou le terrorisme en général et, partant, de suspendre son droit à l’habeas corpus. Le Sénat s’empressa de voter et d’ainsi permettre qu’on plonge, sans recours ni droits, des innocents dans la douleur et les ténèbres. Des citoyens américains épinglés comme « combattants ennemis » ne devraient pas se voir refuser l’application de la constitution. Mais un tollé impressionnant à propos des droits et de l’habeas corpus allait arracher un compromis permettant aux personnes arbitrairement arrêtées sans la moindre accusation, tenues au secret des années durant, torturées, humiliées, poussées à la folie (voire au suicide avant même de comparaître devant un tribunal bidon), d’aller en appel une fois condamnées. Tel fut le marché qu’on bricola de bric et de broc afin que Bush puisse le présenter comme un triomphe de l’esprit de l’homme et du génie américain.
Dans sa confirmation des procédures d’interrogatoire, le procureur général des États-Unis [autrement dit, le secrétaire d’État à la Justice, NdT], Alberto R. Gonzales, symbolisa effectivement le génie américain en matière de torture : supplice de la baignoire, recours aux chiens pour susciter le stress, nudité forcée, encagoulement, privation sensorielle, privation de nourriture et de sommeil, exposition à des températures extrêmes, coups au visage ou au plexus, injection forcée de substances psychotropes, exécutions simulées et menaces d’expédier les détenus vers des pays où ils seraient torturés, tout cela « pouvait être envisagé dans certaines circonstances précises, pour autant que cela reste dans les limites appropriées et en fonction de la nature des actes précis pris en considération ».
Les membres de la commission judiciaire du Sénat ne sont pas parvenus à interroger Gonzalez à propos d’une information d’Associated Press datant de mars 2003 et faisant référence à des « militaires [américains] écoutant attentivement les experts israéliens et collectant des tuyaux utiles dans la longue histoire des opérations militaires israéliennes dans les zones palestiniennes et les villes libanaises ». Gonzalez contourna ces questions en suggérant qu’il pouvait avoir été conscient de « formations compensatoires en méthodes d’interrogatoire » (appelées « R-21 » par les initiés, pour « resistance-to-interrogation » en échange de l’octroi de milliards de dollars aux contrats de sécurité intérieure à Israël, un pays passé maître dans les interrogatoires sous la torture. Le Sénat laissa tels quels des rapports officiellement confirmés concernant certains aménagements en vue d’interrogatoires, en Jordanie, qui recouraient à « des méthodes d’interrogatoire (…) prohibées par la législation américaine. »
D’autres découvertes encore concernant la torture, cette semaine écoulée : À Bagdad, Caroline Hawley, de la BBC, a fait état de la découverte de 173 Irakiens emprisonnés par les forces de la sécurité irakienne, dans le district de Jadiriya, au centre même de Bagdad. Le bâtiment utilisé pour séquestrer ces prisonniers sunnites, après vérification de Mohsen Abdul-Hamid, chef du Parti islamique irakien, était censé être utilisé comme cantonnement de la milice appelée la Brigade Badr, un escadron spécialisé dans des opérations secrètes.
Le Premier ministre irakien Ibrahim était d’accord avec le rapport de Hawley pour dire que les déténus avaient l’air mal nourris et qu’ils pouvaient avoir « fait l’objet de certaines formes de tortures ». « Pour rechercher un terroriste, ils incarcéraient des centaines d’innocents et les torturaient atrocement : apparemment, une condition préalable à la démocratie en Irak », ajoutait Abdul-Hamid.
Seymour Hersh a dit que le gouvernement américain était en possession de bandes vidéo de viols d’enfants à la prison d’Abou Ghraïb. « Des choses parmi les plus atroces se sont passées et vous n’en avez même pas idée, OK ? Les femmes faisaient sortir en douce des messages disant : ‘Par pitié, venez et tuez-moi.’ Ce qui s’est passé, et ce qui se passe en gros, c’est que ces femmes ont été arrêtées avec des petits enfants et c’est bien de cela qu’il s’agit sur ces bandes. Les enfants ont été sodomisés pendant que les caméras filmaient ces scènes. »
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D’où vient cette pulsion vers la torture ? Roger Burbach et Jim Tarbell ont écrit dans leur ouvrage, « Imperial Overstretch: George W. Bush and the Hubris of Empire » (La surextension impériale : George W. Bush et la volonté de démesure de l’Empire) que les États-Unis étaient « une nation impériale imposant on ne peut plus crûment sa volonté aux autres ». La torture est la manifestation d’une justice reposant sur la conviction que les vertus de la démocratie doivent être promues dans la véritable intention de « faire en sorte que les États-Unis pénètrent les économies d’autres pays » - c’est la même intention qui anime la politique américaine en Amérique centrale et du Sud. Le slogan – « les démocraties libre-échangistes » - a été remodelé en « démocraties contrôlées qui reconnaîtraient les prérogatives d’un conflit international ». Et quelle meilleure façon existe-t-il d’apparaître comme un empire mondial incontesté, sinon sous le prétexte de la « guerre contre le terrorisme » comme moyen de promouvoir un « complexe pétro-militaire » qui entretient des conflits armés permanents et torture autrui afin de lui arracher sa soumission.
Selon « The Defence Monitor » de septembre-octobre 2005 (l’organe d’information du Centre de la Défense) citant le rapport annuel du Service d’études du Congrès, « en 2004, les États-Unis demeurent le plus gros exportateur d’armes au monde vers les nations en voie de développement et ils ont été en tête de tous les pays, à la fois sur le plan des accords de transfert d’armements et des livraisons d’armes, y compris 6,9 milliards de dollars d’accords de transfert avec les pays en voie de développement ». Avant le 11 septembre, sur les 189 pays des Nations unies, les États-Unis assuraient une présence militaire dans 153 d’entre eux. Depuis lors, Bush a installé quatorze nouvelles bases militaires couvrant l’Europe de l’Est, l’Irak, le golfe Persique, le Pakistan, l’Afghanistan et les républiques de l’Asie centrale comme l’Ouzbékistan et le Kirghizistan. C’est ce que les Américains appellent leurs « bases d’opérations avancées ».
Si l’on a le sentiment qu’une bête pèse sur le monde, c’est d’une bête familière, qu’il s’agit. Elle est sortie des forces organiques les plus sombres de la politique américaine de la guerre froide. Elle retourna se tapir quelque temps lorsque le président Richard M. Nixon rompit l’impasse qui séparait les États-Unis de la Russie soviétique, mais elle est parvenue à se frayer à nouveau un chemin à coups de griffes en quittant la pénombre du Bureau ovale (le bureau du président à la Maison-Blanche, NdT). Une fois de plus, elle vient d’un homme moralement faible, manquant d’humilité personnelle, et elle est de plus en plus alimentée par la phobie du communisme et du socialisme profondément enracinée dans ce milieu pétrolier texan d’extrême droite que son père connaît si bien (par exemple, la John Birch Society ou le Parti nazi américain) et elle était en plus infestée de personnages issus du crime organisé afin d’ourdir l’assassinat de Fidel Castro en s’associant à la mafia et à la CIA. Depuis l’arrivée de George W. Bush à la présidence, nous avons été plongés dans les entrailles mêmes de la bête. Au moment où l’invasion de l’Irak se dessinait, en 2002, l’ancien ambassadeur des États-Unis en Arabie saoudite, James Akin, fit remarquer : « Les compagnies pétrolières américaines seront les principales bénéficiaires de cette guerre. Nous nous emparons de l’Irak, y installons notre régime, produisons du pétrole au taux maximal et disons à l’Arabie saoudite d’aller au diable. » Et, pour lui tenir la main, la Constitution des États-Unis par la même occasion.
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L’historien de Yale, Paul Kennedy, a écrit dans son ouvrage « The Rise and Fall of Great Powers » (La montée et le déclin des grandes puissances - 1987) que les États-Unis « courent le risque, si familier aux historiens de l’ascension et de la chute des grandes puissances d’antan, de ce qu’on pourrait appeler en gros ‘la surextension impériale’ ». Il est certain que les démonstrations de force de l’administration Bush, telles que nous les avons vues, c’est-à-dire ensevelies sous des monceaux de mensonges prétendant qu’on « ne torture pas » ceux qu’on désigne comme des « combattants ennemis », dissimulent en fait des signes de faiblesse stratégique.
Bien que malencontreux et criminels, les attentats terroristes peuvent être directement portés au compte de la présence militaire américaine dans les pays arabes et considérés comme un effort pour faire cesser l’envahissement des sociétés étrangères et la croisade militaire et totalitaire apparemment sans fin de Bush. Dans Planet Porto Alegre, Tariq Ali parle du bellicisme outrancier de Bush en ces termes : « C’est une mantra à usages muiltiples. Le premier objectif est de convaincre le public que les terroristes sont des musulmans cinglés qui commettent des attentats à la bombe contre la modernité, la démocratie, la liberté, ‘nos valeurs’, etc. »
Rappelez-vous Satar Jabar, l’homme au visage recouvert de la photographie emblématique, largement diffusée, et que l’on avait attaché avec des fils électriques, maintenu debout sur un seau et que de nombreux Irakiens, par dérision, avaient surnommé « la statue de la Liberté ». On a donné à cet homme un air de démon sorti tout droit d’une peinture de Bruegel, « Le triomphe de la mort », une représentation allégorique des horreurs de la guerre – un panorama urbain envahi d’une obscure fumée et d’armées de squelettes massacrant les habitants de toutes sortes de façons plus horribles les unes que les autres. Au beau milieu du carnage, un dément joue de la flûte pendant qu’un squelette batifole autour de lui.
Malheureusement, le 11 septembre a davantage modifié les existences des non-Américains que celles des Américains. Des dizaines de milliers d’Irakiens ont été emprisonnés, torturés, tués et privés de toute protection des droits de l’homme, tel l’habeas corpus, par exemple. Le Premier ministre anglais Tony Blair est même intervenu sur le droit à pratiquer la torture, rabrouant les juges les plus éminents de Grande-Bretagne en disant : « S’il devait y avoir des obstacles juridiques, nous légiférerons et, si nécessaire, nous amenderons la législation des droits de l’homme. » Blair doit avoir écouté les consignes de Bush. La sinistre attaque de ce dernier sur ce qui reste de démocratie consiste ni plus ni moins en la radiation complète de l’habeas corpus de la Constitution américaine.
Ceci est particulièrement troublant puisque l’une des innombrables raisons avancées par la clique de Bush en vue de l’invasion de l’Irak par les Américains était qu’il s’agissait d’une intervention humanitaire destinée à renverser une dictature brutale et à la remplacer par un gouvernement s’appuyant sur les principes de la démocratie, le règne de la loi et le respect des droits de l’homme.
De façon ironique, on assiste à des abus commis par des Irakiens sur d’autres Irakiens, comme c’est le cas de la part de la police irakienne vis-à-vis des détenus prisonniers irakiens, exactement comme à l’époque de Saddam Hussein. Rien n’a changé, si on considère les preuves des viols et des tortures perpétrés à Abou Ghraïb et orchestrés par des officiels américains.
« La question n’est pas de savoir qui ils sont, mais qui nous sommes », a déclaré le sénateur John McCain (républicain de l’Arizona) en défendant son amendement d’un projet de loi concernant les attributions de la défense, amendement qui aurait empêché les officiels américains d’infliger « des traitements cruels, inhumains et dégradants » à des détenus au cours de la guerre contre le terrorisme. Mais quelqu’un devrait expliquer au sénateur McCain, un vétéran de la guerre du Vietnam qui fut torturé par ses geôliers durant les cinq années qu’il passa dans un camp vietnamien de prisonniers de guerre, que la politique des interrogatoiores par la force telle que la préconise Bush s’appuie sur deux poids deux mesures : d’après l’administration, nous pouvons « leur » infliger des tortures parce qu’« ils » sont différents de « nous ». Cela fait froncer les sourcils des dissidents du Congrès. Il est certain toutefois qu’une telle prémisse n’a pu que résulter en pas mal d’homicides dont on ne sait rien, puisque nous ignorons encore le nombre et la capacité des prisons secrètes (situées en Europe de l’Est) contrôlées par la CIA, de même que la nature exacte des techniques d’interrogatoire pratiquées dans ces « sites noirs » et que nous ignorons en outre ce que sont précisément ces exceptions au traitement humain des prisonniers.
L’introduction par le sénateur McCain d’un amendement contre la torture a été saluée par les éditorialistes du pays tout entier comme un grand pas en avant mais elle n’a rien fait d’autre que de régurgiter le règle de la loi. Il était déjà interdit aux forces américaines de soumettre le moindre prisonnier « à des traitements ou châtiments cruels, inhumains ou dégradants », conformément à la Constitution et à la Convention des Nations unies contre la torture.
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Alexander Herzen a dit, à une autre époque : « Nous ne sommes pas les médecins, nous sommes la maladie. » Même d’après les chiffres du Pentagone, plus de 21.000 personnes ont été enfermées sans le moindre procès rien qu’en Irak. Les prisons sont si peuplées que, dans un geste de propagande présenté comme un témoignage de bonne volonté humanitaire, l’administration Bush a relâché 1.500 détenus à la fin du Ramadan. La vérité est que les conditions de vie en surnombre se détériorent très rapidement. Sous la classification de « combattants ennemis », on ignore combien de milliers de personnes, à l’instar des Irakiens, ont été injustement emprisonnées dans le monde. Nous, les Anglais et les Américains, avons ouvertement et volontairement permis aux Irakiens de subir ce qu’il y avait de pire dans cette farce délibérée que sont les droits de l’homme revus par l’administration Bush.
Avec le détricotage récent de la disposition d’habeas corpus ad subiciendum de l’amendement Graham-Levin apporté au Projet de loi concernant les pouvoirs spéciaux accordés à l’armée par le sénat américain, c’est une pierre angulaire de la jurisprudence américaine qui a été délitée. Aujourd’hui, même des citoyens américains peuvent être emprisonnés indéfiniment, sans accusation ni procès (…). Toute personne cataloguée comme « combattant ennemi » peut être jeté dans un cul de basse fosse n’importe où, indéfiniment, sans possibilité d’interjeter appel ni de faire valoir son statut.
Le sénateur Lindsey Graham (républicain, Caroline du Sud) a installé dans le monde entier un millier de ténébreux endroits qui permettront à Bush de lâcher la bride à ses surenchères démentielles. Terminé, pour les simples citoyens, l’équilibre du pouvoir des tribunaux tel qu’il figure dans la Constitution américaine. C’est une honte de faire une loi avec cela, mais le scandale intrigue encore plus. Le vieux texte de l’habeas corpus est aussi ancien que la Grande Charte, la Magna Carta. « Il est trop fondamental, trop important, trop précieux pour être récrit sur le dos d’une enveloppe, puis appliqué, en quatre jours à peine, comme un vulgaire amendement à un projet de loi concernant une habilitation, puis revisé une fois encore à la hâte. » Aucune séance de commission n’a été tenue, aucun rapport de commission n’a été présenté et, mieux encore, aucun sénateur n’a même vu le projet Graham-Levin avant qu’il ne soit soumis au vote. Manifestement, c’est par le biais d’une basse manoeuvre politique qu’ils se sont précipités pour liquider les mérites admirables de la Constitution américaine afin de violer sciemment l’égalité dans la protection, l’équité des procédures et autres droits de l’homme. L’amendement Graham-Levin a fait de l’Amérique un ennemi formel des droits de l’homme. Et pourtant Bush a le toupet de prétendre que la nouvelle constitution irakienne a établi une démocratie. En réalité, à l’instar de ce que nous voyons aujourd’hui en Amérique, les Irakiens vont être soumis à ce qu’on peut appeler un « système juridique alternatif ».
Les médias traditionnels qui, nous le savons, sont complices des manigances de l’administration Bush, ont délibérément évité de faire la lumière sur ces tripotages constititionnels et sur les actions qu’ils ont entraînées Tout cela est délibérément tenu dans l’ombre, loin du peuple américain. Mais quand cela concenre leur propre jardin, comme dans le cas du système Rumsfeld-Poindexter de connaissance totale de l’information qui aurait donné à la clique de Bush un contrôle total sur tout et digne de « 1984 » d’Orwell, les rédacteurs en chef du pays tout entier y sont allés de leurs doléances. Et, par conséquent, le projet a été gelé, puisque notre notre journaliste qui monte la garde contre les sanctions de l’État s’attend à la clémence du fait qu’il parade au même pas que la marche de mort de Bush.
En compagnie d’autres organisations, les Christian Peacemaker Teams (CPT - Equipes des Pacifistes chrétiens) ont fait savoir, le 1er novembre 2005, que les Irakiens avaient besoin de notre aide pour mettre un terme à la torture organisée par les forces irakiennes et soutenue officiellement par Washington. Les CPT ont passé presque deux ans à récolter des informations sur les violences subies par les détenus irakiens dans les prisons gérées par les Américains en Irak. Ici, un rôle décisif est tenu par les deux nouveaux groupes de commandos, les brigades Wolf et Scorpion, qui rappellent les escadrons de la mort en Amérique centrale, lesquels avaient été organisés par le diplomate de carrière John Negroponte, directeur des renseignements natioaux des États-Unis et qui, du temps de l’administration Reagan, avait couvert les violations des droits de l’homme commises au Honduras par des agents entraînés et formés par la CIA. Negroponte sait ce qu’il faut faire pour obtenir la priorité, dans un nouveau territoire, de liquider des innocents. C’est la vérité banale de l’affreuse réalité de la Bête.
Les CPT ont reçu des comptes rendus de première main de ce que la quasi-totalité du monde entier sait déjà de la façon dont les États-Unis gèrent les prisons en Irak : « La méthode de torture rapportée par les survivants et les familles comprend : séances de coups avec des câbles, chocs électriques, électrocutions prolongées (on a appris que deux hommes étaient morts cette semaine à Bassora et tous deux présentaient des preuves irréfutables d’électrocution jusqu’à ce que mort s’ensuive), privation de nourriture et de sommeil, coups sur la plante des pieds, positions contraignantes et suspension au plafond. »
La torture est à tout le moins une pratique aussi commune, dans la « guerre contre le terrorisme » de Bush, qu’elle l’était durant l’Inquisition espagnole. Les hérétiques étaient envoyés au bûcher, roués vifs, suspendus à des mâts. Le travail était forcé et l’aristocratie religieuse crachait sur la moindre revendication en matière de droits de l’homme. Frapper d’interdiction les traitements cruels, inhabituels et inhumains avait ses implications manifestes, comme il est dit dans la nouvelle Constitution irakienne.
Je doute fort que de nombreux Américains aient pris la peine de lire la version complète de la traduction de la Constitution irakienne, bien qu’ils aient payé des milliards de dollars et de nombreuses vies de concitoyens pour qu’on l’applique. Peu sont conscients des points faibles provisoires, des inconsistances et des manipulations manifestes du langage, telle que la ségrégation par régions de la clause des deux tiers des votes qui permet à l’occupation de dicter le type de « souveraineté » qu’elle désire constituer dans ce berceau sacré de l’humanité. Il n’y a pas de « une personne, une voix » pour permettre aux Irakiens de choisir leur président. Le contrat pour la démocratie en Irak est un document aseptisé, destiné sans surprise à pervertir toute sauvagarde des droits de l’homme à l’aide de zones sombres sujettes à toutes sortes d’interprétations favorisant l’apparition d’une monarchie plutôt que celle d’une démocratie.
En outre, il est on ne peut plus évident que la présence des troupes américaines viole les dispositions démocratiques de la constitution récemment approuvée. Après le 31 décembre 2005, lorsque le nouveau gouvernement irakien entrera en fonction, il sera intéressant d’examiner précisément comment Bush prévoit d’orchestrer le contrôle et les responsabilités sans violer les principes démocratiques mêmes qu’il se vante d’avoir mis en place. Jusqu’à présent, Bush a lamentablement échoué dans son modèle de rôle consistant à appliquer le règne de la loi. C’est particulièrement évident dans la Loi administrative de transition sortie par le Conseil dirigeant irakien, par exemple, législation transitionnelle dans laquelle figuraient plusieurs garanties des « droits fondamentaux » des Irakiens, telle l’égalité devant la loi (article 12). Où cela-t-il été appliqué pour les dizaines de milliers de détenus ?
Aujourd’hui, le préambule, en s’adressant aux Irakiens, dit ceci : « Fils de la Mésopotamie, pays des prophètes, lieu de repos des saints imams, des pères de la civilisation et des inventeurs de l’alphabet, berceau de l’arithmétique » ou encore « inspirés par l’injustice contre les villes saintes (…) créer un nouvel Irak, l’Irak du futur, sans sectarisme ni luttes raciales ni régionalisme ni discrimination ni isolement ».
Le texte médiéval de l’habeas corpus disait : « Vous prenez possession du corps devant être soumis à un examen » et, bien qu’on en trouve des traces dans l’_expression constitutionnelle de l’Irak, il n’y a pas de clarification bien précise à propos de la responsabilité des actuelles infractions aux droits de l’homme sous l’occupation américaine.
L’article 17 dit ceci : Toute personne a droit à une vie privée personnelle tant qu’elle ne viole pas les droits d’autrui ou la moralité générale. 2° – Le caractère sacré du foyer est protégé. On ne peut ni y entrer, ni y fouiller, ni le violer, sauf par décision judiciaire et conformément à la loi.
Une autre disposition, pour autant qu’elle soit appliquée aux forces américaines, mettrait un terme aux opérations de « bouclage et de recherche » dans les quartiers urbains. Les Irakiens connaissent bien cette technique, puisque leurs maisons sont visitées la nuit, que leurs occupants sont rassemblés dans une seule pièce, alors qu’ils sont toujours dans leurs vêtements de nuit, et que les hommes sont fichés, voire même emmenés avec les menottes aux poignets.
Article 19, 5° – L’accusé est innocent tant que sa culpabilité n’a pas été prouvée devant un tribunal légal et impartial. L’accusé ne peut être jugé à nouveau pour la même accusation après avoir été acquitté, à moins que de nouvelles preuves apparaissent. Cet « à moins que de nouvelles preuves apparaissent » semble faire l’effet d’un pléonasme puisque il n’y a de toute façon pas de garantie de procès loyal et rapide.
Sous l’article 12, on peut lire : Il n’y aura pas de détention (arbitraire).
Le général Kimmitt a défendu les procédures utilisées par les comandants américains en Irak comme étant plus rigoureuses même que ne l’exigeait la législation internationale. « On a installé une commission d’examen et on l’utilise bien plus fréquemment que ne le requièrent les Conventions de Genève, et cette commission examine le cas de la personne en question », a-t-il dit. « Et, après un certain temps, quand ces personnes semblent ne plus constituer une menace pour la sécurité de la nation, on les relâche. » Manifestement, cette commission rassemblant trois personnes ne faisait pas son boulot, s’il faut en croire le rapport du général divisionnaire John Ryder (2004), rapport dans lequel on peut lire que des Irakiens avaient été détenus plusieurs mois pour des motifs aussi futiles qu’avoir exprimé « du déplaisir ou de la mauvaise volonté » à l’égard des troupes américaines. Des centaines de prisonniers ont été enfermés à Abou Ghraïb, « malgré un manque de preuves qu’ils constituaient une menace sécuritaire pour les forces américaines ».

Article 21 : Nul Irakien ne sera remis à des institutions ou autorités étrangères.
Au cours des quatre années écoulées, la CIA a installé un réseau de prisons secrètes dans huit pays, dont la Thaïlande, l’Afghanistan et plusieurs démocraties de l’Europe de l’Est ainsi que dans d’anciens complexes soviétiques abandonnés. Connus sous le nom de « sites noirs », pour utiliser le jargon de la Maison-Blanche, leur existence et leur situation ne sont connues que d’une poignée d’officiels américains, y compris le président et quelques officiers supérieurs des renseignements de chaque pays d’accueil, rapporte le Washington Post. À propos des questions de sécurité nationale, la CIA et la Maison-Blanche ont dissuadé le Congrès de témoigner ouvertement sur les détenus et leurs conditions de détention.
La seconde partie de la constitution déclare textuellement que la torture ne pourra être tolérée.
Article 35 : 1° (a) La liberté et la dignité d’une personne sont protégées. (b) Personne ne sera détenu ni interrogé sauf sous décision juridique. (c) Toutes formes de torture, mentale ou physique, et de traitement inhumain, sont interdites. Aucun aveu obtenu par la contrainte ou par des menaces de torture ne sera reconnu et la partie lésée peut réclamer des dommages pour toute atteinte physique ou mentale qu’elle s’est vu infliger. 2° L’État est chargé de protéger l’individu de toute forme de coercition sur le plan de la pensée, de la religion ou de la politique, et personne ne peut être emprisonné en fonction de tels motifs.
Article 44 : Tous les individus ont le droit de bénéficier des droits reconnus dans les accords et traités internationaux concernant les droits de l’homme et reconnus par l’Irak, pour autant que ces droits ne contreviennent pas aux principes et règles de la présente constitution.
La publication conservatrice espagnole La Razon (16 décembre) écrivait ceci : « Il est alarmant de voir que la crainte apparue au lendemain du 11 septembre dans la plus puissante des nations a aveuglé ses dirigeants au point qu’ils considéreraient comme fondé un crime de l’État et comme légale l’exécution, sans jugement préalable, de personnes accusées de terrorisme par un service sécuritaire pourtant discrédité… »
Du 24 au 28 octobre 2005, une petite centaine de communautés dans le monde ont actionné une cloche une fois par minute et un millier de fois d’affilée, pour symboliser les plus de 100.000 civils irakiens tués depuis l’invasion américaine de mars 2003. L’action a été lancée par les Voices for Creative Nonviolence (Voix pour la non-violence créatrice). Cette cérémonie des 100.000 coups de cloche s’appuyait sur l’estimation du chiffre des morts telle que publiée par le journal médical britannique, The Lancet, et remontant déjà à plus d’un an. Le but de cette cérémonie est d’attirer l’attention sur la gravité de l’impact des États-Unis sur la population irakienne.
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« Décrivez-moi tel que je suis », disait Cromwell, « mon âme abhorre tout ce qui est moins que la vérité. » Dans le long défilé de l’histoire telle qu’elle a été enregistrée, il y a certains moments qui, plus souvent qu’on ne pense, sont éponymes de certains personnages, grands ou ignobles. Les historiens discutent et le révisionnisme s’est mué en une sorte d’artisanat. Winston Churchill estimait que la vérité était si précieuse qu’il convenait d’instaurer un garde-fou contre le mensonge. Des mensonges protégeaient la vérité de Nixon, c’était le subterfuge de la politique qui entretenait le mépris tout en sacrifiant la souveraineté. La réalité de la genèse de l’invasion de l’Irak par Bush repose malheureusement sur des mensonges, davantage encore que l’effet cumulatif de ses prédécesseurs à la présidence qui a fini par faire dérailler complètement le gouvernement constitutionnel.
Ce passage pseudo-biblique cité par George Bush : « Nous avons escaladé la puissantre montagne. J’ai vu la vallée au fond et c’est une vallée de paix » pue l’absence totale de crédibilité qui l’a amené à usurper son pouvoir. À coup sûr, il ne pensait certes pas à la vallée du Tigre ou de l’Euphrate. Il est on ne peut plus évident que les événements très bien documentés qui ont fait l’objet d’enquêtes et de recherches intenses et que sont les trahisons de l’administration Bush, gravitent en direction de cette masse critique de matériel solide telle que la fondation, la source solide, la source première, en concurrence avec la crasse et la fange lancées à partir du Bureau ovale sur ses « ennemis » supposés, masse critique qui participe de la même paranoïa infernale qui s’était installée chez Nixon.
Et, à l’instar de Nixon, Bush confond ses objectifs politiques avec la sécurité de la nation. La tragédie de Bush, c’est qu’il a lâché l’orgueil démesuré de la Bête à l’intérieur de son pays même, sur l’Irak et sur la destinée de la planète tout entière. Ses proches, ses mignons, en quelque sorte, qui ont tenté en vain de le protéger contre lui-même, connaissent l’atmosphère trompeuse, surréelle qui plane sur la Maison-Blanche. Toute critique constructive de la qualité de chef d’État chez Bush est condamnée d’avance, puisque l’honnêteté est considérée comme une faiblesse. En lieu et place, on instaure un service en béton, comme dans le terrorisme, afin de protéger l’administration Bush. Et, comme effet, on assiste à une corrosion de la démocratie.
La fragilité, le sentiment, la gentillesse, la confiance, voilà des critères tout juste bons pour les fous, s’il faut en croire les républicains. Tout homme politique sait que les modestes talents que Dieu lui a donnés constituent la seule voie morale vers le pouvoir. Et il en va de même pour les politiciens corrompus qui, confrontés au risque de voir leurs mensonges démasqués, surenchérissent dans le mensonge, produisent de nouveaux mensonges destinés à transformer leurs « ennemis » en cendres, des mensonges tortueux, pleins d’imagination sur le fait qu’ils n’avaient jamais menti le moins du monde au début et, après cela, ils se mettent à dégoiser des flots d’homélies, se drapent eux-mêmes dans la vérité, la justice et la façon de voir des Américains alors qu’en permanence, dans les sombres ruelles latérales, ils poignardent lâchement la justice dans le dos.
Nous ne pouvons excuser une conduite illégale sur base de ce que d’autres pourraient faire pire, soit dans notre propre pays, soit à l’étranger. La démocratie américaine est composée d’individus et le seul contrat contraignant dont nous disposons n’est autre que la protection de la règle de la loi, l’habeas corpus. Pas même le président ne peut volontairement violer les droits de l’homme quand il revendique la victoire en Irak, parce que cela sonnerait creux. Nous ne pouvons manquer de sanctionner ceux qui, au sein du gouvernement, abusent de leur pouvoir et font obstruction à la justice. Si nous ne le faisions pas, nous ferions du crime notre legs.
George W. Bush, le riche petit gars de l’Ivy League qui n’avait pas de talent naturel pour la politique, avec les élites du pétrole texan qui l’orientaient dans sa passion pour l’introversion, est dénué de la moindre sophistication académique, il est soupçonneux sur le plan social, haché et hésitant dans son discours, incompétent pour le débat politique et la diplomatie, il ne brille que par ses tentatives dissimulatrices et traîtresses, une audace vulgaire à vouloir se faire passer pour une victime de l’establishment libéral, ou encore ses échecs dans ses rapports avec ses subordonnés. Ce même Bush a compris en un instant ses attaches naturelles avec le gouvernement et le souci commun d’un profit politique grandiose.
Par conséquent, Bush a violé la règle incontournable de la politique : Ne libérez pas la Bête. En fin de compte, le quarante-troisième président des États-Unis se sera frappé lui-même d’empêchement tout simplement en raison d’une absence de transparence crédible et de sens de la responsabilité administrative, et ce, dès le début de son règne, pour avoir supprimé l’habeas corpus par simple obsession de la torture.

 

Les USA recourent à la torture depuis des décennies. La seule nouveauté, à ce propos, c’est qu’elle se pratique désormais au vu et au su de tout le monde. En ignorant les abus passés, les opposants à la torture courent le risque de la voir retourner dans l’ombre au lieu d’être abolie.


par Naomi Klein, The Guardian, 10 décembre 2005. Original :
http://www.guardian.co.uk/usa/story/0,12271,1664174,00.html. une version de cet article est parue dans The Nation : http://www.thenation.com/.
Traduit de l’anglais par Jean Marie Flémal.

 

Il y a eu le « Mission accomplie » du second mandat de George Bush et, en même temps, le fait qu’une déclaration de cette importance requérait d’être prononcée dans un endroit passablement symbolique. Mais quelle est la toile de fond précise de son affirmation disant « Nous ne pratiquons pas la torture » ? Avec son sens caractéristique de l’audace, l’équipe de Bush s’était installée dans les faubourgs de Panama City.
Audacieux, ce l’était, certes. À une heure et demie de route de l’endroit où se trouvait Bush, l’armée américaine a dirigé la tristement célèbre Ecole des Amériques (SOA) entre 1946 et 1984, une sinistre institution de formation dont la devise, pour autant qu’elle en ait eu une, aurait été à coup sûr : « Nous pratiquons la torture ». C’est ici précisément, à Panama, et, plus tard, sur le nouveau site de l’école, à Fort Benning, en Géorgie, que l’on peut retrouver les racines des actuels scandales de la torture.
Selon les manuels de formation aujourd’hui déclassifiés, les étudiants de la SOA – des officiers de l’armée et des policiers de tout l’hémisphère – étaient formés dans des « techniques coercitives d’interrogatoire » très similaires à celles qui ont été pratiquées depuis à Guantánamo Bay ou Abou Ghraïb : très tôt le matin, on sort le « sujet » de sa cellule afin de maximaliser le choc, on lui couvre aussitôt la tête pour l’empêcher de voir, on l’oblige à se dévêtir, on le prive de toutes ses perceptions sensorielles, à moins qu’au contraire, on ne les exacerbe, on « manipule » son sommeil, sa nourriture, on l’humilie, ou le soumet à des écarts extrêmes de température, on le confine dans l’isolement, on lui fait adopter des positions contraignantes – et j’en passe, et de bien pires. En 1996, la Commission de contrôle des renseignements du président Clinton avait admis que les manuels de formation desUSA toléraient « l’exécution de guérilleros, l’extorsion de renseignements, les sévices physiques, la coercition et les faux emprisonnements ».
Certains « diplômés » de l’école de Panama ont par la suite commis les pires crimes de guerre du demi-siècle écoulé sur le continent : les assassinats de l’archevêque Oscar Romero et de six religieux jésuites au Salvador, l’enlèvement systématique des bébés des prisonniers argentins « disparus », le massacre de 900 civils à El Mozote au Salvador et une série de coups d’État militaires trop nombreux pour être énumérés ici.
Pourtant, en assurant la couverture de l’annonce de Bush, pas un des médias traditionnels n’a fait mention de l’histoire sordide de cet endroit. Mais comment auraient-ils pu le faire ? Il aurait fallu pour cela quelque chose qui faisait totalement défaut au sein du débat : admettre que le recours à la torture par les fonctionnaires américains faisait partie intégrante de la politique étrangère américaine et ce, depuis la guerre du Vietnam.
Il s’agit d’une histoire excessivement documentée dans une avalanche d’ouvrages, de documents déclassifiés, de manuels de formation de la CIA, de comptes-rendus de tribunaux et de commissions de recherche de la vérité. Dans son ouvrage actuellement sous presse, « A Question of Torture », Alfred McCoy synthétise toutes ces preuves et produit un compte-rendu fascinant de la façon dont de monstrueuses expériences financées dans les années 50 par la CIA sur des patients en psychiatrie et des prisonniers se sont muées en un prototype de ce qu’il appelle la « torture sans contact physique », reposant sur la privation sensorielle et la douleur auto-infligée. McCoy a retrouvé comment ces méthodes avaient été testées in situ par des agents de la CIA au Vietnam, dans le cadre du programme Phoenix, puis importées en Amérique latine et en Asie dans le cadre en apparence anodin des formations destinées à la police.
Les défenseurs de la torture ne sont pas les seuls à ignorer cette histoire quand ils rejettent les sévices commis sur « quelques pommes pourries ». Un nombre étonnant d’opposants bien connus ne cessent de nous dire que la première fois que des fonctionnaires américains ont eu l’idée de torturer des prisonniers remonte au 11 septembre 2001, date à laquelle, apparemment, les méthodes utilisées à Guantánamo seraient apparues et auraient pleinement mûri ensuite dans les replis sadiques des cerveaux de Dick Cheney et de Donald Rumsfeld. Jusqu’alors, nous dit-on, l’Amérique combattait ses ennemis sans se départir le moins du monde de sa profonde humanité.
Le principal propagateur de cette histoire (que Garry Wills a qualifiée d’« état de non-péché originel ») n’est autre que le sénateur John McCain. Faisant état dans Newsweek de la nécessité de bannir la torture, McCain dit que lorsqu’il était prisonnier de guerre à Hanoi, il s’était cramponné à la conscience « de ce que nous étions différents de nos ennemis (…) de ce que, en cas d’inversion des rôles, nous ne nous déshonorerions pas à commettre ou à approuver de tels sévices sur eux ». Il s’agit d’une distorsion historique à tout le moins sidérante. À l’époque où McCain avait été fait prisonnier, la CIA avait lancé le programme Phoenix et, comme l’écrit McCoy, « ses agents géraient 40 centres d’interrogatoires au Sud-Vietnam, lesquels tuèrent plus de 20.000 suspects et en torturèrent des dizaines de milliers d’autres ».
Cela ne réduirait-il pas en quelque sorte les horreurs d’aujourd’hui que d’admettre que ce n’est pas la première fois que le gouvernement américain a eu recours à la torture, qu’il a déjà géré des prisons secrètes auparavant, qu’il a activement soutenu des régimes qui tentaient de supprimer la gauche en larguant des étudiants par avion ? Que, plus près de chez nous, on a mis dans le commerce et vendu des photographies de lynchages comme trophées et avertissements ? Beaucoup le pensent, dirait-on. Le 8 novembre, un membre du Congrès, le démocrate Jim McDermott a proclamé de façon très étonnante face à la Chambre des Représentants que « jamais, jusqu’à présent, l’Amérique n’avait eu de problème avec son intégrité morale ».
D’autres cultures abordent leur héritage de la torture en déclarant « Plus jamais ça ! » Pourquoi tant d’Américains insistent-ils à aborder l’actuelle crise de la torture en s’écriant également « Plus jamais ça ! » Je suppose que cela provient d’un désir sincère d’évoquer la réelle gravité des crimes de l’actuelle administration. Et l’adoption par celle-ci de la torture, au vu et au su de tout le monde, est en effet un fait sans précédent.
Mais soyons bien clairs à propos de ce fait sans précédent : il ne s’agit pas de la torture, mais bien du fait qu’elle est pratiquée au vu et au su de tous. Les administrations précédentes gardaient sous le manteau leurs « opérations noires », les crimes étaient punis mais ils étaient commis dans l’ombre, désavoués officiellement et condamnés. L’administration Bush a rompu ce contrat : au lendemain du 11 septembre, elle a requis le droit de torturer sans honte, un droit qu’elle a légitimé par de nouvelles définitions, de nouvelles lois.
Malgré tous les discours sur la torture pratiquée dans les autres pays, la véritable innovation a été son introduction dans le nôtre, avec des prisonniers qui ont subi des sévices de la part de citoyens américains, dans des prisons gérées par lesUSA, ou encore qui ont été transférés dans des pays tiers par des avions américains. C’est cet abandon de l’étiquette de la clandestinité dans la communauté constituée par l’armée et les services de renseignement qui indigne tant les gens : Bush a privé tout le monde de toute forme plausible de dénégation. Ce changement revêt une énorme signification. Quand la torture est pratiquée en secret mais qu’elle est officiellement et légalement récusée, il existe toujours un espoir que si des atrocités se font jour, la justice puisse quand même prévaloir. Lorsque la torture est pseudo-légale et que ceux qui en sont les responsables nient qu’il s’agisse de torture, ce qui meurt, c’est ce qu’Hannah Arendt a appelé « la personne juridique dans l’être humain ». Bientôt, les victimes ne se soucient plus d’obtenir justice, tant elles sont certaines de la futilité et du danger de cette quête. C’est le large reflet de ce qui se passe à l’intérieur de la chambre de torture lorsque l’on notifie aux prisonniers qu’ils peuvent hurler tant qu’ils veulent : personne ne les entendra et personne ne viendra les délivrer.
La terrible ironie du caractère anti-historique du débat sur la torture réside dans le fait qu’au nom de la volonté d’éradiquer les sévices futurs, on efface des archives les crimes du passé. Puisque lesUSA n’ont jamais eu de commissions de recherche de la vérité, la mémoire de leur complicité dans des crimes lointains a toujours été fragile. Aujourd’hui, ces souvenirs s’estompent encore plus et les disparus disparaissent à nouveau.
Cette amnésie qui tombe à point fait du tort non seulement aux victimes mais également à la cause de ceux qui tentent de supprimer une fois pour toutes la torture de l’arsenal de la politique américaine. Il y a déjà des signes que l’administration va affronter tout ce tintouin en retournant à une forme plausible de désaveu. L’amendement McCain protège tout « individu en détention ou sous contrôle physique du gouvernement des USA ». Il ne dit pas un mot des entraînements à la torture ni de l’achat d’informations auprès de l’industrie de plus en plus florissante des interrogateurs travaillant pour le profit.
Et, en Irak, le sale boulot a déjà été refilé aux escadrons de la mort irakiens, entraînés par les USA et supervisés par des commandants comme Jim Steele, l’homme qui s’est préparé à ce boulot en mettant sur pied des unités similaires au Salvador. Le rôle des USA dans l’entraînement et le contrôle du ministère de l’Intérieur irakien a été oublié, en outre, lorsqu’on a découvert, très récemment, 173 prisonniers dans les cachots de ce même ministère : certains avaient été si atrocement torturés que leur peau se détachait complètement de leurs chairs. « Voyez, c’est un État souverain. Le gouvernement irakien existe », a déclaré Rumsfeld. Il rappelait étonnamment William Colby, de la CIA, qui, lorsqu’une commission du Congrès lui avait demandé des comptes sur les milliers de personnes tuées dans le programme Phoenix – que lui-même, Colby, avait contribué à lancer –, avait répondu qu’il s’agissait désormais d’un « programme à cent pour cent vietnamien ».
Comme l’écrit McCoy, « si vous ne comprenez pas l’histoire ni les profondeurs de la complicité institutionnelle et publique, vous ne pouvez nullement envisager d’entreprendre des réformes ayant le moindre sens ». Les législateurs répondront à la pression en éliminant une pièce minuscule de l’appareil de la torture : en fermant une prison, en clôturant un programme, voire en réclamant la démission d’une pomme vraiment pourrie comme Rumsfeld. Mais McCoy vous prévient : « Ils préserveront la prérogative de la torture. »

 

Soupçons renforcés sur les enlèvements de la CIA


Terrorisme. Les soupçons se renforcent sur l'enlèvement et la détention par la CIA de suspects islamistes en Europe, hors de tout contrôle judiciaire, selon une enquête du Conseil de l'Europe dont le rapporteur a appelé hier les gouvernements à s'engager «dans la recherche de la vérité». «Les éléments récoltés jusqu'à aujourd'hui permettent de renforcer la crédibilité des allégations concernant le transport et la détention temporaire de personnes détenues, en dehors de toute procédure judiciaire, dans des pays européens», a affirmé ce rapporteur, le parlementaire suisse Dick Marty. Chargé d'enquêter sur les «allégations» visant la CIA, Dick Marty a fait un point sur ses recherches lors d'une réunion à Paris d'une Commission de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qui regroupe 46 Etats membres. M. Marty explique avoir adressé des demandes écrites à deux pays membres, la Pologne et la Roumanie, qui auraient abrité des centres de détention secrets de la CIA, ainsi qu'aux Etats-Unis. «Des procédures judiciaires en cours dans certains pays semblent montrer que des personnes ont été enlevées et transportées dans d'autres pays sans respecter aucune norme d'assistance judiciaire», a affirmé M. Marty. «Force est de constater que les allégations n'ont jamais été formellement démenties par les Etats-Unis», a-t-il ajouté.
Source : Le Figaro, 14 décembre 2005

Une nouvelle directive du Pentagone interdit la torture lors des interrogatoires, ³sauf autorisation expresse écrite²
Pour mieux encadrer les interrogatoires de prisonniers par les soldats américains, le Pentagone a adopté une nouvelle directive interdisant la torture physique ou mentale. Cependant, des "exceptions" à cette directive peuvent être décidées par le secrétaire d'Etat à la défense américain, Donald Rumsfeld.
Signée du secrétaire adjoint à la défense Gordon Englander et datée du 5 novembre, la directive s'applique à tous les personnels militaires comme les contractants civils appelés à interroger des prisonniers sous contrôle de l'armée. "Tous les prisonniers devront être traités humainement et les interrogatoires ou toute technique visant à obtenir d'eux des informations devront être menés de manière humaine, en accord avec la loi", y compris celle en temps de guerre, ajoute la directive, qui insiste sur l'interdiction des "actes de torture physique et mentale".
Evoquant un "traitement humain" des prisonniers, cette directive laisse cependant en suspens la définition du terme "humain". Elle devrait être précisée dans une future directive qui fait toujours l'objet de discussions au sein du gouvernement.
En outre, cette directive contient une clause échappatoire, autorisant le secrétaire à la défense ou son adjoint à autoriser des exceptions. "Les interrogatoires du renseignement seront menés en conformité aux lois pertinentes, à cette directive et aux règlements d'application (...), sauf autorisation expresse écrite du secrétaire à la défense ou du secrétaire adjoint à la défense", précise cette clause. Un porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman, a affirmé que cette clause n'avait rien d'exceptionnel, le secrétaire à la défense ayant toujours la possibilité de changer ou de modifier les règlements qu'il prend.


JUSQU'AU BORD DE LA NOYADE

Le contenu de la directive fait écho à la controverse qui a éclaté, entre la Maison Blanche et les parlementaires, au Congrès, sur un amendement ajouté au budget du Pentagone interdisant les traitements "cruels, inhumains et dégradants des prisonniers détenus par le gouvernement américain". Selon les médias, le vice-président Dick Cheney serait intervenu directement auprès du sénateur républicain John McCain ­ le parrain de cet amendement ­ pour que son texte exempte les services de renseignement de cette interdiction.
La Maison Blanche a démenti, mardi 13 décembre, vouloir donner aux agents de la CIA le droit de torturer, mais le président Bush n'en a pas moins menacé d'opposer son veto au projet de loi budgétaire contenant l'amendement McCain, qui a été approuvé à la quasi-unanimité par le Sénat.
Mardi, le New York Times a révélé le contenu d'un document confidentiel rédigé l'an dernier par l'inspecteur général de la CIA, John Helgerson, qui avertissait que certaines des méthodes d'interrogatoires pratiquées par les agents de la centrale de renseignement américaine depuis les attentats du 11-Septembre pouvaient constituer des violations aux conventions internationales sur l'interdiction de la torture. Le rapport Helgerson énumérait dix méthodes approuvées au début de 2002 pour les interrogatoires de suspects de terrorisme, y compris celle consistant à maintenir un détenu la tête sous l'eau jusqu'au bord de la noyade.
L'inspecteur général, selon le New York Times, n'était pas allé jusqu'à affirmer que ces méthodes constituaient des tortures mais simplement qu'elles apparaissaient, aux termes de la convention, comme des traitements cruels inhumains et dégradants. Le débat public a été aussi alimenté par le Washington Post, qui a révélé récemment que la CIA contrôlait des prisons secrètes en divers endroits du monde. La CIA a demandé au département de la justice d'enquêter sur ces fuites.
Les dirigeants républicains du Congrès ont aussi demandé aux commissions du renseignement des deux chambres de faire de même. Mais certains parlementaires ­ dont des républicains ­ ont fait valoir que les enquêtes devraient plutôt porter sur l'existence de ces prisons.
Source : Le Monde avec AFP, 14 décembre 2005

 

Mon mari est devant le portail de Guantanamo. Pourquoi je le soutiens


par Jessica Stewart, 12 décembre 2005. Original : http://boston.indymedia.org/newswire/display/47172/index.php
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier

 

Jessica Stewart et son mari, Danny Burns, vivent à Ithaca, New York, dans une communauté de Travailleurs Catholiques. Ils sont les parents de deux jeunes enfants. Pour lire plus d'informations au sujet de la marche de protestation et pour signer une lettre de soutien, consultez le site http://www.witnesstorture.org. Pour écrire à Jessica Stewart, voici son adresse e-mail : js6076@msn.com

Trente-cinq citoyens américains, de dénomination Témoins Contre la Torture, sont en train de manifester, de jeûner et de prier devant le portail du centre de détention américain de Guantanamo Bay. Depuis cinq jours, ils ont traversé Cuba à pied pour venir devant la prison. L'un d'entre eux est mon époux, Danny Burns.

Nous avons deux enfants. Finian a trois ans, et Francis a sept mois. Danny est à Guantanamo, en partie, pour notre famille. Ce que notre gouvernement est en train de faire, à Guantanamo, crée un monde sans sécurité pour nos enfants. Notre gouvernement est en train de procéder à une escalade mondiale de la violence, qui rend inévitable l'aggravation du terrorisme. Je sais bien que Danny risque des représailles du gouvernement américain en manifestant contre les agissements illégaux de notre gouvernement à Guantanamo. Danny et trois autres personnes de notre commune, Clare Grady, Teresa Grady eet Peter Demott, attendent la sentence d'un tribunal fédéral, en janvier, pour les actions qu'ils ont menées, le jour de la St Patrick, en 2002, afin d'empêcher la guerre contre l'Irak. Malgré cette menace suspendue sur leur tête, Danny, Clare et Teresa ont décidé de manifester devant le portail de Guantanamo. Le gouvernement fédéral (américain) veut envoyer le message que les dissidents seront châtiés. Quant à nous, nous renvoyons un message au gouvernement américain : nous défendrons la justice, toujours et encore, jusqu'à ce que notre pays respecte le droit international, la justice et les droits universels de l'Homme.

Danny et moi, nous pensons que les agissements de notre gouvernement, à Guantanamo, sont entachés d'un mépris pour le droit international. Notre gouvernement a ignoré délibérément la Charte de l'ONU, la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, les Conventions de Genève, les Principes de Nuremberg et les Conventions contre la torture. Ce mépris n'est pas seulement à déplorer à Guantanamo, il a prévalu dans l'ensemble de la « guerre au terrorisme », de la guerre contre l'Irak et dans beaucoup des secteurs de notre politique mondiale et intérieure. Quand le gouvernement le plus puissant au monde décide de violer délibérément le droit international, plutôt que de le respecter et de servir le bien commun et de promouvoir la justice, c'est la loi de la jungle qui gouverne le monde.

Danny et moi, nous sommes convaincus que nous ne pouvons nous contenter de rester sans rien faire, si ce n'est geindre. Le droit international nous enseigne que nous sommes responsables de ce que notre pays est en train de fabriquer. Le Juge Roling, du Tribunal des Crimes de Guerre de Tokyo, a écrit : « Le principe de Nuremberg le plus important, c'est que les individus ont des devoirs qui transcendent les obligations nationales d' obéissance imposée par l'Etat-nation. Ceci signifie que, dans certains cas, les individus sont requis de substituer leur propre interprétation [des obligations internationales] à celle qu'en donne leur Etat. » Ce Juge poursuivait en ces termes : « Le monde doit (pouvoir) compter sur ces individus capables de s'opposer aux ordres criminels de (leur) gouvernement. » C'est ce que nous nous efforçons de faire. Dans notre tradition religieuse, nous sommes appelés à rendre visite aux prisonniers. Des hommes et des jeunes garçons sont détenus au Camp Delta, à Guantanamo [sur l'île de Cuba, NDT], depuis octobre 2001. Ils sont retenus sans qu'aucune charge ne pèse sur eux. On leur a refusé toute assistance d' un avocat. Il est largement fait état de tortures et de mauvais traitements. Les prisonniers ne savent pas s'ils seront jugés un jour, ni quand, ou libérés ? En visitant ce camp de prisonniers, Danny et ses camarades peuvent faire comprendre à ces prisonniers qu'ils ne sont pas totalement oubliés du monde.

En ce moment, je pense aux mères de ceux qui sont emprisonnés là. Quels seraient mes sentiments, si mes fils se trouvaient parmi ces jeunes garçons retenus dans le camp ? Si des jeunes gens, en Irak, en Palestine, en Afghanistan voient que les Américains détournent la tête afin de ne pas voir les souffrances de leur peuple soumis à occupation et à des détentions illégales, il y a de fortes chances qu'ils tombent dans le désespoir et qu' ils voient dans les attentats suicides et d'autres actions violentes leur seul recours.

Danny et moi, nous aspirons à un monde de paix, basé sur la justice, pour nos enfants. L'abondance, la compassion et l'amour devraient être la règle, et non l'exception. Nous voulons que notre monde s'améliore, et non qu'il se détériore, car c'est dans ce monde que nos enfants vont grandir. Dans un siècle, nous voulons que nos petits-enfants puissent examiner ce que nous avons fait, et être convaincus que nous nous sommes efforcés d'agir avec intégrité et pour le bien de l'humanité. C'est pour ça que mon mari, Danny Burns, manifeste devant le portail du camp de détention de Guantanamo, et c'est pour ça que je le soutiens.

 

Les "Belges entre guillemets" exigent une sanction exemplaire contre Madame Lizin


par le Parti des Jeunes Musulmans, Bruxelles, 11 décembre 2005. source : http://www.mvjm.be

 

"... Nous allons aller voir (...) quelles sont les procédures appliquées aujourd'hui à ceux qui y restent [à Guantanamo] puisque à l'évidence un certain nombre de ces prisonniers ont été restitués. Nous avons les deux Belges entre guillemets qui étaient dans ce cadre et qui n'étaient pas des enfants de ch¦ur..."


VERBATIM: http://www.mvjm.be/dossiers/SOCIETE/extraits_LIZIN_JT_RTBF_091205.html et
http://skynet.rtbf.be/index.html?page=reportages&pq=medium&pj=5902&pr=31969&parag=rep31969

 

Ce sont là les paroles du troisième plus haut personnage de l'État, Anne-Marie Lizin (PS), la présidente du Sénat, prononcées au journal télévisé de 19h30 de la RTBF, ce vendredi 9 décembre 2005, en réponse au "précieux sésame américain" qui l'autorise, en tant que "représentante spéciale à Guantanamo" de l'assemblée parlementaire de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), à visiter "le célèbre centre de détention" de Guantanamo (paroles de la présentatrice, cette fois, qui semble croire, et en fait, on n'en est pas si loin, que la Lizin a gagné au loto des mascarades humanitaires un séjour touristique qui exclut tout contact avec les détenus, actuellement plus de 400 "combattants non privilégiés" (unprivileged belligerent) parqués là sans aucune espèce de droit ni d'humanité.
Qui s'étonnera de ce que cette "cheffe de file des islamophobes belges"(1) qui laissait entendre, le 24 février 2005, que "l'argumentaire juridique américain est tout à fait tenable" (2) (mais qui dit présentement qu'elle va "aller voir quelles sont les procédures appliquées aujourd'hui à ceux qui y restent", à Guantanamo) stigmatise publiquement, à l'évocation de ces deux jeunes gens retenus sans la moindre légalité, et que l'on croyait Belges jusqu'ici, l'ensemble de cette composante nationale comme étant des "Belges entre guillemets" ?
Le PJM, et assurément la toute grande majorité des "Belges" (à lire, donc, "Belges entre guillemets") d'origine immigrée turque et marocaine (les deux pays d'origine de ces jeunes garçons détenus sans droits ni lois) dénoncent avec virulence cette nauséeuse bavure langagière à caractère outrancièrement raciste (ce n'est pas la première) que cette misérable personne, au mépris des charges qu'elle est censée assumer (là, non plus, elle n'en est pas à sa première incartade), s'est permise de proférer.
Le camouflet est trop énorme que pour ne pas lui être rendu. Ne pourrait-on la mettre, elle, une bonne fois pour toutes, entre guillemets, la dame Lizin, la faire chuter définitivement de ce perchoir qu'elle occupe, pour la plus grande honte du Sénat et du parti qu'elle ridiculise ?
Les Belges "d'origine immigrée", ces Belges de seconde zone qui n'étaient certes pas des Belges "à part entière" jusqu'à ce jour, mais qui l'étaient quand même vaille que vaille, en partie, dans des espaces mentaux et culturels confinés, ne sont donc plus du tout des Belges depuis que la Lizin les a mis entre guillemets ! Ce n'est plus leur qualité de Belge qui fut mise en question, par elle, devant des centaines et des centaines de milliers de téléspectateurs. Ce n'est même plus leur citoyenneté, toujours à conquérir, qui leur fut déniée. Non. Depuis ce vendredi 9 décembre, ils ne sont même plus discriminés : ils n'existent plus ! C'est Guantanamo qui est venu à eux, Guantanamo bay intra muros, par la grâce d'une Lizin convertie (mais il n'y avait pas à cet effet grand-chose à modifier dans sa personne) en maître matonne !
Mme Lizin, sous couvert d'humanitaire, se fait la représentante, non pas de l'OSCE, mais des bourreaux qui oeuvrent dans cet enfer off' shore, en sous-traitant chez elle (impossible à présent de dire chez eux) ces racailles qui sont restées trois ans, pour rien, entre leurs mains, dans les mêmes conditions qu'ils ont connues là-bas, de non-droits, de non-identité, de non-nationalité, de non-humanité !
Car enfin, ces "Belges entre guillemets" désignent forcément la communauté immigrée tout entière (de référence musulmane, bien évidemment) ! Rien ne justifierait que soient désignés ainsi des jeunes gens authentiquement belges, même coupables, même condamnés, qui ne seraient évidemment pas plus qu'eux des "enfants de ch¦ur" !
Ainsi, le MRAX et, dans la foulée, le PS, qui exigent la levée de l'immunité parlementaire de Filip Dewinter (VLAAMS BELANG) pour incitation à la haine raciale parce qu'il a déclaré être islamophobe (2), qui poussent ces mêmes "citoyens entre guillemets" à intervenir auprès des autorités marocaines pour qu'elles ne lui accordent aucune entrevue (alors qu'il ne transporte qu'un message que tous les gouvernements de l'Europe ne cessent de leur adresser pour réguler et mater les candidats à l'immigration), Mme Lizin s'en donne à c¦ur joie !
Le PJM fustige cette cécité, ces dénonciations orientées, répétitives et singulières d'un racisme toujours estampillé du même sceau. Quand donc la LDH, le MRAX, le CECLR (4), les partis politiques traditionnels, PS en tête, le CAL, le CCLJ (5) et toutes ces associations pleurnicheuses antiracistes qui disent non à la haine de la façon la plus hypocritement raciste qui soit, cette fois, se manifesteront-ils contre les multiples déclarations islamophobes de leurs propres mandataires "démocrates" ?
Que n'exigent-ils également la levée de l'immunité parlementaire de Mme Lizin, avec la circonstance aggravante qu'elle est un des personnages de l'État les plus en vue, représentante d'un parti de la majorité qui abrite une majorité d'élus belges "entre guillemets" !
Et quand le PJM accuse ces associations, ces formations politiques de ne pas dénoncer le mal, tout le mal, le mal de tous, il reste encore très en deçà de la vérité ! C'est de le partager sournoisement qu'il devrait les inculper. C'est de le propager. C'est de l'encourager.
Ainsi, vendredi passé, toujours. Des inféodés PS d'origine marocaine, "belges guillemetés", il va sans dire, insistent pour que des représentants du PJM se joignent à eux pour manifester en faveur de la libération des otages en Irak. De tous les otages ? Que nenni ! Il s'agit d'un rassemblement de solidarité avec deux fonctionnaires de l'ambassade du Maroc à Bagdad, enlevés il y a quinze jours...
Les paroles de Mme Lizin peuvent abuser, celles de Mme Onkelinx (PS) (qui prit la parole lors de ce rassemblement), émouvoir. Mais les raisons qui auraient pu justifier cet exclusivisme compassionnel ne nous furent jamais données par les organisateurs, sauf celle-ci, qui décida du refus du PJM de se joindre à eux : "Ce sont des Marocains, cela ne vous suffit-il pas ?".


Notes :

(1) http://www.suffrage-universel.be, 23 février 2005 : "Une militante islamophobe désignée "représentante spéciale pour Guantánamo" !".
(2) http://www.dhnet.be/index.phtml?content=http://www.dhnet.be/dhinfos/article.phtml?id=133287
(3) A.-M- Lizin répondait dans sa conférence de presse à une question de Mohammed Boukourna (PS). Elle affirmait que la mission "ne cherche pas un contact direct avec les prisonniers. Nous (ne) nous intéressons à ce stade qu'aux aspects juridiques des conditions de détention. Concernant le non-respect de la 3e Convention de Vienne, l'argumentaire juridique américain est tout à fait tenable ! Ils font référence à la notion de combattants non-privilégiés". (Rapporté par Mehmet Koksal : http://fr.groups.yahoo.com/group/suffrage-universel/message/2570)
(4) Ligue des droits de l'Homme ; Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie ; Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme.
(5) Centre d'action laïque ; Centre communautaire laïc juif.

AVEZ-VOUS ENTENDU PARLER DE GUANTANAMO ?
BIEN SÛR, DIREZ-VOUS. MAIS QU'EN SAVEZ-VOUS EXACTEMENT ?

 

Présentation de la Chronique de guantanamo, publiée par le Collectif guantanamo France


« Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé »

Article 9 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme.

 

La CHRONIQUE DE GUANTANAMO est une "newsletter" électronique publiée par le Collectif guantanamo, lancée en février 2003. Depuis avril 2004, elle paraît 2 fois par mois, le 1er et le 15 du mois. Elle entre aujourd'hui dans sa troisième année. En 23 mois, nous avons constitué la plus importante base de données en langue française sur guantanamo, soit l'équivalent d'une dizaine de livres de 220 pages, accessible à tous ceux qui savent lire sur 2 sites web. Nous entendons continuer, élargir et approfondir ce travail. Mais cela ne sera pas possible sans vous.

Le 10 janvier 2005, cela fera 3 ans que 545 hommes de 40 pays sont détenus illégalement par les USA. 202 autres ont été libérés, dont une partie ont été emprisonnés dans leur pays. Exiger qu'ils soient libérés ou jugés équitablement nous semble naturel. Ce n'est pas l'avis de la Maison blanche et du Pentagone, qui ignorent depuis 6 mois un verdict de la Cour suprême US ordonnant que ces prisonniers aient la possibilité de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire.

Le Collectif guantanamo a été créé en France en février 2003. Cette association a pour but d'organiser une campagne mondiale d'information et de solidarité pour défendre les droits de toutes les personnes détenues par les USA comme "combattants ennemis illégaux" à Guantanamo, Bagram et ailleurs.

Son appel fondateur, "guantanamo : premier camp de concentration off shore de l'Empire !", peut être lu en 9 langues [ allemand, anglais, arabe, créole, danois, espagnol, français, russe, suédois ] en allant à : http://www.gwadaoka.org/guantanamo_appel_fr.htm

Son outil principal est le travail d'information. Le Collectif publie des informations sur la "galaxie guantanamo" à un rythme quasi-quotidien sur deux sites internet. Ces informations sont reprises et diffusées tous les 15 jours dans une lettre électronique appelée CHRONIQUE DE GUANTANAMO. Si vous voulez lire, puis vous abonner à cette CHRONIQUE , il suffit de nous envoyer un mail à collectifguantanamo@yahoo.fr

Cette Chronique contient donc toutes les informations publiées au jour le jour sur les sites http://quibla.net et http://www.gwadaoka.org/guantanamo.htm

 

POUR RECEVOIR CETTE CHRONIQUE LE 1er et LE 15 DE CHAQUE MOIS, ENVOYEZ UN MAIL INTITULÉ : "OUI, JE M'ABONNE !" À : collectifguantanamo@yahoo.fr. Signalez-nous si vous souhaitez apporter une contribution financière. Nous vous indiquerons coment procéder.

Nos v¦ux pour 2005 sont simples, clairs et nets : le Pentagone et la Maison blanche doivent libérer les 545 otages détenus illégalement sur la base yankee de guantanamo depuis le 10 janvier 2002. Ou au moins, ils doivent respecter la sentence émise en juin 2004 par la Cour suprême US, stipulant que les détenus ont le droit de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire. Le martyre des hommes enfermés dans le premier camp de concentration off shore de l'Empire, entrera le 10 janvier dans sa quatrième année. C'est une insulte à l'humanité. Pensez à eux !

Merci de votre attention
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