Le triomphe de la bête
par Zen Toro, http://dahrjamailiraq.com
, 22 novembre 2005. Traduit de l' anglais par Jean-Marie
FLEMAL
Les tortures infligées par les forces militaires
américaines aux détenus irakiens sont indéniables.
Nous savons aujourd’hui que l’administration
Bush avait condamné la torture bien avant que les
opérations « Enduring Freedom » et «
Iraqi Freedom » ne soient lancées contre l’Afghanistan
et l’Irak, dans toute l’hystérie de l’infiltration
terroriste en territoire américain qui avait suivi
les attentats du 11 septembre.
Le membre du Congrès, Marty Meehan (démocrate
du Massachusetts), pilier de la Commission du Congrès
sur les Services armés, fut horrifié à
la vue des photos de la prison d’Abou Ghraïb
rendues publiques par le département de la Défense.
À sa sortie de la salle sombre où siège
la commission, Meehan fit remarquer : « J’ai
été de toute évidence choqué
et horrifié de découvrir que les nouvelles
photos étaient encore plus horribles que celles que
nous avions vues dans les médias. Rien ne peut excuser
ni justifier ce qui s’est passé là-bas.
»
Au cours d’un récent voyage au Panama, le président
Bush a pontifié sur le fait que les Américains
« ne torturent pas » – c’était
sa façon de faire valoir son autorité exécutive
tout en empêchant le Congrès d’imposer
des règles à la façon de traiter les
prisonniers. Avec l’application de la Loi Patriot
de 2001, le président Bush se faisait précisément
accorder le pouvoir de déclarer « combattant
ennemi » toute personne soupçonnée d’entretenir
quelque rapport avec des terroristes ou le terrorisme en
général et, partant, de suspendre son droit
à l’habeas corpus. Le Sénat s’empressa
de voter et d’ainsi permettre qu’on plonge,
sans recours ni droits, des innocents dans la douleur et
les ténèbres. Des citoyens américains
épinglés comme « combattants ennemis
» ne devraient pas se voir refuser l’application
de la constitution. Mais un tollé impressionnant
à propos des droits et de l’habeas corpus allait
arracher un compromis permettant aux personnes arbitrairement
arrêtées sans la moindre accusation, tenues
au secret des années durant, torturées, humiliées,
poussées à la folie (voire au suicide avant
même de comparaître devant un tribunal bidon),
d’aller en appel une fois condamnées. Tel fut
le marché qu’on bricola de bric et de broc
afin que Bush puisse le présenter comme un triomphe
de l’esprit de l’homme et du génie américain.
Dans sa confirmation des procédures d’interrogatoire,
le procureur général des États-Unis
[autrement dit, le secrétaire d’État
à la Justice, NdT], Alberto R. Gonzales, symbolisa
effectivement le génie américain en matière
de torture : supplice de la baignoire, recours aux chiens
pour susciter le stress, nudité forcée, encagoulement,
privation sensorielle, privation de nourriture et de sommeil,
exposition à des températures extrêmes,
coups au visage ou au plexus, injection forcée de
substances psychotropes, exécutions simulées
et menaces d’expédier les détenus vers
des pays où ils seraient torturés, tout cela
« pouvait être envisagé dans certaines
circonstances précises, pour autant que cela reste
dans les limites appropriées et en fonction de la
nature des actes précis pris en considération
».
Les membres de la commission judiciaire du Sénat
ne sont pas parvenus à interroger Gonzalez à
propos d’une information d’Associated Press
datant de mars 2003 et faisant référence à
des « militaires [américains] écoutant
attentivement les experts israéliens et collectant
des tuyaux utiles dans la longue histoire des opérations
militaires israéliennes dans les zones palestiniennes
et les villes libanaises ». Gonzalez contourna ces
questions en suggérant qu’il pouvait avoir
été conscient de « formations compensatoires
en méthodes d’interrogatoire » (appelées
« R-21 » par les initiés, pour «
resistance-to-interrogation » en échange de
l’octroi de milliards de dollars aux contrats de sécurité
intérieure à Israël, un pays passé
maître dans les interrogatoires sous la torture. Le
Sénat laissa tels quels des rapports officiellement
confirmés concernant certains aménagements
en vue d’interrogatoires, en Jordanie, qui recouraient
à « des méthodes d’interrogatoire
(…) prohibées par la législation américaine.
»
D’autres découvertes encore concernant la torture,
cette semaine écoulée : À Bagdad, Caroline
Hawley, de la BBC, a fait état de la découverte
de 173 Irakiens emprisonnés par les forces de la
sécurité irakienne, dans le district de Jadiriya,
au centre même de Bagdad. Le bâtiment utilisé
pour séquestrer ces prisonniers sunnites, après
vérification de Mohsen Abdul-Hamid, chef du Parti
islamique irakien, était censé être
utilisé comme cantonnement de la milice appelée
la Brigade Badr, un escadron spécialisé dans
des opérations secrètes.
Le Premier ministre irakien Ibrahim était d’accord
avec le rapport de Hawley pour dire que les déténus
avaient l’air mal nourris et qu’ils pouvaient
avoir « fait l’objet de certaines formes de
tortures ». « Pour rechercher un terroriste,
ils incarcéraient des centaines d’innocents
et les torturaient atrocement : apparemment, une condition
préalable à la démocratie en Irak »,
ajoutait Abdul-Hamid.
Seymour Hersh a dit que le gouvernement américain
était en possession de bandes vidéo de viols
d’enfants à la prison d’Abou Ghraïb.
« Des choses parmi les plus atroces se sont passées
et vous n’en avez même pas idée, OK ?
Les femmes faisaient sortir en douce des messages disant
: ‘Par pitié, venez et tuez-moi.’ Ce
qui s’est passé, et ce qui se passe en gros,
c’est que ces femmes ont été arrêtées
avec des petits enfants et c’est bien de cela qu’il
s’agit sur ces bandes. Les enfants ont été
sodomisés pendant que les caméras filmaient
ces scènes. »
*
D’où vient cette pulsion vers la torture ?
Roger Burbach et Jim Tarbell ont écrit dans leur
ouvrage, « Imperial Overstretch: George W. Bush and
the Hubris of Empire » (La surextension impériale
: George W. Bush et la volonté de démesure
de l’Empire) que les États-Unis étaient
« une nation impériale imposant on ne peut
plus crûment sa volonté aux autres ».
La torture est la manifestation d’une justice reposant
sur la conviction que les vertus de la démocratie
doivent être promues dans la véritable intention
de « faire en sorte que les États-Unis pénètrent
les économies d’autres pays » - c’est
la même intention qui anime la politique américaine
en Amérique centrale et du Sud. Le slogan –
« les démocraties libre-échangistes
» - a été remodelé en «
démocraties contrôlées qui reconnaîtraient
les prérogatives d’un conflit international
». Et quelle meilleure façon existe-t-il d’apparaître
comme un empire mondial incontesté, sinon sous le
prétexte de la « guerre contre le terrorisme
» comme moyen de promouvoir un « complexe pétro-militaire
» qui entretient des conflits armés permanents
et torture autrui afin de lui arracher sa soumission.
Selon « The Defence Monitor » de septembre-octobre
2005 (l’organe d’information du Centre de la
Défense) citant le rapport annuel du Service d’études
du Congrès, « en 2004, les États-Unis
demeurent le plus gros exportateur d’armes au monde
vers les nations en voie de développement et ils
ont été en tête de tous les pays, à
la fois sur le plan des accords de transfert d’armements
et des livraisons d’armes, y compris 6,9 milliards
de dollars d’accords de transfert avec les pays en
voie de développement ». Avant le 11 septembre,
sur les 189 pays des Nations unies, les États-Unis
assuraient une présence militaire dans 153 d’entre
eux. Depuis lors, Bush a installé quatorze nouvelles
bases militaires couvrant l’Europe de l’Est,
l’Irak, le golfe Persique, le Pakistan, l’Afghanistan
et les républiques de l’Asie centrale comme
l’Ouzbékistan et le Kirghizistan. C’est
ce que les Américains appellent leurs « bases
d’opérations avancées ».
Si l’on a le sentiment qu’une bête pèse
sur le monde, c’est d’une bête familière,
qu’il s’agit. Elle est sortie des forces organiques
les plus sombres de la politique américaine de la
guerre froide. Elle retourna se tapir quelque temps lorsque
le président Richard M. Nixon rompit l’impasse
qui séparait les États-Unis de la Russie soviétique,
mais elle est parvenue à se frayer à nouveau
un chemin à coups de griffes en quittant la pénombre
du Bureau ovale (le bureau du président à
la Maison-Blanche, NdT). Une fois de plus, elle vient d’un
homme moralement faible, manquant d’humilité
personnelle, et elle est de plus en plus alimentée
par la phobie du communisme et du socialisme profondément
enracinée dans ce milieu pétrolier texan d’extrême
droite que son père connaît si bien (par exemple,
la John Birch Society ou le Parti nazi américain)
et elle était en plus infestée de personnages
issus du crime organisé afin d’ourdir l’assassinat
de Fidel Castro en s’associant à la mafia et
à la CIA. Depuis l’arrivée de George
W. Bush à la présidence, nous avons été
plongés dans les entrailles mêmes de la bête.
Au moment où l’invasion de l’Irak se
dessinait, en 2002, l’ancien ambassadeur des États-Unis
en Arabie saoudite, James Akin, fit remarquer : «
Les compagnies pétrolières américaines
seront les principales bénéficiaires de cette
guerre. Nous nous emparons de l’Irak, y installons
notre régime, produisons du pétrole au taux
maximal et disons à l’Arabie saoudite d’aller
au diable. » Et, pour lui tenir la main, la Constitution
des États-Unis par la même occasion.
*
L’historien de Yale, Paul Kennedy, a écrit
dans son ouvrage « The Rise and Fall of Great Powers
» (La montée et le déclin des grandes
puissances - 1987) que les États-Unis « courent
le risque, si familier aux historiens de l’ascension
et de la chute des grandes puissances d’antan, de
ce qu’on pourrait appeler en gros ‘la surextension
impériale’ ». Il est certain que les
démonstrations de force de l’administration
Bush, telles que nous les avons vues, c’est-à-dire
ensevelies sous des monceaux de mensonges prétendant
qu’on « ne torture pas » ceux qu’on
désigne comme des « combattants ennemis »,
dissimulent en fait des signes de faiblesse stratégique.
Bien que malencontreux et criminels, les attentats terroristes
peuvent être directement portés au compte de
la présence militaire américaine dans les
pays arabes et considérés comme un effort
pour faire cesser l’envahissement des sociétés
étrangères et la croisade militaire et totalitaire
apparemment sans fin de Bush. Dans Planet Porto Alegre,
Tariq Ali parle du bellicisme outrancier de Bush en ces
termes : « C’est une mantra à usages
muiltiples. Le premier objectif est de convaincre le public
que les terroristes sont des musulmans cinglés qui
commettent des attentats à la bombe contre la modernité,
la démocratie, la liberté, ‘nos valeurs’,
etc. »
Rappelez-vous Satar Jabar, l’homme au visage recouvert
de la photographie emblématique, largement diffusée,
et que l’on avait attaché avec des fils électriques,
maintenu debout sur un seau et que de nombreux Irakiens,
par dérision, avaient surnommé « la
statue de la Liberté ». On a donné à
cet homme un air de démon sorti tout droit d’une
peinture de Bruegel, « Le triomphe de la mort »,
une représentation allégorique des horreurs
de la guerre – un panorama urbain envahi d’une
obscure fumée et d’armées de squelettes
massacrant les habitants de toutes sortes de façons
plus horribles les unes que les autres. Au beau milieu du
carnage, un dément joue de la flûte pendant
qu’un squelette batifole autour de lui.
Malheureusement, le 11 septembre a davantage modifié
les existences des non-Américains que celles des
Américains. Des dizaines de milliers d’Irakiens
ont été emprisonnés, torturés,
tués et privés de toute protection des droits
de l’homme, tel l’habeas corpus, par exemple.
Le Premier ministre anglais Tony Blair est même intervenu
sur le droit à pratiquer la torture, rabrouant les
juges les plus éminents de Grande-Bretagne en disant
: « S’il devait y avoir des obstacles juridiques,
nous légiférerons et, si nécessaire,
nous amenderons la législation des droits de l’homme.
» Blair doit avoir écouté les consignes
de Bush. La sinistre attaque de ce dernier sur ce qui reste
de démocratie consiste ni plus ni moins en la radiation
complète de l’habeas corpus de la Constitution
américaine.
Ceci est particulièrement troublant puisque l’une
des innombrables raisons avancées par la clique de
Bush en vue de l’invasion de l’Irak par les
Américains était qu’il s’agissait
d’une intervention humanitaire destinée à
renverser une dictature brutale et à la remplacer
par un gouvernement s’appuyant sur les principes de
la démocratie, le règne de la loi et le respect
des droits de l’homme.
De façon ironique, on assiste à des abus commis
par des Irakiens sur d’autres Irakiens, comme c’est
le cas de la part de la police irakienne vis-à-vis
des détenus prisonniers irakiens, exactement comme
à l’époque de Saddam Hussein. Rien n’a
changé, si on considère les preuves des viols
et des tortures perpétrés à Abou Ghraïb
et orchestrés par des officiels américains.
« La question n’est pas de savoir qui ils sont,
mais qui nous sommes », a déclaré le
sénateur John McCain (républicain de l’Arizona)
en défendant son amendement d’un projet de
loi concernant les attributions de la défense, amendement
qui aurait empêché les officiels américains
d’infliger « des traitements cruels, inhumains
et dégradants » à des détenus
au cours de la guerre contre le terrorisme. Mais quelqu’un
devrait expliquer au sénateur McCain, un vétéran
de la guerre du Vietnam qui fut torturé par ses geôliers
durant les cinq années qu’il passa dans un
camp vietnamien de prisonniers de guerre, que la politique
des interrogatoiores par la force telle que la préconise
Bush s’appuie sur deux poids deux mesures : d’après
l’administration, nous pouvons « leur »
infliger des tortures parce qu’« ils »
sont différents de « nous ». Cela fait
froncer les sourcils des dissidents du Congrès. Il
est certain toutefois qu’une telle prémisse
n’a pu que résulter en pas mal d’homicides
dont on ne sait rien, puisque nous ignorons encore le nombre
et la capacité des prisons secrètes (situées
en Europe de l’Est) contrôlées par la
CIA, de même que la nature exacte des techniques d’interrogatoire
pratiquées dans ces « sites noirs » et
que nous ignorons en outre ce que sont précisément
ces exceptions au traitement humain des prisonniers.
L’introduction par le sénateur McCain d’un
amendement contre la torture a été saluée
par les éditorialistes du pays tout entier comme
un grand pas en avant mais elle n’a rien fait d’autre
que de régurgiter le règle de la loi. Il était
déjà interdit aux forces américaines
de soumettre le moindre prisonnier « à des
traitements ou châtiments cruels, inhumains ou dégradants
», conformément à la Constitution et
à la Convention des Nations unies contre la torture.
*
Alexander Herzen a dit, à une autre époque
: « Nous ne sommes pas les médecins, nous sommes
la maladie. » Même d’après les
chiffres du Pentagone, plus de 21.000 personnes ont été
enfermées sans le moindre procès rien qu’en
Irak. Les prisons sont si peuplées que, dans un geste
de propagande présenté comme un témoignage
de bonne volonté humanitaire, l’administration
Bush a relâché 1.500 détenus à
la fin du Ramadan. La vérité est que les conditions
de vie en surnombre se détériorent très
rapidement. Sous la classification de « combattants
ennemis », on ignore combien de milliers de personnes,
à l’instar des Irakiens, ont été
injustement emprisonnées dans le monde. Nous, les
Anglais et les Américains, avons ouvertement et volontairement
permis aux Irakiens de subir ce qu’il y avait de pire
dans cette farce délibérée que sont
les droits de l’homme revus par l’administration
Bush.
Avec le détricotage récent de la disposition
d’habeas corpus ad subiciendum de l’amendement
Graham-Levin apporté au Projet de loi concernant
les pouvoirs spéciaux accordés à l’armée
par le sénat américain, c’est une pierre
angulaire de la jurisprudence américaine qui a été
délitée. Aujourd’hui, même des
citoyens américains peuvent être emprisonnés
indéfiniment, sans accusation ni procès (…).
Toute personne cataloguée comme « combattant
ennemi » peut être jeté dans un cul de
basse fosse n’importe où, indéfiniment,
sans possibilité d’interjeter appel ni de faire
valoir son statut.
Le sénateur Lindsey Graham (républicain, Caroline
du Sud) a installé dans le monde entier un millier
de ténébreux endroits qui permettront à
Bush de lâcher la bride à ses surenchères
démentielles. Terminé, pour les simples citoyens,
l’équilibre du pouvoir des tribunaux tel qu’il
figure dans la Constitution américaine. C’est
une honte de faire une loi avec cela, mais le scandale intrigue
encore plus. Le vieux texte de l’habeas corpus est
aussi ancien que la Grande Charte, la Magna Carta. «
Il est trop fondamental, trop important, trop précieux
pour être récrit sur le dos d’une enveloppe,
puis appliqué, en quatre jours à peine, comme
un vulgaire amendement à un projet de loi concernant
une habilitation, puis revisé une fois encore à
la hâte. » Aucune séance de commission
n’a été tenue, aucun rapport de commission
n’a été présenté et, mieux
encore, aucun sénateur n’a même vu le
projet Graham-Levin avant qu’il ne soit soumis au
vote. Manifestement, c’est par le biais d’une
basse manoeuvre politique qu’ils se sont précipités
pour liquider les mérites admirables de la Constitution
américaine afin de violer sciemment l’égalité
dans la protection, l’équité des procédures
et autres droits de l’homme. L’amendement Graham-Levin
a fait de l’Amérique un ennemi formel des droits
de l’homme. Et pourtant Bush a le toupet de prétendre
que la nouvelle constitution irakienne a établi une
démocratie. En réalité, à l’instar
de ce que nous voyons aujourd’hui en Amérique,
les Irakiens vont être soumis à ce qu’on
peut appeler un « système juridique alternatif
».
Les médias traditionnels qui, nous le savons, sont
complices des manigances de l’administration Bush,
ont délibérément évité
de faire la lumière sur ces tripotages constititionnels
et sur les actions qu’ils ont entraînées
Tout cela est délibérément tenu dans
l’ombre, loin du peuple américain. Mais quand
cela concenre leur propre jardin, comme dans le cas du système
Rumsfeld-Poindexter de connaissance totale de l’information
qui aurait donné à la clique de Bush un contrôle
total sur tout et digne de « 1984 » d’Orwell,
les rédacteurs en chef du pays tout entier y sont
allés de leurs doléances. Et, par conséquent,
le projet a été gelé, puisque notre
notre journaliste qui monte la garde contre les sanctions
de l’État s’attend à la clémence
du fait qu’il parade au même pas que la marche
de mort de Bush.
En compagnie d’autres organisations, les Christian
Peacemaker Teams (CPT - Equipes des Pacifistes chrétiens)
ont fait savoir, le 1er novembre 2005, que les Irakiens
avaient besoin de notre aide pour mettre un terme à
la torture organisée par les forces irakiennes et
soutenue officiellement par Washington. Les CPT ont passé
presque deux ans à récolter des informations
sur les violences subies par les détenus irakiens
dans les prisons gérées par les Américains
en Irak. Ici, un rôle décisif est tenu par
les deux nouveaux groupes de commandos, les brigades Wolf
et Scorpion, qui rappellent les escadrons de la mort en
Amérique centrale, lesquels avaient été
organisés par le diplomate de carrière John
Negroponte, directeur des renseignements natioaux des États-Unis
et qui, du temps de l’administration Reagan, avait
couvert les violations des droits de l’homme commises
au Honduras par des agents entraînés et formés
par la CIA. Negroponte sait ce qu’il faut faire pour
obtenir la priorité, dans un nouveau territoire,
de liquider des innocents. C’est la vérité
banale de l’affreuse réalité de la Bête.
Les CPT ont reçu des comptes rendus de première
main de ce que la quasi-totalité du monde entier
sait déjà de la façon dont les États-Unis
gèrent les prisons en Irak : « La méthode
de torture rapportée par les survivants et les familles
comprend : séances de coups avec des câbles,
chocs électriques, électrocutions prolongées
(on a appris que deux hommes étaient morts cette
semaine à Bassora et tous deux présentaient
des preuves irréfutables d’électrocution
jusqu’à ce que mort s’ensuive), privation
de nourriture et de sommeil, coups sur la plante des pieds,
positions contraignantes et suspension au plafond. »
La torture est à tout le moins une pratique aussi
commune, dans la « guerre contre le terrorisme »
de Bush, qu’elle l’était durant l’Inquisition
espagnole. Les hérétiques étaient envoyés
au bûcher, roués vifs, suspendus à des
mâts. Le travail était forcé et l’aristocratie
religieuse crachait sur la moindre revendication en matière
de droits de l’homme. Frapper d’interdiction
les traitements cruels, inhabituels et inhumains avait ses
implications manifestes, comme il est dit dans la nouvelle
Constitution irakienne.
Je doute fort que de nombreux Américains aient pris
la peine de lire la version complète de la traduction
de la Constitution irakienne, bien qu’ils aient payé
des milliards de dollars et de nombreuses vies de concitoyens
pour qu’on l’applique. Peu sont conscients des
points faibles provisoires, des inconsistances et des manipulations
manifestes du langage, telle que la ségrégation
par régions de la clause des deux tiers des votes
qui permet à l’occupation de dicter le type
de « souveraineté » qu’elle désire
constituer dans ce berceau sacré de l’humanité.
Il n’y a pas de « une personne, une voix »
pour permettre aux Irakiens de choisir leur président.
Le contrat pour la démocratie en Irak est un document
aseptisé, destiné sans surprise à pervertir
toute sauvagarde des droits de l’homme à l’aide
de zones sombres sujettes à toutes sortes d’interprétations
favorisant l’apparition d’une monarchie plutôt
que celle d’une démocratie.
En outre, il est on ne peut plus évident que la présence
des troupes américaines viole les dispositions démocratiques
de la constitution récemment approuvée. Après
le 31 décembre 2005, lorsque le nouveau gouvernement
irakien entrera en fonction, il sera intéressant
d’examiner précisément comment Bush
prévoit d’orchestrer le contrôle et les
responsabilités sans violer les principes démocratiques
mêmes qu’il se vante d’avoir mis en place.
Jusqu’à présent, Bush a lamentablement
échoué dans son modèle de rôle
consistant à appliquer le règne de la loi.
C’est particulièrement évident dans
la Loi administrative de transition sortie par le Conseil
dirigeant irakien, par exemple, législation transitionnelle
dans laquelle figuraient plusieurs garanties des «
droits fondamentaux » des Irakiens, telle l’égalité
devant la loi (article 12). Où cela-t-il été
appliqué pour les dizaines de milliers de détenus
?
Aujourd’hui, le préambule, en s’adressant
aux Irakiens, dit ceci : « Fils de la Mésopotamie,
pays des prophètes, lieu de repos des saints imams,
des pères de la civilisation et des inventeurs de
l’alphabet, berceau de l’arithmétique
» ou encore « inspirés par l’injustice
contre les villes saintes (…) créer un nouvel
Irak, l’Irak du futur, sans sectarisme ni luttes raciales
ni régionalisme ni discrimination ni isolement ».
Le texte médiéval de l’habeas corpus
disait : « Vous prenez possession du corps devant
être soumis à un examen » et, bien qu’on
en trouve des traces dans l’_expression constitutionnelle
de l’Irak, il n’y a pas de clarification bien
précise à propos de la responsabilité
des actuelles infractions aux droits de l’homme sous
l’occupation américaine.
L’article 17 dit ceci : Toute personne a droit à
une vie privée personnelle tant qu’elle ne
viole pas les droits d’autrui ou la moralité
générale. 2° – Le caractère
sacré du foyer est protégé. On ne peut
ni y entrer, ni y fouiller, ni le violer, sauf par décision
judiciaire et conformément à la loi.
Une autre disposition, pour autant qu’elle soit appliquée
aux forces américaines, mettrait un terme aux opérations
de « bouclage et de recherche » dans les quartiers
urbains. Les Irakiens connaissent bien cette technique,
puisque leurs maisons sont visitées la nuit, que
leurs occupants sont rassemblés dans une seule pièce,
alors qu’ils sont toujours dans leurs vêtements
de nuit, et que les hommes sont fichés, voire même
emmenés avec les menottes aux poignets.
Article 19, 5° – L’accusé est innocent
tant que sa culpabilité n’a pas été
prouvée devant un tribunal légal et impartial.
L’accusé ne peut être jugé à
nouveau pour la même accusation après avoir
été acquitté, à moins que de
nouvelles preuves apparaissent. Cet « à moins
que de nouvelles preuves apparaissent » semble faire
l’effet d’un pléonasme puisque il n’y
a de toute façon pas de garantie de procès
loyal et rapide.
Sous l’article 12, on peut lire : Il n’y aura
pas de détention (arbitraire).
Le général Kimmitt a défendu les procédures
utilisées par les comandants américains en
Irak comme étant plus rigoureuses même que
ne l’exigeait la législation internationale.
« On a installé une commission d’examen
et on l’utilise bien plus fréquemment que ne
le requièrent les Conventions de Genève, et
cette commission examine le cas de la personne en question
», a-t-il dit. « Et, après un certain
temps, quand ces personnes semblent ne plus constituer une
menace pour la sécurité de la nation, on les
relâche. » Manifestement, cette commission rassemblant
trois personnes ne faisait pas son boulot, s’il faut
en croire le rapport du général divisionnaire
John Ryder (2004), rapport dans lequel on peut lire que
des Irakiens avaient été détenus plusieurs
mois pour des motifs aussi futiles qu’avoir exprimé
« du déplaisir ou de la mauvaise volonté
» à l’égard des troupes américaines.
Des centaines de prisonniers ont été enfermés
à Abou Ghraïb, « malgré un manque
de preuves qu’ils constituaient une menace sécuritaire
pour les forces américaines ».
Article 21 : Nul Irakien ne sera remis à des institutions
ou autorités étrangères.
Au cours des quatre années écoulées,
la CIA a installé un réseau de prisons secrètes
dans huit pays, dont la Thaïlande, l’Afghanistan
et plusieurs démocraties de l’Europe de l’Est
ainsi que dans d’anciens complexes soviétiques
abandonnés. Connus sous le nom de « sites noirs
», pour utiliser le jargon de la Maison-Blanche, leur
existence et leur situation ne sont connues que d’une
poignée d’officiels américains, y compris
le président et quelques officiers supérieurs
des renseignements de chaque pays d’accueil, rapporte
le Washington Post. À propos des questions de sécurité
nationale, la CIA et la Maison-Blanche ont dissuadé
le Congrès de témoigner ouvertement sur les
détenus et leurs conditions de détention.
La seconde partie de la constitution déclare textuellement
que la torture ne pourra être tolérée.
Article 35 : 1° (a) La liberté et la dignité
d’une personne sont protégées. (b) Personne
ne sera détenu ni interrogé sauf sous décision
juridique. (c) Toutes formes de torture, mentale ou physique,
et de traitement inhumain, sont interdites. Aucun aveu obtenu
par la contrainte ou par des menaces de torture ne sera
reconnu et la partie lésée peut réclamer
des dommages pour toute atteinte physique ou mentale qu’elle
s’est vu infliger. 2° L’État est
chargé de protéger l’individu de toute
forme de coercition sur le plan de la pensée, de
la religion ou de la politique, et personne ne peut être
emprisonné en fonction de tels motifs.
Article 44 : Tous les individus ont le droit de bénéficier
des droits reconnus dans les accords et traités internationaux
concernant les droits de l’homme et reconnus par l’Irak,
pour autant que ces droits ne contreviennent pas aux principes
et règles de la présente constitution.
La publication conservatrice espagnole La Razon (16 décembre)
écrivait ceci : « Il est alarmant de voir que
la crainte apparue au lendemain du 11 septembre dans la
plus puissante des nations a aveuglé ses dirigeants
au point qu’ils considéreraient comme fondé
un crime de l’État et comme légale l’exécution,
sans jugement préalable, de personnes accusées
de terrorisme par un service sécuritaire pourtant
discrédité… »
Du 24 au 28 octobre 2005, une petite centaine de communautés
dans le monde ont actionné une cloche une fois par
minute et un millier de fois d’affilée, pour
symboliser les plus de 100.000 civils irakiens tués
depuis l’invasion américaine de mars 2003.
L’action a été lancée par les
Voices for Creative Nonviolence (Voix pour la non-violence
créatrice). Cette cérémonie des 100.000
coups de cloche s’appuyait sur l’estimation
du chiffre des morts telle que publiée par le journal
médical britannique, The Lancet, et remontant déjà
à plus d’un an. Le but de cette cérémonie
est d’attirer l’attention sur la gravité
de l’impact des États-Unis sur la population
irakienne.
*
« Décrivez-moi tel que je suis », disait
Cromwell, « mon âme abhorre tout ce qui est
moins que la vérité. » Dans le long
défilé de l’histoire telle qu’elle
a été enregistrée, il y a certains
moments qui, plus souvent qu’on ne pense, sont éponymes
de certains personnages, grands ou ignobles. Les historiens
discutent et le révisionnisme s’est mué
en une sorte d’artisanat. Winston Churchill estimait
que la vérité était si précieuse
qu’il convenait d’instaurer un garde-fou contre
le mensonge. Des mensonges protégeaient la vérité
de Nixon, c’était le subterfuge de la politique
qui entretenait le mépris tout en sacrifiant la souveraineté.
La réalité de la genèse de l’invasion
de l’Irak par Bush repose malheureusement sur des
mensonges, davantage encore que l’effet cumulatif
de ses prédécesseurs à la présidence
qui a fini par faire dérailler complètement
le gouvernement constitutionnel.
Ce passage pseudo-biblique cité par George Bush :
« Nous avons escaladé la puissantre montagne.
J’ai vu la vallée au fond et c’est une
vallée de paix » pue l’absence totale
de crédibilité qui l’a amené
à usurper son pouvoir. À coup sûr, il
ne pensait certes pas à la vallée du Tigre
ou de l’Euphrate. Il est on ne peut plus évident
que les événements très bien documentés
qui ont fait l’objet d’enquêtes et de
recherches intenses et que sont les trahisons de l’administration
Bush, gravitent en direction de cette masse critique de
matériel solide telle que la fondation, la source
solide, la source première, en concurrence avec la
crasse et la fange lancées à partir du Bureau
ovale sur ses « ennemis » supposés, masse
critique qui participe de la même paranoïa infernale
qui s’était installée chez Nixon.
Et, à l’instar de Nixon, Bush confond ses objectifs
politiques avec la sécurité de la nation.
La tragédie de Bush, c’est qu’il a lâché
l’orgueil démesuré de la Bête
à l’intérieur de son pays même,
sur l’Irak et sur la destinée de la planète
tout entière. Ses proches, ses mignons, en quelque
sorte, qui ont tenté en vain de le protéger
contre lui-même, connaissent l’atmosphère
trompeuse, surréelle qui plane sur la Maison-Blanche.
Toute critique constructive de la qualité de chef
d’État chez Bush est condamnée d’avance,
puisque l’honnêteté est considérée
comme une faiblesse. En lieu et place, on instaure un service
en béton, comme dans le terrorisme, afin de protéger
l’administration Bush. Et, comme effet, on assiste
à une corrosion de la démocratie.
La fragilité, le sentiment, la gentillesse, la confiance,
voilà des critères tout juste bons pour les
fous, s’il faut en croire les républicains.
Tout homme politique sait que les modestes talents que Dieu
lui a donnés constituent la seule voie morale vers
le pouvoir. Et il en va de même pour les politiciens
corrompus qui, confrontés au risque de voir leurs
mensonges démasqués, surenchérissent
dans le mensonge, produisent de nouveaux mensonges destinés
à transformer leurs « ennemis » en cendres,
des mensonges tortueux, pleins d’imagination sur le
fait qu’ils n’avaient jamais menti le moins
du monde au début et, après cela, ils se mettent
à dégoiser des flots d’homélies,
se drapent eux-mêmes dans la vérité,
la justice et la façon de voir des Américains
alors qu’en permanence, dans les sombres ruelles latérales,
ils poignardent lâchement la justice dans le dos.
Nous ne pouvons excuser une conduite illégale sur
base de ce que d’autres pourraient faire pire, soit
dans notre propre pays, soit à l’étranger.
La démocratie américaine est composée
d’individus et le seul contrat contraignant dont nous
disposons n’est autre que la protection de la règle
de la loi, l’habeas corpus. Pas même le président
ne peut volontairement violer les droits de l’homme
quand il revendique la victoire en Irak, parce que cela
sonnerait creux. Nous ne pouvons manquer de sanctionner
ceux qui, au sein du gouvernement, abusent de leur pouvoir
et font obstruction à la justice. Si nous ne le faisions
pas, nous ferions du crime notre legs.
George W. Bush, le riche petit gars de l’Ivy League
qui n’avait pas de talent naturel pour la politique,
avec les élites du pétrole texan qui l’orientaient
dans sa passion pour l’introversion, est dénué
de la moindre sophistication académique, il est soupçonneux
sur le plan social, haché et hésitant dans
son discours, incompétent pour le débat politique
et la diplomatie, il ne brille que par ses tentatives dissimulatrices
et traîtresses, une audace vulgaire à vouloir
se faire passer pour une victime de l’establishment
libéral, ou encore ses échecs dans ses rapports
avec ses subordonnés. Ce même Bush a compris
en un instant ses attaches naturelles avec le gouvernement
et le souci commun d’un profit politique grandiose.
Par conséquent, Bush a violé la règle
incontournable de la politique : Ne libérez pas la
Bête. En fin de compte, le quarante-troisième
président des États-Unis se sera frappé
lui-même d’empêchement tout simplement
en raison d’une absence de transparence crédible
et de sens de la responsabilité administrative, et
ce, dès le début de son règne, pour
avoir supprimé l’habeas corpus par simple obsession
de la torture.
Les USA recourent à la torture
depuis des décennies. La seule nouveauté,
à ce propos, c’est qu’elle se pratique
désormais au vu et au su de tout le monde. En ignorant
les abus passés, les opposants à la torture
courent le risque de la voir retourner dans l’ombre
au lieu d’être abolie.
par Naomi Klein, The Guardian, 10 décembre 2005.
Original :
http://www.guardian.co.uk/usa/story/0,12271,1664174,00.html.
une version de cet article est parue dans The Nation : http://www.thenation.com/.
Traduit de l’anglais par Jean Marie Flémal.
Il y a eu le « Mission accomplie » du second
mandat de George Bush et, en même temps, le fait qu’une
déclaration de cette importance requérait
d’être prononcée dans un endroit passablement
symbolique. Mais quelle est la toile de fond précise
de son affirmation disant « Nous ne pratiquons pas
la torture » ? Avec son sens caractéristique
de l’audace, l’équipe de Bush s’était
installée dans les faubourgs de Panama City.
Audacieux, ce l’était, certes. À une
heure et demie de route de l’endroit où se
trouvait Bush, l’armée américaine a
dirigé la tristement célèbre Ecole
des Amériques (SOA) entre 1946 et 1984, une sinistre
institution de formation dont la devise, pour autant qu’elle
en ait eu une, aurait été à coup sûr
: « Nous pratiquons la torture ». C’est
ici précisément, à Panama, et, plus
tard, sur le nouveau site de l’école, à
Fort Benning, en Géorgie, que l’on peut retrouver
les racines des actuels scandales de la torture.
Selon les manuels de formation aujourd’hui déclassifiés,
les étudiants de la SOA – des officiers de
l’armée et des policiers de tout l’hémisphère
– étaient formés dans des « techniques
coercitives d’interrogatoire » très similaires
à celles qui ont été pratiquées
depuis à Guantánamo Bay ou Abou Ghraïb
: très tôt le matin, on sort le « sujet
» de sa cellule afin de maximaliser le choc, on lui
couvre aussitôt la tête pour l’empêcher
de voir, on l’oblige à se dévêtir,
on le prive de toutes ses perceptions sensorielles, à
moins qu’au contraire, on ne les exacerbe, on «
manipule » son sommeil, sa nourriture, on l’humilie,
ou le soumet à des écarts extrêmes de
température, on le confine dans l’isolement,
on lui fait adopter des positions contraignantes –
et j’en passe, et de bien pires. En 1996, la Commission
de contrôle des renseignements du président
Clinton avait admis que les manuels de formation desUSA
toléraient « l’exécution de guérilleros,
l’extorsion de renseignements, les sévices
physiques, la coercition et les faux emprisonnements ».
Certains « diplômés » de l’école
de Panama ont par la suite commis les pires crimes de guerre
du demi-siècle écoulé sur le continent
: les assassinats de l’archevêque Oscar Romero
et de six religieux jésuites au Salvador, l’enlèvement
systématique des bébés des prisonniers
argentins « disparus », le massacre de 900 civils
à El Mozote au Salvador et une série de coups
d’État militaires trop nombreux pour être
énumérés ici.
Pourtant, en assurant la couverture de l’annonce de
Bush, pas un des médias traditionnels n’a fait
mention de l’histoire sordide de cet endroit. Mais
comment auraient-ils pu le faire ? Il aurait fallu pour
cela quelque chose qui faisait totalement défaut
au sein du débat : admettre que le recours à
la torture par les fonctionnaires américains faisait
partie intégrante de la politique étrangère
américaine et ce, depuis la guerre du Vietnam.
Il s’agit d’une histoire excessivement documentée
dans une avalanche d’ouvrages, de documents déclassifiés,
de manuels de formation de la CIA, de comptes-rendus de
tribunaux et de commissions de recherche de la vérité.
Dans son ouvrage actuellement sous presse, « A Question
of Torture », Alfred McCoy synthétise toutes
ces preuves et produit un compte-rendu fascinant de la façon
dont de monstrueuses expériences financées
dans les années 50 par la CIA sur des patients en
psychiatrie et des prisonniers se sont muées en un
prototype de ce qu’il appelle la « torture sans
contact physique », reposant sur la privation sensorielle
et la douleur auto-infligée. McCoy a retrouvé
comment ces méthodes avaient été testées
in situ par des agents de la CIA au Vietnam, dans le cadre
du programme Phoenix, puis importées en Amérique
latine et en Asie dans le cadre en apparence anodin des
formations destinées à la police.
Les défenseurs de la torture ne sont pas les seuls
à ignorer cette histoire quand ils rejettent les
sévices commis sur « quelques pommes pourries
». Un nombre étonnant d’opposants bien
connus ne cessent de nous dire que la première fois
que des fonctionnaires américains ont eu l’idée
de torturer des prisonniers remonte au 11 septembre 2001,
date à laquelle, apparemment, les méthodes
utilisées à Guantánamo seraient apparues
et auraient pleinement mûri ensuite dans les replis
sadiques des cerveaux de Dick Cheney et de Donald Rumsfeld.
Jusqu’alors, nous dit-on, l’Amérique
combattait ses ennemis sans se départir le moins
du monde de sa profonde humanité.
Le principal propagateur de cette histoire (que Garry Wills
a qualifiée d’« état de non-péché
originel ») n’est autre que le sénateur
John McCain. Faisant état dans Newsweek de la nécessité
de bannir la torture, McCain dit que lorsqu’il était
prisonnier de guerre à Hanoi, il s’était
cramponné à la conscience « de ce que
nous étions différents de nos ennemis (…)
de ce que, en cas d’inversion des rôles, nous
ne nous déshonorerions pas à commettre ou
à approuver de tels sévices sur eux ».
Il s’agit d’une distorsion historique à
tout le moins sidérante. À l’époque
où McCain avait été fait prisonnier,
la CIA avait lancé le programme Phoenix et, comme
l’écrit McCoy, « ses agents géraient
40 centres d’interrogatoires au Sud-Vietnam, lesquels
tuèrent plus de 20.000 suspects et en torturèrent
des dizaines de milliers d’autres ».
Cela ne réduirait-il pas en quelque sorte les horreurs
d’aujourd’hui que d’admettre que ce n’est
pas la première fois que le gouvernement américain
a eu recours à la torture, qu’il a déjà
géré des prisons secrètes auparavant,
qu’il a activement soutenu des régimes qui
tentaient de supprimer la gauche en larguant des étudiants
par avion ? Que, plus près de chez nous, on a mis
dans le commerce et vendu des photographies de lynchages
comme trophées et avertissements ? Beaucoup le pensent,
dirait-on. Le 8 novembre, un membre du Congrès, le
démocrate Jim McDermott a proclamé de façon
très étonnante face à la Chambre des
Représentants que « jamais, jusqu’à
présent, l’Amérique n’avait eu
de problème avec son intégrité morale
».
D’autres cultures abordent leur héritage de
la torture en déclarant « Plus jamais ça
! » Pourquoi tant d’Américains insistent-ils
à aborder l’actuelle crise de la torture en
s’écriant également « Plus jamais
ça ! » Je suppose que cela provient d’un
désir sincère d’évoquer la réelle
gravité des crimes de l’actuelle administration.
Et l’adoption par celle-ci de la torture, au vu et
au su de tout le monde, est en effet un fait sans précédent.
Mais soyons bien clairs à propos de ce fait sans
précédent : il ne s’agit pas de la torture,
mais bien du fait qu’elle est pratiquée au
vu et au su de tous. Les administrations précédentes
gardaient sous le manteau leurs « opérations
noires », les crimes étaient punis mais ils
étaient commis dans l’ombre, désavoués
officiellement et condamnés. L’administration
Bush a rompu ce contrat : au lendemain du 11 septembre,
elle a requis le droit de torturer sans honte, un droit
qu’elle a légitimé par de nouvelles
définitions, de nouvelles lois.
Malgré tous les discours sur la torture pratiquée
dans les autres pays, la véritable innovation a été
son introduction dans le nôtre, avec des prisonniers
qui ont subi des sévices de la part de citoyens américains,
dans des prisons gérées par lesUSA, ou encore
qui ont été transférés dans
des pays tiers par des avions américains. C’est
cet abandon de l’étiquette de la clandestinité
dans la communauté constituée par l’armée
et les services de renseignement qui indigne tant les gens
: Bush a privé tout le monde de toute forme plausible
de dénégation. Ce changement revêt une
énorme signification. Quand la torture est pratiquée
en secret mais qu’elle est officiellement et légalement
récusée, il existe toujours un espoir que
si des atrocités se font jour, la justice puisse
quand même prévaloir. Lorsque la torture est
pseudo-légale et que ceux qui en sont les responsables
nient qu’il s’agisse de torture, ce qui meurt,
c’est ce qu’Hannah Arendt a appelé «
la personne juridique dans l’être humain ».
Bientôt, les victimes ne se soucient plus d’obtenir
justice, tant elles sont certaines de la futilité
et du danger de cette quête. C’est le large
reflet de ce qui se passe à l’intérieur
de la chambre de torture lorsque l’on notifie aux
prisonniers qu’ils peuvent hurler tant qu’ils
veulent : personne ne les entendra et personne ne viendra
les délivrer.
La terrible ironie du caractère anti-historique du
débat sur la torture réside dans le fait qu’au
nom de la volonté d’éradiquer les sévices
futurs, on efface des archives les crimes du passé.
Puisque lesUSA n’ont jamais eu de commissions de recherche
de la vérité, la mémoire de leur complicité
dans des crimes lointains a toujours été fragile.
Aujourd’hui, ces souvenirs s’estompent encore
plus et les disparus disparaissent à nouveau.
Cette amnésie qui tombe à point fait du tort
non seulement aux victimes mais également à
la cause de ceux qui tentent de supprimer une fois pour
toutes la torture de l’arsenal de la politique américaine.
Il y a déjà des signes que l’administration
va affronter tout ce tintouin en retournant à une
forme plausible de désaveu. L’amendement McCain
protège tout « individu en détention
ou sous contrôle physique du gouvernement des USA
». Il ne dit pas un mot des entraînements à
la torture ni de l’achat d’informations auprès
de l’industrie de plus en plus florissante des interrogateurs
travaillant pour le profit.
Et, en Irak, le sale boulot a déjà été
refilé aux escadrons de la mort irakiens, entraînés
par les USA et supervisés par des commandants comme
Jim Steele, l’homme qui s’est préparé
à ce boulot en mettant sur pied des unités
similaires au Salvador. Le rôle des USA dans l’entraînement
et le contrôle du ministère de l’Intérieur
irakien a été oublié, en outre, lorsqu’on
a découvert, très récemment, 173 prisonniers
dans les cachots de ce même ministère : certains
avaient été si atrocement torturés
que leur peau se détachait complètement de
leurs chairs. « Voyez, c’est un État
souverain. Le gouvernement irakien existe », a déclaré
Rumsfeld. Il rappelait étonnamment William Colby,
de la CIA, qui, lorsqu’une commission du Congrès
lui avait demandé des comptes sur les milliers de
personnes tuées dans le programme Phoenix –
que lui-même, Colby, avait contribué à
lancer –, avait répondu qu’il s’agissait
désormais d’un « programme à cent
pour cent vietnamien ».
Comme l’écrit McCoy, « si vous ne comprenez
pas l’histoire ni les profondeurs de la complicité
institutionnelle et publique, vous ne pouvez nullement envisager
d’entreprendre des réformes ayant le moindre
sens ». Les législateurs répondront
à la pression en éliminant une pièce
minuscule de l’appareil de la torture : en fermant
une prison, en clôturant un programme, voire en réclamant
la démission d’une pomme vraiment pourrie comme
Rumsfeld. Mais McCoy vous prévient : « Ils
préserveront la prérogative de la torture.
»
Soupçons renforcés
sur les enlèvements de la CIA
Terrorisme. Les soupçons se renforcent sur l'enlèvement
et la détention par la CIA de suspects islamistes
en Europe, hors de tout contrôle judiciaire, selon
une enquête du Conseil de l'Europe dont le rapporteur
a appelé hier les gouvernements à s'engager
«dans la recherche de la vérité».
«Les éléments récoltés
jusqu'à aujourd'hui permettent de renforcer la
crédibilité des allégations concernant
le transport et la détention temporaire de personnes
détenues, en dehors de toute procédure judiciaire,
dans des pays européens», a affirmé
ce rapporteur, le parlementaire suisse Dick Marty. Chargé
d'enquêter sur les «allégations»
visant la CIA, Dick Marty a fait un point sur ses recherches
lors d'une réunion à Paris d'une Commission
de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe,
qui regroupe 46 Etats membres. M. Marty explique avoir
adressé des demandes écrites à deux
pays membres, la Pologne et la Roumanie, qui auraient
abrité des centres de détention secrets
de la CIA, ainsi qu'aux Etats-Unis. «Des procédures
judiciaires en cours dans certains pays semblent montrer
que des personnes ont été enlevées
et transportées dans d'autres pays sans respecter
aucune norme d'assistance judiciaire», a affirmé
M. Marty. «Force est de constater que les allégations
n'ont jamais été formellement démenties
par les Etats-Unis», a-t-il ajouté.
Source : Le Figaro, 14 décembre 2005
Une nouvelle directive du Pentagone interdit la torture
lors des interrogatoires, ³sauf autorisation expresse
écrite²
Pour mieux encadrer les interrogatoires de prisonniers
par les soldats américains, le Pentagone a adopté
une nouvelle directive interdisant la torture physique
ou mentale. Cependant, des "exceptions" à
cette directive peuvent être décidées
par le secrétaire d'Etat à la défense
américain, Donald Rumsfeld.
Signée du secrétaire adjoint à la
défense Gordon Englander et datée du 5 novembre,
la directive s'applique à tous les personnels militaires
comme les contractants civils appelés à
interroger des prisonniers sous contrôle de l'armée.
"Tous les prisonniers devront être traités
humainement et les interrogatoires ou toute technique
visant à obtenir d'eux des informations devront
être menés de manière humaine, en
accord avec la loi", y compris celle en temps de
guerre, ajoute la directive, qui insiste sur l'interdiction
des "actes de torture physique et mentale".
Evoquant un "traitement humain" des prisonniers,
cette directive laisse cependant en suspens la définition
du terme "humain". Elle devrait être précisée
dans une future directive qui fait toujours l'objet de
discussions au sein du gouvernement.
En outre, cette directive contient une clause échappatoire,
autorisant le secrétaire à la défense
ou son adjoint à autoriser des exceptions. "Les
interrogatoires du renseignement seront menés en
conformité aux lois pertinentes, à cette
directive et aux règlements d'application (...),
sauf autorisation expresse écrite du secrétaire
à la défense ou du secrétaire adjoint
à la défense", précise cette
clause. Un porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman, a
affirmé que cette clause n'avait rien d'exceptionnel,
le secrétaire à la défense ayant
toujours la possibilité de changer ou de modifier
les règlements qu'il prend.
JUSQU'AU BORD DE LA NOYADE
Le contenu de la directive fait écho à
la controverse qui a éclaté, entre la Maison
Blanche et les parlementaires, au Congrès, sur
un amendement ajouté au budget du Pentagone interdisant
les traitements "cruels, inhumains et dégradants
des prisonniers détenus par le gouvernement américain".
Selon les médias, le vice-président Dick
Cheney serait intervenu directement auprès du sénateur
républicain John McCain le parrain de cet
amendement pour que son texte exempte les services
de renseignement de cette interdiction.
La Maison Blanche a démenti, mardi 13 décembre,
vouloir donner aux agents de la CIA le droit de torturer,
mais le président Bush n'en a pas moins menacé
d'opposer son veto au projet de loi budgétaire
contenant l'amendement McCain, qui a été
approuvé à la quasi-unanimité par
le Sénat.
Mardi, le New York Times a révélé
le contenu d'un document confidentiel rédigé
l'an dernier par l'inspecteur général de
la CIA, John Helgerson, qui avertissait que certaines
des méthodes d'interrogatoires pratiquées
par les agents de la centrale de renseignement américaine
depuis les attentats du 11-Septembre pouvaient constituer
des violations aux conventions internationales sur l'interdiction
de la torture. Le rapport Helgerson énumérait
dix méthodes approuvées au début
de 2002 pour les interrogatoires de suspects de terrorisme,
y compris celle consistant à maintenir un détenu
la tête sous l'eau jusqu'au bord de la noyade.
L'inspecteur général, selon le New York
Times, n'était pas allé jusqu'à affirmer
que ces méthodes constituaient des tortures mais
simplement qu'elles apparaissaient, aux termes de la convention,
comme des traitements cruels inhumains et dégradants.
Le débat public a été aussi alimenté
par le Washington Post, qui a révélé
récemment que la CIA contrôlait des prisons
secrètes en divers endroits du monde. La CIA a
demandé au département de la justice d'enquêter
sur ces fuites.
Les dirigeants républicains du Congrès ont
aussi demandé aux commissions du renseignement
des deux chambres de faire de même. Mais certains
parlementaires dont des républicains
ont fait valoir que les enquêtes devraient plutôt
porter sur l'existence de ces prisons.
Source : Le Monde avec AFP, 14 décembre 2005
Mon mari est devant le portail
de Guantanamo. Pourquoi je le soutiens
par Jessica Stewart, 12 décembre
2005. Original : http://boston.indymedia.org/newswire/display/47172/index.php
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier
Jessica Stewart et son mari, Danny Burns, vivent à
Ithaca, New York, dans une communauté de Travailleurs
Catholiques. Ils sont les parents de deux jeunes enfants.
Pour lire plus d'informations au sujet de la marche de
protestation et pour signer une lettre de soutien, consultez
le site http://www.witnesstorture.org. Pour écrire
à Jessica Stewart, voici son adresse e-mail : js6076@msn.com
Trente-cinq citoyens américains, de dénomination
Témoins Contre la Torture, sont en train de manifester,
de jeûner et de prier devant le portail du centre
de détention américain de Guantanamo Bay.
Depuis cinq jours, ils ont traversé Cuba à
pied pour venir devant la prison. L'un d'entre eux est
mon époux, Danny Burns.
Nous avons deux enfants. Finian a trois ans, et Francis
a sept mois. Danny est à Guantanamo, en partie,
pour notre famille. Ce que notre gouvernement est en train
de faire, à Guantanamo, crée un monde sans
sécurité pour nos enfants. Notre gouvernement
est en train de procéder à une escalade
mondiale de la violence, qui rend inévitable l'aggravation
du terrorisme. Je sais bien que Danny risque des représailles
du gouvernement américain en manifestant contre
les agissements illégaux de notre gouvernement
à Guantanamo. Danny et trois autres personnes de
notre commune, Clare Grady, Teresa Grady eet Peter Demott,
attendent la sentence d'un tribunal fédéral,
en janvier, pour les actions qu'ils ont menées,
le jour de la St Patrick, en 2002, afin d'empêcher
la guerre contre l'Irak. Malgré cette menace suspendue
sur leur tête, Danny, Clare et Teresa ont décidé
de manifester devant le portail de Guantanamo. Le gouvernement
fédéral (américain) veut envoyer
le message que les dissidents seront châtiés.
Quant à nous, nous renvoyons un message au gouvernement
américain : nous défendrons la justice,
toujours et encore, jusqu'à ce que notre pays respecte
le droit international, la justice et les droits universels
de l'Homme.
Danny et moi, nous pensons que les agissements de notre
gouvernement, à Guantanamo, sont entachés
d'un mépris pour le droit international. Notre
gouvernement a ignoré délibérément
la Charte de l'ONU, la Déclaration universelle
des Droits de l'Homme, les Conventions de Genève,
les Principes de Nuremberg et les Conventions contre la
torture. Ce mépris n'est pas seulement à
déplorer à Guantanamo, il a prévalu
dans l'ensemble de la « guerre au terrorisme »,
de la guerre contre l'Irak et dans beaucoup des secteurs
de notre politique mondiale et intérieure. Quand
le gouvernement le plus puissant au monde décide
de violer délibérément le droit international,
plutôt que de le respecter et de servir le bien
commun et de promouvoir la justice, c'est la loi de la
jungle qui gouverne le monde.
Danny et moi, nous sommes convaincus que nous ne pouvons
nous contenter de rester sans rien faire, si ce n'est
geindre. Le droit international nous enseigne que nous
sommes responsables de ce que notre pays est en train
de fabriquer. Le Juge Roling, du Tribunal des Crimes de
Guerre de Tokyo, a écrit : « Le principe
de Nuremberg le plus important, c'est que les individus
ont des devoirs qui transcendent les obligations nationales
d' obéissance imposée par l'Etat-nation.
Ceci signifie que, dans certains cas, les individus sont
requis de substituer leur propre interprétation
[des obligations internationales] à celle qu'en
donne leur Etat. » Ce Juge poursuivait en ces termes
: « Le monde doit (pouvoir) compter sur ces individus
capables de s'opposer aux ordres criminels de (leur) gouvernement.
» C'est ce que nous nous efforçons de faire.
Dans notre tradition religieuse, nous sommes appelés
à rendre visite aux prisonniers. Des hommes et
des jeunes garçons sont détenus au Camp
Delta, à Guantanamo [sur l'île de Cuba, NDT],
depuis octobre 2001. Ils sont retenus sans qu'aucune charge
ne pèse sur eux. On leur a refusé toute
assistance d' un avocat. Il est largement fait état
de tortures et de mauvais traitements. Les prisonniers
ne savent pas s'ils seront jugés un jour, ni quand,
ou libérés ? En visitant ce camp de prisonniers,
Danny et ses camarades peuvent faire comprendre à
ces prisonniers qu'ils ne sont pas totalement oubliés
du monde.
En ce moment, je pense aux mères de ceux qui
sont emprisonnés là. Quels seraient mes
sentiments, si mes fils se trouvaient parmi ces jeunes
garçons retenus dans le camp ? Si des jeunes gens,
en Irak, en Palestine, en Afghanistan voient que les Américains
détournent la tête afin de ne pas voir les
souffrances de leur peuple soumis à occupation
et à des détentions illégales, il
y a de fortes chances qu'ils tombent dans le désespoir
et qu' ils voient dans les attentats suicides et d'autres
actions violentes leur seul recours.
Danny et moi, nous aspirons à un monde de paix,
basé sur la justice, pour nos enfants. L'abondance,
la compassion et l'amour devraient être la règle,
et non l'exception. Nous voulons que notre monde s'améliore,
et non qu'il se détériore, car c'est dans
ce monde que nos enfants vont grandir. Dans un siècle,
nous voulons que nos petits-enfants puissent examiner
ce que nous avons fait, et être convaincus que nous
nous sommes efforcés d'agir avec intégrité
et pour le bien de l'humanité. C'est pour ça
que mon mari, Danny Burns, manifeste devant le portail
du camp de détention de Guantanamo, et c'est pour
ça que je le soutiens.
Les "Belges entre guillemets"
exigent une sanction exemplaire contre Madame Lizin
par le Parti des Jeunes Musulmans, Bruxelles,
11 décembre 2005. source : http://www.mvjm.be
"... Nous allons aller voir (...) quelles sont les
procédures appliquées aujourd'hui à
ceux qui y restent [à Guantanamo] puisque à
l'évidence un certain nombre de ces prisonniers
ont été restitués. Nous avons les
deux Belges entre guillemets qui étaient dans ce
cadre et qui n'étaient pas des enfants de ch¦ur..."
VERBATIM: http://www.mvjm.be/dossiers/SOCIETE/extraits_LIZIN_JT_RTBF_091205.html
et
http://skynet.rtbf.be/index.html?page=reportages&pq=medium&pj=5902&pr=31969¶g=rep31969
Ce sont là les paroles du troisième plus
haut personnage de l'État, Anne-Marie Lizin (PS),
la présidente du Sénat, prononcées
au journal télévisé de 19h30 de la
RTBF, ce vendredi 9 décembre 2005, en réponse
au "précieux sésame américain"
qui l'autorise, en tant que "représentante
spéciale à Guantanamo" de l'assemblée
parlementaire de l'OSCE (Organisation pour la sécurité
et la coopération en Europe), à visiter
"le célèbre centre de détention"
de Guantanamo (paroles de la présentatrice, cette
fois, qui semble croire, et en fait, on n'en est pas si
loin, que la Lizin a gagné au loto des mascarades
humanitaires un séjour touristique qui exclut tout
contact avec les détenus, actuellement plus de
400 "combattants non privilégiés"
(unprivileged belligerent) parqués là sans
aucune espèce de droit ni d'humanité.
Qui s'étonnera de ce que cette "cheffe de
file des islamophobes belges"(1) qui laissait entendre,
le 24 février 2005, que "l'argumentaire juridique
américain est tout à fait tenable"
(2) (mais qui dit présentement qu'elle va "aller
voir quelles sont les procédures appliquées
aujourd'hui à ceux qui y restent", à
Guantanamo) stigmatise publiquement, à l'évocation
de ces deux jeunes gens retenus sans la moindre légalité,
et que l'on croyait Belges jusqu'ici, l'ensemble de cette
composante nationale comme étant des "Belges
entre guillemets" ?
Le PJM, et assurément la toute grande majorité
des "Belges" (à lire, donc, "Belges
entre guillemets") d'origine immigrée turque
et marocaine (les deux pays d'origine de ces jeunes garçons
détenus sans droits ni lois) dénoncent avec
virulence cette nauséeuse bavure langagière
à caractère outrancièrement raciste
(ce n'est pas la première) que cette misérable
personne, au mépris des charges qu'elle est censée
assumer (là, non plus, elle n'en est pas à
sa première incartade), s'est permise de proférer.
Le camouflet est trop énorme que pour ne pas lui
être rendu. Ne pourrait-on la mettre, elle, une
bonne fois pour toutes, entre guillemets, la dame Lizin,
la faire chuter définitivement de ce perchoir qu'elle
occupe, pour la plus grande honte du Sénat et du
parti qu'elle ridiculise ?
Les Belges "d'origine immigrée", ces
Belges de seconde zone qui n'étaient certes pas
des Belges "à part entière" jusqu'à
ce jour, mais qui l'étaient quand même vaille
que vaille, en partie, dans des espaces mentaux et culturels
confinés, ne sont donc plus du tout des Belges
depuis que la Lizin les a mis entre guillemets ! Ce n'est
plus leur qualité de Belge qui fut mise en question,
par elle, devant des centaines et des centaines de milliers
de téléspectateurs. Ce n'est même
plus leur citoyenneté, toujours à conquérir,
qui leur fut déniée. Non. Depuis ce vendredi
9 décembre, ils ne sont même plus discriminés
: ils n'existent plus ! C'est Guantanamo qui est venu
à eux, Guantanamo bay intra muros, par la grâce
d'une Lizin convertie (mais il n'y avait pas à
cet effet grand-chose à modifier dans sa personne)
en maître matonne !
Mme Lizin, sous couvert d'humanitaire, se fait la représentante,
non pas de l'OSCE, mais des bourreaux qui oeuvrent dans
cet enfer off' shore, en sous-traitant chez elle (impossible
à présent de dire chez eux) ces racailles
qui sont restées trois ans, pour rien, entre leurs
mains, dans les mêmes conditions qu'ils ont connues
là-bas, de non-droits, de non-identité,
de non-nationalité, de non-humanité !
Car enfin, ces "Belges entre guillemets" désignent
forcément la communauté immigrée
tout entière (de référence musulmane,
bien évidemment) ! Rien ne justifierait que soient
désignés ainsi des jeunes gens authentiquement
belges, même coupables, même condamnés,
qui ne seraient évidemment pas plus qu'eux des
"enfants de ch¦ur" !
Ainsi, le MRAX et, dans la foulée, le PS, qui exigent
la levée de l'immunité parlementaire de
Filip Dewinter (VLAAMS BELANG) pour incitation à
la haine raciale parce qu'il a déclaré être
islamophobe (2), qui poussent ces mêmes "citoyens
entre guillemets" à intervenir auprès
des autorités marocaines pour qu'elles ne lui accordent
aucune entrevue (alors qu'il ne transporte qu'un message
que tous les gouvernements de l'Europe ne cessent de leur
adresser pour réguler et mater les candidats à
l'immigration), Mme Lizin s'en donne à c¦ur
joie !
Le PJM fustige cette cécité, ces dénonciations
orientées, répétitives et singulières
d'un racisme toujours estampillé du même
sceau. Quand donc la LDH, le MRAX, le CECLR (4), les partis
politiques traditionnels, PS en tête, le CAL, le
CCLJ (5) et toutes ces associations pleurnicheuses antiracistes
qui disent non à la haine de la façon la
plus hypocritement raciste qui soit, cette fois, se manifesteront-ils
contre les multiples déclarations islamophobes
de leurs propres mandataires "démocrates"
?
Que n'exigent-ils également la levée de
l'immunité parlementaire de Mme Lizin, avec la
circonstance aggravante qu'elle est un des personnages
de l'État les plus en vue, représentante
d'un parti de la majorité qui abrite une majorité
d'élus belges "entre guillemets" !
Et quand le PJM accuse ces associations, ces formations
politiques de ne pas dénoncer le mal, tout le mal,
le mal de tous, il reste encore très en deçà
de la vérité ! C'est de le partager sournoisement
qu'il devrait les inculper. C'est de le propager. C'est
de l'encourager.
Ainsi, vendredi passé, toujours. Des inféodés
PS d'origine marocaine, "belges guillemetés",
il va sans dire, insistent pour que des représentants
du PJM se joignent à eux pour manifester en faveur
de la libération des otages en Irak. De tous les
otages ? Que nenni ! Il s'agit d'un rassemblement de solidarité
avec deux fonctionnaires de l'ambassade du Maroc à
Bagdad, enlevés il y a quinze jours...
Les paroles de Mme Lizin peuvent abuser, celles de Mme
Onkelinx (PS) (qui prit la parole lors de ce rassemblement),
émouvoir. Mais les raisons qui auraient pu justifier
cet exclusivisme compassionnel ne nous furent jamais données
par les organisateurs, sauf celle-ci, qui décida
du refus du PJM de se joindre à eux : "Ce
sont des Marocains, cela ne vous suffit-il pas ?".
Notes :
(1) http://www.suffrage-universel.be,
23 février 2005 : "Une militante islamophobe
désignée "représentante spéciale
pour Guantánamo" !".
(2) http://www.dhnet.be/index.phtml?content=http://www.dhnet.be/dhinfos/article.phtml?id=133287
(3) A.-M- Lizin répondait dans sa conférence
de presse à une question de Mohammed Boukourna
(PS). Elle affirmait que la mission "ne cherche pas
un contact direct avec les prisonniers. Nous (ne) nous
intéressons à ce stade qu'aux aspects juridiques
des conditions de détention. Concernant le non-respect
de la 3e Convention de Vienne, l'argumentaire juridique
américain est tout à fait tenable ! Ils
font référence à la notion de combattants
non-privilégiés". (Rapporté
par Mehmet Koksal : http://fr.groups.yahoo.com/group/suffrage-universel/message/2570)
(4) Ligue des droits de l'Homme ; Mouvement contre le
racisme, l'antisémitisme et la xénophobie
; Centre pour l'égalité des chances et la
lutte contre le racisme.
(5) Centre d'action laïque ; Centre communautaire
laïc juif.
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