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La galaxie guantanamo |
Plus de 300 vols de la CIA vers l'Europe auraient eu lieu depuis 2001
"PRISONS SECRÈTES"
Plus de 430 vols secrets de la CIA en Allemagne, Berlin a la liste
"Il est tout à fait possible qu'il y ait eu des vols" de la CIA en France, selon le Quai d'Orsay
"ON ATTEND DES EXPLICATIONS"
Vols secrets de la CIA : escales en France, explications américaines attendues
MME RICE S'EXPLIQUERA EN EUROPE
ENQUÊTE EN BELGIQUE Mohammed, adolescent, innocent et détenu
L’espace que lui consacre le monde dit suffisamment, au fond, l’importance qu’on lui accorde et l’exemplarité qu’on lui prête. Le récit que vous lirez se suffit à lui-même, malgré ses blancs et sec chaos. L’itinéraire d’un môme de 14 ans que le hasard, à l’automne 2001, a placé au mauvais moment au mauvais endroit, et qui quatre années plus tard, n’a encore rien compris de ce qui lui a valu coups, humiliations, tortures, mise au secret et emprisonnement, à des milliers de kilomètres de sa famille, dans un camp dont le nom de quatre syllabes ressemblerait à une chanson s’il n’était devenu synonyme d’enfer et de goulag : Guantanamo. Il est des dizaines d’autres cas, bien sûr probablement aussi terribles, parfois aussi injustes. Celui-ci pourtant est différent. Parce que le jeune homme en question, d’origine tchadienne, était encore enfant lorsqu’il a découvert les grillages de sa prison du bout du monde, début 2002. Et qu’en dépit des démentis embrouillés des autorités américaines, au mépris de la législation internationale concernant les mineurs, il ait encore partie des plus jeunes captifs cachés derrière les murs de "Guantanamo la honte". Les journalistes n’étant pas autorisés à rencontrer les prisonniers, nous n’avons pu nous entretenir directement avec le garçon. C’est donc par l’intermédiaire de son avocat britannique, Mr Clive Stafford Smith, qui depuis un an, s’est rendu huit fois à Guantanamo, que nous avons reconstitué le récit de sa vie. Les notes qu’il a prises lors de chaque entretien avec son "client" ont été lues par la censure américaine et puis "déclassifiées". Il vient d’autre part de réussir, après plusieurs tentatives infructueuses à entrer en contact avec la famille du jeune homme, en Arabie Saoudite, et à obtenir son précieux "vrai" passeport ainsi qu’un acte de naissance prouvant sa qualité de mineur, au moment de sa déportation sur l’île de Cuba. Le jeune détenu ne parlait qu’arabe à son arrivée Guantanamo, il peut désormais s’exprimer en anglais. Il souffre de nombreux maux, porte maintes cicatrices, conséquences des sévices endurés pendant sa détention. Mais il est vif, ardent, intelligent, poli. Quand il dispose d’un crayon, il écrit des poèmes. Et il rêve, si les portes du pénitencier s’ouvrent un jour, de devenir un as de l’informatique. Il s’appelle Ali Hassan Mohammed Hamid El Gharani nous l’appellerons Mohammed et il est né en 1986 probablement en novembre à Djedda, en Arabie Saoudite. Sa famille étant originaire du Tchad, il n’a pas la nationalité saoudienne et n’a pas, de ce fait, eu accès aux écoles nationales, les Africains soufrant dans ce pays d’une très forte discrimination. Sa famille est très pauvre, son père le plus souvent sans emploi. Et le jeune Mohammed, qui a un frère et deux sœurs, s’est lancé dans les rues de Médine, dès l’age de 9 ans, afin de ramener à la maison un peut d’argent. Dans la ville sainte de l’islam, où se trouve enterré le prophète Mahomet, il n’est pas très difficile pour un enfant débrouillard de vendre chapelets, bagues, tapis de prière et autres souvenirs religieux. Mais le garçon est ambitieux et comprend vite que, sans une initiative de sa part, l’Arabie Saoudite n’offrira jamais aucun avenir décent à un jeune Noir. Fasciné par les ordinateurs, il se laisse convaincre par un ami de l’intérêt de partir au Pakistan apprendre l’anglais et se former, pendant quelques mois, à la réparation des appareils afin de revenir au souk ouvrir un petit atelier de dépannage. Il parvient à obtenir un passeport à l’ambassade du Tchad (en prétendant avoir plus de 18 ans afin de pouvoir se passer de ses parents ), ainsi qu’un vida de trois mois pour le Pakistan. Il ignore alors que ce faux passeport sera le premier élément d’une accusation de terrorisme. Karachi. Armé d’une seule adresse et de maigres économies, le voilà donc qui débarque à Karachi début septembre 2001, plein d’espoir. A peine quelques semaines plus tard, le 21 octobre, alors qu’il se trouve dans une mosquée de la ville, la police pakistanaise encercle l’édifice, fait sortir, mains en l’air, tous ses occupants et, après un bref passage au commissariat, les conduit en prison. Le cauchemar de Mohammed, âgé de 14 ans, commence tout juste. Il est attaché par les poignets et suspendu suffisamment haut pour que seule la pointe de ses orteils touche le sol. Tourné vers le mur, un sac sur la tête, vêtu uniquement de son slip, il est ainsi soumis, pendant une vingtaines de jours, à un flot de questions : D’où vient-il ? Où se cache Oussama Ben Laden ? Comment a-t-il travaillé avec les talibans ? Quand a-t-il fréquenté le camp d’El Farouk ? Que sait-il au juste d’Al Qaida ?… Rien Mohammed ne sait rien, ne comprend rien. Il est totalement effrayé et se contente de répéter qu’ayant toujours vécu en Arabie Saoudite, il ne sait même pas de quoi, de qui on lui parle. Il fait très froid, il ne peut pas dormir. A chaque mouvement, il est frappé à l’aide d’une tige métallique (son avocat a constaté les cicatrices ). Il se souvient aujourd’hui qu’on l’a fait boire beaucoup avant de nouer un élastique autour de son pénis pour l’empêcher d’uriner. "J’avais les yeux bandés mais ils me criaient dans les oreilles : "Dis-nous la vérité !" Cela a duré plus de trois heures et j’ai fini par uriner sur moi-même. Ce fut l’une des choses les plus humiliantes de ma vie. Un gardien parlant arabe semble compatir et insuffle à Mohammed un peu de courage en affirmant qu’il tenterait de prévenir sa famille, via Internet. Et en le prévenant : "Ce qu’ils veulent, c’est le vendre aux Américains pour 5000 dollars ! ". Peshawar. Mi- novembre, les prisonniers sont enchaînés les uns aux autres par les pieds et les poignets, et transportés à Peshawar, capital de la province du Nord-Ouest, proche de la frontière Afghane. Une vingtaine d’Arabes d’Arabie Saoudite, du Koweït, de Bahreïn, sont enfermés dans une même cellule. Il y a à nouveau des coups au visage, mais point de torture, et Mohammed ressent un fol espoir lorsque le consul saoudien effectue une courte visite à la prison. Espoir déçu à l’énoncé de son origine tchadienne : le diplomate se dit incompétent et refuse même de prévenir sa famille. C’est alors que la nouvelle du transfèrement des prisonniers aux Américaines se répand. "L’annonce se voulait une menace, mais je me suis dit : "Super !" Je ne connaissais les Américains que par la télévision, je n’en avis jamais rencontré. Mais je savais qu’ils étaient liés à l’idée de démocratie et que c’était un peuple juste et bon. Alors j’avais hâte que cela se fasse". Le transfèrement a lieu de nuit. On fait revêtir à Mohammed un uniforme bleu, avant de le menotter à nouveau et de cacher sa tête sous un capuchon. "Je ne savais pas ce qui se passait. J’ai entendu un hélicoptère, des soldats hurler en anglais, on m’a battu, hissé dans l’hélico en me criant : "Bâtard ! " "Terroriste !", "Si tu parles, on te tue ! ". J’ai voulu m’adosser au siège, j’étais crevé. Un gardien m’a alors cogné dans le dos et a hurlé des insultes en anglais. C’est là que pour la première fois j’ai entendu le mot "nègre". Cela m’a frappé car il revenait sans cesse. C’est donc mon premier mot d’anglais. "Nigger". Mes compagnons ont fini par me dire que c’était un terme affreux pour désigner les noirs". Kandahar. L’hélicoptère se pose à Kandahar, la deuxième grand ville d’Afghanistan. Mohammed est jeté de l’appareil, ses vêtements son déchirés, un gardien le cogne si violemment avec la crosse de son fusil qu’il saigne abondamment et perd connaissance, avant d’être à nouveau roué de coups (l’avocat confirme l’existence de cicatrices à l’arrière du crâne et sous le bras gauche ). On l’entraîne dans un hangar pour ce qui s’appelle un "contrôle médical" mais qui consiste uniquement à lui mettre un doigt dans l’anus. Des photos auraient été prises alors qu’il est nu, portant le numéro 246. Puis les prisonniers, toujours dévêtus et sous la surveillance d’un militaire armé d’une mitraillette, sont enfermés, cinq par cinq, dans une vingtaine de cages. On les prévient qu’ils trouveront un exemplaire du Coran dans le seau devant leur servir de toilettes. Le lendemain, toujours nu, il est amené dans une pièce d’interrogation et allongé à même le sol. Il fait si froid que sa respiration provoque de la condensation. Une femme et un interprète égyptien ne le croient pas lorsqu’il affirme n’être jamais allé en Afghanistan et les soldats le tabassent. La scène se reproduira les sept nuits suivantes. On l’humilie, on le frappe, on l’asperge d’eau glacée. "Un policier militaire me tenait le pénis entre des ciseaux et disait qu’il allait le couper. Je le croyais. J’étais incroyablement effrayé. C’était la première fois de ma vie que j’avais affaire à des Blancs". Juste avant que la Croix- Rouge ne vienne visiter le camp, on distribue des vêtements aux prisonniers et on les installe dans des tentes de 10 mètres sur 10 que les gardiens fouillent toutes les trois heures. L’un d’eux se saisit un jour du coran : "C’est donc cela votre livre sacré ?" et le balance dans le seau des déchets. Les services continuent la nuit. Les prisonniers auxquels on a retiré gants et chaussettes doivent s’allonger par terre, afin qu’un chien s’allonge sur eux ou qu’un soldat leur marche dessus. "Mais je n’ai jamais craqué à Kandahar, jamais accepté de dire ce qu’ils voulaient entendre ! La Croix- Rouge avait promis son aide". Guantanamo, camp X-Ray. L’étape suivante, en janvier 2002, sera Guantanamo. Mohammed n’a évidemment alors aucune idée de la destination de l’avion dans lequel on le pousse, enchaîné, bâillonné, cagoulé. Et drogué. "A l’arrivée, plusieurs frères pensaient qu’on était en Europe, voire en Angleterre". Lui, blessé à la tête et aux pieds, peut à peine marcher. On lui inflige néanmoins "l’examen médical", un doigt dans l’anus ; on lui fait une injection et il doit ingurgiter de nombreux comprimés. Une heure pus tard, affecté au camp X–Ray, l’un des centres de détention installés sur la base, il subit son premier interrogatoire. Un interprète égyptien lui demande où il a été capturé. Et là, oui, il répond Khost, la ville afghane. Il ne sait rien de cette ville dont il a récemment entendu le nom, mais il panique, imagine que cette réponse les satisfera d’avantage que sa vérité. Cela semble d’ailleurs être le cas, puisqu’un médecin s’occupe soudain de ses blessures et que c’est en mini- voiture de golf qu’on l’emmène le lendemain matin à l’interrogatoire. Mohammed pense avoir trouvé le truc pour être traité dignement. Mais cela ne dure pas. L’interrogateur le traite de menteur et appelle les soldats. Des traitements qu’on lui fait subir ce jour-là, Mohammed ne peut toujours pas parler. Les interrogatoires se succéderont les jours suivants. Mohammed est revenu à sa première version : avant d’y avoir été conduit par les Américains, il n’avait jamais mis les pieds en Afghanistan. Ses gardiens affirment qu’il ment et le suspendent à des crochets au- dessus du sol. D’abord deux heures, puis quatre heures, puis huit heurs. On le bat dans cette position une trentaine de fois. Camp Delta. Transféré au camp Delta, Mohammed connaît une brève accalmie, mais découvre, depuis sa cellule les conditions environnementales de l’île. Par deux fois, pendant son sommeil, il est mordu par des araignées venimeuses. La première fois, la plaie est remplie de plus verdâtre et il tombe très malades. Il ne peut ni manger, ni marcher ne prier. On lui refuse des soins médicaux et on le traîne à l’interrogatoire. Il s’écroule sur sa chaise. On l’attache. Il ne peut même pas parler. La deuxième fois, il a le bras entièrement paralysé avant de tomber malade à nouveau. On ne lui donne aucun médicament. Il a de grave problèmes de dentition. Cogné face contre terre, il a perdu une dent. Une autre a fait le frais des nombreuses difficultés de traduction dans le camp. Alors qu’il expliquait à un nouveau traducteur qu’il souffrait de la troisième dent du haut, celui-ci a compris qu’il voulait une extraction de la troisième dent du bas ce qui, pour une fois il sillonne le monde pour donner un nom, un statut une existence, voire un avenir aux prisonniers de Guantanamo. Il traque leur identité enquête sur leur histoire, recherche photos, papiers, témoignages. Prend contact avec les familles, au Pakistan, en Egypte, au Yémen, en Grande-Bretagne, au Canada, en Australie. Et lutte, de toutes ses forces, contre le silence et l’oubli sur lesquels comptaient les autorités américaines en installant dans ce coin isolé de l’île de Cuba une zone de non-droit. La Cour suprême des Etats-Unis, en juin 2004, lui a heureusement facilité la tâche en contestant l’idée de vide juridique et en reconnaissant aux détenus de Guantanamo le droit de remettre en cause la légalité de leur détention. Depuis l’avocat anglais Clive Stafford Smith (voir Le Monde 2 n°59 du 2 avril 2005 ), 46 ans, a pris officiellement en charge la défense d’une quarantaine d’entre eux (moins de la moitié des quelque 500 détenus auraient un avocat ). Défenses est sans doute un grand mot, puisque les défenseurs sont encore extrêmement mal acceptés à Guantanamo, considérés, dit-il, comme "ennemis", "alliés objectifs d’Al Qaida", et qu’ils n’ont même pas accès aux dossiers d’accusation de leur clients, si tant est qu’ils puissent rencontrer ces derniers. Du moins essaie-t-il d’attirer l’attention du monde sur l’usage de la torture et l’abus de traitements inhumains et dégradants engendrés par le gouvernement américain au nom de la guerre contre le terrorisme. Une conférence, organisée sus l’égide de son association Reprieve, en collaboration avec Amnesty international, réunira d’ailleurs à Londres, les 19, 20 et 21 novembre, d’anciens prisonniers de Guantanamo ainsi que des membres de leurs familles, des avocats des médecins et divers représentants d’organisations internationales et humanitaires. Vous rentrez tout juste d’une huitième visite à Guantanamo. Quelle sont vos impressions ? Jamais, de toute ma vie, je n’ai autant été confronté au mensonge et à l’escroquerie. La liste est telle qu’on ne sait plus s’il faut en rire ou en pleurer. Cela commence à la porte d’entrée du camp où s’affiche la devise : "Honor bound to defend freedom" (Tenu par l’honneur de défendre la liberté). Un soldat, rencontrant son supérieur, le salue donc ainsi : "Tenu par l’honneur, sir". Et l’officier de répondre : "De défendre la liberté, soldat ! " Quelle plaisanterie ! Quelle liberté ont-ils sérieusement l’impression de défendre ?. Tout est en trompe- l’œil, comme le prouve la sémantique utilisée par les autorités du camp. Au printemps dernier par exemple, 38 prisonnières ont été innocenté de l’accusation "d’ennemis combattants", devenant donc des "nec", "Not enemy combatants". Un de mes clients, Sami Al Laithi, en fauteuil roulant à cause des tortures, était concerné. J’ai donc exigé qu’il soit relâché. Refus. J’ai fait du bruit, alerté la presse. Tout de même ! Cela voulait dire que depuis trois ans on enfermait des innocents. Savez-vous ce qu’a fait l’administration ? Elle a tranquillement requalifié ces NCE en "NLEC", "No longer enemy combatants" (plus combattants ennemis ), donc "anciens combattants ennemis", et donc prisonniers à garder aussi longtemps que le sous hait l’administration. C’est inouï !. La reconnaissance des mineurs emprisonnés à Guantanamo souffre-t-elle aussi de ces jeux sémantiques et de problèmes de définition ? Bien sûr. Vous n’imaginez d’ailleurs pas la difficulté de réunir des éléments sur les mineurs de Guantanamo. L’armée, elle-même mal informé, refuse de donner des informations sur les prisonniers. Ce sont donc les avocats qui, enquêtant et croisant leurs données, estiment qu’il existe encore parmi les détenus de Guantanamo une quarantaine de jeunes qui étaient mineurs voire des enfants au moment de leur capture et qui méritent donc un statut et une défense particuliers. Mais les autorités américaines démentent ces observations, affirmant avoir relâché en 2004 les trois seuls enfants (Afghans ) détenus, et ne reconnaître l’existence d’aucun mineur à Guantanamo prenant le contre-pied de toutes les lois et organisations internationales qui définissent un mineur comme quelqu’un ayant moins de 18 ans au moment du délit, les Américains ont tout simplement redéfini le "mineur" comme étant une personne ayant moins de 16 ans actuellement. Ce qui lui permet, quatre ans après l’ouverture de Guantanamo, d’affirmer qu’aucun prisonnier ne peut prétendre au titre. Peut-on avoir une idée de l’état de santé des prisonniers ainsi que du mouvement de grève de la faim ? A condition de déjouer les mensonges. Dans les six premiers mois de 2003, l’armée américaine avait dû reconnaître 32 tentatives de suicide à Guantanamo. C’était très fâcheux pour l’image de l’Amérique. Or voilà que les six mois suivant, aucune nouvelle tentative n’était à déplorer. Les prisonniers, a-t-on dit, s’habituaient à leurs conditions de vie ou prenaient consciencieusement leur Prozac. Faux ! On avait tout simplement requalifié l’_expression "Tentative de suicide" en "conduite autodestructive manipulatrice". Et il y en avait eu 42 !. Quant à la grève de la faim, d’abord démentie puis minimisée par l’administration, elle se poursuit dans des conditions très difficiles, les prisonniers demandant pourtant simplement l’application des conventions de Genève et un respect de leur dignité. L’armé est terrifié à l’idée q’un prisonnier puisse se laisser mourir. Aussi, les grévistes les plus déterminés sont-ils nourris de force, à l’aide d’un tube passant par le nez. Pardon, pas "nourris de force", bien qu’ils soient attachés sur leur lit. Mais "fortement assistés pour se nourrir". Toute une différence !
Evidement, il y a de perpétuelles incitations à la "coopération". "Coopérer" en dénonçant ses compagnons, comme le fait un prisonnier du Yémen qui a inventé des histoires sur plus de 160 prisonniers et a notamment certifié avoir vu Mohammed dans un camp d’entraînement afghan. "Coopérer" en espionnant ses co-prisonniers comme le lui propose un militaire noir qui joue la complicité, se présente comme une sorte "d’oncle", et lui promet argent et passeport saoudien en échange d’informations. "Si vous coopérer, vous rentrez-vous", proclame un poster sur un mur. "Si vous coopérer, tout ceci sera à votre disposition", lui assure-t-on aussi, en l’introduisant dans une pièce remplie de photos de femmes nues et de films pornographiques. Camp V. Loin d’être placé dans le camp Iguana que les autorités américaines ont prétendu avoir aménage un très court temps pour trois mineurs de Guantanamo, Mohammed, malgré ses 16 ans est bouclé deux mois dans le bloc Romeo, en 2003, avant d’être muté dans le camp V, de sinistre réputation, qui vient d’ouvrir. Il ressent alors une véritable panique les cellules y son totalement isolées, fonctionnant en permanence avec de la lumière et un bruit de ventilateur qui interdit le moindre contact oral entre prisonniers enfermés 24 heures sur 24 dans leurs cellules, ceux-ci ne sortent guère qu’une heure par semaine, voire toutes les deux semaines ; la solitudes est terrible. Mohammed est largué. Comment faire pour se montrer "coopératif" puisqu’il ne sait rien ? Et comment accepter les insultes racistes qui pleuvent en permanence, notamment ce mot de "Nigger" qui le rend fou et le conduit, chaque fois qu’il entend, à se ruer sur l’auteur du propos ou à lui lancer n’importe quoi à la figure ? S’il gardait jusqu’alors espoir, un militaire plus âgé, chargé de son nouvel interrogatoire, s’empresse au printemps 2004 de l’anéantir : "on a fabriqué le camp v pour les gars qui resteront enfermés ici toute leur vie. N’espère pas rentrer un jour chez toi. C’est peut-être d’ailleurs mon fils qui te rendra visite quand tu seras vieux. Ne t’inquiète pas : On te maintiendra en vie de façon que tu soufres au maximum. Si tu ne me coirs pas, regarde ces murs !" Et l’officier, d‘un air faussement triste, de cogner sur les parois pour en éprouver la solidité. "Je ne peux hélas pas t’aider. Personne ici ne peut t’aider". Il quitte la pièce, lisant Mohammed effondré. Pendant plusieurs jours, allongé sur sa couche il pleure et ne peut quasiment rien avaler. Il est casse. Mais l’homme revient, fait mine de chercher une solution pour celui qu’il dit considérer désormais comme un fils. Et lui présente un jour B.J, une femme noire aux formes généreuses qui lui apporte des gâteaux, lui suggère de l’appeler maman et lui propose de devenir son avocate…. à condition qu’il confesse enfin toute la vérité : son faux passeport, l’argent et la raison de son voyage au Pakistan. Un oncle, un père, une mère….. c’est décidément beaucoup pour le jeune garçon dont on essais d’exploiter la vulnérabilité et qu’on prive depuis quatre ans de nouvelle de sa vraie famille. Les autorités saoudiennes qui, à l’instar des autres pays, s’émeuvent de la situation de leurs ressortissants, ont totalement laissé tomber Mohammed. Le Tchad ne veut rien savoir. La Croix- rouge, surnommée "les oreilles américaines" par les prisonniers, ne peut visiblement rien. Reste l’avocat qui s’est spontanément saisie du cas du jeune homme, tout juste âgé aujourd’hui de 19 ans. Stupéfait d’une telle négation des droits de la personne et d’un abandon aussi désastreux. Révolté par la série de mensonges officiels concernant les mineurs incarcérés depuis 2002 à Guantanamo (ils ont été, selon lui, par loin d’une cinquantaine ). Et décidé coûte que coûte à faire sortir son protégé. |
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Présentation de la Chronique de guantanamo, publiée par le Collectif guantanamo France
Article 9 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme.
La CHRONIQUE DE GUANTANAMO est une "newsletter" électronique publiée par le Collectif guantanamo, lancée en février 2003. Depuis avril 2004, elle paraît 2 fois par mois, le 1er et le 15 du mois. Elle entre aujourd'hui dans sa troisième année. En 23 mois, nous avons constitué la plus importante base de données en langue française sur guantanamo, soit l'équivalent d'une dizaine de livres de 220 pages, accessible à tous ceux qui savent lire sur 2 sites web. Nous entendons continuer, élargir et approfondir ce travail. Mais cela ne sera pas possible sans vous. Le 10 janvier 2005, cela fera 3 ans que 545 hommes de 40 pays sont détenus illégalement par les USA. 202 autres ont été libérés, dont une partie ont été emprisonnés dans leur pays. Exiger qu'ils soient libérés ou jugés équitablement nous semble naturel. Ce n'est pas l'avis de la Maison blanche et du Pentagone, qui ignorent depuis 6 mois un verdict de la Cour suprême US ordonnant que ces prisonniers aient la possibilité de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire. Le Collectif guantanamo a été créé en France en février 2003. Cette association a pour but d'organiser une campagne mondiale d'information et de solidarité pour défendre les droits de toutes les personnes détenues par les USA comme "combattants ennemis illégaux" à Guantanamo, Bagram et ailleurs. Son appel fondateur, "guantanamo : premier camp de concentration off shore de l'Empire !", peut être lu en 9 langues [ allemand, anglais, arabe, créole, danois, espagnol, français, russe, suédois ] en allant à : http://www.gwadaoka.org/guantanamo_appel_fr.htm Son outil principal est le travail d'information. Le Collectif publie des informations sur la "galaxie guantanamo" à un rythme quasi-quotidien sur deux sites internet. Ces informations sont reprises et diffusées tous les 15 jours dans une lettre électronique appelée CHRONIQUE DE GUANTANAMO. Si vous voulez lire, puis vous abonner à cette CHRONIQUE , il suffit de nous envoyer un mail à collectifguantanamo@yahoo.fr Cette Chronique contient donc toutes les informations publiées au jour le jour sur les sites http://quibla.net et http://www.gwadaoka.org/guantanamo.htm
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