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Prisons secrètes de la CIA: Washington va s'expliquer


Les Etats-Unis ayant reconnu la légitimité des interrogations de l'Europe sur l'existence ou non de prisons secrètes de la CIA sur son territoire, la question se trouvera au coeur de la visite de la responsable de la diplomatie américaine Condoleezza Rice sur le Vieux continent la semaine prochaine.
La secrétaire d'Etat a déclaré mardi à son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier que le gouvernement clarifierait la question, qui devait être déjà abordée lors du déplacement du N°2 du département d'Etat américain, Robert Zoellick, en Allemagne ces mercredi et jeudi. Mme Rice se rend quant à elle dans ce pays, puis en Roumanie, en Ukraine et en Belgique de lundi à vendredi prochains.
La polémique fait rage depuis un article du 2 novembre du "Washington Post" selon lequel les services secrets américains avaient interrogé d'importants membres présumés d'Al-Qaïda dans d'anciennes prisons soviétiques d'Europe de l'Est. Le lendemain, l'organisation américaine de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch affirmait pouvoir prouver que la CIA avait transféré en Pologne et en Roumanie des suspects de terrorisme capturés en Afghanistan.
Varsovie et Bucarest rejettent ces accusations, mais le Conseil de l'Europe, garant des droits de l'Homme, a ouvert une enquête sur l'éventuelle présence de prisons secrètes ainsi que le transfert clandestin par avion de suspects à interroger ou détenir en Europe.
Le commissaire européen à la Justice Franco Frattini a déclaré lundi que tout pays membre de l'UE qui serait impliqué dans de telles activités pourrait voir ses droits de vote suspendus au sein du Conseil des ministres, principal lieu de décision politique de l'Union européenne. Des enquêtes ont été ouvertes dans une demi-douzaine de pays.
Mme Rice, selon son porte-parole Sean McCormack, a déjà assuré à Frank-Walter Steinmeier que "les activités des Etats-Unis respectaient toutes les lois et la Constitution américaines" et que son pays "respectait (ses) obligations internationales". "Tout ce que nous pouvons faire est de faire de notre mieux pour tenter d'expliquer cela aux opinions publiques dans le monde, la nôtre, celles d'Europe et d'où que ce soit où la question se pose", a affirmé M. McCormack, précisant que Washington répondrait à l'Union européenne.
Toutefois, a-t-il ajouté, "toutes ces questions se situent dans le contexte plus large de la guerre contre le terrorisme". "Tout gouvernement doit agir pour protéger sa population (...) S'il était possible de placer en détention un terroriste devant être responsable de la mort de milliers de personnes avant qu'il passe à l'action, il est évident que n'importe quel gouvernement déploierait tous les efforts pour le faire".
La chancelière allemande Angela Merkel, qui devrait effectuer sa première visite aux Etats-Unis en janvier, a estimé quant à elle que l'on pouvait "avoir confiance dans le fait que le gouvernement américain prend les préoccupations européennes aux sérieux et qu'il ferait très prochainement la lumière sur les allégations concernant des prisons de la CIA". "Nous ne garderons le silence sur aucune violation des droits de l'Homme dans le monde", a-t-elle prévenu.
En Autriche, le Conseil national de sécurité devait se réunir à huis clos mercredi pour examiner les allégations, rejetées par le commandant de l'aviation militaire, selon lesquelles un avion transportant clandestinement des terroristes présumés aurait survolé le pays, ralliant Francfort à l'Azerbaïdjan le 21 janvier 2003.
A Londres, l'organisation de protection des libertés civiques Liberty a, elle mis, en demeure les autorités britanniques d'enquêter sur des vols de la CIA qui auraient fait escale au Royaume-Uni. De son côté, la France ne se sent pas concernée, selon une source diplomatique ayant requis l'anonymat.
Source : AP, 30 novembre 2005

 

Liberty demande l'ouverture d'une enquête sur des vols secrets de la CIA


Une association britannique de défense des droits civiques a demandé mercredi aux chefs de 11 forces de police l'ouverture d'une enquête sur des vols secrets de la CIA qui auraient atterri en Grande-Bretagne.
L'organisation, Liberty, souligne dans des lettres aux chefs de ces polices qu'elle engagerait des poursuites en cas de réponse de leur part dans les 14 jours.
Liberty a également écrit au ministre des Affaires étrangères Jack Straw lui demandant d'obtenir l'assurance des Etats-Unis que la centrale américaine de renseignements n'utilise pas secrètement d'aéroport britanniques pour transporter ses prisonniers.
Les aéroports où ces vols sont présumés avoir atterri comprennent les quatre principaux aéroports desservant Londres et plusieurs bases de la Royal Air Force.
Sir Menzies Campbell, le porte-parole pour les Affaires étrangères du parti Libéral-Démocrate, a accusé le gouvernement de faire celui "qui n'entend rien et qui ne voit rien" à propos de cette affaire.
"Je ne crois pas que cela soit une attitude adéquate à la lumière de ce que nous savons", a-t-il souligné à la BBC.
"Si, en réalité, des gens sont déplacés d'une juridiction où la torture est interdite vers une juridiction où elle est permise, cela me semble totalement contraire aux lois internationales", a ajouté Campbell.
Source : AP, 30 novembre 2005

 

Le scandale des prisons et des transports secrets de la CIA : un véritable défi pour l’Europe


Le scandale est double : d’une part, la CIA a transporté secrètement des prisonniers de la “guerre contre le terrorisme” à travers toute la planète, et particulièrement l’Europe et d’autre part, elle a installé des prisons secrètes pour “terroristes” dans plusieurs pays d’Europe de l’Est, pour l’instant non identifiés. Lors de son voyage en Europe (Allemagne, Roumanie, Ukraine et Belgique) la semaine prochaine, la secrétaire d’État Condoleeza Rice aura les oreilles qui siffleront, car elle devra répondre à des questions embarrassantes, auxquelles, a-t-on fait savoir à Washington, elle est prête à répondre de son mieux.
Le Conseil de l’Europe a l’intention de recourir à des photos satellites pour tenter d’identifier les prisons secrètes utlisées par la CIA, principalement en Pologne et en Roumanie, depuis le début de 2002. Cette information, donnée par Human Rights Watch, aurait été confirmée par des respnsables anonymes des services secrets US.
D’autre part, le commissaire européen à la Justice Franco Frattini a déclaré lundi que tout pays membre de l'UE dans lequel serait prouvée la présence de prisons secrètes de la CIA pourrait voir ses droits de vote suspendus au sein de l'Union.
"Je serais obligé de proposer au Conseil (des ministres de l'UE, Ndlr) des conséquences graves, y compris la suspension du droit de vote au sein du Conseil", a-t-il affirmé lors d'une conférence à Berlin sur la lutte contre le terrorisme.
Franco Frattini a ajouté que le sujet avait été abordé la semaine dernière avec des représentants de la Maison Blanche et du département d'Etat (Affaires étrangères) et que ceux-ci avaient déclaré au représentant de l'UE Jonathan Faul "donnez-nous le temps nécessaire pour évaluer la situation". La CIA s'est refusée à tout commentaire sur l'enquête européenne.
De son côté, le président polonais Aleksander Kwasniewski a réaffirmé lundi qu'il n'existait aucune prison secrète de la CIA ni de terroristes présumés clandestinement détenus sur le territoire de la Pologne. "Et il n'y en a jamais eu", a-t-il ajouté sur la chaîne TVN24.
Enfin, le parquet de Zwweibrücken, en Allemagne, a ouvert une enquête pour établir si Hassan Mustafa Oussama Nasr, l’Égyptien kidnappé par la CIA à Milan en février 2003 a transité par la base aérienne US de Ramstein.
Selon la presse allemande, la base militaire aérienne US de Francfort-sur-le-Main, la Rhein-Main Airbase, a été de 2002 à 2004 la principale plaque tournante des vls secrets de la CIA, qui se poursuivraient actuellement.

 

Kosovo : démentis de la KFOR sur une "prison secrète"


par Laurent Zecchini, Le Monde, 29 novembre 2005
Le général français Marcel Valentin, qui a commandé la Force multinationale de l'OTAN (KFOR) au Kosovo d'octobre 2001 à octobre 2002, s'inscrit en faux contre les accusations lancées par Alvaro Gil Robles, commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, qui a laissé entendre que le centre de détention du camp américain de Bondsteel, au Kosovo, pouvait être une réplique de Guantanamo. Dans un entretien au Monde, dimanche 27 novembre, le général Valentin s'est montré formel : "Je n'ai jamais été choqué s'agissant des conditions de détention. C'était une prison militaire comme tant d'autres. Amnesty International et la Croix-Rouge n'ont rien trouvé à redire sur les conditions de détention. Bien sûr que les gens y étaient incarcérés dans des conditions d'exception, et que je disposais de pouvoirs d'exception : il n'y avait au Kosovo ni justice, ni police, ni prison. Les prisonniers n'avaient donc pas d'avocat. Ils subissaient une garde à vue prolongée."
Le général Valentin explique qu'il a rencontré M. Gil Robles le 7 septembre 2002. Il a conduit celui-ci jusqu'au camp, mais ne l'a pas accompagné à l'intérieur. A son retour, M. Gil Robles "m'a dit qu'il était très content de ce qu'il avait vu et il a salué le professionnalisme manifesté par les Américains pour gérer le centre de détention", se souvient le général. A l'époque, le centre abritait notamment cinq ressortissants algériens. "Il s'agissait de membres d'une ONG algérienne, accusés d'avoir pris des photos d'installations de l'OTAN. Je les avais fait arrêter fin juillet et, faute de preuves, ils ont été relâchés en septembre."
L'ancien commandant des forces de l'OTAN au Kosovo explique que si le centre de détention était sous sa responsabilité, sa gestion était confiée aux forces américaines de la KFOR. "A moins que j'aie été sourd et aveugle, ce centre de détention n'a jamais contenu que les personnes que la KFOR, conformément à la résolution 1244 des Nations unies, avait pour mission d'arrêter et de détenir", assure-t-il. A son arrivée, le général Valentin a trouvé 75 prisonniers dans le centre de détention, et tous l'avaient quitté à son départ.
Le général Valentin reconnaît toutefois ne pas pouvoir se prononcer sur le reste de ce camp militaire de 300 hectares. "Tous les avions qui atterrissaient à Pristina étaient extra-territoriaux, c'étaient des avions de l'OTAN et personne ne contrôlait ce qu'ils transportaient", précise-t-il. La précision apportée par M. Gil Robles, selon lequel les prisonniers étaient revêtus "de combinaisons orange comme celles des détenus de Guantanamo", fait sourire le général Valentin : "Dans toutes les prisons américaines, les prisonniers portent des combinaisons orange. Quant à reconnaître un Albanais barbu d'un taliban... Je crois que M. Robles a été abusé par une assimilation", avance-t-il.
A Pristina, la KFOR a indiqué n'avoir jamais été informée d'une quelconque utilisation du centre de détention de Bondsteel au-delà de celle relevant de la mission de la KFOR, et le porte-parole des troupes américaines a démenti qu'il y ait une "prison secrète" à Bondsteel.
Pour autant, la polémique sur les prisons secrètes de la CIA en Europe ne faiblit pas : la Suisse a exigé de Washington des explications concernant le survol de son territoire par des avions américains, alors que le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, s'est déclaré "inquiet" à propos d'informations faisant état d'escales en Allemagne d'avions transportant des islamistes détenus.

 

Il n'a rien oublié de la douleur, de l'humiliation, de la solitude : Un innocent dans l'enfer de Guantanamo


par Sara Daniel, Le Nouvel Observateur, 24 novembre 2005
Les enquêteurs américains ont mis un an pour l'innocenter. Et une autre année pour le libérer. Au-delà de l'injustice révoltante dont il a été victime, l'ancien journaliste Bader Zaman dénonce l'arbitraire des centres de détention américains
Il souffre d'hypermnésie. Cela fait douze mois qu'il est sorti de la prison de Guantanamo, mais Bader Zaman se souvient de chaque détail de sa détention. Pas seulement de la douleur, de l'humiliation, de la solitude, mais aussi des petites choses, de l'haleine des chiens, du raclement du rasoir sur ses sourcils, de l'accent de ce maton qui criait au mégaphone aux autres soldats : « Ne manifestez pas de sympathie aux terroristes !... » Il ne peut rien oublier. Aujourd'hui il est libre. Les Américains l'ont blanchi de toutes les accusations portées contre lui. Pourtant, à Peshawar, la liberté de cet ancien journaliste reste toujours étroitement surveillée. Il y a quelques semaines, des agents de l'ISI, les services secrets pakistanais, lui ont rendu une nouvelle visite. Il les a reçus avec calme : « Qu'ai-je à craindre de vous, maintenant ? Avez-vous trouvé un enfer pire sur la terre que celui où vous m'avez fait jeter ? » Pour rencontrer Bader Zaman, il faut s'enfoncer dans les ruelles du Vieux Peshawar. Le journaliste, âgé de 35 ans mais qui en paraît dix de plus, s'est reconverti depuis sa libération dans le commerce des pierres précieuses. C'est dans une petite pièce obscure, au milieu du souk de pneus en caoutchouc, qu'il entrepose ses lapis-lazuli d'Afghanistan. Dans cette ville dirigée par les islamistes, il est très mal vu de rencontrer une femme étrangère. Mais Bader Zaman tient à témoigner. Il n'en veut pas vraiment aux Américains. Les responsables de son calvaire selon lui, ce sont les services secrets pakistanais, qu'il a décidé de poursuivre en justice. « J'ai passé deux mois et vingt-deux jours dans la prison de Peshawar, quatorze jours à Bagram, deux mois et huit jours à Kandahar et deux ans et quatre mois à Guantanamo, uniquement parce que je dénonçais leurs pratiques. »
Lorsqu'il était un très jeune homme, Bader et son frère ont appartenu à une organisation religieuse afghane proche de Ben Laden et d'Al Qaïda, qui combattait l'occupation soviétique en Afghanistan. Il en avait démissionné en 1987 pour protester contre les liens de cette organisation avec les services secrets pakistanais. Plus tard, lui qui n'a jamais touché une arme avait dénoncé dans son journal l'obscurantisme des talibans, qualifiés de marionnettes des services secrets pakistanais. « Alors ces derniers m'ont vendu aux Américains. Une pratique courante au lendemain de l'offensive américaine en Afghanistan, explique-t-il. Il s'agissait pour eux d'occuper les Américains avec de faux suspects. Ils n'ont cessé de jouer avec la communauté internationale. »
Le journaliste connaît l'histoire de tous les détenus qui étaient voisins de sa cellule à Guantanamo. Il évoque un chauffeur de taxi vendu pour 5 000 dollars : « Les Pakistanais venaient de faire un raid pour trouver des Arabes proches d'Al Qaïda et n'avaient trouvé personne, alors ils l'ont arrêté. L'officier qui l'a vendu aux Américains lui a dit : «Comprends-moi, ça vaut le coup de vendre des gens comme toi pour éviter que les Américains viennent faire la guerre au Pakistan»... » Selon lui, ce chauffeur de taxi serait toujours à Guantanamo.
A écouter Bader, moins de 20% des détenus qui se trouvent actuellement dans la prison américaine de Cuba sont de véritables « bad guys » ou des responsables talibans, comme le mollah Fazel. Mais ce sont les centres de détention de Kandahar et de Bagram, en Afghanistan, qui lui ont laissé les pires souvenirs. Pendant vingt-quatre jours, il est resté enfermé dans un conteneur. Puis on lui a interdit de se laver pendant trois mois. La lumière allumée en permanence, les liens trop serrés qui cisaillent les membres, les tortures. A Bagram, il a vu des prisonniers se faire rouer de coups de pied, et d'autres pendus par les mains. Il y avait aussi les offenses envers le Coran, dont il dit qu'elles étaient une pratique courante dans le centre de détention de Kandahar. C'est d'ailleurs là qu'il a vu les gardiens jeter le livre sacré dans un seau qui avait servi à vidanger les toilettes.
Lorsqu'il est arrivé à Guantanamo, en mai 2002, Bader a été placé en isolement pendant plus d'un an. Dans la prison de Cuba, il n'y avait pas de tortures physiques. « Souvent, c'était les prisonniers qui attaquaient les gardiens. J'ai vu des Américains se faire mordre ! » Mais on cherche à faire craquer les détenus moralement. Comme lorsqu'une des gardiennes a touché l'un d'entre eux au visage, la main maculée de ce qu'elle a prétendu être son sang menstruel. Un témoignage corroboré par l'un des enquêteurs de Guantanamo, le sergent Erik Saar, qui a consigné cet épisode dans un livre.
Pour Bader, après de longs mois de désespoir à répéter toujours la même histoire à propos des services secrets pakistanais à des gens qui ne voulaient rien entendre, c'est le dénouement. « Au bout d'un an d'interrogatoires, les agents fédéraux ont fini par me dire qu'ils n'avaient plus rien contre moi. Que j'étais blanchi. Mais après cela, j'ai encore dû attendre une autre année avant de quitter Guantanamo. Une si longue année ! »
A partir de ce moment-là, les conditions de détention de Bader s'assouplissent. Il est transféré au camp 4, un camp pour les prisonniers qui « collaborent ». Il troque son survêtement orange contre une tunique blanche et l'on organise même un pique-nique pour que les prisonniers puissent apercevoir la mer. « On nous a transportés enchaînés dans une ambulance fermée. Puis on nous a placés entre des rangs de fil de fer barbelé près de l'eau. Je me rappelle avoir vu un navire au large. »
Bader Zaman a un seul bon souvenir de Guantanamo : c'est l'arrivée dans la cellule voisine de la sienne de son ennemi mortel, celui qui avait servi d'intermédiaire auprès des services secrets pakistanais pour le vendre aux Américains, qui était bien, lui, un proche d'Al Qaïda. Tous les prisonniers qui connaissaient la vérité l'ont hué. Lui a baissé la tête. « Ce jour-là, j'ai compris qu'on m'avait cru. Que je pouvais espérer quitter cet enfer. Celui qui m'a donné, il y est encore, dans le bagne de Guantanamo... »

 

Qui sont les détenus de Guantanamo ?


Le centre de détention de Guantanamo compte 500 détenus qui ont été pour la plupart capturés en Afghanistan à l'automne 2001. Parmi les prisonniers, on trouve par exemple le mollah Fazel, ex-ministre de la Défense des talibans, mais aussi des gens qui ont eu le malheur de se trouver au mauvais endroit, comme Wazir Mohamed, un chauffeur de taxi, dont le cas est défendu par Amnesty International. Les sept Français détenus dans la prison américaine ont tous été relâchés et cinq d'entre eux sont désormais en prison en France. Washington continue de libérer des dizaines de détenus pour, selon Pierre Prosper, le diplomate américain chargé de négocier ces transferts, « partager le fardeau » avec leurs pays d'origine.
Le « goulag de notre époque », selon la formule choc utilisée par Amnesty dans son rapport à propos de Guantanamo, continue de faire l'objet d'indignations et de polémiques très embarrassantes pour le gouvernement américain. Washington est engagé dans un bras de fer avec l'ONU, dont les représentants veulent pouvoir rencontrer tous les détenus pour enquêter sur les accusations de torture. Le Pentagone a été contraint d'ajourner le procès du « taliban australien » David Hicks pour se conformer à la décision d'un juge exigeant que la Cour suprême se prononce auparavant sur la légalité des tribunaux militaires d'exception.
Sara Daniel

 

Les prisons secrètes de la CIA


La CIA a-t-elle mis en place un réseau de centres de détention clandestins disséminés dans plus de dix pays pour interroger les présumés terroristes sans contraintes légales ou morales ? Le « Washington Post » avait révélé l'existence de plusieurs prisons secrètes dans des pays de l'Europe de l'Est. Depuis, la liste des États qui auraient collaboré avec les autorités américaines ne cesse de s'allonger : la Thaïlande, le Maroc, la Norvège, la Suède, l'Italie et l'Espagne sont accusés d'avoir abrité ces centres ou toléré le transit des prisonniers sur leur territoire. Mais jusqu'ici seule la République tchèque a admis avoir rejeté une demande américaine d'implantation d'une prison pour détenus issus de la base de Guantanamo.
Ce réseau de centres de détention aurait été créé dans les mois qui ont suivi le 11 Septembre, alors que l'idée de « navires prisons » était abandonnée par la CIA pour des raisons « de sécurité et de logistique ». Puis un « site noir » a été mis sur pied en Afghanistan, dont le nom de code était « la mine de sel ». Et la CIA aurait également fermé un cachot secret à Guantanamo. Selon le « Washington Post », les prisonniers fantômes seraient une centaine. L'organisation humanitaire Human Rights Watch, qui les appelle les « desaparecidos » (les disparus), en référence aux victimes des dictatures d'Amérique latine, évoque 40 personnes détenues au secret dans son rapport d'octobre 2004. Depuis plusieurs mois, des voix s'élèvent au sein même de la CIA pour contester la légalité et surtout l'efficacité de telles prisons.
Sara Daniel

 

 

CIA : ces prisons qui n'existent pas


par Cyril Hofstein, Le Figaro, 26 novembre 2005]
On les appelle les «sites noirs». Ces prisons sont les avant-postes de la guerre américaine contre le terrorisme. En toute illégalité.
A l'époque du Vietnam, on l'appelait «Air America». Aujourd'hui, la compagnie aérienne privée de la CIA est devenue le «Guantanamo Express». A son bord, des terroristes islamistes présumés, arrêtés dans le monde entier et conduits vers des centres de détention clandestins sous pavillon américain : les «sites noirs», un réseau de prisons illégales souvent sous-traité par des pays tiers. A l'image de la guerre contre le terrorisme que mène l'Amérique depuis le 11 Septembre, les couloirs aériens qu'empruntent ces «avions-prisons» sont multiples et tortueux. Jusqu'ici, la communauté internationale avait choisi de faire profil bas et de laisser la CIA opérer comme elle l'entendait, c'est-à-dire sans contrôle. Mais depuis une quinzaine de jours, dans le sillage des révélations du Washington Post, la polémique fait rage en Europe.
Selon le quotidien, la Suède, la Hongrie, l'Espagne, le Maroc, la Norvège, l'Italie, la Roumanie, la Pologne et l'Allemagne auraient ainsi servi de voie express vers des prisons fantômes situées dans des pays où les pratiques de torture sont courantes. L'Espagne, où Zapatero à désengagé les troupes espagnoles de la «guerre illégale» d'Irak, est particulièrement dans l'embarras, comme l'Europe du Nord, où les escales des pilotes de la CIA ont été nombreuses depuis 2001.
Toujours d'après le Washington Post, la CIA aurait envoyé plus d'une centaine de suspects détenus illégalement après le 11 septembre 2001 dans le réseau des «sites noirs», sur son territoire et dans au moins huit pays étrangers, en Europe de l'Est, Thaïlande et Afghanistan. Certains pays comme le Maroc, l'Egypte, la Jordanie, l'Arabie saoudite, la Thaïlande, la Pologne, l'Ouzbékistan ou la Roumanie sont également suspectés d'avoir accepté de fournir des lieux d'internement et d'interrogatoire. Par ailleurs, l'agence américaine se serait associée avec une vingtaine d'homologues en Europe, au Moyen-Orient et en Asie pour constituer un réseau de centres de renseignement antiterroriste (CTIC). La CIA a déjà fait savoir que ces réseaux d'un genre nouveau «ont joué un rôle décisif dans les succès enregistrés par l'agence» depuis les attentats du World Trade Center et du Pentagone.

 

L'Azerbaïdjan n'a pas connaisance d'un vol de la CIA de Francfort à Bakou en 2003


Selon le porte-parole du ministérie azerbaïdjanais des Affaires étrangères Tahir Tagidaze, l'Azerbaïdjan ne dispose d'aucun élément permettant de confirmer l'information, émanant d'Autriche, selon laquelle un avion C-130 Hercules affrété par la CIA aurait trasporté le 21 janvier 2003 des prisonniers de la ³guerre contre le terrorisme² de Francfort à Bakou. Cette information, révélée par le New York Times, avait été confirmée par les forces aériennes autrichiennes, qui ont intercepté l'avion et l'ont photographié, avant de lui permettre de poursuivre son périple.
Source : AFP, 25 novembre 2005

 

Un Algérien devant les juges militaires US à guantanamo


par Zouaoui Mouloud, Le Jeune Indépendant, 20 novembre 2005
Un Algérien, détenu depuis plus de trois ans dans la sinistre prison américaine de Guantanamo Bay, l'enclave cubaine, a été inculpé pour terrorisme et devait passer en procès devant les juges d'un tribunal militaire d'exception. L'accusation lui a été signifiée avant-hier par la direction carcérale, ainsi qu'à quatre autres détenus qui font partie de quelque 30 prisonniers déjà inculpés pour terrorisme, à la veille de l'ouverture des procès par les tribunaux d'exception mis en place par l'administration américaine.
Selon le dossier d'accusation présenté par le Pentagone, il est reproché à Sofiane Barhoum d'avoir monté «un complot visant des civils, des cibles civiles et la destruction de biens, comme il est accusé de terrorisme». Il lui est reproché aussi d'avoir «reçu une formation en électronique et en maniement des explosifs dans un camp d'entraînement en Afghanistan».
Il a été arrêté le 28 mars 2002 à Faisalabad, au Pakistan, après avoir quitté l'Afghanistan en compagnie de deux ressortissants saoudiens, en l'occurrence Bhassam Abdullah al Sharbi et Jabran Saïd ben al Qahtani, auxquels il a été signifié les mêmes accusations.
Les trois travaillaient pour une association caritative qui s'occupait des réfugiés afghans avant de quitter ce pays lors du déclenchement de l'invasion de l'Afghanistan. Les deux autres inculpés sont le Canadien, Omar Khadr, 19 ans, et l'Ethiopien, Binyam Ahmed Mohamed, accusés eux aussi de complot et de meurtre.
Les cinq avaient été arrêtés par des chasseurs de primes qui les avaient remis aux autorités pakistanaises pour être livrés aux services de renseignements américains. Emprisonné depuis cette date, Barhoum n'était sous le coup d'aucune accusation formelle jusqu'à récemment, lorsque ses avocats ont demandé à lui rendre visite.
Six autres Algériens, Bensayah Belkacem, Hadj Boudellaâ, Saber Lahmar, Mustapha Aït Idir, Boumediène Lakhdar et Mohamed Nechal, croupissent depuis janvier 2002 à Guantanamo, un centre de détention décrié par les associations des droits de l'homme, où actuellement 124 prisonniers avaient lancé, depuis fin août dernier, une grève de la faim illimitée pour réclamer leur libération.
Deux des six Algériens ont rejoint le mouvement de grève et se font relayer par leurs compatriotes, selon leurs avocats qui avaient révélé, jeudi passé, qu'ils étaient nourris de force par la direction carcérale. Lundi passé, un prisonnier a tenté de se suicider portant à quatre les tentatives de suicide chez les prisonniers de Guantanamo au cours des vingt derniers mois.
Une visite d'experts de l'ONU, chargés des droits de l'Homme, était annoncée pour le 6 décembre à la base américaine de Guantanamo à Cuba. Mais faute d'avoir obtenu l'autorisation du Pentagone de parler librement aux prisonniers, les inspecteurs onusiens ont renoncé à effectuer le déplacement.
Ils avaient donné à Washington jusqu'à jeudi minuit pour accepter leur cahier des charges qui stipulait notamment que les experts devraient pouvoir s'entretenir en tête-à-tête avec les 500 prisonniers. Par ailleurs, la Cour suprême américaine avait annoncé récemment qu'elle allait examiner, en début de 2006, la légalité des tribunaux militaires d'exception créés par l'administration de George W. Bush.

 

 

Le droit indivisible


Éditorial du Monde, 26 novembre 2005
Y a-t-il eu une prison de type Guantanamo au Kosovo après 2001 ? Si oui, a-t-elle été fermée depuis ? Les Américains ont-ils utilisé des installations de la KFOR, c'est-à-dire de l'OTAN, pour créer un établissement pénitentiaire échappant aux normes du droit international ? Ce sont toutes ces questions que soulèvent les scrupules — tardifs — d'Alvaro Gil Robles, le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe.
Avec ses déclarations au Monde, il a renforcé les inquiétudes déjà manifestées par des organisations internationales de défense des droits de l'homme. Dans des baraquements entourés de hauts barbelés, M. Gil Robles a vu en septembre 2002 une vingtaine de détenus portant les combinaisons orange rendues tristement célèbres par la prison de Guantanamo, sur l'île de Cuba, où les Américains ont enfermé les talibans et autres extrémistes musulmans soupçonnés de terrorisme après les attentats du 11 septembre 2001. Au Kosovo, la prison aurait servi pour enfermer les activistes kosovars et une poignée d'autres originaires du Moyen-Orient.
Ces informations semblent corroborer les soupçons selon lesquels les autorités de Washington auraient "délocalisé" des centres de détention pour "terroristes" vers l'Europe, vers des pays "amis" disposés à prendre quelques libertés avec les droits individuels ou particulièrement vulnérables aux pressions.
Si elles sont avérées, ces pratiques sont inadmissibles. Elles jettent le discrédit sur la rhétorique de la démocratie et des droits de l'homme supposée justifier la croisade contre le terrorisme et la tyrannie lancée par les États-Unis après les attentats du 11-Septembre. Elles déshonorent un pays qui se présente volontiers comme l'incarnation des valeurs universelles, de leur défense et de leur promotion. Contrairement à ce qu'on pense dans l'entourage de George W. Bush, la guerre ne justifie pas tout. Et certainement pas la torture. Menés par John McCain, des sénateurs américains, y compris des républicains, l'ont récemment rappelé à leur président. S'il est vrai que Washington s'est servi d'une base placée sous le commandement de l'OTAN pour mettre en œuvre des méthodes douteuses, on attend de ses alliés une réaction ferme. Voilà une bonne occasion pour la France, d'habitude si sourcilleuse sur les procédures quand il s'agit de l'Organisation atlantique, de montrer sa réprobation.
Que la question se pose à propos du Kosovo constitue une circonstance aggravante. Il serait particulièrement choquant que les États-Unis se conduisent en pays conquis dans cette province placée depuis six ans sous protectorat des Nations unies. Les Occidentaux n'ont pas mené une guerre au Kosovo en 1999 en invoquant des raisons humanitaires pour, aujourd'hui, y tolérer, voire y créer, des zones de non-droit.

 

Une sale affaire pour l’Europe


par Rachid Abbar , Aujourd’hui Le Maroc, 25 novembre 2005
Réagissant à l'émotion suscitée en Europe par l’affaire des centres de détention secrets de la CIA, le Conseil de l'Europe a annoncé récemment l'ouverture de la première enquête officielle sur cette question très embarrassante.
L’affaire des centres de détentions secrets de la CIA a pris une nouvelle tournure. En effet, le Conseil de l'Europe a récemment ouvert une enquête sur les allégations selon lesquelles les services secrets américains auraient reçu l'aide de plusieurs pays européens afin d'enlever des ressortissants étrangers et les soustraire à la justice.
«Etant donné la gravité de ces allégations, le Conseil de l'Europe ne peut se contenter de déclarations politiques et de demandes de renseignement», a déclaré le secrétaire général du Conseil, Terry Davis, avant de préciser qu'il allait invoquer l'article 52 de la Convention européenne des droits de l'Homme pour exiger des explications aux chefs de gouvernement européens.
Les 45 pays européens, signataires de la Convention, auront jusqu'au 21 février prochain pour transmettre au Conseil toutes les informations pertinentes sur l'implication de leurs fonctionnaires dans cette affaire.
Ce n’est pas uniquement les informations qui faisaient état du fameux «avion-prison» qui suscite l’inquiétude des Européens, mais aussi les révélations du Washington Post selon lesquelles les services secrets américains posséderaient des prisons secrètes en Europe de l'Est.
Un haut responsable d'une commission juridique au sein du Conseil de l'Europe, Dick Marty, a indiqué que «kidnapper les gens et les soustraire à tout contrôle judiciaire et administratif» est en soi «absolument inacceptable». Selon M. Marty, de tels agissements de la part de Washington peuvent même donner «une légitimité aux terroristes.»
Par ailleurs, le ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos a assuré jeudi que Madrid avait agi légalement dans l'affaire des escales de l’avion-prison présumé de la CIA. Le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero qui avait retiré les troupes espagnoles d'Irak peu après son arrivée au pouvoir, a promis "la plus grande transparence" sur cette affaire susceptible de compromettre ses relations avec les États-Unis et sa crédibilité interne.
Jusqu'à présent, des avions soupçonnés d'appartenir à la CIA ont été vus dans des aéroports et des aérodromes en Finlande, en Allemagne, en Hongrie, en Islande, en Italie, en Pologne, au Portugal, en Roumanie, en Espagne et en Suède.
De tels avions, qui serviraient au transport illégal de ressortissants étrangers accusés par Washington d'être des terroristes auraient aussi été aperçus au Canada et au Maroc.
Le Maroc a notamment été cité par un article paru dans le Washington Post. D’après cet article, la CIA posséderait un centre de détention sur le territoire marocain. Jusqu’à présent le gouvernement marocain n’a fait aucun commentaire sur cette affaire. Dimanche dernier, l’Association marocaine des droit de l’Homme (AMDH) a émis un communiqué dans lequel elle condamne l’existence desdits «sites noirs» suite aux révélations du Washington Post et appelle les autorités marocaines à apporter des réponses à ce sujet. «L’existence dans certains pays de tels centres destinés à la torture ou à la sous-traitance de torture serait contraire aux lois internationales. Nous demandons au gouvernement marocain d’apporter des réponses concernant cette affaire dans la mesure où le nom du Maroc est cité par le journal américain comme pays qui collabore avec la CIA», nous a déclaré Abdelhamid Amine président de l’AMDH.

 

 

3 ans après, Alvaro Gil Robles se souvient soudain d’avoir vu un “mini-guantanamo” à Camp Bondsteel, la principale base US au Kosovo


NDLR Quibla : C’est un étonnant trou de mémoire : Alvaro Gil Robles, commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, vient soudain de se souvenir d’avoir vu, lors d’une visite en septembre 2002, un “mini-guantanamo” dans l’enceinte de la base militaire US/OTAN de Camp Bondsteel, au Kosovo. Voici l’article du Monde qui fait cette révélation.

 

Une "prison secrète" américaine a existé dans un camp de l'OTAN au Kosovo


par Natalie Nougayrède, Le Monde, 26 janvier 2005
Alors que les questions se multiplient, à travers l'Europe, sur l'éventuelle existence, sur le continent, d'un réseau de prisons secrètes gérées par la CIA, le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Alvaro Gil Robles, décrit pour la première fois ce qu'il a vu, un jour de septembre 2002, sur un site jusqu'à présent peu évoqué dans le débat sur les détentions extrajudiciaires et la lutte contre Al Qaida : la base militaire américaine de Camp Bondsteel, au Kosovo.
Sur cette base imposante, qui a abrité jusqu'à 6 000 soldats de l'US Army, et qui s'étend sur 300 hectares près de la localité de Ferizaj, au sud de Pristina, la "capitale" de la province administrée par l'ONU, M. Gil Robles a vu une sorte de réplique de Guantanamo. Sur le territoire de Camp Bondsteel, une prison a été aménagée. Gérée entièrement par l'armée américaine, elle est le principal centre de détention dont dispose la KFOR, la force multinationale de l'OTAN déployée au Kosovo depuis juin 1999.
"Vu du haut d'une tourelle, l'endroit ressemblait à une reconstitution de Guantanamo en plus petit", raconte M. Gil Robles au Monde. "De petits baraquements en bois étaient entourés de hauts barbelés. J'ai vu entre quinze et vingt prisonniers, enfermés dans ces maisonnettes, revêtus de combinaisons orange comme celles des détenus de Guantanamo." Les détenus aperçus n'étaient pas entravés par des chaînes. "Ils étaient assis pour la plupart, certains enfermés dans des cellules isolées. On voyait parmi eux des barbus. Certains lisaient le Coran. Des allées étaient aménagées entre les cellules pour le passage des rondes de gardes. Une femme soldat américaine, qui faisait partie du personnel de la prison, m'a expliqué qu'elle venait d'arriver là après avoir servi sur la base de Guantanamo", poursuit-il. M. Gil Robles s'est aussi entretenu sur place avec un représentant du département américain de la justice.
"Choqué" par ce qu'il venait de voir à Camp Bondsteel, M. Gil Robles a demandé, au lendemain de sa visite, en 2002, que les méthodes du centre de détention cessent, et que les installations ressemblant à Guantanamo soient démantelées. Il dit avoir reçu l'assurance que cela a été fait, dans l'année qui a suivi.
Pour autant, souligne aujourd'hui M. Gil Robles, de nombreuses questions restent en suspens. La base de Camp Bondsteel a-t-elle été utilisée dans le cadre de "rotations" de prisonniers par des avions de la CIA entre l'Afghanistan, le Proche-Orient, l'Europe et Guantanamo ? Abrite-t-elle, ou a-t-elle abrité, des lieux de détention secrets ? De quelle juridiction la prison de la KFOR située sur le territoire de Camp Bondsteel, qui continue de fonctionner, relève-t-elle ?
En 2002, à Camp Bondsteel ainsi qu'à Guantanamo, les détenus n'avaient pas accès à un avocat. Ils ne relevaient d'aucune procédure judiciaire, et leur provenance était entourée d'un certain flou. L'incertitude juridique régnant au Kosovo a contribué à cette situation. La province est placée sous tutelle de l'ONU, dans l'attente d'un statut définitif, mais la force multinationale relevant de l'OTAN y détient d'importantes prérogatives. La base de Camp Bondsteel semble avoir été une zone de non-droit. Elle avait été décrite, au début de sa construction, en 1999, comme "la plus grande base américaine depuis la guerre du Vietnam".


"SITES NOIRS"
Parmi les détenus aperçus par M. Gil Robles, il y avait quatre hommes d'origine nord-africaine, les autres prisonniers étant apparemment des Kosovars et des Serbes. Selon la version officielle, ces quatre hommes avaient été arrêtés par la KFOR "dans la région, vers la frontière macédonienne", et leur détention répondait à des impératifs de "sécurité" pour le Kosovo. Mais sur les documents, le motif de détention était formulé de façon curieuse : "résolution 1244", en référence à la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU régissant la situation au Kosovo et les pouvoirs de la KFOR.
Alvaro Gil Robles avait demandé à pouvoir visiter la prison du Camp Bondsteel, après avoir appris que la KFOR avait procédé à des arrestations extrajudiciaires au Kosovo. Il a été conduit vers la base par le commandant de la KFOR de l'époque, le général français Marcel Valentin, qui était visiblement contrarié par le sort réservé aux prisonniers.
L'utilisation à des fins de "lutte antiterroriste" d'une base liée à une opération de l'OTAN sous l'égide de l'ONU soulève en outre la question de la transparence des activités américaines vis-à-vis de leurs alliés.
Ces faits remontent à plus de trois ans. Le fait que M. Gil Robles choisisse de s'en émouvoir seulement maintenant peut étonner. Le rapport qu'il a publié à l'issue de son voyage ne mentionnait que de façon évasive Camp Bondsteel. La priorité était à l'époque de faciliter l'adhésion de la Serbie-Monténégro au Conseil de l'Europe, accomplie en 2003.
Ce sont, explique aujourd'hui M. Gil Robles, la multiplication des soupçons sur l'existence de "sites noirs" de la CIA, et l'ampleur apparente des transferts, par avions spéciaux, de prisonniers soupçonnés de liens avec Al Qaida qui font qu'il se remémore maintenant cet épisode sous un jour nouveau.
"Je ne peux pas établir de lien entre ces informations et Camp Bondsteel, car je ne dispose pas d'éléments concrets à ce sujet", commente M. Gil Robles. "Mais j'estime qu'il faut exiger des explications sur cette base au Kosovo, comme sur d'autres sites qui peuvent être soupçonnés" en Europe.

DÉTENTIONS EXTRAJUDICIAIRES.
Amnesty International a dénoncé à plusieurs reprises, ces dernières années, des cas de violation par la KFOR des normes internationales de détention des personnes, parlant d'"arrestations arbitraires et illégales". Amnesty a notamment relevé, dans un rapport, en 2004, que "des questions demeurent" sur les modalités d'accès du Comité européen de prévention de la torture (CPT) à des centres de détention situés sur des bases militaires au Kosovo, notamment Camp Bondsteel "contrôlé par les États-Unis".


RAPPORT D'ONG
En 2002, l'organisation British Helsinki Group a décrit, dans un rapport intitulé "Guantanamo dans les Balkans" la détention extrajudiciaire, pendant trente-huit jours, à "Camp Bondsteel", de trois hommes arrêtés par la KFOR au Kosovo en décembre 2001. Elle affirmait qu'ils avaient subi des techniques de privation de sommeil et des dizaines d'interrogatoires.

2 Belges d'origine marocaine parmi les 17 islamistes inculpés au Maroc
Deux Belges d'origine marocaine, un oncle et son neveu, se trouvent parmi les 17 islamistes marocains inculpés jeudi, qui auraient préparé au nom d'Al Qaïda un décembre sanglant au Maroc, a indiqué vendredi une source judiciaire à l'AFP à Rabat.
Ahmed Zemmouri, 25 ans, est l'oncle de Mohamed Reha, 18 ans. Tous deux sont nés à Anvers (Belgique) de parents marocains. Ils sont chômeurs et ont résidé à Tanger (nord du Maroc) avant d'être arrêtés mi-novembre.
Le premier a affirmé appartenir à Al Qaïda et le second à la Salafia Jihadia, mouvance islamiste radicale marocaine.
Mohamed Reha est un des "cerveaux" présumés de la "cellule terroriste" démantelée début novembre, selon un responsable des services de sécurité marocain. Il est parti en 2001 en Syrie où il a suivi des cours dans une école coranique. Il a ensuite fait plusieurs voyages en Syrie, en Turquie, en Belgique et au Maroc, apportant son aide à de nombreux activistes islamistes. Il est finalement arrivé au Maroc en septembre 2005.
Ahmed Zemmouri, alias Abou Omeir Abou Mansour, devait rejoindre les camps paramilitaires du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) en Algérie. Il devait quitter le Maroc le 5 ou le 6 novembre pour aller apprendre dans ces camps à manier des armes et des explosifs. Il avait prévu de rejoindre par la suite l'Irak.
Un procureur du tribunal antiterroriste de Salé, ville jumelle de Rabat, a inculpé et écroué jeudi 17 jeunes, soupçonnés de liens avec Al Qaïda.
Plusieurs charges ont été retenues contre eux, notamment "préparation de projets terroristes, falsification de documents, constitution de bande criminelle et atteinte à l'ordre public".
"Il s'agit de la plus grave affaire de terrorisme au Maroc depuis la série d'explosions de Casablanca en mai 2003 (qui avaient fait 33 morts) car des éléments de l'extérieur ont tenté de s'infiltrer dans le Royaume pour préparer des attentats", a confié jeudi à l'AFP un responsable des services de sécurité marocains.
"Sans la vigilance de nos services et la coopération avec les pays européens, le Maroc aurait connu un décembre noir car le groupe projetait d'attaquer des cibles touristiques et des institutions publiques", avait indiqué jeudi à l'AFP un responsable des services de sécurité marocains.
Source : AFP, 25 novembre 2005

 

Redouane Chekkouri remis en liberté au Maroc


Un ancien détenu marocain de la prison de Guantanamo, placé en détention au Maroc et dont la famille était sans nouvelle depuis le 15 novembre, a été relâché lundi 21 novembre par la police, a indiqué l'Association de soutien aux détenus islamistes marocains, en citant ses proches.
«Les informations en ma possession sont concordantes, Redouane Chekkouri a été libéré», a déclaré à l'AFP le président de l'association Mouhtad Abderrahim, citant un proche de Chekkouri.
Lundi matin, les avocats de la défense s'étaient inquiétés du sort de Redouane Chekkouri, un ancien détenu de Guantanamo, dont le nom ne figure pas dans le communiqué diffusé dimanche.
Contacté par l'AFP, Me Mohamed Hilal, un avocat de la défense a indiqué, sans autre précision, qu'il avait appris que Chekkouri avait été libéré.
Avec Brahim Benchekroun et Mohamed Mazouz, deux anciens détenus de la prison de Guantanomo, Chekkouri avait été placé en détention début novembre, selon sa famille, dans le cadre du démantèlement de la «cellule terroriste» en formation.
Parmi les 17 détenus arrêtés depuis le 11 novembre, les deux anciens prisonniers marocains de Guantanamo, Benchekroun et Mazouz, comparaissaient libres dans un autre procès en cours. Selon la police, ils ont été interpellés pour avoir aidé à l'infiltration d'un membre d'Al Qaïda au Maroc.
Source : AFP, 21 novembre 2005

 

Des experts de l'ONU rejettent les conditions imposées par Washington pour visiter Guantanamo


Des experts onusiens spécialistes des droits de l'homme ont affirmé vendredi que les conditions inacceptables imposées par le gouvernement américain rendaient impossible une visite objective de la prison spéciale de Guantanamo.
Invités par les Etats-Unis à visiter la base navale américaine installée sur l'île de Cuba, ces experts ont fait savoir qu'ils étaient contraints de décliner cette invitation, les responsables américains leur ayant refusé le droit d'avoir des entretiens privés avec les détenus.
"Nous regrettons profondément que l'administration américaine n'ait pas accepté les critères de référence pour permettre une évaluation crédible, objective et équitable de la situation des détenus au centre de détention de Guantanamo", expliquent-ils. "Ces critères comprennent la capacité de réaliser des entretiens privés avec des détenus", ajoutent les cinq experts dans un communiqué.
Selon eux, il est "particulièrement décevant que l'administration américaine, qui a invariablement déclaré son engagement à faire respecter les principes d'indépendance et d'objectivité des commissions d'enquête, ne soit pas en mesure d'accepter ces critères".
L'administration Bush a offert aux enquêteurs un accès similaire à celui dont ont déjà bénéficié des membres du Congrès américain. Mais elle n'autorise qu'à des représentants du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) un accès en privé aux détenus, a expliqué un porte-parole du Pentagone, le lieutenant-colonel Mark Ballesteros.
Par ailleurs, à Londres, l'organisation Amnesty International a demandé à la Commission européenne d'enquêter sur des centres de détention secrets que contrôleraient les Américains en Europe, alors qu'un ancien détenu de Guantanamo mettait en garde contre de nouvelles attaques terroristes si de tels centres n'étaient pas fermés.
Amnesty et Reprieve, un mouvement londonien qui travaille sur les questions des droits de l'homme et des condamnations à mort, tiennent à Londres une conférence de trois jours sur la torture et les détentions secrètes de suspects de terrorisme. Plusieurs anciens prisonniers de Guantanamo y participent.
"Guantanamo doit être fermé. Si ce n'est pas le cas, je peux presque garantir que la violence et le terrorisme vont proliférer", a déclaré Moazzam Begg, 37 ans, qui a été détenu à Guantanamo pendant trois ans sans inculpation, et qui vit aujourd'hui à Birmingham.
Plus de 500 hommes accusés de liens avec l'ancien régime taliban afghan ou avec le réseau terroriste Al-Qaïda sont toujours détenus dans la prison de Guantanamo. Un grand nombre d'entre eux sont détenus sans inculpation et n'ont aucune possibilité de rencontrer des avocats depuis près de quatre ans.
Source : AP, 18 novembre 2005

 

Manifestation à Bagdad contre la torture de détenus irakiens


Près de 400 Irakiens, en majorité sunnites, ont défilé dimanche dans l'ouest de Bagdad pour exiger la fin de la torture des détenus irakiens.
Les manifestants, qui brandissaient des images montrant des détenus torturés, des cadavres défigurés et des troupes américaines interpellant des Irakiens, étaient partis du bureau du Front pour le dialogue national, un mouvement politique sunnite dans le quartier de Jamia. Ils ont marché quelques centaines de mètres avant de se disperser dans le calme.
"Nous condamnons la torture et nous appelons les Nations unies et la communauté internationale à faire pression sur le gouvernement irakien et les Américains, a lancé Ali al-Saadoun, un responsable du Front pour le dialogue national, devant les manifestants. "Nous voulons que tous les prisonniers soient libérés".
Après l'affaire des sévices infligés par des soldats américains à des détenus irakiens à la prison d'Abou Ghraib de Bagdad, un nouveau scandale a éclaté la semaine dernière en Irak, mettant en cause cette fois des Irakiens. Des troupes américaines ont découvert 173 détenus dans un centre du ministère irakien de l'Intérieur dans le quartier Jadriyah de Bagdad. Pour la plupart des sunnites, ils étaient sous-alimentés et certains portaient des marques de torture.
Source : AP, 20 novembre 2005

 

Washington a refusé de donner l'autorisation aux Nations unies de parler librement aux détenus lors d'une inspection du camp de guantanamo


Les Nations unies ont renoncé vendredi à effectuer une inspection du camp-prison américain de Guantanamo Bay, à Cuba, faute d'avoir obtenu de Washington l'autorisation de parler librement aux prisonniers. L'Onu souhaitait y enquêter sur les «graves accusations de torture, de traitement cruel, inhumain et dégradant», de détention arbitraire et de violations des droits des détenus. Quelque 500 prisonniers sont incarcérés dans ce camp depuis le 10 janvier 2002, en dehors de tout cadre légal. Une partie d'entre eux observerait une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détentions. Mais personne n'est sûr de rien en raison de l'opacité imposée par l'administration américaine sur ce camp-prison.
La décision onusienne est de nature à mettre dans l'embarras le gouvernement américain. Même des dictatures ont de part le monde accepté d'ouvrir leurs prisons à l'Onu, afin d'éviter d'être stigmatisé par la communauté internationale. Le rapporteur spécial de l'Onu sur la torture doit ainsi se rendre en Chine et au Tibet à la fin du mois. Pékin a accepté les conditions de visite minimales imposées par le rapporteur spécial. L'Onu exige, entre autre, de pouvoir parler en tête à tête, sans témoins, aux détenus de son choix. Condition que, paradoxalement, la Chine a accepté, mais pas Washington...
Les négociations entre l'Onu et les Etats-Unis concernant la demande de visite à Guantanamo du rapporteur spécial avaient commencé en avril 2004. Elles ont donc duré un an et demi, pour finir sur un échec. La stratégie dilatoire de Washington avait été critiquée par l'Onu voilà six mois. «Le fait que l'accès aux prisonniers ait été refusé pendant si longtemps aux enquêteurs de l'Onu», avait déclaré Manfred Nowak, le rapporteur spécial sur la torture, est «un signe qu'ils souhaitent dissimuler certaines choses à la vue du public (...) A un moment, il faut considérer les accusations fondées comme des faits avérés en l'absence d'explication claire du gouvernement concerné». Paul Hunt, rapporteur spécial de l'Onu sur le droit à la santé physique et mentale, avait cité des cas de «détérioration inquiétante de la santé mentale de nombreux détenus», des dizaines de tentatives de suicide et des méthodes d'interrogatoire coercitives, y compris par la privation de sommeil.
Le rapporteur spécial et son équipe doivent de toutes façons achever fin décembre un rapport sur les conditions de détention à Guantanamo, lequel sera présenté au commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme en mars.
Source : AFP, 18 novembre 2005

 

L'avocate bénévole Kristine Huskey se révolte contre la limitation des droits des détenus de Guantanamo


par Corinne Lesnes, Le Monde, 16 novembre 2005
Dans sa vie de tous les jours, Kristine Huskey est avocate spécialisée en droit des affaires. Elle travaille sur Pennsylvania Avenue, à Washington, dans l'un des grands cabinets du pays, Shearman and Sterling, qui emploie 1 000 juristes et est implanté dans 12 pays. Mme Huskey a représenté l'OPEP dans un dossier anti-trust. Elle a plaidé au nom de l'industrie mexicaine de la tomate dans un litige avec le département du commerce. Ses clients sont en général des entités étrangères fortunées.
Dans sa deuxième vie, Mme Huskey ferme sa boîte à lettres électronique et part pour Guantanamo, le "trou noir juridique", où 500 prisonniers sont détenus depuis quatre ans sans jugement. Elle a six clients koweïtiens dans la prison. Ils étaient onze mais cinq ont été relâchés le 3 novembre. Shearman and Sterling défend ces "combattants ennemis" dans le cadre du programme dit "pro bono", non rémunéré. C'est une tradition des cabinets américains. Il est bien vu de défendre gratuitement des causes humanitaires. Le plus souvent il s'agit de réfugiés ou de condamnés à mort. Rarement de terroristes présumés.
La firme a d'abord été contactée, en 2002, par Khaled Al-Odeh, le père d'un prisonnier arrêté au Pakistan. Il ignorait où était son fils, et l'ambassadeur américain au Koweït refusait de lui répondre. Deux cabinets de Washington avaient refusé de le représenter, alors qu'il avait assez d'argent pour payer. Dans la firme de Mme Huskey, quelques collègues ont été "nerveux", raconte-t-elle, à l'idée de se voir entraînés dans la défense d'ennemis de la nation. Mais quand le cabinet a fait partie du collectif qui a gagné devant la Cour suprême, ils ont changé d'optique. Et d'autres grands groupes privés se sont mis sur les rangs pour représenter des détenus. C'est devenu une bonne publicité, surtout pour ceux qui travaillent avec l'étranger.
L'arrêt du 28 juin 2004 a autorisé les détenus à contester leur incarcération devant des juridictions américaines, au nom du principe de l'habeas corpus. La cour a estimé que, dès lors que le gouvernement se déplaçait, la Constitution le suivait. Deux cents détenus ont engagé des procédures. Résultat : les avocats ont fait irruption dans le monde secret de Guantanamo, où les seuls visiteurs étaient les délégués de la Croix-Rouge, tenus au silence. Maintenant, c'est l'un des arguments pour mettre en cause l'arrêt de la Cour. Les "combattants ennemis" encombrent les tribunaux américains.

 

"SANS VÉRITABLE DÉBAT"
Mme Huskey était à Guantanamo les 7 et 8 novembre, sa huitième visite en un an. Elle y a trouvé Fawzi Al-Odeh, 27 ans, à l'hôpital de la prison. Il est de ceux qui poursuivent une grève de la faim depuis le 8 août. "Il est nourri de force, explique-t-elle, mais il a perdu près de 20 kilos. Il pesait 63 kilos. Il n'en fait plus que 44." Les avocats ont demandé immédiatement à une juge de Washington d'ordonner une évacuation d'urgence. "On a appelé de la cabine téléphonique qui est devant l'épicerie." La juge a refusé leur demande le 11 novembre. Les autorités américaines ont refusé au rapporteur de l'ONU sur la torture la possibilité de s'entretenir avec les détenus. Les avocats, eux, peuvent parler aux détenus sans témoins, mais leurs notes sont considérées comme relevant de l'intérêt national. Ils doivent les remettre aux autorités avant de quitter la base. Elles leur reviennent dans les deux semaines par courrier ordinaire. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'ils ont droit de faire état de ce qu'ils ont vu. "Le principal problème, c'est que les interrogateurs contrôlent tous les aspects de leur vie", rapporte-t-elle. S'ils "coopèrent", les détenus ont droit au courrier de leur famille, à de la lecture. Les aventures de Harry Potter sont proposées. Mais, là aussi, il faut coopérer.
Quand Mme Huskey retrouve Washington, elle a un temps d'ajustement. "Nous ne sommes pas que des avocats, dit-elle. Nous sommes l'unique visage amical qu'ils voient, des thérapeutes, des amis... Il y en a un, l'autre jour, qui m'a demandé conseil pour son problème de sinus. Emotionnellement, c'est éprouvant."
Mme Huskey doit retourner à Guantanamo en décembre. Elle ne sait pas si le voyage aura lieu. Le Sénat a adopté, mardi 15 novembre, un texte qui vise à mettre fin à la possibilité de recours en habeas corpus. L'amendement voté est assez compliqué. Si la Chambre le vote aussi, les détenus n'auront plus le droit de contester la validité de leur détention. Ils pourront faire appel de certaines décisions du ministère de la défense et des tribunaux militaires, mais devant un seul tribunal fédéral, celui de Washington. Et il faudra avoir été condamné à mort ou à plus de dix ans de prison. Cinq démocrates se sont joints aux républicains.
L'avocate est révoltée. "Un principe fondamental comme l'Habeas Corpus, qui remonte à plusieurs siècles, est remis en question par un amendement rédigé sur un coin de table, sans véritable débat. C'est scandaleux", s'indigne Mme Huskey.

 

La privation de sommeil, supplice courant à Guantanamo et Abou Ghraib


par Corinne Lesnes, Le Monde, 18 novembre 2005
La privation de sommeil est l'un des éléments de stress qui ont été systématiquement utilisés à Guantanamo. Aucune définition n'existe quant au seuil à partir duquel le manque de sommeil est considéré comme équivalent à de la torture, mais, selon les spécialistes, c'est
une dimension capitale de la stratégie pour briser un détenu. "Le sommeil remplit l'une des fonctions les plus fondamentales du corps humain", explique la psychologue Katherine Porterfield, du Programme pour les survivants de la torture de l'Université de New York.
Le centre reçoit des survivants de la torture originaires de 70 pays. La privation de sommeil est un supplice fréquent. Les interrogateurs
perturbent le rythme circadien de l'individu, en le réveillant à n'importe quel moment.
Conséquence : une détérioration physique et la perte de repères cognitifs. Une étude de 2001 a aussi montré que la privation
de sommeil augmente la douleur. A pression physique constante, la douleur est plus intense. La privation de sommeil peut aussi conduire à une perte de contrôle de la température corporelle. Or l'exposition au froid ou à la chaleur est un autre élément de la torture dite "douce".
Selon les témoignages officiels ou recueillis dans la presse, la privation de sommeil a été largement employée à Guantanamo ou Abou Ghraib. Les cellules étaient constamment éclairées ou baignées dans une musique forte. Un détenu pouvait être réveillé, soumis
à un interrogatoire puis renvoyé dans une cellule différente.
Dès qu'il s'était rendormi, il était de nouveau réveillé puis renvoyé ailleurs. La même scène pouvait se répéter cinq ou six fois par nuit.
Pour le directeur du Programme sur la torture, le docteur Allen Keller, la torture est efficace dans un domaine : "Créer un environnement
de terreur." Lui qui travaille avec des victimes venues du Tibet ou d'Afrique, craint que l'exemple américain "ne place des civils dans le monde entier en plus grand danger d'être torturés".

 

173 détenus maltraités au ministère de l'intérieur iraquien


Le premier ministre irakien, Ibrahim Jaafari, a lancé, mardi 15 novembre, une enquête sur le sort de 173 prisonniers, en majorité sunnites, détenus sans décision de justice dans une prison du ministère de l'intérieur, à Bagdad. "Ils souffrent de sous- alimentation et ils ont fait l'objet de tortures", a reconnu M. Jaafari. Le premier ministre a fait état de la création d'une deuxième commission chargée d'étudier "les conditions de détention dans les autres centres en Irak et de déterminer le nombre total des prisonniers".
Dans un rapport publié lundi par la mission de l'ONU en Irak, il est précisé que 23 394 sont détenus dans le pays dont 11 559 par la Force multinationale (FMN). Selon des chiffres publiés par le Guardian, plus de 35 000 Irakiens ont été détenus depuis le début de la guerre. 21 000 ont été relâchés sans charges. Sur les 1 300 contre lesquels des inculpations ont été retenues, seulement la moitié ont été reconnus coupables.
Cette nouvelle affaire de mauvais traitements, qui survient après le scandale d'Abou Ghraib au printemps 2004, a été découverte par les Américains. Ce sont eux qui ont trouvé les 173 prisonniers lors d'une descente dans un bâtiment du ministère de l'intérieur. Tous les responsables du centre ont été arrêtés. La mission de l'ONU en Irak s'était récemment fait l'écho de nombreuses plaintes sur la détention arbitraire par les services de sécurité irakiens, dominés par les chiites.
Des politiciens sunnites ont en effet accusé le ministère de l'intérieur contrôlé par les chiites d'abriter des "escadrons de la mort" et de pratiquer la torture et les arrestations arbitraires. L'un d'entre eux, Saleh Al-Mutlaq, a indiqué que le ministère était infiltré par les membres de la brigade Badr, la milice chiite opérant depuis l'Iran à l'époque de Saddam Hussein. "Certains Irakiens ont eu le crâne perforé par des perceuses et leurs corps ont été jetés dans la rue", a-t-il raconté
D'autre part, un porte-parole du Pentagone interrogé, mardi, par la BBC a reconnu que l'armée américaine a utilisé du phosphore blanc lors de l'assaut contre Fallouja en novembre 2004, comme l'a révélé, le 8 novembre, un reportage de la chaîne italienne RaiNews24. "Nous l'avons utilisé comme arme incendiaire contre des combattants ennemis", a déclaré le lieutenant-colonel Barry Venable. "Il n'est pas illégal", a-t-il fait remarquer. "Lorsque vous avez des forces ennemies à couvert, que votre artillerie à explosifs puissants n'a pas d'impact et que vous voulez les sortir de ces positions, l'une des techniques est de tirer du phosphore blanc dans la position. Les effets combinés du feu et de la fumée les feront sortir des trous, de façon à ce que vous puissiez les tuer."
Source : AFP & AP, 16 novembre 2005

 

AVEZ-VOUS ENTENDU PARLER DE GUANTANAMO ?
BIEN SÛR, DIREZ-VOUS. MAIS QU'EN SAVEZ-VOUS EXACTEMENT ?

 

Présentation de la Chronique de guantanamo, publiée par le Collectif guantanamo France


« Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé »

Article 9 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme.

 

La CHRONIQUE DE GUANTANAMO est une "newsletter" électronique publiée par le Collectif guantanamo, lancée en février 2003. Depuis avril 2004, elle paraît 2 fois par mois, le 1er et le 15 du mois. Elle entre aujourd'hui dans sa troisième année. En 23 mois, nous avons constitué la plus importante base de données en langue française sur guantanamo, soit l'équivalent d'une dizaine de livres de 220 pages, accessible à tous ceux qui savent lire sur 2 sites web. Nous entendons continuer, élargir et approfondir ce travail. Mais cela ne sera pas possible sans vous.

Le 10 janvier 2005, cela fera 3 ans que 545 hommes de 40 pays sont détenus illégalement par les USA. 202 autres ont été libérés, dont une partie ont été emprisonnés dans leur pays. Exiger qu'ils soient libérés ou jugés équitablement nous semble naturel. Ce n'est pas l'avis de la Maison blanche et du Pentagone, qui ignorent depuis 6 mois un verdict de la Cour suprême US ordonnant que ces prisonniers aient la possibilité de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire.

Le Collectif guantanamo a été créé en France en février 2003. Cette association a pour but d'organiser une campagne mondiale d'information et de solidarité pour défendre les droits de toutes les personnes détenues par les USA comme "combattants ennemis illégaux" à Guantanamo, Bagram et ailleurs.

Son appel fondateur, "guantanamo : premier camp de concentration off shore de l'Empire !", peut être lu en 9 langues [ allemand, anglais, arabe, créole, danois, espagnol, français, russe, suédois ] en allant à : http://www.gwadaoka.org/guantanamo_appel_fr.htm

Son outil principal est le travail d'information. Le Collectif publie des informations sur la "galaxie guantanamo" à un rythme quasi-quotidien sur deux sites internet. Ces informations sont reprises et diffusées tous les 15 jours dans une lettre électronique appelée CHRONIQUE DE GUANTANAMO. Si vous voulez lire, puis vous abonner à cette CHRONIQUE , il suffit de nous envoyer un mail à collectifguantanamo@yahoo.fr

Cette Chronique contient donc toutes les informations publiées au jour le jour sur les sites http://quibla.net et http://www.gwadaoka.org/guantanamo.htm

 

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Nos v¦ux pour 2005 sont simples, clairs et nets : le Pentagone et la Maison blanche doivent libérer les 545 otages détenus illégalement sur la base yankee de guantanamo depuis le 10 janvier 2002. Ou au moins, ils doivent respecter la sentence émise en juin 2004 par la Cour suprême US, stipulant que les détenus ont le droit de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire. Le martyre des hommes enfermés dans le premier camp de concentration off shore de l'Empire, entrera le 10 janvier dans sa quatrième année. C'est une insulte à l'humanité. Pensez à eux !

Merci de votre attention
pour le Collectif guantanamo,
le président
Fausto Giudice
1er janvier 2005 /20 Dhul Qa'dah 1425

 

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