Prisons secrètes de la CIA
> La Commission européenne va ouvrir une enquête
> Le CICR veut y avoir avoir accès
> L'article du Washington Post en français
> La République tchèque a refusé
d'accepter des détenus de Guantanamo
La Commission européenne
va ouvrir une enquête
La Commission européenne a annoncé jeudi
qu'elle allait ouvrir une enquête sur les informations
selon lesquelles la CIA aurait mis en place des prisons
secrètes dans l'est de l'Europe.
Les gouvernements des 25 Etats-membres seront interrogés
sur ces accusations, a précisé devant la presse
le porte-parole de l'UE, Friso Roscam Abbing. "Nous
devons découvrir ce qui s'est exactement passé.
Nous avons tous entendu parler de cela, maintenant, nous
devons vérifier si c'est confirmé". Il
a indiqué que de telles prisons contreviendraient
à la législation européenne sur les
droits de l'Homme. "En ce qui concerne le traitement
des prisonniers (...), il est clair que la totalité
des Vingt-Cinq qui ont signé la Convention européenne
des droits de l'Homme et la Convention internationale contre
la torture sont censés respecter et appliquer les
obligations de ces traités", a ajouté
Roscam Abbing. Le "Washington Post" a rapporté
mercredi que la CIA interrogeait certains des responsables
d'Al-Qaïda les plus importants dans une prison secrète
datant de l'époque soviétique en Europe de
l'est, selon des responsables américains et étrangers
proches du dossier. Ce centre de détention fait partie
d'un système carcéral clandestin créé
par l'Agence centrale américaine de renseignement
(CIA), qui a compté à certains moments des
sites dans huit pays, dont la Thaïlande, l'Afghanistan,
plusieurs Etats d'Europe de l'Est et un petit centre sur
la base américaine de Guantanamo, à Cuba,
note le quotidien
Ce réseau de détention secret créé
il y a près de quatre ans est un élément-clé
de la guerre non conventionnelle des services secrets américains
contre le terrorisme, souligne le "Washington Post".
Le conseiller à la sécurité nationale
Stephen Hadley a refusé mercredi soir de confirmer
ou d'infirmer les allégations du quotidien mais a
assuré que le président George Bush "avait
été très clair sur le fait que les
Etats-Unis ne tortureraient pas". "Les Etats-Unis
mèneront leurs activités dans le respect de
la loi et des obligations internationales", a affirmé
ce haut responsable. Source : AP, 3 novembre 2005
Le CICR veut avoir accès
aux éventuels détenus des prisons secrètes
de la CIA
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR)
a demandé aux Etats-Unis de confirmer les informations
selon lesquelles la CIA aurait mis en place des prisons
secrètes dans l'est de l'Europe et d'avoir accès
aux éventuels détenus de ce centre. "Nous
avons demandé aux autorités américaines
de nous informer sur la détention de ces personnes
et d'autoriser l'accès aux délégués
du CICR aux personnes détenues dans des lieux tenus
secrets", a expliqué à l'Associated Press
Antonella Notari, la porte-parole de l'organisation. Le
"Washington Post" a rapporté mardi que
la CIA interrogeait certains des responsables d'Al-Qaïda
les plus importants dans une prison secrète datant
de l'époque soviétique en Europe de l'est.
La Croix-Rouge internationale "s'inquiète
du sort d'un certain nombre de personnes interpellées
dans le cadre de ce qu'on appelle la 'lutte mondiale contre
le terrorisme' et détenues dans des lieux tenus secrets",
a poursuivi Antonella Notari. Selon elle, la CICR n'avait
pas été informée d'un centre de détention
secret. Source : AP, 3 novembre 2005
L'article du Washington Post en
français
La CIA détient des suspects de terrorisme dans
des prisons secrètes, les "sites noirs"
Le débat augmente au sein de l'agence sur la légalité
et la moralité du système 'hors sols' mis
en place après le Onze Septembre.
par Dana Priest, journaliste au Washington Post, mercredi
2 novembre 2005. Traduit de l'anglais pour Quibla par Yves
Lecrique
La CIA a mis au secret et interrogé certains de
ses principaux captifs d'Al Qaïda dans un complexe
de l'ère soviétique en Europe de l'Est, selon
des officiels américains et étrangers familiers
avec cet arrangement. L'installation secrète est
une partie du système pénitentiaire clandestin
mis en oeuvre par la CIA il y a près de quatre ans,
qui à diverses périodes a compris des sites
répartis sur huit pays, comprenant la Thaïlande,
l'Afghanistan et plusieurs démocraties de l'Europe
de l'Est, ainsi qu'un petit centre à la prison de
la Baie de Guantanamo à l'Ile de Cuba, selon des
officiers du renseignement actifs ou en retraite, et des
diplomates de trois continents. Le réseau d'internement
clandestin est une pièce centrale de la guerre non-conventionnelle
que la CIA mène contre le terrorisme. Il repose sur
la coopération de services secrets étrangers,
et sur la rétention d'informations fondamentales
à l'encontre du public, des officiels étrangers
et de pratiquement tous les membres du Congrès américain
chargés de superviser les actions secrètes
de la CIA.
L'existence et l'emplacement de ces installations -- référés
en temps que "black sites" ["sites noirs"]
dans des documents confidentiels de la Maison Blanche, de
la CIA, du Département de Justice et du Congrès
-- ne sont connus que d'une poignée d'officiels aux
Etats-Unis et, classiquement, du seul président et
de quelques officiers du renseignement de haut rang dans
les pays hôtes.
La CIA et la Maison Blanche, citant des considérations
de sécurité nationale et la valeur attachée
au programme, ont dissuadé le Congrès d'exiger
que l'agence réponde à des questions dans
une audience publique à propos des conditions d'internement
des captifs. Virtuellement rien n'est connu de l'identité
des détenus, des méthodes d'interrogatoire
employées sur eux, ou de comment sont prises les
décisions concernant les incarcérations et
leurs durées. Alors que le Ministère de la
Défense [Defence Department] a fourni des volumes
entiers de rapports publics sur ses pratiques et règles
de détentions aux prisons d'Abou Ghraïb en Irak
et de Guantanamo Bay, la CIA n'a même pas reconnu
l'existence de ses sites cachés. Y acquiescer, d'après
des officiels proches du programme, pourrait exposer le
gouvernement US à des poursuites judiciaires, en
particulier dans des tribunaux à l'étranger,
et augmenter les risques d'une sanction politique tant à
l'intérieur qu'à l'extérieur.
Mais les révélations sur les abus et mauvais
traitements largement répandus envers les prisonniers
en Afghanistan et Irak par l'armée US - qui opère
selon des règles publiques et la supervision transparente
du Congrès - ont provoqué de nouvelles inquiétudes
parmi les législateurs, gouvernements étrangers
et organisations des droits de l'homme à propos du
système opaque de la CIA. Ces inquiétudes
ont escaladé le mois dernier, quand le vice-président
Cheney et le directeur de la CIA Porter J. Goss ont demandé
au Congrès d'exempter les employés de la CIA
d'une législation déjà soutenue par
90 sénateurs qui interdirait les traitements cruels
et dégradants de tout prisonnier sous détention
américaine.
Bien que la CIA restera silencieuse sur les détails
de son système, des officiers du renseignement défendent
l'approche de l'agence, prétextant que la défense
victorieuse du pays nécessite les pouvoirs de celle-ci
à détenir et interroger des suspects de terrorisme,
pour aussi longtemps que nécessaire et sans les restrictions
imposées par le système légal US ou
même par les tribunaux militaires formés pour
les prisonniers détenus à Guantanamo Bay.
Le Washington Post ne rend pas public les noms des pays
d'Europe de l'Est impliqués dans le programme clandestin,
à la demande de haus fonctionnaires US. Leurs arguments
étaient qu'une telle révélation pourrait
déranger la lutte anti-terroriste dans ces pays,
et d'autres, et les exposeraient à d'éventuelles
représailles terroristes.
Le système de détention secret fut conçu
lors des premiers mois chaotiques et anxieux qui suivirent
les attaques du onze septembre 2001, avec pour hypothèse
de travail l'imminence d'une seconde frappe. Depuis, le
montage a été progressivement débattu
au sein de la CIA, où les inquiétudes ont
persisté envers la légalité, la moralité,
et la possibilité pratique de détenir des
terroristes même non repentis dans une telle isolation
et un tel secret, peut-être pour la durée de
leur vie entière. Des officiers de moyen et haut
niveau de la CIA ont commencé il y a deux ans à
argumenter que le système n'était pas durable,
et qu'il détournait l'agence de son unique mission
d'espionnage.
« Nous ne nous sommes jamais assis à une
table, d'après ce que je sais, pour mettre au point
une stratégie d'ensemble. » s'exprimait un
ex-officier supérieur du renseignement, qui connaît
bien le programme mais pas la localisation des prisons.
« Tout était très épidermique.
C'est comme cela qu'on arrive à une situation où
vous vous saisissez de gens, les envoyez dans des trous
d'enfer et ne vous demandez jamais 'Qu'allons-nous faire
d'eux ensuite ?' »
Il est illégal pour le gouvernement de détenir
des prisonniers dans un tel isolement dans des prisons secrètes
aux Etat-Unis, et c'est pourquoi la CIA les a placés
outre-mer, d'après de nombreux fonctionnaires du
renseignement actifs ou retraités, et d'autres fonctionnaires
du gouvernement. Des experts judiciaires et des fonctionnaires
du renseignement ont prétendu que les pratiques d'incarcération
de la CIA seraient également illégales selon
les lois de nombreux pays hôtes, où les détenus
ont droit à un avocat, ou à monter une défense
contre les accusations de malversation.
Les pays hôtes ont signé la convention de
l'ONU contre la torture et autre punition ou traitement
cruel, inhumain ou dégradant [U.N. Convention Against
Torture and Other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment
or Punishment ], de même que les Etats-Unis. Cependant
les interrogateurs de la CIA dans les sites d'outre-mer
['hors sol' -NdT] sont autorisés à utiliser
les méthodes approuvées par la CIA dites «
Techniques d'interrogatoire avancées », dont
certaines sont prohibées par la convention de l'ONU
et par la loi militaire américaine. Elles comprennent
des tactiques comme celle du « waterboarding »
['tourniquet d'eau'] où le prisonnier est convaincu
qu'il ou elle est en train de se noyer.
Certains détenus appréhendés par
la CIA et transférés à des services
de renseignement étrangers ont déclaré
suite à leur libération qu'ils avaient été
torturés, bien qu'il ne soit pas clair si des personnels
de la CIA ont été impliqués dans ces
abus allégués. Etant donné la nappe
de secrets entourant les détentions de la CIA, de
telles accusations ont haussé l'anxiété
parmi les gouvernements étrangers et les groupements
droit-de-l'hommistes, au regard des pratiques de détention
et d'interrogatoire de la CIA.
Les contours du programme de détention de la CIA
ont émergé par fragments au cours des deux
dernières années. Les parlements du Canada,
d'Italie, de France, de Suède et des Pays-Bas ont
ouvert des enquêtes sur de prétendues opérations
de la CIA qui auraient capturé clandestinement leurs
citoyens oudes résidents légaux et les auraient
transférés dans les prisons de l'agence.
Plus de 100 suspects de terrorisme ont été
envoyé par la CIA dans le système secret,
d'après des officiers du renseignement US actifs
ou retraités et des sources étrangères.
Ce chiffre, estimé grossièrement d'après
des informations provenant de sources qui elles-mêmes
estimaient leur connaissance des chiffres incomplète,
ne comprend pas les prisonniers arrêtés en
Irak.
Les détenus se divisent en deux classes, ont dit
ces sources. Environ 30 sont considérés comme
des suspects de terrorisme majeurs et sont détenus
sous les plus hauts niveaux de sécurité dans
les 'sites noirs' financés par la CIA, et mis en
oeuvre par du personnel de l'agence, ce qui inclut ceux
d'Europe orientale et d'ailleurs, d'après des officiers
du renseignement actifs ou en retraite et deux autres officiels
du gouvernement US. Deux sites de cette catégorie
- en Thaïlande et sur les terrains de la prison militaire
de Guantanamo Bay - ont été fermés
en 2003 et 2004 respectivement.
Un second tiers - que ces sources estiment à plus
de 70 détenus - est un groupe considéré
comme moins important, d'implication moins directe avec
le terrorisme, et de potentiel de renseignement moindre.
Ces prisonniers, dont certains furent originalement conduits
vers les 'sites noirs', sont livrés aux services
de renseignement d'Egypte, de Jordanie, du Maroc, d'Afghanistan
et autres pays selon un processus parfois appelé
le « transfert » [« rendition »].
Alors que les sites clandestins du premier tiers sont manoeuvrés
par des officiers de la CIA, les prisons de ces pays sont
mises en oeuvre par les nations hôtes, avec une assistance
financière de la CIA, et parfois sous sa direction.
Le Maroc, l'Egypte et la Jordanie ont déclaré
ne pas torturer leurs prisonniers, bien que les rapports
annuels sur la situation des droits de l'homme du State
Department [Ministère des affaires étrangères
US] les accusent tous les trois depuis plusieurs années
d'abus chroniques sur leurs détenus. Les trente plus
importants prisonniers d'Al Qaïda vivent en complet
isolement du monde extérieur. Gardé dans des
cellules sombres, parfois souterraines, ils n'ont aucun
droit légal reconnu, et personne en dehors de la
CIA n'est autorisé à leur parler ou même
les voir, ou tout simplement vérifier leur condition
physique, ont déclaré des officiels des gouvernements
US et étrangers et du renseignement, actifs ou retraités.
La plupart des installations furent construites et sont
maintenues en fonctionnement avec des fonds du Congrès
appropriés, mais la Maison Blanche a refusé
d'autoriser la CIA à instruire quiconque excepté
les présidents et vice-présidents des commissions
sur le renseignement de la Chambre et du Congrès,
à propos des généralités sur
le programme.
Les pays d'Europe de l'Est que la CIA a persuadé
d'héberger les captifs d'Al Qaïda sont des démocraties
qui ont embrassé l'état de droit et les libertés
individuelles après des décennies de domination
soviétique. Tous ont essayé de purger leurs
services du renseignement d'éléments ayant
travaillé pour d'autres - principalement la Russie
et le crime organisé.
Les origines des 'sites noirs'
L'idée de détenir des terroristes en dehors
du système légal américain n'était
pas envisagée avant le Onze Septembre, pas même
pour Oussama ben Laden, selon des fonctionnaires du gouvernement
en retraite. Le plan était d'amener ben Laden et
ses principaux associés devant le système
judiciaire américain pour y être jugés,
ou de les extrader vers d'autres pays pour qu'ils y soient
jugés.
« La question de la détention et de l'interrogatoire
des gens n'a jamais, jamais été discutée.
» déclara un ancien officier du renseignement
de haut rang ayant travaillé avec le Centre anti-terroriste
de la CIA [CTC, Counterterrorist Center], pendant cette
période. « C'était contre la culture
de l'agence et ils pensaient que l'information serait mieux
obtenue par d'autres moyens. » Le jour des attaques,
la CIA avait déjà une liste de ce qu'elle
appelait ses cibles à haute valeur [« High
Value Targets »] dans la structure d'Al Qaïda,
et à mesure que les complots d'attaques sur le World
Trade Center et le Pentagone étaient dénoués,
d'autres noms furent ajoutés à la liste. La
question de quoi faire de ces gens fit rapidement surface.
Le chef des opérations du CTC proposa la création
d'équipes de frappe constituées d'officiers
spécialistes et de paramilitaires de la CIA qui infiltreraient
clandestinement des pays du Moyen-Orient, d'Afrique et même
d'Europe pour assassiner les personnes de la liste, une
par une.
Mais de nombreux officiers de la CIA croyaient qu'il serait
plus valable de garder en vie les chefs d'Al Qaïda
pour être les interroger sur leur réseau ou
d'autres complots. Quelques officiers s'inquiétèrent
de ce que la CIA ne serait pas très adepte des assassinats.
« Nous nous tirerions probablement dessus »,
dit un autre ex-fonctionnaire de haut rang de la CIA. L'agence
met en place des prisons sous le couvert de son autorité
aux missions clandestines. Selon la loi américaine,
seul le président peut autoriser une action clandestine,
en signant un document appelé conclusion présidentielle
[presidential finding]. Ces conclusions ne peuvent pas enfreindre
la loi américaine et sont visées et approuvées
par la CIA, le Département à la Justice et
les conseillers judiciaires de la Maison Blanche.
Six jours après les attaques du Onze Septembre,
le président Bush signa une conclusion radicale qui
donnait à la CIA une large autorisation pour disloquer
les activités terroristes, comprenant une permission
de tuer, capturer ou détenir des membres d'Al Qaïda
partout dans le monde. Il n'a pas pu être déterminé
si M.Bush a approuvé une conclusion séparée
concernant le programme des 'sites noirs', mais le consensus
parmi les fonctionnaires actifs et retraités du renseignement,
et d'autres fonctionnaires du gouvernement interrogés
pour cet article est qu'il n'en avait pas besoin. A l'inverse,
ils croient que le bureau du conseil général
de la CIA a agit selon les paramètres de cette conclusion
du 17 septembre. Le programme des sites clandestins a été
approuvé par un petit cercle de fonctionnaires et
de magistrats de la Maison Blanche et du Département
à la Justice, selon plusieurs fonctionnaire actifs
ou retirés du gouvernement et du renseignement US.
Des accords avec deux pays
Parmi les premières étapes il fallut déterminer
où la CIA pourrait secrètement détenir
les captifs. Une idée originale fut de les garder
sur des navires dans les eaux internationales, mais fut
écartée pour des raisons de sécurité
et de logistique.
Les officiers de la CIA ont également recherché
une situation semblable à celle de l'île d'Alcatraz.
Ils envisagèrent d'utiliser les îles virtuellement
vierges du Lac Kariba en Zambie, qui sont bordées
de falaises abruptes et couvertes de bois. Mais les mauvaises
conditions sanitaires pouvaient facilement amener à
des maladies mortelles, décidèrent-ils, et,
d'autre part, s'interrogèrent-ils, pouvait-on confier
un tel secret aux Zambiens ? Toujours sans solution pour
le long terme, la CIA a commencé à envoyer
les suspects qu'elle capturait dans les premiers mois ou
peu après le Onze Septembre à ses vieux partenaires,
les services secrets de l'Égypte et de la Jordanie.
Un mois plus tard, la CIA s'est retrouvée avec
des centaines de prisonniers qui provenaient des champs
de bataille de l'Afghanistan. On improvisa une solution
à court terme. L'agence regroupa ses prisonniers
de plus haute valeur dans des containers en métal
installés dans un coin de la base aérienne
de Bagram, qui était entouré d'une triple
circonférence de barrières à fils de
métal embouti. La plupart des prisonniers furent
laissés entre les mains de l'Alliance du Nord, l'opposition
armée aux Talibans soutenue par l'Amérique.
« Je me rappelle avoir demandé : Qu'allons-nous
faire de ces gens ? » dit un officier de haut rang
de la CIA. « Je ne cessais de répéter,
où est l'aide ? Nous devons amener de l'aide. Nous
ne pouvons pas être des gardiens de prison - notre
boulot est de retrouver Oussama. »
Puis vinrent les rapports tendancieux, dans l'hiver 2001,
prétendant que des prisonniers gardés par
des généraux afghans dans des containers cargos
avaient trouvé la mort asphyxiés. La CIA demanda
au Congrès, et obtint rapidement, des dizaines de
millions de dollars afin d'établir un système
plus vaste, de long terme, en Afghanistan, dont certaines
parties seraient utilisées pour des prisonniers de
la CIA.
La plus grande prison de la CIA en Afghanistan reçut
le nom de code 'Salt Pit', le puits de sel. C'était
également le centre local de la CIA et il était
à l'origine localisé dans une vieille usine
de briques au dehors de Kaboul. En novembre 2002, un officier
spécialiste inexpérimenté de la CIA
fut décrit comme ayant donné l'ordre aux gardes
de déshabiller un jeune détenu récalcitrant,
l'enchaîner sur le sol en béton et le laisser
toute la nuit sans couvertures. Il gela à mort, d'après
quatre officiels du gouvernement US. L'officier de la CIA
n'a pas été poursuivi pour ce décès.
Le 'puits de sel' était protégé par
des caméras de surveillance et de rudes gardes afghans,
mais la route qui y menait n'était pas sûre
et la prison fut déménagée ensuite
à l'intérieur de la base aérienne de
Bagram. Elle a depuis été relocalisée
à l'extérieur de la base.
A la mi-2002, la CIA avait conclu des accords secrets
pour des 'sites noirs' avec deux pays, dont la Thaïlande
et un pays d'Europe de l'Est, nous ont dit les fonctionnaires
actifs ou en retraite. 100 millions de dollars sont estimés
avoir été inclus dans l'annexe confidentielle
de la première provision supplémentaire votée
pour les affaires afghanes. Puis la CIA captura son premier
détenu, le 28 mars 2002. Les forces pakistanaises
s'emparèrent d'Abou Zubaida, le chef des opérations
d'Al Qaïda, l'emprisonnèrent et la CIA le transféra
à toute allure dans un nouveau site secret en Thaïlande,
qui comprenait des cellules d'interrogatoire souterraines,
ont prétendu plusieurs fonctionnaires du renseignement
retirés ou actifs. Six mois plus tard, le planificateur
du Onze Septembre Ramzi Binalshibh fut aussi capturé
au Pakistan et envoyé par avion en Thaïlande.
Mais après les premières publications d'articles
révélant l'existence du site en juin 2003,
les officiels thaïs insistèrent pour que la
CIA le ferme, et les deux terroristes furent déplacés
ailleurs, d'après des ex-fonctionnaires du gouvernement
impliqués dans le dossier. La coopération
entre les deux pays sur la lutte anti-terroriste a été
depuis lors mitigée. À la fin 2002 ou début
2003, la CIA a passé des accords avec d'autres pays
pour établir des prisons clandestines. Un de ces
sites - que nos sources ont prétendu croire être
la plus vaste installation de la CIA aujourd'hui - prit
une importance particulière quand l'agence se rendit
compte qu'elle aurait à faire face à un nombre
grandissant de prisonniers avec d'autant moins de prisons.
La Thaïlande fut fermée, et durant l'année
2004 la CIA décida qu'il lui fallait abandonner son
petit site à Guantanamo Bay. La CIA avait planifié
de le convertir en installation modèle, mise en ouvre
indépendamment par les militaires. La CIA se retira
quand les courts de justice américaines commencèrent
à exercer un plus grand contrôle sur les détentions
militaires, les officiels de l'agence craignant que le même
type de supervision s'étende rapidement sur les leurs.
Rétrospectivement, disent certains fonctionnaires
actifs ou en retraite du renseignement, les problèmes
de la CIA furent exacerbés par une autre décision
prise au sein du centre de contre-terrorisme [Counterterrorist
Center], à Langley [ siège la CIA -NdT]. Le
champ d'action original du programme de la CIA consistait
à cacher et interroger les deux douzaines environ
de meneurs d'Al Qaïda tenus pour être directement
responsables des attaques du Onze Septembre, ou qui posaient
une menace imminente, ou avaient une connaissance plus large
du réseau Al Qaïda. Mais alors que le volume
des lignes et connexions de l'étranger vers la CTC
augmentait, et que la capacité de ses groupes paramilitaires
à se saisir de suspects s'améliorait, la CIA
commença à appréhender de plus en plus
de personnes dont la valeur pour le renseignement et les
liens avec le terrorisme étaient moins certains,
d'aprèsquatre fonctionnaires en active ou en retraite.
Les standards originaux à satisfaire pour consigner
des suspects dans l'univers invisible furent baissés
ou ignorés, ajoutèrent-ils. « Ils en
ont beaucoup, beaucoup en plus qui n'atteignent pas le moindre
seuil » dit un officiel du renseignement.
Plusieurs, anciens ou non, fonctionnaires du renseignement,
ainsi que plusieurs fonctionnaires du gouvernement US ayant
connaissance du programme, ont exprimé leur frustration
devant le fait que la Maison Blanche et les décideurs
des cercles du renseignement n'aient pas posé comme
une priorité la décision, de savoir si le
programme d'incarcération secret devait continuer
dans sa forme actuelle ou être remplacé par
une approche différente.
Pendant ce temps, le débat sur la sagesse même
du programme continue parmi les officiers de la CIA, certains
d'entre eux argumentant de plus que le secret entourant
le programme n'est pas tenable. « C'est simplement
un horrible fardeau » dit un fonctionnaire du renseignement.
Le chercheur Julie Tate a contribué à cet
article. Source : http://www.washingtonpost.com/
La République tchèque
a refusé d'accepter des détenus de Guantanamo
La République tchèque a récemment rejeté
une requête des Etats-Unis lui demandant d'installer
sur son territoire un centre de détention pour accueillir
des prisonniers de la base de Guantanamo, a indiqué
mercredi le ministre de l'Intérieur Frantisek Bublan.
"Des négociations ont eu lieu il y a un mois
à peu près. (Les Américains) ont fait
des efforts pour installer ici quelque chose de ce genre,
mais ils n'ont pas réussi", a déclaré
M. Bublan au journal en ligne Aktualne.cz.
La demande américaine ne concernait pas des détenus
directement liés à l'organisation terroriste
Al-Qaïda, mais les prisonniers en question n'ont pas
fait l'objet d'une inculpation, a souligné Aktualne.cz.
"Ils s'agissait de prisonniers concentrés à
la base de Guantanamo, chez lesquels une appartenance à
l'Al-Qaïda n'a pas été prouvée",
a précisé le ministre à l'agence de
presse tchèque CTK.
"Nous avons été sollicités pour
savoir si nous ne pouvions pas les intégrer ici dans
un processus d'asile", a-t-il affirmé avant
d'ajouter que les prisonniers en question seraient menacés
dans leur pays d'origine.
Selon le site Aktualne.cz, il s'agirait notamment de personnes
venues "de l'une des provinces de la Chine".
Le refus de Prague a été motivé par
le risques en matière de sécurité,
a affirmé le ministre à la CTK.
Selon "une source proche des services de renseignement
tchèques" citée par Aktualne.cz, les
Etats-Unis ont adressé la même demande à
d'autres pays d'Europe de l'Est. "A notre connaissance,
ils ont réussi quelque part", a affirmé
à Aktualne.cz cette source "hautement crédible".
Source : AFP, 2 novembre 2005
Cinq Koweïtiens détenus
à Guantanamo rapatriés au Koweït
Cinq Koweïtiens, détenus à la base américaine
de Guantanamo (Cuba), rentreront au Koweït jeudi, a
affirmé un responsable du ministère des Affaires
étrangères, cité mercredi par la presse.
"Les cinq Koweïtiens qui ont été
libérés à Guantanamo rentreront au
Koweït demain (jeudi)", a déclaré
au quotidien Al-Watan le sous-secrétaire au ministère
Khaled al-Jarallah.
Citant des sources anonymes, le journal indique qu'un avion
spécial koweïtien a quitté l'émirat
lundi pour rapatrier les cinq prisonniers qui seront déférés
devant un tribunal koweïtien. Les autorités
koweïtiennes avaient annoncé leur libération
en octobre.
Il reste encore six Koweïtiens détenus à
Guantanamo.
Le président de l'Association des familles des détenus
koweïtiens à Guantanamo, Khaled Al-Ouda, avait
affirmé en octobre que les autorités koweïtiennes
et américaines discutaient aussi de la libération
des six derniers détenus koweïtiens de Guantanamo.
En janvier, les Etats-Unis avaient remis au Koweït
Nasser Najr al-Moutaïri, qui avait passé trois
ans à Guantanamo. Il a été condamné
mardi à cinq ans de prison par la Cour d'appel qui
a infirmé le jugement du tribunal de première
instance acquittant Moutaïri, a déclaré
à l'AFP son avocat Moubarak al-Choummari.
"Même si le jugement est dur, nous devons respecter
les verdicts des tribunaux", a-t-il affirmé,
ajoutant qu'il irait en cassation.
Moutaïri a été accusé d'agression
contre une nation amie en combattant les forces américaines
en Afghanistan en 2001.
Quelque 505 détenus, de 36 nationalités, sont
toujours incarcérés à Guantanamo. Ils
ont été capturés pour la plupart lors
de l'offensive militaire américaine de 2001 en Afghanistan.
Source : AFP, 2 octobre 2005
Éditorial du 3 novembre 2005
Oui, c'est bien le nouveau Goulag
!
par le Collectif guantanamo, 3 novembre 2005
Les révélations du Washington Post (voir dépêche
ci-dessous) sur les prisons secrètes de la CIA ne
nous étonnent pas. Cela faisait longtemps que diverses
organisations de défense du droit avaient exprimé
leurs soupçons sur l'existence de lieux de détention
secrets réservés à certains "gros
poissons" pris dans les filets de la "croisade
contre le terrorisme". Les lieux de détention
évoqués étaient la base aérienne
US située sur l'île de Diego Garcia, dans l'archipel
des Chagos (Océan indien) - dont les 2 000 habitants
ont été chassés - l'Afghanistan et
la Thaïlande. mais ce qui est nouveau dans les révélations
du Post, c'est que plusieurs pays de l'Est européen
hébergeraient ces prisons spéciales, échappant
à tout contrôle autre que celui de la Maison
blanche, du Pentagone et de la CIA. 15 ans après
l'effondrement du système soviétique, le Goulag
est donc bel et bien de retour. Le Washington Post écrit
qu'il n'a pas voulu révéler de quels pays
il s'agissait, à la demande de hauts responsables
US, car cela pourrait "nuire à la lutte antiterroriste".
Mais on peut prendre les paris. Il suffit de voir quels
sont les alliés les plus fidèles de Washington
à l'Est de l'Europe. La Hongrie tout d'abord, qui
servit de base à la préparation de la guerre
d'Iraq - notamment pour la formation des 4 000 harkis recrutés
parmi les exilés iraquiens aux USA et ailleurs pour
servir de guides de brousse -, la Pologne ensuite, dont
l'industrie d'armement profite grassement de l'envoi de
soldats en Iraq, ou encore la Tchéquie, l'Ukraine
et le Kazakhstan. Les dirigeants de tous ces pays, n'ayant
ni foi ni loi, sont prêts à se vendre au meilleur
offrant. Aux opinions locales de s'interroger et de poser
cette question à leurs dirigeants : y a-t-il oui
ou non des prisons secrètes de la CIA sur notre territoire
? Quant à la communauté internationale, on
se demande ce qu'elle attend pour exprimer publiquement
son appui à la condition mise par les rapporteurs
spéciaux de l'ONU à leur visite à guantanamo
: de pouvoir rencontrer les détenus et s'entretenir
avec eux (voir communiqué ci-dessous). Et les rapporteurs
eux-mêmes ? Il ne leur reste plus qu'à demander
à visiter les prisons secrètes de la CIA.
Le rejet par Washington d'une telle requête, parfaitement
légitime, ne ferait que mettre encore plus les USA
au ban des nations civilisées, parmi les États
voyous.
Les pays d'Europe de l'Est démentent
héberger des prisons secrètes de la CIA :
peut-on les croire ?
Plusieurs pays post-communistes d'Europe de l'Est, en particulier
la Pologne et la Roumanie, ont démenti jeudi l'existence
sur leur territoire de prisons secrètes où,
selon le Washington Post, la CIA détiendrait des
membres du réseau terroriste Al-Qaïda.
Le quotidien américain a affirmé mercredi
que la CIA détenait des terroristes d'Al-Qaïda
dans des prisons secrètes, surnommées "sites
noirs", dans huit pays, y compris la Thaïlande,
l'Afghanistan et "plusieurs pays démocratiques
d'Europe de l'Est", dont il n'a pas dévoilé
les noms.
L'organisation américaine de défense des droits
de l'homme Human Rights Watch a précisé qu'elle
soupçonnait la Pologne et la Roumanie d'héberger
des prisons clandestines.
La plupart des pays post-communistes d'Europe de l'Est,
et en particulier la Pologne, sont de fidèles alliés
de George W. Bush depuis le début de la crise irakienne.
Plusieurs responsables polonais se sont empressés
d'affirmer jeudi que leur pays n'avait jamais été
contacté par les Etats-unis dans cette affaire.
"Je ne sais rien à ce sujet", a déclaré
jeudi à la presse le ministre polonais de l'Intérieur
Ludwik Dorn.
"Nous ne détenons pas de terroristes et nous
ne les interrogeons pas", a également déclaré
à la radio privée ZET Jerzy Szmajdzinski,
qui a été ministre de la Défense de
2001 jusqu'à ce que le nouveau gouvernement de droite
prennent ses fonctions lundi.
"J'ai l'impression que cette affaire ne concerne pas
la Pologne", a déclaré, également
jeudi, Adam Rotfeld, ministre des Affaires étrangères
jusqu'à lundi dernier. Il a, en outre, affirmé
de n'avoir jamais entendu parler d'une proposition américaine
d'installer des prisons secrètes en Pologne.
A Bucarest, le Premier ministre roumain Calin Tariceanu
a de même démenti l'existence de "sites
noirs" sur le territoire de son pays.
"Il n'y a pas de bases de la CIA en Roumanie",
a assuré M. Tariceanu mercredi soir.
Interrogée par l'AFP, la porte-parole du ministère
roumain des Affaires étrangères Corina Vintan
a affirmé que la question de l'hébergement
de telles prisons en Roumanie ne s'était "jamais
posée au niveau du gouvernement".
La Hongrie a officiellement démenti avoir jamais
été contactée par les Etats-Unis et
la Slovaquie a affirmé n'abriter aucune prison de
ce type.
"La Bulgarie n'a jamais eu de bases de la CIA, ni de
détenus étrangers liés à Al-Qaïda",
a indiqué de son côté le porte-parole
du ministère des Affaires étrangères
Dimitar Tsantchev à Sofia.
Seul le ministre tchèque de l'Intérieur, Frantisek
Bublan, a reconnu que les Etats-Unis avaient adressé
à Prague une requête en vue d'installer en
République tchèque un centre de détention
pour des prisonniers de la base de Guantanamo (à
Cuba), tout en soulignant que son gouvernement l'avait rejetée.
"Des négociations ont eu lieu il y a un mois
à peu près. (Les Américains) ont fait
des efforts pour installer ici quelque chose de ce genre,
mais ils n'ont pas réussi", a déclaré
M. Bublan mercredi au journal en ligne Aktualne.cz.
La Commission européenne a souligné jeudi
que des prisons secrètes de la CIA dans l'Union européenne
ne seraient pas compatibles avec ses valeurs.
"L'existence de prisons secrètes ne me semble
pas compatible avec la Charte des droits fondamentaux de
l'UE", a déclaré Friso Roscam Abbing,
porte-parole du commissaire à la Justice Franco Frattini.
Huit pays post-communistes sont entrés l'an dernier
dans l'Union européenne et deux autres, la Roumanie
et la Bulgarie, doivent adhérer, en principe en 2007.
Source : AFP, 3 novembre 2005
La CIA détient des terroristes
présumés dans des prisons secrètes,
révèle le "Washington Post"
La CIA interroge certains des responsables d'Al-Qaïda
les plus importants dans une prison secrète datant
de l'époque soviétique en Europe de l'Est,
selon des responsables américains et étrangers
proches du dossier, rapporte le "Washington Post".
Ce centre de détention fait partie d'un système
carcéral clandestin créé par l'Agence
centrale américaine de renseignement (CIA), qui a
compté à certains moments des sites dans huit
pays, dont la Thaïlande, l'Afghanistan, plusieurs Etats
d'Europe de l'Est et un petit centre sur la base américaine
de Guantanamo, à Cuba, note le quotidien dans son
édition en ligne.
Ce réseau de détention secret créé
il y a près de quatre ans est un élément-clé
de la guerre non conventionnelle des services secrets américains
contre le terrorisme, souligne le "Washington Post".
L'existence et l'emplacement de ces installations, qualifiées
de "sites noirs" dans des documents confidentiels
de la Maison Blanche, de la CIA ou encore du département
de la Justice, ne sont connus que d'une poignée de
hauts responsables aux Etats-Unis, et seulement par le président
et quelques chefs des services secrets dans chaque pays
d'accueil, selon le journal.
On ne sait quasiment rien sur l'identité des détenus
dans ces prisons, les méthodes d'interrogatoire employées
et sur le processus de décision conduisant à
l'incarcération de suspects.
Si le département américain de la Défense
a produit des rapports publics sur ses règles de
détention après le scandale des sévices
à la prison d'Abou Ghraib en Irak et à Guantanamo,
la CIA n'a même pas reconnu l'existence des "sites
noirs".
Les révélations sur les sévices infligés
à des prisonniers en Afghanistan et en Irak par l'armée
américaine ont relancé les craintes des défenseurs
des droits de l'homme concernant le système carcéral
secret de la CIA.
Le "Washington Post" précise qu'il n'a
pas dévoilé les pays d'Europe de l'Est impliqués
dans ce programme clandestin à la demande de hauts
responsables américains. Ceux-ci auraient affirmé
qu'une telle révélation était nuisible
à la lutte antiterroriste dans ces pays et risquaient
de les exposer à des représailles terroristes.
Le système de détention secret a été
conçu dans les premiers mois qui ont suivi les attentats
du 11 septembre 2001.
Source : AP, 2 novembre 2005
Washington reste muet sur les prisons
secrètes de la CIA
Le gouvernement américain est resté muet mercredi
sur l'existence de prisons secrètes en Europe de
l'Est et ailleurs, où, selon le Washington Post,
la CIA détiendrait des membres du réseau terroriste
Al-Qaïda.
D'après le Washington Post citant des sources américaines
et étrangères informées, ces prisons,
surnommées "sites noirs", ont été
ouvertes dans huit pays, y compris la Thaïlande, l'Afghanistan
et "plusieurs pays démocratiques d'Europe de
l'Est", dont les noms n'ont pas été dévoilés
pour des raisons de sécurité.
La Maison Blanche, le ministère de la Justice et
la CIA ont refusé de commenter les informations parues
dans le quotidien.
Le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan, a
affirmé qu'il ne pouvait "discuter des activités
du renseignement". "Nous sommes engagés
dans une guerre contre le terrorisme et (contre) des militants
islamiques qui sont déterminés à attaquer
l'Amérique (...). Et nous allons continuer à
rechercher les dirigeants terroristes qui cherchent à
nous faire du mal", a-t-il ajouté.
Le ministre américain de la Justice, Alberto Gonzales,
a également justifié son silence par le fait
que le gouvernement ne faisait "pas de commentaire
sur les activités de renseignement".
Depuis un an, les organisations de défense des droits
de l'Homme dénoncent l'existence de "prisonniers
fantômes" détenus dans des lieux inconnus
par la CIA. En juin, Amnesty International avait accusé
les Etats-Unis d'avoir établi un "archipel"
de prisons souvent secrètes à travers le monde.
Ces "prisonniers fantômes", dont l'identité
est officiellement inconnue, sont pour la plupart des cadres
de haut rang du mouvement terroriste Al-Qaïda, dont
Ramzi ben Al-Shaiba, l'un des coordinateurs présumés
des attentats de 2001, ou le numéro trois de l'organisation
Khaled Cheikh Mohammed.
Selon le Washington Post, la CIA aurait envoyé plus
de 100 suspects dans ce réseau secret de prisons,
créé après les attentats du 11-Septembre
en raison du caractère illégal de ces détentions
aux Etats-Unis.
Environ 30 prisonniers, considérés comme des
figures importantes du terrorisme, sont dans des centres
financés et gérés directement par du
personnel de la CIA. Deux sites de ce type, en Thaïlande
et à Guantanamo Bay (Cuba), ont été
fermés en 2003 et 2004, selon le quotidien.
Plus de 70 autres suspects, jugés moins importants,
ont été confiés à d'autres services
de renseignement, notamment en Egypte, en Jordanie, au Maroc,
et en Afghanistan. Ces "sites noirs" sont sous
la responsabilité des pays concernés et sont
financés par la CIA.
Ce système de détention n'est connu que d'une
poignée de hauts responsables américains,
et en général du président George W.
Bush.
La Thaïlande a démenti mercredi avoir fourni
à la CIA un quelconque centre secret de détention.
En Europe, le ministre tchèque de l'Intérieur,
Frantisek Bublan, a affirmé que Prague avait récemment
rejeté une demande des Etats-Unis lui demandant d'installer
sur son territoire un centre de détention pour accueillir
des prisonniers de la base de Guantanamo.
La Hongrie de son côté a démenti avoir
jamais été contactée par les Etats-Unis
pour héberger "des prisons secrètes"
et la Slovaquie a affirmé n'abriter aucune prison
de ce type sur son territoire.
Interrogé sur ces informations, l'ancien président
américain Jimmy Carter a accusé l'administration
du président George W. Bush de saper les références
morales sur lesquelles se fonde la politique étrangère
des Etats-Unis depuis des décennies.
"Au cours des cinq dernières années,
il y a eu un changement profond et radical dans les mesures
ou dans les valeurs morales de notre pays", a dénoncé
M. Carter.
Source : AFP, 2 novembre 2005
Jimmy Carter accuse Bush de saper
les références morales américaines
L'ancien président américain Jimmy Carter
a accusé l'administration du président George
W. Bush de saper les références morales sur
lesquelles se fonde la politique étrangère
des Etats-Unis depuis des décennies, dans un entretien
mercredi à la chaîne américaine NBC.
"Au cours des cinq dernières années,
il y a eu un changement profond et radical dans les mesures
ou dans les valeurs morales de notre pays", a déclaré
l'ancien président démocrate (1977-1981).
Il était interrogé sur les informations parues
dans le Washington Post, selon lesquelles la centrale du
renseignement américaine (CIA) détient des
membres du réseau terroriste Al-Qaïda dans des
prisons secrètes en Europe de l'Est et ailleurs.
"C'est juste un signe de ce qui a été
fait sous cette administration pour changer les politiques
qui ont été menées à travers
notre Histoire", a-t-il déclaré.
M. Carter a précisé ne pas détenir
de preuve que l'administration Bush ait manipulé
le renseignement avant la guerre en Irak, mais il a condamné
les allégations selon lesquelles l'Irak avait des
liens avec des groupes terroristes.
"Je pense que les déclarations selon lesquelles
Saddam était impliqué dans les attentats du
11-Septembre et détenait des armes de destruction
massive qui menaceraient notre pays ont été
manipulées, au moins pour tromper le peuple américain
et déclencher la guerre", a-t-il dit.
Le sénateur Edward Kennedy a quant à lui vu
dans les informations du Post "une triste preuve supplémentaire
du mépris total de l'administration Bush pour l'état
de droit, et un nouveau coup sévère porté
au respect que nous porte la communauté internationale".
"De toute évidence la Maison Blanche n'a rien
appris (des scandales des mauvais traitements infligés
aux prisonniers) d'Abou Ghraïb et de Guantanamo",
a-t-il ajouté.
"L'utilisation de centres de détention secrets
à travers le monde est une vilaine insulte aux idéaux
américains et elle ne peut que rendre la guerre contre
le terrorisme plus difficile à gagner", a-t-il
ajouté.
Source : AFP, 2 novembre 2005
Cinq experts des Nations unies répondent
à l'invitation des États-unis autorisant trois
d'entre eux à visiter les lieux de détention
de guantanamo
Cinq experts indépendants de la Commission des droits
de l'homme des Nations Unies, qui ont entrepris une étude
conjointe sur la situation des détenus de Guantanamo,
ont publié aujourd'hui une déclaration commune
suite à l'invitation que le Département de
la défense des États-Unis a adressée
à trois d'entre eux, les autorisant à venir
effectuer une visite des lieux de détention du Département
dans la base navale de la baie de Guantanamo, sur l'île
de Cuba.
Ces cinq experts sont M. Leandro Despouy, Rapporteur spécial
sur l'indépendance des juges et des avocats; M. Paul
Hunt, Rapporteur spécial sur le droit de chacun de
jouir du meilleur état de santé physique et
mentale susceptible d'être atteint; Mme Asma Jahangir,
Rapporteuse spéciale sur la liberté de religion
ou de conviction; M. Manfred Nowak, Rapporteur spécial
sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants; ainsi que Mme Leila Zerrougui, Présidente-Rapporteuse
du Groupe de travail sur la détention arbitraire.
Tout en se félicitant des lettres d'invitation adressées
le 27 octobre dernier à trois d'entre eux par le
Département de la défense des États-Unis
- premier résultat tangible après presque
quatre années de dialogue entre les procédures
spéciales de la Commission et le Gouvernement des
États-Unis -, les cinq experts affirment regretter
profondément que des invitations similaires n'aient
pas été lancées à deux d'entre
eux, à savoir MM. Despouy et Hunt, et que la visite
autorisée par le Département de la défense
se limite à une seule journée. Ils regrettent
en outre profondément que les entrevues ou visites
privées auprès des détenus aient été
explicitement exclues.
Dans leur déclaration commune, les cinq experts indépendants
indiquent avoir soigneusement examiné cette invitation
et décidé de l'accepter sur les bases suivantes.
«Dans un esprit de coopération, nous acceptons
la courte durée de la visite et le fait que seuls
trois d'entre nous seront autorisés à visiter
les lieux. Toutefois, nous ne pouvons pas accepter l'exclusion
des entrevues privées avec des détenus, dans
la mesure où non seulement cela serait contraire
aux termes du mandat des missions d'établissement
des faits des procédures spéciales, mais en
plus cela saperait l'objectif même d'une évaluation
équitable et objective de la situation des personnes
détenues dans la baie de Guantanamo».
Les cinq experts se disent confiants que le Gouvernement
des États-Unis, «qui attache une grande importance
aux principes d'un établissement des faits indépendant
et objectif», comprendra leur position. Ils indiquent
avoir décidé que Mmes Jahangir et Zerrougui
et M. Nowak effectueront une visite à Guantanamo
à condition qu'ils aient librement accès à
tous les détenus et qu'ils puissent s'entretenir
en privé avec eux. La date envisagée pour
la visite est le 6 décembre 2005, précisent
les cinq experts.
Ce document, qui n'est pas un document officiel, est le
résumé d'un communiqué de presse publié
en anglais, qu'on peut trouver à : http://www.unhchr.ch/huricane/huricane.nsf/view01/0CBC243232FBA74DC12570AB0048F349?opendocument
Source : Nations Unies, 31 octobre 2005
Libération de 500 détenus
d'Abou Ghraïb
Célébrant l'Aïd El Fitr à leur
manière, les autorités militaires d'occupation
US ont libéré mardi 500 Iraquiens détenus
à la prison d'Abou Ghraïb. Les détenus
bénéficiant de cette mesure d'une clémence
extraordinaire ont été acheminés en
bus à la Foire internationale de Bagdad où
leurs proches les attendaient. Un millier de détenus
avaient déjà été libérés
d'Abou Ghraïb au début du mois de Ramadan. Au
moins 15 000 Iraquiens restent détenus dans la vingtaine
de prisons et de camps administrés directement par
les forces d'occupation US dans tout le pays. À guantanamo,
en revanche, on ne signale aucune libération parmi
les 505 détenus, qui ont vécu leur quatrième
Ramadan en cage.
Bras de fer entre le Pentagone et
les Nations unies à propos de guantanamo
Le secrétaire US à la Défense Donald
Rumsfeld a accusé mardi 1er novembre les grévistes
de la faim au centre de détention militaire US de
guantanamo de vouloir attirer l'attention des médias.
"Je suppose que ce qu'ils essaient de faire est d'attirer
l'attention de la presse, évidemment. Et ils ont
réussi", a déclaré M. Rumsfeld,
interrogé à ce sujet lors d'une conférence
de presse.
"Il y a un certain nombre de détenus qui jeûnent.
Ils ne mangent pas pendant un certain temps, puis ils abandonnent.
Et ils sont remplacés par d'autres. C'est clairement
une technique pour essayer d'attirer l'attention",
a répété M. Rumsfeld.
Depuis août, un mouvement tournant de grève
de la faim est suivi par quelque 200 détenus pour
protester contre leurs conditions de détention. D'après
le Pentagone, 27 détenus suivent actuellement cette
grève de la faim, dont 24 sont nourris de force à
l'aide de tubes et d'intraveineuses.
Selon le quotidien Washington Post de mardi, un détenu
originaire de Bahreïn, a tenté de se suicider
lors d'une visite de son avocat le 15 octobre.
Des experts de l'Onu, chargés des droits de l'Homme,
ont accepté lundi une invitation des USA à
visiter guantanamo à condition de pouvoir mener des
entretiens personnels avec des détenus. Ils envisagent
de s'y rendre le 6 décembre.
"Les négociations et les discussions qui ont
eu lieu avec les gens de l'ONU ont permis de leur offrir
l'opportunité d'aller à guantanamo et de voir
par eux-mêmes", a estimé M. Rumsfeld.
"Nous leur avons cependant indiqué qu'ils n'auraient
pas exactement les mêmes opportunités que le
Comité international de la Croix Rouge. Il doit y
avoir une limite sur la manière dont cela se passe.
Le CICR fait cela depuis plusieurs années (...) Nous
ne sommes pas enclins à accroître le nombre
de gens à qui on accordera cet accès étendu",
a-t-il ajouté.
Des avocats de prisonniers de guantanamo ont manifesté
mardi devant le ministère de la Justice à
Washington pour dénoncer les conditions de détention
dans la prison militaire.
Selon Tina Foster de l'Initiative pour une justice mondiale
à guantanamo, qui fait partie du Centre pour les
droits constitutionnels (CCR), il y a eu "d'horribles
sévices" à guantanamo. D'après
elle, 130 détenus sont actuellement en grève
de la faim.
Quelque 500 prisonniers de différentes nationalités
sont toujours incarcérés à guantanamo.
La plupart ont été capturés au moment
de la guerre contre le régime taliban en Afghanistan
fin 2001.
Trois rapporteurs spéciaux des Nations unies ont
annoncé qu'ils déclineraient une visite pourtant
demandée de longue date dans le centre de détention
de guantanamo si les autorités US ne les autorisaient
pas questionner des prisonniers.
Quatre ans après les premières requêtes
en faveur d'une telle visite, Washington a annoncé
vendredi que les trois responsables pouvaient visiter guantanamo
car les USA n'avaient "rien à cacher".
Mais s'ils auraient le droit d'interroger des responsables
du centre, ils ne seraient pas autorisés à
parler au demi-millier de prisonniers, a fait savoir le
Pentagone.
Leila Zerrougui, une Algérienne spécialisée
dans les questions de détention arbitraire, et l'Autrichien
Manfred Nowak, responsable des questions de torture auprès
de l'Onu, ont proposé la date du 6 décembre
pour cette visite en précisant qu'il ne se rendraient
dans la prison que si le Pentagone les autorisait à
parler aux détenus.
"Nous n'avons jamais accepté une visite organisée
ou une visite lors de laquelle nous ne pourrions rencontrer
librement les détenus", a dit Zerrougui lors
d'une conférence de presse au siège de l'Onu.
La troisième responsable de l'Onu invitée
est la Pakistanaise Asma Jahangir, spécialisée
dans les questions de libertés de religion.
De nombreuses organisations de défense des droits
de l'homme ont critiqué le fait que le demi-millier
de prisonniers de guantanamo demeurent détenus sans
être inculpés.
Les trois rapporteurs spéciaux sont nommés
par la Commission des droits de l'homme de l'Onu, basée
à Genève.
Ils ont estimé lundi qu'il leur faudrait davantage
que la seule journée proposée par Washington
pour effectuer une visite satisfaisante de guantanamo.
Sources : AFP, Reuters, 1er novembre 2005
Campagne pour Majid Al Massari
Majid Al Massari, un étudiant à l'école
d'infirmiers de Seattle, résidant légalement
aux USA, a été arrêté secrètement
par les autorités d'immigration US en rentrant de
son travail le 16 juillet 2004. Il a été maintenu
au secret total pendant plus de onze jours. Il reste détenu
à l'isolement dans des conditions très sévères.
Des organisations musulmanes mènent campagne pour
sa défense et sa libération. Elles ont ainsi
organisé une Iftar pour recueillir des fonds à
l'École islamique de Seattle le 30 octobre. Elles
poursuivent al collecte de fonds.
Chèques à l'ordre de AACC-Majid's Fund à
: Arab American Community Coalition, P.O. Box 31642, Seattle,
WA 98103, USA. Courriel : info@theaacc.org . Tél.
001 206 634 9001
Les rapporteurs spéciaux
de l'ONU pourront se rendre à guantanamo, mais pas
rencontrer les prisonniers
Le Pentagone aura mis presque 4 ans pour répondre
à la demande faite par les Nations unies de visiter
le camp de guantanamo, puisque la première demande
avait été faite le 22 janvier 2002, soit 12
jours après l'arrivée du premier groupe de
capitifs d'Afghanistan. Le porte-parole du département
d'Etat, Sean McCormack, a annoncé vendredi 28 octobre
que le département de la Défense avait décidé
de laisser les rapporteurs spéciaux de l'ONU "observer
les opérations des installations de Guantanamo et
de poser des questions au personnel de commandement et aux
responsables US qui les accompagneraient".
Mais les rappiorteurs spéciaux ne pourront pas rencontrer
les principaux intéressés, à savoir
les prisonniers. Le règlement de la base interdit
tout contact entre les otages et des personnes venues de
l'extérieur, à l'exception de certains avocats
dûment habilités après avoir obtenu
leurs "security clearances" (habilitations de
sécurité).
Source : AP, 28 octobre