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La galaxie guantanamo

AVEZ-VOUS ENTENDU PARLER DE GUANTANAMO ?
BIEN SÛR, DIREZ-VOUS. MAIS QU'EN SAVEZ-VOUS EXACTEMENT ?

 

Présentation de la Chronique de guantanamo, publiée par le Collectif guantanamo France


« Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé »

Article 9 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme.

 

La CHRONIQUE DE GUANTANAMO est une "newsletter" électronique publiée par le Collectif guantanamo, lancée en février 2003. Depuis avril 2004, elle paraît 2 fois par mois, le 1er et le 15 du mois. Elle entre aujourd'hui dans sa troisième année. En 23 mois, nous avons constitué la plus importante base de données en langue française sur guantanamo, soit l'équivalent d'une dizaine de livres de 220 pages, accessible à tous ceux qui savent lire sur 2 sites web. Nous entendons continuer, élargir et approfondir ce travail. Mais cela ne sera pas possible sans vous.

Le 10 janvier 2005, cela fera 3 ans que 545 hommes de 40 pays sont détenus illégalement par les USA. 202 autres ont été libérés, dont une partie ont été emprisonnés dans leur pays. Exiger qu'ils soient libérés ou jugés équitablement nous semble naturel. Ce n'est pas l'avis de la Maison blanche et du Pentagone, qui ignorent depuis 6 mois un verdict de la Cour suprême US ordonnant que ces prisonniers aient la possibilité de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire.

Le Collectif guantanamo a été créé en France en février 2003. Cette association a pour but d'organiser une campagne mondiale d'information et de solidarité pour défendre les droits de toutes les personnes détenues par les USA comme "combattants ennemis illégaux" à Guantanamo, Bagram et ailleurs.

Son appel fondateur, "guantanamo : premier camp de concentration off shore de l'Empire !", peut être lu en 9 langues [ allemand, anglais, arabe, créole, danois, espagnol, français, russe, suédois ] en allant à : http://www.gwadaoka.org/guantanamo_appel_fr.htm

Son outil principal est le travail d'information. Le Collectif publie des informations sur la "galaxie guantanamo" à un rythme quasi-quotidien sur deux sites internet. Ces informations sont reprises et diffusées tous les 15 jours dans une lettre électronique appelée CHRONIQUE DE GUANTANAMO. Si vous voulez lire, puis vous abonner à cette CHRONIQUE , il suffit de nous envoyer un mail à collectif.guantanamo@gwadaoka.org

Cette Chronique contient donc toutes les informations publiées au jour le jour sur les sites http://quibla.net et http://www.gwadaoka.org/guantanamo.htm

 

POUR RECEVOIR CETTE CHRONIQUE LE 1er et LE 15 DE CHAQUE MOIS, ENVOYEZ UN MAIL INTITULÉ : "OUI, JE M'ABONNE !" À : collectif.guantanamo@gwadaoka.org. Signalez-nous si vous souhaitez apporter une contribution financière. Nous vous indiquerons coment procéder.

Nos v¦ux pour 2005 sont simples, clairs et nets : le Pentagone et la Maison blanche doivent libérer les 545 otages détenus illégalement sur la base yankee de guantanamo depuis le 10 janvier 2002. Ou au moins, ils doivent respecter la sentence émise en juin 2004 par la Cour suprême US, stipulant que les détenus ont le droit de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire. Le martyre des hommes enfermés dans le premier camp de concentration off shore de l'Empire, entrera le 10 janvier dans sa quatrième année. C'est une insulte à l'humanité. Pensez à eux !

Merci de votre attention
pour le Collectif guantanamo,
le président
Fausto Giudice
1er janvier 2005 /20 Dhul Qa'dah 1425

 

PS : NOTRE TRAVAIL ÉTANT TOTALEMENT BÉNÉVOLE, TOUTE CONTRIBUTION FINANCIÈRE VOLONTAIRE EST LA BIENVENUE. EN NOUS SIGNALANT VOTRE ABONNEMENT, INDIQUEZ-NOUS ÉVENTUELLEMENT SI VOUS SOUHAITER VERSER UNE CONTRIBUTION. NOUS VOUS INDIQUERONS ALORS COMMENT PROCÉDER. MERCI D'AVANCE.

-> Collectif guantanamo, 5 rue de Douai, F-75009 Paris - Tél. 00 33 (0)6 13 99 28 86,
Courriel : collectif.guantanamo@gwadaoka.org
Sites web : http://quibla.net et http://www.gwadaoka.org/guantanamo.htm

"Les Américains pissaient sur le Coran et abusaient de nous sexuellement"


ABDELHAK NAJIB
11 Avril 2005

Interview exclusive : Mohamed Mazouz, rescapé de Guantanamo

Mohamed Mazouz fait partie des cinq Marocains rescapés de Guantanamo. Après plus de trois ans et demi de détention entre le Pakistan, Kandahar, Bagram et Guantanamo, il vient d’être mis en liberté provisoire en attendant le verdict du 4 juillet 2005. Dans cet entretien exclusif avec LGM, il revient sur toutes les étapes de sa détention, sur la torture, le parallèle avec la prison d’Abou Ghrib et le sort des 12 autres Marocains qui sont toujours détenus par les Américains.


Mohamed Mazouz en compagnie d’Ibrahim Benchekroun, un autre rescapé de Guantanamo, lors de leur visite à la Gazette du Maroc.



LGM : Vous avez été arrêté au Pakistan, les accusations affirmaient que c’était en Afghanistan. Qu’en est-il réellement ?
Mohamed Mazouz : La réalité que tout le monde connaît est que j’ai été arrêté au Pakistan. J’y suis allé pour me marier. C’était exactement le 26 août 2001. J’habitais alors à Londres depuis quelques années et je n’avais pas de papiers. Il fallait me marier avec une Anglaise de nationalité qu’elle soit d’origine pakistanaise, indienne ou marocaine. C’était le seul moyen pour avoir mon permis de résidence en toute légalité. Le destin a fait que je me suis lié d’amitié avec un Pakistanais. Avec le temps, j’ai su qu’il avait une sœur en âge de se marier et j’ai demandé sa main. La famille a accepté et nous avons décidé de partir au Pakistan pour célébrer cette union. Le mariage a eu lieu et les choses allaient normalement. Il faut préciser ici que j’avais un visa d’un mois. Quatre jours avant notre retour, j’ai été arrêté sur un boulevard de Karachi alors que je marchais avec mon beau-frère pakistanais. Aujourd’hui, je ne sais rien de cette femme qui étais mon épouse, je n’ai pas où la contacter, j’ai perdu toute trace depuis ce jour où la police pakistanaise m’a arrêté.

 

(...)

 

Et les interrogatoires ?


Les interrogatoires étaient quotidiens, faits par des Américains avec la collaboration de traducteurs arabes. Cela avait lieu dans les tentes en présence de tous les autres détenus et souvent, nous étions frappés au début, face contre sol, par des soldats fous, avant de commencer à répondre aux questions. Il y avait une technique précise qui consistait à jeter le détenu par terre, lui sauter sur le dos, lui éclater l’épaule avant de le frapper. Beaucoup d’entre nous avaient les omoplates fracturées et ont dû faire face aux froid et la faim, sans médication jusqu’au départ pour Guantanamo. Et l’interrogatoire pouvait durer des heures interminables. Et là, ils sortaient la grosse artillerie pour la torture. Il y avait d’abord les décharges électriques qui faisaient un mal sans pareil. Et ensuite, ils nous jetaient dans de gros barils d’eau pour nous étouffer. Ils avaient aussi le vice de nous mettre des torchons sales, pleins de tout ce que vous pouvez imaginer de dégoûtant sur la bouche et le visage. Pas de prière, pas de nourriture, pas d’eau, pas d’habits, sans couverture, pendant des jours.

 

Après cela, vous avez été transféré à Bagram ?


La prison de Bagram est la sœur jumelle d’Abou Ghrib en Irak. Sans donner trop de détails, nous avons vécu les mêmes tortures, les mêmes sévices physiques et psychologiques que les détenus en Irak. Vous savez, quand je suis entré au Maroc et que j’ai pu avoir accès aux journaux, j’ai découvert ce que les prisonniers irakiens avaient vécu à Abou Ghrib, c’étaient les mêmes techniques et les mêmes abus. Je pense aujourd’hui que Bagram a été le laboratoire qui a préparé Abou Ghrib. Nous étions dans des cellules individuelles et c’est là le plus grave puisqu’ils pouvaient tout essayer sur les prisonniers sans que personne ne sache ce qui se passait. Nous avons été humiliés dans nos corps, obligés à nous dénuder les uns devant les autres. Pire encore, on nous envoyait des femmes soldats qui provoquaient les détenus en les touchant sur leurs organes génitaux, en se mettant à poils devant eux ou alors en couchant avec d’autres soldats devant nous. Nous avons vu pire que cela et beaucoup de détenus ont été violés et faisaient tout pour le cacher. Mais nous savions ce qu’ils avaient subi de la part des soldats. D’autres techniques ont été employées comme de nous accrocher par des menottes sur des barres en fer accrochés aux murs. On pouvait rester suspendus pendant des nuits sans sommeil.
Après, ils en sont venus à l’étape des injections. À tour de rôle, on nous administrait des produits qui nous rendaient fous. On a appris par la suite que c’étaient des injections pour provoquer l’hystérie. Beaucoup avaient perdu la tête. D’autres ont contracté des maladies de peaux, des infections dermiques, des maladies rénales, des complications au foie, des migraines…

 

Quel traitement était réservé au Coran ?


Ici, je tiens à faire savoir au monde entier à travers ce que je dis jusqu’où les Américains sont allés pour nous humilier et bafouer nos principes les plus élémentaires. Il s’agit du traitement infligé au Coran. Tout ce qui pouvait le réduire à néant était utilisé. Ils ont pissé dessus, ils l’ont déchiré, ils l’ont coupé aux ciseaux devant nous, ils ont déféqué dessus en badigeonnant nos visages avec. Oui, il faut dire tout ceci pour que le monde musulman réalise quel degré de haine ce livre sacré leur inspire. Parce que je ne vois pas pourquoi en arriver là. Un jour, et en présence de la Croix rouge, ils avaient pris tous les corans de la prison pour les déchirer devant nous tous. Ils se comportaient à l’égard du Livre sacré comme s’il s’agissait d’un vulgaire objet. Quand on protestait, nous étions torturés à mort. Et à chaque fois qu’ils agissaient de la sorte à l’égard du Coran, nous nous soulevions et évidemment nous étions punis en conséquence. C’était un cercle vicieux. L’autre forme de torture consistait à lâcher des chiens sur nous alors que nous sommes nus, dans des douches, en groupes. Ou alors au moment des interrogatoires. Les chiens sont rôdés pour ce type de travail et les prisonniers se faisaient parfois mordre violemment. C’était à en devenir fou, à la fois la peur, l’hystérie, les cris des uns et des autres, le froid, la faim et les fortes migraines. Pour ma part, je faisais partie des premiers arrivés et des derniers à partir. J’ai tout vécu.

(...)

http://www.lagazettedumaroc.com/articles.php?id_artl=6272&n=415&sr=852&r=2

Bush défend au Danemark l'existence de guantanamo

 

Le président George W. Bush a défendu mercredi l'existence de la prison américaine de Guantanamo à Cuba, indiquant toutefois qu'il fallait trouver des solutions pour les gens qui y sont détenus.
"Nous avons parlé de Guantanamo", a déclaré M. Bush lors d'une conférence de presse à l'issue d'un entretien avec le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen.
"Le Premier ministre est préoccupé par ce que Guantanamo signifie pour l'opinion des gens sur l'Amérique et les libertés", a indiqué M. Bush qui effectuait mercredi une courte visite officielle au Danemark.
"Les prisonniers sont bien traités à Guantanamo, il y a une transparence totale, et la Croix Rouge internationale peut faire des inspections n'importe quand", a-t-il assuré, réitérant son invitation aux journalistes à s'y rendre pour le constater par eux-mêmes.
"Nous en avons renvoyé beaucoup chez eux", a-t-il dit, évoquant les prisonniers. Quelque 518 personnes sont actuellement détenues à Guantanamo, en grande majorité des musulmans capturés dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.
Amnesty International avait récemment qualifié la prison de Guantanamo de "goulag", s'attirant de vives critiques de l'administration américaine.
"Nous voulons en apprendre autant que possible sur ce qu'ils (les détenus) savent sur la guerre contre le terrorisme pour protéger nos citoyens", a souligné M. Bush.
"J'ai assuré au Premier ministre qu'il y aura une solution pour les détenus de Guantanamo. La raison pour laquelle il n'y a encore eu aucun procès est que notre système judiciaire est en train de déterminer la meilleure façon de juger ces gens", a encore déclaré le président américain.
Selon lui, le choix est entre un tribunal militaire "où les accusés auront dea avocats et des droits", ou des tribunaux civils. "Une fois qu'une décision aura été prise, nous ferons en sorte de donner à ces gens un procès transparent et équitable".
M. Bush est d'habitude placé sur la défensive par les questions de la presse sur Guantanamo mais a choisi mercredi d'aborder le sujet directement, sans avoir été interrogé au préalable.
"Peu de systèmes pénitentiaires dans le monde auront reçu autant d'attention que celui-là", a-t-il dit, ajoutant que "pour ceux d'entre vous qui ont des doutes, je vous conseille d'acheter un billet d'avion et d'aller voir par vous-mêmes".
Les journalistes peuvent se rendre à Guantanamo et visiter la prison dans des conditions toutefois extrêment strictes.
Source : AFP, 6 juillet 2005

 

Un détenu jordanien libéré de guantanamo


Khaled Asmar a été liberé de guantanamo après presque quatre ans de détention aux mains des USA et devrait regagner prochainement la Jordanie, a annoncé son avocat Samih Khreiss. Selon ce dernier, qui représente le Comité arabe de suivi des cas des prisonniers de guantanamo, il reste encore 550 prisonniers à guantanamo, dont 25 Jordaniens. mais selon le gouvernement jordanien, le nombre de détenus jordaniens ne s'élèverait qu'à 6.
Source : UPI, 2 juillet 2005

 

 

Guantanamo, à chacun sa vérité

 

Malgré la diversité des points de vue, il est clair que le personnel américain se comporte mal.

par Salman RUSHDIE, Libération, 5 juillet 2005. Traduit de l'anglais par Bérangère Erouart.

Salman Rushdie est écrivain.

Qu'est-ce qu'un «fait» ? A une époque marquée par des controverses acharnées sur la réalité, ce terme même, ainsi que son parent proche, la «vérité», sont quotidiennement pris d'assaut.
«Laissons les faits parler d'eux-mêmes», se plaisent à répéter les historiens, les politiciens et les chroniqueurs. Mais les faits ne parlent pas - ils ont besoin d'être exprimés, et décryptés. Dès lors, conformément au principe d'incertitude cher à Werner Heisenberg (1), ce qui est observé varie en fonction de l'identité de l'observateur. Les faits sont donc mouvants, suivant qui les interprète.
Dans les guerres, comme le disait Eschyle il y a 2500 ans, la vérité est toujours la première des victimes. Dans un contexte de conflit exacerbé, les faits tangibles, les vérités objectives, difficiles à définir, sont plus insaisissables encore. La «guerre contre la terreur» est sans doute un conflit d'un type nouveau, mais sur ce plan rien n'a changé : la vérité est encerclée, et est chaque jour la cible de tirs croisés qui lui infligent des blessures pouvant se révéler fatales.
Exemple : l'affaire Gitmo (2). Fin mai, un rapport d'Amnesty International désignant le camp d'internement de Guantanamo Bay comme «le goulag de notre époque» a provoqué l'indignation de l'administration Bush. Résultat : Amnesty n'a pas tardé à faire machine arrière. Le chroniqueur conservateur Charles Krauthammer a pourfendu ces allégations en défendant le «traitement remarquablement humain et tolérant réservé aux détenus de Guantanamo». Néanmoins, quelques heures plus tard, Joseph Biden - sénateur démocrate du Delaware et poids lourd de la commission des Affaires étrangères - appelait à «la fermeture du camp de prisonniers», devenu, selon ses termes, «le meilleur outil de propagande qui soit pour recruter des terroristes radicaux partout dans le monde».
Même schéma, en mai dernier, le magazine américain Newsweek a relaté diverses profanations infligées au Coran dans le camp de Guantanamo. Révélations qui ont enflammé le monde musulman et provoqué l'ire de l'administration Bush... suite à quoi l'hebdomadaire s'est empressé de réviser ses positions. Néanmoins, au bout de quelques jours, le Pentagone admettait que le Coran avait été souillé à plusieurs reprises par des soldats américains, et il apparaît qu'avant cela, les médias occidentaux avaient dénoncé au moins sept cas d'abus du même type.
Krauthammer écrit encore : «Si ces actes sacrilèges à l'égard du Coran sont avérés, nous devons les rendre publics et nous en excuser... Puis il nous faudra dépasser tout cela, cesser de pleurnicher et commencer à nous défendre.» Le sénateur démocrate John F. Kerry a pour sa part reproché à l'administration Bush de créer «un climat et des conditions propices» à ces violences présumées.
Arlen Specter, sénateur de Pennsylvanie et président de la commission judiciaire du Sénat, a quant à lui prévu une audience sur les mauvais traitements subis par les détenus de Guantanamo. Et William Schultz, directeur d'Amnesty International aux Etats-Unis, tout en concédant que le mot «goulag» «n'est pas une analogie exacte, car nous n'avons pas d'informations sur des pratiques de travail forcé à Guantanamo», insiste sur le fait que «les Etats-Unis entretiennent néanmoins un archipel de prisons, y compris clandestines, dans lesquelles certains individus disparaissent. Ils sont maintenus au secret et sans accès au système judiciaire. Et nous savons que dans certains cas, ils sont victimes de mauvais traitements, de viols, de tortures, voire d'exécutions».
Quel que soit le terrain sur lequel on se place, celui de la morale et des grands principes ou celui des faits, la situation est toujours la même : le sol est chaque jour plus fangeux, plus glissant. Car rien n'est jamais limpide et impartial quand on parle d'un «fait».
En Amérique, le parti pris conservateur, enclin à établir ce qu'on pourrait appeler «des faits conservateurs», dresserait de la situation le tableau suivant : une guerre est en cours, et ces détenus sont nos ennemis jurés. Pourquoi fait-on autant de foin pour des hommes dont les alliés n'hésitent pas à trancher la tête de leurs otages ? Et pourquoi la destruction des livres sacrés juifs et chrétiens, dans divers pays musulmans, ne suscite-t-elle pas la même réaction outragée ?
Voici en revanche ce que donnerait approximativement la version du parti libéral, naturellement porté à établir des faits à tendance... libérale : le manque de considération de l'administration Bush pour les droits de l'homme envers ses prisonniers de Gitmo et d'Abou Ghraib fait écho à son mépris pour les libertés civiles sur son propre territoire. Ces deux combats ne font qu'un, et ils sont peut-être plus cruciaux que l'invisible guerre menée contre les fanatiques.
Enfin, un troisième point de vue - extérieur aux Etats-Unis celui-là - permet d'aboutir à une version, disons, «non américaine des faits», et donc plus proche de la vérité en passant simplement les événements au crible d'un cynisme affûté : l'Amérique s'est montrée trop indulgente vis-à-vis d'elle-même ces derniers temps. Par exemple, en ne délivrant aucun blâme à ses soldats impliqués dans l'affaire du 4 mars, lorsque Nicola Calipari, l'agent secret qui escortait Giugliana Sgrena (l'otage italienne à peine libérée), fut tué par balles. Ou en ne sanctionnant qu'une poignée de militaires véreux et relativement peu gradés pour toutes les atrocités commises à Abou Ghraib. Et en estimant enfin que sur les cinq incidents blasphématoires pour le Coran, seuls deux étaient vraiment «délibérés» - ce qui exclut la responsabilité de ce garde ayant uriné «par mégarde» à travers une bouche d'aération sous laquelle un détenu sommeillait avec son Coran.
Je peux comprendre ces trois manières de voir les choses. Mais l'enquête interne qui mène à l'autodisculpation est pour le moins douteuse. Et comment éprouver une compassion sincère pour des gens qui subissent des mauvais traitements alors qu'eux-mêmes ne sont pas le moins du monde réfractaires à en user ? Comment invoquer la défense des droits de l'homme s'agissant de gens si aptes à les bafouer ? Malgré tout, l'horrible comportement de la part du personnel militaire américain, dont l'évidence commence à se faire jour, est affligeant à l'extrême : moins pour les insultes assénées aux détenus que pour l'injure faite à ce que nous représentons et à ce que nous sommes, à notre identité de citoyens libres et moraux vivant dans le cadre de la loi. Une identité que conservateurs et démocrates seraient bien avisés de défendre en bloc.
«Yo soy un hombre sincero/De donde crecen las palmas...» Il m'est arrivé de penser à cet «homme sincère venu d'un endroit où les palmiers ondulent», le grand poète cubain Jose Marti, dont les vers ont été adaptés dans la chanson Guantanamera - associée à la baie de Guantanamo bien avant l'existence du camp de Gitmo. Certaines lignes de Marti s'avèrent pertinentes : «Quiconque porte offense à la liberté sacrée de nos adversaires mérite d'être blâmé, et plus encore si il ou elle agit ainsi au nom de la liberté.» «Les actes de haine ne méritent aucun pardon. Distribuer des coups de poignard au nom de la liberté, c'est planter un poignard dans le coeur même de la liberté.»
Les mots de Marti, ses «vérités», nous autorisent - mieux, nous encouragent - à juger les attaques des fanatiques avec rudesse. Mais lorsqu'on juge autrui, on a tout intérêt à reformuler sa sentence en se regardant dans un miroir.
Notes :
(1) Scientifique allemand spécialiste de la physique quantique (prix Nobel de physique 1932).
(2) Diminutif pour Guantanamo.


Report au 19 septembre de l'examen de l'affaire des anciens détenus marocains de guantanamo

 

Ce report a été décidé suite à une requête du procureur général.
Pour sa part, la défense a demandé à la Cour la convocation en tant que témoins de deux éléments de la brigade nationale de la police judiciaire pour s'assurer de la véracité des propos attribués aux prévenus Mazouz. M et Tabarak. A et contenus dans les procès-verbaux de la police judiciaire.
Les mis en cause, Benchekroun. I (26 ans), Mazouz. M (32ans), Tabarak. A (50 ans), Chkouri. R (33 ans) et Ouzar. M (26 ans), qui ont comparu en état de liberté provisoire, sont poursuivis, chacun en ce qui le concerne, pour "appartenance à une bande criminelle, non-dénonciation de crimes d'atteinte à la sûreté de l'Etat, soutien à un groupe criminel à travers le transfert de fonds remis à des Marocains formant une bande de malfaiteurs pour porter atteinte aux intérêts marocains et participation à la falsification de passeports".
Source : MAP, 4 juillet 2005