Le «rapport Lizin» prône
la fermeture de la prison de guantanamo
Un rapport remis vendredi à Washington au président
de l'assemblée parlementaire de l'OSCE, l'Américain
Alcee Hastings, recommande de fermer le centre de détention
de Guantanamo. Ce texte a été rédigé
par la présidente du Sénat de Belgique, Anne-Marie
Lizin, rapportrice de la Commission des droits de l'homme de
l'assemblée de l'Organisation pour la sécurité
et la coopération en Europe (OSCE) chargée par
M. Hastings d'enquêter sur Guantanamo.
«Nous recommandons de mettre un terme au centre de détention
de Guantanamo, en annonçant un calendrier de fermeture.
Ce calendrier doit être établi par nationalité
et comprendre le timing des procédures», conclut
ce rapport, dont l'auteur, Mme Lizin, a été reçue
vendredi après-midi à la Maison-Blanche par le
vice-président américain Dick Cheney. Le président
américain George W. Bush avait affirmé il y a
trois semaines qu'il examinait «toutes les options»
concernant la prison de Guantanamo. Le vice-président
américain Dick Cheney a toutefois affirmé quelques
jours plus tard qu'il n'existait pas de «plan de fermeture»
pour Guantanamo.
Le rapport de Mme Lizin préconise également la
mise sur pied d'une task force internationale au niveau de l'OSCE
qui, en lieu et place de Guantanamo, serait chargée de
la collecte et de l'échange d'informations. Le document
met en relief l'utilisation imparfaite du potentiel d'informations
susceptible d'être recueilli auprès des prisonniers
de la base américaine installée à Cuba.
«Tout le personnel de la base est soumis à un système
de rotation qui fait que les séjours, donc les contacts
avec les détenus, dépassent rarement quelques
mois» , relève le rapport. «Cet aspect du
problème est particulièrement important au niveau
du personnel effectuant les investigations et des analystes
qui, d'une part, n'ont, semble-t-il, jamais le temps de bien
cerner toute la complexité des dossiers et, d'autre part,
ne peuvent avoir aucune relation d'empathie avec les détenus
qu'ils traitent» , souligne le texte.
Source : Belga, 1er juillet 2005
Un comité pour la libération
des Marocains de guantanamo
Un comité a été créée dernièrement
pour la libération des Marocains encore prisonniers chez
les Américains sur la base cubaine de Guantanamo. L'assemblée
constitutive de ce comité a eu lieu à Casablanca
le samedi 25 juin dernier et parmi ses membres figurent Brahim
Benchekroun et Mohamed Mazouz, ex-détenus à Guantanamo
extradés au Maroc et acquittés dernièrement
par la Cour d'appel de Rabat.
Ce comité relève de «Annassir», l'association
de soutien aux prisonniers salafistes présidée
par Abderrahim Mouhtade. Selon ce dernier, également
membre du nouveau comité, huit Marocains sont toujours
détenus sur la base cubaine et dont Mohamed Belmoujane,
Mohamed Alami et Saïd Boujaâdiya.
Le comité compte mener des actions, au Maroc et ailleurs,
pour leur libération et pour qu'ils puissent librement
choisir une autre destination au cas où ils ne voudraient
pas rentrer au Royaume.
Source : www.bladi.net, 4 juillet 2005
Guantanamo envers et contre tous
par Rachid Abbar, Aujourd'hui le Maroc, 1er juillet 2005
Même si les voix appelant à la fermeture de la
prison de Guantanamo ne cessent de s'amplifier, les Etats-Unis
ne l'entendent pas de cette oreille.
Depuis que des informations concernant des abus sur les prisonniers
de Guantanamo et la profanation du Coran au sien de cette prison
ont éclaté au grand jour, des voix de plus en
plus nombreuses se sont élevées pour la fermeture
de cette prison. Émanant d'organisations non gouvernementales,
d'hommes politiques et de journalistes, ces appels n'ont cessé
d'augmenter.
L'ancien président américain, Jimmy Carter, a
affirmé lors d'une conférence sur les droits de
l'Homme que la fermeture de cette prison démontrerait
l'engagement des Etats-Unis envers les droits de l'Homme à
un moment où la réputation de Washington souffre
en raison des informations concernant les abus sur les prisonniers.
Un appel qui fut partagé par un autre ancien président
américain. Il s'agit de Bill Clinton. Ce dernier a estimé
que la prison américaine de Guantanamo, à Cuba,
devrait être fermée ou remise en ordre.
Affichant son souci de l'image des Etats-Unis, Bill Clinton
a déclaré qu'il ne faut plus qu'il y ait d'histoires
faisant état d'abus commis contre des gens là-bas,
dans un entretien accordé au «Financial Times».
«Les tortures perpétrées à Guantanamo
et dans les autres prisons américaines aux prises avec
le terrorisme sont hors de contrôle. Quelqu'un peut-il
m'expliquer la mort de cent détenus dans des prisons
américaines ? Vous voulez me faire croire qu'ils ont
été victimes d'un infarctus ?» s'est récemment
indigné l'éditorialiste du New York Times, Thomas
Friedman.
Dans un éditorial intitulé «Guantanamo,
no !», il écrit : «Pourquoi je m'inquiète
? Ce n'est pas parce que j'ai des doutes sur la guerre contre
le terrorisme. C'est parce que je veux que l'Amérique
la gagne.
Or, il est évident que les bavures qui ont lieu à
Guantanamo et dans des Centres de détention militaires
dépassent les bornes. Comment se fait-il que plus de
cent prisonniers placés sous la responsabilité
des autorités américaines soient morts ces derniers
temps ? Ont-ils tous été victimes d'une crise
cardiaque ? Ce n'est pas seulement immoral, c'est stratégiquement
dangereux».
Dans le rapport 2005 d'Amnesty International, Irene Khan, la
secrétaire générale de l'organisation humanitaire,
affirme en effet : «Le Centre de détention de Guantánamo,
où la pratique de détention arbitraire et illimitée
s'est pérennisée au mépris du droit international,
est devenu le goulag de notre époque».
L'organisation a rappelé que le fait que des milliers
de personnes ont été arrêtées dans
le cadre d'opérations militaires et de sécurité
menées en Irak et en Afghanistan, et systématiquement
privées de tout contact avec un avocat et avec leur famille.
Selon Amnesty, des documents ont révélé
que le gouvernement américain avait approuvé des
techniques d'interrogatoire s'inscrivant en violation de la
Convention des Nations unies contre la torture. Plusieurs audiences
préliminaires se sont ouvertes devant des commissions
militaires à Guantanamo, mais elles ont été
suspendues dans l'attente de la décision d'un tribunal
américain. Devant cette intensification des critiques
contre la prison de Guantanamo et pour donner une image plus
saine à ladite prison, un nombre de représentants
républicains et démocrates ont rendu visite à
cette prison. Après une courte visite, la délégation
a estimé qu'il y a eu une amélioration des conditions
de détention. Les élus américains ont assisté
à des interrogatoires, passé en revue des blocs
de cellules et même goûté le déjeuner
servi aux détenus. «Le Guantanamo que nous avons
découvert aujourd'hui n'est pas le Guantanamo dont nous
avions entendu parler ces dernières années»,
a conclu la Démocrate Ellen Tauscher.
Ceci laisse croire que l'Amérique et loin d'abandonner
sa prison de honte. Une prison où les droits de l'Homme
sont bafoués et où la torture sert d'outil indispensable
pour les interrogatoires.
Témoignages d'Abou Ghraïb
et d'ailleurs : meurtres, viols, tortures, humiliations. L'enfer
des camps de prisonniers
« AFI Flash » a rencontré dernièrement
des prisonniers d'Abou Ghraieb et a recueilli leurs témoignages.
Témoignages douloureux par ce qui est remémoré,
par les non-dits de l'humiliation, de l'horreur, de l'indescriptible.
Témoignages véhéments qui traduisent la
vulnérabilité des victimes effrayées par
les menaces que les Américains font toujours peser sur
eux et leur famille restée en Irak.
Comme l'armée US a sur chaque détenu - d'après
ce que ces prisonniers ont constaté - un fichier complet
de données biométriques, biographiques ou sociologiques,
« AFI Flash » ne donne ni le nom des personnes
rencontrées, ni les informations permettant de les reconnaître.
Nous affirmons cependant que ces récits sont authentiques.
Les détails qui nous ont été fournis, l'émotion
transmise par leurs récits et, enfin, les originaux de
documents US que nous avons consultés - notamment les
bracelets portant leur nom, n° d'écrou, code barre
et photo- en sont les preuves irréfutables.
Oum « Mim » (Kirkouk) :
J'ai été arrêtée le 13 janvier 2001
à Kirkouk à une heure du matin avec ma fille,
son amie et mon neveu. Mon mari était absent. Nous dormions
quand nous avons entendu des tanks, des chars, 13 au total autour
de la maison. Ils ont fait exploser la porte de la maison en
bourrant d'explosifs la serrure. Il faisait très froid
car il pleuvait. Les soldats américains nous ont tiré
par les cheveux, traînés dans la boue sans chaussures
et ils ont détruit la maison. Ils ont cherché
dans tous les recoins des armes ou de l'argent parce qu'ils
prétendaient que je finançais la résistance.
Ils nous ont mis un sac sur la tête, que nous avions chaque
fois qu'ils nous emmenaient d'un endroit à un autre.
Ils nous ont emmenés dans un endroit inconnu, j'ai entendu
le bruit d'une porte en fer et ils nous ont fait entrer dans
une pièce. Il faisait très froid. Ils nous ont
attaché les poignets avec du fil de nylon qu'ils serraient
si fort que nos bras étaient ensanglantés. Une
demi-heure plus tard, c'était l'interrogatoire qui a
duré trois heures: « Où est l'argent de
la résistance. Nous ne vous relâcherons pas tant
que vous n'aurez pas dit la vérité. Où
est votre mari ? » L'interprète nous a insulté.
C'était un chrétien irakien, je l'ai reconnu à
son accent mais il ne devait pas vivre en Irak.
J'étais inquiète pour ma fille, j'avais peur qu'ils
la violent. Puis il y a eu l'interrogatoire de ma fille et de
mon neveu qu'ils accusaient d'être baassiste, raison pour
laquelle ils l'ont frappé. A 10 heures du matin, des
femmes soldats US nous ont filmé. Puis de nouveau, interrogatoire
jusqu'à 5 heures de l'après midi, sans manger
et sans boire. Ensuite, ils nous ont jetés dans deux
Apaches, avec les portes ouvertes, car ils avaient peur que
la résistance les attaque. Ils disaient qu'ainsi les
conséquences seraient moins terribles. Nous avons fait
5 heures de voyage pour arriver à l'aéroport international
Saddam à Bagdad. On nous a mis dans une pièce
très petite et sombre. Nous avions besoin de dormir :
le garde qui ressemblait à un Mexicain était plus
humain que les autres. Il nous a dit qu'il essayerait de nous
aider. On nous a à nouveau interrogé sur la résistance
et son financement. Le garde nous a donné un drap léger
pour nous étendre par terre, mais nous l'a repris car
un inspecteur devait venir. Nous devions rester debout. Une
heure plus tard, autre interrogatoire. J'étais faible
parce que nous n'avions rien mangé depuis trois jours.
Deux officiers interrogeaient ; il y avait un interprète
et une femme soldat noire. Les mêmes questions étaient
posées et je lui ai dit que les musulmans avaient le
Coran et les chrétiens l'Evangile pour jurer la vérité.
Il m'a dit : « Je ne crois ni au Coran ni à l'Evangile
». J'ai pensé qu'il était israélien.
La première question était de savoir si j'étais
sunnite ou chiite. Je suis chiite. Ma fille née en 1980
est très forte mais on m'a dit qu'on allait la tuer si
je ne parlais pas : « Tu verras ce que tu n'as jamais
vu de ta vie ». Ils m'ont ensuite fait entrer dans une
salle longue, peinte en noir avec des points blancs, des jeux
de lumière se sont déclenchés et des bruits
insupportables. La femme noire m'a prise par les cheveux et
m'a lancé contre des photos de Saddam aux yeux crevés,
fixées aux murs opposés. Cela a duré pendant
deux à trois heures. Elle me faisait marcher à
quatre pattes et me fouettait. Je me suis évanouie et
on m'a réveillée à l'eau froide. Puis,
de nouveau : interrogatoire. Ils avaient soi-disant la preuve
de mon soutien financier à la résistance. Ils
avaient trouvé mon nom dans la serviette de Saddam. Je
leur ai dit que, puisque Saddam était sur le même
lieu que moi, qu'il le fasse venir et s'il me reconnaissait
alors qu'ils me fusillent. Je suis innocente. Ils ont torturé
mon neveu, dévêtu, devant moi. La femme noire m'a
arraché une poignée de cheveux avec la peau du
crâne. Ses coups sur ma tête m'ont fait perdre connaissance.
Elle a ensuite concentré ses coups sur le côté
droit de mon corps qui est maintenant défaillant, puis
m'a cassé dessus une chaise en plastique. Un morceau
est resté planté dans ma jambe. Le docteur de
la prison a dû m'opérer pour le retirer. Je souffrais
trop et la couleur de ma jambe était noire. Il m'a conseillé
de le garder. Mon dossier médical de trente pages est
chez les Américains. Je ne peux pas le récupérer.
Ma fille a été torturée, ils lui ont cassé
une jambe et coupé les cheveux. Le 4ème jour,
le « mexicain » a dit que lorsque les soldats US
venaient dans ma cellule, je devais me lever. Il y avait une
caméra dans la cellule. Dès que je m'endormais,
ils le savaient et ouvraient la porte : « Tu dois rester
toujours debout » disait le gardien. Je ne savais plus
si on était le jour ou la nuit. Nous sommes restés
tout ce temps sans nous laver, avec la même déchdaché
(robe que porte les femmes chez elles) avec le sang séché
sur nos poignets. C'est un homme qui m'a donné un bout
de tissu pour me couvrir les cheveux et le « mexicain
» nous a aidé pour notre toilette.
Le 5ème jour, ils ont enfermé avec moi un Yéménite,
au corps lacéré, enchaîné soupçonné
d'appartenir à Al-Qaeda. Il lui semblait impensable qu'il
y ait des femmes torturées. Il avait été
violé par les soldats. L'interprète m'a alors
dit que je serai comme lui si je ne parlais pas. Puis, ils l'ont
changé pour un garçon nommé Ahmed, de Samarra,
accusé d'être de la famille d'Izzat Al-Douri. Ils
l'avaient suspendu à l'hélicoptère qui
l'amenait au camp. Il était resté douze jours
sans manger ni boire. Je suis restée cinq jours comme
ça jusqu'à un nouvel interrogatoire tout à
fait différent. Cette fois, ils me promettaient de m'emmener
aux Etats-Unis, que mon fils serait « ministre »
si je les renseignais sur la résistance.
Dans la nuit, ils ont jeté dans ma cellule, une femme
Oum Omar d'une vingtaine d'années, dont le mari avait
été tué. Ses petits enfants avaient été
laissés seuls dans la rue à trois heures du matin,
lors de son arrestation. Elle a eu une crise de diabète
et était toute gonflée mais ils ne s'en sont pas
occupés. Puis, ils m'ont donné un gel pour effacer
mes ecchymoses. Je ne pouvais plus dormir à cause de
douleurs dans tout le corps et surtout à la tête.
Je suis restée 17 jours à l'aéroport et
ils m'ont transféré, sac sur la tête, dans
un autre endroit.
Là, j'ai entendu des voix crier : « Vive l'héroïne
! Avant Abou Ghraieb était pour les criminels, maintenant
elle est pour les héros ». J'ai su où j'étais.
Ils m'ont emmenée dans un bureau pour être fichée.
C'est à partir de ce moment seulement que les prisonniers
existent. Autrement, ils font partie des disparus. Je ne suis
restée 7 jours à Abou Ghraieb. Ils m'ont libérée
en raison de mon état de santé : ils avaient peur
que je meurs en prison. C'était sans doute mauvais pour
leurs statistiques.
Aujourd''hui, j'ai besoin de soins particuliers, mais je ne
sais pas où aller. Les pays étrangers ne veulent
pas de nous, les Irakiens.
Abou S. (Falloujah) :
J'ai été détenu à Abou Ghraieb du
16 janvier au 26 novembre 2004. Les soldats américains
ont fait intrusion chez nous à minuit alors qu'il n'y
avait pas d'électricité. Tout y était :
tanks, chars, hélicoptères. Les enfants étaient
couchés et ils ont été terrorisés
à la vue de tous ces soldats armés jusqu'aux dents.
Je suis resté deux jours à Al Almaryiah dans une
cage où étaient entassées 13 personnes.
Puis ils m'ont transféré dans un ancien centre
de renseignements sous Saddam Hussein et là, nous sommes
restés dans l'obscurité toute la journée.
On sortait une fois par jour pour se laver. On n'avait rien
à manger. J'y suis resté 14 jours. Le 29 janvier,
j'ai été interrogé par des militaires américains
assistés de traducteurs, et transféré à
Abou Ghraieb. J'y étais lorsque les tortures infligées
aux prisonniers ont été connues du monde entier.
Le 26 avril, ils m'ont emmené à Oum Qasr, au camp
Bucca où sont enfermées 10 000 personnes.
Les premières questions posées sont : «
Es-tu Chiite ou Sunnite ? Où fais-tu la prière
? Dans quelle mosquée ? Quels sont les oulémas
que tu connais ? » J'ai été arrêté
par délation : la Brigade Badr (NDLR : milice pro-iranienne
dépendant du Conseil suprême de la révolution
islamique en Irak d'Abdel Aziz Al- Hakim) offre des récompenses
à des paysans pour déposer des marqueurs électroniques
près des maisons de personnes soupçonnées
d'appartenir à la résistance. Quelqu'un a ainsi
« donné » 70 personnes. Démasqué,
il a été exécuté. Ces marqueurs
émettent des signaux qui permettent aux hélicoptères
de localiser l'objectif et de diriger du ciel l'intervention
des chars et des commandos US. C'est de cette manière
que j'ai été pris. Ce qui est pire pour nous,
Irakiens, c'est le traitement que l'on réserve à
nos femmes. Les violences de toutes sortes qu'on leur inflige
devant nous blessent profondément notre sens de l'honneur.
Ce que je peux dire, et cela vient à l'appui des révélations
sur Abou Ghraieb, les tortures ne sont pas laissées à
l'appréciation des soldats. Elles sont méthodiques.
Un de mes compagnons de cellule, parlant l'anglais, m'a rapporté
la conversation entre deux soldats US, l'un d'eux disant que
certaines tortures n'étaient pas permises, par exemple
sur les personnes de plus de 50 ans, les femmes ou les enfants.
Ils ne pouvaient pas être emmenés vers certaines
chambres de tortures.
Je peux vous citer des types de tortures pratiquées :
* On allonge tous les détenus par terre dans une cour,
en rangées très étroites, puis on fait
passer les tanks entre les corps étendus. Certains qui
voient le tank arriver sur eux et qui s'attendent à être
écrasés sont devenus fous.
* On fait entrer dans les cellules un type de bête (NDLR
: une race de chien, semble-t-il, inconnue des Irakiens) qui
se jette sur les prisonniers.
* On vous donne un savon, vous êtes nu, et avec de l'eau
froide, vous devez utiliser le savon jusqu'au bout. Des détenus
sont ainsi morts de froid.
* On trempe dans l'eau une couverture et vos habits et vous
devez porter le tout malgré le froid.
Dans toutes les villes et les camps militaires, il y a des prisonniers
non répertoriés. Il existe ainsi beaucoup de prisonniers
sur lesquels il n'y a pas d'informations. Les soldats peuvent
faire n'importe quoi et chaque fois que vous avez un soldat
US en face de vous, vous devez regarder par terre. J'ai vu un
père renvoyé dans sa cellule par un soldat sans
avoir vu son fils venu en visite parce que l'enfant jouait avec
un billet de 50 dinars ! Les soldats font exploser les portes
des maisons. Une porte est tombée sur une femme et les
soldats ont marché dessus, obligeant le fils à
marcher sur le corps de sa mère.
On nous fait des piqûres, trois à chaque bras sans
raison. On pense que les Américains expérimentent
des médicaments. Des détenus qui avaient un cancer
sont morts.
Quand on est libéré, on ne sait pas pourquoi,
ni pourquoi on a été arrêté. Aucune
loi n'est appliquée. Les soldats viennent avec une liste
de numéros sans nom et libèrent 15 à 20
personnes. Pourquoi elles et pas d'autres ? Sans doute pour
jouer avec les nerfs de ceux qui restent. Quant à moi,
les Américains m'ont volé mes papiers et mon argent
(voici le document qui le prouve). En Irak, sans document, j'étais
à la merci des contrôles américains. Dans
les camps, il n'est pas possible de faire un travail précis
pour la résistance. Mais chaque prisonnier devient un
soutien de la résistance une fois sorti. L'oppression
est telle que les prisonniers irakiens sont prêts à
tout, pour sauver leur honneur et leurs biens.
Abou O. (Adhamyiah) :
J'ai été emprisonné à Abou Ghraieb
de novembre 2003 à février 2005. J'ai été
arrêté sur mon lieu de travail. Je suis resté
3 jours avec un sac sur la tête, sans manger ni boire,
dans un des palais de Saddam. C'était l'hiver, j'ai perdu
toute sensibilité au froid.
J'ai été torturé de la manière suivante.
Les mains attachées dans le dos, les genoux repliés
sur la poitrine, je devais m'encastrer entre les pieds d'une
petite table scellée au sol. Comme je n'y arrivais pas,
le soldat me frappait les jambes avec un bâton. Je ne
sentais plus mes membres. Sous cette table, j'étais complètement
ankylosé. Si je bougeais, il me donnait des coups de
pieds. Une autre fois, un soldat US m'a enfoncé son genou
dans le dos, en me serrant le cou avec son bras. Il me tirait
en arrière comme pour me briser la colonne. Plus tard,
les mains attachées dans le dos, avec un sac sur la tête,
il me frappait le crâne contre le mur. Il ne me posait
jamais de question.
Les tortures préférées des Américains
sont les musiques infernales et les sons insupportables. Ils
ont des baffes très puissantes. Le bruit provoque des
douleurs dans la poitrine et la tête. La nuit, à
partir de minuit, il était impossible de dormir. On cherchait
à nous briser. En prison, il est interdit de parler aux
détenus, aux gardiens et de regarder vers la fenêtre.
Les détenus doivent baisser la tête devant les
soldats. Il est interdit de les regarder en face. L'eau est
un problème : on n'en a qu'un litre deux fois par jour
pour boire, faire les ablutions. Nous avons confiance en Dieu
et en la résistance qui va continuer.
Source : AFI-Flash n°47, 4 juillet 2005
Profanations du Coran : un ancien détenu
russe porte à son tour des accusations
Un ancien détenu russe du camp de guantanamo, à
Cuba, a affirmé à son tour mardi que des soldats
américains profanaient régulièrement le
Coran dans cette prison spéciale en en jetant des exemplaires
dans les toilettes.
"A Cuba, ils avaient l'habitude de jeter le Coran dans
la cuvette des toilettes. Cela arrivait régulièrement
et c'était destiné à nous provoquer",
a déclaré Airat Vakhitov lors d'une conférence
de presse à Moscou.
Interrogé plus tard par l'Associated Press, Airat Vakhitov
a précisé qu'il n'avait pas assisté lui-même
à ces profanations. "Un Palestinien nommé
Mahir, qui se trouvait dans une cellule voisine, l'a vu et me
l'a raconté", a-t-il rapporté. "De nombreuses
autres personnes à Guantanamo m'en ont aussi parlé."
Airat Vakhitov est l'un des sept ressortissants russes qui ont
été libérés de Guantanamo en mars
2004. A leur retour en Russie, les sept anciens détenus
ont été incarcérés pendant trois
mois avant d'être libérés en juin 2004.
Airat Vakhitov, qui dit avoir été détenu
par les forces américaines à Kandahar (Afghanistan)
avant d'être transféré à Guantanamo,
assure en revanche avoir lui-même assisté à
des profanations du Coran lors de sa détention en Afghanistan.
"A Kandahar, ils déchiraient des exemplaires du
Coran et en ont même mis un dans un seau d'excréments",
a-t-il affirmé.
Vakhitov raconte aussi que les soldats américains privaient
des détenus de sommeil en mettant de la lumière
ou de la musique très fort, qu'ils se servaient d'un
gaz indéterminé et qu'ils ont même laissé
une fois des chiens attaquer les prisonniers.
Ces accusations interviennent au lendemain de celles portées
par plusieurs anciens détenus pakistanais de Guantanamo,
qui ont affirmé avoir vu des Américains chargés
des interrogatoires jeter ou déchirer des exemplaires
du Coran. L'un d'eux a raconté que des femmes nues s'asseyaient
parfois sur la poitrine de prisonniers lors des interrogatoires.
Le Pentagone a démenti les accusations portées
par ces anciens prisonniers pakistanais. Toutefois, début
juin, le Pentagone a reconnu que des exemplaires du Coran appartenant
à des prisonniers détenus dans la prison spéciale
de Guantanamo avaient été dégradés
(coups de pied, jets d'urine, exemplaires piétinés,
obscénités écrites en anglais). Mais rien
ne prouve, selon les autorités américaines, que
des exemplaires du Coran aient été jetés
aux toilettes.
Source : AP, 28 juin 2005
Un ex-détenu koweïtien
à guantanamo acquitté dans son pays
Le premier détenu koweïtien à avoir été
libéré de la prison américaine de guantanamo
à Cuba, Nasser Najr al-Moutaïri, accusé dans
son pays notamment d'agression envers un autre Etat, a été
acquitté mercredi par la cour criminelle de Koweït,
a indiqué à l'AFP son avocat.
"La cour criminelle a jugé que Nasser Najr al-Moutaïri
est innocent de toutes les accusations formulées contre
lui et l'a jugé non coupable, pour absence de preuves",
a déclaré Moubarak al-Chimmari.
M. Moutaïri est rentré au Koweït en janvier
après trois ans passés à guantanamo.
Il était inculpé par la justice koweïtienne
d'intelligence avec un pays étranger visant à
attenter aux intérêts politiques du Koweït,
d'agression envers un pays étranger mettant en péril
les relations extérieures du Koweït et d'entraînement
à l'usage des armes.
Source : AFP, 29 juin 2005
Le Pakistan libère 17 anciens
détenus de guantanamo
Dix-sept Pakistanais maintenus en détention depuis l'automne
dernier dans leur pays après avoir quitté le camp
d'internement américain de Guantanamo Bay (Cuba) ont
été remis en liberté lundi, a annoncé
un représentant du gouvernement.
Trente-cinq ressortissants pakistanais avaient été
libérés en septembre par les autorités
de Guantanamo Bay, mais on les avait placés en détention
dès leur retour au Pakistan pour des vérifications
complémentaires.
Les autorités pakistanaises avaient récemment
transféré les 35 hommes dans leurs provinces respectives
afin d'accélérer leur remise en liberté,
des journaux ayant révélé qu'ils étaient
détenus sans inculpation dans une prison de Rawalpindi,
non loin d'Islamabad.
Tahir Mehmood Ashrafi, conseiller du gouvernement de la province
centrale du Pendjab, a dit que les 17 hommes transférés
dans cette région étaient sortis de prison à
Lahore, la capitale provinciale, après que leurs proches
eurent garanti qu'ils ne causeraient aucun trouble.
"Les parents de ces personnes ont donné l'assurance
qu'elles ne se livreraient à aucune activité terroriste
à l'intérieur comme à l'extérieur
du pays", a déclaré Ashrafi à Reuters.
On ignore le sort des 18 autres anciens détenus de Guantanamo
Bay.
Plusieurs détenus libérés ont affirmé
avaoir été témoins de profanations du Coran
par les gardiens à guantanamo.
Des milliers de Pakistanais en proie aux passions religieuses
s'étaient rendus en Afghanistan pour s'y joindre à
une guerre sainte contre les Etats-Unis après les attentats
du 11 septembre 2001. Des centaines d'entre eux furent capturés
par les forces alliées après la chute des taliban
fin 2001. Certains furent envoyés à Guantanamo,
d'autres incarcérés en Afghanistan.
Les Etats-Unis ont annoncé en mars avoir libéré
146 détenus de Guantanamo Bay et en avoir transféré
65 autres - en majorité pakistanais - dans leurs pays
pour y être placés en détention.
Selon des représentants du Pentagone, douze de ceux qui
ont été relâchés passent pour avoir
"repris le combat".
Source : Reuters, AFP, 27 juin 2005
La Suisse "très concernée"
par guantanamo
La ministre fédérale suisse des Affaires étrangères
Micheline Calmy-Rey a eu un entretien «fructueux»
et «amical» avec la secrétaire d'Etat américaine
Condoleezza Rice. Elle a émis le voeu «d'intensifier»
les relations bilatérales et exprimé son soucis
sur les prisonniers de Guantanamo.
«Ensemble, nous avons pu jeter des bases solides pour
un futur dialogue structuré, dynamique et constructif»,
a déclaré la cheffe du Département fédéral
suisse des affaires étrangères (DFAE) lors d'une
conférence de presse après sa première
visite officielle à Washington. «Nos relations
bilatérales sont multilatérales touchent différents
secteurs», a-t-elle dit. Elle a aussi insisté sur
le besoin de «structurer et rendre plus cohérentes»
les relations bilatérales avec les Etats-Unis. «Nous
nous sommes convenus de rechercher des modalités appropriées
pour accroître et structurer notre coopération
dans les secteurs où nous avons des intérêts
mutuels», a-t-elle ajouté. La cheffe de la diplomatie
suisse a souligné que le rapprochement avec les Etats-Unis
ne mettait pas en cause ses relations avec les pays voisins.
«Les buts du Conseil fédéral et la politique
à l'égard de l'Union Européenne (UE) n'ont
pas changé», a-t-elle affirmé.
Le chef du Département fédéral de l'économie
(DFE) Joseph Deiss devrait se rendre à Washington le
20 juillet. La Suisse vient de lancer des discussions exploratoires
sur la possibilité de conclure un accord de libre-échange.
Mme Calmy-Rey a assuré avoir également abordé
la question de la base américaine de Guantanamo à
Cuba. «J'ai dit que la Suisse se sentait très concernée
et en soucis par le fait que des catégories spéciales
de personnes appelées combattants ennemis ne soient pas
protégées par les Conventions de Genève»,
a dit la conseillère fédérale.
Mme Calmy-Rey a aussi rencontré le nouveau président
de la Banque Mondiale, Paul Wolfowitz. Selon elle, il a «félicité
la Suisse» pour son initiative sur les fonds détournés
par l'ex-dictateur nigérian Sani Abacha. «Le gouvernement
suisse a clairement affirmé sa volonté de restituer
ces fonds», a-t-elle rappelé.
Source : ATS, 27 juin 2005
Human Rights Watch dénonce les
détentions arbitraires de suspects de terrorisme aux
Etats-Unis
par Eric Leser, Le Monde, 28 juin 2005
Au lendemain des attaques du 11 septembre 2001, le FBI (police
fédérale) et le département de la justice
ont procédé, aux Etats-Unis, à des centaines
d'arrestations afin de découvrir et démanteler
les cellules d'Al-Qaida sur le sol américain et d'empêcher
de nouveaux attentats. Les personnes interpellées ont
souvent été détenues pendant des mois au
secret, sans mise en accusation et sans accès à
un avocat, au mépris de leurs droits constitutionnels.
Les organisations de défense des droits civiques Human
Rights Watch et le Syndicat américain des libertés
civiles (American Civil Liberties Union, ACLU) ont rendu public,
dimanche 26 juin, un rapport de 101 pages qui détaille
les conditions de détention et de traitements de ces
prisonniers.
CHERCHER ENSUITE LES PREUVES
"Opérant derrière un mur du secret, le département
de la justice a jeté de nombreux musulmans vivant aux
Etats-Unis dans un monde kafkaïen de détention sans
limites et sans inculpation, et d'accusations sans fondements
de terrorisme. Ils se sont retrouvés non pas à
Guantanamo où à Abou Ghraib mais dans le système
carcéral fédéral américain, victimes
du détournement de la loi sur le témoin essentiel
-material witness-. Au moins un quart d'entre eux sont des citoyens
américains. Et près de la moitié n'ont
jamais été présentés à un
grand jury ou devant un tribunal", souligne le rapport.
L'étude, intitulée "Témoin des abus
: les droits de l'homme bafoués par la loi sur les témoins
essentiels depuis le 11-Septembre", recense "au moins
70 cas" de détentions arbitraires de personnes.
A une seule exception, elles étaient toutes de confession
musulmane. Leurs droits fondamentaux ont été déniés.
"Beaucoup n'ont pas été informées
des raisons de leur arrestation, n'ont pas eu accès immédiatement
à un avocat et n'ont pas été autorisées
à accéder aux preuves retenues contre elles. Les
procédures devant les tribunaux ont été
menées en secret et tous les documents scellés...
De nombreux témoins essentiels ont été
arrêtés et incarcérés avec des éléments
qui n'auraient jamais été suffisants pour justifier
une procédure criminelle et une détention préventive"
, souligne le rapport. Les preuves consistaient parfois dans
le fait que l'individu arrêté avait travaillé
au même endroit ou fréquenté la même
mosquée qu'un des pirates de l'air du 11-Septembre.
Certains ont été arrêtés pour avoir
été, à l'université, dans des soirées
organisées par un suspect de terrorisme, pour posséder
le magazine Time avec la photographie d'Oussama Ben Laden en
couverture, ou pour avoir le même nom de famille qu'un
des auteurs des attaques contre New York et Washington.
"La précipitation, l'incompétence et les
préjugés ont joué un rôle important"
, affirme Anjana Malhotra, auteur du rapport. "Ces hommes
ont été victimes de la décision du département
de la justice de contourner la loi , souligne Jamie Fellner,
directeur du programme américain de Human Rights Watch
(HRW). Les criminels sont mieux traités que ces témoins
essentiels."
L'administration a détourné la notion de témoin
essentiel afin d'avoir un moyen commode pour multiplier les
arrestations, en espérant trouver ensuite des preuves
pour les justifier. "Quand il n'y avait pas de preuves,
le département de la justice maintenait simplement les
prisonniers en détention jusqu'à ce qu'ils ne
lui soient plus d'aucune utilité ou qu'un juge décide
finalement de les libérer", précise le rapport.
Sur les 70 témoins considérés, 42 ont été
relâchés sans aucune accusation. Sept ont été
inculpés de soutien à des organisations terroristes,
quatre ont été jugés coupables et trois
ne sont pas encore passés en justice. Une vingtaine d'autres
personnes ont été accusées de crimes qui
n'étaient pas liés à des activités
terroristes. Vingt-quatre détenus ont été
expulsés et deux considérés comme des "ennemis
combattants" et remis au département de la défense.
Le gouvernement américain a présenté ses
excuses à au moins 13 de ces témoins. Mais le
département de la justice a toujours refusé de
révéler combien de personnes ont été
arrêtées aux Etats-Unis dans le cadre des enquêtes
contre le terrorisme, et a quasiment ignoré les demandes
en ce sens faites par les parlementaires.
"LE PLUS EXTRÊME DES ABUS"
La loi sur les témoins essentiels remonte à 1984.
Le texte visait à lutter contre le crime organisé.
Si un tribunal considère qu'un individu dispose d'informations
essentielles pour une procédure criminelle et a de grande
chance de s'enfuir, l'intéressé peut être
incarcéré jusqu'à ce qu'il ait témoigné.
"Mais depuis le 11-Septembre, le département de
la justice a délibérément utilisé
cette loi dans une optique très différente : pour
s'assurer la détention sans limites de ceux qu'il considérait
comme suspect de terrorisme. Il a refusé de respecter
les droits fondamentaux de la personne et la Constitution qui
donne aux détenus le droit de se voir notifier les accusations,
d'avoir accès à un avocat, de consulter les preuves
et d'être capable de contester les raisons de son arrestation
et de sa détention" , écrit HRW.
Pour Lee Gelernt, conseiller juridique de l'ACLU, "l'utilisation
illégale du statut de témoin essentiel est peut-être
le plus extrême, mais le moins connu des abus du gouvernement
après le 11-Septembre".
En Irak, à guantanamo et en Afghanistan,
: Washington reconnaît l'usage de la torture contre les
prisonniers
Manifestation
devant la Maison blanche contre la torture à guantanamo
et Abou Ghraïb organisée par la Coalition
pour l'abolition de la torture et le soutien aux survivants
le dimanche 26 juin 2005 à Washington. Photo AP.
|
Les USA ont reconnu pour la première fois devant l'ONU
des cas de tortures infligées à des prisonniers
en Afghanistan et en Irak, ainsi que sur la base américaine
de Guantanamo (Cuba), a-t-on appris vendredi de source autorisée
à l'ONU.
Selon un membre du Comité de l'ONU contre la torture,
Washington a reconnu ces tortures dans un rapport encore confidentiel
remis au Comité, qui examine le respect de la convention
internationale contre la torture par les Etats signataires.
«Ils ne se défilent plus et ont assumé leur
obligation d'informer l'ONU», a dit ce responsable qui
a requis l'anonymat. «Ils vont maintenant devoir rendre
des comptes (au Comité). Rien ne devra rester dans l'obscurité».
Les USA, qui ont répondu dans leur rapport à toutes
les questions du Comité, devront comparaître en
mai prochain devant cet organe de l'ONU qui analysera les conclusions
remises par Washington.
«Ils n'ont évité aucun point en répondant
aux questions, que ce soit à propos des prisonniers en
Irak, en Afghanistan ou à Guantanamo, et des autres accusations
de mauvais traitements et de tortures», a-t-on ajouté
de même source. «Ils ont dit qu'il s'agissait de
cas isolés, qu'il n'y avait rien eu de systématique
et que les coupables étaient en train d'être sanctionnés».
Le rapport précise que les actes en question ont été
commis par des fonctionnaires subalternes et n'ont pas été
avalisés par la hiérarchie, selon la même
source.
La veille, des enquêteurs de l'Onu chargés de veiller
au respect des droits de l'Homme, avaient accusé jeudi
les USA de refuser d'ouvrir leurs prisons en Irak, en Afghanistan
et à Guantanamo.
Les USA n'ont toujours pas répondu à la requête
présentée il y a plus d'un an par l'Onu de pouvoir
enquêter sur les «graves accusations de torture,
de traitement cruel, inhumain et dégradant», de
détention arbitraire et de violations des droits des
détenus à Guantanamo.
«L'absence de réponse définitive malgré
des demandes répétées donne à penser
que les USA ne souhaitent pas coopérer dans ce domaine
avec les mécanismes des Nations unies en matière
de droits de l'homme», disent les enquêteurs de
l'Onu, en insistant sur le fait qu'aucun pays n'est au-dessus
des lois.
«A un moment, il faut considérer les accusations
fondées comme des faits avérés en l'absence
d'explication claire du gouvernement concerné»,
a déclaré au cours d'une conférence de
presse Manfred Nowak, rapporteur spécial de l'Onu sur
la torture.
Le fait que l'accès aux prisonniers ait été
refusé pendant si longtemps aux enquêteurs de l'Onu
est «un signe qu'ils souhaitent dissimuler certaines choses
à la vue du public», a-t-il ajouté.
Paul Hunt, rapporteur spécial de l'Onu sur le droit à
la santé physique et mentale, a cité des cas de
«détérioration inquiétante de la
santé mentale de nombreux détenus», des
dizaines de tentatives de suicide et des méthodes d'interrogatoire
coercitives, y compris par la privation de sommeil.
Washington a une nouvelle fois répondu à l'Onu
le 20 mai que sa requête était «toujours
étudiée avec attention».
Les enquêteurs onusiens ont répliqué jeudi
que les USA avaient eu «largement le temps» et que
cette période de réflexion était donc terminée
à leurs yeux.
D'après les chiffres officiels du Pentagone, les USA
détiennent 520 prisonniers à Guantanamo, dont
seulement quatre font l'objet de poursuites judiciaires. Certains
sont prisonniers depuis plusieurs années.
Dans le cas de Guantanamo, où sont détenus 520
prisonniers arrêtés pour la plupart en 2001 en
Afghanistan, le rapport explique qu'il s'agit de «combattants
ennemis» qui ne peuvent bénéficier des conventions
de Genève tant que se poursuit «la guerre contre
le terrorisme».
Source : Al Bayane, 26 juin 2005
Des élus US en goguette à guantanamo: «
Il y a des progrès »
Le
républicain de Calfornie Duncan Hunter goûte
à un plateau-repas de détenu. Photo AP
|
Des progrès ont été réalisés
pour l'amélioration des conditions de détention
et pour la protection des droits des détenus à
la prison pour terroristes présumés de Guantanamo,
ont affirmé samedi des Représentants Républicains
et Démocrates.
Les élus américains ont assisté à
des interrogatoires, passé en revue des blocs de cellules
et même goûté le déjeuner servi aux
détenus lors de la première visite de membres
du Congrès depuis l'intensification des critiques contre
la prison de Guantanamo ces derniers mois.
"Le Guantanamo que nous avons découvert aujourd'hui
n'est pas le Guantanamo dont nous avions entendu parler ces
dernières années", a conclu la Démocrate
Ellen Tauscher.
Les élus des deux camps ont néanmoins reconnu
que les efforts devraient être poursuivis pour s'assurer
que les conditions de détention s'inscrivent dans une
procédure légale.
"Je pense qu'ils font de leur mieux pour respecter une
procédure qui convient", a nuancé le Républicain
Joe Schwarz.
La Démocrate Sheila Jackson, qui réclamait la
fermeture du centre de détention, n'a pas changé
d'avis après cette visite mais a admis que "ce que
nous avons vu ici est la preuve que nous réalisons des
progrès".
Source : AP, 26 juin 2005
Enfin, l'ONU se bouge
24/06/05 - Il aura fallu trois ans et demi
pour que la machine onusienne se décide enfin à
se bouger à propos du scandale de guantanamo. Des experts
des Nations unies chargés des droits de l'homme comptent
ouvrir une enquête sur les conditions de détention
à la prison américaine de Guantanamo, sans attendre
le feu vert de Washington.
« L'absence de réponse définitive en dépit
de nos demandes répétées laisse à
penser que les États-Unis ne souhaitent pas coopérer
avec le système des droits de l'homme de l'ONU à
ce sujet », ont indiqué les experts onusiens.
Selon les enquêteurs, des « sources dignes de foi
» indiquent que les quelque 520 détenus de Guantanamo
seraient victimes de tortures et de traitements cruels, inhumains
et dégradants. Ces prisonniers, faits dans le cadre de
la « guerre contre le terrorisme » instaurée
par les États-Unis au lendemain des attentats du 11 septembre
2001, sont pour la vaste majorité détenus sans
que des accusations soient portées contre eux.
« Aucun pays membre des Nations unies n'est au-dessus
des droits de l'homme », ont lancé les experts
qui souhaitent déposer leur rapport lors de la prochaine
session de la Commission des droits de l'homme de l'ONU, au
printemps 2006.
Ces quatre spécialistes n'auraient ainsi eu aucun retour
sur leur dernière requête datant de la mi-avril.
Ils souhaitaient se rendre à Guantanamo pour vérifier
l'état de santé des détenus soupçonnés
de terrorisme prisonniers sur la base américaine. Une
porte-parole du gouvernement de Washington a répondu
que la demande était encore à l'étude.
"Nous regrettons profondément que le gouvernement
des Etats-Unis ne nous ait toujours pas invités à
rendre visite à ces personnes arrêtées,
détenues ou jugées pour présomption de
terrorisme et autres violations" du droit, ont fait savoir
dans un communiqué ces experts, chargés des questions
de torture, de santé physique et mentale, d'indépendance
des magistrats et de détention arbitraire.
Source : AP et Radio-Canada, 23 juin 2005
Le caméraman
d'Al Jazeera a été battu par ses interrogateurs
Sami Al Hajj, le caméraman soudanais d'Al Jazeera détenu
à guantanamo après avoir été arrêté
en Afghanistan fin 2001, a été victime de mauvais
traitements graves, selon l'avocat britannique Clive Stafford-Smith,
qui a pu lui rendre visite à guantanamo et a constaté
qu'il avait une grande cricatrice au visage, conséquence
des mauvais traitements subis. Al Hajj a confirmé à
l'avocat avoir vu des gardiens US jeter un Coran dans les toilettes
et écrire des insultes sur un autre exemplaire du Livre.
«Il est totalement innocent. Il est autant terroriste
que mon grand-père. L'unique raison pour laquelle il
a été traité ainsi est qu'il est journaliste
d'Al Jazeera. Les Américains ont tenté d'en faire
un informateur pour l'amener à dire que Al jazeera est
liée à Al Qaïda. Le problème c'est
que personne ne fait pression sur les Américains pour
qu'ils le libèrent. Un mot du gouvernement du Soudan
ou du Qatar suffirait. »
Source : Al Jazeera, 22 juin 2005