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La galaxie guantanamo

AVEZ-VOUS ENTENDU PARLER DE GUANTANAMO ?
BIEN SÛR, DIREZ-VOUS. MAIS QU'EN SAVEZ-VOUS EXACTEMENT ?

 

Présentation de la Chronique de guantanamo, publiée par le Collectif guantanamo France


« Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé »

Article 9 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme.

 

La CHRONIQUE DE GUANTANAMO est une "newsletter" électronique publiée par le Collectif guantanamo, lancée en février 2003. Depuis avril 2004, elle paraît 2 fois par mois, le 1er et le 15 du mois. Elle entre aujourd'hui dans sa troisième année. En 23 mois, nous avons constitué la plus importante base de données en langue française sur guantanamo, soit l'équivalent d'une dizaine de livres de 220 pages, accessible à tous ceux qui savent lire sur 2 sites web. Nous entendons continuer, élargir et approfondir ce travail. Mais cela ne sera pas possible sans vous.

Le 10 janvier 2005, cela fera 3 ans que 545 hommes de 40 pays sont détenus illégalement par les USA. 202 autres ont été libérés, dont une partie ont été emprisonnés dans leur pays. Exiger qu'ils soient libérés ou jugés équitablement nous semble naturel. Ce n'est pas l'avis de la Maison blanche et du Pentagone, qui ignorent depuis 6 mois un verdict de la Cour suprême US ordonnant que ces prisonniers aient la possibilité de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire.

Le Collectif guantanamo a été créé en France en février 2003. Cette association a pour but d'organiser une campagne mondiale d'information et de solidarité pour défendre les droits de toutes les personnes détenues par les USA comme "combattants ennemis illégaux" à Guantanamo, Bagram et ailleurs.

Son appel fondateur, "guantanamo : premier camp de concentration off shore de l'Empire !", peut être lu en 9 langues [ allemand, anglais, arabe, créole, danois, espagnol, français, russe, suédois ] en allant à : http://www.gwadaoka.org/guantanamo_appel_fr.htm

Son outil principal est le travail d'information. Le Collectif publie des informations sur la "galaxie guantanamo" à un rythme quasi-quotidien sur deux sites internet. Ces informations sont reprises et diffusées tous les 15 jours dans une lettre électronique appelée CHRONIQUE DE GUANTANAMO. Si vous voulez lire, puis vous abonner à cette CHRONIQUE , il suffit de nous envoyer un mail à collectif.guantanamo@gwadaoka.org

Cette Chronique contient donc toutes les informations publiées au jour le jour sur les sites http://quibla.net et http://www.gwadaoka.org/guantanamo.htm

 

POUR RECEVOIR CETTE CHRONIQUE LE 1er et LE 15 DE CHAQUE MOIS, ENVOYEZ UN MAIL INTITULÉ : "OUI, JE M'ABONNE !" À : collectif.guantanamo@gwadaoka.org. Signalez-nous si vous souhaitez apporter une contribution financière. Nous vous indiquerons coment procéder.

Nos v¦ux pour 2005 sont simples, clairs et nets : le Pentagone et la Maison blanche doivent libérer les 545 otages détenus illégalement sur la base yankee de guantanamo depuis le 10 janvier 2002. Ou au moins, ils doivent respecter la sentence émise en juin 2004 par la Cour suprême US, stipulant que les détenus ont le droit de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire. Le martyre des hommes enfermés dans le premier camp de concentration off shore de l'Empire, entrera le 10 janvier dans sa quatrième année. C'est une insulte à l'humanité. Pensez à eux !

Merci de votre attention
pour le Collectif guantanamo,
le président
Fausto Giudice
1er janvier 2005 /20 Dhul Qa'dah 1425

 

PS : NOTRE TRAVAIL ÉTANT TOTALEMENT BÉNÉVOLE, TOUTE CONTRIBUTION FINANCIÈRE VOLONTAIRE EST LA BIENVENUE. EN NOUS SIGNALANT VOTRE ABONNEMENT, INDIQUEZ-NOUS ÉVENTUELLEMENT SI VOUS SOUHAITER VERSER UNE CONTRIBUTION. NOUS VOUS INDIQUERONS ALORS COMMENT PROCÉDER. MERCI D'AVANCE.

-> Collectif guantanamo, 5 rue de Douai, F-75009 Paris - Tél. 00 33 (0)6 13 99 28 86,
Courriel : collectif.guantanamo@gwadaoka.org
Sites web : http://quibla.net et http://www.gwadaoka.org/guantanamo.htm

Le «rapport Lizin» prône la fermeture de la prison de guantanamo

 

Un rapport remis vendredi à Washington au président de l'assemblée parlementaire de l'OSCE, l'Américain Alcee Hastings, recommande de fermer le centre de détention de Guantanamo. Ce texte a été rédigé par la présidente du Sénat de Belgique, Anne-Marie Lizin, rapportrice de la Commission des droits de l'homme de l'assemblée de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) chargée par M. Hastings d'enquêter sur Guantanamo.
«Nous recommandons de mettre un terme au centre de détention de Guantanamo, en annonçant un calendrier de fermeture. Ce calendrier doit être établi par nationalité et comprendre le timing des procédures», conclut ce rapport, dont l'auteur, Mme Lizin, a été reçue vendredi après-midi à la Maison-Blanche par le vice-président américain Dick Cheney. Le président américain George W. Bush avait affirmé il y a trois semaines qu'il examinait «toutes les options» concernant la prison de Guantanamo. Le vice-président américain Dick Cheney a toutefois affirmé quelques jours plus tard qu'il n'existait pas de «plan de fermeture» pour Guantanamo.
Le rapport de Mme Lizin préconise également la mise sur pied d'une task force internationale au niveau de l'OSCE qui, en lieu et place de Guantanamo, serait chargée de la collecte et de l'échange d'informations. Le document met en relief l'utilisation imparfaite du potentiel d'informations susceptible d'être recueilli auprès des prisonniers de la base américaine installée à Cuba. «Tout le personnel de la base est soumis à un système de rotation qui fait que les séjours, donc les contacts avec les détenus, dépassent rarement quelques mois» , relève le rapport. «Cet aspect du problème est particulièrement important au niveau du personnel effectuant les investigations et des analystes qui, d'une part, n'ont, semble-t-il, jamais le temps de bien cerner toute la complexité des dossiers et, d'autre part, ne peuvent avoir aucune relation d'empathie avec les détenus qu'ils traitent» , souligne le texte.

Source : Belga, 1er juillet 2005


Un comité pour la libération des Marocains de guantanamo

 

Un comité a été créée dernièrement pour la libération des Marocains encore prisonniers chez les Américains sur la base cubaine de Guantanamo. L'assemblée constitutive de ce comité a eu lieu à Casablanca le samedi 25 juin dernier et parmi ses membres figurent Brahim Benchekroun et Mohamed Mazouz, ex-détenus à Guantanamo extradés au Maroc et acquittés dernièrement par la Cour d'appel de Rabat.

Ce comité relève de «Annassir», l'association de soutien aux prisonniers salafistes présidée par Abderrahim Mouhtade. Selon ce dernier, également membre du nouveau comité, huit Marocains sont toujours détenus sur la base cubaine et dont Mohamed Belmoujane, Mohamed Alami et Saïd Boujaâdiya.
Le comité compte mener des actions, au Maroc et ailleurs, pour leur libération et pour qu'ils puissent librement choisir une autre destination au cas où ils ne voudraient pas rentrer au Royaume.
Source : www.bladi.net, 4 juillet 2005

 

Guantanamo envers et contre tous


par Rachid Abbar, Aujourd'hui le Maroc, 1er juillet 2005

Même si les voix appelant à la fermeture de la prison de Guantanamo ne cessent de s'amplifier, les Etats-Unis ne l'entendent pas de cette oreille.

Depuis que des informations concernant des abus sur les prisonniers de Guantanamo et la profanation du Coran au sien de cette prison ont éclaté au grand jour, des voix de plus en plus nombreuses se sont élevées pour la fermeture de cette prison. Émanant d'organisations non gouvernementales, d'hommes politiques et de journalistes, ces appels n'ont cessé d'augmenter.
L'ancien président américain, Jimmy Carter, a affirmé lors d'une conférence sur les droits de l'Homme que la fermeture de cette prison démontrerait l'engagement des Etats-Unis envers les droits de l'Homme à un moment où la réputation de Washington souffre en raison des informations concernant les abus sur les prisonniers.
Un appel qui fut partagé par un autre ancien président américain. Il s'agit de Bill Clinton. Ce dernier a estimé que la prison américaine de Guantanamo, à Cuba, devrait être fermée ou remise en ordre.
Affichant son souci de l'image des Etats-Unis, Bill Clinton a déclaré qu'il ne faut plus qu'il y ait d'histoires faisant état d'abus commis contre des gens là-bas, dans un entretien accordé au «Financial Times». «Les tortures perpétrées à Guantanamo et dans les autres prisons américaines aux prises avec le terrorisme sont hors de contrôle. Quelqu'un peut-il m'expliquer la mort de cent détenus dans des prisons américaines ? Vous voulez me faire croire qu'ils ont été victimes d'un infarctus ?» s'est récemment indigné l'éditorialiste du New York Times, Thomas Friedman.
Dans un éditorial intitulé «Guantanamo, no !», il écrit : «Pourquoi je m'inquiète ? Ce n'est pas parce que j'ai des doutes sur la guerre contre le terrorisme. C'est parce que je veux que l'Amérique la gagne.
Or, il est évident que les bavures qui ont lieu à Guantanamo et dans des Centres de détention militaires dépassent les bornes. Comment se fait-il que plus de cent prisonniers placés sous la responsabilité des autorités américaines soient morts ces derniers temps ? Ont-ils tous été victimes d'une crise cardiaque ? Ce n'est pas seulement immoral, c'est stratégiquement dangereux».
Dans le rapport 2005 d'Amnesty International, Irene Khan, la secrétaire générale de l'organisation humanitaire, affirme en effet : «Le Centre de détention de Guantánamo, où la pratique de détention arbitraire et illimitée s'est pérennisée au mépris du droit international, est devenu le goulag de notre époque».
L'organisation a rappelé que le fait que des milliers de personnes ont été arrêtées dans le cadre d'opérations militaires et de sécurité menées en Irak et en Afghanistan, et systématiquement privées de tout contact avec un avocat et avec leur famille.
Selon Amnesty, des documents ont révélé que le gouvernement américain avait approuvé des techniques d'interrogatoire s'inscrivant en violation de la Convention des Nations unies contre la torture. Plusieurs audiences préliminaires se sont ouvertes devant des commissions militaires à Guantanamo, mais elles ont été suspendues dans l'attente de la décision d'un tribunal américain. Devant cette intensification des critiques contre la prison de Guantanamo et pour donner une image plus saine à ladite prison, un nombre de représentants républicains et démocrates ont rendu visite à cette prison. Après une courte visite, la délégation a estimé qu'il y a eu une amélioration des conditions de détention. Les élus américains ont assisté à des interrogatoires, passé en revue des blocs de cellules et même goûté le déjeuner servi aux détenus. «Le Guantanamo que nous avons découvert aujourd'hui n'est pas le Guantanamo dont nous avions entendu parler ces dernières années», a conclu la Démocrate Ellen Tauscher.
Ceci laisse croire que l'Amérique et loin d'abandonner sa prison de honte. Une prison où les droits de l'Homme sont bafoués et où la torture sert d'outil indispensable pour les interrogatoires.


Témoignages d'Abou Ghraïb et d'ailleurs : meurtres, viols, tortures, humiliations. L'enfer des camps de prisonniers

 

« AFI ­ Flash » a rencontré dernièrement des prisonniers d'Abou Ghraieb et a recueilli leurs témoignages. Témoignages douloureux par ce qui est remémoré, par les non-dits de l'humiliation, de l'horreur, de l'indescriptible. Témoignages véhéments qui traduisent la vulnérabilité des victimes effrayées par les menaces que les Américains font toujours peser sur eux et leur famille restée en Irak.
Comme l'armée US a sur chaque détenu - d'après ce que ces prisonniers ont constaté - un fichier complet de données biométriques, biographiques ou sociologiques, « AFI ­ Flash » ne donne ni le nom des personnes rencontrées, ni les informations permettant de les reconnaître. Nous affirmons cependant que ces récits sont authentiques. Les détails qui nous ont été fournis, l'émotion transmise par leurs récits et, enfin, les originaux de documents US que nous avons consultés - notamment les bracelets portant leur nom, n° d'écrou, code barre et photo- en sont les preuves irréfutables.

Oum « Mim » (Kirkouk) :
J'ai été arrêtée le 13 janvier 2001 à Kirkouk à une heure du matin avec ma fille, son amie et mon neveu. Mon mari était absent. Nous dormions quand nous avons entendu des tanks, des chars, 13 au total autour de la maison. Ils ont fait exploser la porte de la maison en bourrant d'explosifs la serrure. Il faisait très froid car il pleuvait. Les soldats américains nous ont tiré par les cheveux, traînés dans la boue sans chaussures et ils ont détruit la maison. Ils ont cherché dans tous les recoins des armes ou de l'argent parce qu'ils prétendaient que je finançais la résistance. Ils nous ont mis un sac sur la tête, que nous avions chaque fois qu'ils nous emmenaient d'un endroit à un autre. Ils nous ont emmenés dans un endroit inconnu, j'ai entendu le bruit d'une porte en fer et ils nous ont fait entrer dans une pièce. Il faisait très froid. Ils nous ont attaché les poignets avec du fil de nylon qu'ils serraient si fort que nos bras étaient ensanglantés. Une demi-heure plus tard, c'était l'interrogatoire qui a duré trois heures: « Où est l'argent de la résistance. Nous ne vous relâcherons pas tant que vous n'aurez pas dit la vérité. Où est votre mari ? » L'interprète nous a insulté. C'était un chrétien irakien, je l'ai reconnu à son accent mais il ne devait pas vivre en Irak.
J'étais inquiète pour ma fille, j'avais peur qu'ils la violent. Puis il y a eu l'interrogatoire de ma fille et de mon neveu qu'ils accusaient d'être baassiste, raison pour laquelle ils l'ont frappé. A 10 heures du matin, des femmes soldats US nous ont filmé. Puis de nouveau, interrogatoire jusqu'à 5 heures de l'après midi, sans manger et sans boire. Ensuite, ils nous ont jetés dans deux Apaches, avec les portes ouvertes, car ils avaient peur que la résistance les attaque. Ils disaient qu'ainsi les conséquences seraient moins terribles. Nous avons fait 5 heures de voyage pour arriver à l'aéroport international Saddam à Bagdad. On nous a mis dans une pièce très petite et sombre. Nous avions besoin de dormir : le garde qui ressemblait à un Mexicain était plus humain que les autres. Il nous a dit qu'il essayerait de nous aider. On nous a à nouveau interrogé sur la résistance et son financement. Le garde nous a donné un drap léger pour nous étendre par terre, mais nous l'a repris car un inspecteur devait venir. Nous devions rester debout. Une heure plus tard, autre interrogatoire. J'étais faible parce que nous n'avions rien mangé depuis trois jours. Deux officiers interrogeaient ; il y avait un interprète et une femme soldat noire. Les mêmes questions étaient posées et je lui ai dit que les musulmans avaient le Coran et les chrétiens l'Evangile pour jurer la vérité. Il m'a dit : « Je ne crois ni au Coran ni à l'Evangile ». J'ai pensé qu'il était israélien.
La première question était de savoir si j'étais sunnite ou chiite. Je suis chiite. Ma fille née en 1980 est très forte mais on m'a dit qu'on allait la tuer si je ne parlais pas : « Tu verras ce que tu n'as jamais vu de ta vie ». Ils m'ont ensuite fait entrer dans une salle longue, peinte en noir avec des points blancs, des jeux de lumière se sont déclenchés et des bruits insupportables. La femme noire m'a prise par les cheveux et m'a lancé contre des photos de Saddam aux yeux crevés, fixées aux murs opposés. Cela a duré pendant deux à trois heures. Elle me faisait marcher à quatre pattes et me fouettait. Je me suis évanouie et on m'a réveillée à l'eau froide. Puis, de nouveau : interrogatoire. Ils avaient soi-disant la preuve de mon soutien financier à la résistance. Ils avaient trouvé mon nom dans la serviette de Saddam. Je leur ai dit que, puisque Saddam était sur le même lieu que moi, qu'il le fasse venir et s'il me reconnaissait alors qu'ils me fusillent. Je suis innocente. Ils ont torturé mon neveu, dévêtu, devant moi. La femme noire m'a arraché une poignée de cheveux avec la peau du crâne. Ses coups sur ma tête m'ont fait perdre connaissance. Elle a ensuite concentré ses coups sur le côté droit de mon corps qui est maintenant défaillant, puis m'a cassé dessus une chaise en plastique. Un morceau est resté planté dans ma jambe. Le docteur de la prison a dû m'opérer pour le retirer. Je souffrais trop et la couleur de ma jambe était noire. Il m'a conseillé de le garder. Mon dossier médical de trente pages est chez les Américains. Je ne peux pas le récupérer.
Ma fille a été torturée, ils lui ont cassé une jambe et coupé les cheveux. Le 4ème jour, le « mexicain » a dit que lorsque les soldats US venaient dans ma cellule, je devais me lever. Il y avait une caméra dans la cellule. Dès que je m'endormais, ils le savaient et ouvraient la porte : « Tu dois rester toujours debout » disait le gardien. Je ne savais plus si on était le jour ou la nuit. Nous sommes restés tout ce temps sans nous laver, avec la même déchdaché (robe que porte les femmes chez elles) avec le sang séché sur nos poignets. C'est un homme qui m'a donné un bout de tissu pour me couvrir les cheveux et le « mexicain » nous a aidé pour notre toilette.
Le 5ème jour, ils ont enfermé avec moi un Yéménite, au corps lacéré, enchaîné soupçonné d'appartenir à Al-Qaeda. Il lui semblait impensable qu'il y ait des femmes torturées. Il avait été violé par les soldats. L'interprète m'a alors dit que je serai comme lui si je ne parlais pas. Puis, ils l'ont changé pour un garçon nommé Ahmed, de Samarra, accusé d'être de la famille d'Izzat Al-Douri. Ils l'avaient suspendu à l'hélicoptère qui l'amenait au camp. Il était resté douze jours sans manger ni boire. Je suis restée cinq jours comme ça jusqu'à un nouvel interrogatoire tout à fait différent. Cette fois, ils me promettaient de m'emmener aux Etats-Unis, que mon fils serait « ministre » si je les renseignais sur la résistance.
Dans la nuit, ils ont jeté dans ma cellule, une femme Oum Omar d'une vingtaine d'années, dont le mari avait été tué. Ses petits enfants avaient été laissés seuls dans la rue à trois heures du matin, lors de son arrestation. Elle a eu une crise de diabète et était toute gonflée mais ils ne s'en sont pas occupés. Puis, ils m'ont donné un gel pour effacer mes ecchymoses. Je ne pouvais plus dormir à cause de douleurs dans tout le corps et surtout à la tête. Je suis restée 17 jours à l'aéroport et ils m'ont transféré, sac sur la tête, dans un autre endroit.
Là, j'ai entendu des voix crier : « Vive l'héroïne ! Avant Abou Ghraieb était pour les criminels, maintenant elle est pour les héros ». J'ai su où j'étais. Ils m'ont emmenée dans un bureau pour être fichée. C'est à partir de ce moment seulement que les prisonniers existent. Autrement, ils font partie des disparus. Je ne suis restée 7 jours à Abou Ghraieb. Ils m'ont libérée en raison de mon état de santé : ils avaient peur que je meurs en prison. C'était sans doute mauvais pour leurs statistiques.
Aujourd''hui, j'ai besoin de soins particuliers, mais je ne sais pas où aller. Les pays étrangers ne veulent pas de nous, les Irakiens.

Abou S. (Falloujah) :
J'ai été détenu à Abou Ghraieb du 16 janvier au 26 novembre 2004. Les soldats américains ont fait intrusion chez nous à minuit alors qu'il n'y avait pas d'électricité. Tout y était : tanks, chars, hélicoptères. Les enfants étaient couchés et ils ont été terrorisés à la vue de tous ces soldats armés jusqu'aux dents. Je suis resté deux jours à Al Almaryiah dans une cage où étaient entassées 13 personnes. Puis ils m'ont transféré dans un ancien centre de renseignements sous Saddam Hussein et là, nous sommes restés dans l'obscurité toute la journée. On sortait une fois par jour pour se laver. On n'avait rien à manger. J'y suis resté 14 jours. Le 29 janvier, j'ai été interrogé par des militaires américains assistés de traducteurs, et transféré à Abou Ghraieb. J'y étais lorsque les tortures infligées aux prisonniers ont été connues du monde entier. Le 26 avril, ils m'ont emmené à Oum Qasr, au camp Bucca où sont enfermées 10 000 personnes.
Les premières questions posées sont : « Es-tu Chiite ou Sunnite ? Où fais-tu la prière ? Dans quelle mosquée ? Quels sont les oulémas que tu connais ? » J'ai été arrêté par délation : la Brigade Badr (NDLR : milice pro-iranienne dépendant du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak d'Abdel Aziz Al- Hakim) offre des récompenses à des paysans pour déposer des marqueurs électroniques près des maisons de personnes soupçonnées d'appartenir à la résistance. Quelqu'un a ainsi « donné » 70 personnes. Démasqué, il a été exécuté. Ces marqueurs émettent des signaux qui permettent aux hélicoptères de localiser l'objectif et de diriger du ciel l'intervention des chars et des commandos US. C'est de cette manière que j'ai été pris. Ce qui est pire pour nous, Irakiens, c'est le traitement que l'on réserve à nos femmes. Les violences de toutes sortes qu'on leur inflige devant nous blessent profondément notre sens de l'honneur.
Ce que je peux dire, et cela vient à l'appui des révélations sur Abou Ghraieb, les tortures ne sont pas laissées à l'appréciation des soldats. Elles sont méthodiques. Un de mes compagnons de cellule, parlant l'anglais, m'a rapporté la conversation entre deux soldats US, l'un d'eux disant que certaines tortures n'étaient pas permises, par exemple sur les personnes de plus de 50 ans, les femmes ou les enfants. Ils ne pouvaient pas être emmenés vers certaines chambres de tortures.
Je peux vous citer des types de tortures pratiquées :
* On allonge tous les détenus par terre dans une cour, en rangées très étroites, puis on fait passer les tanks entre les corps étendus. Certains qui voient le tank arriver sur eux et qui s'attendent à être écrasés sont devenus fous.
* On fait entrer dans les cellules un type de bête (NDLR : une race de chien, semble-t-il, inconnue des Irakiens) qui se jette sur les prisonniers.
* On vous donne un savon, vous êtes nu, et avec de l'eau froide, vous devez utiliser le savon jusqu'au bout. Des détenus sont ainsi morts de froid.
* On trempe dans l'eau une couverture et vos habits et vous devez porter le tout malgré le froid.
Dans toutes les villes et les camps militaires, il y a des prisonniers non répertoriés. Il existe ainsi beaucoup de prisonniers sur lesquels il n'y a pas d'informations. Les soldats peuvent faire n'importe quoi et chaque fois que vous avez un soldat US en face de vous, vous devez regarder par terre. J'ai vu un père renvoyé dans sa cellule par un soldat sans avoir vu son fils venu en visite parce que l'enfant jouait avec un billet de 50 dinars ! Les soldats font exploser les portes des maisons. Une porte est tombée sur une femme et les soldats ont marché dessus, obligeant le fils à marcher sur le corps de sa mère.
On nous fait des piqûres, trois à chaque bras sans raison. On pense que les Américains expérimentent des médicaments. Des détenus qui avaient un cancer sont morts.
Quand on est libéré, on ne sait pas pourquoi, ni pourquoi on a été arrêté. Aucune loi n'est appliquée. Les soldats viennent avec une liste de numéros sans nom et libèrent 15 à 20 personnes. Pourquoi elles et pas d'autres ? Sans doute pour jouer avec les nerfs de ceux qui restent. Quant à moi, les Américains m'ont volé mes papiers et mon argent (voici le document qui le prouve). En Irak, sans document, j'étais à la merci des contrôles américains. Dans les camps, il n'est pas possible de faire un travail précis pour la résistance. Mais chaque prisonnier devient un soutien de la résistance une fois sorti. L'oppression est telle que les prisonniers irakiens sont prêts à tout, pour sauver leur honneur et leurs biens.

Abou O. (Adhamyiah) :
J'ai été emprisonné à Abou Ghraieb de novembre 2003 à février 2005. J'ai été arrêté sur mon lieu de travail. Je suis resté 3 jours avec un sac sur la tête, sans manger ni boire, dans un des palais de Saddam. C'était l'hiver, j'ai perdu toute sensibilité au froid.
J'ai été torturé de la manière suivante. Les mains attachées dans le dos, les genoux repliés sur la poitrine, je devais m'encastrer entre les pieds d'une petite table scellée au sol. Comme je n'y arrivais pas, le soldat me frappait les jambes avec un bâton. Je ne sentais plus mes membres. Sous cette table, j'étais complètement ankylosé. Si je bougeais, il me donnait des coups de pieds. Une autre fois, un soldat US m'a enfoncé son genou dans le dos, en me serrant le cou avec son bras. Il me tirait en arrière comme pour me briser la colonne. Plus tard, les mains attachées dans le dos, avec un sac sur la tête, il me frappait le crâne contre le mur. Il ne me posait jamais de question.
Les tortures préférées des Américains sont les musiques infernales et les sons insupportables. Ils ont des baffes très puissantes. Le bruit provoque des douleurs dans la poitrine et la tête. La nuit, à partir de minuit, il était impossible de dormir. On cherchait à nous briser. En prison, il est interdit de parler aux détenus, aux gardiens et de regarder vers la fenêtre. Les détenus doivent baisser la tête devant les soldats. Il est interdit de les regarder en face. L'eau est un problème : on n'en a qu'un litre deux fois par jour pour boire, faire les ablutions. Nous avons confiance en Dieu et en la résistance qui va continuer.
Source : AFI-Flash n°47, 4 juillet 2005

 

 

Profanations du Coran : un ancien détenu russe porte à son tour des accusations


Un ancien détenu russe du camp de guantanamo, à Cuba, a affirmé à son tour mardi que des soldats américains profanaient régulièrement le Coran dans cette prison spéciale en en jetant des exemplaires dans les toilettes.
"A Cuba, ils avaient l'habitude de jeter le Coran dans la cuvette des toilettes. Cela arrivait régulièrement et c'était destiné à nous provoquer", a déclaré Airat Vakhitov lors d'une conférence de presse à Moscou.
Interrogé plus tard par l'Associated Press, Airat Vakhitov a précisé qu'il n'avait pas assisté lui-même à ces profanations. "Un Palestinien nommé Mahir, qui se trouvait dans une cellule voisine, l'a vu et me l'a raconté", a-t-il rapporté. "De nombreuses autres personnes à Guantanamo m'en ont aussi parlé."
Airat Vakhitov est l'un des sept ressortissants russes qui ont été libérés de Guantanamo en mars 2004. A leur retour en Russie, les sept anciens détenus ont été incarcérés pendant trois mois avant d'être libérés en juin 2004.
Airat Vakhitov, qui dit avoir été détenu par les forces américaines à Kandahar (Afghanistan) avant d'être transféré à Guantanamo, assure en revanche avoir lui-même assisté à des profanations du Coran lors de sa détention en Afghanistan.
"A Kandahar, ils déchiraient des exemplaires du Coran et en ont même mis un dans un seau d'excréments", a-t-il affirmé.
Vakhitov raconte aussi que les soldats américains privaient des détenus de sommeil en mettant de la lumière ou de la musique très fort, qu'ils se servaient d'un gaz indéterminé et qu'ils ont même laissé une fois des chiens attaquer les prisonniers.
Ces accusations interviennent au lendemain de celles portées par plusieurs anciens détenus pakistanais de Guantanamo, qui ont affirmé avoir vu des Américains chargés des interrogatoires jeter ou déchirer des exemplaires du Coran. L'un d'eux a raconté que des femmes nues s'asseyaient parfois sur la poitrine de prisonniers lors des interrogatoires.
Le Pentagone a démenti les accusations portées par ces anciens prisonniers pakistanais. Toutefois, début juin, le Pentagone a reconnu que des exemplaires du Coran appartenant à des prisonniers détenus dans la prison spéciale de Guantanamo avaient été dégradés (coups de pied, jets d'urine, exemplaires piétinés, obscénités écrites en anglais). Mais rien ne prouve, selon les autorités américaines, que des exemplaires du Coran aient été jetés aux toilettes.
Source : AP, 28 juin 2005

 

Un ex-détenu koweïtien à guantanamo acquitté dans son pays

 

Le premier détenu koweïtien à avoir été libéré de la prison américaine de guantanamo à Cuba, Nasser Najr al-Moutaïri, accusé dans son pays notamment d'agression envers un autre Etat, a été acquitté mercredi par la cour criminelle de Koweït, a indiqué à l'AFP son avocat.
"La cour criminelle a jugé que Nasser Najr al-Moutaïri est innocent de toutes les accusations formulées contre lui et l'a jugé non coupable, pour absence de preuves", a déclaré Moubarak al-Chimmari.
M. Moutaïri est rentré au Koweït en janvier après trois ans passés à guantanamo.
Il était inculpé par la justice koweïtienne d'intelligence avec un pays étranger visant à attenter aux intérêts politiques du Koweït, d'agression envers un pays étranger mettant en péril les relations extérieures du Koweït et d'entraînement à l'usage des armes.
Source : AFP, 29 juin 2005

 

 

Le Pakistan libère 17 anciens détenus de guantanamo


Dix-sept Pakistanais maintenus en détention depuis l'automne dernier dans leur pays après avoir quitté le camp d'internement américain de Guantanamo Bay (Cuba) ont été remis en liberté lundi, a annoncé un représentant du gouvernement.
Trente-cinq ressortissants pakistanais avaient été libérés en septembre par les autorités de Guantanamo Bay, mais on les avait placés en détention dès leur retour au Pakistan pour des vérifications complémentaires.
Les autorités pakistanaises avaient récemment transféré les 35 hommes dans leurs provinces respectives afin d'accélérer leur remise en liberté, des journaux ayant révélé qu'ils étaient détenus sans inculpation dans une prison de Rawalpindi, non loin d'Islamabad.
Tahir Mehmood Ashrafi, conseiller du gouvernement de la province centrale du Pendjab, a dit que les 17 hommes transférés dans cette région étaient sortis de prison à Lahore, la capitale provinciale, après que leurs proches eurent garanti qu'ils ne causeraient aucun trouble.
"Les parents de ces personnes ont donné l'assurance qu'elles ne se livreraient à aucune activité terroriste à l'intérieur comme à l'extérieur du pays", a déclaré Ashrafi à Reuters.
On ignore le sort des 18 autres anciens détenus de Guantanamo Bay.
Plusieurs détenus libérés ont affirmé avaoir été témoins de profanations du Coran par les gardiens à guantanamo.
Des milliers de Pakistanais en proie aux passions religieuses s'étaient rendus en Afghanistan pour s'y joindre à une guerre sainte contre les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. Des centaines d'entre eux furent capturés par les forces alliées après la chute des taliban fin 2001. Certains furent envoyés à Guantanamo, d'autres incarcérés en Afghanistan.
Les Etats-Unis ont annoncé en mars avoir libéré 146 détenus de Guantanamo Bay et en avoir transféré 65 autres - en majorité pakistanais - dans leurs pays pour y être placés en détention.
Selon des représentants du Pentagone, douze de ceux qui ont été relâchés passent pour avoir "repris le combat".
Source : Reuters, AFP, 27 juin 2005

 

La Suisse "très concernée" par guantanamo


La ministre fédérale suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey a eu un entretien «fructueux» et «amical» avec la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice. Elle a émis le voeu «d'intensifier» les relations bilatérales et exprimé son soucis sur les prisonniers de Guantanamo.
«Ensemble, nous avons pu jeter des bases solides pour un futur dialogue structuré, dynamique et constructif», a déclaré la cheffe du Département fédéral suisse des affaires étrangères (DFAE) lors d'une conférence de presse après sa première visite officielle à Washington. «Nos relations bilatérales sont multilatérales touchent différents secteurs», a-t-elle dit. Elle a aussi insisté sur le besoin de «structurer et rendre plus cohérentes» les relations bilatérales avec les Etats-Unis. «Nous nous sommes convenus de rechercher des modalités appropriées pour accroître et structurer notre coopération dans les secteurs où nous avons des intérêts mutuels», a-t-elle ajouté. La cheffe de la diplomatie suisse a souligné que le rapprochement avec les Etats-Unis ne mettait pas en cause ses relations avec les pays voisins. «Les buts du Conseil fédéral et la politique à l'égard de l'Union Européenne (UE) n'ont pas changé», a-t-elle affirmé.
Le chef du Département fédéral de l'économie (DFE) Joseph Deiss devrait se rendre à Washington le 20 juillet. La Suisse vient de lancer des discussions exploratoires sur la possibilité de conclure un accord de libre-échange.
Mme Calmy-Rey a assuré avoir également abordé la question de la base américaine de Guantanamo à Cuba. «J'ai dit que la Suisse se sentait très concernée et en soucis par le fait que des catégories spéciales de personnes appelées combattants ennemis ne soient pas protégées par les Conventions de Genève», a dit la conseillère fédérale.
Mme Calmy-Rey a aussi rencontré le nouveau président de la Banque Mondiale, Paul Wolfowitz. Selon elle, il a «félicité la Suisse» pour son initiative sur les fonds détournés par l'ex-dictateur nigérian Sani Abacha. «Le gouvernement suisse a clairement affirmé sa volonté de restituer ces fonds», a-t-elle rappelé.
Source : ATS, 27 juin 2005


Human Rights Watch dénonce les détentions arbitraires de suspects de terrorisme aux Etats-Unis

 

par Eric Leser, Le Monde, 28 juin 2005
Au lendemain des attaques du 11 septembre 2001, le FBI (police fédérale) et le département de la justice ont procédé, aux Etats-Unis, à des centaines d'arrestations afin de découvrir et démanteler les cellules d'Al-Qaida sur le sol américain et d'empêcher de nouveaux attentats. Les personnes interpellées ont souvent été détenues pendant des mois au secret, sans mise en accusation et sans accès à un avocat, au mépris de leurs droits constitutionnels. Les organisations de défense des droits civiques Human Rights Watch et le Syndicat américain des libertés civiles (American Civil Liberties Union, ACLU) ont rendu public, dimanche 26 juin, un rapport de 101 pages qui détaille les conditions de détention et de traitements de ces prisonniers.


CHERCHER ENSUITE LES PREUVES

"Opérant derrière un mur du secret, le département de la justice a jeté de nombreux musulmans vivant aux Etats-Unis dans un monde kafkaïen de détention sans limites et sans inculpation, et d'accusations sans fondements de terrorisme. Ils se sont retrouvés non pas à Guantanamo où à Abou Ghraib mais dans le système carcéral fédéral américain, victimes du détournement de la loi sur le témoin essentiel -material witness-. Au moins un quart d'entre eux sont des citoyens américains. Et près de la moitié n'ont jamais été présentés à un grand jury ou devant un tribunal", souligne le rapport.
L'étude, intitulée "Témoin des abus : les droits de l'homme bafoués par la loi sur les témoins essentiels depuis le 11-Septembre", recense "au moins 70 cas" de détentions arbitraires de personnes. A une seule exception, elles étaient toutes de confession musulmane. Leurs droits fondamentaux ont été déniés. "Beaucoup n'ont pas été informées des raisons de leur arrestation, n'ont pas eu accès immédiatement à un avocat et n'ont pas été autorisées à accéder aux preuves retenues contre elles. Les procédures devant les tribunaux ont été menées en secret et tous les documents scellés... De nombreux témoins essentiels ont été arrêtés et incarcérés avec des éléments qui n'auraient jamais été suffisants pour justifier une procédure criminelle et une détention préventive" , souligne le rapport. Les preuves consistaient parfois dans le fait que l'individu arrêté avait travaillé au même endroit ou fréquenté la même mosquée qu'un des pirates de l'air du 11-Septembre.
Certains ont été arrêtés pour avoir été, à l'université, dans des soirées organisées par un suspect de terrorisme, pour posséder le magazine Time avec la photographie d'Oussama Ben Laden en couverture, ou pour avoir le même nom de famille qu'un des auteurs des attaques contre New York et Washington.
"La précipitation, l'incompétence et les préjugés ont joué un rôle important" , affirme Anjana Malhotra, auteur du rapport. "Ces hommes ont été victimes de la décision du département de la justice de contourner la loi , souligne Jamie Fellner, directeur du programme américain de Human Rights Watch (HRW). Les criminels sont mieux traités que ces témoins essentiels."
L'administration a détourné la notion de témoin essentiel afin d'avoir un moyen commode pour multiplier les arrestations, en espérant trouver ensuite des preuves pour les justifier. "Quand il n'y avait pas de preuves, le département de la justice maintenait simplement les prisonniers en détention jusqu'à ce qu'ils ne lui soient plus d'aucune utilité ou qu'un juge décide finalement de les libérer", précise le rapport. Sur les 70 témoins considérés, 42 ont été relâchés sans aucune accusation. Sept ont été inculpés de soutien à des organisations terroristes, quatre ont été jugés coupables et trois ne sont pas encore passés en justice. Une vingtaine d'autres personnes ont été accusées de crimes qui n'étaient pas liés à des activités terroristes. Vingt-quatre détenus ont été expulsés et deux considérés comme des "ennemis combattants" et remis au département de la défense.
Le gouvernement américain a présenté ses excuses à au moins 13 de ces témoins. Mais le département de la justice a toujours refusé de révéler combien de personnes ont été arrêtées aux Etats-Unis dans le cadre des enquêtes contre le terrorisme, et a quasiment ignoré les demandes en ce sens faites par les parlementaires.


"LE PLUS EXTRÊME DES ABUS"

La loi sur les témoins essentiels remonte à 1984. Le texte visait à lutter contre le crime organisé. Si un tribunal considère qu'un individu dispose d'informations essentielles pour une procédure criminelle et a de grande chance de s'enfuir, l'intéressé peut être incarcéré jusqu'à ce qu'il ait témoigné. "Mais depuis le 11-Septembre, le département de la justice a délibérément utilisé cette loi dans une optique très différente : pour s'assurer la détention sans limites de ceux qu'il considérait comme suspect de terrorisme. Il a refusé de respecter les droits fondamentaux de la personne et la Constitution qui donne aux détenus le droit de se voir notifier les accusations, d'avoir accès à un avocat, de consulter les preuves et d'être capable de contester les raisons de son arrestation et de sa détention" , écrit HRW.
Pour Lee Gelernt, conseiller juridique de l'ACLU, "l'utilisation illégale du statut de témoin essentiel est peut-être le plus extrême, mais le moins connu des abus du gouvernement après le 11-Septembre".

 

En Irak, à guantanamo et en Afghanistan, : Washington reconnaît l'usage de la torture contre les prisonniers

 


Manifestation devant la Maison blanche contre la torture à guantanamo et Abou Ghraïb organisée par la Coalition pour l'abolition de la torture et le soutien aux survivants le dimanche 26 juin 2005 à Washington. Photo AP.

Les USA ont reconnu pour la première fois devant l'ONU des cas de tortures infligées à des prisonniers en Afghanistan et en Irak, ainsi que sur la base américaine de Guantanamo (Cuba), a-t-on appris vendredi de source autorisée à l'ONU.
Selon un membre du Comité de l'ONU contre la torture, Washington a reconnu ces tortures dans un rapport encore confidentiel remis au Comité, qui examine le respect de la convention internationale contre la torture par les Etats signataires.
«Ils ne se défilent plus et ont assumé leur obligation d'informer l'ONU», a dit ce responsable qui a requis l'anonymat. «Ils vont maintenant devoir rendre des comptes (au Comité). Rien ne devra rester dans l'obscurité». Les USA, qui ont répondu dans leur rapport à toutes les questions du Comité, devront comparaître en mai prochain devant cet organe de l'ONU qui analysera les conclusions remises par Washington.
«Ils n'ont évité aucun point en répondant aux questions, que ce soit à propos des prisonniers en Irak, en Afghanistan ou à Guantanamo, et des autres accusations de mauvais traitements et de tortures», a-t-on ajouté de même source. «Ils ont dit qu'il s'agissait de cas isolés, qu'il n'y avait rien eu de systématique et que les coupables étaient en train d'être sanctionnés». Le rapport précise que les actes en question ont été commis par des fonctionnaires subalternes et n'ont pas été avalisés par la hiérarchie, selon la même source.
La veille, des enquêteurs de l'Onu chargés de veiller au respect des droits de l'Homme, avaient accusé jeudi les USA de refuser d'ouvrir leurs prisons en Irak, en Afghanistan et à Guantanamo.
Les USA n'ont toujours pas répondu à la requête présentée il y a plus d'un an par l'Onu de pouvoir enquêter sur les «graves accusations de torture, de traitement cruel, inhumain et dégradant», de détention arbitraire et de violations des droits des détenus à Guantanamo.
«L'absence de réponse définitive malgré des demandes répétées donne à penser que les USA ne souhaitent pas coopérer dans ce domaine avec les mécanismes des Nations unies en matière de droits de l'homme», disent les enquêteurs de l'Onu, en insistant sur le fait qu'aucun pays n'est au-dessus des lois.
«A un moment, il faut considérer les accusations fondées comme des faits avérés en l'absence d'explication claire du gouvernement concerné», a déclaré au cours d'une conférence de presse Manfred Nowak, rapporteur spécial de l'Onu sur la torture.
Le fait que l'accès aux prisonniers ait été refusé pendant si longtemps aux enquêteurs de l'Onu est «un signe qu'ils souhaitent dissimuler certaines choses à la vue du public», a-t-il ajouté.
Paul Hunt, rapporteur spécial de l'Onu sur le droit à la santé physique et mentale, a cité des cas de «détérioration inquiétante de la santé mentale de nombreux détenus», des dizaines de tentatives de suicide et des méthodes d'interrogatoire coercitives, y compris par la privation de sommeil.
Washington a une nouvelle fois répondu à l'Onu le 20 mai que sa requête était «toujours étudiée avec attention».
Les enquêteurs onusiens ont répliqué jeudi que les USA avaient eu «largement le temps» et que cette période de réflexion était donc terminée à leurs yeux.
D'après les chiffres officiels du Pentagone, les USA détiennent 520 prisonniers à Guantanamo, dont seulement quatre font l'objet de poursuites judiciaires. Certains sont prisonniers depuis plusieurs années.
Dans le cas de Guantanamo, où sont détenus 520 prisonniers arrêtés pour la plupart en 2001 en Afghanistan, le rapport explique qu'il s'agit de «combattants ennemis» qui ne peuvent bénéficier des conventions de Genève tant que se poursuit «la guerre contre le terrorisme».
Source : Al Bayane, 26 juin 2005


Des élus US en goguette à guantanamo: « Il y a des progrès »

 


Le républicain de Calfornie Duncan Hunter goûte à un plateau-repas de détenu. Photo AP

Des progrès ont été réalisés pour l'amélioration des conditions de détention et pour la protection des droits des détenus à la prison pour terroristes présumés de Guantanamo, ont affirmé samedi des Représentants Républicains et Démocrates.
Les élus américains ont assisté à des interrogatoires, passé en revue des blocs de cellules et même goûté le déjeuner servi aux détenus lors de la première visite de membres du Congrès depuis l'intensification des critiques contre la prison de Guantanamo ces derniers mois.
"Le Guantanamo que nous avons découvert aujourd'hui n'est pas le Guantanamo dont nous avions entendu parler ces dernières années", a conclu la Démocrate Ellen Tauscher.
Les élus des deux camps ont néanmoins reconnu que les efforts devraient être poursuivis pour s'assurer que les conditions de détention s'inscrivent dans une procédure légale.
"Je pense qu'ils font de leur mieux pour respecter une procédure qui convient", a nuancé le Républicain Joe Schwarz.
La Démocrate Sheila Jackson, qui réclamait la fermeture du centre de détention, n'a pas changé d'avis après cette visite mais a admis que "ce que nous avons vu ici est la preuve que nous réalisons des progrès".
Source : AP, 26 juin 2005

 

Enfin, l'ONU se bouge

24/06/05 - Il aura fallu trois ans et demi pour que la machine onusienne se décide enfin à se bouger à propos du scandale de guantanamo. Des experts des Nations unies chargés des droits de l'homme comptent ouvrir une enquête sur les conditions de détention à la prison américaine de Guantanamo, sans attendre le feu vert de Washington.
« L'absence de réponse définitive en dépit de nos demandes répétées laisse à penser que les États-Unis ne souhaitent pas coopérer avec le système des droits de l'homme de l'ONU à ce sujet », ont indiqué les experts onusiens.
Selon les enquêteurs, des « sources dignes de foi » indiquent que les quelque 520 détenus de Guantanamo seraient victimes de tortures et de traitements cruels, inhumains et dégradants. Ces prisonniers, faits dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » instaurée par les États-Unis au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, sont pour la vaste majorité détenus sans que des accusations soient portées contre eux.
« Aucun pays membre des Nations unies n'est au-dessus des droits de l'homme », ont lancé les experts qui souhaitent déposer leur rapport lors de la prochaine session de la Commission des droits de l'homme de l'ONU, au printemps 2006.
Ces quatre spécialistes n'auraient ainsi eu aucun retour sur leur dernière requête datant de la mi-avril. Ils souhaitaient se rendre à Guantanamo pour vérifier l'état de santé des détenus soupçonnés de terrorisme prisonniers sur la base américaine. Une porte-parole du gouvernement de Washington a répondu que la demande était encore à l'étude.
"Nous regrettons profondément que le gouvernement des Etats-Unis ne nous ait toujours pas invités à rendre visite à ces personnes arrêtées, détenues ou jugées pour présomption de terrorisme et autres violations" du droit, ont fait savoir dans un communiqué ces experts, chargés des questions de torture, de santé physique et mentale, d'indépendance des magistrats et de détention arbitraire.
Source : AP et Radio-Canada, 23 juin 2005

 

Le caméraman d'Al Jazeera a été battu par ses interrogateurs


Sami Al Hajj, le caméraman soudanais d'Al Jazeera détenu à guantanamo après avoir été arrêté en Afghanistan fin 2001, a été victime de mauvais traitements graves, selon l'avocat britannique Clive Stafford-Smith, qui a pu lui rendre visite à guantanamo et a constaté qu'il avait une grande cricatrice au visage, conséquence des mauvais traitements subis. Al Hajj a confirmé à l'avocat avoir vu des gardiens US jeter un Coran dans les toilettes et écrire des insultes sur un autre exemplaire du Livre. «Il est totalement innocent. Il est autant terroriste que mon grand-père. L'unique raison pour laquelle il a été traité ainsi est qu'il est journaliste d'Al Jazeera. Les Américains ont tenté d'en faire un informateur pour l'amener à dire que Al jazeera est liée à Al Qaïda. Le problème c'est que personne ne fait pression sur les Américains pour qu'ils le libèrent. Un mot du gouvernement du Soudan ou du Qatar suffirait. »
Source : Al Jazeera, 22 juin 2005