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La galaxie guantanamo

AVEZ-VOUS ENTENDU PARLER DE GUANTANAMO ?
BIEN SÛR, DIREZ-VOUS. MAIS QU'EN SAVEZ-VOUS EXACTEMENT ?

 

Présentation de la Chronique de guantanamo, publiée par le Collectif guantanamo France


« Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé »

Article 9 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme.

 

La CHRONIQUE DE GUANTANAMO est une "newsletter" électronique publiée par le Collectif guantanamo, lancée en février 2003. Depuis avril 2004, elle paraît 2 fois par mois, le 1er et le 15 du mois. Elle entre aujourd'hui dans sa troisième année. En 23 mois, nous avons constitué la plus importante base de données en langue française sur guantanamo, soit l'équivalent d'une dizaine de livres de 220 pages, accessible à tous ceux qui savent lire sur 2 sites web. Nous entendons continuer, élargir et approfondir ce travail. Mais cela ne sera pas possible sans vous.

Le 10 janvier 2005, cela fera 3 ans que 545 hommes de 40 pays sont détenus illégalement par les USA. 202 autres ont été libérés, dont une partie ont été emprisonnés dans leur pays. Exiger qu'ils soient libérés ou jugés équitablement nous semble naturel. Ce n'est pas l'avis de la Maison blanche et du Pentagone, qui ignorent depuis 6 mois un verdict de la Cour suprême US ordonnant que ces prisonniers aient la possibilité de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire.

Le Collectif guantanamo a été créé en France en février 2003. Cette association a pour but d'organiser une campagne mondiale d'information et de solidarité pour défendre les droits de toutes les personnes détenues par les USA comme "combattants ennemis illégaux" à Guantanamo, Bagram et ailleurs.

Son appel fondateur, "guantanamo : premier camp de concentration off shore de l'Empire !", peut être lu en 9 langues [ allemand, anglais, arabe, créole, danois, espagnol, français, russe, suédois ] en allant à : http://www.gwadaoka.org/guantanamo_appel_fr.htm

Son outil principal est le travail d'information. Le Collectif publie des informations sur la "galaxie guantanamo" à un rythme quasi-quotidien sur deux sites internet. Ces informations sont reprises et diffusées tous les 15 jours dans une lettre électronique appelée CHRONIQUE DE GUANTANAMO. Si vous voulez lire, puis vous abonner à cette CHRONIQUE , il suffit de nous envoyer un mail à collectif.guantanamo@gwadaoka.org

Cette Chronique contient donc toutes les informations publiées au jour le jour sur les sites http://quibla.net et http://www.gwadaoka.org/guantanamo.htm

 

POUR RECEVOIR CETTE CHRONIQUE LE 1er et LE 15 DE CHAQUE MOIS, ENVOYEZ UN MAIL INTITULÉ : "OUI, JE M'ABONNE !" À : collectif.guantanamo@gwadaoka.org. Signalez-nous si vous souhaitez apporter une contribution financière. Nous vous indiquerons coment procéder.

Nos v¦ux pour 2005 sont simples, clairs et nets : le Pentagone et la Maison blanche doivent libérer les 545 otages détenus illégalement sur la base yankee de guantanamo depuis le 10 janvier 2002. Ou au moins, ils doivent respecter la sentence émise en juin 2004 par la Cour suprême US, stipulant que les détenus ont le droit de remettre en cause leur détention devant une juridiction ordinaire. Le martyre des hommes enfermés dans le premier camp de concentration off shore de l'Empire, entrera le 10 janvier dans sa quatrième année. C'est une insulte à l'humanité. Pensez à eux !

Merci de votre attention
pour le Collectif guantanamo,
le président
Fausto Giudice
1er janvier 2005 /20 Dhul Qa'dah 1425

 

PS : NOTRE TRAVAIL ÉTANT TOTALEMENT BÉNÉVOLE, TOUTE CONTRIBUTION FINANCIÈRE VOLONTAIRE EST LA BIENVENUE. EN NOUS SIGNALANT VOTRE ABONNEMENT, INDIQUEZ-NOUS ÉVENTUELLEMENT SI VOUS SOUHAITER VERSER UNE CONTRIBUTION. NOUS VOUS INDIQUERONS ALORS COMMENT PROCÉDER. MERCI D'AVANCE.

-> Collectif guantanamo, 5 rue de Douai, F-75009 Paris - Tél. 00 33 (0)6 13 99 28 86,
Courriel : collectif.guantanamo@gwadaoka.org
Sites web : http://quibla.net et http://www.gwadaoka.org/guantanamo.htm

27/01/05 - Les 4 de guantanamo sont libres !
Les 4 derniers détenus britanniques libéés de guantanamo mardi ont été rendus à leurs familles mercredi soir à Londres et à birmingham. Au terme de 24 heures d'interrogatoires, la police britannique, ne trouvantrien à leur reprocher, leur a enfin rendu la liberté. Pour Richard Belmar, Martin Mubanga, Feroz Abbasi et Moazzam Begg s'ouvre maintenant un nouveau chapitre de leur vie : celui de la reconstruction après trois ans d'isolement dans le goulag tropical et aussi celui du combat pour la réparation. ce sera un long combat. L'Australien Mamdouh habib est le prochain détenu qui devrait être libéré de guantanamo, où restent détenus 553 citoyens d'une quarantaine de pays.


Les 4 détenus libérés de guantanamo arrêtés à leur arrivée à Londres
Quatre ressortissants britanniques libérés de la prison du camp militaire américain de Guantanamo, à Cuba, sont arrivés mardi après-midi en Grande-Bretagne. Ils ont été immédiatement arrêtés par la police.
Les quatre hommes, qui voyageaient à bord d'un appareil de la Royal Air Force, étaient accompagnés de membres des forces de police antiterroristes, de deux observateurs indépendants et d'une équipe médicale. L'appareil a atterri sur la base de Northolt, à l'ouest de Londres, peu après 17h.
"La police a arrêté ces hommes dans le cadre de l'article 41 du Terrorism Act 2000 relative à l'implication présumée dans la commission, la préparation ou l'instigation d'actes de terrorisme", a précisé la police.
Moazzam Begg, Feroz Abbasi, Martin Mubanga et Richard Belmar faisaient partie des quelque 550 prisonniers originaires de 42 pays détenus sans inculpation à Guantanamo, dans le cadre de la guerre contre le terrorisme engagée par les États-Unis.
La libération de ces quatre Britanniques, dont certains affirment avoir été victimes de tortures, fait suite à plusieurs mois de négociations entre Washington et Londres, compliquées par les exigences américaines en matière de sécurité. Le Département d'Etat américain a précisé mardi que les autorités britanniques avaient assuré que "les détenus ne poseront pas de menace à la sécurité pour les États-Unis et leurs alliés".
En mars dernier, cinq autres Britanniques avaient été rapatriés de Guantanamo vers la Grande-Bretagne. Quatre d'entre eux ont été arrêtés, puis interrogés, avant d'être libérés dans les 24 heures.
Source : AP, 26 janvier 2005

 

26/01/05 - Les Musulmans britanniques se fâchent
Les responsables de la communauté musulmane britannique, d’ordinaire parfaitement flegmatiques, sont sortis de leurs gonds lundi, lors de leur rencontre mensuelle avec des responsables de la police métropolitaine du Grand-Londres, et ont quitté la réunion. Raisons de leur colère : l’intention annoncée de la police de procéder à l’interpellation et à la mise en garde à vue des quatre détenus rapatriés de guantanamo ce mardi soir. Allant même plus loin, les responsables musulmans ont appelé à un rassemblement de protestation à partir de 17 heures mardi devant le commissariat de police de haute sécurité de Paddington Green, sur Edgware Road, où les quatre détenus rapatriés par un avion C-17 de la Royal Air Force devaient être amenés après leur débarquement, vers 18 h 30. Le Muslim Safety Forum (Forum musulman de Sécurité) est une structure de concertation avec la police londonienne mise en place il y a plus de deux ans. Les 20 membres de ce forum ont plusieurs raisons de ruer dans les brancards : d’une part, la situation de 9 détenus musulmans étrangers détenus sans inculpation et au secret depuis 3 ans, d’autre part, la situation de Babar Ahmad, détenu actuellement suite à une demande d’extradition US.
Source: Blink.org.uk, 24 janvier 2005

 

Les forces iraquiennes accusées de torture
Selon deux journalistes du Financial Times présents à Bagdad, c'était "un secret de Polichinelle" : nombreux étaient les détenus battus voire torturés par les forces de sécurité iraquiennes. Mais, même le corps couvert d'ecchymoses, "les détenus n'admettaient pas avoir été torturés, de peur que la police ne les renvoie en cellule et ne leur fasse subir de pires sévices".
Depuis mardi, le secret de Polichinelle est devenu évidence. Après les forces US, britanniques et danoises, les troupes iraquiennes se sont trouvées officiellement accusées de torture et de maltraitance de prisonniers. L'ONG new-yorkaise Human Rights Watch a publié un rapport d'une centaine de pages sur la question, rapporte en une le Financial Times. Un document accablant, qui "suscite l'inquiétude sur la conduite du gouvernement intérimaire irakien, moins d'une semaine avant les premières élections démocratiques dans le pays", commente le quotidien londonien. Qui poursuit en citant les conclusions du rapport : "Le gouvernement intérimaire irakien, conduit par le Premier ministre Iyad Allaoui et présenté à la communauté internationale comme un symbole signifiant que les violences et les abus du gouvernement de Saddam Hussein appartiennent désormais au passé, apparaît jouer un rôle actif dans ces graves violations des droits humains fondamentaux, ou à tout le moins en être complice."
Pour alimenter son rapport, Human Rights Watch a interrogé, en 2004, 90 prisonniers, détenus pour la plupart dans le centre de l'Iraq. Soixante-douze ont affirmé avoir été torturés ou maltraités pendant leurs interrogatoires : battus avec des câbles, des tuyaux et des tiges métalliques, ou suspendus par les poignets, les mains attachées derrière le dos, pendant des heures. Parmi eux, plusieurs membres de l'Armée du Madhi, la milice chiite de l'imam Moqtada Al Sadr qui s'était rebellée en 2004 contre les troupes US à Falloujah et Kerbala.
Source : Courrier international, 25 janvier 2005

 

Les tentatives de suicide : du pur sabotage !
L’armée US a admis, qu’en août 2003, 23 détenus de la prison de guantanamo ont tenté de mettre fin à leurs jours par pendaison ou en s’étranglant à l’aide de morceaux de vêtements et d’autres objets dans leurs cellules, rapporte The Independent. Mais pour les autorités militaires US, ces tentatives de suicide de prisonniers, étalées sur une période allant du 18 au 26 août 2003, visaient à "perturber les opérations du camp et lancer un défi à un nouveau groupe de gardes de sécurité". A cet égard, elles citent la journée du 22 août 2003, quand dix prisonniers ont essayé de se suicider collectivement. Bref, ces salauds de détenus sont de vrais pervers : ils sont prêts à tout pour “perturber les opérations” !

 

Deux membres présumés d'Al Qaïda devant un juge allemand
Deux membres présumés d'Al Qaïda accusés d'avoir préparé un attentat-suicide en Irak ont été présentés à un juge fédéral allemand à Karlsruhe lundi, selon les autorités. Le magistrat devait décider si les éléments étaient suffisants pour maintenir les suspects en détention.
Ibrahim Mohamed K., Irakien de 29 ans habitant à Mayence, et Yasser Abou S., Palestinien de 31 ans résidant à Bonn, ont été arrêtés dimanche pour leur appartenance supposée à une organisation terroriste.
Ibrahim Mohamed K. aurait été formé dans des camps d'entraînement d'Oussama ben Laden en Afghanistan et aurait combattu les forces US dans ce pays. Il est accusé de recruter pour Al Qaïda en Allemagne et de fournir une aide logistique au réseau terroriste. Il aurait aussi tenté d'obtenir 48 grammes d'uranium au Luxembourg -mais sur ce point les autorités affirment ne pas disposer d'autres informations.
Il aurait été en contact avec Ramzi Binalshibh, considéré comme le principal contact d'Al Qaïda pour la cellule de Hambourg, à laquelle appartenaient trois des pirates de l'air des attentats du 11 septembre 2001 aux USA. Yéménite, Ramzi Binalshibh a été appréhendé le 11 septembre 2002 au Pakistan et est détenu par les forces américaines.
Yasser Abou S., né en Libye et détenteur d'un passeport égyptien, aurait prévu de se faire passer pour mort afin de toucher l'argent de son assurance puis de commettre un attentat-suicide en Irak, selon le procureur Kay Nehm. Il aurait été recruté par Ibrahim Mohamed K. en septembre alors qu'il étudiait en médecine. L'Irakien aurait contracté une assurance-vie en son nom pour plus de 800.000 Euro. La majorité de la somme était semble-t-il destinée à financer Al Qaïda.
Source : AP, 24 janvier 2005

 

2 Tunisiens et 1 Marocain acquittés de l’accusation de terrorisme à Milan
Le tribunal de Milan a acquitté lundi deux Tunisiens et un Marocain accusés d'avoir recruté des volontaires pour des attentats-suicide en Iraq, selon l'un des avocats de la défense. Les deux premiers ont néanmoins été condamnés à trois ans de prison et le troisième à 22 mois, pour complicité d'immigration illégale et falsification de documents.
Les Tunisiens Ali Ben Sassi Toumi et Bouyahia Maher ainsi que Mohamed Daki avaient été arrêtés en 2003, a précisé Me Sara Fardella, avocate d'Ali Ben Sassi Toumi.
Le procès de deux autres hommes, Noureddine Drissi, marocain, et Kamel Hamraoui, tunisien, a été transféré à Brescia, dans le nord de l'Italie, car ils sont soupçonnés d'appartenir à une cellule terroriste installée dans la ville voisine de Crémone. Ils ont aussi été appréhendés en 2003.
Selon Me Fardella, l'accusation avait requis jusqu'à dix ans de prison contre les accusés. Les autorités judiciaires milanaises n'ont pas fait de commentaires.
Source : AP, 24 janvier 2005

 

25/01/05 - Nouvelles arrestations en Allemagne
Un haut responsable présumé d'Al Qaïda, soupçonné de préparer un attentat suicide en Iraq, ainsi que l'un de ses complices ont été arrêtés dimanche en Allemagne.
Les services du procureur fédéral les ont identifiés sous les noms d'Ibrahim Mohammed K, un Iraquien de 29 ans, et de Yasser Abou S., Palestinien apatride de 31 ans.
La police est intervenue à quatre adresses dans les villes de Mayence et de Bonn dimanche en début de matinée. Les deux suspects, arrêtés à Mayence, sont poursuivis pour appartenance à une organisation terroriste. Ils étaient sous surveillance depuis octobre.
Selon le procureur fédéral Kay Nehm, l'Iraquien a recruté le Palestinien en septembre 2004 en vue d'un attentat suicide en Iraq. Ils s'apprêtaient à essayer de toucher la prime d'assurance vie de 800.000 euros du second en le faisant passer pour mort, afin de financer l'opération. Le premier aurait en outre essayé de se procurer du matériel radioactif.
Au cours d'une conférence de presse, Nehm a indiqué que le suspect était en contact avec une organisation luxembourgeoise en possession de ce type de matériel, en soulignant toutefois qu'il n'était pas utilisable en tant qu'explosif.
Le parquet a fait savoir que l'Iraquien s'était rendu à maintes reprises dans des camps d'entraînement d'Al Qaïda en Afghanistan avant les attentats du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis et qu'il y était resté ensuite pendant un an pour y combattre les forces américaines qui s'y étaient déployées.
Durant cette période, a dit Nehm, l'Iraquien a eu des contacts avec Oussama ben Laden et d'autres dirigeants d'Al Qaïda tels que Ramzi bin al Chaibah, aujourd'hui entre les mains des Américains.
De source proche du parquet, on rapporte que ces dirigeants ont persuadé le suspect irakien de recruter des kamikazes en Europe. Avec ses documents allemands, il a pu traverser le continent et arriver en Allemagne en septembre 2002, ajoute-t-on.
Le nom de l'Iraquien ne figure cependant pas sur les listes de membres d'Al Qaïda publiées par le FBI ou par l'Onu.
Les deux hommes devaient comparaître lundi devant un juge d'instruction à la Haute cour de justice fédérale de Karlsruhe.
La précédente vague d’arrestations avait eu lieu le 12 janvier. Dans des raids menés dans six villes, dont Ulm, Berlin, Francfort et Bonn, 700 policiers avaient arrêté 22 personnes originaires de 8 pays : Égypte, Tunisie, Algérie, Libye, Palestine, Maroc, Bulgarie et Allemagne. Les informations ayant déclenché ces arrestations émaneraient d’un détenu interrogé à guantanamo.
En effet, 3 ans après leur enfermement à guantanamo, une cinquantaine de détenus, enfermés dans le Camp n°5, continuent d’être interrogés par les services de renseignement.
Source : Reuters, 23 janvier 2005 et Boston Globe, 24 janvier 2005

Un goulag mondial, pour cacher les sales secrets de la guerre anti-terroriste
par Jonathan Steele, The Guardian, 14 janvier 2005. Original :
http://www.guardian.co.uk/comment/story/0,3604,1390096,00.html
Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

[Bush réfléchit à la création de prisons américaines à l’étranger, afin d’y détenir à vie des « suspects ».]
La promesse de libération imminente de quatre détenus britanniques enfermés dans la (tristement) célèbre prison américaine de Guantanamo Bay est, bien entendu, bienvenue. Mais elle ne représente qu’une minuscule exception dans la déferlante de mauvaises nouvelles en provenant de l’équipe de Bush, sur le front des droits de l’homme. Les toutes premières journées de la nouvelle année commençante ont en effet déjà apporté deux informations choquantes.
La première, c’est la révélation que l’administration américaine voit dans les Etats-Unis non seulement un flic mondialisé auto-nommé, mais aussi un maton de la prison globale. Elle est en train de réfléchir à la construction de prisons dans des pays étrangers, en particulier des pays présentant des « états de sévices » déplorables en matière de droits de l’homme et vers lesquels ils pourraient transférer dans le plus grand secret des détenus (non reconnus coupables par un quelconque tribunal) pour le restant de leurs jours – une sorte de goulag mondialisé, hors du contrôle du Comité international de la Croix Rouge et de tout autre observateur ou juriste indépendant.
Quant à l’autre horreur, c’est la lumière apportée aux conceptions d’un certain Alberto Gonzales, candidat de la Maison Blanche au poste de responsable suprême en matière judiciaire : celui d’ « attorney general » [procureur et ministre de la Justice des Etats-Unis]. Lors de son audition probatoire au Sénat, la semaine passée, il s’est révélé sous les traits d’un homme qui non seulement refuse d’écarter le recours à la torture, quelles que soient les circonstances, mais aussi qui a assisté, en sa qualité de conseiller auprès de la Maison Blanche durant ces dernières années, à plusieurs réunions au cours desquelles des techniques « spécifiques » d’interrogatoire ont été examinées. Comme l’a fait observer Edward Kennedy (non démenti par Gonzales), ces techniques spécifiques incluaient le fait de menacer le « patient » de l’enterrer vivant, ou le « water-boarding », consistant à attacher le détenu à une planche, à le pousser de force dans l’eau, enveloppé d’une serviette éponge, tout en lui faisant croire qu’on le laisserait volontiers se noyer.
Depuis sa création, après les attentats du 11 septembre, le camp américain de détention d’étrangers de Guantanamo Bay (sur l’île de Cuba) est devenu le phare de l’absence de liberté, une sorte de concurrent maléfique à la Statue de la Liberté, dans la vitrine des chromos symbolisant l’Amérique. Le goutte à goutte des libérations de prisonniers enfermés dans ses fillettes a apporté un témoignage direct sur les horreurs qui se poursuivent là-bas. Aussi n’est-il nullement étonnant que l’administration Bush soit en train d’essayer de trouver des endroits moins visibles où enfermer ses prisonniers à perpète, de crainte qu’ils ne racontent ce qu’ils ont subi.
Les prisonniers de Guantanamo sont sous la responsabilité du ministère de la Défense. Mais, en vertu d’une nouvelle organisation, la plupart des détenus étrangers se retrouveront sans doute sous la férule de la CIA, laquelle est soumise à beaucoup moins de surveillance de la part du Congrès des Etats-Unis et n’accorde quasiment jamais à la Croix-Rouge le droit d’accéder aux détenus. Parmi ces prisonniers à Guantanamo se trouvent plusieurs centaines de personnes arrêtées, au cours des dernières semaines, à Falloujah, ainsi que dans d’autres villes d’Iraq.
D’après le Washington Post, qui a révélé cette information la semaine passée, une proposition consiste en ce que les Etats-Unis construisent de nouvelles prisons en Afghanistan, en Arabie Saoudite et au Yémen. Des responsables officiels de ces pays gèreraient lesdites prisons et autoriseraient le Département d’Etat (= Affaires étrangères = Condy Rice, NdT) à « y surveiller le respect des droits de l’homme ».
Proposition – ô combien – risible, dès lors que l’exercice a pour finalité première de réduire au minimum toute possibilité de contrôle. Des agents de la CIA auraient le droit d’interroger les détenus – avec, ou sans – l’aide d’interrogateurs [lire : bourreaux, NdT] étrangers, comme ils le font d’ores et déjà dans leurs prisons extraterritoriales de la base aérienne de Bagram (en Afghanistan) ou encore sur des bateaux ancrés au large, ou encore en Egypte et en Jordanie, voire sur la base militaire de Diego Garcia.
La politique états-unienne consistant à confier des détenus aux geôliers et tortionnaires étrangers – connue sous le nom d’ « extradition » ou de « livraison » – a débuté durant la « guerre aux drogues », où elle représenta un moyen d’arrêter des parrains du trafic de drogue latino-américains et de les « attendrir » avant leur procès aux Etats-Unis. Elle s’est énormément développée depuis le début de la « guerre contre la terreur ». Comme l’a déclaré un responsable de la CIA au Washington Post, « toute cette idée grandiose se résume à une déformation des extraditions. Désormais, il ne s’agit plus d’extrader pour remettre quelqu’un entre les mains de la justice, mais de kidnappings, purement et simplement. »
Il aurait pu ajouter qu’il s’agit aussi, en l’occurrence, de kidnapping à vie. La semaine passée, un haut responsable américain a dit au New York Times que les trois quarts des 550 prisonniers à Guatanamo ne détiennent plus aucun renseignement qui présente le moindre intérêt. Mais ils ne seront pas relâchés, de crainte qu’ils ne continuent à représenter une menace pour les Etats-Unis. » « En fait, ce que l’on fait d’eux consiste, ni plus ni moins, à les tenir loin du champ de bataille. Mais – manque de bol – dans la guerre contre le terrorisme, le champ de bataille est absolument partout ! », a-t-il conclu.
Depuis la destruction de Falloujah, les Etats-Unis détiennent 325 non-Iraquiens en garde à vue, dont beaucoup de Syriens et de Saoudiens. Interrogé par la Commission judiciaire du Sénat, Gonzales a déclaré que le ministère de la Justice pense que les non-Iraquiens arrêtés en Iraq ne sont pas protégés par les conventions de Genève, qui interdisent le transfert de prisonniers à l’extérieur du pays où ils sont détenus.
L’an dernier, il a été révélé que Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense, avait approuvé la mise au secret de « détenus fantômes » en Iraq. Leurs noms n’avaient pas été inscrits sur les registres produits lors des inspections de la Croix Rouge : ils avaient de ce fait même perdu toute chance de recevoir des visites ou de jouir d’autres droits juridiquement garantis aux prisonniers. Désormais, nombre de nouveaux prisonniers seront éligibles à une catégorie d’invisibilité encore plus poussée : ils seront envoyés en détention dans des lieux secrets, à l’étranger.
Bien qu’il ait juré ses grands dieux, au cours de sa déposition devant le Sénat, qu’il trouvait la torture « horrifiante », Gonzales n’a donné aucune claire assurance qu’elle cesserait d’être pratiquée. En tant que conseiller auprès de la Maison Blanche, il a approuvé un moratoire administratif contre la torture, en août 2002, lequel était tellement restrictif qu’il ne semblait en réalité ne qualifier de torture qu’un traitement « susceptible de causer la mort ». Autrement dit, d’après ce document : si une victime de tortures survit, c’est qu’elle n’a pas été véritablement torturée !
Ce mémoire affirmait également qu’il ne saurait y avoir torture que lorsque l’intention est de causer de la douleur. Si la douleur est utilisée de manière non-intentionnelle afin d’acquérir de l’information ou d’obtenir un aveu, elle n’est pas synonyme de torture. Grâce à cette définition très étroite de ce qui est interdit, des responsables américains continuent à user systématiquement de traitements inhumains à l’encontre de détenus – le phénomène est bien plus vaste que les quelques « pommes pourries » [= brebis galeuses] dénoncées par les photographies prises dans la prison d’Abou Ghraïb. Cerise sur le gâteau : on affirme qu’il ne s’agit pas tout à fait de torture !
Quelques jours avant l’audition de Gonzales au Sénat, le ministère de la Justice a réécrit hâtivement ce mémoire afin qu’une plus large catégorie de techniques soient définies comme « tortures », et par conséquent interdites. Mais à l’audience, Gonzales a refusé de donner une réponse clairement négative à la question de savoir si, à son avis, des soldats ou des interrogateurs américains pourraient légalement recourir à la torture « si besoin était ».
Le clou des auditions fut l’apparition de Douglas Johnson, directeur du Centre des Victimes de la Torture. Il argua que le mémo, dans sa nouvelle version, ne donnait pas d’indication claire sur ce que doivent être les standards admissibles d’interrogatoire et de détention. Il a également fait observer que la torture ne permet en aucun cas d’obtenir de l’information fiable et que, de surcroît, elle corrompt ceux qui la perpètrent.
Il a expliqué que la torture psychologique a des conséquences plus graves que la torture physique. D’interviews de victimes, il ressort que des dépressions et des cauchemars récurrents, des décennies après, sont bien plus souvent associés à des réminiscences d’exécutions simulées (du type « water-boarding ») et à des scénarios d’humiliation qu’à des agressions purement physiques.
Mais il ne faut pas compter sur le fait que ces argument aient impressionné en quoi que ce soit l’homme que Bush veut voir nommer au sommet de l’appareil judiciaire américain. De même que personne, à Washington, n’attend du Sénat qu’il refuse, ou confirme, cet homme à ce poste.
Joyeuse Nouvelle Guerre au Terrorisme 2005 !
j.steele@guardian.co.uk

 

24/01/05 - De guantanamo au Parlement de Westminister ?
Il n'y a qu'en Angleterre que l'on peut voir cela : il y a de fortes chances que deux anciens détenus britanniques de guantanamo soient élus au parlement de Westminster en mai prochain. Moazzam Begg et Richard Belmar devraient en effet être rapatriés mardi de guantanamo, ensemble avec Feroz Abbasi et Martin Mubanga. Il est fortement question que Begg et belmar se présentent comme candidats aux élections législatives sur la liste présentée par le nouveau Parti pour la paix et le progrès créé par l'actrice Vanessa Redgrave te son frère Corin. L'année dernière, ils avaient répondu positivement à la question, transmise par un avocat, des Redgrave : seriez-vous prêt à vous présenter aux élections à partir de votre cage ? D'ores et déjà, Azmat begg, le banquier de Birmingham qui s'est très fortement engagée pour son fils, a déclaré qu'il se présenterait aux élections sir celui-ci ne souhaitait pas le faire. Begg père ou Begg fils auraient de bonnes chances d'être élus dans la circonscription de Hodge Hill, emportée de justesse par les travaillistes dans une élection partielle l'année dernière, avec une majorité d'à peine 460 voix. Quant à Belmar, il pourrait se présenter à Londres.
On saura très bientôt ce que pensent les intéressés de cette idée.
Source : The Guardian, 22 janvier 2005

 

Fin des "tribunaux d'examen du statut de combattant"
Avec l'examen du dernier cas samedi 22 janvier, en l'absence de l'intéressé, les "tribunaux d'examen du statut des combattants" ont achevé leur travail. 327 détenus ont été "jugés" comme "ennemis combattants" et maintenus en détention, 3 détenus ont fait l'objet d'une décision de libération et 227 détenus attendent une décision.
Source : AP, 22 janvier 2005

 

Donald Rumsfeld a peur de se rendre en Allemagne
Le secrétaire US à la défense a annoncé aux organisateurs de la Conférence sur la sécurité de Munich, prévue en février, qu'il ne s'y rendra pas. il risquerait en effet d'être interpellé par la justice allemande, suite à un dépôt de plainte pour crimes de guerre par le Centre new-yorkais pour les droits constutionnels, une organisation US de défense des droits humains, et quatre anciens détenus iraquiens victimes de tortures à Abou Ghraïb. la plainte est actuellement examinée par le Parquet fédéral à Karlsruhe.

 

Nouvelle enquête sur les mauvais traitements de prisonniers
Paul Wolfowitz, secrétaire adjoint à la défense, a ordonné au vice-amiral Ronald Route de mener une enquête sur les documents rendus publics par l'American Civil Liberties Union, et dans lesquels des agents du FBI décrivent et critiquenet le traitement subi par les détenus de guantanamo. Le vice-amiral a 30 jours pour remettre son rapport, qui pourrait conduire à l'ouverture d'une enquête par la justice militaire.
Source : AP, 21 janvier 2005

 

Un soldat US condamné à trois ans de prison pour homicide involontaire contre une traductrice iraquienne
Une cour martiale US a condamné un soldat de la 1ère Division de cavalerie à trois ans de prison pour homicide involontaire après qu'une traductrice iraquienne eut été tuée dans une base militaire de Bagdad. Il a également été dégradé et congédié pour mauvais comportement.
Le soldat Charley L. Hooser a également été jugé coupable de faux témoignage lorsqu'il a été interrogé par les enquêteurs sur la mort d'une traductrice iraquienne le 24 novembre dernier, dans une base militaire de Bagdad, a déclaré le commandement US.
Une autre soldat, Rami Dajani, a également accusé et condamné pour faux témoignage, mais les charges d'homicide involontaire portées à son encontre ont été abandonnées.
Source : AP, 23 janvier 2005

 

22/01/05 - Annemette, femme danoise émancipée, capitaine de réserve, tortionnaire en Iraq
Cinq Danois - un officier subalterne des services de renseignement et quatre membres de la police militaire - ont été inculpés pour des mauvais traitements infligés à des prisonniers irakiens dans le sud de l'Iraq, rapporte vendredi l'agence de presse danoise Ritzau.
Annemette Hommel, capitaine de réserve de 37 ans et experte linguistique en langue russe, et les quatre autres militaires sont passibles d'une peine allant jusqu'à un an de prison s'ils sont reconnus coupables d'avoir commis des infractions aux règles militaires lors d'interrogatoires menés l'an dernier.
Hommel a été renvoyée au Danemark en juillet, avant l'échéance de sa mission en Iraq, après que des collègues de son unité se furent plaints de ses méthodes d'interrogatoire musclées.
Selon des enquêteurs de l'armée, l'officier a verbalement humilié des détenus, les a obligés à se tenir dans des postures douloureuses et a réduit leur approvisionnement en nourriture et en eau ainsi que leur accès aux toilettes. Tout cela s'est passé au Camp Eden, près de Bassorah, où sont stationnés un demi-millier de militaires danois, entre mars et juin 2004
L'intéressée a démenti les accusations la visant.
D'après l'agence de presse danoise Ritzau, l'ancien chef de la police militaire et de la section reseignement danoises en Iraq, le colonel Henrik Flach, a été innocenté par l'enquête et ne sera pas inquiété.
Les accusations ont suscité beaucoup d'émotion au Danemark, où la politique iraquienne du gouvernement de centre-droit favorable aux USA conserve de nombreux soutiens.
Cette affaire vient s'ajouter à des accusations similaires visant des militaires américains et britanniques stationnés en Iraq.
Source : Reuters, 21 janvier 2005 & TV2 Danemark, 4 août 2004

 

Le gouvernement cubain prend position sur le traitement des détenus de guantanamo
Dans une démarche nouvelle - et, à notre connaissance, pour la première fois depuis 3 ans -, le gouvernement cubain vient de prendre position sur le traitement des détenus du camp US de guantanamo. Dans une lettre au gouvernement de Washington, le ministère des Affaires étrangères de la République de Cuba dénonce “la torture horrible, la cruauté et le traitement humiliant et insultant des prisonniers”, qui font partie des sévices “commis chaque jour par le gouvernement US”.
Le département d’État a rejeté ces critiques d’un revers de main, déclarant qu’il était ironique que ces critiques émanent du “plus grand - et le plus fermé - violateur des droits humains de l’hémisphère”.
Peut-être la justice cubaine va-t-elle enfin se décider a ouvrir une enquête sur ce qui se passe dans le camp de guantanamo, situé après tout sur le territoire cubain et relevant, selon les termes du traité cubano-US de 1903, renouvelé en 1934, de “l’éminente souveraineté” de Cuba ?
Source : AP, 19 janvier 2005

 

Le juge Richard Leon donne raison au Pentagone
Le juge fédéral Richard Leon vient de rendre un jugement démettant de leur requête les avocats de sept détenus de guantanamo - un français, un Algérien et cinq Algéro-Bosniaques - qui demandaient que leur cas soit examiné par une juridiction ordinaire. dans les attendus, le juge explique que la justice n’a pas à connaître du cas d’étrangers capturés durant un conflit armé et détenus en dehors du territoire US. On attend maintenant la décision d’un autre juge fédéral, Joyce Hens Green, concernant la plainte similaire de 10 autres détenus de guantanamo.
Source : Reuters, 20 janvier 2005

 

Abou Ghraïb : vers l’inculpation d’officiers supérieurs ?
Les témoignages entendus au procès du caporal Charles Graner, qui vient d’être condamné à 10 ans de prison, les éléments contenus dans les divers rapports officiels et les demandes des organisations de défense des droits humains : tout concourt à ce qu’on s’achemine finalement vers l’ouverture d’enquêtes, suivies d’inculpations et de procès contre des officiers supérieurs, ayant ordonné les sévices ou les ayant encouragés, ou simplement couverts. La question est seulement : jusqu’où la justice militaire osera-t-elle remonter dans la hiérarchie ? Il y a 3 niveaux : celui des officiers supérieurs placés à des postes de commandement direct à Abou Ghraïb, comme le Colonel Thomas Pappas, le plus haut gradé des services de renseignement militaire à Abou Ghraïb, et le Lieutenant-colonel Steve Jordan, chef du Centre conjoint d’interrogatoires et de débriefing; ensuite le niveau du haut commandement : le lieutenant-général Ricardo Sanchez, ancien commandant en chef des troupes en Iraq, qui a approuvé les méthodes d’interrogatoire; et enfin, le niveau politique : le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, contre lequel Human Rights Watch vient d’exiger qu’un procureur spécial soit nommé pour enquêter sur sa responsabilité dans les tortures à ABou Ghraïb, guantanamo et ailleurs. On peut toujours rêver...
Source : www.dawn.com, 17 janvier 2005

 


Après leur libération, ils prient

81 prisonniers afghans libérés de bagram, 400 autres promesses de libération
À quelques jours de l’Aïd, les autorités d’occupation US en Afghanistan ont eu un geste “généreux” et libéré, dimanche 16 janvier, 81 prisonniers, suspectés d’être des Talibans et jamais jugés, qui étaient détenus à la base militaire US de bagram. Selon le chef de la cour suprême afghane Fazl Hadi Shinwari , les autorités US ont promis de libérer tous les autres “talibans” détenus à bagram et à guantanamo, qui seraient au nombre de 400. Un détenu libéré, Abdul Manan, 35 ans, a déclaré à Reuters avoir été torturé pendant les interrogatoires, au début de la détention, puis avoir été traité correctement.
Interrogé par téléphone satellitaire, le porte-parole des talibans Abdullatif Hakimi a déclaré : « Tous les prisonniers aux mains des Américains, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Afghanistan sont des gens innocents, pas des talibans. Les Américains torturent et portent atteinte à ces gens innocents dans leurs prisons. Ils doivent tous être libérés. »
Source : Al Jazira, 17 janvier 2005

 

Les Britanniques aussi ont leur scandale Abou Ghraib
Les mauvais traitements infligés par des soldats britanniques à des détenus civils irakiens font la une de la presse londonienne, qui n'hésite pas à étaler en première page les photos témoignant de ces abus.
"Choquantes et épouvantables", s'indigne The Independent pour commenter les photos de soldats britanniques torturant et humiliant sexuellement des civils irakiens. "La publication de ces documents rappelle la controverse suscitée par les abus commis par des soldats américains à l'encontre de prisonniers irakiens à la prison d'Abou Ghraib", poursuit le quotidien britannique. Trois soldats, membres du régiment royal des fusiliers, sont impliqués dans cette affaire. Ils sont accusés d'avoir, en mai 2003, agressé des détenus civils irakiens et de les avoir forcés à simuler des actes sexuels, dans un hangar à Bassorah (sud de l'Irak), région où se trouve l'essentiel des forces britanniques en Irak. "Au total, ils doivent répondre de neuf chefs d'accusation", précise le journal.
The Guardian reprend les mêmes termes ­" choquantes et épouvantables "­ pour commenter les photos qui "ont été montrées hier, mardi 18 janvier, à la cour martiale britannique qui siège à Osnabrück (nord de l'Allemagne), où le procès des trois soldats incriminés a lieu". Le caporal-chef Darren Larkin, 30 ans, a plaidé coupable pour certaines accusations et a reconnu avoir infligé de mauvais traitements, mais il a nié avoir eu "une conduite indécente", poursuit le quotidien. Le deuxième caporal-chef impliqué, Mark Cooley, 25 ans, et le caporal Daniel Kenyon, 33 ans, ont quant à eux rejeté les accusations retenues contre eux.
Lors de cette première audience, vingt-deux photographies prises par cinq soldats ont été mises à la disposition des médias, rapporte The Guardian. "Cette affaire a été révélée quand un autre membre du régiment royal des fusiliers ­ et l'un des auteurs des photographies ­, Gary Bartlam, 20 ans, a déposé sa pellicule dans un magasin situé dans sa ville d'origine, Tamworth. La police a été alertée et le soldat arrêté le 28 mai 2003. Bartlam a été récemment jugé par une autre cour martiale. Mais le juge Michael Hunter, qui fait également partie de la cour qui juge actuellement les trois autres soldats, avait interdit la publication des débats et du jugement", indique le quotidien.
Les Irakiens maltraités avaient été arrêtés à la suite de pillages dans un entrepôt de nourriture de l'aide internationale, connu sous le nom de "Bread Basket" et situé à l'ouest de Bassorah.
"Epouvantable !", s'exclame également The Daily Telegraph. Le journal conservateur revient longuement sur l'opération nommée Ali Baba, menée par les soldats britanniques le 15 mai 2003, qui a conduit à l'arrestation "de plus de vingt pillards. Le chef de bataillon Dan Taylor, qui avait la responsabilité de l'entrepôt Bread Basket, avait alors donné l'ordre de punir les détenus. Un ordre considéré par l'accusation comme illégal au regard de la convention de Genève."
Le Financial Times n'est pas en reste et titre en première page : "L'armée britannique sur la défensive". Le quotidien financier rapporte que le général Mike Jackson, chef de l'armée britannique, a essayé de défendre l'honneur de ses hommes. S'il a reconnu que "tous les abus sont absolument condamnables", il a néanmoins insisté sur le fait que "sur les 65 000 soldats britanniques présents en Irak, seul un petit nombre était concerné" par l'affaire.
Quant à "la comparaison inévitable" avec le scandale d'Abou Ghraib qui a éclaboussé l'armée américaine, "elle comporte des risques importants pour le gouvernement britannique", relève le FT. La polémique sur la légitimité de la guerre menée en Irak et sur le soutien apporté dans ce conflit par le Premier ministre Tony Blair à l'administration Bush "menace de resurgir à moins de quatre mois des élections générales. Par ailleurs, même si, à la différence de ce qui s'est passé à la prison d'Abou Ghraib, les abus commis par les soldats britanniques ne sont pas de nature systématique, la réputation de l'armée britannique en Irak pourrait être irrémédiablement salie par ces photographies."
Source : Courrier international, 19 janvier 2005

 

Nasser Al Mutairi libéré de guantanamo
Le premier détenu koweïtien à être libéré du camp de guantanamo a été rapatrié au Koweït le 16 janvier à bord d'un avion affrété par le gouvernement de l'émirat. Nasser Al Mutairi était l'un des 12 Koweïtiens détenus à guantanamo depuis janvier 2002.
Source : Reuters, 16 janvier 2005

 

Un avocat britannique commis d'office renonce à défendre des étrangers détenus sans inculpation
Rick Scannel, un des avocats d'office pour défendre les 12 étrangers musulmans détenus sans inculpation en Grande-Bretagne en application de la loi antiterroriste, vient d'annoncer qu'il renonçait à sa mission. Il entend ainsi protester contre le refus du gouvernement de mettre en application la décision de la Chambre des Lords, émise en décembre, selon laquelle la détention de ces étrangers était une violation des droits humains. Il s'agit du deuxième avocat commis d'office qui refuse de s'associer à cette mascarade. Avant lui, Ian Macdonald avait pris la même décision en décembre 2004.
Source : BBC Radio, 17 janvier 2005

 

Sous-traitance de la torture dans les prisons iraquiennes
CACI International et Titan sont deux entreprises militaires privées bénéficiant de contrats de sous-traitance avec le Pentagone. 3 de leurs employés travaillant à Abou Ghraïb comme "traducteurs-interrogateurs" ont été accusés de sévices. Steven Stefanowicz de CACI International a donné des ordres "équivalent à des sévices physiques". John Israel de Titan a menti sous serment. Adel Nakhla de Titan a violé un jeune détenu iraquien. Les organisations de défense des droits humains ont réclamé que le Pentagone ne passe plus de contrats avec ces entreprises. Nonobstant cela, le Pentagone vient de passer de nouveaux contrats, avec CACI pour 16 millions de dollars et avec Titan pour 164 millions.
Source : The Observer, 16 janvier 2005

 

16/01/05 - 10 ans de prison pour Charles Graner, le tortionnaire en chef d'Abou Ghraïb
La cour martiale siégeant à Fort Hood (Texas) a condamné samedi 15 janvier le caporal US Charles Graner à dix ans de prison pour son rôle de meneur dans les sévices infligés à des détenus iraquiens à Bagdad en 2003 à la prison d'Abou Ghraïb.
Garner était passible de 15 ans de prison.
Le verdict a été prononcé un jour après que le jury de 10 membres eut reconnu Graner coupable de dix chefs d'accusation concernant des abus infligés à des détenus d'Abou Ghraïb, dont certains avaient été empilés et forcés à se masturber. Graner n'a montré aucune émotion à la lecture de cette peine. Prié de dire s'il regrettait ses actes, il a observé un moment de silence avant de répondre: «Peut-être avez-vous oublié qu'une guerre est en train d'avoir lieu. Il y a toujours des choses pas belles qui se passent pendant les guerres». «Visiblement, j'ai obéi à un ordre illégal».
Auparavant, le militaire avait reconnu qu'il avait pu agir de façon «criminelle». Mais il a également affirmé qu'il s'était plusieurs fois plaint à ses supérieurs des méthodes qu'il avait été contraint d'appliquer.
L'ancien gardien de prison de Pennsylvanie a été reconnu coupable de dix chefs d'accusation, dont ceux de complot, voie de fait et actes indécents. «L'ennemi a besoin de causes communes», a déclaré le procureur dans son réquisitoire, au cours duquel il a demandé la peine maximale de 15 ans d'emprisonnement. «L'accusé en a fourni beaucoup».
En plus de sa condamnation à une peine d'emprisonnement, Graner a été renvoyé de l'armée pour manquement à l'honneur et s'est vu confisquer ses soldes et sa pension.
Les accusations portées contre Graner ont été étayées par des photos qui ont fait scandale dans le monde entier et terni l'image des USA lorsqu'elles ont été rendues publiques, l'an dernier. Certaines le montrent par exemple posant tout sourire devant des prisonniers nus, empilés les uns sur les autres.
«Il y avait beaucoup de choses tellement tordues dans ce que nous faisions qu'il fallait les voir avec humour pour les assumer», a-t-il expliqué. «Quand je savais que quelqu'un prenait une photo, je souriais. Je n'ai pas d'autre explication.»
Premier soldat US jugé pour cette affaire, il a cité les noms de plusieurs de ses supérieurs auprès desquels il dit avoir protesté contre les mauvais traitements infligés aux détenus.

 

Un bouc émissaire, selon ses parents
Charles et Irma Graner, ses parents qui habitent Pittsburgh (Pennsylvanie), avaient dressé à la barre le portrait d'un fils modèle et d'un père de famille dévoué à ses deux enfants.
«Ce n'est pas le monstre pour lequel on a voulu le faire passer. À mes yeux, il reste un héros», a déclaré sa mère. Celle-ci a d'ailleurs réclamé dimanche, après le prononcé de la condamnation, que les supérieurs de son fils soient poursuivis. «Ce sont les supérieurs qui devraient être devant le tribunal. Ils ont laissé les petits se faire (punir) pour eux. Mais en fin de compte , la vérité finira par sortir», a-t-elle dit.
Dans sa plaidoirie, l'avocat de Graner avait déjà affirmé que celui-ci avait agi sur ordres des responsables du renseignement militaire dans la prison irakienne. L'accusation a en revanche affirmé que Graner et les autres militaires impliqués dans le scandale des sévices d'Abou Ghraïb n'avaient pas agi sur ordre mais pour leur propre plaisir. Le procureur Chris Graveline a montré lors du procès plusieurs clichés ainsi qu'une vidéo qui n'avait jamais été rendue publique.
La première classe Lynndie England, avec laquelle Graner a eu un enfant et qui apparaît sur un cliché où elle tient en laisse un prisonnier irakien, devrait être jugée prochainement.
Source : AP, 17 janvier 2005

 

15/01/05 - Les USA ne peuvent détenir infiniment des étrangers inexpulsables
Une nouvelle décision de la Cour suprême US, prise par 7 voix contre 2 et rédigée par le juge Antonon Scalia, établit que les USA ne peuvent maintenir idnéfiniment en détention des étrangers, même s’ils sont jugés crimnels, et qui ne peuvent être renvoyés dans leur pays. Le jugement est intervenu après l’examen du cas de 2 Cubains, Benitez et Martinez, deux “Marielitos”, c’est-à-dire qu’ils faisaient partie des 125 000 Cubains mis en 1980 à bord de bateaux, dont le “Mariel”, et expédiés aux USA par Fidel Castro. Condamnés pour divers délits à des peines qu’ils ont fini de purger, les 2 hommes sont restés en prison, puisque Cuba ne voulait pas les accueillir. Le nombre d’étrangers condamnés à l’expulsion et qui ne peuvent être renvoyés dans leurs pays et sont donc maintenus en détention aux USA est évalué actuellement à 2000. On se demande si, cette fois-ci, le département de la Justice va respecter cette décision de la Cour suprême ou s’il va l’ignorer, tout comme est ignorée depuis 7 mois la décision de la Cour suprême que les détenus de guantanamo ont droit à remettre leur détention en cause devant une juridiction ordinaire.
Source : Human Rights First, 12 janvier 2005

 

Comment la Maison Blanche et le Pentagone légalisent en douce la torture des “terroristes”
La Maison Blanche a fait pression l'an dernier sur les sénateurs pour bloquer l'adoption d'un amendement qui aurait empêché la CIA d'avoir recours à la torture dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, a révélé jeudi le New York Times.
Cette disposition, qui devait être intégrée dans la loi sur la réforme du renseignement, aurait interdit l'usage de la torture ou de traitements inhumains lors des interrogatoires de prisonniers soupçonnés de terrorisme.
Elle aurait aussi obligé la CIA et le Pentagone à rendre compte au Congrès des méthodes utilisées pour interroger les suspects.
Ces points de la réforme étaient sur le point d'être largement approuvés par le Sénat lorsque la Maison Blanche est intervenue auprès des leaders du Congrès. "L'administration a voulu préserver l'option de l'usage de la torture", a estimé sous couvert de l'anonymat un élu démocrate cité par le New York Times.
Parmi les courriers adressés aux sénateurs pour leur demander de ne pas changer les règles entourant les interrogatoires, figurent une lettre de Condoleezza Rice , conseillère pour la sécurité nationale du président George W. Bush, et une autre du Pentagone "appelant fermement" les élus à revoir leur position, ajoute le journal.
Le président Bush a promulgué le 17 décembre la plus grande réforme du secteur du renseignement depuis plus d'un demi-siècle, trois ans après les attentats du 11 septembre 2001.
Source : AFP, 13 janvier 2005

La Maison Blanche défend des méthodes d'interrogatoire musclées

L'administration américaine a reconnu, jeudi 13 janvier, avoir demandé au Congrès d'abandonner un projet de loi visant à limiter le recours à ces méthodes.

La Maison Blanche a reconnu, jeudi 13 janvier, que l'administration du président George W. Bush avait exhorté le Congrès à abandonner un projet de loi visant à maîtriser le recours aux méthodes d'interrogatoire musclées par les services de renseignement américains.
Le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan, a néanmoins précisé que George Bush avait clairement fait part de son opposition à la torture, quelles que soient les circonstances.
"Nous disons clairement que nous n'excusons pas la torture. Le président n'autorisera jamais la torture, et cela s'applique à tout le monde", a-t-il dit.
Le New York Times rapporte jeudi sur son site Internet que des membres du Congrès ont renoncé le mois dernier, à la demande de la Maison Blanche, à une mesure législative imposant aux services de renseignement de nouvelles restrictions à l'usage de méthodes d'interrogatoire extrêmes.
Le Sénat avait pourtant approuvé le texte par 96 voix contre deux dans le cadre d'une réforme de la législation concernant ces services. M. McClellan a reconnu que la Maison Blanche avait envoyé une lettre aux parlementaires en octobre pour expliquer son opposition au projet de loi.
Condoleezza Rice, conseillère de la Maison Blanche pour la sécurité nationale et prochaine secrétaire d'Etat, y justifiait cette opposition par le fait que le projet de loi "accorde aux détenus étrangers une protection légale à laquelle il n'ont pas droit en vertu de la législation applicable".
Le projet de loi interdisait surtout aux agents américains l'usage de la torture ou de traitements inhumains et imposait à la CIA et au Pentagone de remettre au Congrès un rapport sur leurs méthodes, selon l'article du NYT.
Quelques responsables démocrates ont affirmé au journal que l'administration Bush essayait de maintenir une certaine latitude légale pour permettre à la CIA d'avoir recours à des pratiques d'interrogatoire "musclé".
Source : Le Monde, avec Reuters, 13 janvier 2005

 

Al Jazira s'inquiète de la santé du journaliste Tayssir Allouni, détenu en Espagne
La chaîne qatariote Al Jazira a indiqué jeudi qu'elle s'inquiétait de la santé de son journaliste vedette Tayssir Allouni, inculpé en Espagne d'appartenance au réseau terroriste Al Qaïda et placé en novembre 2004 en détention préventive.
"L'état de santé d'Allouni est en train de se détériorer, d'après ce qu'il a dit à son épouse par téléphone (...), il passe 20 heures par jour dans une petite cellule", a affirmé la chaîne satellitaire dans un communiqué.
La chaîne de télévision a indiqué que "l'épouse et l'avocat d'Allouni avaient demandé à ce qu'il puisse avoir accès à un cardiologue, en raison de problèmes cardiaques et de douleurs au dos dont il souffre depuis un certain temps. Ces problèmes s'aggravent et peuvent entraîner des complications".
Le journaliste fait partie d'un groupe de 41 personnes inculpées par le juge espagnol Baltasar Garzon de liens avec Al Qaïda ou d'appartenance à ce réseau terroriste, avec pour certaines -au nombre desquelles ne figure pas le journaliste- une implication directe dans la préparation des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.
Espagnol d'origine syrienne, M. Allouni avait été arrêté une première fois en septembre 2003 à son domicile de Grenade (Andalousie, sud) et remis en liberté un mois plus tard pour raisons de santé.
Il a été arrêté une seconde fois et placé en détention préventive le 19 novembre.
Le journaliste d'Al Jazira s'était rendu célèbre par son interview d'Oussama ben Laden après les attentats du 11 septembre 2001 et sa couverture de la campagne américano-britannique en Afghanistan à l'automne 2001, à partir de Kaboul.
Rappelons qu’un autre collaborateur d’Al Jazira, un caméraman soudanais, est détenu à guantanamo depuis 3 ans.
Source : AFP, 13 janvier 2005

 

« Je me sens bien, j'ai toujours le sourire » : Charles Graner, tortionnaire en chef à Abou Ghraïb
Les responsables des interrogatoires à la prison d'Abou Ghraib disaient régulièrement aux soldates américaines de ridiculiser les détenus irakiens nus et demandaient à la police militaire de les frapper, a affirmé jeudi l'une d'elles devant une cour martiale américaine.
Cette cour réunie sur la base de Fort Hood au Texas (sud) a jugé pendant une semaine le soldat Charles Graner, présenté comme le "meneur" présumé des sévices commis en 2003 à la prison irakienne d'Abou Ghraib. Il risque jusqu'à 17 ans et demi de prison. La cour martiale a chevé ses audiences vendredi. Le jury composé de dix officiers doit maintenant se réunir pour décider du sort du soldat poursuivi pour mauvais traitements sur des prisonniers. Si les deux-tiers des jurés décident que Graner est coupable, il risque une peine de 17 ans et demi de prison.
"Ils voulaient que j'aille dans la douche, montrer du doigt les parties génitales des prisonniers et éclater de rire", a expliqué Megan Ambuhl, une ex-soldate renvoyée de l'armée après avoir plaidé coupable dans le scandale. Cela arrivait "plutôt souvent" et impliquait d'autres femmes soldates, a-t-elle ajouté.
Megan Ambuhl témoignait à la demande des avocats de Graner, 36 ans, qui assurent que leur client suivait à l'époque des faits, fin 2003, les ordres de ses supérieurs.
Une fois, deux responsables ont encouragé Graner "à frapper des détenus", a précisé ce témoin, en reconnaissant qu'âgés d'une vingtaine d'années, ces responsables étaient de grade peu élevé.
Elle a toutefois indiqué n'avoir jamais entendu parler d'ordres pour mettre en pyramide des détenus, les obliger à se masturber ou les tenir en laisse.
Megan Ambuhl a admis avoir eu une liaison avec Graner. Dans un courrier électronique d'avril 2004, cité par l'accusation, elle lui a écrit: "Des études affirment que faire l'amour souvent augmente le risque de cancer. On aurait pu mourir la nuit dernière".
Graner a aussi eu une liaison avec la soldate Lynndie England, autre accusée. Cette dernière a eu récemment un enfant dont il serait le père.
Graner est accusé de mauvais traitements sur des prisonniers. Il a décidé de plaider "non coupable" et de rejeter la responsabilité du scandale sur ses chefs.
La cour martiale doit achever ses travaux vendredi. Les dix membres du jury se réuniront ensuite pour rendre leur verdict.
Graner est le premier militaire américain a être jugé par une cour martiale aux Etats-Unis.
"Je me sens bien, j'ai toujours le sourire", a dit Graner à des journalistes à l'issue de l'audience. Ces derniers jours, il a été décrit par d'anciens prisonniers comme une personne brutale et sadique prenant plaisir à maltraiter les détenus.
L'Armée américaine a toujours affirmé de son côté que les mauvais traitements étaient de la seule initiative des soldats poursuivis par la justice et qu'ils étaient limités à des éléments isolés.
Outre Megan Ambuhl, trois autres soldats américains ont plaidé coupable et ont été condamnés à des peines allant de huit mois à huit ans de prison. Deux autres soldats devraient comparaître à Fort Hood dans les prochains mois tandis que la soldate Lynndie England attend que les autorités militaires décident si elle doit comparaître ou non devant une cour martiale.
Le scandale de la prison d'Abou Ghraib a éclaté au printemps dernier avec la publication dans de nombreux journaux de photos de prisonniers humiliés par des soldats américains. Ces photos montrent notamment des prisonniers nus empilés les uns sur les autres pour former une pyramide humaine ou un homme, également nu, tenu en laisse par une soldate.
Présentant jeudi son rapport annuel sur l'état des droits de l'Homme dans le monde, l'organisation internationale de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) a demandé aux autorités américaines de nommer un procureur spécial chargé d'enquêter sur les cas d'abus à Abou Ghraib. Selon HRW, les sévices à Abou Ghraib constituent l'un des plus flagrants exemples de violation des droits de l'homme en 2004.
Source : AFP, 14 janvier 2005

 

Les avions fantômes du Pentagone, et des disparitions sur ordre
par Christophe Bollyn, American Free Press, www.americanfreepress.net. Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier
[Les articles publiés par les médias consensuels évoquant un mystérieux
aéroplane utilisé pour transporter des individus vers des pays tiers à des
fins de torture et d'interrogatoires ont fait l'impasse sur les graves
questions juridiques que soulèvent ces « extraditions extrajudiciaires ».]
On constate depuis quelque temps une floraison d'articles, dans la presse
américaine, au sujet d'un avion de la flottille exécutive, utilisé par «
diverses agences de renseignement américaines » afin de transporter des «
suspects de terrorisme » arrêtés vers des pays tiers, à des fins d'
interrogatoires pouvant recourir à la torture. Toutefois, les médias
consensuels omettent dans une grande mesure des détails fondamentaux sur ces
« extraditions extrajudiciaires », pratique initiée par l'administration
Clinton, qui ignore les questions juridiques qu'elle soulève.
Le quotidien britannique Sunday Times a évoqué l'avion mystérieux, du type
Gulfstream 5, le 14 novembre de l'année dernière, indiquant qu'il avait
obtenu les documents de vol de 300 trajets, montrant « les mouvements du
Gulfstream 5 autorisés par des agents du département américain à la Défense
et à la CIA. »
D'après ce journal, les documents de vol montrent que les Etats-Unis ont
utilisé cet avion afin de transporter des « prisonniers » vers « des pays
caractérisés par l'état lamentable des droits de l'homme », où ils ont été
remis aux autorités à des fins de « tortures par procuration. »
Au cours des deux années écoulées, l'avion, qui décolle « toujours » de
Washington, D.C., « a pris 49 destinations différentes en dehors des
Etats-Unis, y inclus le camp de détention de Guantanamo Bay, à Cuba, et d'
autres bases militaires américaines. » L'Egypte, la Jordanie, le Maroc, l'
Afghanistan et l'Uzbékistan figurent au palmarès de destinations étrangères
de l' « avion de torture », enregistré sous le numéro N379P.
Le Gulfstream s'est posé au moins sept fois en Ouzbékistan, une dictature
alliée des Etats-Unis dans la « guerre anti-terroriste », et où, écrit le
Times, « la police secrète est tristement célèbre pour ses méthodes d'
interrogatoire ; il a même été fait état de prisonniers que l'on ferait
bouillir. »
« J'ai eu à connaître de nombreux cas de viol, en présence de membres de la
famille de la victime, aux fins de leur soutirer des informations », a
récemment déclaré Craig Murray, ancien ambassadeur britannique en
Ouzbékistan, sur une chaîne de télévision suédoise. « J'ai des photos d'un
corps », a-t-il poursuivi : « Ces clichés montrent qu'à l'évidence, la
personne a été bouillie jusqu'à ce que mort s'ensuive. »
Murray a indiqué que des agents américains ont envoyé des « suspects de
terrorisme » d'Afghanistan en Ouzbékistan afin qu'ils y soient interrogés au
moyen de la torture. Murray a été récemment viré de son poste, après qu'il
eut envoyé un mémo à ministre britannique des Affaires étrangères Jack
Straw, message dans lequel il indiquait que le chef du poste CIA à Tashkent
avait « reconnu que la torture est employée afin d'obtenir du
renseignement. »
Les quotidiens Washington Post, Boston Globe et Chicago Tribune ont tous
fait état de l'avion de torture, mais ils se sont focalisés sur les
pavillons de complaisance sous lesquels l'avion est enregistré, plutôt que
sur les crimes extrêmement graves dans lesquels il a joué un rôle évident.


La Swedish Connection

Le plus gros de l'information sur les « vols de torture » proviennent d'un
journaliste suédois, Fredrik Laurin, qui a produit quatre émissions
télévisées au sujet du kidnapping et de la « disparition sur ordonnance » de
deux Egyptiens résidant en Suède, en décembre 2001.
Le premier des quatre épisodes de l'émission « Kalla Fakta » (La froideur
des faits), au sujet de la « disparition sur ordonnance » des deux Egyptiens
Ahmed Agiza (39 ans) et Muhammad Al-Zery (33 ans) a été programmé par la
télévision suédoise le 17 mars 2004, et on peut le regarder on-line. On ne
trouve toutefois nulle trace des détails les plus importants de ces
enlèvements dans la presse états-unienne.
Le 18 décembre 2001, dans l'après-midi, Ahmed Agiza a été arrêté par la
police alors qu'il rentrait chez lui, après son cours de suédois, dans la
ville de Karlstad (Ouest de la Suède). Son épouse et ses cinq enfants l'
attendaient chez lui.
Au même moment, à Stockholm, le service suédois de sécurité, SÄPO,
interpellait Al-Zery sur son lieu de travail.
Après quoi, les deux Egyptiens furent emmenés à l'aéroport Bromma de
Stockholm.

14/01/05 - Ni excuses ni indemnités pour Mamdouh Habib
Le Premier ministre libéral australien John Howard et son ministre de la Justice Philip Ruddock ont été très clairs, dès que la nouvelle de la prochaine libération de Madouh Habib a été rendue publique : pas question de présenter des excuses ni de payer des indemnités à cet homme de 48 ans, cahuffeur de taxi et père de 4 enfants, qui a passé 2 ans et demi en détention à guantanamo, après six mois dans les prisons égyptiennes, où il avait été déposée par les services US qui l'avaient kidnappé en Aghanistan. prisons dans lesquelles il a été torturé. Bien que ces hauts responsables aient proclamé qu'il n'y aurait pas de poursuites judiciiaires contre Habib à son retour dans la patrie des kangourous, ils ont déclaré qu'il ferait l'objet d'une surveillance étroite. Le pentagone a pour sa part affrmé que Habib avait entraîné aux arts martiaux certains des pirates du 11 septembre 2001, mais sans jamais en apporter la moindre preuve. L'avocat de Habib a cependant déjà engagé une procédure judiciaire pour demander des dommages et intérêts, tant aux USA qu'à l'Australie. La déclaration péremptoire de John Howard ne préjuge en rien de l'attitude qu'adoptera la justice australienne, qui est tout de même, du moins en théorie, indépendante du pouvoir exécutif. Le combat judiciaire de Mamdouh habib, comme celui des autres détenus libérés, ne fait que commencer et sera long.
Source : Big News Network.com, 13 janvier 2004

 

Torturés, humiliés, ils crient justice. Quatre Britanniques détenus à guantanamo rentrent en Angleterre : n'oublions pas ceux qui restent !
par Brent Mickum, The Guardian, 13 janvier 2005. Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier

George Brent Mickum IV est un important juriste du cabinet Keller and Heckman de Washington, et il est le conseil américain auprès des résidents en Grande-Bretagne Bisher Al Rawi et Jamil Al Banna, ainsi que du citoyen britannique Martin Mubanga, tous trois détenus à guantanamo.

Un cagnard implacable et l'éclat des gravillons blancs, sur le sol du camp Echo de Guantanamo Bay, m'empêchent presque de voir le petit enclos où Bisher al-Rawi est assis à une petite table de camping. Deux marines m'ont escorté jusqu'à son baraquement. Bisher et son ami (lequel est aussi mon autre client), le Palestinien Jamil Al Banna, figurent au nombre d'une demi-douzaine de résidents du Royaume-Uni qui ne seront pas relâchés avec les quatre Britanniques retenus aussi à Guantanamo. Bisher (38 ans) est né en Iraq, où son père avait été arrêté et torturé par le régime (déchu) de Saddam Husseïn. Sa famille s'est enfuie en Grande-Bretagne, où elle a obtenu un permis de séjour définitif. Il a vécu vingt-deux ans à Londres. Mais s'il est relâché, les États-Unis ont l'intention de le rapatrier en Iraq. Et le gouvernement britannique, pourtant responsable de son arrestation, n'a pas l'intention d'intervenir en sa faveur. Petit, maigrichon, Bisher porte un survêtement orange trop grand pour lui, qui le rend encore plus chétif. Sa barbe fournie et noire, mesurant plusieurs pouces, encadre son visage, dans toutes les directions. Bisher se lève, non sans difficulté : ses pieds sont entravés, à la cheville, par une chaîne fixée à un anneau de fer coulé dans le béton. Il a les mains étroitement menottées devant lui, et attachées à une chaîne qui lui entoure la taille. Il saisit ma main dans ses deux mains, et il ne lui donne qu'un seul mouvement, vers le haut, puis le bas : il ne veut plus me la lâcher. Son sourire est franc : « Comme je suis heureux de vous voir !», me dit-il. Je demande au policier militaire de desserrer ses liens. Après discussion, ses mains sont détachées, mais ses pieds doivent rester « sécurisés ». Les victoires se mesurent à la moindre petite avancée. Je suis le premier civil non officiel que Bisher ait été autorisé à voir, après plus de deux années d'emprisonnement. Dans trois pays différents ! A la suite d'une décision de la Cour suprême des États-Unis, en juin dernier, donnant aux prisonniers le droit de faire appel auprès d'un tribunal fédéral, j'ai commencé à travailler avec le Centre pour les Droits Constitutionnels basé à New York afin de défendre Bisher, Jamil Al Banna et le citoyen britannique Martin Mubanga, qui va bientôt être élargi. Bien que Bisher ne m'ait jamais rencontré, il doit me désigner comme son avocat, avant la fin de notre rencontre, en signant un formulaire préparé par les militaires. S'il ne le fait pas, l'armée refusera de considérer que je suis son conseil. Les règles présidant à la désignation d'un avocat par le plaignant sont ainsi faites. Bisher lève les yeux sur moi, puis ses sourcils se soulèvent imperceptiblement. « Par quoi dois-je commencer ?», me demande-t-il. « Je suppose que vous avez un tas de choses à me dire », lui dis-je, à mon tour. Bisher renverse la tête, puis il éclate de rire : « Oh oui ! Pour sûr : un tas de choses ! » A côté de nous ; la cellule où Bisher est maintenu isolé, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, quand il n'est pas soumis à interrogatoire ou en train de me parler. Elle mesure deux mètres sur trois.

 

 

13/01/05 - Desmond Tutu : «inacceptable et lamentable »
C'est par ces termes que l'archevêque sud-africain Desmond Tutu qualifie la détention sans jugement des otages de guantanamo. « Lorsque l'Afrique du Sud pratiquait la détention sans jugement, le monde entier la critiquait à juste titre. Si c'état inacceptable de la part de lAfrique du sud, comme est-ce que ça peut l'être de la part de la Grande-Bretagne et des USA ? » Le vétéran de la lutte anti-apartheid, tout en se réjouissant de l'annonce de la libération de 4 détenus britanniques de guantanamo, a réclamé la liberation de tous les autres détenus (540) ainsi que celle des détenus sans inculpation en Grande-Bretagne (12), se disant opposé à « toute détention arbitraire, ou que ce soit, y compris en Grande-Bretagne. »
Source : BBC News, 12 janvier 2005

 

Un article de Khalid Al Odah, père de Fawzi Al Odah, détenu à Guantánamo, fondateur du Comité des familles des 12 prisonniers koweïtiens de guantanamo

 

Tous les matins, j'ouvre le journal avec une appréhension tenace qui, ces derniers temps, s'est révélée plus que justifiée. Les gros titres égrènent des informations faisant état ou confirmant atteintes aux droits humains et actes de torture régulièrement perpétrés à la base navale américaine de Guantánamo Bay, à Cuba. Mon fils, Fawzi Khaled Abdullah Fahad al Odah, y est détenu sans raison depuis fin 2001.
Notre seule consolation est que ces révélations auront sans doute une grande incidence sur les démarches visant à garantir une procédure régulière à Fawzi et à tous les prisonniers détenus par les États-Unis à Cuba. Comme Fawzi, ces jeunes hommes sont maintenus en détention sans bénéficier du droit d'être jugés que la législation américaine accorde aux criminels accusés, ni des garanties que les Conventions de Genève offrent aux prisonniers de guerre.
Le Kuwaiti Family Committee (Comité des familles koweïtiennes), que j'ai fondé en janvier 2002 afin d'obtenir une procédure régulière pour les 12 Koweïtiens détenus à Guantánamo, jouit du soutien d'Amnistie internationale, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), de Human Rights Watch et du Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations unies. Ces institutions nous apportent un appui solide et g&e