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La galaxie guantanamo

11/12/04 - David Hicks témoigne sous serment de sévices et mauvais traitements
Des prisonniers détenus sur la base US de guantanamo à Cuba ont été frappés alors qu'ils étaient menottés et les yeux bandés, terrorisés par des chiens d'attaque et forcés de prendre des médicaments, a rapporté le détenu australien David Hicks dans une déclaration écrite sous serment rendue publique jeudi.
David Hicks, 29 ans, était l'un des premiers prisonniers à arriver dans la base en janvier 2002. Il fait partie des quatre détenus à avoir été officiellement inculpés, sur 550 prisonniers que les USA accusent de liens avec l'ancien régime des talibans en Afghanistan ou le réseau Al Qaïda. Il doit comparaître en mars devant une commission militaire.
"A un moment, un groupe de détenus, parmi lesquels je me trouvais, a été soumis à des coups aveugles huit heures durant alors que nous étions menottés et les yeux bandés", écrit David Hicks dans une déclaration sous serment réalisée en août et diffusée jeudi par ses avocats. "J'ai été giflé, j'ai reçu des coups de poing et j'ai été frappé avec des objets dont des crosses de fusil. J'ai aussi reçu des coups de pied".
La diffusion de cette déclaration intervient la semaine même de la publication de plusieurs documents qui témoignent que des agents du FBI envoyés à guantanamo avaient signalé au gouvernement US des mauvais traitements et sévices dès le début de l'installation du centre de détention. Une lettre écrite par un haut responsable du Département de la Justice, que l'Associated Press a pu se procurer, laisse entendre que le Pentagone n'a pas donné suite aux plaintes du FBI.
Le gouvernement US a toujours assuré que les détenus de guantanamo étaient traités dans le respect des conventions de Genève, tout en soutenant que ces conventions ne s'appliquaient pas à eux, puisqu'ils ne sont pas "prisonniers de guerre² mais "combattants ennemis étrangers".
Source : AP, 10 décembre 2004

 

10/12/04 - Un Syrien et un Egyptien interpellés dans l'enquête sur les attentats du 11 mars à Madrid
La police espagnole a fait deux nouvelles arrestations en relation avec les attentats du 11 mars qui avaient fait 191 morts à Madrid, a confirmé un porte-parole judiciaire, jeudi.
Selon ce porte-parole, Adman Waki, un Syrien âgé de 28 ans, Ahmed Ibrahim Kassem, un Egyptien de 27 ans, ont été interpellés mercredi à Irun près de la frontière franco-espagnole sur commission rogatoire délivrée par le juge Juan del Olmo chargé de l'enquête.
Selon les autorités, les deux hommes seraient retenus pour leurs liens présumés avec les auteurs des attentats du 11 mars qui s'étaient donné la mort en se faisant exploser dans un appartement de la banlieu madrilène où ils s'étaient retranchés le 3 avril alors que la police s'apprêtait à les arrêter.
Selon les médias espagnols, le Syrien interpellé à Irun aurait utilisé la même carte de téléphone prépayée que celle utilisée par le cerveau présumé de ces attentats, un Tunisien dénommé Serhane Ben Abdelmajiçd Fakhet. Ce Tunisien fait partie des sept suspects qui se sont suicidés le 3 avril.
Mardi, les autorités espagnoles avaient annoncé que l'Italie leur avait remis l'Egyptien Rabei Osman Ahmed, considéré comme suspect dans l'enquête sur les attentats de Madrid. L'homme appelé "Mohammed l'Egyptien" a été livré à la police espagnole, qui l'a transféré à Madrid en début de soirée.
Osman Ahmed avait été arrêté en juin à Milan sur mandat d'arrêt international lancé par le juge espagnol Juan Del Olmo.
Jusqu'à présent, 17 personnes ont été incarcérées dans le cadre de l'enquête sur les attentats de Madrid attribués à des militants islamistes qui pourraient être liés au réseau terroriste d'Al-Qaïda.
Source : AP, 9 décembre 2004

 

09/12/04 - Extradé d’Italie, “Mohamed l’Égyptien” inculpé à Madrid
L'un des principaux suspects dans l'affaire des attentats à la bombe du 11 mars à Madrid, Rabeï Osman Saëd Ahmed, alias "Mohamed l'Egyptien", a été inculpé du meurtre des 191 victimes de ces attentats atribués à des islamistes radicaux.
Le prévenu avait été transféré dans la nuit d'Italie, où il avait été arrêté à Milan en juin et écroué.
Il devrait être interrogé dès le début de la semaine prochaine par le juge Juan del Olmo, qui dirige l'enquête sur les attentats du 11 mars. Ce magistrat a déjà formellement inculpé une trentaine de suspects, pour la part d'origine maghrébine.
Les enquêteurs espagnols le soupçonnent d'avoir joué un rôle-clé dans les attentats aux côtés d'un Tunisien et d'un Syrien qui se sont fait sauter dans la banlieue madrilène de Leganes lorsque leur cache avait été cernée par la police le 3 avril.
Source : Reuters, 8 décembre 2004

 

08/12/04 - Un agent du FBI rapporte des mauvais traitements infligés à des prisonniers de guantanamo
Des agents du FBI ont été témoins d'interrogatoires "très agressifs" et de mauvais traitements infligés à des prisonniers détenus à guantanamo à partir de 2002, soit plus d'un an avant le scandale de la prison irakienne d'Abou Ghraib, selon un courrier rédigé par un responsable de la lutte anti-terroriste du bureau de renseignements US.
Dans cette lettre, que s'est procurée l'Associated Press (AP), l'agent du FBI Thomas Harrington, qui a dirigé une mission d'enquête à guantanamo, relate plusieurs incidents.
Lors d'un interrogatoire, un agent du FBI a ainsi vu femme saisir les parties génitales d'un prisonnier et lui tordre les pouces. Un autre agent a également vu des interrogateurs utiliser un chien pour effrayer un détenu. Celui-ci a ensuite été placé en isolement pendant trois mois et montrait les signes d'un "traumatisme psychologique extrême" à sa sortie.
Enfin, un Marine a déclaré à un observateur du FBI que certains prisonniers ont achevé leur interrogatoire "recroquevillés en position foetale au sol, à crier de douleur".
L'agent Thomas Harrington a envoyé ce courrier, daté du 14 juillet 2004, au général Donald Ryder, responsable des enquêtes sur des mauvais traitements infligés dans des prisons US en Afghanistan, en Iraq ou à guantanamo.
Selon lui, des responsables du FBI se sont plaint de l'existence de mauvais traitements aux avocats du département US de la Défense en janvier 2003, mais il semble que rien n'ait été fait.
Trois des quatre exemples d'abus relatés dans la lettre se sont produits sous le commandement du général Geoffrey Miller, qui a dirigé la prison de guantanamo d'octobre 2002 à mars 2004, avant de partir officier à la prison d'Abou Ghraib, en banlieue de Bagdad. Le général Miller a été réassigné au Pentagone depuis le mois dernier.
Aucune des personnes citées dans la lettre ne travaille encore à guantanamo, selon un porte-parole de la base, et il est difficile de savoir si des mesures disciplinaires ont été prises. Le courrier n'identifie les interrogateurs militaires que par leur nom et leur grade, et cite un civil.
Source : AP, 7 décembre 2004

 

Le procès de cinq Marocains ex-détenus de guantanamo reporté au 20 décembre
La chambre criminelle de la cour d'appel de Rabat a décidé lundi le report au 20 décembre du procès de cinq Marocains détenus pendant plus de deux ans sur la base US de guantanamo.
Le report a été demandé par les avocats des cinq inculpés pour mieux préparer leur défense. Au terme de plus de trois heures de débats parfois houleux avec le président du tribunal, ils n'ont en revanche pas obtenu la liberté provisoire réclamée pour leurs clients.
Parmi les cinq Marocains arrêtés fin 2001 au Pakistan et en Afghanistan figure Abdellah Tabarak, 49 ans, soupçonné d'avoir été l'un des gardes du corps d'Oussama ben Laden au Soudan et en Afghanistan.
Vêtu d'une djellaba sombre, arborant une longue barbe poivre et sel, Tabarak est resté impassible tout au long de l'audience.
Les cinq détenus avaient été remis aux autorités marocaines à la fin du mois de juillet, après un séjour de deux ans et huit mois sur la base US de guantanamo. Ils comparaissent pour "atteinte à la sûreté de l'Etat" et "appartenance à une bande criminelle".
La justice marocaine leur reproche notamment d'avoir participé à des stages d'entraînement au maniement des armes et à la fabrication d'explosifs.
Il leur est également reproché de ne pas avoir dénoncé l'appartenance de ressortissants marocains au GICM (Groupe islamiste combattant marocain), un groupe radical qui vise à la création d'un Etat islamiste au Maroc.
Source : AP, 6 décembre 2004


Des détenus d'Al Qaïda jugés en secret en Iran

L'Iran a annoncé mardi avoir jugé et condamné les membres d'Al-Qaïda qu'il détient, dans un total secret qui risque de conforter les accusations américaines de complaisance, voire de soutien au terrorisme.
"Les peines ont été prononcées", a déclaré un porte-parole de la justice de Téhéran. Mais ce porte-parole parlant sous couvert de l'anonymat a refusé de s'exprimer sur des questions aussi cruciales que les peines prononcées et contre qui, alors que certains membres éminents du réseau terroriste pourraient être dans les prisons iraniennes.
"Les jugements seront rendus publics quand les obstacles légaux à cette annonce seront levés", a-t-il affirmé. "Tous les dossiers des membres d'Al-Qaïda arrêtés en Iran ont été traités par un juge spécial (...) et les jugements ont été prononcés conformément à la loi islamique", avait dit la veille le chef de l'autorité judiciaire à Téhéran, Abbas Ali Alizadeh, cité par l'agence semi-officielle Fars. Lui non plus n'était pas entré dans le détail, se contentant de dire que les jugements étaient "nombreux". Personne n'avait annoncé auparavant l'ouverture de procès. La République islamique entretient une opacité profonde sur l'identité de ces détenus ou le lien de leur rétention.
Les noms de Saad ben Laden, l'un des fils d'Oussama ben Laden, déchu de sa nationalité saoudienne, de l'Egyptien Saïf Al-Adel, numéro trois présumé d'Al-Qaïda, et de Souleimane Abou Ghaïth, porte-parole d'Al-Qaïda, un Koweïtien également déchu de sa nationalité, ont été les plus communément avancés. Il a aussi été question de la présence au moins provisoire en Iran de l'Egyptien Ayman Al-Zawahiri, bras droit d'Oussama Ben Laden. Le sujet est éminemment délicat pour l'Iran, constamment accusé par les Etats-Unis de soutenir Al-Qaïda, une des incriminations qui lui ont valu de se retrouver sur "l'axe du mal".
Il s'en défend âprement, mais son refus obstiné à dévoiler les identités et à coopérer avec les Etats-Unis a entretenu la suspicion américaine. Confronté aux mises en cause, l'Iran n'a reconnu que progressivement en 2003 avoir arrêté des centaines de membres du réseau depuis l'automne 2001 et l'attaque américaine en Afghanistan. Le chiffre de 500 a été énoncé par des officiels. L'Iran a aussi reconnu que, s'il avait extradé la plupart d'entre eux vers leur pays d'origine (par exemple le haut responsable Khaled ben Odeh ben Mohammed al-Harbi à l'Arabie saoudite), il en détenait toujours un certain nombre, dont des figures éminentes. Les Affaires étrangères ont cependant nuancé récemment en parlant seulement d'hommes "de rang intermédiaire".
En juillet, le rapport de la commission d'enquête parlementaire américaine sur les attentats du 11 septembre a suggéré que "8 à 10 des 14 Saoudiens (qui ont détourné les avions) ont traversé l'Iran entre octobre 2000 et février 2001". Le rapport estime que les autorités iraniennes ont fermé les yeux sur leur passage, voire qu'elles l'ont facilité. Les Américains ont aussi dit avoir intercepté des communications indiquant que les attentats qui avaient fait 35 morts, dont plusieurs Américains, le 12 mai 2003 à Ryad, avaient été dirigés d'Iran par des membres d'Al-Qaïda.
Ces informations avaient mis fin à la reprise d'un dialogue informel entre Téhéran et Washington. L'Iran fait valoir contre les accusations américaines qu'il a lui-même été victime d'Al-Qaïda et des talibans, dont l'islamisme intégriste sunnite est incompatible avec sa propre vision chiite de l'islam et contre lesquels il a soutenu et armé l'Alliance du Nord du commandant Massoud. Il a condamné les attaques du 11 septembre. Il a rapporté l'an dernier pour la première fois avoir déjoué des attentats sur son sol. Il objecte aussi la difficulté à contrôler ses immenses frontières. Et il accuse en retour les Américains de donner refuge en Irak aux Moudjahidine du peuple, opposition armée au régime islamique.
Source : AFP, 7 décembre 2004

 

06/12/04 - Nouvelles photos de tortures de prisonniers iraquiens
Le général Mark Kimmitt, haut responsable du commandement central US, a estimé samedi que les nouvelles photos montrant d'apparents sévices imposés à des prisonniers iraquiens pouvaient être un "instrument" de désinformation visant à ternir encore l'image des forces américaines.
L'ancien porte-parole de l'armée US en Irak -à l'époque du scandale de la prison d'Abou Ghraïb- s'exprimait dans un entretien à la chaîne panarabe Al Jazira au lendemain de l'ouverture d'une enquête criminelle au sein de l'US Army.
Les clichés, découverts par l'Associated Press sur un site Internet, avaient été mis en ligne par une femme dont le mari les aurait ramenés d'Iraq. On y voit des SEALs, les commandos de Marine US, assis sur des détenus cagoulés et menottés, ou encore des prisonniers iraquiens ensanglantés, l'un ayant un pistolet sur la tempe.
Pour le général Kimmitt, ces photos sont le reflet des agissements d'une minorité d'individus au sein des forces armées US. Du reste, a-t-il fait valoir, l'enquête menée depuis des mois sur l'affaire d'Abou Ghraïb a fait apparaître le nombre extrêmement limité des militaires impliqués dans ces mauvais traitements.
"Ces photos posent nombre de questions importantes au sujet du traitement des prisonniers de guerre et détenus", a pour sa part indiqué vendredi le commandant Jeff Bender, porte-parole du commandement naval spécial de guerre à Coronado, en Californie. "Je peux vous assurer que cette question fera l'objet d'une enquête approfondie."
Source : AP, 4 décembre 2004

Les militaires US accusés d'Abou Ghraïb : des "boucs émissaires"
Deux gardes militaires impliqués dans le scandale de la prison d'Abou Ghraïb en Irak étaient de bons soldats entraînés dans un engrenage face à une hiérarchie confuse et dans un environnement chaotique, ont plaidé leurs avocats au début des audiences préliminaires samedi 4 décembre.
Les défenseurs du sergent Javal Davis et l'officier Sabrina Harman ont fait état d'une rupture du commandement à Abou Ghraïb. Selon eux, leurs clients servent de boucs émissaires pour les échecs d'un système qui remontent aux plus hauts niveaux de la hiérarchie militaire et de l'administration Bush.
Ce même système a également rendu possible d'infliger des sévices à des prisonniers afin de leur soutirer des renseignements, ont-ils ajouté.
Les avocats de Davis ont obtenu la convocation à la barre de Janis Karpinski, le brigadier général qui était responsable d'Abou Ghraïb. Ils espèrent que son témoignage confirmera la désorganisation de la prison et le manque d'entraînement adéquat des gardes.
Davis encourt huit ans de prison pour mauvais traitements infligés à des détenus, manquement au devoir et agression de prisonniers. Il est notamment accusé d'avoir écrasé les orteils et les doigts de prisonniers irakiens dénudés et regroupés dans une pyramide humaine.
Les accusations à l'encontre de Sabrina Harman n'ont pas encore été arrêtées, mais il sera probablement question d'indécence et de mauvais traitements infligés à des prisonniers.
Sabrina Harman est la femme posant sur l'une des fameuses photos aux côtés du caporal Charles Graner derrière une pile de prisonniers irakiens dénudés. Graner sera entendu lundi lors d'une audience préliminaire dans la même base militaire texane.
Au total, sept membres de la police militaire et un responsable des services de renseignements ont été inculpés dans cette affaire. En novembre, l'armée US a annoncé le transfert de trois cours martiales d'Iraq vers les USA, sans motiver cette décision.
Graner est soupçonné d'être l'instigateur des sévices. Il était présent lors des audiences préliminaires de ses anciens collègues en Iraq.
Le procès de Graner démarrera probablement autour du 7 janvier, celui de Davis le 2 février et celui de Sabrina Harman le 30 mars.
Le scandale avait éclaté en avril avec la publication de photos montrant des soldats US humiliant des prisonniers dénudés.
En novembre, l'armée avait annoncé que le première classe Megan Ambuhl avait plaidé coupable de manquement au devoir et avait été dispensée de prison. Deux autres soldats de la même compagnie ont également reconnu leur culpabilité, dont le sergent Ivan "Chip" Frederick et le réserviste Jeremy Sivits.
Le "spécialiste", Armin Cruz, chargé de services de renseignement militaires, avait plaidé coupable en septembre de mauvais traitement de détenus et condamné à huit mois de prison.
Le dernier membre de la 372e compagnie de police militaire à être poursuivi est la soldate Lynndie England, qui a récemment donné naissance à un garçon dont le père pourrait être Graner.
Sur les photos, Lynndie England tenait un prisonnier en laisse et montrait du doigt les parties génitales d'un prisonnier. Elle sera jugée en janvier à Fort Bragg, en Caroline du Nord.
Source : Reuters, 5 décembre 2004

04/12/04 - La vieille dame suisse peut aussi être une "combattante ennemie"
La scène se passe dans un tribunal de Washington, le mercredi 1er décembre 2004. Le tribunal examine la plainte des avocats de 54 détenus de guantanamo qui remettent en cause leur détention. La juge Joyce Hens Green pose cette question hypothétique à l'avocat du département de la Justice Brian Boyle : « Est-ce qu'une petite vieille dame en Suisse qui donnerait de l'argent pour un orphelinat en Afghanistan sans savoir que cet argent est destiné à Al Qaïda pourrait être considérée comme une combattante ennemie ? » Réponse imperturbable de l'avocat : «Oui, Votre Honneur. » La juge a eu une mimique exprimant son scepticisme...
Commentaire de Barbara Olshansky, du Centre pour les droits constitutionnels de New York : « Si selon cette définition d'un combattant ennemi, une grand-mère suisse qui a donné de l'argent à une oeuvre caritative peut être détenue indéfniment à guantanamo, alors quiconque agit d'une manière non-intentionnelle mais qui est suspecte aux yeux du gouvernement risque de perdre sa liberté. »
Source : Al Jazira, 2 décembre 2004

 

Reed Brody : "les crimes commis dans les lieux de détention américains à l'étranger continuent à être très répandus"
Quatre questions à Reed Brody, conseiller juridique de l'ONG Human Rights Watch, à l'occasion de l'audience en cour martiale de la soldate Lyndie England impliquée dans le scandale des tortures sur les prisonniers d'Abou Ghraïb.


Pouvez-vous faire le point sur les procédures judiciaires en cours aux USA suite au scandale d'Abou Ghraïb ?

Peu après la sortie des photos d'Abu Grahib, le Président Bush a promis que « les criminels seront jugés ». Les photos ont été suivies de révélations démontrant que l'utilisation de méthodes illégales et coercitives sur des détenus lors d'interrogatoires a été approuvée au plus haut niveau du gouvernement, et prouvant que les abus commis sur les détenus étaient très répandus en Irak et en Afghanistan. Cependant, en réalité seuls les criminels se trouvant au bout de la chaîne décisionnaire ont été jugés. En effet, les Etats-Unis continuent de faire ce que les dictatures et les républiques bananières font à travers le monde : ils rejettent la responsabilité sur les plus petits. Jusqu'à ce jour, sept soldats de l'armée américaine ont été inculpés, dont deux ont été jugés et condamnés, dans cette affaire d'abus de prisonniers irakiens à Abu Ghraib. Aucun officier plus gradé qu'un sergent n'a été inculpé. Aucune enquête n'a été menée sur des dirigeants civils du Pentagone ou de la CIA. Le monde entier attend toujours de voir comment les Etats-Unis vont traiter ces crimes.


Depuis ce scandale, l'emploi de la torture a-t-il disparu ? L'US Army a-t-elle commis d'autres crimes ?

La situation en elle-même s'est certainement améliorée à Abu Ghraib, en raison de l'énorme publicité. Cependant, les crimes commis dans les lieux de détention américains à l'étranger continuent à être très répandus. Aucune pratique n'a autant fondamentalement défié les principes des Etats-Unis et du Droit international que la détention arbitraire de suspects d'Al Qaida dans des « endroits tenus secrets » et qui ne sont rien d'autres que des « disparitions ».


Quels crimes contre l'humanité peut-on imputer à la guérilla irakienne ?

Le fait que des rebelles armés prennent pour cible des civils en Irak est une violation sévère et injustifiable des principes les plus fondamentaux de l'humanité. Prendre des personnes en otage est le crime le plus grave qui peut être commis en temps de guerre. La prise d'otage des deux journalistes français par un groupe rebelle irakien constitue un crime de guerre.


Aux USA, où en sont les défenseurs des Droits de l'Homme ? Quelle audience rencontrent-ils sur des sujets comme Abou Ghraïb ou Guantanamo ?

L'opinion publique américaine a été choquée par les photos prises à Abou Ghraib. Mais le fait que John Kerry n'ait jamais évoqué Abou Ghraib ou Guantanamo pendant la campagne présidentielle, a cependant fait que ces questions ont été un peu oubliées, ce qui a rendu notre travail plus difficile. Les américains soutiennent les mesures fortes prises dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme », mais restent très dérangés par l'utilisation de la torture.
Source : fr.news.yahoo.com, 2 décembre 2004

 

 

03/12/04 - Abou Ghraïb : « Tout le monde était au courant »
Les sévices contre les prisonniers d'Abou Ghraïb et d'autres prisons US en Iraq étaient de toute évidence un secret de Polichinelle dans l'armée et dans les services de renseignement US. Nouvel indice : un rapport dont le Washington Post a pu se procurer une copie a été remis au commandement US par le colonel en retraite Stuart A. Herrington en décembre 2003, soit un mois avant la publication des photos qui déclenchèrent le scandale. Selon ce rapport, les méthodes d'interrogatoire utilisées par la CIA et les militaires couraient le risque d'être considérées comme "techniquement" illégales. Le rapport révélait notamment qu'un groupe d'élite comprenant des agents de la CIA se livrait à des sévices contre des détenus dans un lieu gardé secret en Iraq. À la question posée par le colonel auteur du rapport de savoir si les abus avaient été rapportés aux supérieurs, un officier avait répondu : « Tout le monde est au courant de ça ».
Malgré le rapport du général Taguba incriminant le haut commandement dans ces pratiques, seuls sept lampistes de la police militaire et un soldat des services de renseignement ont été à ce jour inculpés pour ces pratiques illégales.
Source : Reuters, 1er décembre 2004

 

Un Pakistanais avait inventé un "complot terroriste" pour étayer sa demande d'asile aux USA
Tanveer Choudhry est un Pakistanais de 32 ans qui a demandé l'asile aux USA. Pour étayer sa demande d'asile, il n'a rien trouvé de mieux que d'inventer un complot terroriste. Il avait ainsi déclaré au FBI qu'un client palestinien de la station-essence de Brooklyn où il travaillait avait tenté de le recruter pour une opération visant à faire sauter le pont de Verrazano Narrows à l'aide de camions-citernes. Mercredi, devant un tribunal de New York, Choudhry a reconnu avoir inventé l'histoire. Il risque maintenant six mois de prison et la déportation au Pakistan.
Source : AP, 1er décembre 2004

 

02/12/04 - Un ministre britannique critique l'illégalité de guantanamo
Lord Charles Falconer, secrétaire d'État britannique pour les Affaires constitutionnelles, vient de déclarer que le statut des détenus de guantanamo était " totalement inacceptable". Il a salué la décision de la Cour suprême US, selon laquelle les détenus avaient le droit de remettre leur détention en cause devant une juridiction civile.
Source : Reuters, 1er décembre 2004

 

430 détenus ont vu leur statut examiné
Les "tribunaux d'examen du statut" des détenus de guantanamo ont à ce jour examiné les dossiers de 430 détenus et ont confirmé le "statut de combattants ennemis" pour 161 d'entre eux. Lundi 29 novembre, le "tribunal" a ordonné le maintien en détention de 17 nouveaux détenus. À ce jour, seul un détenu pakistanais a été libéré suite à la décision du "tribunal".
Source : AP, 30 novembre 2004

 

Journée d'action pour les 5 détenus du "guantanamo canadien"
Le 10 décembre prochain aura lieu une journée nationale d'action contre les procès secrets au Canada, à l'initiative de 3 organisations : la Campaign to Stop Secret Trials in Canada (Toronto), la Coalition Justice pour Adil (Montréal) et le Committee for Justice for Mohamed Harkat (Ottawa). L'enjeu de cette journée est la situation de cinq prisonniers musulmans, détenus depuis des périodes allant de 18 mois à plus de 4 ans sur la base de "preuves secrètes" et à ce jour toujours non inculpés. Il s'agit de Mohamed Mahjoub (détenu depuis juin 2000); Mahmoud Jaballah (détenu depuis août 2001); Hassan Almrei (détenu depuis octobre 2001); Mohamed Harkat (détenu depuis décembre 2002) et d'Adil Charkaoui (détenu depuis mai 2003).
Objectifs de la journée d'action : remise en liberté des détenus ou possibilité d'un jugement public et équitable; non à la déportation; abolition du processus de certificat de sécurité pour procès secret; arrêt du harcèlement de personnes d'origine arabe, moyen-orientale, sud-asiatique et/ou de confession musulmane.
Pour en savoir plus, aller à www.zerra.net/freemohamed, www.homesnotbombs.ca, www.adilinfo.org.
Contact : tasc@web.ca ou (416) 651-5800

 

 

01/12/04 - La Croix-Rouge a constaté le recours à des formes de torture à Guantanamo Bay

Dans un rapport remis à l'administration Bush, l'organisation met en cause le rôle des médecins.

Le comité international de la Croix-Rouge (CICR) accuserait les Etats-Unis d'utiliser, dans le camp de prisonniers de Guantanamo Bay, à Cuba, des mesures de coercition psychologique et parfois physique "équivalentes à la torture", dans un rapport remis en juillet aux autorités américaines.
Ce rapport, dont la confidentialité est la contrepartie de l'accès aux prisonniers dont bénéficie la Croix-Rouge, a été rédigé après une visite effectuée au mois de juin par les représentants de l'organisation humanitaire dans la prison de la base navale américaine. Il a été transmis aux juristes de la Maison Blanche, du Pentagone, du département d'Etat et au commandant du camp, le général Jay Hood. Ses conclusions sont citées dans une note interne à l'administration, dont le New York Times a eu connaissance et dont il publie, mardi 30 novembre, les principaux extraits.
Selon le quotidien, le personnel médical de Guantanamo Bay aurait participé activement à la conduite des interrogatoires en communiquant aux interrogateurs des informations relatives à la santé mentale et aux points vulnérables des détenus. Ces informations médicales et psychologiques seraient, le plus souvent, recueillies par une équipe de sciences du comportement (BSCT), surnommée équipe Biscuit, et composée de psychologues et de spécialistes de la pression psychologique. Les dossiers médicaux des détenus seraient "littéralement ouverts" aux interrogateurs. La conséquence de cette "apparente intégration de l'accès au volet médical dans le système de coercition" est que les prisonniers n'ont plus confiance dans les médecins.


"Un système intentionnel"

Les représentants de la Croix-Rouge disent avoir trouvé, lors de leur visite, un système destiné à briser la volonté des détenus et à les rendre entièrement dépendants de leurs interrogateurs à travers "des actes humiliants, l'isolement, des températures extrêmes et l'usage de positions forcées". Ils jugent que les méthodes employées étaient nettement "plus perfectionnées et répressives" que ce dont ils avaient eu connaissance lors de visites précédentes. "La construction d'un tel système, dont l'objectif déclaré est la récolte de renseignements, ne peut être considéré autrement que comme un système intentionnel de traitement cruel, inhabituel et dégradant et une forme de torture", résume le rapport.
La mission de la Croix-Rouge affirme qu'outre l'exposition à des bruits ou de la musique très puissants et persistants, ou au froid prolongé, les prisonniers étaient parfois battus. Le New York Times indique avoir recueilli au mois d'octobre, indépendamment du rapport de la Croix-Rouge, des témoignages d'agents du renseignement et de militaires sur l'usage, de manière chronique, de pratiques "hautement abusives". L'une d'elle consiste à soumettre un prisonnier, en sous-vêtements, maintenu assis et pieds et mains entravés, à une lumière stroboscopique et à une violente musique de rap ou de rock diffusée par deux haut-parleurs rapprochés et à une climatisation poussée à fond.
Présent en permanence dans la base jusqu'en juillet 2002, le CICR envoie, depuis, des missions pour inspecter les conditions de vie au camp Delta, principal bâtiment de la prison militaire. Ce serait la première fois que la Croix-Rouge affirmerait en des termes aussi vigoureux que les pratiques physiques et psychologiques en vigueur à Guantanamo Bay s'apparentent à la torture. Le présent rapport fait référence à un précédant mémoire, datant de janvier 2003, demeuré secret, dans lequel la Croix-Rouge s'interrogeait sur un éventuel usage de "torture psychologique".


Vif débat interne

Selon le New York Times, les conclusions de la mission, et en particulier l'implication de personnels médicaux, auraient soulevé un vif débat à la direction de la Croix-Rouge, une partie de ses dirigeants souhaitant que la préoccupation de l'organisation soit rendue publique ou qu'à tout le moins, elle affronte vivement l'administration américaine.
Mardi matin, à Genève, les responsables du Comité international de la Croix-Rouge étaient réunis en urgence pour décider comment réagir à l'article du New York Times. Ils devaient publier un communiqué en milieu de journée.
Source : Le Monde, 1er décembre 2004

 

Des avocats allemands portent plainte contre Donald Rumsfeld pour crimes de guerre et torture à Abou Ghraïb
Un collectif d'avocats a annoncé mardi à Berlin avoir déposé une plainte devant la justice allemande contre le secrétaire d'Etat américain à la Défense Donald Rumsfeld et d'autres responsables américains pour crimes de guerre et torture dans le cadre des sévices de la prison d'Abou Ghraïb.
Cette plainte déposée auprès du Parquet fédéral allemand s'appuie sur "le principe du droit universel", explique dans un communiqué le collectif d'avocats internationaux. "Il est possible en Allemagne de poursuivre de manière universelle les violations du droit international commises dans la monde entier", selon le code pénal allemand, argumente le collectif, qui représente des avocats du Center for Constitutionnal Rights (CCR), basé à New York, et de l'Association des avocates et avocats républicains, basé à Berlin.
La plainte contre crimes de guerre et torture vise Rumsfeld, mais aussi George Tenet, ancien directeur de la CIA, le général Ricardo Sanchez, ancien chef des forces US en Iraq, ainsi que "sept autres fonctionnaires du gouvernement et de l'armée américains".
Elle est déposée au nom de "cinq victimes iraquiennes de mauvais traitement et de torture" lorsqu'ils se trouvaient en détention américaine, poursuit le communiqué.
La plainte, un document de 160 pages, évoque "le chemin fatal qui a mené du 11 septembre 2001 à Abou Ghraib", ajoutent les avocats. Le dossier montre "comment les méthodes d'interrogatoire de l'armée US a été exportée de guantanamo en Iraq".
Enfin, notent les avocats, si des soldats US sont actuellement poursuivis par la justice US, "rien ne permet de prévoir" qu'une enquête soit à terme ouverte contre leurs supérieurs. "Il est clair que le gouvernement US ne veut pas ouvrir une enquête contre ces responsables au sujet de ces allégations", a déclaré Michael Ratner, président du CCR.
Source : AFP, 30 novembre 2004

 

Fin de l'enquête française sur les complices de Richard Reid, alias «Shoe Bomber»
Les juges d'instruction antiterroristes ont notifié récemment la fin de leur enquête sur un réseau de soutiens présumés en France à Richard Reid, le Britannique accusé d'avoir voulu faire exploser le vol Paris-Miami en décembre 2001. Le 22 décembre 2001, à bord d'un Boeing 767 d'American Airlines reliant Paris à Miami, Richard Reid, surnommé «Shoe Bomber» («l'homme aux chaussures piégées») avait tenté, pour la première fois dans l'histoire du terrorisme, de faire exploser une charge dissimulée dans sa chaussure. Une heure et demi après le décollage de l'aéroport parisien de Roissy- Charles- de-Gaulle, il avait été maîtrisé par des membres d'équipage après avoir tenté maladroitement de mettre le feu à ses chaussures avec une allumette.
Quatre personnes sont mises en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, dont le Pakistanais Ghulam Mustafa Rama, 64 ans, président de «Chemin droit», une association caritative musulmane. L'enquête, initialement ouverte sur les soutiens à Richard Reid, a surtout permis de mettre au jour une filière de recrutement pakistanaise de combattants islamistes. Ghulam Mustafa Rama avait déclaré avoir vu deux Français, Hakim Mokhfi et Hassan Al-Cheguer, en compagnie de Richard Reid, ce qu'ils nient.
Les deux Français ont pour leur part affirmé avoir été «recrutés» par Rama, un partisan du jihad qui rentrait du Pakistan au moment de sa première interpellation en avril 2001. Les deux Français auraient, par son entremise, séjourné en septembre 2001 dans un camp d'entraînement au Cachemire pakistanais, tenu par un mouvement proche d'Al-Qaeda, le Lashkar-e-Taiba.
La quatrième personne mise en examen dans le dossier est un imam de la mosquée Ali, dans le Xème arrondissement de Paris, qui a reconnu que Richard Reid avait été hébergé dans l'une des pièces de la mosquée.
Source : AFP, 30 novembre 2004