11/12/04
- David Hicks témoigne sous serment de sévices et mauvais
traitements
Des prisonniers détenus sur la base US de guantanamo à
Cuba ont été frappés alors qu'ils étaient
menottés et les yeux bandés, terrorisés par des
chiens d'attaque et forcés de prendre des médicaments,
a rapporté le détenu australien David Hicks dans une
déclaration écrite sous serment rendue publique jeudi.
David Hicks, 29 ans, était l'un des premiers prisonniers à
arriver dans la base en janvier 2002. Il fait partie des quatre détenus
à avoir été officiellement inculpés, sur
550 prisonniers que les USA accusent de liens avec l'ancien régime
des talibans en Afghanistan ou le réseau Al Qaïda. Il
doit comparaître en mars devant une commission militaire.
"A un moment, un groupe de détenus, parmi lesquels je
me trouvais, a été soumis à des coups aveugles
huit heures durant alors que nous étions menottés et
les yeux bandés", écrit David Hicks dans une déclaration
sous serment réalisée en août et diffusée
jeudi par ses avocats. "J'ai été giflé,
j'ai reçu des coups de poing et j'ai été frappé
avec des objets dont des crosses de fusil. J'ai aussi reçu
des coups de pied".
La diffusion de cette déclaration intervient la semaine même
de la publication de plusieurs documents qui témoignent que
des agents du FBI envoyés à guantanamo avaient signalé
au gouvernement US des mauvais traitements et sévices dès
le début de l'installation du centre de détention. Une
lettre écrite par un haut responsable du Département
de la Justice, que l'Associated Press a pu se procurer, laisse entendre
que le Pentagone n'a pas donné suite aux plaintes du FBI.
Le gouvernement US a toujours assuré que les détenus
de guantanamo étaient traités dans le respect des conventions
de Genève, tout en soutenant que ces conventions ne s'appliquaient
pas à eux, puisqu'ils ne sont pas "prisonniers de guerre²
mais "combattants ennemis étrangers".
Source : AP, 10 décembre 2004
10/12/04
- Un Syrien et un Egyptien interpellés dans l'enquête
sur les attentats du 11 mars à Madrid
La police espagnole a fait deux nouvelles arrestations en relation
avec les attentats du 11 mars qui avaient fait 191 morts à
Madrid, a confirmé un porte-parole judiciaire, jeudi.
Selon ce porte-parole, Adman Waki, un Syrien âgé de 28
ans, Ahmed Ibrahim Kassem, un Egyptien de 27 ans, ont été
interpellés mercredi à Irun près de la frontière
franco-espagnole sur commission rogatoire délivrée par
le juge Juan del Olmo chargé de l'enquête.
Selon les autorités, les deux hommes seraient retenus pour
leurs liens présumés avec les auteurs des attentats
du 11 mars qui s'étaient donné la mort en se faisant
exploser dans un appartement de la banlieu madrilène où
ils s'étaient retranchés le 3 avril alors que la police
s'apprêtait à les arrêter.
Selon les médias espagnols, le Syrien interpellé à
Irun aurait utilisé la même carte de téléphone
prépayée que celle utilisée par le cerveau présumé
de ces attentats, un Tunisien dénommé Serhane Ben Abdelmajiçd
Fakhet. Ce Tunisien fait partie des sept suspects qui se sont suicidés
le 3 avril.
Mardi, les autorités espagnoles avaient annoncé que
l'Italie leur avait remis l'Egyptien Rabei Osman Ahmed, considéré
comme suspect dans l'enquête sur les attentats de Madrid. L'homme
appelé "Mohammed l'Egyptien" a été
livré à la police espagnole, qui l'a transféré
à Madrid en début de soirée.
Osman Ahmed avait été arrêté en juin à
Milan sur mandat d'arrêt international lancé par le juge
espagnol Juan Del Olmo.
Jusqu'à présent, 17 personnes ont été
incarcérées dans le cadre de l'enquête sur les
attentats de Madrid attribués à des militants islamistes
qui pourraient être liés au réseau terroriste
d'Al-Qaïda.
Source : AP, 9 décembre 2004
09/12/04
- Extradé d’Italie, “Mohamed l’Égyptien”
inculpé à Madrid
L'un des principaux suspects dans l'affaire des attentats à
la bombe du 11 mars à Madrid, Rabeï Osman Saëd Ahmed,
alias "Mohamed l'Egyptien", a été inculpé
du meurtre des 191 victimes de ces attentats atribués à
des islamistes radicaux.
Le prévenu avait été transféré
dans la nuit d'Italie, où il avait été arrêté
à Milan en juin et écroué.
Il devrait être interrogé dès le début
de la semaine prochaine par le juge Juan del Olmo, qui dirige l'enquête
sur les attentats du 11 mars. Ce magistrat a déjà formellement
inculpé une trentaine de suspects, pour la part d'origine maghrébine.
Les enquêteurs espagnols le soupçonnent d'avoir joué
un rôle-clé dans les attentats aux côtés
d'un Tunisien et d'un Syrien qui se sont fait sauter dans la banlieue
madrilène de Leganes lorsque leur cache avait été
cernée par la police le 3 avril.
Source : Reuters, 8 décembre 2004
08/12/04
- Un agent du FBI rapporte des mauvais traitements infligés
à des prisonniers de guantanamo
Des agents du FBI ont été témoins d'interrogatoires
"très agressifs" et de mauvais traitements infligés
à des prisonniers détenus à guantanamo à
partir de 2002, soit plus d'un an avant le scandale de la prison irakienne
d'Abou Ghraib, selon un courrier rédigé par un responsable
de la lutte anti-terroriste du bureau de renseignements US.
Dans cette lettre, que s'est procurée l'Associated Press (AP),
l'agent du FBI Thomas Harrington, qui a dirigé une mission
d'enquête à guantanamo, relate plusieurs incidents.
Lors d'un interrogatoire, un agent du FBI a ainsi vu femme saisir
les parties génitales d'un prisonnier et lui tordre les pouces.
Un autre agent a également vu des interrogateurs utiliser un
chien pour effrayer un détenu. Celui-ci a ensuite été
placé en isolement pendant trois mois et montrait les signes
d'un "traumatisme psychologique extrême" à
sa sortie.
Enfin, un Marine a déclaré à un observateur du
FBI que certains prisonniers ont achevé leur interrogatoire
"recroquevillés en position foetale au sol, à crier
de douleur".
L'agent Thomas Harrington a envoyé ce courrier, daté
du 14 juillet 2004, au général Donald Ryder, responsable
des enquêtes sur des mauvais traitements infligés dans
des prisons US en Afghanistan, en Iraq ou à guantanamo.
Selon lui, des responsables du FBI se sont plaint de l'existence de
mauvais traitements aux avocats du département US de la Défense
en janvier 2003, mais il semble que rien n'ait été fait.
Trois des quatre exemples d'abus relatés dans la lettre se
sont produits sous le commandement du général Geoffrey
Miller, qui a dirigé la prison de guantanamo d'octobre 2002
à mars 2004, avant de partir officier à la prison d'Abou
Ghraib, en banlieue de Bagdad. Le général Miller a été
réassigné au Pentagone depuis le mois dernier.
Aucune des personnes citées dans la lettre ne travaille encore
à guantanamo, selon un porte-parole de la base, et il est difficile
de savoir si des mesures disciplinaires ont été prises.
Le courrier n'identifie les interrogateurs militaires que par leur
nom et leur grade, et cite un civil.
Source : AP, 7 décembre 2004
Le
procès de cinq Marocains ex-détenus de guantanamo reporté
au 20 décembre
La chambre criminelle de la cour d'appel de Rabat a décidé
lundi le report au 20 décembre du procès de cinq Marocains
détenus pendant plus de deux ans sur la base US de guantanamo.
Le report a été demandé par les avocats des cinq
inculpés pour mieux préparer leur défense. Au
terme de plus de trois heures de débats parfois houleux avec
le président du tribunal, ils n'ont en revanche pas obtenu
la liberté provisoire réclamée pour leurs clients.
Parmi les cinq Marocains arrêtés fin 2001 au Pakistan
et en Afghanistan figure Abdellah Tabarak, 49 ans, soupçonné
d'avoir été l'un des gardes du corps d'Oussama ben Laden
au Soudan et en Afghanistan.
Vêtu d'une djellaba sombre, arborant une longue barbe poivre
et sel, Tabarak est resté impassible tout au long de l'audience.
Les cinq détenus avaient été remis aux autorités
marocaines à la fin du mois de juillet, après un séjour
de deux ans et huit mois sur la base US de guantanamo. Ils comparaissent
pour "atteinte à la sûreté de l'Etat"
et "appartenance à une bande criminelle".
La justice marocaine leur reproche notamment d'avoir participé
à des stages d'entraînement au maniement des armes et
à la fabrication d'explosifs.
Il leur est également reproché de ne pas avoir dénoncé
l'appartenance de ressortissants marocains au GICM (Groupe islamiste
combattant marocain), un groupe radical qui vise à la création
d'un Etat islamiste au Maroc.
Source : AP, 6 décembre 2004
Des détenus d'Al Qaïda jugés en secret
en Iran
L'Iran
a annoncé mardi avoir jugé et condamné les membres
d'Al-Qaïda qu'il détient, dans un total secret qui risque
de conforter les accusations américaines de complaisance, voire
de soutien au terrorisme.
"Les peines ont été prononcées", a
déclaré un porte-parole de la justice de Téhéran.
Mais ce porte-parole parlant sous couvert de l'anonymat a refusé
de s'exprimer sur des questions aussi cruciales que les peines prononcées
et contre qui, alors que certains membres éminents du réseau
terroriste pourraient être dans les prisons iraniennes.
"Les jugements seront rendus publics quand les obstacles légaux
à cette annonce seront levés", a-t-il affirmé.
"Tous les dossiers des membres d'Al-Qaïda arrêtés
en Iran ont été traités par un juge spécial
(...) et les jugements ont été prononcés conformément
à la loi islamique", avait dit la veille le chef de l'autorité
judiciaire à Téhéran, Abbas Ali Alizadeh, cité
par l'agence semi-officielle Fars. Lui non plus n'était pas
entré dans le détail, se contentant de dire que les
jugements étaient "nombreux". Personne n'avait annoncé
auparavant l'ouverture de procès. La République islamique
entretient une opacité profonde sur l'identité de ces
détenus ou le lien de leur rétention.
Les noms de Saad ben Laden, l'un des fils d'Oussama ben Laden, déchu
de sa nationalité saoudienne, de l'Egyptien Saïf Al-Adel,
numéro trois présumé d'Al-Qaïda, et de Souleimane
Abou Ghaïth, porte-parole d'Al-Qaïda, un Koweïtien
également déchu de sa nationalité, ont été
les plus communément avancés. Il a aussi été
question de la présence au moins provisoire en Iran de l'Egyptien
Ayman Al-Zawahiri, bras droit d'Oussama Ben Laden. Le sujet est éminemment
délicat pour l'Iran, constamment accusé par les Etats-Unis
de soutenir Al-Qaïda, une des incriminations qui lui ont valu
de se retrouver sur "l'axe du mal".
Il s'en défend âprement, mais son refus obstiné
à dévoiler les identités et à coopérer
avec les Etats-Unis a entretenu la suspicion américaine. Confronté
aux mises en cause, l'Iran n'a reconnu que progressivement en 2003
avoir arrêté des centaines de membres du réseau
depuis l'automne 2001 et l'attaque américaine en Afghanistan.
Le chiffre de 500 a été énoncé par des
officiels. L'Iran a aussi reconnu que, s'il avait extradé la
plupart d'entre eux vers leur pays d'origine (par exemple le haut
responsable Khaled ben Odeh ben Mohammed al-Harbi à l'Arabie
saoudite), il en détenait toujours un certain nombre, dont
des figures éminentes. Les Affaires étrangères
ont cependant nuancé récemment en parlant seulement
d'hommes "de rang intermédiaire".
En juillet, le rapport de la commission d'enquête parlementaire
américaine sur les attentats du 11 septembre a suggéré
que "8 à 10 des 14 Saoudiens (qui ont détourné
les avions) ont traversé l'Iran entre octobre 2000 et février
2001". Le rapport estime que les autorités iraniennes
ont fermé les yeux sur leur passage, voire qu'elles l'ont facilité.
Les Américains ont aussi dit avoir intercepté des communications
indiquant que les attentats qui avaient fait 35 morts, dont plusieurs
Américains, le 12 mai 2003 à Ryad, avaient été
dirigés d'Iran par des membres d'Al-Qaïda.
Ces informations avaient mis fin à la reprise d'un dialogue
informel entre Téhéran et Washington. L'Iran fait valoir
contre les accusations américaines qu'il a lui-même été
victime d'Al-Qaïda et des talibans, dont l'islamisme intégriste
sunnite est incompatible avec sa propre vision chiite de l'islam et
contre lesquels il a soutenu et armé l'Alliance du Nord du
commandant Massoud. Il a condamné les attaques du 11 septembre.
Il a rapporté l'an dernier pour la première fois avoir
déjoué des attentats sur son sol. Il objecte aussi la
difficulté à contrôler ses immenses frontières.
Et il accuse en retour les Américains de donner refuge en Irak
aux Moudjahidine du peuple, opposition armée au régime
islamique.
Source : AFP, 7 décembre 2004
06/12/04
- Nouvelles photos de tortures de prisonniers iraquiens
Le général Mark Kimmitt, haut responsable du commandement
central US, a estimé samedi que les nouvelles photos montrant
d'apparents sévices imposés à des prisonniers
iraquiens pouvaient être un "instrument" de désinformation
visant à ternir encore l'image des forces américaines.
L'ancien porte-parole de l'armée US en Irak -à l'époque
du scandale de la prison d'Abou Ghraïb- s'exprimait dans un entretien
à la chaîne panarabe Al Jazira au lendemain de l'ouverture
d'une enquête criminelle au sein de l'US Army.
Les clichés, découverts par l'Associated Press sur un
site Internet, avaient été mis en ligne par une femme
dont le mari les aurait ramenés d'Iraq. On y voit des SEALs,
les commandos de Marine US, assis sur des détenus cagoulés
et menottés, ou encore des prisonniers iraquiens ensanglantés,
l'un ayant un pistolet sur la tempe.
Pour le général Kimmitt, ces photos sont le reflet des
agissements d'une minorité d'individus au sein des forces armées
US. Du reste, a-t-il fait valoir, l'enquête menée depuis
des mois sur l'affaire d'Abou Ghraïb a fait apparaître
le nombre extrêmement limité des militaires impliqués
dans ces mauvais traitements.
"Ces photos posent nombre de questions importantes au sujet du
traitement des prisonniers de guerre et détenus", a pour
sa part indiqué vendredi le commandant Jeff Bender, porte-parole
du commandement naval spécial de guerre à Coronado,
en Californie. "Je peux vous assurer que cette question fera
l'objet d'une enquête approfondie."
Source : AP, 4 décembre 2004
Les
militaires US accusés d'Abou Ghraïb : des "boucs
émissaires"
Deux gardes militaires impliqués dans le scandale de la prison
d'Abou Ghraïb en Irak étaient de bons soldats entraînés
dans un engrenage face à une hiérarchie confuse et dans
un environnement chaotique, ont plaidé leurs avocats au début
des audiences préliminaires samedi 4 décembre.
Les défenseurs du sergent Javal Davis et l'officier Sabrina
Harman ont fait état d'une rupture du commandement à
Abou Ghraïb. Selon eux, leurs clients servent de boucs émissaires
pour les échecs d'un système qui remontent aux plus
hauts niveaux de la hiérarchie militaire et de l'administration
Bush.
Ce même système a également rendu possible d'infliger
des sévices à des prisonniers afin de leur soutirer
des renseignements, ont-ils ajouté.
Les avocats de Davis ont obtenu la convocation à la barre de
Janis Karpinski, le brigadier général qui était
responsable d'Abou Ghraïb. Ils espèrent que son témoignage
confirmera la désorganisation de la prison et le manque d'entraînement
adéquat des gardes.
Davis encourt huit ans de prison pour mauvais traitements infligés
à des détenus, manquement au devoir et agression de
prisonniers. Il est notamment accusé d'avoir écrasé
les orteils et les doigts de prisonniers irakiens dénudés
et regroupés dans une pyramide humaine.
Les accusations à l'encontre de Sabrina Harman n'ont pas encore
été arrêtées, mais il sera probablement
question d'indécence et de mauvais traitements infligés
à des prisonniers.
Sabrina Harman est la femme posant sur l'une des fameuses photos aux
côtés du caporal Charles Graner derrière une pile
de prisonniers irakiens dénudés. Graner sera entendu
lundi lors d'une audience préliminaire dans la même base
militaire texane.
Au total, sept membres de la police militaire et un responsable des
services de renseignements ont été inculpés dans
cette affaire. En novembre, l'armée US a annoncé le
transfert de trois cours martiales d'Iraq vers les USA, sans motiver
cette décision.
Graner est soupçonné d'être l'instigateur des
sévices. Il était présent lors des audiences
préliminaires de ses anciens collègues en Iraq.
Le procès de Graner démarrera probablement autour du
7 janvier, celui de Davis le 2 février et celui de Sabrina
Harman le 30 mars.
Le scandale avait éclaté en avril avec la publication
de photos montrant des soldats US humiliant des prisonniers dénudés.
En novembre, l'armée avait annoncé que le première
classe Megan Ambuhl avait plaidé coupable de manquement au
devoir et avait été dispensée de prison. Deux
autres soldats de la même compagnie ont également reconnu
leur culpabilité, dont le sergent Ivan "Chip" Frederick
et le réserviste Jeremy Sivits.
Le "spécialiste", Armin Cruz, chargé de services
de renseignement militaires, avait plaidé coupable en septembre
de mauvais traitement de détenus et condamné à
huit mois de prison.
Le dernier membre de la 372e compagnie de police militaire à
être poursuivi est la soldate Lynndie England, qui a récemment
donné naissance à un garçon dont le père
pourrait être Graner.
Sur les photos, Lynndie England tenait un prisonnier en laisse et
montrait du doigt les parties génitales d'un prisonnier. Elle
sera jugée en janvier à Fort Bragg, en Caroline du Nord.
Source : Reuters, 5 décembre 2004
04/12/04 - La
vieille dame suisse peut aussi être une "combattante ennemie"
La scène se passe dans un tribunal de Washington, le mercredi
1er décembre 2004. Le tribunal examine la plainte des avocats
de 54 détenus de guantanamo qui remettent en cause leur détention.
La juge Joyce Hens Green pose cette question hypothétique à
l'avocat du département de la Justice Brian Boyle : «
Est-ce qu'une petite vieille dame en Suisse qui donnerait de l'argent
pour un orphelinat en Afghanistan sans savoir que cet argent est destiné
à Al Qaïda pourrait être considérée
comme une combattante ennemie ? » Réponse imperturbable
de l'avocat : «Oui, Votre Honneur. » La juge a eu une
mimique exprimant son scepticisme...
Commentaire de Barbara Olshansky, du Centre pour les droits constitutionnels
de New York : « Si selon cette définition d'un combattant
ennemi, une grand-mère suisse qui a donné de l'argent
à une oeuvre caritative peut être détenue indéfniment
à guantanamo, alors quiconque agit d'une manière non-intentionnelle
mais qui est suspecte aux yeux du gouvernement risque de perdre sa
liberté. »
Source : Al Jazira, 2 décembre 2004
Reed
Brody : "les crimes commis dans les lieux de détention américains
à l'étranger continuent à être très
répandus"
Quatre questions à Reed Brody, conseiller juridique de l'ONG
Human Rights Watch, à l'occasion de l'audience en cour martiale
de la soldate Lyndie England impliquée dans le scandale des tortures
sur les prisonniers d'Abou Ghraïb.
Pouvez-vous faire le point sur les procédures judiciaires en
cours aux USA suite au scandale d'Abou Ghraïb ?
Peu après
la sortie des photos d'Abu Grahib, le Président Bush a promis
que « les criminels seront jugés ». Les photos ont
été suivies de révélations démontrant
que l'utilisation de méthodes illégales et coercitives
sur des détenus lors d'interrogatoires a été approuvée
au plus haut niveau du gouvernement, et prouvant que les abus commis
sur les détenus étaient très répandus en
Irak et en Afghanistan. Cependant, en réalité seuls les
criminels se trouvant au bout de la chaîne décisionnaire
ont été jugés. En effet, les Etats-Unis continuent
de faire ce que les dictatures et les républiques bananières
font à travers le monde : ils rejettent la responsabilité
sur les plus petits. Jusqu'à ce jour, sept soldats de l'armée
américaine ont été inculpés, dont deux ont
été jugés et condamnés, dans cette affaire
d'abus de prisonniers irakiens à Abu Ghraib. Aucun officier plus
gradé qu'un sergent n'a été inculpé. Aucune
enquête n'a été menée sur des dirigeants
civils du Pentagone ou de la CIA. Le monde entier attend toujours de
voir comment les Etats-Unis vont traiter ces crimes.
Depuis ce scandale, l'emploi de la torture a-t-il disparu ? L'US Army
a-t-elle commis d'autres crimes ?
La situation
en elle-même s'est certainement améliorée à
Abu Ghraib, en raison de l'énorme publicité. Cependant,
les crimes commis dans les lieux de détention américains
à l'étranger continuent à être très
répandus. Aucune pratique n'a autant fondamentalement défié
les principes des Etats-Unis et du Droit international que la détention
arbitraire de suspects d'Al Qaida dans des « endroits tenus secrets
» et qui ne sont rien d'autres que des « disparitions ».
Quels crimes contre l'humanité peut-on imputer à la guérilla
irakienne ?
Le fait
que des rebelles armés prennent pour cible des civils en Irak
est une violation sévère et injustifiable des principes
les plus fondamentaux de l'humanité. Prendre des personnes en
otage est le crime le plus grave qui peut être commis en temps
de guerre. La prise d'otage des deux journalistes français par
un groupe rebelle irakien constitue un crime de guerre.
Aux USA, où en sont les défenseurs des Droits de l'Homme
? Quelle audience rencontrent-ils sur des sujets comme Abou Ghraïb
ou Guantanamo ?
L'opinion
publique américaine a été choquée par les
photos prises à Abou Ghraib. Mais le fait que John Kerry n'ait
jamais évoqué Abou Ghraib ou Guantanamo pendant la campagne
présidentielle, a cependant fait que ces questions ont été
un peu oubliées, ce qui a rendu notre travail plus difficile.
Les américains soutiennent les mesures fortes prises dans le
cadre de la « guerre contre le terrorisme », mais restent
très dérangés par l'utilisation de la torture.
Source : fr.news.yahoo.com, 2 décembre 2004
03/12/04
- Abou Ghraïb : « Tout le monde était au courant »
Les sévices contre les prisonniers d'Abou Ghraïb et d'autres
prisons US en Iraq étaient de toute évidence un secret
de Polichinelle dans l'armée et dans les services de renseignement
US. Nouvel indice : un rapport dont le Washington Post a pu se procurer
une copie a été remis au commandement US par le colonel
en retraite Stuart A. Herrington en décembre 2003, soit un mois
avant la publication des photos qui déclenchèrent le scandale.
Selon ce rapport, les méthodes d'interrogatoire utilisées
par la CIA et les militaires couraient le risque d'être considérées
comme "techniquement" illégales. Le rapport révélait
notamment qu'un groupe d'élite comprenant des agents de la CIA
se livrait à des sévices contre des détenus dans
un lieu gardé secret en Iraq. À la question posée
par le colonel auteur du rapport de savoir si les abus avaient été
rapportés aux supérieurs, un officier avait répondu
: « Tout le monde est au courant de ça ».
Malgré le rapport du général Taguba incriminant
le haut commandement dans ces pratiques, seuls sept lampistes de la
police militaire et un soldat des services de renseignement ont été
à ce jour inculpés pour ces pratiques illégales.
Source : Reuters, 1er décembre 2004
Un
Pakistanais avait inventé un "complot terroriste" pour étayer
sa demande d'asile aux USA
Tanveer Choudhry est un Pakistanais de 32 ans qui a demandé l'asile
aux USA. Pour étayer sa demande d'asile, il n'a rien trouvé
de mieux que d'inventer un complot terroriste. Il avait ainsi déclaré
au FBI qu'un client palestinien de la station-essence de Brooklyn où
il travaillait avait tenté de le recruter pour une opération
visant à faire sauter le pont de Verrazano Narrows à l'aide
de camions-citernes. Mercredi, devant un tribunal de New York, Choudhry
a reconnu avoir inventé l'histoire. Il risque maintenant six
mois de prison et la déportation au Pakistan.
Source : AP, 1er décembre 2004
02/12/04
- Un ministre britannique critique l'illégalité de guantanamo
Lord Charles Falconer, secrétaire d'État britannique pour
les Affaires constitutionnelles, vient de déclarer que le statut
des détenus de guantanamo était " totalement inacceptable".
Il a salué la décision de la Cour suprême US, selon
laquelle les détenus avaient le droit de remettre leur détention
en cause devant une juridiction civile.
Source : Reuters, 1er décembre 2004
430
détenus ont vu leur statut examiné
Les "tribunaux d'examen du statut" des détenus de guantanamo
ont à ce jour examiné les dossiers de 430 détenus
et ont confirmé le "statut de combattants ennemis" pour 161 d'entre
eux. Lundi 29 novembre, le "tribunal" a ordonné le maintien en
détention de 17 nouveaux détenus. À ce jour, seul
un détenu pakistanais a été libéré
suite à la décision du "tribunal".
Source : AP, 30 novembre 2004
Journée
d'action pour les 5 détenus du "guantanamo canadien"
Le 10 décembre prochain aura lieu une journée nationale
d'action contre les procès secrets au Canada, à l'initiative
de 3 organisations : la Campaign to Stop Secret Trials in Canada (Toronto),
la Coalition Justice pour Adil (Montréal) et le Committee for
Justice for Mohamed Harkat (Ottawa). L'enjeu de cette journée
est la situation de cinq prisonniers musulmans, détenus depuis
des périodes allant de 18 mois à plus de 4 ans sur la
base de "preuves secrètes" et à ce jour toujours non inculpés.
Il s'agit de Mohamed Mahjoub (détenu depuis juin 2000); Mahmoud
Jaballah (détenu depuis août 2001); Hassan Almrei (détenu
depuis octobre 2001); Mohamed Harkat (détenu depuis décembre
2002) et d'Adil Charkaoui (détenu depuis mai 2003).
Objectifs de la journée d'action : remise en liberté des
détenus ou possibilité d'un jugement public et équitable;
non à la déportation; abolition du processus de certificat
de sécurité pour procès secret; arrêt du
harcèlement de personnes d'origine arabe, moyen-orientale, sud-asiatique
et/ou de confession musulmane.
Pour en savoir plus, aller à www.zerra.net/freemohamed, www.homesnotbombs.ca,
www.adilinfo.org.
Contact : tasc@web.ca ou (416) 651-5800
01/12/04
- La Croix-Rouge a constaté le recours à des formes de
torture à Guantanamo Bay
Dans un
rapport remis à l'administration Bush, l'organisation met en
cause le rôle des médecins.
Le comité
international de la Croix-Rouge (CICR) accuserait les Etats-Unis d'utiliser,
dans le camp de prisonniers de Guantanamo Bay, à Cuba, des mesures
de coercition psychologique et parfois physique "équivalentes
à la torture", dans un rapport remis en juillet aux autorités
américaines.
Ce rapport, dont la confidentialité est la contrepartie de l'accès
aux prisonniers dont bénéficie la Croix-Rouge, a été
rédigé après une visite effectuée au mois
de juin par les représentants de l'organisation humanitaire dans
la prison de la base navale américaine. Il a été
transmis aux juristes de la Maison Blanche, du Pentagone, du département
d'Etat et au commandant du camp, le général Jay Hood.
Ses conclusions sont citées dans une note interne à l'administration,
dont le New York Times a eu connaissance et dont il publie, mardi 30
novembre, les principaux extraits.
Selon le quotidien, le personnel médical de Guantanamo Bay aurait
participé activement à la conduite des interrogatoires
en communiquant aux interrogateurs des informations relatives à
la santé mentale et aux points vulnérables des détenus.
Ces informations médicales et psychologiques seraient, le plus
souvent, recueillies par une équipe de sciences du comportement
(BSCT), surnommée équipe Biscuit, et composée de
psychologues et de spécialistes de la pression psychologique.
Les dossiers médicaux des détenus seraient "littéralement
ouverts" aux interrogateurs. La conséquence de cette "apparente
intégration de l'accès au volet médical dans le
système de coercition" est que les prisonniers n'ont plus
confiance dans les médecins.
"Un système intentionnel"
Les représentants
de la Croix-Rouge disent avoir trouvé, lors de leur visite, un
système destiné à briser la volonté des
détenus et à les rendre entièrement dépendants
de leurs interrogateurs à travers "des actes humiliants,
l'isolement, des températures extrêmes et l'usage de positions
forcées". Ils jugent que les méthodes employées
étaient nettement "plus perfectionnées et répressives"
que ce dont ils avaient eu connaissance lors de visites précédentes.
"La construction d'un tel système, dont l'objectif déclaré
est la récolte de renseignements, ne peut être considéré
autrement que comme un système intentionnel de traitement cruel,
inhabituel et dégradant et une forme de torture", résume
le rapport.
La mission de la Croix-Rouge affirme qu'outre l'exposition à
des bruits ou de la musique très puissants et persistants, ou
au froid prolongé, les prisonniers étaient parfois battus.
Le New York Times indique avoir recueilli au mois d'octobre, indépendamment
du rapport de la Croix-Rouge, des témoignages d'agents du renseignement
et de militaires sur l'usage, de manière chronique, de pratiques
"hautement abusives". L'une d'elle consiste à soumettre
un prisonnier, en sous-vêtements, maintenu assis et pieds et mains
entravés, à une lumière stroboscopique et à
une violente musique de rap ou de rock diffusée par deux haut-parleurs
rapprochés et à une climatisation poussée à
fond.
Présent en permanence dans la base jusqu'en juillet 2002, le
CICR envoie, depuis, des missions pour inspecter les conditions de vie
au camp Delta, principal bâtiment de la prison militaire. Ce serait
la première fois que la Croix-Rouge affirmerait en des termes
aussi vigoureux que les pratiques physiques et psychologiques en vigueur
à Guantanamo Bay s'apparentent à la torture. Le présent
rapport fait référence à un précédant
mémoire, datant de janvier 2003, demeuré secret, dans
lequel la Croix-Rouge s'interrogeait sur un éventuel usage de
"torture psychologique".
Vif débat interne
Selon le
New York Times, les conclusions de la mission, et en particulier l'implication
de personnels médicaux, auraient soulevé un vif débat
à la direction de la Croix-Rouge, une partie de ses dirigeants
souhaitant que la préoccupation de l'organisation soit rendue
publique ou qu'à tout le moins, elle affronte vivement l'administration
américaine.
Mardi matin, à Genève, les responsables du Comité
international de la Croix-Rouge étaient réunis en urgence
pour décider comment réagir à l'article du New
York Times. Ils devaient publier un communiqué en milieu de journée.
Source : Le Monde, 1er décembre 2004
Des
avocats allemands portent plainte contre Donald Rumsfeld pour crimes
de guerre et torture à Abou Ghraïb
Un collectif d'avocats a annoncé mardi à Berlin avoir
déposé une plainte devant la justice allemande contre
le secrétaire d'Etat américain à la Défense
Donald Rumsfeld et d'autres responsables américains pour crimes
de guerre et torture dans le cadre des sévices de la prison d'Abou
Ghraïb.
Cette plainte déposée auprès du Parquet fédéral
allemand s'appuie sur "le principe du droit universel", explique
dans un communiqué le collectif d'avocats internationaux. "Il
est possible en Allemagne de poursuivre de manière universelle
les violations du droit international commises dans la monde entier",
selon le code pénal allemand, argumente le collectif, qui représente
des avocats du Center for Constitutionnal Rights (CCR), basé
à New York, et de l'Association des avocates et avocats républicains,
basé à Berlin.
La plainte contre crimes de guerre et torture vise Rumsfeld, mais aussi
George Tenet, ancien directeur de la CIA, le général Ricardo
Sanchez, ancien chef des forces US en Iraq, ainsi que "sept autres
fonctionnaires du gouvernement et de l'armée américains".
Elle est déposée au nom de "cinq victimes iraquiennes
de mauvais traitement et de torture" lorsqu'ils se trouvaient en
détention américaine, poursuit le communiqué.
La plainte, un document de 160 pages, évoque "le chemin
fatal qui a mené du 11 septembre 2001 à Abou Ghraib",
ajoutent les avocats. Le dossier montre "comment les méthodes
d'interrogatoire de l'armée US a été exportée
de guantanamo en Iraq".
Enfin, notent les avocats, si des soldats US sont actuellement poursuivis
par la justice US, "rien ne permet de prévoir" qu'une
enquête soit à terme ouverte contre leurs supérieurs.
"Il est clair que le gouvernement US ne veut pas ouvrir une enquête
contre ces responsables au sujet de ces allégations", a
déclaré Michael Ratner, président du CCR.
Source : AFP, 30 novembre 2004
Fin
de l'enquête française sur les complices de Richard Reid,
alias «Shoe Bomber»
Les juges d'instruction antiterroristes ont notifié récemment
la fin de leur enquête sur un réseau de soutiens présumés
en France à Richard Reid, le Britannique accusé d'avoir
voulu faire exploser le vol Paris-Miami en décembre 2001. Le
22 décembre 2001, à bord d'un Boeing 767 d'American Airlines
reliant Paris à Miami, Richard Reid, surnommé «Shoe
Bomber» («l'homme aux chaussures piégées»)
avait tenté, pour la première fois dans l'histoire du
terrorisme, de faire exploser une charge dissimulée dans sa chaussure.
Une heure et demi après le décollage de l'aéroport
parisien de Roissy- Charles- de-Gaulle, il avait été maîtrisé
par des membres d'équipage après avoir tenté maladroitement
de mettre le feu à ses chaussures avec une allumette.
Quatre personnes sont mises en examen pour association de malfaiteurs
en relation avec une entreprise terroriste, dont le Pakistanais Ghulam
Mustafa Rama, 64 ans, président de «Chemin droit»,
une association caritative musulmane. L'enquête, initialement
ouverte sur les soutiens à Richard Reid, a surtout permis de
mettre au jour une filière de recrutement pakistanaise de combattants
islamistes. Ghulam Mustafa Rama avait déclaré avoir vu
deux Français, Hakim Mokhfi et Hassan Al-Cheguer, en compagnie
de Richard Reid, ce qu'ils nient.
Les deux Français ont pour leur part affirmé avoir été
«recrutés» par Rama, un partisan du jihad qui rentrait
du Pakistan au moment de sa première interpellation en avril
2001. Les deux Français auraient, par son entremise, séjourné
en septembre 2001 dans un camp d'entraînement au Cachemire pakistanais,
tenu par un mouvement proche d'Al-Qaeda, le Lashkar-e-Taiba.
La quatrième personne mise en examen dans le dossier est un imam
de la mosquée Ali, dans le Xème arrondissement de Paris,
qui a reconnu que Richard Reid avait été hébergé
dans l'une des pièces de la mosquée.
Source : AFP, 30 novembre 2004 |