| 14/04/03
- Du pire empire : Guantanamo, du premier au troisième empire
yankee (1)
par le Collectif guantanamo, 13 avril 2003Les États-Unis d'Amérique,
en éliminant successivement les autres empires concurrents (espagnol,
nippon, britannique, français et enfin soviétique), ont
su bâtir une domination impériale qui s'est toujours faite
au nom de la liberté des peuples et de leurs citoyens. La base
militaire US de Guantanamo, sur l'île de Cuba, est née
lors de la première expansion impériale yankee - faite
sur les décombres de l'Empire espagnol, au détriment des
révolutions cubaine, porto-ricaine et philippine et de celui
de l'indépendance de la nation hawaiienne - ; elle sert aujourd'hui
de camp de concentration dans le cadre de ce qui doit être la
troisième et ultime expansion impériale des États-Unis
d'Amérique : l'Empire planétaire et spatial.
L'expansionnisme yankee a évidemment commencé avec la
« Conquête de l'Ouest », cette croisade qui visait
et réalisa le génocide des nations amérindiennes.
Il s'est poursuivi par les guerres menées contre le Mexique (1835-1848)
qui permirent l'annexion du Nouveau-Mexique et de la Californie. Mais
c'est outre-mer qu'il faut rechercher la genèse de l'impérialisme
- prôné par le capitaine A. T. Mahan - puis de l'Empire
yankee, précisément au tournant des 19e et 20e siècles
dans cette Méditerranée américaine qu'est la mer
des Caraïbes (la mare nostrum de l'Oncle Sam), notamment à
Cuba.
Les Yankees contre la Révolution cubaine
En février 1895, le Parti révolutionnaire cubain relança
la guerre d'indépendance entamée par la « guerre
de dix ans » (1868-1878). Des foyers insurrectionnels furent allumés,
notamment par les généraux Calixto Garcia et Antonio Maceo,
contre le gouvernement colonial espagnol en vue d'atteindre les buts
définis par José Marti et Maximo Gomez dans le manifeste
de Montecristi (mars 1895): « l'indépendance absolue de
l'île de Cuba », la création d'une république
et la mise en échec des projets états-uniens d'intervention
et de mise sous tutelle (2). Le remplacement de la métropole
européenne et l'annexion de Cuba par les États-Unis était
un projet élaboré, dès la première moitié
du 19e siècle, par les propriétaires esclavagistes cubains
et yankees, terrorisés par le développement des insurrections
nègres et le risque d'une diffusion de la Révolution haïtienne
à Cuba (3) .
La vaste campagne de répression de l'armée espagnole,
qui recourut aux déplacements des populations et aux camps de
concentration (un demi-million de paysans cubains y moururent), buta
sur la résistance des communautés d'esclaves marrons (l'esclavage
n'a été aboli qu'en 1886) et sur la guérilla du
Parti révolutionnaire basée, principalement, dans la Sierra
Maestra de Santiago de Cuba. C'est alors que resurgit la vieille idée
de l'« annexionnisme » et que les États-Unis apparurent
au gouvernement espagnol comme la seule « ressource » pour
se désengager de Cuba tout en barrant la route à la Révolution.
La couronne espagnole passa donc la main au gouvernement du président
William McKinley, dans une mise en scène réellement magique
: le 15 février 1898, le navire cuirassé USS Maine de
la flotte yankee explosa en rade de La Havane, tuant les deux cent soixante-huit
hommes d'équipage, à l'exception notable de l'ensemble
des officiers, tous invités, précisément ce soir-là,
à un dîner en ville. L'explosion fut présentée
par le gouvernement et les médias yankees comme une attaque espagnole
(4). En 1975, une enquête de l'armée yankee conclut pourtant
que la cause la plus probable était une explosion provenant de
l'intérieur même du Maine. La thèse officielle privilégia
alors l'hypothèse d'une explosion accidentelle de poussière
de charbon dans une soute localisée près de la salle de
munitions. Quelques 105 années plus tard, l'autre hypothèse
- plausible bien que non retenue par la commission d'enquête militaire
- est celle d'un « attentat » délibérément
préparé, ou délibérément laissé
préparer (il y a peu de différence), afin de justifier
le déclenchement du conflit.
Le 25 avril 1898, répondant aux vþux des grands groupes de presse,
des premiers grands trust industriels et des firmes d'armement, McKinley
déclara la guerre à l'Espagne. Il prit soin de ne mentionner
ni les insurgés, ni l'indépendance de Cuba. En réalité,
c'était également une déclaration de guerre aux
révolutionnaires cubains.
Sous le slogan « N'oubliez pas le Maine », l'escadre du
commodore Dewey détruisit, le 1er mai, la flotte espagnole des
Philippines sans perdre un seul homme. Une guerre chirurgicale en somme.
Le 3 juillet, ce fut au tour de la flotte de l'amiral Cervera - dont
le Cristobal Colon ! - d'être coulée, toujours en souvenir
du Maine, dans la baie de Santiago de Cuba. Ce fut une véritable
« guerre-éclair » : sans avions et sans blindés,
20 000 yankees opposés à plus de 300 000 soldats espagnols
obtinrent, en moins de trois mois, la reddition des armées de
la régente Elisabeth d'Espagne.
De cette reddition, le général Calixto Garcia et les révolutionnaires
cubains furent soigneusement écartés. Comme ils furent
tenus à l'écart des négociations aboutissant au
Traité de Paris du 10 décembre 1898. Celui-ci organisa
une simple passation de souveraineté, contre paiement d'une indemnité,
entre la Couronne espagnole et le gouvernement des États-Unis
d'Amérique sur les îles de Cuba, de Porto-Rico, de Guam
et sur l'archipel des Philippines.
Bâtir le premier Empire yankee avait coûté un pseudo-attentat,
une promenade navale et militaire ainsi que 20 millions de dollars.
C'était une bonne affaire (5). Restait à la gérer
fructueusement.La République dépendante de Cuba
Contrairement à l'île de Porto-Rico qui fut annexée
pour demeurer sous la tutelle directe du président des États-Unis
d'Amérique jusqu'en 1952, Cuba fut placée sous l'administration
d'un gouvernement militaire d'occupation. L'armée yankee remplaça
l'armée espagnole, avec la même mission à remplir
: mettre un terme à la Révolution cubaine. Le gouvernement
militaire US se consacra au remplacement de l'Armée de libération
par une garde rurale qu'il pouvait aisément contrôler et
à l'élimination de l'« Assemblée représentative
du peuple cubain armé », qui administrait les territoires
libérés de l'occupation espagnole. Ce n'est qu'une fois
cette politique contre-révolutionnaire appliquée par son
armée d'occupation que le gouvernement yankee consentit à
envisager la possibilité d'une république cubaine.
Une assemblée constituante fut élue en novembre 1900,
et la constitution de la République de Cuba votée le 21
février 1901. Le peuple cubain s'étant doté d'une
constitution lui permettant d'exercer sa souveraineté, les troupes
yankees pouvaient évacuer l'île avec le sentiment du devoir
accompli : la puissance coloniale européenne avait cédé
la place à une nouvelle république américaine.
Mais tel n'était pas le souhait de l'Empire.
L'amendement Platt
Le 27 février 1901, l'amendement proposé par le sénateur
Orlando Platt était adopté par le sénat des États-Unis
d'Amérique : son article 3 édictait que le gouvernement
cubain autorisait les États-Unis à « intervenir
en faveur de la sauvegarde de l'indépendance cubaine et du maintien
d'un gouvernement attaché à la protection de la vie, de
la propriété et de la liberté individuelle ».
Afin de permettre l'exercice de ce « droit d'intervention »,
L'article 7 prévoyait que les États-Unis pourraient acquérir
ou louer auprès du gouvernement cubain des terrains servant à
« l'établissement de dépôts de charbon et
de bases navales en certains points qui seront déterminés
avec le Président des États-Unis. »
Surtout, et c'était là la mesure la plus destructrice
de la souveraineté cubaine, l'amendement Platt proclamait que
le président des États-Unis d'Amérique ne laisserait
« le gouvernement et le contrôle de l'île »
au peuple cubain qu'à condition que l'amendement lui-même,
voté par une institution yankee, soit « partie intégrante
» de la constitution de la République de Cuba.
Le comité cubain chargé d'examiner la « demande
» yankee établit qu'avec l'amendement Platt, « les
seuls gouvernements viables seraient ceux qui auraient le soutien et
la bénédiction des États-Unis, en conséquence
de quoi nous ne pourrions avoir que de faibles et misérables
gouvernements, [S¹] plus attachés à obtenir la bénédiction
des États-Unis qu'à servir et à défendre
les intérêts de Cuba.» (6) Le comité
voyait déjà se profiler Machado, Batista et l'embargo.
La cession de portions du territoire cubain à l'armée
US fut qualifiée de « mutilation de la patrie ».
Enfin le comité résumait le deal que l'Empire yankee voulait
imposer à Cuba en ces termes : « Un peuple occupé
militairement se voit intimer l'ordre, avant même de pouvoir consulter
son propre gouvernement et d'être libre sur sa propre terre, d'accorder
aux forces d'occupation venues en amies et alliées des droits
et prérogatives qui annuleraient sa souveraineté même.
» L'Assemblée constituante cubaine, soutenue par le peuple
qui organisa une marche aux flambeaux, refusa catégoriquement
d'entériner l'amendement Platt.
Mais, après plus de trois mois d'intenses pressions, le maintien
de l'occupation militaire et l'entrave du président des États-Unis
à la mise en place d'un gouvernement cubain eurent raison de
la résistance de l'Assemblée constituante. Le 12 juin,
celle-ci vota l'adjonction de l'amendement du sénat états-unien
à la Constitution de la République de Cuba. Le général
yankee Léonard Wood, chef des forces militaires d'occupation,
put écrire à son président : « Avec l'amendement
Platt il ne reste plus rien ou presque de l'indépendance cubaine
». Le risque de l'haïtianisation avait été
écarté ; l'intérêt était sauf.
Guantanamo, Cuba : bienvenue aux États-Unis
d'Amérique !
Après avoir préparé la guerre contre l'Espagne
en tant que Secrétaire adjoint à la Marine, puis être
devenu vice-président grâce à l'utilisation médiatique
de son engagement à Cuba où il incorpora des reporters
au sein de son corps de volontaires, les Rough Riders (les « Rudes
Cavaliers ») ; Théodore Roosevelt devient le 26e président
des États-Unis d'Amérique en septembre 1901, suite à
l'assassinat de William McKinley.
Le Rude Cavalier-président consolida la politique impériale
qu'il avait contribuée à initier. Ce fut lui qui mit en
application ce que prévoyait l'amendement Platt. Le 23 février
1903, il signa un accord pour la « cession de terrains pour l'établissement
de dépôts de charbon et de bases navales » (7) avec
le premier président cubain, Thomas Estrada Palma, qui était
également, par inadvertance, citoyen des États-Unis d'Amérique.
L'accord concernait l'établissement de bases dans la baie de
Bahia Honda (mais cette dernière ne vit finalement jamais le
jour) et dans celle de Guantanamo, qui devint une base militaire US
permanente. L'accord signé entre Roosevelt Ier et Estrada Palma,
et confirmé en juillet, stipulait effectivement que l'accord
ne pouvait être rompu que par décision conjointe des deux
signataires : la République dépendante de Cuba autorisait
par là les forces navales des États-Unis d'Amérique
à stationner sur une portion de son territoire autant de temps
que l'Empire l'estimait nécessaire.
Et la nécessité devint d'autant plus durable que la «
diplomatie de la canonnière » de Roosevelt Ier créa,
quelques mois plus tard, l'État du Panama, jusque là province
des États-Unis de Colombie. Le gouvernement fédéral
colombien ayant eu l'insolence de refuser une concession territoriale
aux États-Unis d'Amérique, pour la reprise de la construction
du canal de Panama, la présidence soutint la sécession
panaméenne. Aussitôt dit, aussitôt fait, la République
de Panama était proclamée le 3 novembre 1903. Le 18 novembre,
le Panama concédait aux États-Unis, à perpétuité,
l'« usage, l'occupation et le contrôle d'une zone de terrains
[S¹] pour la construction, l'entretien, l'exploitation, l'assainissement
et la protection du dit canal. » La mer des Caraïbes devenait
un point de passage direct entre l'Atlantique et le Pacifique : l'intérêt
stratégique de la base navale de Guantanamo prenait une ampleur
qui ne souffrait plus aucune contestation.
Roosevelt II (Franklin Delano) confirma donc, par le traité du
29 mai 1934, qu'il n'y aurait pas de « nouvelle donne »
(new deal en anglais) concernant Cuba : les limites territoriales de
la base de Guantanamo demeurerait « aussi longtemps que les États-Unis
d'Amérique n'abandonneront pas la dite base navale ». La
Deuxième Révolution cubaine de 1959 et la contestation
par le gouvernement castriste de l'atteinte à la souveraineté
du peuple de Cuba n'entama pas l'existence de la plus ancienne base
outre-mer de l'Empire. Tout au plus, la base fut aménagée
pour devenir auto-suffisante en eau grâce à une usine de
désalinisation, devenant plus totalement encore une enclave états-unienne
sur le sol cubain.
Une enclave qui a servi de laboratoire d'essai au Premier Empire yankee
(1898-1941) avant que les bases militaires se multiplient et soient
disséminées aux différents points stratégiques
du Deuxième (1941-2001) et du Troisième Empire (2001-S¹).
Là est le lien entre Guantanamo et l'étude de l'Empire
yankee : c'est à Guantanamo que le modèle impérial
a été testé.
Quel est le modèle de domination impériale yankee ? Il
peut être résumé en un schéma simple : «
attentat » - guerre - occupation - bases militaires. Ce schéma
peut être développé ainsi :
€ Un « attentat » vise une cible états-unienne,
la plus symbolique possible (selon le contexte historique) afin de marquer
l'opinion publique des citoyens US, et pourquoi pas l'opinion mondiale
;
€ Le gouvernement des États-Unis, au nom du droit de la
victime à se défendre contre une agression (et sans attendre
les résultats d'une quelconque enquête), déclare
la guerre à un État qui fait obstacle aux Droits de l'Homme
ainsi qu'aux intérêts de l'Empire (cette confusion entre
les droits de l'humanité et les impérieux intérêts
de l'Empire n'est-elle pas la preuve qu'il s'agit là de l'Empire
du Bien ?) ;
€ Les armées de l'Empire remportent une victoire par capitulation
qui leur permet d'occuper le pays vaincu et d'y installer un gouvernement
sensible aux intérêts yankees ;
€ Ce gouvernement mis en place par l'armée d'occupation
s'empresse de céder aux États-Unis d'Amérique,
afin que ceux-ci protégent l'indépendance du peuple fraîchement
libéré (car les États-Unis, comme Napoléon
Ier, n'entreprennent que des guerres de libération), des bases
militaires pour une durée proche de la permanence.
Par une répétition qui doit nous interroger, c'est ce
schéma grossier de domination qui a été suivi lors
des trois vagues d'expansion impériale yankee :
€ L'explosion du Maine a justifié l'invasion de Cuba, l'élimination
du mouvement révolutionnaire cubain, l'imposition de l'amendement
Platt, l'ouverture de l'économie cubaine aux capitaux yankees
et l'établissement de la base de Guantanamo ;
€ L'attaque sur Pearl Harbor (8) a permis une vaste offensive dans
le Pacifique, l'élimination de la concurrence de l'Empire nippon,
son remplacement par une « démocratie industrieuse »
et l'utilisation du Japon comme base de contrôle et de surveillance
face à la Chine communiste ;
€ Enfin, les attentats du 11 septembre 2001, ont justifié
- pour l'heure - l'invasion de l'Afghanistan et de l'Iraq, l'élimination
de deux régimes qui refusaient de céder à l'Empire
sur la question d'un oléoduc pour les Talibans et des deuxièmes
réserves mondiales de pétrole pour Saddam Hussein (qui
pour des raisons d'honneur et de propagande soutenait également
la résistance palestinienne à la colonisation sioniste
soutenue par l'Empire depuis 1947), la mise en place de gouvernements
aux ordres à Kaboul et à Bagdad (lorsqu'aura cessé
une période d'administration militaire US qui pourrait durer
de quelques mois à plusieurs années) et l'établissement
ou le renforcement de multiples bases militaires en Asie centrale et
au Proche-Orient.
Par une ironie mordante de l'histoire, la base navale de Guantanamo,
héritage du Premier Empire yankee, sert aujourd'hui de camp de
concentration où les forces d'occupation US maintiennent en otages
des hommes utilisés comme « alibis vivants » pour
la construction de l'Ultime Empire yankee ; celui qui doit assurer aux
États-Unis d'Amérique la maîtrise définitive
de la planète et de l'espace.
Affublés de pyjamas oranges et rasés de force, le sort
de ces centaines de déportés nous ramène à
des millions d'autres déportés rasés de force,
vêtus de pyjamas rayés, et marqués par des étoiles
et des triangles de diverses couleurs (9). Alors que l'Empire nazi déportait
au nom de la supériorité de la « race aryenne »
et en vue de la mise en esclavage de l'humanité entière,
l'Empire yankee déporte au nom de « la liberté,
de la démocratie, et de la libre entreprise» (10). Sa visée
est également l'humanité tout entière.
Collectif guantanamo, 5 rue
de Douai, 75009 Paris € Courriel : xraydelta@lvo.info€
Tél. 06 13 99 28 86
Notes
1 . Le mot « yankee » est d'origine amérindienne
; il est finalement le seul terme que l'on puisse réellement
appliquer aux nationaux des États-Unis d'Amérique. «
Américain » est un abus de langage qui s'est imposé
et qui entérine la doctrine dite de Monroë qui prétend
donner aux USA la responsabilité des autres États des
trois Amériques (du Nord, de la Caraïbe et du Sud). Le terme
« états-unien » est utilisé faute de mieux
puisque les USA ne sont pas le seul État fédéral
au monde et que le terme ne pourrait plus servir à désigner
les nationaux de ce pays s'il se produisait un quelconque changement
de régime politique. Faute d'une révolution rétablissant
les droits des différents peuples d'Amérique du Nord,
les États-uniens demeurent donc des Yankees (traduire par «
exterminateurs d'Indiens »).
2 . Ainsi parlait José Marti, qui vécut notamment à
New York avant de se faire tuer, dès 1895, au cours de la guerre
d'indépendance cubaine : « Pour l'indépendance de
Cuba, il est de mon devoir d'empêcher la mainmise des États-Unis
sur les Antilles et leur invasion... Je connais le Monstre, car j'ai
vécu dans son antre. »
3 . Voici ce que déclarait en 1896, à propos de la Révolution
cubaine, le jeune Winston Churchill, dont la mère était
une yankee, dans un article de la Saturday Review : « Un grave
danger se présente. Deux cinquièmes des insurgés
sur le terrain sont des nègres. Ces hommes [S¹], en cas de victoire,
demanderaient certainement une place prépondérante dans
le gouvernement du pays. [S¹] Il en résulterait, après
des années de lutte, une autre république noire. »
cit. in Howard Zinn, Une histoire populaire des Etats-Unis d'Amérique
de 1492 à nos jours, trad. Par Frédéric Cotton,
Agone, Marseille, 2002, p. 348.
4 . Le gouvernement yankee rejeta catégoriquement la proposition
espagnole d'une enquête confiée à une commission
mixte.
5 . Concernant les Philippines, la « bonne affaire » en
question dut cependant être « consolidée »
par une guerre de trois ans contre les insurgés philippins («
incapables de se gouverner eux-mêmes » selon la conception
raciste à laquelle souscrivait le président McKinley)
qui réclamaient leur indépendance, d'abord vis-à-vis
de l'Espagne puis de son remplaçant yankee. C'est peut-être
cette constance des Philippins dans l'aspiration à la liberté
qui justifia, du côté yankee, le recours à une guerre
sanglante qui apparut surtout comme une boucherie (une « busherie
» ?) : « Nos hommes ont été impitoyables.
Ils ont tué pour exterminer hommes, femmes, enfants, prisonniers
et otages, rebelles avérés et individus suspects de plus
de dix ans. L'idée qui a prévalu est qu'un Philippin en
tant que tel n'a pas plus de valeur qu'un chien. » Rapport de
novembre 1901 du correspondant du Ledger, cit. in Howard Zinn, op. cit.,
p. 361.
6 . Cit. in Howard Zinn, idem, p. 357.
7 . L'accord précisait « pour servir exclusivement de dépôts
de charbon et de bases navales, à l'exclusion de tout autre objet
». On est en droit d'estimer - bien que la notion de « droit
» n'ait pas beaucoup de sens dans le cadre d'une politique impériale
- que l'établissement d'un camp de concentration, qu'il soit
utilisé pour des prisonniers de guerre, des « combattants
ennemis illégaux », des « non-combattants non belligérants
» ou des réfugiés haïtiens (ils furent 34 000
de 1991 à 1995), est une violation caractérisée
de cet accord. Mais comment qualifier la violation d'un accord obtenu
par la force et représentant lui-même une violation de
la souveraineté cubaine ?
8 . L'attaque de l'aviation japonaise sur Pearl Harbor, le 7 décembre
1941, a, encore récemment suite aux attentats du 11 septembre
2001, été présenté comme un « attentat
» dans le sens où il se serait agi d'une attaque surprise
puisque l'Empire nippon n'avait pas déclaré la guerre
à l'Empire yankee.
L'argument doit être sérieusement réexaminé
lorsque l'on sait que le gouvernement des États-Unis d'Amérique
avait mis en place, à l'été 1941, un embargo total
sur l'approvisionnement japonais en fer et en pétrole ; des mesures
que Radhabinod Pal, un des juges au procès pour crimes de guerre
des responsables japonais, en désaccord avec le verdict final,
estima être « une menace claire et réelle pour l'existence
même du Japon » (Howard Zinn, idem, p. 466). En réalité,
le gouvernement des États-Unis avait prévu, et voulu,
cette guerre : l'attaque aérienne contre la base hawaiienne lui
permit de faire basculer l'opinion publique jusque-là opposée
au déclenchement de toute hostilité. Pearl Harbor offrit
également l'occasion de créer un gigantesque complexe
militaro-industriel qui permit aux forces US d'intervenir simultanément
dans le Pacifique, en Afrique du Nord et en Europe au cours de la seconde
guerre mondiale (du 20e siècle s'entend), et de s'imposer comme
le seul empire capitaliste - le 2e Empire yankee - face à l'Empire
soviétique.
Enfin, il faut se rappeler que l'attaque sur Pearl Harbor eut lieu sous
la présidence de Franklin D. Roosevelt, cousin du président
« rude cavalier » Théodore Roosevelt et, comme lui,
ancien Secrétaire adjoint à la Marine. Elle servit également
de justification à l'internement de plusieurs dizaines de milliers
de citoyens états-uniens d'origine japonaise dans des camps de
concentration.
9 . Le régime concentrationnaire du IIIe Reich établit
un strict étiquetage des déportés selon la grille
nazie : triangle bleu pour les déportés réputés
apatrides, triangle marron pour les déportés tsiganes,
triangle noir pour les déportés asociaux, triangle rouge
pour les déportés politiques, triangle rose pour les déportés
homosexuels, triangle vert pour les déportés de droit
commun, triangle violet pour les déportés « sectateurs
de la Bible », étoile jaune pour les déportés
juifs, étoile jaune et rouge pour les déportés
juifs résistants. Les nazis n'utilisèrent pas la couleur
orange ; supprimant les « écussons », l'Empire yankee
applique cette couleur directement sur le pyjama de ceux qui sont qualifiés
de « combattants ennemis illégaux ».
10 . Georges W. Bush, Sécurité nationale: la stratégie
des États-Unis, 17 septembre 2002.
18/01/03 - Appel
du Collectif Guantanamo - janvier 2003
Depuis un an, 625 citoyens de 42 pays sont enfermés sur la base
militaire US de guantanamo, sur l'île de Cuba. D'abord détenus
dans des cages au Camp baptisé X-Ray ("Rayon X"), ils
ont été transférés en avril dernier au Camp
Delta. Étiquetés "combattants ennemis illégaux"
par le Pentagone, ils n'ont aucun statut. Ils ne sont en effet ni prisonniers
de guerre, ni prisonniers politiques, ni même détenus de
droit commun. Enfermés dans des cages, ils sont otages du bon
vouloir du chef de la première puissance mondiale, le nouveau
croisé George Bush. La juridiction US ne s'appliquant pas sur
le territoire de guantanamo, les Camps X-Ray et Delta sont les
premiers camps de concentration off shore (=extraterritoriaux)
de l'Empire.
Hors du droit, les otages de Guantanamo sont aussi maintenus hors du
monde, pratiquement coupés de toute communication avec l'extérieur,
que ce soit avec leurs parents, leurs avocats ou des élus de
leur pays. Cette situation unique est une grande première dans
l'histoire mondiale. Si nous ne nous y opposons pas, elle est appelée
à se reproduire ailleurs, pour d'autres otages, par exemple demain
des Iraqiens ou même des militants no global (=anti-mondialisation)
de pays démocratiques. L'effet Guantanamo se fait déjà
sentir aux quatre coins de la planète. De très nombreux
gouvernements, cédant aux pressions de la CIA et du Pentagone,
ont déjà pris des dispositions pour créer dans
leur pays des zones de non-droit, au nom de la "guerre contre le
terrorisme". Nous vous appelons donc à vous mobiliser pour
animer une campagne mondiale contre Guantanamo, sur les thèmes
suivants:
1° - Les otages de Guantanamo ont des droits: droit à la
défense, droit à la communication, droit à la justice.
2° - Ils doivent être soit jugés, soit libérés.
3° - Les Nations unies doivent constituer une commission indépendante
d'enquête et d'instruction, composée d'experts des 5 continents,
pour déterminer où et par qui les prisonniers doivent
être jugés. Pendant les travaux de cette commission, les
prisonniers doivent être transférés de Guantanamo
vers un pays neutre et confiés aux bons soins de la Croix-rouge
et du Croissant-Rouge. La commission devra trancher entre 4 possibilités:
remise en liberté, jugement aux USA, jugement en Afghanistan,
jugement dans le pays d'origine du détenu. Elle devra établir
un montant d'indemnités à verser par le gouvernement US
à tous les prisonniers remis en liberté et à leurs
familles
Depuis un an, des parents de ces otages se battent un peu partout dans
une grande solitude, secondés par des avocats courageux mais
impuissants. La bataille de Guantanamo concerne tous les citoyens du
monde épris de liberté, de pluralité, de diversité
et de justice. Contre l'Empire , seules des multitudes multicolores
peuvent empêcher que les pires cauchemars s'imposent à
tous.
Aujourd'hui à Guantanamo, demain chez
toi!
Nous constituons ce jour le Collectif Guantanamo, partie prenante du
Réseau mondial Guantanamo, qui agit pour la fermeture de ce camp
de concentration.
L'engagement dans ce collectif se fait uniquement sur une base individuelle.
Nous appelons tous ceux qui le veulent à nous rejoindre ou bien
à créer leur propre structure et à établir
une relation de travail avec nous. Le gage de réussite de la
campagne sera sa capacité à mobiliser des multitudes dans
un esprit mondial égalitaire, dans le respect des spécificités
et des motivations particulières, pour "un monde contenant
tous les mondes", contre toute forme de pensée unique et
les monstruosités en découlant.
Pour tout contact avec le Collectif Guantanamo, écrire à:
xraydelta@lvo.info. NOUS VOUS
INFORMERONS EN RETOUR DE NOS ACTVITÉS. NOUS VOUS ENCOURAGEONS
VIVEMENT À REPRODUIRE ET DIFFUSER CET APPEL! ENVOYEZ-NOUS L'ADRESSE
DES SITES SUR LESQUELS VOUS L'AUREZ PUBLIÉ.
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